{"id":1530,"date":"2011-10-23T23:37:02","date_gmt":"2011-10-23T22:37:02","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1530"},"modified":"2013-11-27T23:39:07","modified_gmt":"2013-11-27T22:39:07","slug":"prison-break","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1530","title":{"rendered":"\u00ab PRISON BREAK\u2026 \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"entry-content\">\n<h3><a href=\"http:\/\/lukvervaet.blogspot.com\/2011\/05\/prison-break-par-jean-flinker-membre-du.html\">\u00ab\u00a0PRISON BREAK\u2026\u00a0\u00bb par Jean FLINKER, membre du Comit\u00e9 pour la Libert\u00e9 d\u2019Expression et d\u2019Association (CLEA) www.leclea.be<\/a><\/h3>\n<p><a href=\"http:\/\/1.bp.blogspot.com\/-BDM7V-tcQ_k\/TcaAQUNH5GI\/AAAAAAAAAWk\/DtSB9ZUNtyw\/s1600\/Contradictions%2B133.png\"><img decoding=\"async\" class=\"alignright\" id=\"BLOGGER_PHOTO_ID_5604307804099175522\" alt=\"\" src=\"https:\/\/lh3.ggpht.com\/-BDM7V-tcQ_k\/TcaAQUNH5GI\/AAAAAAAAAWk\/DtSB9ZUNtyw\/s400\/Contradictions%2B133.png\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"CENTER\"><strong>La Revue Contradictions<\/strong> <strong>vous pr\u00e9sente <\/strong><strong>\u00ab L\u2019affaire Luk Vervaet \u00bb <\/strong>Sur l\u2019interdiction professionnelle de l\u2019enseignant en milieu carc\u00e9ral, Luk Vervaet Num\u00e9ro sp\u00e9cial n\u00b0 133 \u2013 136 pages \u2013 10 euros CONTACT POUR TOUTE COMMANDE : <a>f.thirionet@wol.be<\/a><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il donnait cours \u00e0 des d\u00e9tenus depuis pr\u00e8s de six ans quand, de mani\u00e8re p\u00e9remptoire, Luk Vervaet est mis devant le fait accompli : il lui est d\u00e9sormais interdit d\u2019exercer ses activit\u00e9s d\u2019enseignant en prison. Raison officiellement invoqu\u00e9e : <em>\u00abS\u00e9curit\u00e9 publique\u00bb<\/em>. A ce jour, et malgr\u00e9 trois recours en extr\u00eame urgence devant le Conseil d\u2019Etat, M. Vervaet n\u2019a jamais pu d\u00e9nouer cette mesure d\u2019\u00e9loignement totalement arbitraire. \u00abArbitraire\u00bb parce qu\u2019elle n\u2019est explicit\u00e9e par aucun \u00e9l\u00e9ment concret av\u00e9rant la commission d\u2019une quelconque faute professionnelle.<!--more--><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Est-ce \u00e0 dire que Luk Vervaet aurait d\u00e9ploy\u00e9 un activisme extra-professionnel mal vu et mal consid\u00e9r\u00e9, au point de justifier pareille d\u00e9cision d\u2019\u00e9cartement? Si tel \u00e9tait le cas, ce diktat devrait \u00eatre totalement r\u00e9cus\u00e9, d\u00e9jug\u00e9 et disqualifi\u00e9. Car rien \u2013dans les convictions, les empathies ou les engagements politiques profess\u00e9s par le pr\u00e9cit\u00e9\u2013, rien ne corrobore l\u2019expression d\u2019actes dissidents, oppos\u00e9s \u00e0 l\u2019usage normal des libert\u00e9s reconnues constitutionnellement \u00e0 tout citoyen.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Jusqu\u2019\u00e0 preuve du contraire: penser la soci\u00e9t\u00e9 telle qu\u2019elle est, se d\u00e9penser pour ce qu\u2019elle devrait \u00eatre\u2026 ne constitue ni un crime ni un d\u00e9lit.<\/p>\n<p>En juin 2004, Luk Vervaet (52 ans) est engag\u00e9 par l\u2019<em>Atelier d\u2019\u00e9ducation permanente pour personnes incarc\u00e9r\u00e9es<\/em>(l\u2019ADEPPI), afin de donner cours \u00e0 des prisonniers. Pour exercer cette fonction, il lui est bien entendu indispensable d\u2019obtenir une habilitation l\u2019autorisant \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans les \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">N\u2019ayant pas de casier judiciaire, ne souffrant d\u2019aucun d\u00e9faut d\u2019emp\u00eachement li\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre ou \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publics, une autorisation d\u2019entrer en contact avec les d\u00e9tenus (des prisons de Forest, Berkendael, Saint-Gilles, Tournai, Mons, Namur, Andenne, Ittre et Nivelles) lui est officiellement d\u00e9livr\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ao\u00fbt 2009. Alors que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 dispose toujours d\u2019un casier judiciaire vierge, qu\u2019il n\u2019a commis aucun fait r\u00e9pr\u00e9hensible [<strong>1<\/strong>]<strong> <\/strong>et qu\u2019aucun \u00e9v\u00e9nement port\u00e9 \u00e0 sa connaissance ne justifie modification de sa situation, l\u2019ADEPPI re\u00e7oit pourtant un appel t\u00e9l\u00e9phonique du Service public f\u00e9d\u00e9ral \u00abJustice\u00bb: L. Vervaet n\u2019est plus autoris\u00e9 \u00e0 entrer \u00e0 la prison de Saint-Gilles ni dans aucune autre prison du pays. Le 17 ao\u00fbt 2009, par un courrier \u00e9manant de la Direction g\u00e9n\u00e9rale des Etablissements p\u00e9nitentiaires, l\u2019asbl se voit d\u2019ailleurs lapidairement pr\u00e9ciser: <em>\u00abMonsieur Luk Vervaet ne sera plus autoris\u00e9 d\u2019acc\u00e8s (\u2026) pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9\u00bb<\/em>. C\u2019est la consternation. Choqu\u00e9 mais pas abasourdi, Luk Vervaet \u00e9crit aussit\u00f4t \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 p\u00e9nitentiaire en vue d\u2019obtenir des informations explicites, probantes, v\u00e9rifiables; son employeur, l\u2019ADEPPI, agit de m\u00eame (\u00ab<em>Les raisons de s\u00e9curit\u00e9 que vous invoquez nous interpellent [\u2026]. D\u00e8s lors, nous souhaiterions conna\u00eetre avec pr\u00e9cision les reproches faits \u00e0 Monsieur Vervaet qui, dans l\u2019\u00e9tat actuel des choses, reste sous contrat avec nous, ce qui est pour le moins probl\u00e9matique<\/em><em>\u00bb<\/em>). Par lettre du 24 ao\u00fbt 2009, l\u2019avocat qu\u2019a pris M. Vervaet demande \u00e9galement des explications ainsi que l\u2019autorisation de consulter son dossier administratif.<em> <\/em>N\u2019obtenant pas de r\u00e9ponse, L. Vervaet lance une citation \u00e0 compara\u00eetre devant le Tribunal de premi\u00e8re instance si\u00e9geant en r\u00e9f\u00e9r\u00e9, le 3 septembre 2009.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>\u00abD\u00c9FENSE NATIONALE\u00bb<\/strong>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">17 septembre 2009 : l\u2019avocat de Luk re\u00e7oit la permission de prendre connaissance du dossier administratif de son client. Enfin, pas exactement : cette farde des plus malingres pourra \u00eatre consult\u00e9e mais sous r\u00e9serve de deux pi\u00e8ces \u00absous embargo\u00bb (les pages 1 \u00e0 3 du dossier)\u2026 Une restriction qui se dit justifi\u00e9e par l\u2019application de la loi du 11 avril 1994 relative \u00e0 la publicit\u00e9 de l\u2019Administration \u2013ladite Administration consid\u00e9rant que \u00ab<em>l\u2019int\u00e9r\u00eat de la publicit\u00e9 ne l\u2019emporte pas sur l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 pr\u00e9server l\u2019ordre public, la s\u00fbret\u00e9 ou la d\u00e9fense nationale\u00bb<\/em> (sic).<em> <\/em>Au fait, que contient la partie \u00abaccessible\u00bb du dossier administratif \u00abaccusant\u00bb Vervaet ? Deux documents, rien d\u2019autre. D\u2019une part, une demande d\u2019autorisation de visite \u00e0 Nizar Trabelsi (\u00e0 laquelle est joint un certificat de bonne vie et m\u0153urs du solliciteur). D\u2019autre part, un texte de r\u00e9flexion sign\u00e9 par Vervaet lui-m\u00eame, relatif \u00e0 la situation indigne et \u00abhors-la-loi\u00bb r\u00e9serv\u00e9e aux personnes incarc\u00e9r\u00e9es (<em>\u00abLes d\u00e9tenus sont pay\u00e9s de 0,62 \u00e0 1,09 euro de l\u2019heure pour un travail de service g\u00e9n\u00e9ral [cuisine, nettoyage\u2026] et \u00e0 peine plus pour ceux qui travaillent \u00e0 la pi\u00e8ce\u00bb<\/em>)\u2026 C\u2019est tout ? C\u2019est tout. Mais c\u2019est assez pour vous rendre atterr\u00e9 : la page d\u2019opinion est destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre publi\u00e9e ult\u00e9rieurement dans la grande presse, au titre de <em>Carte blanche <\/em>; or elle figure \u00e9trangement dans ce dossier administratif comme pi\u00e8ce \u00ab\u00e0 charge\u00bb \u2013alors qu\u2019elle n\u2019a m\u00eame pas encore \u00e9t\u00e9 l\u2019objet d\u2019une diffusion publique (elle ne le sera que le 8 octobre 2009 dans <em>la Libre Belgique<\/em> [<strong>2<\/strong>])\u2026 Dans pareilles circonstances, la mainmise sur un texte in\u00e9dit \u2013par une autorit\u00e9 qui n\u2019en \u00e9tait pas le destinataire\u2013 pose indubitablement question: cet accaparement n\u2019indique-t-il pas que Vervaet est victime d\u2019une surveillance polici\u00e8re particuli\u00e8rement pouss\u00e9e afin, notamment, de pister et de tracer ses courriers-mail\u2026 ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour autant, ces deux seules pi\u00e8ces ne permettent pas, mais pas du tout, de comprendre pourquoi une autorisation d\u2019entrer en prison, pour y enseigner, lui est tout \u00e0 coup retir\u00e9e. En effet, le projet de <em>Carte blanche<\/em> est certes un \u00e9crit critique mais il rel\u00e8ve de la seule libert\u00e9 de pens\u00e9e, d\u2019opinion et d\u2019expression. Quant \u00e0 Trabelsi, rien ici de r\u00e9pr\u00e9hensible ne peut \u00eatre reproch\u00e9 \u00e0 M. Vervaet : pourvu que cela se passe en dehors de ses activit\u00e9s professionnelles, l\u2019Administration des Etablissements p\u00e9nitentiaires lui avait accord\u00e9 sans difficult\u00e9 le droit de rencontrer l\u2019hyperm\u00e9diatique d\u00e9tenu et la discussion entre les deux hommes s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e sans incident aucun.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Bref, fin septembre, Vervaet demeure toujours dans l\u2019ignorance des motifs qui ont r\u00e9ellement pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 son \u00e9vincement des prisons. Or, la suite des \u00e9v\u00e9nements forcera le trait jusqu\u2019\u00e0 la caricature: l\u2019ex-enseignant va se trouver entra\u00een\u00e9 dans une v\u00e9ritable gu\u00e9rilla judiciaire, l\u2019obligeant \u00e0 contourner des jugements dilatoires et des \u00e9nonc\u00e9s arbitraires, dispos\u00e9s sur son chemin comme autant de chicanes entravant ses droits. Ainsi le 16 octobre 2009, le Tribunal de premi\u00e8re instance si\u00e9geant en r\u00e9f\u00e9r\u00e9 se d\u00e9clare \u00abincomp\u00e9tent\u00bb pour ordonner des mesures provisoires en vue de prot\u00e9ger ses droits subjectifs. Cons\u00e9quence ? Imm\u00e9diate : l\u2019ADEPPI se voit dans l\u2019obligation de signifier \u00e0 L. Vervaet, son pr\u00e9avis.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et la gu\u00e9rilla ? Le 30 octobre 2009, la <em>Commission d\u2019acc\u00e8s et de r\u00e9utilisation des documents administratifs <\/em>estime la demande de L. Vervaet recevable et fond\u00e9e: un courrier est donc adress\u00e9 au SPF \u00abJustice\u00bb afin qu\u2019un acc\u00e8s complet au dossier administratif soit accord\u00e9 ou, \u00e0 tout le moins, qu\u2019une explication ad\u00e9quate soit apport\u00e9e quant au refus d\u2019acc\u00e8s. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne : le 13 novembre 2009, la Direction g\u00e9n\u00e9rale des Etablissements p\u00e9nitentiaires maintient son refus d\u2019acc\u00e8s aux pages 1 \u00e0 3 du dossier administratif en invoquant, cette fois, l\u2019Article 26 de la loi du 11 d\u00e9cembre 1998 (relative \u00e0 la classification et aux habilitations de s\u00e9curit\u00e9) et l\u2019Article 6 de la loi du 11 avril 1994 (relative \u00e0 la publicit\u00e9 de l\u2019Administration)\u2026<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le 3 d\u00e9cembre 2009, Luk V. d\u00e9pose une requ\u00eate d\u2019Appel \u00e0 l\u2019encontre du jugement rendu le 16 octobre 2009 par le Tribunal de premi\u00e8re instance en r\u00e9f\u00e9r\u00e9. Trois semaines plus tard, il frappe encore plus haut : il introduit un recours en suspension et en annulation devant le Conseil d\u2019Etat \u00e0 l\u2019encontre de la d\u00e9cision de retrait de son autorisation d\u2019entrer en prison. Mais l\u2019Auditorat du Conseil conclut instantan\u00e9ment \u00e0 l\u2019irrecevabilit\u00e9 (l\u2019int\u00e9r\u00eat du plaignant ne persistant plus, <em>\u00abd\u00e8s lors que l\u2019autorisation d\u2019entr\u00e9e en prison expirait le 31 d\u00e9cembre 2009\u00bb<\/em>\u2026).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">27 janvier 2010, coup de th\u00e9\u00e2tre. La 21\u00e8me Chambre de la Cour d\u2019Appel de Bruxelles rend un Arr\u00eat quasi \u00abhistorique\u00bb. M\u00eame si elle d\u00e9clare, elle aussi, que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 n\u2019a plus int\u00e9r\u00eat \u00e0 recourir (dans la mesure o\u00f9 l\u2019autorisation d\u2019entrer en prison prend fin en d\u00e9cembre), la Cour indique cependant clairement qu\u2019\u00e0 son sens, <em>\u00ab<\/em>[le ministre de la Justice] <em>aurait d\u00fb, avant de retirer l\u2019autorisation litigieuse, entendre pr\u00e9alablement l\u2019appelant sur la d\u00e9cision qu\u2019il projetait d\u2019adopter\u00bb. <\/em>En effet, aucune opportunit\u00e9 n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 L. Vervaet de comprendre les raisons de son \u00e9viction et d\u2019\u00eatre entendu quant aux \u2013\u00e9ventuels\u2013 griefs qui existeraient contre lui. Qui plus est, par son jugement, la Cour d\u2019Appel de Bruxelles souligne que l\u2019Etat de droit ne s\u2019arr\u00eate pas aux portes des prisons. Le ministre de la Justice, dans le cadre de sa politique p\u00e9nitentiaire, est tenu d\u2019y respecter le droit des travailleurs : le droit d\u2019obtenir le respect de l\u2019obligation l\u00e9gale de motivation formelle de tout acte administratif, le droit de ne pas \u00eatre priv\u00e9 injustement des conditions indispensables \u00e0 l\u2019exercice de son travail et l\u2019obligation pour le SPF \u00abJustice\u00bb de respecter le principe g\u00e9n\u00e9ral de bonne administration. Disons-le autrement : la Cour d\u2019Appel de Bruxelles consacre en fait, pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire judiciaire belge, le droit \u00e0 ne pas \u00eatre priv\u00e9 injustement de son travail pour \u00abraison d\u2019Etat\u00bb\u2026 Conclusions : l\u2019association qui emploie l\u2019int\u00e9ress\u00e9 devrait, selon l\u2019Arr\u00eat, r\u00e9introduire une demande d\u2019acc\u00e8s aux prisons (afin que le contrat de travail puisse \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9 normalement). Cette demande est r\u00e9introduite d\u00e8s le 5 f\u00e9vrier 2010.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>ABUS DE POUVOIR<\/strong>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Refusant cette fois de se soumettre \u00e0 une injonction de justice, la partie adverse pers\u00e9v\u00e8re dans son d\u00e9ni, par un courrier dat\u00e9 du 24 f\u00e9vrier 2010: <em>\u00ab<\/em><em>Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019Article 4 de la loi du 29 juillet 1991 relative \u00e0 la motivation formelle des actes administratifs, cette autorisation est refus\u00e9e pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9<\/em><em>\u00bb<\/em>. En cons\u00e9quence de quoi, le 8 mars 2010, la partie d\u00e9bout\u00e9e introduit une demande de suspension d\u2019extr\u00eame urgence, devant le Conseil d\u2019Etat, \u00e0 l\u2019encontre de la d\u00e9cision de refus d\u2019autorisation d\u2019entrer en prison. Le 16 mars 2010, la plus haute juridiction administrative du pays donne express\u00e9ment raison \u00e0 Luk Vervaet car <em>\u00able dossier administratif ne contient aucun \u00e9l\u00e9ment permettant au requ\u00e9rant \u2013ni au Conseil d\u2019Etat\u2013 de comprendre les motifs pour lesquels la demande d\u2019autorisation d\u2019entr\u00e9e en prison lui a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e<\/em><em>\u00bb<\/em>. Suite \u00e0 cet Arr\u00eat d\u00e9capant, les avocats prolongent la proc\u00e9dure devant la m\u00eame juridiction sup\u00e9rieure, en lui demandant cette fois d\u2019annuler la d\u00e9cision d\u2019interdiction [<strong>3<\/strong>]. Parall\u00e8lement, l\u2019ADEPPI sollicite en faveur de son employ\u00e9 une nouvelle autorisation d\u2019entrer en prison aupr\u00e8s de la Direction g\u00e9n\u00e9rale des Etablissements p\u00e9nitentiaires. Pas de r\u00e9ponse. Le 26 mars, les conseils du concluant introduisent la m\u00eame demande par t\u00e9l\u00e9copie. Pas de r\u00e9ponse. Le 8 avril 2010, n\u2019ayant toujours re\u00e7u aucune nouvelle de l\u2019Administration, les avocats la mettent en demeure de prendre attitude. Ce qu\u2019elle fait finalement, mais de mani\u00e8re dilatoire : dans un courrier adress\u00e9 \u00e0 l\u2019ADEPPI, l\u2019Administration p\u00e9nitentiaire expose qu\u2019elle ne peut donner suite imm\u00e9diate car <em>\u00ab<\/em><em>la suspension par le Conseil d\u2019Etat de la d\u00e9cision de refus d\u2019acc\u00e8s \u2013qui fait par ailleurs l\u2019objet d\u2019une demande d\u2019annulation\u2013 a pour effet que la pr\u00e9c\u00e9dente demande que vous m\u2019avez adress\u00e9e doit encore \u00eatre trait\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re de la proc\u00e9dure en cours. Je ne suis d\u00e8s lors pas actuellement en mesure de r\u00e9pondre \u00e0 votre nouvelle demande<\/em><em>\u00bb<\/em>. Par cette nouvelle d\u00e9robade, l\u2019Administration entend donc confirmer qu\u2019elle n\u2019est tenue par aucun acte de Justice tant qu\u2019un Arr\u00eat d\u2019annulation d\u00e9finitif par le Conseil d\u2019Etat n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9. Une fa\u00e7on outranci\u00e8re et coupable de faire tra\u00eener les choses autant que possible, car Luk Vervaet (cela s\u2019est dit dans les \u00e9changes de courriers) est en train de prester son pr\u00e9avis \u2013lequel arrive \u00e0 terme le 28 mai 2010. Pas besoin de faire un dessin : l\u2019attitude scandaleusement passive, dont fait preuve la Direction g\u00e9n\u00e9rale des Prisons, vise \u00e0 tirer l\u2019affaire en longueur afin de d\u00e9passer la date fatidique du 28 mai (ce qui p\u00e9rimerait la notion de r\u00e9f\u00e9r\u00e9 et d\u2019urgence), un positionnement absolument contraire au principe d\u2019autorit\u00e9 qui s\u2019attache \u00e0 l\u2019Arr\u00eat du Conseil d\u2019Etat rendu le 16 mars 2010.