{"id":1051,"date":"2012-06-21T00:46:21","date_gmt":"2012-06-20T23:46:21","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1051"},"modified":"2013-11-12T00:50:15","modified_gmt":"2013-11-11T23:50:15","slug":"ce-que-pourrait-etre-une-gauche-antiraciste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1051","title":{"rendered":"Ce que pourrait \u00eatre une gauche antiraciste"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Verdana; font-size: x-small;\"><strong>Bonnes feuilles de \u00ab\u00a0Race et capitalisme\u00a0\u00bb, \u00e9d. Syllepse<\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><center><span style=\"font-family: Verdana; font-size: x-small;\">jeudi 21 juin 2012<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Verdana; font-size: large;\"><strong>Ce que pourrait \u00eatre une gauche antiraciste<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ce1126; font-family: Verdana; font-size: x-small;\"><strong>par F\u00e9lix Boggio \u00c9wanj\u00e9-\u00c9p\u00e9e et Stella Magliani-Belkacem<\/strong><\/span><\/center><center><\/center><\/p>\n<p align=\"justify\">Lorsque l\u2019on souhaite envisager la question raciale dans une perspective mat\u00e9rialiste et critique en France, on se trouve dans un embarras th\u00e9orique qui n\u2019est pas dissociable d\u2019une situation politique. Si de nombreux et de nombreuses acteurs et actrices du paysage des politiques d\u2019\u00e9mancipation s\u2019accordent sur une opposition abstraite au racisme, ce dernier enjeu est bien celui qui donne \u00e0 voir le plus de confusion dans la gauche intellectuelle et politique, toutes traditions confondues.<!--more--><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">En effet, rares sont les courants en mesure de faire preuve de la m\u00eame rigueur ou de la m\u00eame \u00e9rudition \u00e0 propos des enjeux de race qu\u2019au sujet de la crise \u00e9conomique, de la strat\u00e9gie r\u00e9volutionnaire, des transformations du travail ou de l\u2019histoire du mouvement ouvrier. L\u2019ironie du sort est que la question raciale pourrait \u00eatre une entr\u00e9e possible dans ces derni\u00e8res th\u00e9matiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Il serait difficile de caract\u00e9riser de fa\u00e7on tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale cette absence de rigueur. Mais on peut sans aucun doute l\u2019associer aux mani\u00e8res courantes de traiter du racisme au sein de la gauche radicale. Le racisme serait une mani\u00e8re de d\u00e9tourner l\u2019attention, une diversion op\u00e9r\u00e9e par la classe dominante en direction des classes populaires pour r\u00e9duire leur combativit\u00e9 collective. Souvent, cet argument est nourri par l\u2019id\u00e9e, partiellement vraie, que le racisme constitue une division de la classe r\u00e9volutionnaire\u00a0; que cette classe r\u00e9volutionnaire devra d\u00e9passer le racisme pour renverser le capitalisme\u00a0; ou le d\u00e9passera <em>dans la lutte<\/em> pour ce renversement \u2013 dans les syndicats ou encore sur les piquets de gr\u00e8ve o\u00f9 les distinctions s\u2019estomperaient face aux imp\u00e9ratifs mat\u00e9riels.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Ces perspectives politiques ont contribu\u00e9 \u00e0 restreindre la discussion th\u00e9orique autour de la race et du racisme. Rattrap\u00e9\u2022e\u2022s par l\u2019urgence de l\u2019activisme, les militant\u2022e\u2022s peuvent reconna\u00eetre qu\u2019il faut combattre le racisme, mais il est n\u00e9anmoins plus important pour eux et elles de se demander comment reconstituer l\u2019unit\u00e9 du prol\u00e9tariat du jour au lendemain que de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qui, pr\u00e9cis\u00e9ment, clive durablement les subalternes. Il n\u2019est \u00e0 cet \u00e9gard pas \u00e9tonnant que les rares prises en compte th\u00e9oriques s\u00e9rieuses de la question raciale soient le fruit de militant\u2022e\u2022s et d\u2019intellectuel\u2022le\u2022s en rupture avec les exclusions de femmes voil\u00e9es et en lutte contre la loi du 15 mars 2004 \u2013 interdisant le port du hijab \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Cette expression du racisme \u00e9tait alors manifestement transversale \u00e0 la totalit\u00e9 du champ politique, et r\u00e9v\u00e9lait notamment combien l\u2019extr\u00eame gauche pouvait se rendre complice du syst\u00e8me raciste (L\u00e9vy 2010). Il \u00e9tait d\u00e8s lors impossible de restreindre le racisme \u00e0 une manipulation de l\u2019extr\u00eame droite ou des classes dominantes \u2013 et c\u2019est \u00e0 ce titre qu\u2019on a pu lire chez Pierre Tevanian, Sylvie Tissot, Laurent L\u00e9vy, Christine Delphy, Sa\u00efd Bouamama, dans le sillage du mouvement d\u2019Une \u00e9cole pour tout\u2022e\u2022s et dans la production du Mouvement\/Parti des indig\u00e8nes de la r\u00e9publique, des \u00e9laborations \u00e0 la fois radicales et novatrices sur la question raciale en France.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Une conception du racisme en terme de simple diversion et\/ou de division produit deux effets. D\u2019une part, elle r\u00e9duit la race \u00e0 un dommage collat\u00e9ral de la lutte des classes. D\u00e8s lors, ce qui importe n\u2019est pas tant de discuter de la race comme une formation sociale et un syst\u00e8me durables, mais comme une id\u00e9ologie qui influence plus ou moins le cours du combat de classe, \u00e0 la mani\u00e8re des nationalismes ou des populismes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Corr\u00e9lativement, cette conception n\u2019implique aucunement une rupture avec le sens commun\u00a0: quelle que soit l\u2019analyse port\u00e9e sur le racisme \u2013 en le consid\u00e9rant comme \u00ab\u00a0peur\/ignorance de l\u2019Autre\u00a0\u00bb jusqu\u2019\u00e0 en proposer une lecture en terme de continuit\u00e9 coloniale \u2013 le racisme ferait \u00e9cran devant les <em>vrais<\/em> enjeux. Toute discussion th\u00e9orique sur le racisme lui-m\u00eame reste tr\u00e8s secondaire \u2013 puisque cette discussion, quand elle existe, ne sert qu\u2019\u00e0 expliquer pourquoi, en derni\u00e8re instance, le prol\u00e9tariat (blanc et non blanc) est uni par des int\u00e9r\u00eats communs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Le ph\u00e9nom\u00e8ne du racisme demeure pourtant bien plus complexe que l\u2019enjeu de la division du prol\u00e9tariat. Ce recueil entend notamment donner \u00e0 voir quelques axes de recherche qui travaillent au plus pr\u00e8s les diff\u00e9rentes dimensions de l\u2019organisation raciale du monde et des soci\u00e9t\u00e9s, et qui mettent en jeu les controverses portant sur l\u2019interpr\u00e9tation du ph\u00e9nom\u00e8ne racial. Les d\u00e9bats ici discut\u00e9s font intentionnellement l\u2019impasse sur les rengaines autour de \u00ab\u00a0l\u2019universalisme\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0R\u00e9publique une et indivisible\u00a0\u00bb. En effet, ces discussions se contentent de se demander si l\u2019on peut poser ou non le probl\u00e8me racial plut\u00f4t que de le penser pr\u00e9cis\u00e9ment. C\u2019est cette n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9cision qui a orient\u00e9 le choix de ces textes, marqu\u00e9s par une ambition scientifique notable \u2013 ce qui rend parfois leur compr\u00e9hension difficile\u00a0; mais ce qui les rend avant tout difficile d\u2019approche, c\u2019est qu\u2019ils s\u2019inscrivent dans des champs sp\u00e9cialis\u00e9s. La sp\u00e9cialisation est souvent le fait de l\u2019ancrage acad\u00e9mique qui partitionne les disciplines et morcelle la compr\u00e9hension globale d\u2019un syst\u00e8me. Mais elle est peut-\u00eatre la seule fa\u00e7on de rendre compte d\u2019aspects du racisme qui sont habituellement n\u00e9glig\u00e9s ou mal probl\u00e9matis\u00e9s dans le sens commun \u00e0 gauche.