{"id":1022,"date":"2012-07-01T00:09:03","date_gmt":"2012-06-30T23:09:03","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1022"},"modified":"2013-11-12T00:13:24","modified_gmt":"2013-11-11T23:13:24","slug":"vacances-de-reve-le-maroc-sans-les-marocains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1022","title":{"rendered":"Vacances de R\u00eave : le Maroc sans les Marocains !"},"content":{"rendered":"<p>Vous avez peut-\u00eatre, comme moi, remarqu\u00e9 la campagne massive d\u2019affichage publicitaire \u00e0 l\u2019initiative des ExpertsduMaroc.com. On y voit une jeune femme blanche, allong\u00e9e au milieu d\u2019un d\u00e9cor oriental, lisant tandis qu\u2019un bras sort de sous le tapis pour lui tendre un plateau garni d\u2019une th\u00e9i\u00e8re et d\u2019un verre fourr\u00e9 de menthe, qu\u2019un autre bras tend, depuis le dessous du lit, un plat o\u00f9 s\u2019amonc\u00e8lent des p\u00e2tisseries orientales, qu\u2019un autre sort d\u2019un vase et lui tend des lunettes de soleil, et qu\u2019un dernier, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00e9vente. On suppose tous ces bras arabes puisque gliss\u00e9s dans des manches de type oriental.<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/maroc_les_experts.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1023\" alt=\"maroc_les_experts\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/maroc_les_experts.jpg\" width=\"686\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/maroc_les_experts.jpg 686w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/maroc_les_experts-300x219.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 686px) 100vw, 686px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Vous m\u2019avez bien comprise : une occidentale, \u00e9videmment \u00ab \u00e9clair\u00e9e \u00bb, lit tandis que des mains (sans corps, sans t\u00eate, sans cervelle) lui tendent \u00e0 manger et \u00e0 boire. L\u2019argument publicitaire est clair : venez au Maroc, vous n\u2019y verrez pas de sales gueules d\u2019arabes mais vous ne perdrez rien de ce qui vous pla\u00eet tant chez eux \u2013 leur th\u00e9 \u00e0 la menthe, leur p\u00e2tisserie et leur sens de l\u2019hospitalit\u00e9. C\u2019est \u00e7a le gagnant-gagnant. Apr\u00e8s La France aux Fran\u00e7ais, un bonus pour les vacances : le Maroc sans les Marocains. Je crois qu\u2019on touche le fond quand on apprend qui est le commanditaire de cette campagne publicitaire : l\u2019Etat marocain lui-m\u00eame par le biais de son office national du tourisme (l\u2019ONMT). Non seulement, dans le cadre des politiques d\u2019externalisation de la gestion des flux migratoires et de la sous-traitance des violences faites aux migrants, l\u2019Etat marocain (comme l\u2019Alg\u00e9rie ou la Libye) doit aujourd\u2019hui jouer le r\u00f4le ingrat de gendarme de l\u2019Europe (\u00e0 Ceuta et Melilla par exemple) et de ce fait creuser la fracture entre maghr\u00e9bins et subsahariens (alors que de part et d\u2019autre du Sahara, ils constitueraient les meilleurs alli\u00e9s au sein d\u2019une lutte anti-imp\u00e9rialiste), mais doit, en plus, assumer une autre externalisation aberrante : celle de la perp\u00e9tuation de l\u2019imaginaire orientaliste et colonial. La sale besogne, y compris celle-ci, c\u2019est pour notre gueule. Il est ind\u00e9niable que cette image est un concentr\u00e9 de l\u2019imaginaire orientaliste et colonial puisqu\u2019elle est enti\u00e8rement structur\u00e9e de mani\u00e8re binaire et in\u00e9galitaire, avec une distribution des r\u00f4les entre blancs et arabes enti\u00e8rement ordonn\u00e9e par un certains