{"id":1765,"date":"2014-01-02T01:06:02","date_gmt":"2014-01-02T00:06:02","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1765"},"modified":"2014-01-02T01:06:02","modified_gmt":"2014-01-02T00:06:02","slug":"20e-anniversaire-de-la-rebellion-du-chiapas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1765","title":{"rendered":"20e anniversaire de la r\u00e9bellion du Chiapas"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<h1 class=\"titre\">J\u00e9r\u00f4me Baschet\u00a0: \u00ab\u00a0Le go\u00fbt de la libert\u00e9 des zapatistes\u00a0\u00bb<\/h1>\n<\/blockquote>\n<div class=\"chapo\">\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Historien m\u00e9di\u00e9viste reconnu internationalement, J\u00e9r\u00f4me Baschet est sans doute aujourd\u2019hui l\u2019observateur francophone le plus proche de la r\u00e9bellion des indig\u00e8nes zapatistes du Sud-Est mexicain. Enseignant \u00e0 l\u2019Ecole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales (Paris) et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 autonome du Chiapas (San Cristobal de Las Casas) depuis plus de quinze ans, il a consacr\u00e9 au mouvement zapatiste de multiples travaux, dont le remarqu\u00e9 <i>La R\u00e9bellion zapatiste. Insurrection indienne et r\u00e9sistance plan\u00e9taire <\/i> (Flammarion, 2005). En 2013, il a pr\u00e9fac\u00e9 l\u2019ouvrage <i>Eux et Nous <\/i> (Editions de l\u2019Escargot) qui publie des textes r\u00e9cents des sous-commandants Marcos et Mois\u00e9s, porte-parole de la r\u00e9bellion. Sort de presse en ce mois de janvier 2014, son nouveau livre, largement fond\u00e9 sur l\u2019inspiration zapatiste, <i>Adieux au capitalisme. Autonomie, soci\u00e9t\u00e9 du bien vivre et multiplicit\u00e9 des mondes <\/i> (La D\u00e9couverte).<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"texte\">par <b>Bernard Duterme<\/b> , <b>J\u00e9r\u00f4me Baschet <\/b><\/div>\n<div class=\"texte\"><i>(1er janvier 2014)<!--more--><\/i><\/div>\n<div class=\"texte\">\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><strong>En ce 20e anniversaire du soul\u00e8vement indig\u00e8ne du 1er janvier 1994, la dynamique zapatiste est-elle toujours \u00e0 ce point porteuse de sens et d\u2019espoir pour les r\u00e9sistances altermondialistes et les luttes d\u2019\u00e9mancipation dans le monde\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>J\u00e9r\u00f4me Baschet <\/strong>\u00a0: Au cours des ann\u00e9es r\u00e9centes, principalement de 2007 \u00e0 2011, il \u00e9tait courant d\u2019entendre dire que le mouvement zapatiste s\u2019\u00e9tait \u00e9puis\u00e9. Au Mexique, les m\u00e9dias et certains intellectuels plut\u00f4t hostiles entretenaient les rumeurs sur la d\u00e9bandade au sein de l\u2019EZLN (Arm\u00e9e zapatiste de lib\u00e9ration nationale) ou sur la mort du sous-commandant Marcos. Pour tous ceux-l\u00e0, et \u00e0 dire vrai pour tout le monde, la mobilisation massive du 21 d\u00e9cembre 2012, le \u00ab\u00a0jour de la fin du monde\u00a0\u00bb, a \u00e9t\u00e9 une surprise totale\u00a0: plus de 40 000 zapatistes ont occup\u00e9, dans un silence impressionnant et de mani\u00e8re aussi ordonn\u00e9e que pacifique, cinq villes du Chiapas (presque les m\u00eames que le 1er janvier 1994). Cela a constitu\u00e9 un d\u00e9menti cinglant \u00e0 toutes les rumeurs, d\u00e9montrant que la relative discr\u00e9tion des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes ne signifiait pas un d\u00e9clin, mais la pr\u00e9paration silencieuse d\u2019une nouvelle \u00e9tape de la lutte. Depuis, la \u00ab\u00a0petite \u00e9cole zapatiste\u00a0\u00bb a constitu\u00e9 une impressionnante d\u00e9monstration de force et d\u2019inventivit\u00e9 politique. Parmi les autres initiatives annonc\u00e9es dans la s\u00e9rie de communiqu\u00e9s intitul\u00e9e <i>Eux et nous<\/i>, il y a l\u2019appel \u00e0 constituer un r\u00e9seau plan\u00e9taire de luttes, appel\u00e9 \u00ab\u00a0<i>la Sexta <\/i>\u00a0\u00bb (en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la Sixi\u00e8me d\u00e9claration de la Selva lacandona). Pour cela, les zapatistes soulignent qu\u2019il ne s\u2019agit plus de faire la liste, connue jusqu\u2019\u00e0 la naus\u00e9e, des NON de ce que nous refusons, mais d\u2019\u00e9laborer collectivement les OUI qui caract\u00e9risent les mondes que nous voulons. En mati\u00e8re de construction de ces mondes alternatifs, il me semble que les zapatistes ont d\u00e9velopp\u00e9 une exp\u00e9rience qui, sans nullement constituer un mod\u00e8le, est l\u2019une des plus importantes que l\u2019on puisse observer aujourd\u2019hui. Il serait tr\u00e8s dommage, pour tous ceux qui ne d\u00e9sesp\u00e8rent pas d\u2019un v\u00e9ritable projet d\u2019\u00e9mancipation, de ne pas tourner le regard vers cette exp\u00e9rience, pour apprendre d\u2019elle ce qui peut l\u2019\u00eatre, y chercher une possible source d\u2019inspiration et, \u00e0 tout le moins, un regain d\u2019\u00e9nergie et d\u2019esp\u00e9rance.<\/p>\n<p><strong>En 2013, les zapatistes ont lanc\u00e9 une nouvelle invitation aux \u00ab\u00a0zapatisants\u00a0\u00bb du monde entier \u00e0 venir se frotter de pr\u00e8s aux r\u00e9alit\u00e9s de la vie quotidienne des communaut\u00e9s rebelles autonomes, durant ce qu\u2019ils ont appel\u00e9 \u00ab\u00a0la petite \u00e9cole zapatiste\u00a0\u00bb (dont une premi\u00e8re session a eu lieu en ao\u00fbt dernier, une deuxi\u00e8me et une troisi\u00e8me autour de ce 1er janvier 2014). Vous y avez particip\u00e9\u00a0: quel bilan tirent ces communaut\u00e9s et quel bilan tirez-vous vous-m\u00eame de la situation d\u2019\u00ab\u00a0autonomie de fait\u00a0\u00bb qu\u2019elles ont construite depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie (en r\u00e9action au non-respect gouvernemental des accords de San Andr\u00e9s cens\u00e9s pr\u00e9cis\u00e9ment officialiser une certaine forme d\u2019autonomie indig\u00e8ne)\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p><strong>J\u00e9r\u00f4me Baschet <\/strong>\u00a0: La \u00ab\u00a0petite \u00e9cole\u00a0\u00bb du mois d\u2019ao\u00fbt, qui a permis \u00e0 pr\u00e8s de 1500 personnes de partager, une semaine durant, la vie de familles zapatistes, a \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience exceptionnelle et parfois bouleversante, y compris sur le plan \u00e9motionnel. Cela a \u00e9galement \u00e9t\u00e9, pour les zapatistes eux-m\u00eames, l\u2019occasion de faire une \u00e9valuation collective de l\u2019autonomie, qui a \u00e9t\u00e9 consign\u00e9e dans quatre \u00e9l\u00e9gants fascicules remis aux participants de la \u00ab\u00a0petite \u00e9cole\u00a0\u00bb. Ce bilan est d\u2019une grande honn\u00eatet\u00e9\u00a0; il fait une large place aux difficult\u00e9s, aux t\u00e2tonnements de ceux qui, au moment de se constituer en autorit\u00e9s, savaient n\u2019\u00eatre pas pr\u00e9par\u00e9s pour cela et ont d\u00fb \u00ab\u00a0cheminer en questionnant\u00a0\u00bb\u00a0; de nombreuses lacunes et des erreurs parfois graves sont \u00e9galement reconnues. N\u00e9anmoins, ce qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 est remarquable. Prenant appui sur les traditions indiennes tout en les renouvelant profond\u00e9ment, un syst\u00e8me d\u2019autogouvernement a \u00e9t\u00e9 mis en place, au niveau des villages, des communes et des r\u00e9gions. Cinq \u00ab\u00a0Conseils de bon gouvernement\u00a0\u00bb fonctionnent, rendent la justice, organisent la prise de d\u00e9cision collective sur la base d\u2019un m\u00e9canisme complexe de consultation des assembl\u00e9es locales, communales et r\u00e9gionales. Un syst\u00e8me de sant\u00e9 autonome a \u00e9t\u00e9 mis en place\u00a0; des centaines d\u2019\u00e9coles autonomes ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es et plus d\u2019un millier d\u2019enseignants ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9s. Et cela sur la base d\u2019un refus absolu de toute aide gouvernementale. Ce que les zapatistes ont cr\u00e9\u00e9 peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un autogouvernement de d\u00e9mocratie radicale. Ils d\u00e9montrent que la politique n\u2019est pas une affaire de sp\u00e9cialistes et que les gens ordinaires (que nous sommes aussi) sont capables de s\u2019emparer des t\u00e2ches d\u2019organisation de la vie collective. Ils appellent cela l\u2019autonomie, terme qui, pour eux, n\u2019a rien \u00e0 voir avec une simple d\u00e9centralisation des pouvoirs de l\u2019Etat, mais d\u00e9signe une d\u00e9marche clairement antisyst\u00e9mique, \u00e0 la fois construction d\u2019une autre r\u00e9alit\u00e9 sociale et mise en place d\u2019une forme non \u00e9tatique de gouvernement, dans laquelle la s\u00e9paration entre gouvernants et gouvern\u00e9s tend \u00e0 se r\u00e9duire autant que possible. C\u2019est cela le \u00ab\u00a0bilan\u00a0\u00bb du zapatisme, 20 ans apr\u00e8s le <i>Ya Basta\u00a0!<\/i> de 1994, et ce n\u2019est pas rien.<\/p>\n<p><strong>Quelle est la viabilit\u00e9 sociale d\u2019une telle exp\u00e9rience \u00e9mancipatrice dans un contexte politique, militaire et \u00e9conomique toujours aussi adverse\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>J\u00e9r\u00f4me Baschet <\/strong>\u00a0: La situation des communaut\u00e9s rebelles est certes moins dramatique qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait entre 1997 et 2000 (paramilitarisation orchestr\u00e9e par le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, dizaines de milliers de d\u00e9plac\u00e9s, massacre d\u2019Acteal en d\u00e9cembre 1997). N\u00e9anmoins, l\u2019hostilit\u00e9 contre-insurrectionnelle reste aujourd\u2019hui manifeste. Elle agit surtout par l\u2019interm\u00e9diaire de groupes et organisations que les autorit\u00e9s incitent \u00e0 harceler les communaut\u00e9s zapatistes, notamment afin de leur soustraire des terres r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es en 1994 et que celles-ci cultivent depuis lors (elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 l\u00e9galis\u00e9es, faute d\u2019un accord de paix mettant fin au conflit). Il y a actuellement plusieurs communaut\u00e9s zapatistes qui ont d\u00fb abandonner leurs villages \u00e0 la suite d\u2019actions de ce genre, men\u00e9es les armes \u00e0 la main. Autre exemple, d\u00e9nonc\u00e9 l\u2019an dernier\u00a0: une organisation non zapatiste avait re\u00e7u une aide gouvernementale\u00a0; l\u2019accord pr\u00e9voyait que le projet ainsi financ\u00e9 devait utiliser un hangar dont les zapatistes font usage depuis les ann\u00e9es 1990 pour y entreposer leur r\u00e9colte de caf\u00e9.<br class=\"autobr\" \/> Si l\u2019EZLN r\u00e9pondait \u00e0 la violence par la violence, ce serait le pr\u00e9texte id\u00e9al pour une intervention de l\u2019arm\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale. Poursuivre la construction de l\u2019autonomie suppose donc d\u2019avoir assez de sang-froid pour ne pas \u00ab\u00a0r\u00e9pondre \u00e0 la provocation\u00a0\u00bb. Cela d\u00e9pend aussi de la vigilance de la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb mexicaine et internationale, qui est essentielle, car elle rappelle aux autorit\u00e9s f\u00e9d\u00e9rales que les zapatistes ne sont pas seuls.