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce que permet la sp\u00e9cialisation, c\u2019est de traiter du racisme de fa\u00e7on tr\u00e8s pr\u00e9cise et dans toute sa complexit\u00e9. Le champ acad\u00e9mique anglophone a depuis longtemps pris en charge cette vari\u00e9t\u00e9 de champs d\u2019action pour la question raciale. C\u2019est notamment \u00e0 ce titre que ce recueil comporte nombre de traductions de l\u2019anglais. Parmi elles, on peut s\u2019attarder sur la contribution de Stefan Kipfer qui est l\u2019exemple m\u00eame d\u2019une lecture en termes de racialisation de l\u2019espace urbain en France. Son approche sp\u00e9cialis\u00e9e, ancr\u00e9e dans le champ de la g\u00e9ographie critique et nourrie par les observations de Frantz Fanon, lui permet d\u2019\u00e9chapper aux simplifications induites par de nombreuses comparaisons entre le ghetto \u00e9tatsunien et les \u00ab\u00a0banlieues\u00a0\u00bb en France. La complexit\u00e9 des processus de racialisation est rendue intelligible par une attention port\u00e9e sur les r\u00e9seaux constitu\u00e9s par les instances de r\u00e9novation urbaine, les municipalit\u00e9s, l\u2019\u00c9tat et les imp\u00e9rialismes\u00a0: loin d\u2019\u00eatre des enjeux \u00e9troitement nationaux, la production raciale de l\u2019espace et la production spatiale de la race sont des m\u00e9canismes inscrits dans la supr\u00e9matie du monde occidental, et reproduisent l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des populations blanches aux \u00e9chelles nationales et locales. Les apports d\u2019une approche g\u00e9ographique s\u2019affirment dans ce choix de traiter du racisme comme un ph\u00e9nom\u00e8ne et un processus inscrits dans l\u2019espace, qui doivent n\u00e9cessairement s\u2019envisager \u00e0 plusieurs \u00e9chelles. De son c\u00f4t\u00e9, le champ acad\u00e9mique fran\u00e7ais a largement occult\u00e9 la question raciale. La sociologie reste l\u2019un des rares espaces th\u00e9oriques en France au sein desquels la question raciale peut-\u00eatre discut\u00e9e sous diff\u00e9rents aspects et selon diff\u00e9rentes analyses. Il n\u2019en reste pas moins que le champ sociologique fran\u00e7ais porte une lourde tendance \u00e0 d\u00e9mat\u00e9rialiser la question raciale en l\u2019envisageant le plus souvent autour de l\u2019unique probl\u00e9matique de la \u00ab\u00a0perception sociale\u00a0\u00bb alors que, dans le champ anglophone, on accorde \u00e0 la race une capacit\u00e9 de structuration du monde social plus cons\u00e9quente. Le texte de Fabrice Dhume, sociologue contribuant \u00e0 cet ouvrage, montre comment la d\u00e9finition de la discrimination raciale, dans le cadre des politiques publiques, participe d\u2019une d\u00e9mat\u00e9rialisation des pratiques racistes au profit d\u2019euph\u00e9misations (\u00ab\u00a0diversit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0personnes appartenant \u00e0 des minorit\u00e9s\u00a0\u00bb, etc.) qui d\u00e9politisent la lutte contre les discriminations racistes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Le texte de David Roediger, qui ouvre ce recueil, s\u2019il n\u2019est pas lui-m\u00eame un article sp\u00e9cialis\u00e9 dans un champ particulier, donne \u00e0 voir une cartographie des prises de position intellectuelles dans l\u2019approche de la race et de sa mise en concurrence avec la classe. Il s\u2019agit de poser des discussions g\u00e9n\u00e9rales et de r\u00e9sumer des enjeux th\u00e9oriques. C\u2019est pour \u00e9viter cette mise en concurrence st\u00e9rile entre race et classe que nous avons choisi d\u2019intituler ce recueil <em>Race et capitalisme<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Il s\u2019agit pour nous de partir de l\u2019hypoth\u00e8se que, historiquement, le capitalisme a toujours \u00e9t\u00e9 racialis\u00e9. D\u2019abord, dans sa formation m\u00eame\u00a0: le r\u00f4le du commerce des esclaves et celui des richesses tir\u00e9es de l\u2019esclavage colonial a \u00e9t\u00e9 crucial pour accumuler le capital qui a financ\u00e9 la r\u00e9volution industrielle (Williams 1944). Des auteurs comme CLR James ont audacieusement d\u00e9fendu la th\u00e8se que la plantation anticipe l\u2019entreprise capitaliste et le salariat moderne (James 2008 [1938]). Par la suite, la formation des imp\u00e9rialismes et l\u2019organisation du march\u00e9 mondial au 19e si\u00e8cle se sont jou\u00e9es sur la comp\u00e9tition des nations occidentales dans l\u2019expansion coloniale. Ce qui justifie de ne pas avoir intitul\u00e9 ce recueil \u00ab\u00a0race et classe\u00a0\u00bb, c\u2019est que dans cette \u00e9mergence commune du capitalisme et du ph\u00e9nom\u00e8ne esclavagiste\/colonial, la formation des classes sociales est ins\u00e9parable de leur racialisation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Pour Himani Bannerji, dont un des textes figure dans le pr\u00e9sent recueil, il n\u2019existe pas de classe sociale d\u00e9pourvue d\u2019identit\u00e9s li\u00e9es \u00e0 des formes d\u2019oppression constitu\u00e9es avec le capitalisme. Pour elle, il ne s\u2019agit pas, l\u00e0 non plus, de consid\u00e9rer le capitalisme comme une oppression fondamentale \u00e0 laquelle s\u2019ajouteraient les autres oppressions, comme les scories d\u2019une barbarie irrationnelle ou archa\u00efque. Bannerji n\u2019envisage pas les identit\u00e9s comme de simples stigmates ou encore se r\u00e9duisant \u00e0 des constructions culturelles. Les identit\u00e9s sont le produit des m\u00eames histoires que celles qui ont concouru \u00e0 l\u2019essor et au d\u00e9veloppement du capitalisme comme ph\u00e9nom\u00e8ne mondial\u00a0: l\u2019esclavagisme, la colonisation et la division internationale du travail. Les identit\u00e9s sont les \u00ab\u00a0noms\u00a0\u00bb et les perceptions sociales qui sont impos\u00e9s ou que se donnent les opprim\u00e9\u2022e\u2022s dans le contexte de cette multiplicit\u00e9 de traitements d\u2019exception. Ces \u00ab\u00a0noms\u00a0\u00bb et ces perceptions ne sont ni des essences ni des constructions contingentes\u00a0; ils sont ancr\u00e9s dans l\u2019\u00e9volution concr\u00e8te des rapports juridiques, des relations de subordination entre les populations occidentales et les populations colonis\u00e9es ou anciennement colonis\u00e9es\u00a0; ils d\u00e9pendent aussi des rapports de force politiques entre les forces vives de la d\u00e9colonisation et celles qui entendent maintenir le statu quo colonialiste, entre les processus d\u2019abolition des institutions esclavagistes et les forces s\u00e9gr\u00e9gationnistes, entre la r\u00e9sistance des non-Blanc\u2022he\u2022s et la supr\u00e9matie blanche \u2013 appuy\u00e9e \u00e0 l\u2019international sur l\u2019exploitation du Tiers-Monde et, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des \u00c9tats-nations occidentaux, sur la discrimination syst\u00e9matis\u00e9e des non-Blanc\u2022he\u2022s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">C\u2019est ici que le texte de Patrick Mason vient ici rejoindre et compl\u00e9ter la proposition de Himani Bannerji. Pour comprendre la possibilit\u00e9 d\u2019une discrimination syst\u00e9matis\u00e9e \u00e0 un niveau \u00e9conomique, Mason propose un mod\u00e8le qui rend compte d\u2019un principe d\u2019exclusion inh\u00e9rent au fonctionnement du capitalisme. En effet, m\u00eame dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un march\u00e9 concurrentiel, persistent forc\u00e9ment du ch\u00f4mage involontaire et une certaine raret\u00e9 des situations de travail r\u00e9unissant les meilleures conditions. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi et aux postes les mieux r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s, les plus qualifi\u00e9s, fait l\u2019objet d\u2019une comp\u00e9tition dans la mesure o\u00f9 le capitalisme ne permet pas d\u2019offrir des situations \u00e9conomiques satisfaisantes pour tous et toutes, dans la mesure o\u00f9 subsiste une arm\u00e9e industrielle de r\u00e9serve et une stratification des conditions \u00e9conomiques. Cette raret\u00e9 produit d\u00e8s lors ce que l\u2019on pourrait se figurer comme une file d\u2019attente pour chaque position dans la hi\u00e9rarchie sociale et \u00e9conomique. Le fait que les un\u2022e\u2022s sont amen\u00e9\u2022e\u2022s \u00e0 passer devant les autres engendre des possibilit\u00e9s de discriminations. La race participe de l\u2019appareil identitaire qui vient coder l\u2019attribution des places dans la file d\u2019attente. C\u2019est en cela que l\u2019identit\u00e9 devient un v\u00e9ritable enjeu\u00a0: l\u2019identit\u00e9 blanche, par exemple, constitue un passe-droit pour passer devant les autres \u2013 \u00e0 l\u2019embauche, \u00e0 l\u2019avancement, au logement, etc. \u00c0 l\u2019inverse, comme le montre Patrick Mason en regard de la situation \u00e9tatsunienne, l\u2019acc\u00e8s aux rares positions les plus favorables (dans les secteurs les plus syndicalis\u00e9s, aux postes les mieux r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s pour la m\u00eame qualification, etc.) demandent \u00e0 tou\u2022te\u2022s ceux et celles qui n\u2019ont pas le \u00ab\u00a0bon ticket\u00a0\u00bb, le bon marqueur identitaire, d\u2019en faire deux fois plus que les autres. Il s\u2019agira \u00e9galement pour eux et elles de se conformer \u00e0 un mod\u00e8le d\u2019int\u00e9gration, et toute r\u00e9ussite qui pourrait en d\u00e9couler sera d\u00e8s lors soumise \u00e0 l\u2019excellence\u00a0: en effet, le droit \u00e0 l\u2019erreur n\u2019est pas permis et il suffira du moindre \u00e9cart pour se voir ramen\u00e9\u2022e\u2022s \u00e0 \u00ab\u00a0ses origines\u00a0\u00bb. Il faut \u00e9galement prendre en compte le prix \u00e0 payer pour avoir droit \u00e0 la reconnaissance sociale \u2013 un prix qui implique le plus souvent une rupture avec la communaut\u00e9 et une collaboration avec le statu quo in\u00e9galitaire\u00a0: si la discrimination est le produit d\u2019une comp\u00e9tition entre Blanc\u2022he\u2022s et non-Blanc\u2022he\u2022s pour l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des positions sociales favorables ou \u00e0 l\u2019emploi, alors la comp\u00e9tition au sein des non-Blanc\u2022he\u2022s sera d\u2019autant plus rude qu\u2019il s\u2019agit du groupe qui ne b\u00e9n\u00e9ficie pas des privil\u00e8ges et du pouvoir qui permet aux Blanc\u2022he\u2022s de passer en priorit\u00e9 dans la file d\u2019attente. Sans cette priorit\u00e9, la r\u00e9ussite individuelle pour chaque non-Blanc\u2022he est condamn\u00e9e \u00e0 reposer en partie sur une distinction par rapport \u00e0 l\u2019ensemble de son propre groupe, syst\u00e9matiquement discrimin\u00e9. \u00c0 un niveau individuel, il n\u2019est pas possible de baser sa r\u00e9ussite sur une remise en cause du privil\u00e8ge des Blanc\u2022he\u2022s, mais de la mettre en \u0153uvre en passant \u00e0 travers ces privil\u00e8ges, en se positionnant comme une exception \u00e0 la r\u00e8gle de l\u2019exclusion qui frappe les autres non-Blanc\u2022he\u2022s \u2013 ce que la soci\u00e9t\u00e9 sanctionne en retour, non comme le fait d\u2019un individu appartenant \u00e0 un groupe discrimin\u00e9 surmontant un stigmate, mais comme la confirmation de la rengaine lib\u00e9rale et raciste du \u00ab\u00a0quand on veut, on peut\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce qui est ici en jeu, c\u2019est la mani\u00e8re dont les identit\u00e9s produites par l\u2019histoire complexe des oppressions, telle que la raconte Himani Bannerji, se voient non seulement reproduites, mais \u00e9galement inscrites dans des strat\u00e9gies de promotion sociale. L\u2019identit\u00e9 a bien une fonction \u00e9conomique. C\u2019est \u00e0 partir de cette analyse qu\u2019il faut briser l\u2019imaginaire tr\u00e8s persistant \u00e0 gauche qui consiste \u00e0 faire du racisme une cons\u00e9quence de la carence en cadres collectifs pour les Blanc\u2022he\u2022s des classes populaires (un mouvement ouvrier fort, des syndicats puissants, etc.) Dans cette imagerie, cette absence de cadres collectifs de r\u00e9sistance ne laisserait aux prol\u00e9taires blanc\u2022he\u2022s que la solution individuelle de rejeter \u00ab\u00a0l\u2019Autre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019immigr\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tranger\u00a0\u00bb. C\u2019est en cela que la gauche se refuse \u00e0 penser l\u2019identit\u00e9 blanche comme un privil\u00e8ge collectif. Si cet imaginaire admet bien qu\u2019il y a des situations o\u00f9 \u00eatre per\u00e7u\u2022e comme blanc\u2022he donne acc\u00e8s \u00e0 des avantages notables (l\u2019obtention d\u2019un emploi ou d\u2019un logement), il n\u2019envisage pas que l\u2019organisation des classes populaires blanches en tant que \u00ab\u00a0classe ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb puisse \u00eatre un moyen de conserver et d\u2019\u00e9tendre les privil\u00e8ges associ\u00e9s \u00e0 l\u2019identit\u00e9 blanche. L\u2019argument souvent invoqu\u00e9 est que les privil\u00e8ges des Blanc\u2022he\u2022s et la discrimination syst\u00e9mique des non-Blanc\u2022he\u2022s, sont des obstacles \u00e0 l\u2019organisation du prol\u00e9tariat et \u00e0 l\u2019obtention d\u2019un rapport de force suffisant face \u00e0 la classe dominante \u2013 l\u2019unit\u00e9 serait tout simplement plus gagnante que la division. Mais comprenons bien que ce n\u2019est pas parce que, pour les travailleurs et travailleuses Blanc\u2022he\u2022s, on pourrait faire <em>mieux<\/em> sans le racisme, que l\u2019on ne se porte pas <em>bien<\/em> en s\u2019appuyant sur ses privil\u00e8ges. Dans le cas de la lutte de classe des prol\u00e9taires Blanc\u2022he\u2022s, l\u00e0 aussi, le mieux est l\u2019ennemi du bien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">On peut citer