nombres d\u2019antinomies, haut\/bas, centre\/p\u00e9riph\u00e9rie, ma\u00eetre\/serviteur, corps\/esprit. Tout y est, y compris une certaine langueur qui rallie le visuel de cette pub \u00e0 un imaginaire h\u00e9doniste qui fait de l\u2019Orient la promesse de toutes les volupt\u00e9s (une jeune femme lascivement \u00e9tendue, les jambes d\u00e9nud\u00e9es). Ces bras sans corps me font d\u2019ailleurs penser \u00e0 toutes ces femmes sans t\u00eates qui prolif\u00e8rent sur les panneaux publicitaires, pour notamment promouvoir la marque Aubade mais bien d\u2019autres encore. Plusieurs analystes et militantes f\u00e9ministes ont soulign\u00e9 le message subliminal qui transpire sous ce type d\u2019images : la femme n\u2019est qu\u2019un corps. Si la femme est un corps, le Marocain, lui, est un bras. On ne dit pas \u00ab main d\u2019\u0153uvre \u00bb par hasard : le bras est la m\u00e9taphore du travail sous ses formes les plus subordonn\u00e9es. Si, sur cette image, les bras semblent pouvoir se d\u00e9multiplier \u00e0 l\u2019infini et toujours au service du personnage central, on en \u00e9vitera malgr\u00e9 tout un : le bras arm\u00e9\u2026 Ici, c\u2019est l\u2019arabe r\u00eav\u00e9 qui est repr\u00e9sent\u00e9 : invisible et asservi. Celui-l\u00e0, je ne peux pas me le voir ! C\u2019est bien comme \u00e7a qu\u2019on dit quand on d\u00e9teste quelqu\u2019un ? Unes des plus constantes formes de racisme est bien c\u2019est celle-l\u00e0 : invisibiliser le racis\u00e9. Cette image en est une parfaite illustration : tapi sous le lit, gliss\u00e9 sous le tapis ou curieusement fich\u00e9 au fond d\u2019un vase, on n\u2019a pas trouv\u00e9 mieux dans le genre s\u00e9gr\u00e9gation, surtout en comparaison avec la jeune femme qui, elle, surplombe la sc\u00e8ne, allong\u00e9e sur un lit, repr\u00e9sent\u00e9e de la t\u00eate au pied, dans toute son int\u00e9grit\u00e9. Cette dissimulation et du corps et du visage ferait presque croire \u00e0 un prolongement jusqu\u2019au-boutiste de la loi du 15 mars 2004 interdisant toute manifestation ostensible d\u2019appartenance religieuse : apr\u00e8s le foulard trop islamique, exit le faci\u00e8s trop basan\u00e9 ! Les annonceurs se disent \u00ab Experts du Maroc \u00bb. L\u00e0 aussi, on peut se dire que les mots, comme les images, n\u2019arrivent pas de nulle part : le rapport colonial c\u2019est aussi un rapport de sujet \u00e0 objet qui se construit dans le prisme d\u2019une fausse scientificit\u00e9 ; le nom m\u00eame du site promu par cette affiche reproduit un rapport de domination d\u2019un sujet (les experts) vers un objet (le Maroc). Mais ne nous m\u00e9prenons pas : l\u2019office national marocain du tourisme n\u2019est pas si servile ou, du moins, sa servilit\u00e9 est moins ali\u00e9n\u00e9e et plus rus\u00e9e que ce qu\u2019on pourrait croire de premier abord. L\u2019ONMT sait probablement ce qu\u2019il fait et va, a priori, chercher l\u2019argent l\u00e0 o\u00f9 il se trouve. A trop c\u00f4toyer, malgr\u00e9 soi, le dominant, on finit par le conna\u00eetre. On devient non pas Expert du Maroc mais expert du blanc. Et, on le sait, l\u2019un des ressorts du domin\u00e9 c\u2019est aussi de retourner le st\u00e9r\u00e9otype, de l\u2019utiliser (puisqu\u2019on ne peut faire autrement que de l\u2019utiliser, il nous est assign\u00e9) afin d\u2019en tirer profit. L\u2019office national marocain du tourisme ne s\u2019approprie pas par hasard l\u2019imagerie orientaliste et coloniale mais en joue clairement pour attirer le client blanc et la cliente blanche. C\u2019est qu\u2019\u00e0 ces deux-l\u00e0, on va leur promettre