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>MANIGANCES<\/strong>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Lundi 19 avril 2010. Retour devant le Tribunal de premi\u00e8re instance si\u00e9geant en r\u00e9f\u00e9r\u00e9. Les deux avocats mobilis\u00e9s par Luk Vervaet (Dounia Alamat et Christophe Marchand) sont d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 contester l\u2019inertie volontaire dont usent le ministre Stefaan De Clerck et l\u2019institution dont il a la charge: faisant fi de l\u2019Arr\u00eat du Conseil d\u2019Etat les obligeant \u00e0 motiver l\u2019interdiction de visite, ils pers\u00e9v\u00e8rent \u00e0 reprendre telles quelles leurs \u00aball\u00e9gations\u00bb initiales, sans autres formes de commentaires. Une attitude abusive et ill\u00e9gale, entra\u00eenant ind\u00e9niablement dommage alors que le pr\u00e9judice du concluant n\u2019est toujours pas enti\u00e8rement consomm\u00e9. Comme Luk Vervaet preste son pr\u00e9avis jusqu\u2019au 28 mai 2010 mais est entrav\u00e9 \u2013arbitrairement\u2013 dans sa volont\u00e9 d\u2019enseigner \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves, il y a donc plus que jamais urgence \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019intim\u00e9 dans ses droits, donc \u00e0 statuer au plus vite.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\">\u00abAu plus vite\u00bb ? Pour continuer \u00e0 gagner du temps et jouer la montre, l\u2019Etat belge (repr\u00e9sent\u00e9, depuis le d\u00e9but, par le m\u00eame avocat man\u0153uvrier et retors, Bernard Renson), l\u2019Etat belge va tout simplement demander \u00e0 la juge Carine Van Damme de reporter l\u2019audience. De quinze jours au moins, afin de permettre \u00e0 la partie \u00abd\u00e9fenderesse\u00bb de r\u00e9diger et de d\u00e9poser ses Conclusions. Demande accord\u00e9e (alors que les arguments de plaidoirie \u00e0 consigner par B. Renson ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 largement employ\u00e9s par lui devant les autres juridictions pr\u00e9c\u00e9demment sollicit\u00e9es\u2026). Accord\u00e9 : l\u2019affaire repassera le 3 mai.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\">En l\u2019occurrence, le lundi 3 mai, l\u2019avocat Renson plaide comme d\u2019habitude, avec la m\u00eame infinie mauvaise foi : il n\u2019y a pas urgence \u00e0 statuer ; rien n\u2019oblige l\u2019Administration p\u00e9nitentiaire \u00e0 motiver sa d\u00e9cision puisqu\u2019une proc\u00e9dure en \u00abannulation\u00bb est toujours en cours devant le Conseil d\u2019Etat. Une fa\u00e7on \u00abautiste\u00bb de r\u00e9pondre aux deux demandes avanc\u00e9es par M. Vervaet, sous le b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019urgence. A titre principal ? Ordonner \u00e0 la partie d\u00e9fenderesse de d\u00e9livrer une autorisation d\u2019entrer en prison provisoire (dans l\u2019attente de l\u2019Arr\u00eat en annulation \u00e0 intervenir au Conseil d\u2019Etat et de la nouvelle d\u00e9cision que devra adopter l\u2019Administration) et ce, sous peine d\u2019une astreinte de 1.000 euros par jour de retard\u2026 Et, \u00e0 titre subsidiaire, ordonner \u00e0 la partie d\u00e9fenderesse d\u2019entendre le concluant et d\u2019ensuite adopter une d\u00e9cision (qui respecte les motifs de l\u2019Arr\u00eat de suspension d\u2019extr\u00eame urgence du Conseil d\u2019Etat du 16 mars 2010) relative \u00e0 sa demande d\u2019autorisation d\u2019entrer en prison \u2013\u00abentendre\u00bb et \u00abadopter\u00bb avant la date du 20 mai 2010, sous peine d\u2019une astreinte de 1.000 euros par jour retardataire.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\">Verdict du tribunal ? Diff\u00e9r\u00e9 de deux semaines suppl\u00e9mentaires : le 19 mai, c\u2019est par une fin de non-recevoir pure et simple (\u00e0 travers une ordonnance \u00e9maci\u00e9e et cassante) que la juge Van Damme fait conna\u00eetre sa volont\u00e9 de se d\u00e9fausser absolument \u2013d\u00e9niant \u00e0 son tribunal tout privil\u00e8ge de juridiction et de comp\u00e9tence pour \u00e9voquer et, \u00e0 fortiori, pour r\u00e9pondre aux sollicitations du plaignant. En cons\u00e9quence de quoi, L. Vervaet se voit d\u00e9bout\u00e9 par une \u00abind\u00e9cision\u00bb prise \u00e0 ses d\u00e9pens <em>(\u00abRejetant toutes conclusions, autres, plus amples ou contraires ; vu l\u2019urgence all\u00e9gu\u00e9e, Nous d\u00e9clarons sans juridiction\u2026\u00bb<\/em> [<strong>4<\/strong>]), mais qui d\u00e9cide (c\u2019est le comble) de le condamner aux d\u00e9pens <em>(\u00abCondamnons la partie demanderesse \u00e0 liquider 1.200 euros [indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure] pour la partie d\u00e9fenderesse\u00bb <\/em>[en l\u2019occurrence, le Ministre de la Justice])\u2026<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\">R\u00e9capitulons. \u00abL\u2019affaire Vervaet\u00bb repose, depuis ses d\u00e9buts, sur une confusion visant \u00e0 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment cacher les mobiles ayant justifi\u00e9 un interdit professionnel contre sa personne. Or en principe, tout acte administratif doit reposer sur des motifs de droit et de fait <em>\u00abexacts, pertinents et admissibles\u00bb<\/em>, en vue d\u2019\u00e9viter que les pouvoirs de l\u2019Administration ne soient exerc\u00e9s de mani\u00e8re arbitraire. Car il faut entendre par \u00abmotivation ad\u00e9quate\u00bb une justification qui permet au destinataire de l\u2019acte d\u2019en comprendre les raisons, de fait et de droit, afin qu\u2019il puisse <em>\u00abappr\u00e9cier sa l\u00e9galit\u00e9, sa pertinence et donc l\u2019opportunit\u00e9 de le contester en justice\u00bb.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D\u2019autant que la partie d\u00e9fenderesse avait connaissance de l\u2019Arr\u00eat de la Cour d\u2019appel de Bruxelles du 27 janvier 2010. On s\u2019en souvient : cette juridiction avait stigmatis\u00e9 le comportement de l\u2019Administration et indiqu\u00e9 qu\u2019<em>\u00abil n\u2019est pas douteux (\u2026) que l\u2019Etat belge aurait d\u00fb, avant de retirer l\u2019autorisation litigieuse, entendre pr\u00e9alablement l\u2019appelant sur la d\u00e9cision qu\u2019il projetait d\u2019adopter, pour lui permettre d\u2019exposer pourquoi la mesure envisag\u00e9e ne pouvait se justifier du point de vue de l\u2019int\u00e9r\u00eat du service, d\u00e8s lors que, manifestement, la d\u00e9cision \u00e9tait fond\u00e9e, \u00e0 tout le moins en partie, sur le comportement personnel de l\u2019appelant et qu\u2019elle risquait de priver l\u2019appelant de son travail\u00bb<\/em>. De m\u00eame, le Conseil d\u2019Etat avait identiquement fait droit \u00e0 cette argumentation, dans son Arr\u00eat du 16 mars 2010, en pr\u00e9cisant : <em>\u00abLe rejet de la demande d\u2019entr\u00e9e en prison est une mesure grave, incontestablement prise en raison du comportement personnel du requ\u00e9rant; l\u2019Administration, avant de prendre une telle d\u00e9cision, aurait d\u00fb entendre ce dernier\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>INFORMATIONS \u00abCLASSIFI\u00c9ES\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Or le 30 avril 2010 \u2013soit dans le cours de l\u2019action en r\u00e9f\u00e9r\u00e9, introduite devant Carine Van Damme\u2013, l\u2019Administrateur g\u00e9n\u00e9ral de la S\u00fbret\u00e9 de l\u2019Etat (Alain Winants) va adresser une Note circonstanci\u00e9e \u00e0 Hans Meurisse, le Directeur des Prisons. Son objet : <em>\u00abPermettre \u00e0 votre Direction g\u00e9n\u00e9rale d\u2019assurer sa d\u00e9fense dans le cadre de la requ\u00eate en annulation introduite par Luk Vervaet et d\u2019\u00e9clairer le Conseil d\u2019Etat sur la nature, \u00e0 la fois confidentielle et s\u00e9rieuse, des informations qui justifient le refus d\u2019acc\u00e8s aux prisons\u00bb<\/em>\u2026<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En l\u2019esp\u00e8ce, cette Note confidentielle est proprement \u00abr\u00e9v\u00e9latrice\u00bb, car elle d\u00e9glingue compl\u00e8tement ce qui appara\u00eet d\u00e9sormais comme une machination. D\u2019abord, on y apprend que si la demande d\u2019une nouvelle autorisation d\u2019entrer en prison a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e le 24 f\u00e9vrier \u00e0 Vervaet<em>, \u00abcette d\u00e9cision du Directeur g\u00e9n\u00e9ral des Etablissements p\u00e9nitentiaires a \u00e9t\u00e9 prise au regard d\u2019informations communiqu\u00e9es par la S\u00fbret\u00e9 \u2013des informations classifi\u00e9es et donc, \u00e0 ce titre, soustraites \u00e0 publicit\u00e9\u00bb<\/em>\u2026 Le patron de la S\u00fbret\u00e9 prend n\u00e9anmoins la peine de les reformuler, dans le pr\u00e9sent document, sous le titre <em>\u00abSynth\u00e8se des donn\u00e9es, expurg\u00e9es des donn\u00e9es classifi\u00e9es, transmises \u00e0 votre DG avant sa d\u00e9cision du 24 f\u00e9vrier 2010\u2026\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00abInformations confidentielles, classifi\u00e9es, soustraites \u00e0 publicit\u00e9\u00bb : \u00e0 ce stade, on ne peut cependant r\u00e9sister \u00e0 en faire ici explicitement \u00e9talage, car seule cette exposition est \u00e0 m\u00eame d\u2019administrer la preuve qu\u2019il y a bien eu forfait et forfaiture d\u2019Etat. Voici donc, <em>in extenso <\/em>[<strong>5<\/strong>], ce qu\u2019\u00e9crit A. Winants \u00e0 propos de \u00abla nature s\u00e9rieuse des informations qui justifient le refus d\u2019acc\u00e8s aux prisons\u00bb\u2026<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>\u00abA cot\u00e9 de ses activit\u00e9s de professeur de n\u00e9erlandais pour l\u2019association ADEPPI, Luc Vervaet est connu de notre service en tant que membre du CLEA (le Comit\u00e9 pour la Libert\u00e9 d\u2019Expression et d\u2019Association). A ce titre, il a ainsi particip\u00e9 \u00e0 de nombreuses actions de soutien aux membres du DHKP-C, ou contre l\u2019occupation isra\u00e9lienne de la Palestine. En janvier 2009, il prend encore part \u00e0 une manifestation contre l\u2019extradition de Nizar Trabelsi, \u00e0 qui il reconna\u00eet avoir rendu visite en prison. Consid\u00e9r\u00e9 comme organisateur et porte-parole de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, son r\u00f4le exact n\u2019est pas bien d\u00e9fini. Si la pr\u00e9sence de Salafistes avait \u00e9t\u00e9 constat\u00e9e lors de cette manifestation, rien cependant ne prouvait un lien plus profond avec ces milieux. Ce lien appara\u00eet peut-\u00eatre plus clairement lorsque l\u2019on souligne que Luk Vervaet compte \u00e9galement parmi les fondateurs d\u2019<\/em>Egalit\u00e9 sans Guillemets<em> (ESG), dont certains membres ont des affinit\u00e9s avec l\u2019islamisme d\u2019ob\u00e9dience salafiste. Parti cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion des \u00e9lections r\u00e9gionales de 2009, ESG a \u00e9galement dans ses rangs des proches du PTB.<\/em> <em>Au centre de cette formation se trouve Nordine Sa\u00efdi, t\u00eate de liste aux derni\u00e8res \u00e9lections, cofondateur du <\/em>Mouvement Citoyen Palestine<em> et militant pour l\u2019autod\u00e9termination du Sahara occidental. Sa\u00efdi tient par ailleurs un discours assez ambigu sur certains attentats terroristes, qu\u2019il refuse de condamner clairement. C\u2019est vraisemblablement le cas des attentats suicide du 11 septembre 2001.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Une autre personnalit\u00e9 proche du mouvement est Diab Abou Jahjah, dont <\/em>la Ligue Arabe Europ\u00e9enne<em> (AEL) soutenait ESG \u00e0 Bruxelles. Abou Jahjah est \u00e9galement Pr\u00e9sident de <\/em>l\u2019Union Internationale des Parlementaires pour la Palestine<em>, dont la section belge est pr\u00e9sid\u00e9e par Luk Vervaet. L\u2019objet social de cette association consiste \u00e0 \u00ab\u00a0promouvoir la r\u00e9alisation des objectifs de l\u2019ONG <\/em>The International Union of Parliamentarians for Palestine<em> mise sur pied lors de la conf\u00e9rence internationale de soutien \u00e0 l\u2019Intifada palestinienne en 2001\u2033, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0la d\u00e9fense des droits du peuple palestinien, le droit de retour de tous les r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens dans leur pays, l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un seul Etat avec J\u00e9rusalem comme capitale ainsi que l\u2019opposition au sionisme et aux guerres am\u00e9ricaines\u00a0\u00bb. Parmi les diverses actions men\u00e9es par cette association, on remarque une p\u00e9tition pour le retrait du Hamas de la liste europ\u00e9enne des organisations terroristes\u00bb.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Paragraphe conclusif destin\u00e9 \u00e0 tirer les enseignements civiques de ce <em>curriculum vitae<\/em> et militant? \u00ab<em>En derni\u00e8re analyse, <\/em>\u00e9crit l\u2019Administrateur g\u00e9n\u00e9ral de la S\u00fbret\u00e9,<em> il semble que les activit\u00e9s de Luk Vervaet se limitent \u00e0 des questions de droit de la d\u00e9fense et \u00e0 une opposition \u2013active mais non violente\u2013 aux lois antiterroristes. Dans ce cadre, la d\u00e9fense des suppos\u00e9es victimes de ces lois ont pu le conduire \u00e0 franchir la fronti\u00e8re entre la d\u00e9fense l\u00e9gitime d\u2019une justice \u00e9quitable et le soutien \u00e0 des id\u00e9ologies justifiant de mani\u00e8re indirecte le terrorisme\u00bb. <\/em>On a bien lu : \u00ab<em>Il semble que les activit\u00e9s de Luk Vervaet se limitent \u00e0 des questions de droit de la d\u00e9fense et \u00e0 une opposition non violente aux lois antiterroristes\u00bb.<\/em> Autrement dit : ce Rapport d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 \u00abultra confidentiel\u00bb ne rel\u00e8ve aucune action, aucun activisme qui d\u00e9rogeraient aux libert\u00e9s fondamentales garanties par la Constitution. Ce qui rend d\u2019autant plus incompr\u00e9hensible, injustifi\u00e9 et injustifiable l\u2019interdit professionnel qui pr\u00e9tend devoir absolument les sanctionner.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">De surcro\u00eet : tout \u2013dans l\u2019inventaire des militances raccroch\u00e9es \u00e0 Vervaet\u2013 exige rectifications et mises au point. Car, malgr\u00e9 son t\u00eate-\u00e0-queue final, le descriptif de la S\u00fbret\u00e9 (pratiquant l\u2019amalgame et empruntant les raccourcis) laisse insidieusement filtrer de la m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de causes suspect\u00e9es de connivences terroristes voire d\u2019accointances salafistes : <em>\u00ab<\/em><em>Son r\u00f4le exact n\u2019est \u00ab\u00a0<\/em>pas bien d\u00e9fini<em>\u00ab\u00a0<\/em><em>\u00bb<\/em><em> <\/em>; \u00ab<em>Ce lien <\/em>[avec les salafistes] <em>appara\u00eet \u00ab\u00a0<\/em>peut-\u00eatre<em>\u00a0\u00bb (\u2026)\u00bb ; \u00abcertains membres <\/em>[d\u2019Egalit\u00e9] <em>ont<\/em> <em>des<\/em> \u00ab\u00a0affinit\u00e9s\u00a0\u00bb <em>(\u2026)\u00bb<\/em>; \u00ab<em>C\u2019est \u00ab\u00a0<\/em>vraisemblablement<em>\u00a0\u00bb le cas (\u2026)\u00bb<\/em>;<em> \u00abLa d\u00e9fense des suppos\u00e9es victimes de ces lois \u00ab\u00a0<\/em>a pu<em>\u00a0\u00bb le conduire \u00e0 franchir la fronti\u00e8re (\u2026)\u00bb\u2026<\/em> Une s\u00e9rie de d\u00e9voiements que rien, dans l\u2019engagement politique concret de L. Vervaet, n\u2019accr\u00e9dite. Il suffit d\u2019ailleurs de remettre ses engagements en perspective pour s\u2019en convaincre.