diff\u00e9rents exemples \u00e0 l\u2019appui de ces arguments. Pour de nombreux lib\u00e9raux ou sociaux-d\u00e9mocrates r\u00e9formistes, le New Deal \u00e9tatsunien des ann\u00e9es 1930 est une r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re de l\u00e9gislation progressiste. Mais il se trouve que le New Deal a pr\u00e9cis\u00e9ment constitu\u00e9 une l\u00e9gislation protectrice des travailleurs et travailleuses blanc\u2022he\u2022s, en excluant subtilement les Noir\u2022e\u2022s des mesures en question. Plut\u00f4t que de faire figurer cette exclusion de fa\u00e7on explicite, la l\u00e9gislation sociale vot\u00e9e par les membres du Congr\u00e8s faisait simplement l\u2019impasse sur les emplois o\u00f9 les Noir\u2022e\u2022s \u00e9taient surrepr\u00e9sent\u00e9\u2022e\u2022s \u2013 les ouvriers agricoles et les domestiques en particulier. Ainsi, le Congr\u00e8s a mis en place des dur\u00e9es l\u00e9gales du travail, des salaires minimum, une s\u00e9curit\u00e9 sociale et des structures syndicales qui n\u2019ont pas concern\u00e9 les Noir\u2022e\u2022s. (Katznelson 2005\u00a0: 22-23) On peut \u00e9toffer cet exemple en ajoutant les remarques du chercheur autodidacte Theodore Allen. Allen s\u2019est particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 cet \u00e9pisode car il est non seulement l\u2019auteur du classique The Invention of the White Race, mais qu\u2019il est l\u2019une des figures d\u2019un groupe marxiste, la Sojourner Truth Organization, qui s\u2019inscrivait dans une r\u00e9flexion antiraciste radicale. Dans un texte de 1973, il montre comment le parti communiste des \u00c9tats-Unis est devenu, au cours des ann\u00e9es 1930 et \u00ab\u00a0au nom de l\u2019unit\u00e9 antifasciste\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0auxiliaire du New Deal\u00a0\u00bb. Pour ne pas \u00ab\u00a0risquer de perdre les concessions offertes par le New Deal\u00a0\u00bb, le parti communiste \u00e9tatsunien n\u2019a pas soulign\u00e9 le caract\u00e8re racial et discriminatoire de la r\u00e9forme, rompant avec ses prises de positions ant\u00e9rieures en faveur d\u2019un combat antiraciste. De m\u00eame, \u00e0 propos du mouvement syndical, Allen explique comment les militants syndicalistes de l\u2019AFL et du CIO (deux syndicats majeurs aux \u00c9tats-Unis) se sont d\u00e9solidaris\u00e9s des Noir\u2022e\u2022s pour ne pas risquer de s\u2019ali\u00e9ner les Blanc\u2022he\u2022s. Il en a r\u00e9sult\u00e9 que le diff\u00e9rentiel entre le taux de ch\u00f4mage des Noir\u2022e\u2022s et celui des Blanc\u2022he\u2022s au Nord des \u00c9tats-Unis est pass\u00e9 de 75% en 1930 \u00e0 115% en 1937. Citant Franklin Frazier, Allen ajoute que \u00ab\u00a0la politique du New Deal visant \u00e0 prot\u00e9ger le droit d\u2019organisation du travailleur (blanc) d\u2019une part, et le droit des Noir\u2022e\u2022s \u00e0 avoir un emploi d\u2019autre part, entr\u00e8rent alors souvent en conflit\u00a0\u00bb (Allen 1973).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce conflit, il est aussi perceptible dans l\u2019histoire du mouvement ouvrier en France. \u00c0 partir de l\u2019apr\u00e8s-guerre, la CGT a longtemps promu un protectionnisme ouvrier. Elle s\u2019est oppos\u00e9e \u00e0 l\u2019introduction de travailleurs \u00e9trangers dans la force de travail jusqu\u2019en 1974, et a m\u00eame \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019initiative de la cr\u00e9ation de l\u2019Office national de l\u2019immigration \u2013 dans lequel elle a si\u00e9g\u00e9 jusqu\u2019en 1947. Quand la CGT a abandonn\u00e9 cette politique \u00e9troitement nationaliste, elle a converti ses positions sur l\u2019immigration en une d\u00e9fense pour un retour au pays dans des conditions confortables pour les travailleurs immigr\u00e9s. L\u00e0 encore, c\u2019\u00e9tait consid\u00e9rer l\u2019\u00ab\u00a0immigr\u00e9\u00a0\u00bb comme un travailleur de second plan. En effet, ce virage s\u2019op\u00e8re \u00e0 l\u2019heure des grandes restructurations et de la crise \u00e9conomique. D\u00e8s lors, quand les syndicalistes jugent que, face aux licenciements, la priorit\u00e9 pour ces travailleurs immigr\u00e9s n\u2019est pas le maintien de leur emploi mais un retour au pays dans les meilleures conditions, il devient alors notable que les grands syndicats n\u2019ont pas consid\u00e9r\u00e9 ces travailleurs comme une composante de leur base sociale mais comme une force de travail dont la pr\u00e9sence n\u2019est qu\u2019une anomalie. Le mouvement syndical a c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0illusion du provisoire\u00a0\u00bb, formule ch\u00e8re \u00e0 Abdelmalek Sayad\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0<em>Un immigr\u00e9, c\u2019est essentiellement une force de travail et une force de travail provisoire, temporaire, en transit. En vertu de ce principe, un travailleur immigr\u00e9 (travailleur et immigr\u00e9 \u00e9tant, ici, presque un pl\u00e9onasme) [&#8230;] reste toujours un travailleur qu\u2019on d\u00e9finit et qu\u2019on traite comme provisoire, donc r\u00e9vocable \u00e0 tout moment. [&#8230;] En fin de compte, un immigr\u00e9 n\u2019a sa raison d\u2019\u00eatre que sur le mode du provisoire et \u00e0 condition qu\u2019il se conforme \u00e0 ce qu\u2019on attend de lui\u00a0: il n\u2019est l\u00e0 et n\u2019a sa raison d\u2019\u00eatre que par le travail, pour le travail et dans le travail\u00a0: parce qu\u2019on a besoin de lui, tant qu\u2019on a besoin de lui, pour ce pourquoi on a besoin de lui et l\u00e0 o\u00f9 on a besoin de lui<\/em>\u00ab\u00a0. (Sayad 2006\u00a0: 50-51)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Ces exemples \u2013 du grand ralliement au New Deal ou des options des syndicats h\u00e9g\u00e9moniques fran\u00e7ais depuis la Lib\u00e9ration jusqu\u2019aux grandes restructurations \u2013 nous montrent combien les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eat entre travailleurs blancs et non blancs se mettent clairement en \u0153uvre dans ce que le mouvement ouvrier blanc juge comme des opportunit\u00e9s strat\u00e9giques\u00a0: dans le cas du New Deal, il s\u2019agit de conforter une l\u00e9gislation protectrice excluant les Noir\u2022e\u2022s\u00a0; dans le cas des r\u00e9formes de la Lib\u00e9ration, il s\u2019agit de prot\u00e9ger les secteurs domin\u00e9s par les nationaux en devenant agent du contr\u00f4le de l\u2019immigration\u00a0; \u00e0 l\u2019heure des grandes restructurations, les syndicats majoritaires ont ignor\u00e9 les luttes de travailleurs immigr\u00e9s men\u00e9es \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode\u00a0: les gr\u00e8ves des loyers dans les foyers d\u2019immigr\u00e9s marquaient peut-\u00eatre un ancrage sur le long terme et pas forc\u00e9ment une n\u00e9cessit\u00e9 imm\u00e9diate de retour au pays. Cette invisibilisation ou ce choix notable des fronts \u00e0 sacrifier marquent bien une tendance structurelle du mouvement ouvrier octroy\u00e9e et fa\u00e7onn\u00e9e par le privil\u00e8ge blanc.