<\/p>\n<p><strong>Dans certaines r\u00e9gions et communaut\u00e9s du Chiapas, la population indig\u00e8ne elle-m\u00eame est hostile \u00e0 la r\u00e9bellion zapatiste. Comment ces clivages, parfois violents, \u00e9voluent-ils aujourd\u2019hui\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>J\u00e9r\u00f4me Baschet <\/strong>\u00a0: Hormis ces situations de conflit ouvert, presque toujours induits ou encourag\u00e9s par les autorit\u00e9s, zapatistes et non zapatistes sont tout \u00e0 fait capables de coexister pacifiquement. C\u2019est ce qui se passe dans la plupart des villages du Chiapas. Une grande partie de la population indig\u00e8ne, sans \u00eatre zapatiste, ne leur est pas hostile et leur t\u00e9moigne souvent un v\u00e9ritable respect. <br class=\"autobr\" \/> Du reste, les cliniques zapatistes sont ouvertes aux non zapatistes, qui savent qu\u2019ils y seront mieux trait\u00e9s que dans les h\u00f4pitaux publics o\u00f9 r\u00e8gnent racisme et inefficacit\u00e9 (nombreux cas r\u00e9cents de femmes indig\u00e8nes ayant accouch\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019h\u00f4pitaux publics sans \u00eatre prises en charge). Il est \u00e9galement fr\u00e9quent que des non zapatistes fassent appel \u00e0 l\u2019un des \u00ab\u00a0Conseils de bon gouvernement\u00a0\u00bb pour r\u00e9soudre une question juridique. Ils b\u00e9n\u00e9ficient l\u00e0 d\u2019une justice gratuite, rapide et exerc\u00e9e par des personnes qui connaissent la r\u00e9alit\u00e9 indienne, ce qui n\u2019est pas le cas des instances constitutionnelles, dont la corruption est profonde. L\u2019un des cinq \u00ab\u00a0Conseils de bon gouvernement\u00a0\u00bb s\u2019est r\u00e9cemment inqui\u00e9t\u00e9 d\u2019avoir trop de cas de non zapatistes \u00e0 traiter\u00a0: il a simplement d\u00e9cid\u00e9, sans revenir sur le principe de gratuit\u00e9, de demander que soient couverts les modestes frais de d\u00e9placement (en microbus) des personnes en charge de la justice, lorsque celles-ci devaient se rendre sur les lieux de l\u2019affaire\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Sur le plan national, les zapatistes ont relanc\u00e9 derni\u00e8rement la dynamique du \u00ab\u00a0Congr\u00e8s national indig\u00e8ne\u00a0\u00bb qui f\u00e9d\u00e8re les luttes des peuples indiens du Mexique contre l\u2019exploitation de leurs territoires. Au-del\u00e0, quelles sont les relations de l\u2019EZLN avec les diverses composantes de la gauche mexicaine\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>J\u00e9r\u00f4me Baschet <\/strong>\u00a0: Fond\u00e9 en 1996, le Congr\u00e8s national indig\u00e8ne rassemble des organisations de la plupart des ethnies du pays (plus de cinquante au total). Sa derni\u00e8re r\u00e9union g\u00e9n\u00e9rale, en ao\u00fbt dernier, a \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9e \u00e0 l\u2019initiative de l\u2019EZLN et a pris le nom de \u00ab\u00a0chaire tata Juan Chavez\u00a0\u00bb, en l\u2019honneur de l\u2019un des fondateurs du CNI, r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Des centaines de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des organisations indiennes de tout le pays y ont dress\u00e9 l\u2019effrayante liste des attaques contre leurs territoires et leurs formes d\u2019organisation communautaire, depuis le d\u00e9tournement ill\u00e9gal de l\u2019eau du fleuve Yaqui dans l\u2019Etat de Sonora jusqu\u2019\u00e0 l\u2019implantation massive d\u2019\u00e9oliennes d\u00e9truisant l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me lagunaire dont vivent les p\u00e9cheurs de l\u2019isthme de Tehuantepec, sans oublier les r\u00e9centes attaques contre la police communautaire des r\u00e9gions montagneuses du Guerrero. Le CNI est le lieu de convergence et d\u2019appui mutuel entre ces multiples luttes indiennes.<\/p>\n<p>Les zapatistes ayant dit et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 qu\u2019ils rejetaient totalement la politique d\u2019en haut, celle de l\u2019Etat et du syst\u00e8me des partis, leurs relations avec le <i>Partido de la Revoluci\u00f3n Democr\u00e1tica<\/i> (depuis son adh\u00e9sion au Pacte pour Mexico du pr\u00e9sident Pe\u00f1a Nieto peut-on encore le dire \u00ab\u00a0de gauche\u00a0\u00bb\u00a0?) ainsi qu\u2019avec L\u00f3pez Obrador, qui tente de fonder un nouveau parti, sont inexistantes. Pour les zapatistes, ce qui importe c\u2019est de tisser des liens