<\/p>\n<p align=\"CENTER\"><strong>RESIST<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Avril 2004. Avec d\u2019autres cadres dirigeants, Luk Vervaet quitte le PTB \u2013un mouvement pour lequel il a donn\u00e9 le meilleur de lui-m\u00eame trente ann\u00e9es durant. Le Parti vient, en effet, de r\u00e9silier une longue crise interne. Aviv\u00e9es par la derni\u00e8re campagne \u00e9lectorale, une s\u00e9rie de divergences sont devenues insurmontables et ont contraint plusieurs hauts responsables \u2013mis en minorit\u00e9\u2013 \u00e0 acter leurs d\u00e9saccords en abandonnant l\u2019organisation.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Retour en arri\u00e8re. Pour les \u00e9lections l\u00e9gislatives de mai 2003, <em>le Parti du Travail de Belgique<\/em> avait form\u00e9 cartel \u2013dans le Nord du pays\u2013 avec <em>la <\/em><em>Ligue Arabe Europ\u00e9enne<\/em><em> <\/em>sous le nom de <em>Resist<\/em>. A la t\u00eate de cette alliance in\u00e9dite ? Dyab Abou Jahjah, que des pr\u00e9tentions optimistes r\u00eavent de faire \u00e9lire \u00e0 Anvers (avec les 54.000 voix n\u00e9cessaires). En fait, les r\u00e9sultats de <em>Resist<\/em> seront d\u00e9sastreux. La liste n\u2019obtient que 10.000 suffrages \u00e0 la Chambre. Dans les cantons de Kapellen, Brecht, Zandhoven, le PTB encaisse moiti\u00e9 moins de voix qu\u2019en 1999, o\u00f9 il se pr\u00e9sentait seul. Ses \u00e9lecteurs traditionnels \u2013qui, dans ces arrondissements, sont principalement des travailleurs des grandes entreprises du port d\u2019Anvers\u2013 ont manifestement d\u00e9croch\u00e9. Les chiffres sont l\u00e0, qui parlent d\u2019eux-m\u00eames. Il faut dire qu\u2019<em>a contrario<\/em> le contexte passionnel, li\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riode, semblait donner cr\u00e9dit \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de construire une initiative \u00e9lectorale des plus audacieuses. On s\u2019en souvient : tout l\u2019automne et l\u2019hiver 2002 avaient \u00e9t\u00e9 comme suspendus au d\u00e9clenchement d\u2019une nouvelle guerre am\u00e9ricaine contre l\u2019Irak \u2013g\u00e9n\u00e9rant des mois d\u2019opposition, d\u2019indignation et de protestation contre la barbarie d\u00e9j\u00e0 en cours et le blocus endur\u00e9 par le peuple irakien. Qui plus est : depuis les attentats du 11 septembre 2001, un climat d\u2019islamophobie et de racisme anti-arabe n\u2019avait cess\u00e9 de monter, notamment \u00e0 Anvers aux prises depuis de nombreuses ann\u00e9es avec les appels obsessionnels \u00e0 la haine et les manifestations provocatrices du <em>Vlaams Blok<\/em>. Premier parti de la m\u00e9tropole flamande, ayant capitalis\u00e9 33 % de l\u2019\u00e9lectorat, le VB pers\u00e9v\u00e9rait dans sa propagande pestilentielle: vilipender la population marocaine dont elle avait fait le principal bouc \u00e9missaire de son hostilit\u00e9 vis-\u00e0-vis de \u00abl\u2019occupation\u00bb d\u2019Anvers par les \u00e9trangers. D\u2019o\u00f9 des \u00abincidents\u00bb racistes \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, trop souvent imputables \u00e0 des policiers anversois sous influence.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D\u00e9nonciation de la guerre \u00e0 venir ? R\u00e9volte contre les exactions x\u00e9nophobes? C\u2019est justement sur ces terrains n\u00e9vralgiques que <em>la Ligue Arabe Europ\u00e9enne<\/em> (AEL) appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois publiquement. Le 1er avril 2002, elle lance un appel \u00e0 manifester \u00e0 Anvers en faveur du peuple palestinien. Le cort\u00e8ge, qui draine des centaines de jeunes, se d\u00e9roule \u00e0 proximit\u00e9 du quartier juif. <em>L\u2019Union des mosqu\u00e9es <\/em>d\u2019Anvers condamne \u00abla provocation\u00bb mais les journaux flamands d\u00e9couvrent un pr\u00e9sident de l\u2019AEL disert et convainquant, dont le look BCBG ne correspond en rien \u00e0 l\u2019image classique de l\u2019islamiste rebutant.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">M\u00e9diatiquement, l\u2019AEL et Dyab Abou Jahjah sont n\u00e9s. Sept mois plus tard \u00e0 Borgerhout : un jeune professeur de religion islamique travaillant dans l\u2019enseignement officiel, Mohammed Achrak (27 ans), est abattu devant sa porte par un voisin \u00e2g\u00e9, Constant Van Linden. Des \u00e9meutes \u00e9clatent. Pr\u00e9venu par le fr\u00e8re de la victime, Abou Jahjah quitte pr\u00e9cipitamment Bruxelles, arrive sur place deux heures apr\u00e8s les premiers incidents et est asperg\u00e9 de gaz lacrymog\u00e8ne par la police \u2013alors qu\u2019il tente de calmer les esprits. Le lendemain des \u00e9v\u00e9nements, par une violation flagrante de la s\u00e9paration des pouvoirs, Guy Verhofstadt (le Premier ministre de l\u2019\u00e9poque) annonce depuis le perchoir du Parlement l\u2019arrestation d\u2019Abou Jahjah. Le soir m\u00eame, ce dernier est en effet arr\u00eat\u00e9 sur accusation de <em>\u00abr\u00e9bellion en groupe avec pr\u00e9m\u00e9ditation et exhibition d\u2019armes, entrave volontaire du trafic, destruction en bande de v\u00e9hicules et coups volontaires sur la personne d\u2019un agent, avec saignement cons\u00e9cutif\u00bb<\/em> [<strong>6<\/strong>]\u2026<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C\u2019est dans ce climat de surench\u00e8re et d\u2019intoxication caract\u00e9ris\u00e9es que le PTB proposera \u00e0 l\u2019AEL une union \u00e9lectorale apte \u00e0 liguer un maximum de progressistes autour d\u2019un programme \u00abpour la paix, l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits et l\u2019emploi\u00bb. En d\u00e9cembre 2003, un Congr\u00e8s du Parti ratifie ce choix \u2013alors que, dans le m\u00eame temps, plusieurs membres (et non des moindres) continuent \u00e0 mettre en garde et \u00e0 pointer les risques li\u00e9s \u00e0 pareille aventure. En tous cas, les partis install\u00e9s et les m\u00e9dias \u00e9tal\u00e9s, eux, ne se laissent pas d\u00e9passer : ils sont d\u00e9j\u00e0 en train de monter une campagne hyst\u00e9ris\u00e9e de d\u00e9nigrement et de stigmatisation, afin de diaboliser une ambition authentiquement d\u00e9mocratique\u2026 Le 20 novembre, Filip Dewinter, le dirigeant du VB d\u00e9clare ainsi : <em>\u00abL\u2019alliance remarquable entre Kris Merckx du PTB et l\u2019AEL d\u2019Abou Jahjah montre bien de quoi il retourne : de la destruction, du Grand soir, de l\u2019annihilation totale de ce pour quoi l\u2019Europe existe depuis des si\u00e8cles\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">De son c\u00f4t\u00e9, la presse \u00abbien inform\u00e9e\u00bb organise syst\u00e9matiquement la d\u00e9sinformation civile, publiant chaque semaine de nouveaux scoops assassins. La s\u00e9rie commence d\u2019ailleurs de mani\u00e8re \u00abd\u00e9sarmante\u00bb, avec la d\u00e9couverte inopin\u00e9e de plusieurs armes au domicile de Dyab Abou Jahjah. Le lendemain, il s\u2019av\u00e8re qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une invention du quotidien <em>Het Laatste Nieuws<\/em>. Puis, la police pr\u00e9tend qu\u2019elle a bel et bien trouv\u00e9 des images pornographiques sur l\u2019ordinateur de Dyab (des sc\u00e8nes de pornographie enfantine, m\u00eame) : en fait, il s\u2019agit d\u2019une nouvelle intox mont\u00e9e par <em>Het Laatste Nieuws<\/em>. Pas d\u00e9mont\u00e9, le journal r\u00e9cidive: <em>Resist<\/em> aurait recours \u00e0 des m\u00e9thodes dignes de la mafia \u2013pour obliger les commer\u00e7ants \u00e0 placer en vitrine les affiches de la liste. Nouveau bobard (en r\u00e9alit\u00e9, c\u2019\u00e9tait la police d\u2019Anvers qui met les commer\u00e7ants sous pression afin qu\u2019ils ne placardent pas les affiches de <em>Resist<\/em>). Quelques jours plus tard, une candidate du SP.a d\u00e9nonce <em>Resist<\/em>, dont elle aurait re\u00e7u des mails mena\u00e7ants. Il ne faut m\u00eame pas quarante-huit heures pour que soit renvers\u00e9 \u00able pot aux roses\u00bb: en r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est un membre du SP.a qui les lui a envoy\u00e9s. Etc, etc\u2026<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">N\u2019emp\u00eache : cette avalanche d\u00e9sinformative aura un impact d\u00e9vastateur : \u00ab<em>Au lieu de parler de notre programme, on a d\u00fb passer toute la campagne \u00e0 expliquer: \u00ab\u00a0Non, Dyab n\u2019est pas un criminel ou un fondamentaliste. Non, Resist n\u2019est pas un front uniquement de Marocains\u00a0\u00bb\u00bb\u2026<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Bref : au soir du 18 mai 2003, la d\u00e9faite \u00e9lectorale va acc\u00e9l\u00e9rer \u2013au sein du PTB\u2013 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un profond questionnement et le d\u00e9p\u00f4t d\u2019un bilan sans fioriture (m\u00eame si rien ne laisse encore entrevoir, au sein de la direction, l\u2019expression de divergences antagonistes devant aboutir \u00e0 un clash interne et \u00e0 un v\u00e9ritable d\u00e9p\u00f4t de bilan). En pr\u00e9ambule, tout le monde semble m\u00eame d\u2019accord sur le constat liminaire (la base ouvri\u00e8re traditionnelle du PTB n\u2019a pas suivi, <em>Resist<\/em> ne lui a pas vraiment plu) : <em>\u00abLa population a re\u00e7u de Resist l\u2019image d\u2019un cartel qui se battait uniquement contre les discriminations\u00bb. \u00abQuand la campagne \u00e9lectorale a vraiment d\u00e9but\u00e9, les Am\u00e9ricains venaient de conqu\u00e9rir l\u2019Irak. Alors que le Parti continuait \u00e0 en d\u00e9noncer l\u2019occupation, la discussion parmi les gens portait sur bien autre chose : le ch\u00f4mage, la s\u00e9curit\u00e9 sociale, les pensions. Nous avons donn\u00e9 le sentiment d\u2019\u00eatre \u00e9loign\u00e9s des pr\u00e9occupations des \u00e9lecteurs, de d\u00e9crocher au lieu de les accrocher\u00bb. \u00ab\u00a0\u00bbAvoir raison et obtenir raison\u00a0\u00bb sont deux choses diff\u00e9rentes\u2026\u00bb<\/em>. En r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 travers 250 rapports et contributions internes, deux interpr\u00e9tations divergentes vont assez rapidement \u00e9merger \u2013jusqu\u2019\u00e0 composer, dans les organes directionnels, deux tendances irr\u00e9ductiblement oppos\u00e9es.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D\u00e9but 2004, tout est finalement act\u00e9: la nouvelle direction du PTB ent\u00e9rine formellement un adieu \u2013la non reconduction des convergences politiques affich\u00e9es avec Abou Jahjah.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Luk Vervaet, lui, n\u2019\u00e9tait pas d\u2019accord avec ce renoncement.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>JAHJAH<\/strong>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">N\u00e9 au Liban en 1971 d\u2019un p\u00e8re chiite et d\u2019une m\u00e8re maronite, Abou Jahjah vit en Belgique depuis 91. \u00c0 son arriv\u00e9e chez nous, il d\u00e9clarait au <em>Commissariat belge des r\u00e9fugi\u00e9s <\/em>avoir activement pris part, pendant trois ann\u00e9es, aux op\u00e9rations du <em>Hezbollah<\/em>, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une dispute avec le leader du mouvement de r\u00e9sistance, Sayyed Hassan Nasrallah, ne le contraigne \u00e0 l\u2019exil. Licenci\u00e9 en sciences politiques de l\u2019ULB et de l\u2019UCL, Jahjah s\u2019installe \u00e0 Anvers puisque, d\u2019apr\u00e8s lui, <em>\u00ab<\/em><em>cette m\u00e9tropole est le bastion du sionisme, et doit devenir la Mecque de l\u2019action pro-palestinienne<\/em><em>\u00bb<\/em>. Sur le site Internet de l\u2019AEL, on peut lire par exemple qu\u2019Anvers est <em>\u00ab<\/em><em>une ville o\u00f9 les gangs de fanatiques pro-Sharon dictent la loi<\/em><em>\u00bb,<\/em> et que l\u2019Etat d\u2019Isra\u00ebl est <em>\u00abun<\/em> <em>r\u00e9gime (\u2026) b\u00e2ti sur le g\u00e9nocide et le nettoyage ethnique<\/em><em>\u00bb.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Anvers. D\u00e8s les ann\u00e9es 80, une s\u00e9rie d\u2019\u00e9volutions sociales et sociologiques (quasi structurantes) font clairement appara\u00eetre qu\u2019une situation explosive s\u2019y pr\u00e9pare. Non seulement le <em>Vlaams Blok<\/em> est devenu le premier parti politique de la ville, mais ces ann\u00e9es marquent la fin du \u00abplein\u00bb emploi industriel. De plus, la pyramide des \u00e2ges de la population immigr\u00e9e s\u2019est d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e, avec une surrepr\u00e9sentation massive des jeunes. C\u2019est cette g\u00e9n\u00e9ration de moins de 30 ans qui \u00e9choue dans ses \u00e9tudes, qui se heurte \u00e0 un march\u00e9 de l\u2019emploi ferm\u00e9 [<strong>7<\/strong>], qui est confront\u00e9e \u00e0 la discrimination (lors de ses sorties, dans la recherche d\u2019un logement ou simplement en rue), et qui est exclue de toute mobilit\u00e9 sociale. Il fallait donc s\u2019attendre \u00e0 ce que cette g\u00e9n\u00e9ration \u00e9nerv\u00e9e pr\u00e9f\u00e8re l\u2019action directe \u00e0 la n\u00e9gociation. C\u2019est, dans cet univers d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9, que Dyab Abou Jahjah d\u00e9boule. La presse flamande ne retient de lui que deux choses : il entend faire de l\u2019arabe une langue nationale officielle et ne veut pas de l\u2019assimilation culturelle. Selon la caricature, il plaide, comme le <em>Blok<\/em>, pour la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart des minorit\u00e9s ethniques \u2013une vision \u00e9minemment simpliste mais qui a l\u2019avantage d\u2019\u00eatre\u2026 simple. En r\u00e9alit\u00e9, Abou Jahjah est un jeune type courageux et lucide, dont la pens\u00e9e est forg\u00e9e par le nationalisme (pan)arabe et par une alliance non \u00e9vidente (et plut\u00f4t r\u00e9cente) avec l\u2019islam. Il a lu les classiques sur l\u2019identit\u00e9 et la formation des nations, et joue sur la diff\u00e9rence entre nationalit\u00e9 et citoyennet\u00e9. Il voit dans la langue, la religion et la culture les \u00e9l\u00e9ments primordiaux d\u2019une nation. Il dit faire partie de la civilisation arabo-musulmane et s\u2019inscrit dans la lutte des Palestiniens. Ses grands mod\u00e8les politiques sont Gamal Abdel Nasser et Malcolm X. Et il se pr\u00e9vaut du combat contre les dictatures arabes, le racisme, le colonialisme \u2013bref toutes les injustices et les oppressions, tous les obscurantismes [<strong>8<\/strong>]. Dyab Abou Jahjah ? Son discours est essentiellement d\u00e9mocratique, mais politiquement il n\u2019est pas sans danger. Le fait de d\u00e9fendre par priorit\u00e9 les plus discrimin\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9, de sembler ainsi se replier dans le communautarisme, les rend en effet \u2013lui et son mouvement\u2013 instrumentalisables tant par l\u2019extr\u00eame droite que par les partis traditionnels acharn\u00e9s \u00e0 ne pas laisser le VB seul \u00abtirer parti\u00bb d\u2019une sorte d\u2019effroi largement aliment\u00e9 par la presse \u00e0 sensation: car Dyab fait peur \u00e0 l\u2019establishment, pr\u00eat \u00e0 tout pour contrarier l\u2019ind\u00e9niable ascendant qu\u2019il a sur des milliers de jeunes en mal-\u00eatre social caract\u00e9ris\u00e9. D\u2019o\u00f9 une campagne de r\u00e9vulsion \u00e0 l\u2019encontre de Jahjah \u00e9tal\u00e9e sur cinq ans, durant lesquels \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce qu\u2019on peut inventer pour \u00abdescendre\u00bb quelqu\u2019un l\u2019a \u00e9t\u00e9: trafic de diamants, consultation de sites pornographiques, incitation \u00e0 l\u2019\u00e9meute, constitution de milice priv\u00e9e\u2026 Avec, en point d\u2019orgue, sa pr\u00e9tendue participation aux \u00e9meutes des 26 et 27 novembre 2002 \u00e0 Borgherout et un dossier judiciaire de 3.000 pages, cens\u00e9 l\u2019en accuser d\u00e9finitivement. Dont co\u00fbt : en 2007, Dyab Abou Jahjah est condamn\u00e9 \u00e0 un an de prison ferme et \u00e0 une amende de plus de 5.000 euros \u2013alors que l\u2019ancien commissaire en chef de la police, Luc Lamine, a d\u00e9clar\u00e9 dans <em>Humo<\/em> : <em>\u00abDurant les \u00e9meutes, Abou Jahjah a v\u00e9ritablement tent\u00e9 de calmer les esprits\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">2002-2007 : pendant cinq ans, Luk Vervaet n\u2019a pas m\u00e9nag\u00e9 ses efforts pour d\u00e9noncer le dossier soi-disant \u00e0 charge de Jahjah et alerter l\u2019opinion progressiste sur une affaire foment\u00e9e de toute pi\u00e8ce. Dans un de ses textes \u00e0 vocation publique, Vervaet \u00e9crit : <em>\u00ab(\u2026) <\/em><em>Si les incidents de Borgerhout n\u2019ont pas connu l\u2019ampleur de ceux de Paris (\u00e0 Villiers-le-Bel, apr\u00e8s la mort de Mouhsin [15 ans] et de Larami [16 ans]) ou d\u2019Amsterdam (une semaine d\u2019incendies nocturnes apr\u00e8s la mort de Bilal [22 ans] dans un bureau de police), c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention publique des activistes de l\u2019AEL. Ce qui caract\u00e9rise les r\u00e9voltes de Paris ou d\u2019Amsterdam, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019absence de toute direction organisationnelle ou de vision politique sur l\u2019\u00e9mancipation des communaut\u00e9s issues de l\u2019immigration. Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces \u00e9l\u00e9ments que la Ligue tentait d\u2019apporter en canalisant, sur le moment m\u00eame, la col\u00e8re des jeunes et en leur proposant pour le plus long terme une vision globale d\u2019\u00e9mancipation. Seuls les leaders de la Ligue Arabe Europ\u00e9enne en \u00e9taient capables \u00e0 ce moment pr\u00e9cis, et c\u2019est pour cela qu\u2019ils sont frapp\u00e9s aujourd\u2019hui d\u2019un an d\u2019emprisonnement\u2026 Ce n\u2019est ni plus ni moins qu\u2019un encouragement donn\u00e9 \u00e0 la jeunesse pour qu\u2019elle r\u00e9agisse, la prochaine fois, selon les m\u00e9thodes de gu\u00e9rilla emprunt\u00e9es aux mod\u00e8les parisien ou n\u00e9erlandais. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Enfin, il y a aujourd\u2019hui fort \u00e0 faire avec l\u2019\u00e9pouvantail des \u00ab\u00a0fondamentalistes islamiques\u00a0\u00bb. Dyab Abou Jahjah n\u2019est ni un extr\u00e9miste religieux, ni un partisan d\u2019Al Qaida. Loin de l\u00e0. La condamnation de Dyab est la condamnation d\u2019un homme qui a soutenu les jeunes des quartiers populaires dans leur qu\u00eate de dignit\u00e9, de self-respect et de prise de conscience. Il a braqu\u00e9 leur attention sur la d\u00e9fense de leurs droits et de ceux des peuples arabes. Et quiconque travaille aujourd\u2019hui dans une prison sait \u00e0 quel point ces questions sont fondamentales dans la lutte contre la petite criminalit\u00e9, une violence parfois aveugle et une identit\u00e9 vacillante. La condamnation de Dyab est un coup dur pour tous ceux qui travaillent dans cette perspective. Elle risque de laisser libre jeu \u00e0 d\u2019autres forces, pourvues d\u2019une toute autre logique, une logique de destruction. Au moment o\u00f9 la Belgique vient de se doter d\u2019un gouvernement provisoire, apr\u00e8s six mois de combats communautaires entre Flamands et Wallons, un message positif de r\u00e9conciliation et de paix \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la communaut\u00e9 belgo-arabe et de ses jeunes e\u00fbt \u00e9t\u00e9 le bienvenu. En lieu et place, c\u2019est un cocktail molotov que la justice leur envoie\u00bb.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Heureusement, devant la Cour d\u2019Appel d\u2019Anvers cette fois, Luc Lamine pourra t\u00e9moigner en faveur d\u2019Abou Jahjah, en d\u00e9pr\u00e9ciant totalement le t\u00e9moignage d\u2019un agent de police pr\u00e9tendument sur place au moment des violences. Ce dernier aurait entendu Jahjah crier: <em>\u00abNe vous laissez pas faire par la police, il n\u2019y a qu\u2019un seul Dieu, Allah. Restez ensemble, ensemble nous sommes forts face aux policiers. Ils sont la cause de la mort de notre fr\u00e8re, battez-vous !\u00bb<\/em>. Le fin fond de l\u2019histoire ? Le policier accusateur ne s\u2019\u00e9tait jamais trouv\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019Abou Jahjah mais avait \u00e9t\u00e9 l\u2019objet d\u2019intimidation de sa hi\u00e9rarchie pour qu\u2019il fasse une fausse d\u00e9claration des plus accablantes\u2026 En cons\u00e9quence de quoi le 20 octobre 2008, la Cour d\u2019appel d\u2019Anvers acquitte \u2013sur toute la ligne\u2013 le dirigeant de <em>la Ligue Arabe Europ\u00e9enne<\/em>, estimant qu\u2019il n\u2019y pas de preuves pour \u00e9clairer ses pr\u00e9tendues responsabilit\u00e9s dans les heurts qui se sont d\u00e9roul\u00e9s apr\u00e8s le meurtre de Mohamed Achrak.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>HEZBOLLAH<\/strong>\u2026<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">15 d\u00e9cembre 2008, \u00abgrande premi\u00e8re \u00e0 Bruxelles\u00bb : le d\u00e9put\u00e9 du <em>Hezbollah<\/em> <strong>Hussein Al Hadj Hassan<\/strong> et <strong>Abdullah<\/strong><strong> <\/strong><strong>Kassir<\/strong> (le directeur g\u00e9n\u00e9ral de la cha\u00eene <em>Al-Manar<\/em>) donnent une conf\u00e9rence \u00e0 \u00abla Maison des Parlementaires\u00bb. L\u2019initiative en revient au d\u00e9put\u00e9 Ecolo <a href=\"http:\/\/web4.ecolo.be\/spip.php?auteur32\" target=\"_blank\">Fouad Lahssaini<\/a> et \u00e0 <strong>Dyab<\/strong><strong> <\/strong><strong>Abou<\/strong><strong> <\/strong><strong>Jahjah<\/strong>, directeur international de <em>l\u2019<\/em><a href=\"http:\/\/www.iupfp.com\/\" target=\"_blank\"><em>Union Internationale des Parlementaires pour la Palestine<\/em><\/a>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Le SOIR<\/em>, dans son \u00e9dition du 16, en fait le r\u00e9sum\u00e9 suivant : <em>\u00ab<\/em><em>Inviter <\/em><em>des<\/em><em> <\/em><em>repr\u00e9sentants<\/em><em> du Hezbollah libanais \u00e0 s\u2019exprimer dans l\u2019enceinte du Parlement belge ? Cette gageure, un d\u00e9put\u00e9 Ecolo, Fouad Lahssaini, l\u2019a r\u00e9ussie ce lundi, au grand dam de certains partis et de plusieurs organisations. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Le d\u00e9cor ? La salle de conf\u00e9rence de la Maison des parlementaires. L\u2019occasion ? Une conf\u00e9rence sur le th\u00e8me des prisonniers palestiniens d\u00e9tenus par Isra\u00ebl (dont 41 d\u00e9put\u00e9s). La participation, donc ? Outre Gretta Berlin, une Am\u00e9ricaine cheville ouvri\u00e8re des op\u00e9rations \u00ab\u00a0Un bateau pour Gaza\u00a0\u00bb, et le vice-pr\u00e9sident du Conseil l\u00e9gislatif palestinien, Hassan Khraishe\u2026, deux authentiques membres du Hezbollah : Hussein Al Hadj Hassan, d\u00e9put\u00e9 libanais, et Abdullah Kassir, ex-d\u00e9put\u00e9 et directeur de la t\u00e9l\u00e9vision du mouvement chiite, Al-Manar. Les propos tenus par ces derniers ne surprendront pas ceux qui connaissent, appr\u00e9cient ou d\u00e9nigrent le militantisme tr\u00e8s radical du Hezbollah. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>D\u00e9j\u00e0, l\u2019introduction de Luk Vervaet, Pr\u00e9sident de la branche belge de <\/em>l\u2019Union internationale des parlementaires pour la Palestine<em> qui organisait l\u2019\u00e9v\u00e9nement, \u00e9voquait \u00ab\u00a0l\u2019Etat sioniste, le dernier Etat pratiquant l\u2019apartheid\u00a0\u00bb. Hussein Al Hadj Hassan et Abdullah Kassir n\u2019allaient pas \u00eatre en reste devant un parterre fourni, surtout compos\u00e9 de sympathisants parmi lesquels les d\u00e9put\u00e9s belges brillaient par leur absence \u00e0 de tr\u00e8s rares exceptions pr\u00e8s.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>\u00ab\u00a0G\u00e9nocide\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0racisme\u00a0\u00bb, etc\u2026 Condamnant \u00ab\u00a0les crimes d\u2019Isra\u00ebl\u00a0\u00bb (on notera l\u2019usage du nom \u00ab\u00a0Isra\u00ebl\u00a0\u00bb, qui ne semble plus tabou), Hussein Al Hadj Hassan ira moins loin que son confr\u00e8re Abdullah Kassir, carr\u00e9ment auteur du mot \u00ab\u00a0g\u00e9nocide\u00a0\u00bb pour qualifier le sort des Palestiniens.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Il ne fallait d\u2019ailleurs pas cet exc\u00e8s de langage pour susciter de la part de Jo\u00ebl Rubinfeld, pr\u00e9sident du <\/em>Comit\u00e9 de coordination des organisations juives de Belgique<em>, des questions sur la nature \u00ab\u00a0antis\u00e9mite\u00a0\u00bb qu\u2019il d\u00e9c\u00e8le chez le Hezbollah. Insistant sur le caract\u00e8re selon lui \u00ab\u00a0raciste\u00a0\u00bb du sionisme, le d\u00e9put\u00e9 libanais r\u00e9pondit que son mouvement ne confondait pas juda\u00efsme, \u00ab\u00a0religion qui proc\u00e8de de Dieu\u00a0\u00bb, avec sionisme.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Quant \u00e0 Abdullah Kassir, il convint que la diffusion par sa cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision d\u2019un feuilleton syrien aux relents antis\u00e9mites il y a quelques ann\u00e9es avait constitu\u00e9 \u00ab\u00a0une faute\u00a0\u00bb en raison de certaines sc\u00e8nes qui auraient d\u00fb \u00eatre supprim\u00e9es.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Cette conf\u00e9rence avait bien failli \u00eatre annul\u00e9e en raison des pressions de certains partis et de quelques organisations (comme le Forum juif anversois ou l\u2019Esisc, centre g\u00e9r\u00e9 par Claude Moniquet). Mais la conf\u00e9rence des pr\u00e9sidents de parti, qui avait avalis\u00e9 la tenue de l\u2019\u00e9v\u00e9nement sans \u00e9mettre de commentaires, pouvait difficilement manger sa parole. Rappelons que le Hezbollah, qui fait partie du gouvernement libanais reconnu par la communaut\u00e9 internationale, ne figure pas sur la liste europ\u00e9enne des organisations consid\u00e9r\u00e9es comme terroristes, au contraire du Hamas\u00bb<\/em>\u2026<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00abAu contraire du <em>Hamas<\/em>\u00bb\u2026 Deux mois apr\u00e8s la venue \u00e0 Bruxelles des deux repr\u00e9sentants de la mouvance chiite, Luk Vervaet va s\u2019associer \u00e0 un p\u00e9titionnement international exigeant cette fois le retrait des mouvements islamiques \u2013comme le <em>Hamas<\/em>\u2013 de la liste europ\u00e9enne des organisations d\u00e9cr\u00e9t\u00e9es \u00abterroristes\u00bb [<strong>9<\/strong>]. Etant entendu qu\u2019Isra\u00ebl est bel et bien <em>\u00able dernier r\u00e9gime d\u2019apartheid dans le monde\u00bb<\/em> [<strong>10<\/strong>], il faut \u2013selon Vervaet\u2013 <em>\u00ab<\/em><strong><em>soutenir la r\u00e9sistance palestinienne et arabe sans exclusion, sans exclusive\u00bb<\/em><\/strong><strong>\u2026<\/strong><strong><em> <\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Notez: cet Appel sans ambages, accr\u00e9dit\u00e9s par des signataires de renom <\/strong>[<strong>11<\/strong>], rendait possible un double niveau de lecture. D\u2019abord, \u00e9noncer un principe souverainiste (le droit du peuple palestinien <em>\u00ab\u00e0 avoir son propre Etat avec J\u00e9rusalem comme capitale\u00bb<\/em>). Et, dans le m\u00eame temps, d\u00e9noncer l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 d\u2019une liste noire initi\u00e9e, compos\u00e9e, certifi\u00e9e par les Etats-Unis \u2013un acte d\u2019autorit\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 r\u00e9pudier des mouvements de lib\u00e9ration nationale discr\u00e9tionnairement qualifi\u00e9s de \u00abterroristes\u00bb. Or cet ostracisme de pure convenance, Dick Marty (le rapporteur du Conseil de l\u2019Europe sur les activit\u00e9s illicites de la CIA) l\u2019avait lui aussi contest\u00e9 d\u00e8s novembre 2007. <em>\u00abLes listes noires de terroristes pr\u00e9sum\u00e9s \u00e9tablies par l\u2019ONU et l\u2019Union europ\u00e9enne bafouent les droits de l\u2019Homme. La pratique actuelle des listes noires d\u00e9nie les droits fondamentaux et d\u00e9cr\u00e9dibilise la lutte internationale contre le terrorisme\u00bb<\/em>, avait m\u00eame tenu \u00e0 souligner le s\u00e9nateur suisse, d\u00e9non\u00e7ant <em>\u00abl\u2019absence de droits de la d\u00e9fense pour les personnes et organisations ainsi list\u00e9es\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a name=\"ednref2\"><\/a>Il est vrai qu\u2019apr\u00e8s les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis avaient pr\u00e9venu : le monde ne pourra plus jamais \u00eatre le m\u00eame. Cette sentence, si souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, aura \u00e9videmment servi \u2013entre autres bouleversements\u2013 \u00e0 justifier une longue s\u00e9rie de l\u00e9gislations liberticides et \u00e0 normaliser, au plan p\u00e9nal, un v\u00e9ritable \u00e9tat d\u2019exception. La D\u00e9cision-cadre du Conseil de l\u2019Union europ\u00e9enne du 13 juin 2002, relative \u00e0 la lutte contre le terrorisme, s\u2019inscrira dans cette logique de repr\u00e9sailles, jusqu\u2019\u00e0 constituer une \u00e9tape d\u00e9cisive dans l\u2019\u00e9volution de la justice internationale. Car dans la l\u00e9gislation antiterroriste telle qu\u2019elle pr\u00e9vaut dor\u00e9navant, la finalit\u00e9 permet de d\u00e9finir le d\u00e9lit. De ce fait, tous les opposants pr\u00e9tendant contester l\u2019ordre \u00e9tabli, tous ceux qui veulent <em>\u00abporter gravement atteinte ou<\/em> (\u2026) <em>d\u00e9truire les structures politiques, \u00e9conomiques ou sociales d\u2019un pays\u00bb<\/em> seront (moyennant certains actes dont la d\u00e9finition demeure impr\u00e9cise) qualifiables de \u00abterroristes\u00bb. L\u2019incrimination de terrorisme \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Union europ\u00e9enne a du coup entra\u00een\u00e9, d\u00e8s qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e dans la l\u00e9gislation nationale, une panoplie de cons\u00e9quences n\u00e9fastes pour la d\u00e9mocratie. En Belgique depuis 2004, plusieurs proc\u00e8s \u00abantiterroristes\u00bb ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s \u00e0 terme, apr\u00e8s avoir connu des proc\u00e9dures d\u2019appel. Que ce soit le proc\u00e8s intent\u00e9 contre <em>\u00able Groupe islamique combattant marocain <\/em>[GICM]<em>\u00bb<\/em>, ou ce que les m\u00e9dias ont d\u00e9nomm\u00e9 le proc\u00e8s des <em>\u00abFili\u00e8res kamikazes en Irak\u00bb<\/em>, sans parler de \u00abl\u2019affaire DHKP-C\u00bb\u2026, chacun de ces dossiers a \u00e9t\u00e9 percut\u00e9 par des atteintes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e0 l\u2019instruction \u00abobjective\u00bb, \u00e0 la pr\u00e9somption d\u2019innocence, aux droits de la d\u00e9fense et au traitement \u00e9quitable de la cause. De surcro\u00eet, toutes les craintes \u2013qu\u2019avaient soulev\u00e9es de nombreuses organisations d\u00e9mocratiques avant l\u2019adoption de la loi \u00abantiterroriste\u00bb\u2013 se sont av\u00e9r\u00e9es fond\u00e9es. Car les libert\u00e9s fondamentales sont remises en cause par des proc\u00e9dures d\u00e9rogatoires qui tendent \u00e0 se substituer \u00e0 la norme. En bonne logique polici\u00e8re, l\u2019\u00e9l\u00e9ment fondamental de l\u2019incrimination dans les d\u00e9lits de terrorisme n\u2019est plus l\u2019acte mais l\u2019intention, c\u2019est-\u00e0-dire le sujet chaque fois qu\u2019il sera qualifi\u00e9 de <em>\u00abdangereux pour la soci\u00e9t\u00e9\u00bb.<\/em> Par ailleurs, des d\u00e9rogations ont lieu \u00e0 chaque stade du processus p\u00e9nal : de l\u2019instruction au jugement. On se r\u00e9f\u00e8re notamment ici aux techniques sp\u00e9ciales d\u2019enqu\u00eate, mais aussi aux mesures de d\u00e9tention <em>\u00abd\u00e9gradantes, non conformes \u00e0 la dignit\u00e9 humaine\u00bb<\/em>. Des remises en question de l\u2019Etat de droit qui peuvent \u00eatre r\u00e9sum\u00e9es sous un seul et m\u00eame intitul\u00e9: la primaut\u00e9 des proc\u00e9dures d\u2019exception, en ce compris la d\u00e9l\u00e9gitimation du formalisme p\u00e9nal.