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Aujourd\u2019hui encore,<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0<em>le mouvement social dans son ensemble ne se donne pas pour priorit\u00e9 d\u2019appuyer les luttes des descendant\u2022e\u2022s de colonis\u00e9\u2022e\u2022s. Le plus souvent, les composantes de la gauche politique et syndicale tendent \u00e0 juger leurs propres pr\u00e9occupations comme universelles, portant sur la situation de l\u2019ensemble de la population (retraite, service public, droit au logement, etc.) Or, la lutte contre la supr\u00e9matie blanche ne saurait \u00eatre remplac\u00e9e par une lutte pour obtenir une plus grande part du g\u00e2teau, qui sera de toute fa\u00e7on r\u00e9partie in\u00e9galement entre tous et toutes<\/em>\u00a0\u00bb 1.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Ces revendications sont consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab\u00a0universelles\u00a0\u00bb pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elles ne prennent pas en compte les besoins sp\u00e9cifiques. On a beau gagner une plus grosse part de g\u00e2teau, les miettes resteront toujours pour les m\u00eames\u00a0: des victoires du mouvement ouvrier blanc n\u2019emp\u00eachent pas une reconduite \u00e0 l\u2019identique de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 entre Blanc\u2022he\u2022s et non-Blanc\u2022he\u2022s. La grande mobilisation contre le CPE constitue un bon exemple de ce passage \u00e0 la trappe d\u2019int\u00e9r\u00eats sp\u00e9cifiques au nom de \u00ab\u00a0l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb. La Loi sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances avait \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue et pr\u00e9sent\u00e9e comme une r\u00e9ponse aux r\u00e9voltes de novembre 2005. Pourtant, la dynamique majoritaire de la mobilisation a exclusivement port\u00e9 sur le CPE, \u00e9vin\u00e7ant les autres mesures pr\u00e9vues par la loi dans son ensemble\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0<em>[Elle] comprend des mesures de d\u00e9scolarisation qui, bien s\u00fbr, menacent tous les adolescents ind\u00e9pendamment de leurs origines, mais comment ne pas la mettre \u00e9galement en rapport avec les multiples discours concernant l\u2019incapacit\u00e9 sp\u00e9cifique des enfants issus de l\u2019immigration \u00e0 suivre une scolarit\u00e9 normale\u00a0? Le Titre III de la loi qui pr\u00e9voit de sanctionner les parents en leur retirant les allocations familiales n\u2019aurait de toute \u00e9vidence pas exist\u00e9 si une large campagne n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 men\u00e9e soulignant la pr\u00e9tendue incomp\u00e9tence des p\u00e8res \u2013 souvent d\u00e9nonc\u00e9s comme polygames \u2013 et des m\u00e8res \u2013 s\u2019acharnant \u00e0 parler l\u2019arabe \u2013 \u00e0 s\u2019occuper de leurs enfants. Et que viennent faire les dispositions du Titre IV concernant la \u00ab\u00a0lutte contre les incivilit\u00e9s\u00a0\u00bb dans une loi consacr\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances\u00a0\u00bb si ce n\u2019est pour parachever la logique de cette loi par des mesures s\u00e9curitaires dont la cible est prioritairement les Noirs, les Arabes et les musulmans. On pourrait en dire autant du Titre V qui instaure un \u00ab\u00a0service civil volontaire\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0former le jeune aux valeurs civiques\u00a0\u00bb\u00a0! Qui sont les jeunes qu\u2019\u00e0 longueur de discours et d\u2019articles, on d\u00e9nonce pour leur manque de \u00ab\u00a0valeurs civiques\u00a0\u00bb sinon ceux qui sont issus de l\u2019immigration postcoloniale\u00a0? Comment ne pas faire le lien entre ces d\u00e9cisions et celles qui conditionnent la d\u00e9livrance d\u2019un titre de s\u00e9jour par l\u2019adh\u00e9sion aux \u00ab\u00a0valeurs de la r\u00e9publique\u00a0\u00bb\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb (Khiari 2006a).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u00e0 encore, \u00ab\u00a0on arguera bien s\u00fbr que, sur le seul CPE, il est possible de gagner\u00a0; que pour construire la mobilisation la plus large, il fallait se donner un objectif clair et un seul, qui soit le plus \u00ab\u00a0rassembleur\u00a0\u00bb possible. Mais comment expliquer ce \u00ab\u00a0hasard\u00a0\u00bb qu\u2019il faille toujours mettre de c\u00f4t\u00e9 les revendications des populations issues de l\u2019immigration pour gagner en efficacit\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb (Khiari 2006).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Les exemples ci-dessus confirment bien qu\u2019il existe, contrairement aux hypoth\u00e8ses de la gauche classique, des divergences d\u2019int\u00e9r\u00eat entre les non-Blanc\u2022he\u2022s dans leur ensemble et les Blanc\u2022he\u2022s, y compris \u00e0 travers les organisations des classes populaires blanches. Ces divergences peuvent se manifester par l\u2019exclusion explicite de certain\u2022e\u2022s non-Blanc\u2022he\u2022s \u2013 comme \u00e7\u2019a \u00e9t\u00e9 longtemps le cas des Noir\u2022e\u2022s dans le syndicalisme \u00e9tatsunien, ou aujourd\u2019hui en France celui des femmes voil\u00e9es dans les partis politiques de la gauche radicale\u00a0-, par la secondarisation explicite ou insidieuse des besoins et des pr\u00e9occupations des non-Blanc\u2022he\u2022s, par une invisibilisation de leurs luttes et de leurs r\u00e9sistances, ou encore par la volont\u00e9 plus ou moins bienveillante d\u2019annexer ces r\u00e9sistances \u00e0 l\u2019orbite des partis et syndicats du mouvement ouvrier classique. Il va de soi que ces divergences doivent n\u00e9cessairement se traduire sur le plan politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">S\u2019organiser politiquement, c\u2019est pr\u00e9tendre \u00e0 exercer le pouvoir, \u00e0 diriger l\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9. Du point de vue du mouvement ouvrier, le pouvoir consiste, de fa\u00e7on ultime, \u00e0 diriger la soci\u00e9t\u00e9 de sorte que l\u2019oppression capitaliste soit vaincue. La conqu\u00eate du pouvoir politique par le prol\u00e9tariat implique un certain nombre de conditions\u00a0: l\u2019ind\u00e9pendance politique vis-\u00e0-vis de la classe dominante, la transformation radicale (ou la destruction) de l\u2019\u00c9tat bourgeois ainsi que des mesures politiques pr\u00e9cises pour neutraliser le pouvoir \u00e9conomique et social des propri\u00e9taires des moyens de production. De la m\u00eame mani\u00e8re, l\u2019organisation politique des non-Blanc\u2022he\u2022s vise \u00e0 diriger la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 exercer le pouvoir de sorte \u00e0 faire d\u00e9p\u00e9rir le privil\u00e8ge blanc \u2013 comme le rappelle Sadri Khiari dans sa contribution qui vient conclure le recueil.