avec les organisations dont la lutte ne s\u2019inscrit pas dans une perspective \u00e9lectorale, ainsi qu\u2019ils l\u2019ont fait dans le cadre de \u00ab\u00a0l\u2019Autre campagne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>On se souvient que le jour du soul\u00e8vement indig\u00e8ne zapatiste du 1er janvier 1994 fut aussi celui de l\u2019entr\u00e9e en vigueur des Accords de libre-\u00e9change nord-am\u00e9ricain \u2013 Alena (Mexique, Etats-Unis, Canada). Vingt ans plus tard, quel bilan les zapatistes dressent-ils de cette ouverture du march\u00e9 mexicain aux grands voisins du Nord\u00a0? Quelle influence a-t-elle eu sur leur propre lutte\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p><strong>J\u00e9r\u00f4me Baschet <\/strong>\u00a0: Pour les zapatistes, il est clair que l\u2019Alena, sign\u00e9 entre des puissances aussi manifestement in\u00e9gales, fait partie de la \u00ab\u00a0quatri\u00e8me guerre mondiale\u00a0\u00bb qui, en soumettant peuples et Etats \u00e0 la logique n\u00e9olib\u00e9rale, tend \u00e0 les d\u00e9truire. De mani\u00e8re plus sp\u00e9cifique, l\u2019Alena a fonctionn\u00e9 comme \u00ab\u00a0arme de destruction massive\u00a0\u00bb contre la paysannerie mexicaine. Dans les ann\u00e9es 1980, le Mexique \u00e9tait autosuffisant pour sa production de base\u00a0; aujourd\u2019hui, il importe la moiti\u00e9 du ma\u00efs consomm\u00e9, pour ne rien dire des autres c\u00e9r\u00e9ales. L\u2019abandon pur et simple du monde rural faisait explicitement partie du projet du pr\u00e9sident Salinas de Gortari, lorsqu\u2019il a sign\u00e9 l\u2019Alena. Il s\u2019agissait de vider les campagnes et de mettre fin \u00e0 un mode de vie archa\u00efque dont la logique technocratique se plait \u00e0 souligner qu\u2019il n\u2019apporte presque rien au PIB national. Le r\u00e9sultat est catastrophique\u00a0: migrations, d\u00e9structuration des communaut\u00e9s, baisse de la production, imposition de nouvelles formes de consommation, d\u00e9pendance accrue \u00e0 l\u2019\u00e9gard du march\u00e9, etc. Aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019autres organisations qui d\u00e9fendent une agriculture paysanne et promeuvent la souverainet\u00e9 alimentaire, l\u2019autonomie telle qu\u2019elle se construit en territoire zapatiste se pr\u00e9sente comme une alternative au d\u00e9sastre rural mexicain.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont, \u00e0 vos yeux, les perspectives de la dynamique zapatiste (\u00ab\u00a0<i>anticapitaliste, en bas \u00e0 gauche <\/i>\u00a0\u00bb) comme critique en actes du mod\u00e8le dominant et d\u2019un certain rapport au politique\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>J\u00e9r\u00f4me Baschet <\/strong>\u00a0: Le mouvement zapatiste (notamment \u00ab\u00a0<i>la Sexta<\/i>\u00a0\u00bb) se d\u00e9finit \u00e0 la fois par un anticapitalisme cons\u00e9quent et par un refus de la politique d\u2019en haut, celle qui est centr\u00e9e sur le pouvoir d\u2019Etat et le jeu des partis. Ce second point renvoie \u00e9videmment \u00e0 une question sensible, qui provoque malheureusement bien des divisions au sein des gauches mondiales. Pour les zapatistes, cette posture est le r\u00e9sultat d\u2019une histoire jalonn\u00e9e de trahisons (accords sign\u00e9s par le gouvernement mais jamais respect\u00e9s, vote des parlementaires de tous les partis contraire au projet de r\u00e9forme constitutionnel issu des Accords de San Andr\u00e9s). Elle repose aussi sur le fait que le choix de la conqu\u00eate du pouvoir d\u2019Etat conduit, dans un monde dont la globalisation est irr\u00e9versible, \u00e0 une soumission, plus ou moins maquill\u00e9e, aux logiques syst\u00e9miques et, de plus, \u00e0 une accentuation de la s\u00e9paration entre gouvernants et gouvern\u00e9s. Sur cette base, il n\u2019y a pas d\u2019autre option que de multiplier les espaces permettant d\u2019amorcer la construction