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Expression paroxystique de cette nouvelle normalit\u00e9 juridique : l\u2019usage \u00aben sous-traitance\u00bb de la torture. Ainsi en avril 2006, les autorit\u00e9s politiques et judiciaires belges n\u2019avaient pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 faire livrer, via les Pays-Bas, Bahar Kimyong\u00fcr \u00e0 la Turquie \u2013o\u00f9 il aurait assur\u00e9ment \u00e9t\u00e9 la victime des pires violences [<strong>12<\/strong>]. Ainsi dans l\u2019affaire dite du GICM, la Cour d\u2019Appel de Bruxelles avait condamn\u00e9 (en septembre 2006) cinq membres de ce mouvement \u2013en s\u2019appuyant essentiellement sur les aveux (r\u00e9tract\u00e9s par la suite) d\u2019autres membres du r\u00e9seau, atrocement tortur\u00e9s lors de leurs interrogatoires au Maroc (comme l\u2019obligation pour les suspects de se tenir pendant 12 jours\u2026 au garde-\u00e0-vous). Ainsi le silence opaque de nos responsables \u00e9tatiques sur le sort judiciaire r\u00e9serv\u00e9 par Rabat au belgo-marocain Belliraj (un informateur de la S\u00fbret\u00e9 belge, accus\u00e9 d\u2019\u00eatre un agent d\u2019<em>Al Qaida<\/em>) alors que, pour lui arracher des informations, la police marocaine l\u2019avait tortur\u00e9 <em>\u00abdeux mois sans arr\u00eat<\/em>\u00bb au centre secret de la police politique de Temara [<strong>13<\/strong>]\u2026<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C\u2019est dans ce contexte effray\u00e9 et effrayant que L. Vervaet choisira de d\u00e9ployer une partie de son \u00e9nergie extra-professionnelle. En 2008, il a \u00e9t\u00e9 contact\u00e9 par une jeune femme habitant Molenbeek, Farida Aarrass. Le fr\u00e8re de celle-ci se trouve pris dans une nasse, il n\u2019y a pas d\u2019autres mots. Poss\u00e9dant la double nationalit\u00e9 belge et marocaine, Ali Aarrass a en effet \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Melilla (ville espagnole enclav\u00e9e dans le Nord du Maroc) en avril 2008 et est, depuis, sous la menace d\u2019une proc\u00e9dure d\u2019extradition, dans le cadre d\u2019un mandat d\u2019arr\u00eat international lanc\u00e9 par Rabat, pour appartenance \u00e0 un r\u00e9seau terroriste. Une situation accablante: en 2006, la justice espagnole avait certes ouvert une enqu\u00eate judiciaire contre Aarrass pour <em>\u00abassociation avec le terrorisme\u00bb<\/em> mais le tribunal avait prononc\u00e9 la fermeture provisoire de l\u2019enqu\u00eate par manque de preuves. Malgr\u00e9 ce non-lieu, Ali Aarrass reste en prison : il fait partie de ces 1.500 personnes recherch\u00e9es par le Maroc apr\u00e8s les attentats de Casablanca de 2003. Selon <em>Amnesty International<\/em> <em>\u00abdes centaines d\u2019entre elles, une fois appr\u00e9hend\u00e9es, ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement tortur\u00e9es en d\u00e9tention\u2026\u00bb.<\/em> Le pr\u00e9sident de Melilla, Juan Jos\u00e9 Imbroda, et son gouvernement local (conduit par le tr\u00e8s conservateur <em>Parti Populaire<\/em>), la <em>Coalition pour Melilla<\/em> (principal parti de l\u2019opposition), la <em>Commission Islamique<\/em> et <em>Amnesty International<\/em>-Espagne, toutes ces structures et organisations se sont pourtant unies pour exiger la non-extradition d\u2019Ali Aarrass. Quant \u00e0 Eva Su\u00e1rez-Llanos, la pr\u00e9sidente espagnole d\u2019<em>Amnesty International<\/em>, elle pers\u00e9v\u00e8re \u00e0 d\u00e9clarer: <em>\u00abLes autorit\u00e9s espagnoles ne peuvent pas extrader des d\u00e9tenus vers un pays o\u00f9 ceux-ci risquent d\u2019\u00eatre tortur\u00e9s\u00bb <\/em>[<strong>14<\/strong>]. Sauver la vie du ressortissant belge Ali Aarrass ? A ce jour en Belgique, aucun membre du gouvernement, aucun parlementaire n\u2019a pris la moindre initiative ou fait mine de s\u2019inqui\u00e9ter de quoi que ce soit.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Question minimaliste ? Dans ce silence \u00e9pouvantablement inerte, que faire d\u2019un tant soit peu efficace ? Vervaet agit avec les moyens du bord : il lance une \u00abLettre ouverte\u00bb sur son blog, un appel \u00e0 signatures [<strong>15<\/strong>]. Avec toujours cette m\u00eame priorit\u00e9: alerter. Au point qu\u2019on peut se demander si, y compris dans sa vie citoyenne, il ne garde pas l\u2019\u00e2me d\u2019un enseignant (\u00e9tant entendu qu\u2019\u00abenseigner\u00bb vient du latin <em>insignire<\/em> qui signifie \u00absignaler\u00bb)\u2026<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il faut dire que, dans le courant de l\u2019ann\u00e9e 2008, Vervaet avait aussi pris une formidable d\u00e9cision : rendre visite \u00e0 Nizar Trabelsi pour dialoguer avec ce prisonnier-vedette, d\u00e9tenu \u00abdans des conditions exceptionnelles\u00bb \u00e0 la prison de Lantin. Une mani\u00e8re de tenter de comprendre, de vive voix, le cheminement d\u2019un sportif de premi\u00e8re classe, rabaiss\u00e9 du top niveau aux cachots de caniveau. De cette s\u00e9rie d\u2019entretiens (dont il n\u2019est pas vraiment sorti indemne), Vervaet ram\u00e8nera en tout cas un t\u00e9moignage \u00e9poustouflant. S\u2019y ajoute d\u00e9sormais une sorte d\u2019urgence : le 24 juillet 2010, la Chambre des mises en accusation a convenu que l\u2019extradition de Trabelsi demand\u00e9e par les Etats-Unis \u00e9tait <em>\u00abl\u00e9gitime s\u2019il n\u2019y risque pas la peine de mort\u00bb\u2026<\/em> Au fait, que risque Trabelsi aux USA ? Dans une lettre dat\u00e9e du 11 novembre 2009, le ministre am\u00e9ricain de la Justice l\u2019avait pr\u00e9cis\u00e9 sans d\u00e9tours : <em>\u00abDeux fois la perp\u00e9tuit\u00e9, sans possibilit\u00e9 de remise de peine\u00bb<\/em> (\u00abTwo times life, without parole\u00bb).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>PUBLIC ENEMY<\/strong>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans plusieurs articles consacr\u00e9s au c\u00e9l\u00e8bre prisonnier convoit\u00e9 par les Am\u00e9ricains, la grande presse a parfois tenu un certain discours de v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 propos de Trabelsi : <em>\u00abC\u2019est un type qui a eu une enfance malheureuse, qui n\u2019a pas connu son p\u00e8re, dont la m\u00e8re avait du mal \u00e0 nouer les deux bouts, en Tunisie. Lui, il s\u2019en est sorti gr\u00e2ce au foot, en devenant joueur professionnel\u00bb. <\/em> Entre 1988 et 1990, Nizar a en effet brill\u00e9 comme attaquant au <em>Fortuna<\/em> <em>D\u00fcsseldorf<\/em>, \u00e9quipe de premi\u00e8re division en Allemagne. La gloire, l\u2019argent, la grande vie et tous les abus qui vont avec. La d\u00e9ch\u00e9ance, la drogue, l\u2019alcool. Le footballeur va jusqu\u2019\u00e0 s\u2019abandonner \u00e0 divers trafics et vols. Avant de prendre foi. Les d\u00e9clarations de Trabelsi \u00e9voquent sans d\u00e9tour son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019islam radical. <em>\u00abEn 1996, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 attir\u00e9 vers l\u2019islam. J\u2019ai rencontr\u00e9 \u00e0 la mosqu\u00e9e un pr\u00eacheur qui m\u2019a fascin\u00e9 par son \u00e9loquence. Cette personne m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 mieux comprendre les pr\u00e9ceptes de la religion. Car, jusque-l\u00e0, je n\u2019\u00e9tais pas croyant\u00bb.<\/em> C\u2019est sur les conseils de ce personnage, au verbe d\u00e9vastateur, que Trabelsi partira d\u2019abord en Arabie Saoudite \u00e9tudier l\u2019islam. Puis, convaincu qu\u2019il faut <em>\u00abaider les pauvres sur place\u00bb,<\/em> rejoindra Jalalabad en Afghanistan. Il y aide les n\u00e9cessiteux mais est \u00e9galement pris en charge par des radicaux islamistes (on entre l\u00e0 dans l\u2019engrenage qui va lui valoir une condamnation \u00e0 dix ans de prison, en Belgique).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>\u00abAvec son argent, <\/em>\u00e9crira Vervaet,<em> Trabelsi a aid\u00e9 \u00e0 construire en Afghanistan des mosqu\u00e9es et des puits d\u2019eau. Il aboutira dans un camp d\u2019entra\u00eenement. Selon ses propres dires, il est revenu en Belgique avec l\u2019intention de commettre un attentat contre la base militaire de Kleine Brogel (dans le Limbourg), qui abrite des armes nucl\u00e9aires et des militaires am\u00e9ricains. Ce retour en Belgique s\u2019est effectu\u00e9 en juillet 2001. Le 11 septembre 2001, des avions se sont \u00e9cras\u00e9s contre les tours de New York. Le monde s\u2019est arr\u00eat\u00e9 pendant un instant. Imm\u00e9diatement, l\u2019ensemble des pays occidentaux a pr\u00e9par\u00e9 la riposte. A peine un jour apr\u00e8s \u00ab\u00a0Nine eleven\u00a0\u00bb, la police belge a arr\u00eat\u00e9 Nizar Trabelsi \u00e0 Bruxelles. Elle n\u2019a d\u00fb ni le d\u00e9pister ni le chercher. Il a suffi de sonner \u00e0 la porte de son appartement et de lui passer les menottes. Tous ses faits et gestes, depuis son d\u00e9part et son s\u00e9jour en Afghanistan jusqu\u2019\u00e0 son retour en Belgique, \u00e9taient parfaitement connus des services de s\u00e9curit\u00e9. Plut\u00f4t qu\u2019une intervention judiciaire et polici\u00e8re imp\u00e9rieuse, cette arrestation-\u00e9clair devait servir de signal politique. Elle transmettait le message qu\u2019un sc\u00e9nario WTC am\u00e9ricain avait \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9 en Belgique : un \u00e9missaire d\u2019Oussama Ben Laden avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 dans la capitale de l\u2019Europe, alors qu\u2019il pr\u00e9parait un attentat. Que Trabelsi ne dispose ni du professionnalisme, ni des r\u00e9seaux de contacts, ni des planques, ni de l\u2019argent, ni des armes dont avaient b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 les auteurs de l\u2019attaque contre les tours de New York, n\u2019y fit rien (\u2026), chez Trabelsi on a trouv\u00e9 ce qu\u2019il fallait \u00bb. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Rapidement, la repr\u00e9sentante du FBI \u00e0 Bruxelles cherche \u00e0 s\u2019emparer du dossier. La Belgique r\u00e9siste, garde ses pr\u00e9rogatives. Et cela cr\u00e9e des remous, diplomatiques et politiques. Les services am\u00e9ricains d\u00e9ploient alors les grands moyens en Belgique et mettent sur \u00e9coute l\u2019entourage de Trabelsi et ses avocats. Ceux-ci sont convoqu\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4tel <em>Conrad<\/em>, \u00e0 Bruxelles, et se voient offrir de l\u2019argent (1.000 dollars par mois) pour tuyauter le FBI sur Trabelsi. Du jamais vu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nizar Trabelsi est jug\u00e9 et condamn\u00e9 en Belgique, en juin 2004, \u00e0 dix ans de prison, pour ses activit\u00e9s terroristes. Mais les Am\u00e9ricains demandent son extradition pour le juger \u00e0 leur tour. Pour quels faits ? Y a-t-il d\u2019autres faits mis \u00e0 sa charge ? Le Grand Jury du tribunal d\u2019instance des Etats-Unis (district de Columbia) est fort vague \u00e0 ce sujet. Le document officiel de l\u2019extradition vise une association de malfaiteurs \u2013en vue d\u2019assassiner des citoyens am\u00e9ricains hors des Etats-Unis, une tentative d\u2019usage d\u2019armes de destruction massive, une fourniture de soutien et de ressources mat\u00e9rielles \u00e0 une organisation terroriste.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais les seuls faits explicitement cit\u00e9s sont ceux de la pr\u00e9paration d\u2019un attentat \u00e0 Kleine-Brogel. Des faits d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9s en Belgique\u2026 Quoi d\u2019autre, alors ? Le r\u00e9quisitoire du Parquet f\u00e9d\u00e9ral, lors du d\u00e9bat sur l\u2019extradition de Trabelsi, en dit davantage mais c\u2019est vague, pas du tout \u00e9tay\u00e9 \u2013et il faut avoir vraiment envie de se fier aux pr\u00e9tendues all\u00e9gations et aux soup\u00e7ons des USA..<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Trabelsi n\u2019est pas Belge, il peut d\u00e8s lors \u00eatre extrad\u00e9 vers un pays qui demande de le juger. Les avocats de Nizar Trabelsi plaident \u2013avec une crainte \u00e9tay\u00e9e\u2013 le risque de mauvais traitements. Une fois transf\u00e9r\u00e9 dans les ge\u00f4les am\u00e9ricaines, tout est possible, m\u00eame le pire. A cette juste appr\u00e9hension, il y a d\u2019ailleurs une raison manifeste : Trabelsi a \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9, \u00e0 de nombreuses reprises, par des enqu\u00eateurs am\u00e9ricains venus sp\u00e9cialement chez nous pour lui soutirer un maximum d\u2019informations. Trabelsi n\u2019a pas r\u00e9pondu \u00e0 leurs attentes. Pourtant, ils ont tout essay\u00e9, le chantage affectif, le paiement, les \u00e9coutes\u2026 Nizar Trabelsi \u00e9voque toutes les pressions exerc\u00e9es sur lui et sa famille pour qu\u2019il \u00abbalance\u00bb. Ce qu\u2019il n\u2019a pas fait : <em>\u00ab Quand j\u2019imagine ce qu\u2019ils vont faire de moi chez eux, c\u2019est le cauchemar total. La mort est mieux que \u00e7a\u00bb<\/em>. Il dit m\u00eame avoir reconnu, dans des reportages t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s sur des tortures \u00e0 Guant\u00e1namo, un des enqu\u00eateurs qui sont venus l\u2019interroger en Belgique\u2026<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En mai de cette ann\u00e9e, Luk Vervaet a d\u00e9pos\u00e9 sur son blog la s\u00e9rie d\u2019interviews retranscrites en fran\u00e7ais de ces diff\u00e9rents entretiens avec l\u2019ex-star internationale de foot. Un long texte titr\u00e9 <em>\u00abA quand un geste de conciliation ?\u00bb\u2026 <\/em>Extraits choisis.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>\u00abEn juillet 2010, Nizar Trabelsi, ancienne vedette internationale de football (qui a jou\u00e9 jadis pour la Tunisie, la Belgique et l\u2019Allemagne), aura 40 ans. A ce moment, il aura pass\u00e9 pr\u00e8s d\u2019un quart de sa vie en prison. Trabelsi ? Il a \u00e9t\u00e9 soumis au r\u00e9gime d\u2019incarc\u00e9ration le plus s\u00e9v\u00e8rement envisageable en Belgique. D\u2019abord, il a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 sans cesse d\u2019une prison \u00e0 une autre : de Lantin, \u00e0 Arlon, \u00e0 Ittre, \u00e0 Nivelles, \u00e0 Bruges et retour. Ensuite, il a \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement, non par mesure disciplinaire, mais pour des raisons \u00ab\u00a0administratives\u00a0\u00bb, dans une cellule sp\u00e9ciale de haute s\u00e9curit\u00e9 (\u00ab\u00a0Maximum Security Unit\u00a0\u00bb), sorte de prison \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la prison, dans le Bloc U \u00e0 Lantin ou la section AIBV (section de mesures de s\u00e9curit\u00e9 individuelles particuli\u00e8res) \u00e0 Bruges. Ce r\u00e9gime d\u2019isolement total a \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9 sur ordre des plus hautes autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires, contre tout avis m\u00e9dical, contre l\u2019avis de certains directeurs de prison, malgr\u00e9 les recours r\u00e9p\u00e9t\u00e9s introduits par ses avocats et malgr\u00e9 ses gr\u00e8ves de la faim. Enfin, cons\u00e9quence de sa condamnation pour terrorisme, Trabelsi s\u2019est vu refuser, pendant ces neuf ann\u00e9es, toute possibilit\u00e9 de r\u00e9duction de peine pr\u00e9vue par la loi ou toute possibilit\u00e9 de r\u00e9int\u00e9gration. A partir de 2004, Trabelsi pouvait \u00e9ventuellement pr\u00e9tendre \u00e0 un cong\u00e9 p\u00e9nitentiaire. On ne lui a jamais accord\u00e9 un seul jour. A partir de 2005, il pouvait solliciter une lib\u00e9ration conditionnelle. Cela lui a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9. De m\u00eame, sa demande d\u2019asile politique en Belgique, la m\u00eame ann\u00e9e. Refus\u00e9.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Trabelsi s\u2019est av\u00e9r\u00e9 \u00eatre le punching ball r\u00eav\u00e9 des sp\u00e9cialistes de l\u2019antiterrorisme. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, ceux-ci ont pu d\u00e9cr\u00e9ter une alerte terroriste pendant des mois et arr\u00eater des islamistes suspects. Alors que dans le monde entier le passage au nouvel an 2007 se f\u00eatait sous les feux d\u2019artifice, Bruxelles a \u00e9t\u00e9 la seule ville europ\u00e9enne \u00e0 interdire ces festivit\u00e9s pour cause de \u00ab\u00a0menace imminente\u00a0\u00bb. Il s\u2019agissait pr\u00e9tendument de plans d\u2019\u00e9vasion qu\u2019aurait ex\u00e9cut\u00e9s Trabelsi pendant son transfert d\u2019Arlon \u00e0 Lantin. Les questions au Parlement \u00e0 propos du s\u00e9rieux de cette op\u00e9ration antiterroriste sont rest\u00e9es sans r\u00e9ponse et Trabelsi n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9 ni inculp\u00e9 \u00e0 propos de cette affaire. En novembre 2008, il a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 de la prison de Nivelles \u00e0 celle de Ittre, apr\u00e8s que des rumeurs aient \u00e9voqu\u00e9 son intention de s\u2019\u00e9chapper. En d\u00e9cembre 2008, il a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 de Ittre \u00e0 Bruges (\u2026). Lorsque Ashraf Sekkaki s\u2019\u00e9vade de la prison de Bruges en juillet 2009 \u00e0 l\u2019aide d\u2019un h\u00e9licopt\u00e8re, Trabelsi, qui se trouvait \u00e0 ce moment dans le Bloc U \u00e0 Lantin, a \u00e9t\u00e9 li\u00e9 \u00e0 cette affaire (\u2026). Son transfert \u00e0 Bruges a suivi imm\u00e9diatement et son isolement a encore \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9 : hormis les membres de sa famille, personne ne peut plus le visiter depuis ao\u00fbt 2009\u00bb.