le paradis sur terre. Qu\u2019est-ce qu\u2019ils veulent ces bons blancs ? Ils demandent pas grand\u2019 chose : faut les voir, onze mois par an, \u00e0 la botte des grands chefs, sous les ordres des petits chefs, \u00e0 la solde de leurs cr\u00e9anciers, \u00e0 la disposition de leurs familles, agissant au gr\u00e9 des obligations du quotidien\u2026 Ils ne veulent qu\u2019une chose : un mois, juste un seul, durant lequel ils seront trait\u00e9s comme des dieux parmi les hommes. Et un lieu o\u00f9 leur r\u00eave peut devenir r\u00e9alit\u00e9, o\u00f9 ils pourront enfin \u00eatre servis et \u00eatre les ma\u00eetres (et pour ce faire, il faut \u00eatre compris : il leur faut donc un pays o\u00f9 \u00e7a cause un peu fran\u00e7ais), un lieu tout de m\u00eame \u00e0 la mesure de leurs bourses de fran\u00e7ais moyens, ils n\u2019en connaissent qu\u2019un seul : la post-colonie ! La vie de r\u00eave ! Et cette vie, elle est d\u2019autant plus r\u00eav\u00e9e par la femme blanche que, onze mois par an, les bras c\u2019est elle ! C\u2019est notamment pour cette raison qu\u2019au centre de cette publicit\u00e9 c\u2019est une femme et non un homme qui se fait servir. Il s\u2019agit de s\u2019adresser \u00e0 madame. Ch\u00e8re madame, vous qui passez l\u2019ann\u00e9e \u00e0 ramasser ses chaussettes, \u00e0 repasser ses chemises, \u00e0 \u00e9tendre ses cale\u00e7ons et \u00e0 vider son cendrier, nous vous proposons un suppl\u00e9ment bonus pour ces vacances, proportionnel au suppl\u00e9ment d\u2019asservissement que vous subissez tout au long de l\u2019ann\u00e9e. Ce suppl\u00e9ment, ce sont ces bras masculins sortis de nulle part. Madame n\u2019y r\u00e9sistera s\u00fbrement pas. Que proposer de mieux pour attiser son d\u00e9sir que de se faire servir, une fois n\u2019est pas coutume, par des hommes ? Au-del\u00e0 de cette habile intention, on peut s\u2019inqui\u00e9ter de ce que cela reproduit ou r\u00e9active : d\u2019une part la castration symbolique de l\u2019homme indig\u00e8ne en le faisant ob\u00e9ir \u00e0 des femmes blanches (et cela n\u2019est pas sans rappeler des politiques intentionnelles du temps des colonies), d\u2019autre part la division des luttes puisqu\u2019il s\u2019agit ici d\u2019opposer les int\u00e9r\u00eats de deux domin\u00e9s. Tandis qu\u2019on \u00e9crase du talon l\u2019indig\u00e8ne, on amadoue la femme blanche en lui donnant son susucre : un mois \u00e0 la place de l\u2019homme. Et tout \u00e7a \u00e0 peu de frais puisque l\u2019inversion est incompl\u00e8te : l\u2019homme blanc, lui, ne prend pas la place de la femme. Une fois de plus le sale boulot, c\u2019est pour notre gueule. Et une fois de plus l\u2019homme blanc s\u2019en tire carr\u00e9ment bien : en plus de d\u00e9l\u00e9guer aux indig\u00e8nes la police des fronti\u00e8res et la perp\u00e9tuation de l\u2019imaginaire colonial, il leur d\u00e9l\u00e8gue \u00e9galement le rachat de onze mois de slips sales qui tra\u00eenent et de chaussettes qui puent, onze mois de poils de barbe au fond du lavabo, onze mois de dentifrice sur le miroir de la salle de bain, onze moins de blagues nulles, de ronflements en pleine nuit et de remarques d\u00e9sobligeantes. C\u2019est ce qu\u2019on appelle le commerce in\u00e9quitable.<\/p>\n<p>( Source : article paru sur le site des indig\u00e8nes de la r\u00e9publique. \u00e9crit par Stella Magliani )<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous avez peut-\u00eatre, comme moi, remarqu\u00e9 la campagne massive d\u2019affichage publicitaire \u00e0 l\u2019initiative des ExpertsduMaroc.com. 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