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">De nombreuses compatibilit\u00e9s existent entre ces deux programmes. Mais l\u2019enjeu ici est, d\u2019abord, de r\u00e9aliser en quoi ces deux mouvements suivent des trajectoires politiques qui ne sont pas r\u00e9ductibles l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. <em>La constitution d\u2019un pouvoir politique indig\u00e8ne<\/em> \u2013 pour reprendre la formule de Sadri Khiari \u2013 s\u2019\u00e9labore au travers de mouvements ayant leur propre temporalit\u00e9 comme leur propre espace, leur historicit\u00e9, leur m\u00e9moire sp\u00e9cifique\u00a0: des luttes anticoloniales aux projets panarabistes ou panafricains, de la Marche pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 et contre le racisme aux luttes contre les exclusions des femmes portant le <em>hijab<\/em>, des luttes contre la double-peine \u00e0 celles contre les violences polici\u00e8res, des r\u00e9voltes des quartiers populaires \u00e0 la solidarit\u00e9 avec la Palestine. Si les int\u00e9r\u00eats entre Blanc\u2022he\u2022s et non-Blanc\u2022he\u2022s sont amen\u00e9s \u00e0 diverger, alors la continuit\u00e9 des luttes des descendant\u2022e\u2022s de colonis\u00e9\u2022e\u2022s n\u2019a pas la m\u00eame centralit\u00e9 dans la m\u00e9moire et l\u2019h\u00e9ritage politique des partis et organisations de la gauche blanche. Si des fractions de ces organisations, des groupuscules ou des individu\u2022e\u2022s, peuvent se r\u00e9clamer de l\u2019ensemble de ces moments sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019anti-imp\u00e9rialisme, il n\u2019en reste pas moins que l\u2019espace-temps des indig\u00e8nes n\u2019est pas structurant pour la vie politique du mouvement ouvrier classique (Khiari 2006b).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">D\u00e8s lors, m\u00eame si les forces de la gauche politique et syndicale approchent la question raciale bien diff\u00e9remment de la classe dominante, il demeure que cette approche a \u00e9chou\u00e9 dans sa prise en compte de l\u2019essence m\u00eame de cette question\u00a0: au lieu de promouvoir (sur le plan th\u00e9orique comme sur le plan pratique) la dynamique et tout le potentiel port\u00e9s par l\u2019organisation des forces non blanches, la gauche blanche s\u2019\u00e9vertue surtout \u00e0 les d\u00e9courager \u2013 pour preuve, le d\u00e9clenchement d\u2019une grande hostilit\u00e9 de la part de la gauche de la gauche au lancement de l\u2019Appel \u00ab\u00a0Nous sommes les indig\u00e8nes de la r\u00e9publique\u00a0\u00bb et au moment de la constitution du Parti des indig\u00e8nes de la r\u00e9publique (L\u00e9vy 2010).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Ainsi, les forces \u00e9mancipatrices \u00e0 gauche persistent \u00e0 ignorer le potentiel de radicalisation d\u2019ensemble qu\u2019insuffle l\u2019organisation autonome des non-Blanc\u2022he\u2022s en elle-m\u00eame. Certes, cette organisation est minoritaire, comme le sont les non-Blanc\u2022he\u2022s dans leur ensemble\u00a0; elle est fragment\u00e9e \u2013 en partis, associations, fronts, comit\u00e9s de familles, collectifs, autour de mosqu\u00e9es ou de listes municipales. Mais elle est capable de perturber cons\u00e9quemment le champ politique classique en proposant notamment des modes d\u2019action riches d\u2019enseignements pour l\u2019ensemble du mouvement social. La campagne Boycott, d\u00e9sinvestissement, sanctions contre l\u2019apartheid et l\u2019occupation de la Palestine (BDS) a mobilis\u00e9 de larges secteurs des forces non-blanches organis\u00e9es, et constitue bien l\u2019exemple d\u2019une campagne de longue dur\u00e9e, capable de construire des rapports de force locaux \u2013 sous la forme de coalitions de partis, associations et syndicats contre Agrexco dans le Sud de la France par exemple 2\u00a0-, une visibilit\u00e9 nationale et des liens avec d\u2019autres forces \u00e0 l\u2019international. Sans que la lutte ait la m\u00eame intensit\u00e9 partout et sur une p\u00e9riode concentr\u00e9e, les actions de boycott des produits isra\u00e9liens dans les supermarch\u00e9s, les manifestations, les campagnes d\u2019information, peuvent avoir lieu \u00e0 tout moment, avec toutes les forces qui souhaitent s\u2019y associer, pour des objectifs pr\u00e9cis. Ce type de campagne traduit, d\u2019une part, l\u2019internationalisme cons\u00e9quent visible au creux des manifestations de solidarit\u00e9 avec la Palestine ou des peuples arabes en lutte \u2013 qui mobilisent des secteurs de la population non blanche exclus de l\u2019espace politique et militant. Par ailleurs, elle traduit \u00e9galement une capacit\u00e9 \u00e0 conduire une lutte sur des bases fermes \u2013 loin de faire l\u2019unanimit\u00e9 \u00e0 gauche de la gauche dans le cas de BDS \u2013 tout en acceptant toutes les alliances n\u00e9cessaires pour construire des rapports de forces.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Les modes d\u2019action singuliers que mettent en jeu ce type d\u2019organisation autonome se jouent \u00e9galement aux creux de la violence polici\u00e8re qui frappe sp\u00e9cifiquement et quotidiennement les non-Blanc\u2022he\u2022s\u00a0: ceci implique que leurs campagnes entrent en conflit direct avec le pouvoir d\u2019\u00c9tat et ses appareils r\u00e9pressifs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Ainsi on voit combien certains \u00e9l\u00e9ments de radicalisation politique sont port\u00e9s par une minorit\u00e9 consciente de la population, et que la gauche radicale peut non seulement apprendre de cette radicalit\u00e9, mais sera rapidement confront\u00e9e \u00e0 ses propres incons\u00e9quences si elle se refuse \u00e0 l\u2019appuyer. La lutte contre l\u2019islamophobie et les lois prohibitionnistes, men\u00e9e depuis au moins 2003-2004, a produit un conflit au sein des forces de gauche que les plus radicales d\u2019entre elles n\u2019ont pas su trancher. Comme l\u2019expliquent Houria Bouteldja et Sadri Khiari\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0<em>Prenons maintenant l\u2019exemple du grand perdant de la recomposition \u00e0 gauche, le NPA. Ce parti, souvenons-nous, avait travers\u00e9 de graves difficult\u00e9s internes lors de la deuxi\u00e8me affaire du voile (2004) alors qu\u2019il \u00e9tait encore la LCR. Ces difficult\u00e9s se sont aggrav\u00e9es pour se transformer en v\u00e9ritable crise lors des \u00e9lections r\u00e9gionales de 2010 avec la candidature d\u2019Ilham Moussaid. Cette candidature s\u2019est ajout\u00e9e \u00e0 des d\u00e9saccords importants concernant les alliances \u00e0 gauche pour attiser la discorde au sein du NPA et provoquer le d\u00e9part d\u2019un grand nombre de ses militants. En apparence, l\u2019affaire Ilham n\u2019a rien \u00e0 voir avec les divergences sur la politique unitaire. Ces deux questions nous paraissent, pourtant, intimement li\u00e9es. La candidature d\u2019Ilham Moussaid \u2013 et la campagne haineuse dont celle-ci a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet dans les m\u00e9dias \u2013 a suscit\u00e9 imm\u00e9diatement un \u00e9lan de sympathie au sein des populations issues de l\u2019immigration. Consid\u00e9r\u00e9 jusqu\u2019alors comme un truc \u00ab\u00a0gauchiste\u00a0\u00bb, typique du folklore fran\u00e7ais, le NPA devenait l\u2019objet d\u2019une attention bienveillante. Aveugle ou indiff\u00e9rent \u00e0 cette \u00e9volution qui aurait d\u00fb l\u2019int\u00e9resser au plus haut point, le parti anticapitaliste a, au contraire, \u00e9t\u00e9 paniqu\u00e9 par l\u2019hostilit\u00e9 que la candidature d\u2019une femme voil\u00e9e suscitait parmi les Blancs. On se souvient de la suite, la crise a rebondi au lendemain des \u00e9lections, conduisant au d\u00e9part de nombreux militants et notamment de la majorit\u00e9 des militants arabes du Comit\u00e9 NPA auquel appartenait Ilham, ce m\u00eame comit\u00e9 qui \u00e9tait donn\u00e9 en mod\u00e8le de \u00ab\u00a0l\u2019intervention quartier\u00a0\u00bb du parti anticapitaliste. En favorisant une telle issue, le NPA montrait ainsi qu\u2019il \u00e9tait incapable de se tourner vers les quartiers<\/em>\u00a0\u00bb (Bouteldja &amp; Khiari 2012).