de formes d\u2019organisation collective alternatives. Mais, attention, les zapatistes ne pr\u00f4nent pas la strat\u00e9gie de la d\u00e9sertion et il ne s\u2019agit pas, pour eux, de cr\u00e9er quelques \u00eelots de paix suppos\u00e9ment prot\u00e9g\u00e9s du d\u00e9sastre capitaliste. Ils savent fort bien que, pour construire, il faut une force collective organis\u00e9e. Et, m\u00eame si l\u2019autonomie qu\u2019ils ont construite est sans doute l\u2019un des \u00ab\u00a0espaces lib\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb les plus amples actuellement existants, ils savent aussi qu\u2019une telle autonomie doit \u00eatre d\u00e9fendue en permanence contre de multiples agressions et qu\u2019elle demeure n\u00e9cessairement partielle, vu son environnement syst\u00e9mique. De ce fait, construire et lutter <i>contre<\/i> doivent \u00eatre con\u00e7us comme deux d\u00e9marches indissociables. Durant la \u00ab\u00a0petite \u00e9cole\u00a0\u00bb, l\u2019un des \u00ab\u00a0<i>maestros<\/i>\u00a0\u00bb zapatistes nous a demand\u00e9 \u00e0 tous\u00a0: \u00ab\u00a0<i>et vous, est-ce que vous vous sentez libres\u00a0?<\/i>\u00a0\u00bb. Pour eux, la r\u00e9ponse est claire. Malgr\u00e9 des conditions de pr\u00e9carit\u00e9 extr\u00eames, ils ont fait le choix de la libert\u00e9\u00a0; ils d\u00e9cident eux-m\u00eames de leur propre mani\u00e8re de s\u2019organiser et de se gouverner. C\u2019est sans doute ce go\u00fbt de la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 qui en d\u00e9coule que l\u2019on per\u00e7oit dans la mani\u00e8re d\u2019\u00eatre si singuli\u00e8re des zapatistes.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"ps\">\n<div>\n<p>De larges extraits de cette interview ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/www.cncd.be\" rel=\"external\">dlm, Demain Le Monde<\/a> (Dossier \u00ab\u00a0Les 20 ans de la r\u00e9bellion zapatistes\u00a0\u00bb), janvier-f\u00e9vrier 2014.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><a href=\"http:\/\/www.cetri.be\/spip.php?article3314\">Source <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u00e9r\u00f4me Baschet\u00a0: \u00ab\u00a0Le go\u00fbt de la libert\u00e9 des zapatistes\u00a0\u00bb Historien m\u00e9di\u00e9viste reconnu internationalement, J\u00e9r\u00f4me Baschet est sans doute aujourd\u2019hui l\u2019observateur francophone le plus proche de la r\u00e9bellion des indig\u00e8nes zapatistes du Sud-Est mexicain. Enseignant \u00e0 l\u2019Ecole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales (Paris) et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 autonome du Chiapas (San Cristobal de Las Casas) depuis &#8230; <a title=\"20e anniversaire de la r\u00e9bellion du Chiapas\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1765\" aria-label=\"En savoir plus sur 20e anniversaire de la r\u00e9bellion du Chiapas\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1119,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,21,22,25,36,20,8,28,39,40],"tags":[15],"class_list":["post-1765","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-amerique-du-sud","category-anti-imperialisme","category-emploi","category-enseignement","category-europe","category-logement","category-prisons","category-racismes","category-sans-papier","category-transport","tag-resistance"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1765","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1765"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1765\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1767,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1765\/revisions\/1767"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1119"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1765"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1765"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1765"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}