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>\u00abLorsque les Etats-Unis ont demand\u00e9 son extradition en 2008, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de rendre visite \u00e0 Trabelsi dans la prison de Lantin. Ces visites se sont d\u00e9roul\u00e9es dans les r\u00e8gles, avec la demande officielle requise, \u00ab\u00a0screening\u00a0\u00bb, autorisation, fouille, gardien \u00e0 la porte lors de chaque visite. Dans des articles du journaliste Claude Demelenne, du s\u00e9nateur MR Destexhe et de Nadia Geerts, le trio qui organise en Belgique francophone la chasse m\u00e9diatique contre les \u00ab\u00a0islamo-gauchistes\u00a0\u00bb, il a \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9 que j\u2019entretenais des \u00ab\u00a0liens douteux\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0le terroriste Nizar Trabelsi\u00a0\u00bb, et, selon eux, mon licenciement comme enseignant en milieu carc\u00e9ral en ao\u00fbt 2009 pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 (gard\u00e9es secr\u00e8tes) \u00e9tait d\u00e8s lors \u00ab\u00a0justifi\u00e9 et normal\u00a0\u00bb. Ainsi, l\u2019affaire Trabelsi a \u00e9galement offert l\u2019occasion en Belgique d\u2019instaurer une interdiction professionnelle pour ceux qui lui rendent visite. A propos de mes \u00ab\u00a0rapports douteux\u00a0\u00bb avec Trabelsi, je souhaite apporter les quelques observations suivantes.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Face \u00e0 l\u2019imagerie ambiante sur le genre de \u00ab\u00a0monstres et de barbares\u00a0\u00bb que nous combattons en Afghanistan, cette pr\u00e9cision n\u2019est, d\u00e8s l\u2019abord, pas inutile : l\u2019homme menott\u00e9, portant une barbe religieuse \u2013dont vous voyez de temps en temps la photo dans votre journal\u2013 est un \u00ab\u00a0Homme\u00a0\u00bb, comme vous et moi. Avec son physique athl\u00e9tique imposant, c\u2019est une personne particuli\u00e8rement gentille et douce. Assez de psychiatres, de gardiens de prison et de personnels au sein de l\u2019appareil judiciaire le confirmeront. Et il a \u00e9videmment aussi acquis une renomm\u00e9e parmi les d\u00e9tenus. Du \u00ab\u00a0pros\u00e9lytisme\u00a0\u00bb, dira-t-on. Une des rares fois o\u00f9 il ne se trouvait pas dans une unit\u00e9 sp\u00e9ciale de s\u00e9curit\u00e9, un Belge condamn\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 occupait la cellule voisine de la sienne. C\u2019est un avocat qui m\u2019en a fait le r\u00e9cit et non Trabelsi lui-m\u00eame. Ce d\u00e9tenu \u00e9tait d\u00e9pressif, ne sortait plus de la cellule, ne faisait que fumer, ne se lavait presque jamais et mangeait \u00e0 peine. C\u2019est Trabelsi qui lui a remont\u00e9 le moral. L\u2019homme a confi\u00e9 \u00e0 son avocat : \u00ab\u00a0Si jamais on m\u2019accorde le droit \u00e0 un cong\u00e9 p\u00e9nitentiaire, c\u2019est Trabelsi que j\u2019irai visiter en premier\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Le prisonnier que j\u2019ai rencontr\u00e9 durant mes visites \u00e0 Lantin, \u00e9tait, apr\u00e8s presque neuf ann\u00e9es de d\u00e9tention, physiquement mais surtout psychiquement, un homme bless\u00e9. Trabelsi est une personne tr\u00e8s \u00e9motive. Il m\u2019a beaucoup parl\u00e9 de la mort, mais surtout des enfants. Lorsque je lui ai rendu visite, il a sorti son cahier de coupures de journaux qu\u2019il a confectionn\u00e9 au fil des ans. La plupart des articles et des photos concernent des enfants assassin\u00e9s dans les guerres en Irak, en Afghanistan et en Palestine. \u00ab\u00a0Palestine, Palestine\u00a0\u00bb : davantage que le nom de l\u2019Afghanistan ou de l\u2019Irak, c\u2019est celui de la Palestine qui revient toujours. Il m\u2019a montr\u00e9 une photo d\u2019un enfant palestinien, la t\u00eate seulement, sans corps. \u00ab\u00a0Si jamais j\u2019\u00e9cris un livre, cette photo doit figurer \u00e0 la premi\u00e8re page\u00a0\u00bb, insistait-il, lorsque j\u2019essayais de protester en lui faisant observer que ce ne serait probablement pas le meilleur argument de vente. Trabelsi a perdu un enfant lui aussi, perte dont il ne s\u2019est manifestement toujours pas remis et dont il a du mal \u00e0 parler (\u2026).<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Mes \u00ab\u00a0liens douteux\u00a0\u00bb avec Trabelsi ? Ils ont simplement consist\u00e9 \u00e0 l\u2019encourager \u00e0 \u00e9crire l\u2019histoire de sa vie. Ce \u00e0 quoi il s\u2019est consacr\u00e9 pendant des semaines dans sa cellule d\u2019isolement. Mais nous n\u2019avons pas pu achever le travail parce que, depuis son transfert de Lantin \u00e0 Bruges (en ao\u00fbt 2009), j\u2019ai d\u2019abord \u00e9t\u00e9 ray\u00e9 de sa liste de visiteurs puis interdit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 toutes les prisons de Belgique\u00bb.<\/em><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"CENTER\"><strong>LE PASSAGE DU T\u00c9MOIN<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mutineries, \u00e9vasions \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, incarc\u00e9rations \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, d\u00e9c\u00e8s suspects, suicides av\u00e9r\u00e9s, extraditions probl\u00e9matiques, exactions sanitaires, trafics certifi\u00e9s, violences v\u00e9rifi\u00e9es, surpopulation chronique\u2026: ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, on ne compte plus les rapports (militants ou officiels) qui d\u00e9noncent la situation d\u2019incurie r\u00e9gnant derri\u00e8re les barreaux.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Chez nous, la politique carc\u00e9rale n\u2019est pas dans une impasse : c\u2019est un syst\u00e8me sans issue. En mars 2010, plus de 10.000 d\u00e9tenus s\u2019entassaient dans les 33 prisons belges, con\u00e7ues normalement pour en abriter 8.400. Depuis 1980, la population p\u00e9nitentiaire a litt\u00e9ralement explos\u00e9 : 76 % de plus. De surcro\u00eet : la majorit\u00e9 des \u00e9tablissements (20 sur 33) datent du 19\u00e8me si\u00e8cle. Certains sont dans un \u00e9tat de v\u00e9tust\u00e9 crasse. D\u00e9gueulasse. Il n\u2019y a pas d\u2019autre mot.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Evidemment, les autorit\u00e9s ont sous la main un \u00abMasterplan pour les Prisons\u00bb. Ce plan de ma\u00eetre pr\u00e9voit la construction de 2.552 nouvelles places dans sept nouveaux \u00e9difices d\u2019ici 2012. Une m\u00e9ga-prison sera construite \u00e0 Bruxelles sur l\u2019ancien site de l\u2019OTAN. A 150.000 euros la cellule, le partenariat sera concr\u00e9tis\u00e9 selon la formule franglaise du \u00abDBFM\u00bb (<em>Design<\/em>, <em>Build<\/em>, <em>Finance<\/em>, <em>Maintain<\/em>) : le priv\u00e9 r\u00e9alise les plans, construit, et finance. Reste \u00e0 l\u2019Etat : la location des b\u00e2timents, l\u2019entretien et \u00abla fourniture\u00bb du personnel. Et des prisonniers.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Que faire\u2026 en attendant ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En mars 2007, Laurette Onkelinx avait sign\u00e9 un protocole autorisant le transfert des prisonniers marocains (sans leur consentement, \u00e9videmment)\u2026 vers le Maroc. Si l\u2019on sait que la surpopulation de certaines prisons marocaines atteint 600%, on voit qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une v\u00e9ritable escroquerie qui viendra une nouvelle fois frapp\u00e9 un pays tiers-mondis\u00e9. L\u2019ann\u00e9e suivante, on a avanc\u00e9 une autre \u00absolution\u00bb : le ballet des bateaux-prisons sur l\u2019Escaut, possibilit\u00e9 jug\u00e9e ensuite <em>\u00ab<\/em><em>trop ch\u00e8re, pas assez s\u00fbre<\/em><em> et <\/em><em>d\u2019infrastructure trop faible<\/em><em>\u00bb.<\/em><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Aujourd\u2019hui, les Pays-Bas et la Belgique ont n\u00e9goci\u00e9 le transfert de 400 d\u00e9tenus vers des prisons vides d\u2019outre-Moerdijck.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">On a dit : \u00abLa prison, c\u2019est l\u2019ultime recours\u00bb. Il n\u2019en est \u00e9videmment rien : l\u2019enfermement est devenu la norme. Et correspond \u00e0 une id\u00e9ologie s\u00e9curitaire pr\u00e9gnante.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">C\u2019est quoi, une prison ? Avant tout un lieu de souffrance. \u00c0 Anvers, des cellules pr\u00e9vues pour 4 personnes sont occup\u00e9es par 11 d\u00e9tenus. A la prison d\u2019Anvers, cent d\u00e9tenus sont priv\u00e9s de lits. Dans plusieurs ailes de la prison de Forest, on entasse 3 \u00e0 4 d\u00e9tenus dans des cellules de 9 m\u00b2, enferm\u00e9s 23 heures sur 24, matelas par terre (700 d\u00e9tenus doivent ainsi se partager les 400 places disponibles). Les prisons bruxelloises n\u2019ont d\u2019ailleurs jamais \u00e9t\u00e9 aussi pleines, \u00e0 119 % de leurs capacit\u00e9s d\u2019accueil. A Jamioulx, c\u2019est pire : 181,8%.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Pour trois quarts des d\u00e9tenus, le p\u00e8re est ch\u00f4meur, ouvrier, man\u0153uvre ou inconnu. 45 % des enferm\u00e9s n\u2019ont qu\u2019un dipl\u00f4me d\u2019\u00e9tudes primaires. 30 % n\u2019en ont aucun.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>ALARME.<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il y a dix ans, l\u2019\u00e9cologiste Vincent Decroly et le d\u00e9mocrate-chr\u00e9tien Georges Dallemagne (PSC) avaient d\u00e9j\u00e0 tir\u00e9 la sonnette d\u2019alarme (apr\u00e8s avoir enqu\u00eat\u00e9 \u00e0 Saint-Gilles et Lantin). T\u00e9moignant de sa visite \u00e0 Forest, Dallemagne pr\u00e9cisait : <em>\u00abNous avons pu visiter un cachot occup\u00e9 par un homme \u00e0 moiti\u00e9 nu. Ce cachot est un simple cube de b\u00e9ton de 2,5 m\u00e8tres aveugle avec pour tout mobilier un morceau de mousse sale jet\u00e9 par terre, un orifice dans un coin comme toilette, et une cruche d\u2019eau. C\u2019est inhumain et d\u00e9gradant\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il y a deux ans, R\u00e9ginald de Beco de <em>la Ligue des droits de l\u2019Homme<\/em> d\u00e9non\u00e7ait, sur le m\u00eame ton d\u00e9sempar\u00e9 : <em>\u00abLa prison de Forest, un h\u00f4tel trois \u00e9toiles ? Plut\u00f4t un logement insalubre\u2026 Forest est une maison d\u2019arr\u00eat, ce qui signifie que trois-quarts des d\u00e9tenus y sont en d\u00e9tention pr\u00e9ventive. Paradoxalement, les conditions de vie y sont beaucoup plus dures que dans les maisons de peine o\u00f9 s\u00e9journent les condamn\u00e9s. La prison de Forest est divis\u00e9e en quatre ailes, chacune de trois \u00e9tages. Deux de ces ailes datent de plus d\u2019un si\u00e8cle. Les cellules n\u2019y ont pas de sanitaires. Si les d\u00e9tenus ont acc\u00e8s \u00e0 un local de douche en piteux \u00e9tat, ils ne disposent en cellule que d\u2019une cruche pour leur hygi\u00e8ne \u00e9l\u00e9mentaire. Ils sont contraints de satisfaire leurs besoins naturels dans un seau vid\u00e9 seulement une fois par jour, apr\u00e8s la nuit. Les cellules des deux ailes r\u00e9nov\u00e9es ont certes chacune une toilette, mais \u00e0 peine isol\u00e9e par un paravent ne d\u00e9passant pas un m\u00e8tre. Dans cet espace de 9 m\u00b2, survivent deux, voire trois personnes. Il y a parfois de 50 \u00e0 60 cellules en trio, ce qui repr\u00e9sente de 150 \u00e0 180 d\u00e9tenus. Ils y restent confin\u00e9s 23 heures sur 24. La troisi\u00e8me personne dort \u00e0 m\u00eame le sol sur un matelas qui est remis\u00e9 contre le mur pendant la journ\u00e9e. Les d\u00e9tenus y prennent tous leurs repas, souvent assis sur leur lit, l\u2019assiette sur les genoux, \u00e0 d\u00e9faut de chaise pour chacun. La qualit\u00e9 nutritionnelle de ces repas est tributaire du budget, soit trois euros par jour et par d\u00e9tenu, calcul\u00e9s sur la capacit\u00e9 carc\u00e9rale et non sur la population r\u00e9elle. Il est donc urgent de sortir du Moyen \u00c2ge. Avant d\u2019envisager de construire de nouvelles prisons, il importe de commencer par r\u00e9nover celles qui existent mais se d\u00e9labrent de plus en plus dans l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Confront\u00e9 \u00e0 cette mis\u00e8re carc\u00e9rale chronique, l\u2019enseignant en informatique et professeur de n\u00e9erlandais Luk Vervaet ne pouvait pas non plus rester coi et passif.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En 2006, dans une interview accord\u00e9e au <em>Journal du Mardi<\/em>, il indiquait : <em>\u00abSi on continue \u00e0 durcir les conditions de d\u00e9tention, on va former de v\u00e9ritables bombes humaines qui, une fois dehors, feront plus de d\u00e9g\u00e2ts encore\u00bb. <\/em>Puis, dans la <em>Libre Belgique<\/em> du 13 mai 2009: <em>\u00abNos ministres semblent avoir tout sous contr\u00f4le. Ils ne r\u00e9alisent pas combien est proche le <\/em><em>\u00ab\u00a0prison break\u00a0\u00bb<\/em><em> total. Nos prisons sont des bombes \u00e0 retardement. En d\u00e9cembre 2008, le ministre de la justice Van Deurzen s\u2019\u00e9tait vant\u00e9 des exp\u00e9riences encourageantes de la nouvelle section sp\u00e9ciale \u00e0 Bruges. Quatre mois plus tard, une \u00e9meute a \u00e9clat\u00e9 et les d\u00e9tenus l\u2019ont enti\u00e8rement d\u00e9truite.<\/em> <em>Un vrai d\u00e9bat de soci\u00e9t\u00e9 est urgentissime, incluant tous les acteurs : les ex-d\u00e9tenus, les repr\u00e9sentants des d\u00e9tenus et leurs familles, les \u00e9ducateurs, enseignants, m\u00e9decins, criminologues, psychologues et travailleurs sociaux, le monde syndical, policier, judiciaire et p\u00e9nitentiaire. Il doit porter sur les vraies solutions et sur leur application rapide\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Octobre 2009. <em>\u00abSelon une enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e en 2001, 75% de la population p\u00e9nitentiaire en Belgique est issue de familles o\u00f9 le p\u00e8re est ch\u00f4meur, ouvrier, man\u0153uvre ou\u2026 inconnu. Depuis, la situation n\u2019a fait que se d\u00e9grader : nos prisons enferment quasi uniquement des personnes issues des classes populaires. Quarante-cinq pourcent de cette population carc\u00e9rale ne dispose que d\u2019un dipl\u00f4me d\u2019\u00e9tudes primaires. 30% n\u2019a pas de dipl\u00f4me du tout. Je pourrais continuer \u00e0 citer des chiffres accablants. Mais tout le monde les conna\u00eet. La seule question qui se pose est : pourquoi n\u2019y a-t-il pas de volont\u00e9 politique pour y rem\u00e9dier ? O\u00f9 est \u00ab\u00a0le plan Marshall\u00a0\u00bb pour les quartiers populaires? O\u00f9 est \u00ab\u00a0l\u2019intervention de crise\u00a0\u00bb comme pour les banques ? Pourquoi n\u2019y a-t-il pas un plan pour transformer les prisons en \u00e9coles ?<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Voyons de plus pr\u00e8s l\u2019\u00e9tat de la formation dans les prisons, cens\u00e9e pr\u00e9parer la r\u00e9insertion des d\u00e9tenus\u2026<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>D\u2019abord, l\u2019importance accord\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9ducation en milieu carc\u00e9ral est tributaire de la mission d\u00e9volue \u00e0 la prison par la soci\u00e9t\u00e9. Cette mission est quasi exclusivement s\u00e9curitaire. Vous avez certainement entendu parler de l\u2019installation de nouveaux c\u00e2bles au-dessus des pr\u00e9aux pour emp\u00eacher toute \u00e9vasion, mais pas d\u2019installation de nouveaux locaux pour la formation des d\u00e9tenus. La formation n\u2019a pas vraiment sa place en prison. Elle d\u00e9range la s\u00e9curit\u00e9. Elle reste une source de travail suppl\u00e9mentaire pour le personnel p\u00e9nitentiaire. Elle constitue un facteur de risque, de trouble, d\u2019incident potentiel. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Ensuite, le secteur de l\u2019\u00e9ducation en prison, tel qu\u2019on le conna\u00eet aujourd\u2019hui en Belgique, remonte aux ann\u00e9es soixante et septante. Quarante ans plus tard, il faut constater que l\u2019\u00e9ducation et la formation en prison, \u00e0 l\u2019exception des formations professionnelles dispens\u00e9es par la promotion sociale, ne rel\u00e8vent toujours pas de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat mais des \u00ab\u00a0associations\u00a0\u00bb qui travaillent comme sous-traitants et prennent la plus grande part du travail sur elles. Toutes les associations d\u2019\u00e9ducation et de formation, m\u00eame celles qui ont des d\u00e9cennies de travail derri\u00e8re elles, doivent justifier chaque ann\u00e9e leur droit d\u2019existence aux nombreuses instances belges et europ\u00e9ennes qui les subsidient. Elles doivent se disputer ces subsides et les places disponibles; leurs travailleurs n\u2019ont aucune garantie d\u2019emploi \u00e0 long terme. Dans ces conditions, comment une politique d\u2019\u00e9ducation \u00e0 long terme serait-elle possible ? <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Enfin, le secteur de l\u2019\u00e9ducation en prison d\u00e9pend et continue \u00e0 d\u00e9pendre de la bonne volont\u00e9 des directions et des syndicats; il varie d\u2019\u00e9tablissement \u00e0 \u00e9tablissement. Dans tous les conflits, dans les multiples gr\u00e8ves du personnel des prisons de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, avez-vous entendu la voix et les revendications des \u00e9ducateurs et des enseignants ? Non, parce qu\u2019ils n\u2019ont pas droit \u00e0 la parole : quand il y a gr\u00e8ve dans les prisons, le secteur \u00e9ducatif est tout simplement mis au ch\u00f4mage technique, c\u2019est tout. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Le droit \u00e0 la formation en prison, formellement reconnu par la loi, est contourn\u00e9 dans la pratique. Ce droit peut \u00eatre uniquement r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 certaines ailes de la prison. Si, en tant que d\u00e9tenu, vous ne vous trouvez pas dans la bonne aile, vous n\u2019y avez pas droit. Les demandes de formation \u00e9manant des prisonniers, m\u00eame dans les ailes concern\u00e9es, sont beaucoup plus nombreuses que les r\u00e9ponses qu\u2019on peut y apporter. Si vous avez un travail comme d\u00e9tenu, il se peut que vous n\u2019ayez plus droit \u00e0 la formation. Si vous choisissez de ne pas travailler et de suivre des formations, dans beaucoup de cas, vous ne toucherez rien, m\u00eame pas les mis\u00e9rables 60 cents par heure qu\u2019on gagne en travaillant. Si en tant que d\u00e9tenu vous \u00eates puni pour un mauvais comportement, qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec un comportement pendant la formation, votre droit \u00e0 la formation est retir\u00e9, comme faisant partie de la punition.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Il faut une intervention de l\u2019\u00c9tat qui nationalise et reprenne tout le secteur associatif et qui accorde \u00e0 tous ses travailleurs un statut \u00e9gal et un travail stable. Le secteur de l\u2019\u00e9ducation, de la formation, du suivi des d\u00e9tenus pendant et apr\u00e8s leur d\u00e9tention\u2026 deviendrait ainsi une composante \u00e0 part enti\u00e8re du monde carc\u00e9ral. Non pour que le secteur de la formation devienne un prolongement de la Justice ou de l\u2019autorit\u00e9 carc\u00e9rale, mais pour que son statut et sa vocation ind\u00e9pendante soient pleinement affirm\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Pour que le droit \u00e0 la formation en prison devienne r\u00e9alit\u00e9, des centaines de forces suppl\u00e9mentaires sont n\u00e9cessaires. Il faut, en premier lieu, engager des gens de terrain comme professeurs. Plein de gens comp\u00e9tents pourraient apporter une contribution d\u00e9cisive dans les prisons. Parmi les forces disponibles, citons des ex-d\u00e9tenus qui se sont form\u00e9s professionnellement comme \u00e9ducateurs, des membres des familles de d\u00e9tenus et de victimes, des acteurs du monde du travail qui ont une exp\u00e9rience de la vie de l\u2019immigration et celle du monde du travail et syndical, des travailleurs au ch\u00f4mage, des pr\u00e9pensionn\u00e9s ou pensionn\u00e9s qui ont une connaissance des m\u00e9tiers et de la technique. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Si on veut vraiment que le droit \u00e0 la formation en prison devienne r\u00e9alit\u00e9, on a besoin de construction d\u2019espaces de formation. De vrais espaces de formation, pas des espaces confin\u00e9s de la taille d\u2019une ou deux cellules. La formation est et reste marginale. Elle est parfois repouss\u00e9e dans des coins insalubres, dans les parloirs, dans des classes sans d\u00e9coration, sans mat\u00e9riel ou moyens d\u2019\u00e9ducation modernes et performants. Les enseignants et les \u00e9ducateurs ont tout simplement besoin d\u2019un espace mat\u00e9riel, physique, visible. Ils ont besoin de dizaines de m\u00e8tres carr\u00e9s en plus. Si n\u00e9cessaire, il faut diminuer le nombre de cellules, sans remplacement. Cela obligera \u00e0 trouver des solutions alternatives pour les d\u00e9tenus concern\u00e9s \u2013parmi lesquels les malades, les handicap\u00e9s, les patients psychiatriques\u2026. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Enfin, la formation doit s\u2019adapter \u00e0 la population carc\u00e9rale. Si la population noire est surrepr\u00e9sent\u00e9e dans les prisons aux Etats-Unis, le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne se produit depuis dix ans en Europe. Ici, c\u2019est l\u2019immigration r\u00e9cente (Europe de l\u2019Est) et les personnes de la deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration d\u2019origine maghr\u00e9bine qui sont surrepr\u00e9sent\u00e9es dans nos prisons. 44% de toute la population carc\u00e9rale en Belgique n\u2019a pas la nationalit\u00e9 belge. Des prisonniers non belges, qui ne comprennent ni le n\u00e9erlandais ni le fran\u00e7ais, sont souvent regroup\u00e9s dans des \u00e9tages sp\u00e9ciaux \u2013souvent sans droit \u00e0 la formation, parce qu\u2019on n\u2019investit pas en eux: on les expulse\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>\u00abA quelques rares exceptions pr\u00e8s, toutes les voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent r\u00e9clament la construction de nouvelles prisons et l\u2019\u00e9largissement des capacit\u00e9s carc\u00e9rales. Or cette \u00ab\u00a0solution\u00a0\u00bb pr\u00e9sente un inconv\u00e9nient majeur : elle liquide tout d\u00e9bat de soci\u00e9t\u00e9 sur la pr\u00e9vention de la criminalit\u00e9 et le r\u00f4le de la prison. <\/em><em>Rappelons tout d\u2019abord que la surpopulation n\u2019est nullement un probl\u00e8me belge mais bien europ\u00e9en. Prenons les Pays-Bas connus, entre 1950 et 1975, pour leur taux particuli\u00e8rement faible d\u2019emprisonnement : la population en prison y a quadrupl\u00e9. En France, le chiffre record de 64.000 prisonniers a \u00e9t\u00e9 atteint en 2008, pour 50.000 places disponibles. En Gr\u00e8ce, 12.000 prisonniers se disputent 7.500 places. Tous ces chiffres montrent que les capacit\u00e9s p\u00e9nitentiaires sur le Vieux continent n\u2019\u00e9taient nullement pr\u00e9par\u00e9es \u00e0 l\u2019application du mod\u00e8le am\u00e9ricain d\u2019enfermement sur large \u00e9chelle et de longue dur\u00e9e, reproduit en Europe depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. <\/em><em>L\u2019extension ici des capacit\u00e9s carc\u00e9rales pour les adultes, des prisons pour jeunes et des centres ferm\u00e9s pour les demandeurs d\u2019asile, signifie la poursuite de cette voie am\u00e9ricaine, ou plut\u00f4t de cette impasse am\u00e9ricaine. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Car les prisons fonctionnent comme les parkings : \u00e0 peine ouvertes, elles sont d\u00e9j\u00e0 pleines. Et la crise profonde qui s\u2019annonce ne fera certes pas baisser la d\u00e9linquance. Il est illusoire de penser, d\u2019autre part, que la modernisation des prisons ira de pair avec leur humanisation. Il n\u2019en est rien. Il suffit de regarder quelques reportages sur les prisons les plus modernes aux USA. Ce sont aussi les plus dures. Pas de surpopulation, certes, mais une cellule par personne, presque m\u00e9dicalement \u00ab\u00a0clean\u00a0\u00bb. Dans ces institutions hypermodernes, les d\u00e9tenus deviennent presque fous de solitude, du fait de la surveillance \u00e9lectronique permanente, des doubles portes en acier, de la promenade dans l\u2019isolement le plus total. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>La surpopulation nous offre cependant une opportunit\u00e9 : celle de changer de voie. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong><em>Premi\u00e8re solution, <\/em><\/strong><em>la plus \u00e9vidente : vider les prisons de tous ceux qui ne devraient pas s\u2019y trouver \u2013les handicap\u00e9s, les malades mentaux, les personnes \u00e2g\u00e9es, les femmes, toutes personnes qui ne pr\u00e9sentent pas un danger pour la soci\u00e9t\u00e9. On pourrait fermer les annexes psychiatriques et replacer les malades dans des h\u00f4pitaux o\u00f9 ils recevraient les traitements appropri\u00e9s dans des conditions plus humaines. On pourrait placer les d\u00e9tenus, dont la peine est li\u00e9e \u00e0 l\u2019usage de la drogue, dans des centres o\u00f9 du personnel comp\u00e9tent pourrait les accompagner dans leur d\u00e9sintoxication. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong><em>La seconde option <\/em><\/strong><em>consisterait \u00e0 placer l\u2019argent pr\u00e9vu pour la r\u00e9novation et la construction de nouvelles prisons dans des investissements sociaux en mati\u00e8re d\u2019enseignement, de formation, de logement, de travail, de soins m\u00e9dicaux et de pr\u00e9vention de la d\u00e9linquance. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong><em>Enfin, une troisi\u00e8me optique<\/em><\/strong><em> viserait \u00e0 limiter drastiquement l\u2019usage de la prison, en ne l\u2019utilisant que pour la minorit\u00e9 de criminels dangereux. Pour tous les autres d\u00e9linquants, il faudrait investir des forces humaines pour d\u00e9velopper l\u2019application des peines alternatives.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Des projets et des gens qualifi\u00e9s existent en suffisance : seul manque le financement. Ces mesures simples, humaines et raisonnables \u00e9viteraient \u00e0 la Belgique de se voir \u00e0 nouveau condamn\u00e9e par l\u2019Europe pour le traitement inhumain de ses prisonniers. Mais elles constitueraient aussi les premiers pas indispensables pour briser la spirale de la d\u00e9linquance. Car la surpopulation carc\u00e9rale est la meilleure mani\u00e8re de reproduire la d\u00e9linquance et d\u2019en aggraver les formes\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>QU\u2019EST-CE QUE PUNIR ?<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les suicides, qui se multiplient dans les prisons, sont autant de sympt\u00f4mes d\u2019un syst\u00e8me p\u00e9nal et carc\u00e9ral pernicieux, d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, socialement mortif\u00e8re. Cette acc\u00e9l\u00e9ration des suicides n\u2019est pas seulement due au surpeuplement des lieux de d\u00e9tention : elle constitue une mise en question de notre soci\u00e9t\u00e9 devant l\u2019absurdit\u00e9 de son syst\u00e8me punitif. Au 21\u00e8me si\u00e8cle, enfermer quelqu\u2019un dans une prison, ce n\u2019est pas le punir : c\u2019est agir par paresse et par prolongement d\u2019un syst\u00e8me archa\u00efque, d\u00e9pass\u00e9 et inadapt\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Michel Foucault a montr\u00e9 que la fin des supplices en public consacrait l\u2019av\u00e8nement de l\u2019Etat moderne qui manifestait son pouvoir dans le secret et \u00e0 l\u2019abri des regards. La dissimulation des chiffres r\u00e9els des suicides dans les prisons n\u2019est rien d\u2019autre que la poursuite de ce processus.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Qu\u2019est-ce que punir ? Il y a dans la punition deux dimensions : celle de la sanction et celle de la r\u00e9paration. Il faut que le puni comprenne sa faute. La sanction \u2013faut-il rappeler que le mot a la m\u00eame racine que le \u00absacr\u00e9\u00bb\u2013 doit conduire le fautif \u00e0 reconna\u00eetre que ce qu\u2019il a fait n\u2019aurait pas d\u00fb l\u2019\u00eatre. Elle suppose un dispositif symbolique que notre justice exp\u00e9ditive et encombr\u00e9e ne risque pas de mettre en oeuvre. Il faut ensuite que le puni r\u00e9pare sa faute : c\u2019est l\u00e0 encore un travail que l\u2019appareil judiciaire devrait accomplir avec le puni. Qui peut dire que le tribunal et la prison sont des lieux de prise de conscience et de prise en charge du puni vers la compr\u00e9hension de sa faute et de sa sanction ? Or, il n\u2019y a pas de punition sans volont\u00e9 de correction, c\u2019est-\u00e0-dire sans projet de relever celui qui est \u00abtomb\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il faut quand m\u00eame ici le rappeler. L\u2019emprisonnement, tel qu\u2019il existe \u00e0 notre \u00e9poque, est une pratique qui n\u2019a pas plus de deux si\u00e8cles. Auparavant la seule fonction de l\u2019incarc\u00e9ration \u00e9tait de garder \u00e0 disposition les personnes en instance de jugement. Les ch\u00e2timents de la Justice des princes \u00e9tant physiques (supplice, mutilation, gal\u00e8res, voire la mort), les condamn\u00e9s ne purgeaient pas de peines de prison\u2026 C\u2019est le nouveau r\u00e9gime, issu de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, qui (arguant de la lutte pour le respect de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 humaine) rempla\u00e7a les peines corporelles par la peine d\u2019emprisonnement et d\u00e9veloppa l\u2019usage des prisons.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Simultan\u00e9ment, toutes les soci\u00e9t\u00e9s dites \u00ab\u00e9volu\u00e9es\u00bb ont \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9es par la propagation des p\u00e9nitenciers. Symboliquement peut-\u00eatre, la premi\u00e8re prison (au sens actuel du terme) s\u2019est ouverte \u00e0 Philadelphie. Puis, port\u00e9es par la colonisation, les prisons ont envahi le reste du monde\u2026<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quand le r\u00e9gime dit de \u00abd\u00e9mocratie lib\u00e9rale\u00bb a instaur\u00e9 les prisons, l\u2019objectif poursuivi \u00e9tait double : emp\u00eacher l\u2019individu fautif de poursuivre ses m\u00e9faits, mais surtout le remettre sur le droit chemin, en faire un citoyen. Deux si\u00e8cles plus tard, apr\u00e8s bien des \u00e9tudes, le discours est toujours le m\u00eame. Il n\u2019est sans doute gu\u00e8re de domaines o\u00f9 l\u2019hypocrisie a \u00e9t\u00e9, et reste, aussi profonde. Toutes les d\u00e9clarations placent la r\u00e9habilitation avant la protection de la soci\u00e9t\u00e9, mais toutes les mesures concr\u00e8tes privil\u00e9gient la protection.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En r\u00e9alit\u00e9, la Justice est violente de plusieurs mani\u00e8res : elle ne peut exercer son autorit\u00e9 qu\u2019adoss\u00e9e \u00e0 un pouvoir de contrainte dont elle a le monopole de l\u2019usage l\u00e9gitime. Son autorit\u00e9 n\u2019a de sens que si elle peut faire appliquer la sanction p\u00e9nale, qui est une fa\u00e7on ou une autre de faire mal, de r\u00e9tribuer le mal commis par un mal subi. Or cette application de la peine ne va pas sans produire du mal suppl\u00e9mentaire, une sorte d\u2019humeur mauvaise, de mal rajout\u00e9 par l\u2019exc\u00e8s et qui d\u00e9borde en gestes ill\u00e9gitimes voire ill\u00e9gaux.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pourquoi, apr\u00e8s deux cents ans d\u2019existence, l\u2019\u00e9chec de la prison appara\u00eet-il comme inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019institution ? Pourquoi le discours sur la prison, toujours contredit par la r\u00e9alit\u00e9 carc\u00e9rale, se poursuit-il imperturbablement ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La prison incarne, dit-on, le rappel et le rapport \u00e0 la loi. On y enferme des humains. Des individus qui, un jour o\u00f9 l\u2019autre, finissent par sortir. Dans quel \u00e9tat veut-on qu\u2019ils sortent ? Comme des fauves, comme des furieux, pr\u00eats \u00e0 rendre au centuple le mal qu\u2019on leur a fait ? Comme des \u00e9paves, qui iront grossir la masse des clochards et des assist\u00e9s ? Tout le probl\u00e8me est l\u00e0. Ne pas le voir, c\u2019est (apr\u00e8s avoir condamn\u00e9) se condamner un beau jour \u00e0 des r\u00e9v\u00e9lations sauvages, \u00e0 des apocalypses \u2013tant les prisons sont pleines, mais vides de sens.