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Si nous r\u00e9futions en amont les cons\u00e9quences politiques que la gauche tire de l\u2019id\u00e9e selon laquelle le racisme divise les classes populaires, il y a l\u00e0, par contre, une division dont elle pourrait tirer de pr\u00e9cieuses le\u00e7ons\u00a0: l\u2019organisation autonome des non-Blanc\u2022he\u2022s divise la majorit\u00e9 (Breitman 1964). La majorit\u00e9 blanche, dont sont partie prenante aussi bien les partis institutionnels qui soutiennent l\u2019ordre capitaliste que le mouvement social blanc qui en remet en cause certaines de ses cons\u00e9quences ou m\u00eame ses fondations, est cliv\u00e9e par les revendications et les luttes des non-Blanc\u2022he\u2022s. Comme nous le disions, dans l\u2019histoire complexe du capitalisme, les oppressions sp\u00e9cifiques et les identit\u00e9s constituent des divergences d\u2019int\u00e9r\u00eat entre subalternes et diff\u00e9rents espaces-temps, diff\u00e9rentes communaut\u00e9s de r\u00e9sistance. Mais les r\u00e9sistances des un\u2022e\u2022s ne sont pas sans impact sur le combat des autres. Dans les ann\u00e9es 2000, les luttes contre l\u2019islamophobie sont un exemple de division port\u00e9e au c\u0153ur de la majorit\u00e9 blanche. Elles ont ouvert la voie \u00e0 la candidature d\u2019Ilham Moussa\u00efd, qui a scandalis\u00e9 tout le champ politique blanc, tout en suscitant la confusion au sein du NPA sur son positionnement face au consensus islamophobe. Le NPA s\u2019envisage comme un parti des classes populaires dans leur ensemble, comme un parti qui s\u2019oppose aux partis institutionnels et \u00e0 leur politique, mais il n\u2019a pas su, d\u2019un m\u00eame mouvement, briser le consensus islamophobe en se solidarisant avec sa candidate face aux attaques de tout le monde politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Plus le mouvement de l\u2019immigration gagne en coh\u00e9sion et en fermet\u00e9, plus il est \u00e0 m\u00eame de demander des comptes, \u00e0 propos de ses propres pr\u00e9occupations, aux candidat\u2022e\u2022s, partis, syndicats et associations du monde blanc. Ces interpellations suscitent des d\u00e9saccords, des pol\u00e9miques, un \u00e9ventail de positions dans le champ politique blanc, en premier lieu parce que ce champ politique ne peut pas faire \u00ab\u00a0sans\u00a0\u00bb les non-Blanc\u2022he\u2022s et donc, se dispenser totalement de concessions \u00e0 leur \u00e9gard. Si les partis institutionnels, les partis blancs qui soutiennent l\u2019ordre capitaliste, sont incapables de concessions d\u2019ampleur, dans la mesure o\u00f9 leur aile gauche n\u2019a m\u00eame plus l\u2019ambition de faire des concessions aux classes populaires dans leur ensemble, les partis et organisations de la gauche radicale doivent bien faire avec la r\u00e9alit\u00e9 que\u00a0: \u00ab\u00a0lorsque l\u2019on regarde les chiffres officiels de la population fran\u00e7aise (\u2026) 30 % des milieux populaires (ouvriers et employ\u00e9s) sont issus de l\u2019immigration postcoloniale 3. C\u2019est peut-\u00eatre \u00e0 partir de l\u00e0 qu\u2019il faut entendre le mot d\u2019ordre de la mobilisation du 8 mai 2012 qui r\u00e9unissait bon nombre d\u2019organisations de l\u2019immigration et des quartiers populaires\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne comptons pas sur eux et ils ne pourront plus faire sans nous\u00a0!\u00a0\u00bb 4.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">C\u2019est \u00e0 partir de ces \u00e9l\u00e9ments d\u2019antagonismes que la minorit\u00e9 (raciale, en l\u2019occurrence) cesse d\u2019\u00eatre une minorit\u00e9\u00a0: en devenant capable de disloquer le groupe majoritaire, l\u2019organisation non blanche b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une certaine marge de man\u0153uvre, peut avoir un impact majeur et jouer un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans les rapports de force. Cette division de la majorit\u00e9 peut porter des b\u00e9n\u00e9fices bien au-del\u00e0 de la minorit\u00e9. En effet, en mettant \u00e0 jour les difficult\u00e9s du bloc dominant, ses faiblesses et sa vuln\u00e9rabilit\u00e9, le combat minoritaire ouvre des opportunit\u00e9s de transformation et des possibilit\u00e9s d\u2019alliances prometteuses sur de nouvelles bases\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0<em>Si l\u2019homme blanc est l\u2019ennemi, tous les Blancs sont-ils des ennemis \u00e9quivalents\u00a0? \u2013 aussi bien les Blancs qui ont le pouvoir dans ce pays, les dirigeants, que les Blancs qui n\u2019ont pas le pouvoir, et qui sont exploit\u00e9s par ceux qui dirigent \u2013 pas aussi exploit\u00e9s que les Noirs, mais exploit\u00e9s aussi\u00a0? Si le Blanc est l\u2019ennemi, y a-t-il un moyen de diviser l\u2019ennemi, de le pousser \u00e0 la s\u00e9paration, de creuser un foss\u00e9 au sein des Blancs, de les pousser \u00e0 se battre les uns contre les autres \u2013 au b\u00e9n\u00e9fice du Noir\u00a0? Si le Blanc est l\u2019ennemi, y a-t-il un moyen de transformer la situation de mani\u00e8re \u00e0 ce que certains Blancs soient d\u00e9mobilis\u00e9s ou neutralis\u00e9s, ou m\u00eame, dans certaines circonstances, transform\u00e9s en alli\u00e9s ou alli\u00e9s potentiels du Noir parce que ce serait dans leur propre int\u00e9r\u00eat\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb (Breitman 1967).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce qu\u2019il faut entendre dans la proposition de recherche Race et capitalisme, ce n\u2019est ni la mise en concurrence de deux syst\u00e8mes, ni la subordination de l\u2019un par l\u2019autre, ni une articulation principielle. C\u2019est comprendre sur le terrain de la th\u00e9orie ce qui se joue sur le plan pratique dans la constitution historique de majorit\u00e9s blanches, leurs contradictions internes et les voies par lesquelles leur h\u00e9g\u00e9monie peut \u00eatre remise en cause, neutralis\u00e9e, au profit de nouvelles majorit\u00e9s \u00e9mancipatrices.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>F\u00e9lix Boggio \u00c9wanj\u00e9-\u00c9p\u00e9e et Stella Magliani-Belkacem<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Notes\u00a0:<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">1. Comit\u00e9 de soutien \u00e0 Houria Bouteldja, \u00ab\u00a0Le proc\u00e8s qui accuse Houia Bouteldja\u00a0: un cas d\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb, 2011.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">2. \u00ab\u00a0Une victoire du BDS et de la \u00ab\u00a0Coalition contre Agrexco\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb [4].<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">3. \u00ab\u00a0Entretien avec Sa\u00efd Bouamama\u00a0: Pourquoi Sarkozy ne peut pas nettoyer la racaille au Karcher\u00a0?\u00a0\u00bb [5].<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">4. Premiers signataires\u00a0: Action Citoy\u2019Aisne, Alliance Noire Citoyenne(ANC)\/Brigades Anti-N\u00e9grophobie, Alternative Libertaire, Art de la paix, Association des Travailleurs Maghr\u00e9bins de France (ATMF), Campagnes Civiles Internationale Pour la Protection du peuple Palestinien (CCIPPP), Coup pour Coup 31, Collectif des Musulmans de France (CMF), D\u00e9choukaj, ETM 31 (Egalit\u00e9 Toulouse Mirail), Europalestine, \u00ab\u00a0Ensemble \u00e0 Bagnolet\u00a0\u00bb, Epices, F\u00e9d\u00e9ration des Tunisiens pour une Citoyennet\u00e9 des deux Rives (FTCR), Fondation Frantz Fanon, Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP), G\u00e9n\u00e9ration Palestine (GP), G\u00e9n\u00e9rations Spontan\u00e9es contre le racisme et l \u2019islamophobie, GUPS (Union G\u00e9n\u00e9rale des \u00c9tudiants de Palestine), Groupe Frantz Fanon, H.I.J.A.B., Les Indivisibles, Mouvement des Quartiers pour la Justice Sociale (MQJS), Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Parti des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique (PIR), Printemps des quartiers, Quartiers Nord Quartiers Forts, Union Juive Fran\u00e7aise pour la Paix (UJFP), Uni\u2019T, Vies Vol\u00e9es, Zone d\u2019Expression Populaire (ZEP).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Bibliographie\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Allen Theodore, \u00ab\u00a0White Supremacy in U.S. History\u00a0\u00bb, un discours prononc\u00e9 au Guardian Forum on the National Question, le 28 avril 1973.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Bouteldja Houria &amp; Khiari Sadri, \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9volution en ciseaux des champs de l\u2019antiracisme\u00a0\u00bb, 2012.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Breitman George, \u00ab\u00a0How A Minority Can Change Society\u00a0\u00bb, International Socialist Review, Vol.25 No.2, Spring 1964, p. 34-41.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Breitman George, \u00ab\u00a0Myths About Macolm X\u00a0\u00bb, discours au Detroit Friday Night Socialist Forum, 1967.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Katznelson Ira, When Affirmative Action Was White\u00a0: An Untold History of Racial Inequality in Twentieth-Century America, WW Norton, 2005.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Khiari Sadri, \u00ab\u00a0\u00c0 propos des mobilisations contre le CPE\u00a0\u00bb, http:\/\/www.indigenes-republique.fr\/ [3], jeudi 6 avril, 2006a.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Khiari Sadri, Pour une politique de la racaille, Textuel, 2006b.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u00e9vy Laurent, \u00ab\u00a0La Gauche\u00a0\u00bb, les Noirs et les Arabes, La fabrique, 2010.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">James Cyril Lionel Robert, Les Jacobins noirs, \u00e9ditions Amsterdam, 2008.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Sayad Abdelmalek, L\u2019Immigration ou les paradoxes de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, Raisons d\u2019agir, 2006.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Williams Eric, Capitalism &amp; Slavery, University of North Carolina Press, 1944.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Introduction de l\u2019ouvrage collectif, \u00e0 para\u00eetre aux \u00e9ditions Syllepse le 21 juin 2012\u00a0: <em>Race et capitalisme.<\/em><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>En voici le sommaire\u00a0:<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><img decoding=\"async\" alt=\"-\" src=\"http:\/\/www.indigenes-republique.fr\/puce.gif\" \/>\u00a0\u00a0Ce que pourrait \u00eatre une gauche antiraciste F\u00e9lix Boggio \u00c9wanj\u00e9-\u00c9p\u00e9e et Stella Magliani-Belkacem<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><img decoding=\"async\" alt=\"-\" src=\"http:\/\/www.indigenes-republique.fr\/puce.gif\" \/>\u00a0\u00a0L\u2019\u00e9clipse de la race et de la classe David Roediger<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><img decoding=\"async\" alt=\"-\" src=\"http:\/\/www.indigenes-republique.fr\/puce.gif\" \/>\u00a0\u00a0De la reconnaissance \u00e0 l\u2019effacement. La politique fran\u00e7aise de lutte contre les discriminations et la question raciale Fabrice Dhume<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><img decoding=\"async\" alt=\"-\" src=\"http:\/\/www.indigenes-republique.fr\/puce.gif\" \/>\u00a0\u00a0Le visage de Janus de la race\u00a0: Rhonda M.\u00a0Williams sur la schizophr\u00e9nie de l\u2019\u00e9conomie orthodoxe Patrick L. Mason<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><img decoding=\"async\" alt=\"-\" src=\"http:\/\/www.indigenes-republique.fr\/puce.gif\" \/>\u00a0\u00a0La passion de la nomination\u00a0: identit\u00e9, diff\u00e9rence et politique de classe Himani Bannerji<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><img decoding=\"async\" alt=\"-\" src=\"http:\/\/www.indigenes-republique.fr\/puce.gif\" \/>\u00a0\u00a0Ghetto or not ghetto, telle n\u2019est pas la seule question. Quelques remarques sur la \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb, l\u2019espace et l\u2019\u00c9tat \u00e0 Paris Stefan Kipfer<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><img decoding=\"async\" alt=\"-\" src=\"http:\/\/www.indigenes-republique.fr\/puce.gif\" \/>\u00a0\u00a0Nous avons besoin d\u2019une strat\u00e9gie d\u00e9coloniale Sadri Khiari<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp; Bonnes feuilles de \u00ab\u00a0Race et capitalisme\u00a0\u00bb, \u00e9d. Syllepse &nbsp; jeudi 21 juin 2012 Ce que pourrait \u00eatre une gauche antiraciste par F\u00e9lix Boggio \u00c9wanj\u00e9-\u00c9p\u00e9e et Stella Magliani-Belkacem Lorsque l\u2019on souhaite envisager la question raciale dans une perspective mat\u00e9rialiste et critique en France, on se trouve dans un embarras th\u00e9orique qui n\u2019est pas &#8230; <a title=\"Ce que pourrait \u00eatre une gauche antiraciste\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1051\" aria-label=\"En savoir plus sur Ce que pourrait \u00eatre une gauche antiraciste\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,25,36,4,7,6,18,28,37,39,5],"tags":[31,13,15],"class_list":["post-1051","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-anti-imperialisme","category-enseignement","category-europe","category-islamophobie","category-negrophobie","category-palestine-moyen-orient","category-resistance-bruxelles","category-racismes","category-romophobie","category-sans-papier","category-violence-policiere","tag-belgique","tag-nordine-saidi","tag-resistance"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1051","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1051"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1051\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1052,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1051\/revisions\/1052"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1051"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1051"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1051"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}