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\">_______<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\"><strong>NOTES<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">[<strong>1<\/strong>] : Pour tout enseignant, l\u2019autorisation d\u2019exercer en prison couvre une ann\u00e9e et doit \u00eatre renouvel\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le dernier Rapport d\u2019\u00e9valuation, r\u00e9dig\u00e9 par l\u2019employeur de Luk Vervaet en juillet 2009, est d\u2019ailleurs des plus \u00e9logieux \u2013soulignant son implication, ses interventions pertinentes, ses qualit\u00e9s de p\u00e9dagogue et son respect des horaires et du travail d\u2019\u00e9quipe.<\/p>\n<p>[<strong>2<\/strong>] : \u00abLe travail en prison : hors-la-loi ?\u00bb, <em>Carte blanche<\/em> parue dans <em>La Libre<\/em>, le 8 octobre 2009, et cosign\u00e9e par 80 syndicalistes, enseignants et travailleurs du milieu carc\u00e9ral, dont Luk Vervaet (enseignant), Juan Gonzales (d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 syndical CCAS) et Pierre Reynaert (criminologue).<\/p>\n<p>http:\/\/www.lalibre.be\/debats\/opinions\/article\/534264\/le-travail-en-prison-hors-la-loi.html<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">[<strong>3<\/strong>] : Cette proc\u00e9dure, introduite le 17 mars 2010, est toujours en cours\u2026<\/p>\n<p align=\"LEFT\">[<strong>4<\/strong>] : Ordonnance rendue \u00e0 l\u2019audience publique des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s, par le Tribunal de premi\u00e8re instance de Bruxelles, le 19 mai 2010, page 9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">[<strong>5<\/strong>] : On peut d\u00e9couvrir le document original, scann\u00e9, sur le site du <em>Comit\u00e9 pour la Libert\u00e9 d\u2019Expression et d\u2019Association<\/em><\/p>\n<p align=\"LEFT\">http:\/\/www.leclea.be\/criminalisation_action_militante\/pdf\/l-vervaet_rapport_surete.pdf<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">[<strong>6<\/strong>] : Abou Jahjah sera rel\u00e2ch\u00e9 le 3 d\u00e9cembre mais, durant trois mois, il lui sera interdit de faire publiquement de la politique.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">[<strong>7<\/strong>] : 48% des jeunes de 20 \u00e0 25 ans, issus de l\u2019immigration, y sont aujourd\u2019hui sans emploi.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\">[<strong>8<\/strong>] : Dans toutes ses interventions publiques, Abou Jahjah se d\u00e9finit comme un nationaliste arabe et un socialiste anti-imp\u00e9rialiste. Il suffit de lire quelques-uns de ses articles [sur http:\/\/www.aboujahjah.com] pour conna\u00eetre sa vision de la r\u00e9sistance \u00e0 cr\u00e9er et de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 conqu\u00e9rir.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\"><em>\u00abLa lutte pour l\u2019\u00e9mancipation nationale et pour la justice sociale, contre le n\u00e9o-colonialisme et les valets locaux de la classe dirigeante, est le d\u00e9nominateur commun qui peut \u00eatre le d\u00e9but d\u2019une dynamique de mobilisation politique r\u00e9elle, par les gens du peuple \u00e0 la base et des segments r\u00e9volutionnaires de la classe moyenne, indispensables pour construire un projet de soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9 sur le socialisme et la d\u00e9mocratie populaire et pr\u00e9servant la fiert\u00e9 nationale et culturelle. C\u2019est l\u2019essence du nass\u00e9risme, c\u2019est aussi l\u2019essence de ce que Chavez et Morales prouvent aujourd\u2019hui en Am\u00e9rique Latine. \u00ab\u00a0Le nationalisme et le socialisme dans un esprit de solidarit\u00e9 internationale\u00a0\u00bb : ceci est la r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019exploitation et \u00e0 la terreur globalis\u00e9e\u00bb<\/em> (<em>From Nasser to Chavez and Morales<\/em>).<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\"><em>\u00abLes d\u00e9mocrates nationaux sont pour un monde arabe qui doit rena\u00eetre, lib\u00e9r\u00e9 du n\u00e9o-colonialisme am\u00e9ricain et occidental et du racisme (et pour cela aussi du sionisme). Les d\u00e9mocrates nationaux veulent la d\u00e9faite des Etats-Unis en Irak, du sionisme en Palestine et des r\u00e9gimes arabes partout, mais ils veulent aussi la d\u00e9faite du salafisme dans sa forme extr\u00e9miste (<\/em><em>Al Qaida<\/em><em>) ou dans sa forme mod\u00e9r\u00e9e et potentiellement oppressive\u2026<\/em><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\"><em>Seul un nouveau parti national arabe peut mobiliser la majorit\u00e9 silencieuse et lui donner un meilleur choix que celui \u00e0 faire entre les faux proph\u00e8tes des Fr\u00e8res musulmans et les pharaons tyranniques. Cette option combine la d\u00e9mocratie, les droits humains et le d\u00e9veloppement avec la loyaut\u00e9 \u00e0 notre civilisation et ses valeurs arabo-islamiques. Elle soutient en m\u00eame temps la r\u00e9sistance dans toutes ses formes, contre l\u2019oppression interne et externe\u00bb<\/em> (<em>The Arab People between Fake Prophets and Tyrannical Pharaohs<\/em>).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">[<strong>9<\/strong>] : \u00abTerrorisme\u00bb ? Il est sans doute utile de rappeler que, dans les ann\u00e9es 30, lors de la lutte pour l\u2019instauration d\u2019un Etat juif en Palestine, <em>l\u2019Irgoun <\/em>(plus exactement l\u2019<em>Irgoun Zva\u00ef Leoum<\/em>, \u00abl\u2019Organisation militaire nationale\u00bb) avait d\u00e9cid\u00e9 de cibler criminellement la population palestinienne \u2013(<em>\u00abIl faut cr\u00e9er une situation o\u00f9 la vie d\u2019un Arabe ne vaudra pas plus que celle d\u2019un rat. Comme \u00e7a, tout le monde comprendra que les Arabes sont de la merde, que nous sommes, nous et non eux, les v\u00e9ritables ma\u00eetres du pays\u00bb<\/em> [d\u00e9claration d\u2019un responsable du parti r\u00e9visionniste mentionn\u00e9e dans <em>Histoire de la droite isra\u00e9lienne<\/em> de Marius Schatner, <em>\u00c9ditions Complexe<\/em> 1991, page 173]). Un choix politique qui se concr\u00e9tisera par d\u2019innombrables attentats meurtriers contre des civils arabes palestiniens (pas moins de 250 morts entre 1937 et 1939).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Apr\u00e8s 1944, <em>l\u2019Irgoun<\/em> reprendra, en parall\u00e8le, son combat contre les forces d\u2019occupation britanniques, faisant notamment sauter en 1946 l\u2019h\u00f4tel <em>King David<\/em> qui abritait le Secr\u00e9tariat du Gouvernement britannique de Palestine (91 victimes). En 1948, c\u2019est encore cette organisation (dont l\u2019un des dirigeants, Menahem Begin, deviendra plus tard Premier ministre) qui organisera le raid meurtrier contre le village arabe de Deir Yassin, massacrant au moins 240 de ses habitants.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quant au groupe<em> Stern<\/em> (dont faisait partie Yitzhak Shamir, autre futur Premier ministre isra\u00e9lien), il commettra de nombreux attentats contre les Britanniques au nom de <em>\u00abl\u2019anti-imp\u00e9rialisme\u00bb<\/em> (dont l\u2019assassinat, en 1944, du ministre d\u2019\u00c9tat pour le Moyen Orient, Lord Moyne ou, le 29 f\u00e9vrier 1948, l\u2019explosion du train Ha\u00effa-Le Caire pr\u00e8s de Rehovot, causant la mort de vingt-huit soldats britanniques, en repr\u00e9sailles \u00e0 un attentat arabe rue Ben-Y\u00e9ouda [J\u00e9rusalem] qui avait tu\u00e9 52 civils juifs). Toujours en 1948, le groupe \u00abterroriste\u00bb assassinera le repr\u00e9sentant des Nations unies pour le Moyen-Orient, le comte Folke Bernadotte.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">[<strong>10<\/strong>] : Qui plus est, Isra\u00ebl n\u2019a pas m\u00e9nag\u00e9 son aide \u00e0 l\u2019Afrique du Sud du temps de l\u2019apartheid, demeurant jusqu\u2019au bout l\u2019alli\u00e9 ind\u00e9fectible du r\u00e9gime raciste de Pr\u00e9toria.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En fait, c\u2019est apr\u00e8s la guerre du Kippour que J\u00e9rusalem d\u00e9veloppera une \u00abcoop\u00e9ration\u00bb de plus en plus pouss\u00e9e avec les autorit\u00e9s sud-africaines. D\u00e8s 1975, Shimon P\u00e9r\u00e8s (alors ministre de la D\u00e9fense et aujourd\u2019hui chef de l\u2019Etat) signait un accord de s\u00e9curit\u00e9 par lequel Isra\u00ebl s\u2019engageait \u00e0 fournir des armes, ainsi que des missiles \u00e0 l\u2019Afrique du Sud, et \u00e0 d\u00e9velopper son programme nucl\u00e9aire de type militaire. Plus symbolique encore : en 1976, Isra\u00ebl invitera officiellement le Premier ministre sud-africain Balthazar John Vorster, au pass\u00e9 nazi av\u00e9r\u00e9. Silencieux sur le comportement de ce dernier durant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, Yitzhak Rabin veillera \u00e0 ce qu\u2019on n\u2019en parle surtout pas pendant la visite au m\u00e9morial de Yad Vashem, d\u00e9di\u00e9 aux 6 millions de Juifs massacr\u00e9s durant le conflit. Lors du d\u00eener d\u2019Etat offert au dirigeant sud-africain, Rabin portera m\u00eame un toast <em>\u00abaux id\u00e9aux communs \u00e0 <\/em><em>Isra\u00ebl<\/em><em> et \u00e0 l\u2019<\/em><em>Afrique<\/em><em> du <\/em><em>Sud<\/em><em>\u00bb.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">[<strong>11<\/strong>] : <em>\u00ab<\/em><em>A l\u2019occasion des \u00e9lections europ\u00e9ennes de juin 2009, nous adressons un appel urgent \u00e0 tous les candidats aux 736 si\u00e8ges du Parlement europ\u00e9en. Nous leur demandons de s\u2019engager \u00e0 obtenir le retrait imm\u00e9diat et inconditionnel du Hamas et de toutes les organisations de lib\u00e9ration palestiniennes de la liste europ\u00e9enne des organisations terroristes. Nous demandons que l\u2019Union europ\u00e9enne reconnaisse le droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination du peuple palestinien. Cela implique la reconnaissance du Hamas, par l\u2019Union europ\u00e9enne, comme un mouvement l\u00e9gitime de lib\u00e9ration nationale\u00bb. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Parmi les 1.500 premiers signataires, 275 personnalit\u00e9s \u2013dont Fran\u00e7ois Houtart (professeur \u00e9m\u00e9rite de l\u2019Universit\u00e9 catholique de Louvain), Tom Lanoye (auteur), Jean Bricmont, (physicien), Pol Goossens (journaliste), Ouardia Derriche (membre de l\u2019Association Belgique-Palestine), Ida Dequeecker (f\u00e9ministe), Robbe de Hert (cin\u00e9aste), Eric Goeman d\u2019Attac Vlaanderen, Nadia Fadil (sociologue), Herman De Ley et Frank Roels (professeurs \u00e9m\u00e9rites de l\u2019Universit\u00e9 de Gand), Ludo de Witte (auteur), Raoul Marc Jennar (consultant en relations internationales), Annie Lacroix-Riz (professeur d\u2019Histoire contemporaine, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Paris 7), Eric Colonna (citoyen engag\u00e9, Lyon), Danielle Bleitrach (sociologue et \u00e9crivain), Daniel Bensa\u00efd (philosophe), Giulietto Chiesa (parlementaire europ\u00e9en), Tariq Ali (membre du comit\u00e9 de r\u00e9daction de la <em>New Left Review<\/em>, collaborateur r\u00e9gulier du <em>Guardian<\/em>), le politologue am\u00e9ricain Norman Finkelstein, James Petras (professeur \u00e9m\u00e9rite de la Binghamton University, USA), Buti Manamela (Secretaire g\u00e9n\u00e9ral de la \u00abYoung Communist League of South Africa\u00bb)\u2026 Sans compter le Prix Nobel de Litt\u00e9rature Jose Saramago ou l\u2019irlandaise Mairead Maguire (Prix Nobel de la Paix).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">[<strong>12<\/strong>] : Voir <em>\u00abBahar Kimyong\u00fcr : le dossier \u00e0 charge\u00bb<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">http:\/\/leclea.be\/pages\/dossier-a-charge.html<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">[<strong>13<\/strong>] : A propos du traitement qu\u2019il a endur\u00e9, Abdelkader Belliraj \u00e9crit dans une lettre du 8 f\u00e9vrier 2010: <em>\u00abConcernant la torture dans mon cas je souligne ce qui suit : pendaison par les pieds, t\u00eate vers le bas, pendaison pieds vers le bas, tout en \u00e9tant d\u00e9nud\u00e9 compl\u00e8tement ou parfois en gardant le slip, fouett\u00e9 par une cravache, ou un b\u00e2ton crochu sur l\u2019ensemble du corps. Coucher la victime sur le ventre tout en lui infligeant le fouet et le b\u00e2ton sans parler des coups de pied et autres. La m\u00eame op\u00e9ration couch\u00e9 sur le dos avec des d\u00e9charges \u00e9lectriques. Ce calver <\/em>[sic] <em>a dur\u00e9 un mois et demi, les yeux band\u00e9s et les mains li\u00e9es (\u2026)\u00bb.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">[<strong>14<\/strong>] : (14) Le 16 mars 2009 la justice espagnole et le juge d\u2019instruction Baltasar Garzon avaient finalement \u00e9tabli l\u2019absence de fondements aux accusations port\u00e9es contre le pr\u00e9venu. Toutefois, la Justice espagnole ordonnera (de fa\u00e7on totalement incompr\u00e9hensible) le maintien d\u2019Ali Aarrass en prison, au nom d\u2019une mise \u00ab\u00a0sous \u00e9crou extraditionnel\u00a0\u00bb. Qui plus est: statuant le 19 novembre, le Conseil des ministres espagnol va ent\u00e9riner le principe de l\u2019expulsion vers le Maroc.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le 26 novembre, coup de th\u00e9\u00e2tre: le Comit\u00e9 des droits de l\u2019Homme des Nations unies enjoint les autorit\u00e9s madril\u00e8nes de surseoir \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de la d\u00e9cision. Dans une requ\u00eate en extr\u00eame urgence, l\u2019agence onusienne (reconnue internationalement en tant qu\u2019organe de surveillance du Haut-Commissariat aux droits de l\u2019Homme) donne deux mois, au gouvernement hispanique et aux d\u00e9fenseurs d\u2019A. Aarrass, pour lui faire conna\u00eetre leurs arguments respectifs sur l\u2019opportunit\u00e9 ainsi que sur la l\u00e9galit\u00e9 de l\u2019extradition.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais, le 14 d\u00e9cembre 2010, Madrid passe outre. Le jour o\u00f9 le repr\u00e9sentant du Consulat belge allait \u2013enfin\u2013 rencontrer le d\u00e9tenu, en gr\u00e8ve de la faim pour la troisi\u00e8me fois, Ali Aarass est livr\u00e9 (via Interpol) aux services de s\u00e9curit\u00e9 marocains. Incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 Casablanca, les agents de la DST tentent \u2013depuis\u2013 de lui extorquer des aveux \u00ab\u00a0sur mesure\u00a0\u00bb (de la mani\u00e8re que l\u2019on peut imaginer)\u2026.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour un compte-rendu circonstanci\u00e9 de \u00abl\u2019affaire Aarrass\u00bb, on se rapportera utilement au site http:\/\/www.freeali.eu<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">[<strong>15<\/strong>] : http:\/\/lukvervaet.blogspot.com\/search\/label\/Ali%20Aarrass<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">[<strong>16<\/strong>] : <em>Carte blanche<\/em>, parue dans <em>Le SOIR <\/em>du 7 mars 2008<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00ab\u00a0PRISON BREAK\u2026\u00a0\u00bb par Jean FLINKER, membre du Comit\u00e9 pour la Libert\u00e9 d\u2019Expression et d\u2019Association (CLEA) www.leclea.be La Revue Contradictions vous pr\u00e9sente \u00ab L\u2019affaire Luk Vervaet \u00bb Sur l\u2019interdiction professionnelle de l\u2019enseignant en milieu carc\u00e9ral, Luk Vervaet Num\u00e9ro sp\u00e9cial n\u00b0 133 \u2013 136 pages \u2013 10 euros CONTACT POUR TOUTE COMMANDE : f.thirionet@wol.be Il donnait &#8230; <a title=\"\u00ab PRISON BREAK\u2026 \u00bb\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1530\" aria-label=\"En savoir plus sur \u00ab PRISON BREAK\u2026 \u00bb\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":272,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,25,36,4,8],"tags":[31,14,26],"class_list":["post-1530","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-anti-imperialisme","category-enseignement","category-europe","category-islamophobie","category-prisons","tag-belgique","tag-bruxelles","tag-extradition"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1530","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1530"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1530\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1531,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1530\/revisions\/1531"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/272"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1530"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1530"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1530"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}