{"id":1842,"date":"2014-03-15T07:12:43","date_gmt":"2014-03-15T06:12:43","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1842"},"modified":"2014-02-25T22:14:15","modified_gmt":"2014-02-25T21:14:15","slug":"elements-dun-futur-livre-noir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1842","title":{"rendered":"El\u00e9ments d\u2019un futur \u00ab Livre noir \u00bb"},"content":{"rendered":"<div class=\"contenu-principal\">\n<div class=\"cartouche\">\n<p class=\"crayon article-soustitre-527 soustitre\">La loi anti-foulard du 15 mars 2004\u00a0: bilan d\u2019une loi d\u2019exclusion<\/p>\n<p class=\"info-publi\"><span class=\"auteurs\">par <span class=\"vcard author\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/_Collectif-Une-Ecole-Pour-Tou-te-s,83_\">Collectif Une Ecole Pour Tou-te-s<\/a><\/span><\/span><br \/>\n<abbr class=\"published\" title=\"2014-02-19T23:00:00Z\">20 f\u00e9vrier 2014<\/abbr><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-527 chapo\">\n<p>Cela fera dix ans, le 15 mars prochain, qu\u2019a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e la loi sur les \u00ab\u00a0signes religieux ostensibles\u00a0\u00bb, interdisant le port du foulard dit islamique \u00e0 l\u2019\u00e9cole, sous peine d\u2019exclusion d\u00e9finitive. \u00c0 l\u2019occasion de ce sinistre anniversaire, nous republions le bilan que le collectif Une \u00e9cole pour tou-te-s avait publi\u00e9 en septembre 2005, concernant les effets les plus imm\u00e9diats et concrets de cette loi\u00a0: comment s\u2019est-elle appliqu\u00e9e dans les \u00e9coles\u00a0? Quelles ont \u00e9t\u00e9 les cons\u00e9quences pour les \u00e9l\u00e8ves &#8211;\u00a0les voil\u00e9es, les d\u00e9voil\u00e9es et les autres&#8230;\u00a0? Bien d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments doivent y \u00eatre ajout\u00e9s pour que le bilan soit complet, et notamment les suites innombrables qu\u2019a eue cette loi sur le terrain id\u00e9ologique, politique et social pendant la d\u00e9cennie qui a suivi, que ce soit <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Trente-paradoxes\">la loi anti-niqab de 2010<\/a>, les <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Laicite-oui-Islamophobie-non\">interdictions de sortie scolaire aux mamans voil\u00e9es<\/a>, <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Courte-contribution-sur-la\">l\u2019affaire Ilham Moussa\u00efd<\/a> et plus largement la production et la diffusion massive d\u2019une voilophobie et d\u2019une islamophobie <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/La-production-d-un-racisme\">\u00ab\u00a0respectable\u00a0\u00bb<\/a>, sans parler des <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Islam-voile-et-laicite-un-debat\">effets de division et de diversion<\/a> et du dramatique d\u00e9voiement du <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Inch-Allah-l-egalite-Premiere\">f\u00e9minisme<\/a>. Mais il importe toujours de revenir aux premi\u00e8res cibles de cette <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Oui-a-la-laicite-non-aux-lois-d\">loi d\u2019exception<\/a>, celles qui en ont subi les effets de la mani\u00e8re la plus concr\u00e8te et brutale\u00a0: les adolescentes musulmanes portant le foulard, qui ont d\u00fb \u00ab\u00a0choisir\u00a0\u00bb \u2013\u00a0c\u2019est le mot qui fut employ\u00e9 par l\u2019institution\u00a0\u2013 entre un d\u00e9voilement forc\u00e9 et une d\u00e9scolarisation. C\u2019est sur cette cons\u00e9quence-l\u00e0 que se focalise le bilan que nous republions aujourd\u2019hui. Pour le compl\u00e9ter, un <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/www.cfpe2004.fr\/?m=201402\" rel=\"external\">appel \u00e0 t\u00e9moignages<\/a> a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 par le Collectif des f\u00e9ministes pour l\u2019\u00e9galit\u00e9, qui a \u00e9galement initi\u00e9 une <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/www.cfpe2004.fr\/?m=201401\" rel=\"external\">p\u00e9tition<\/a> demandant l\u2019abrogation de cette loi inf\u00e2me, ainsi qu\u2019une <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/www.saphirnews.com\/Une-manif-pour-l-abrogation-des-lois-islamophobes-en-mars-2014_a18103.html\" rel=\"external\">manifestation<\/a>.<!--more--><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"crayon article-texte-527 texte\">\n<p><span class=\"spip_document_2238 spip_documents spip_documents_center\"> <img decoding=\"async\" style=\"height: 375px; width: 500px;\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lmsi.net\/local\/cache-vignettes\/L500xH375\/rubon291-ec651.jpg\" width=\"500\" height=\"375\" \/><\/span><\/p>\n<p>Les chiffres ne parlent pas toujours d\u2019eux-m\u00eames. Ainsi, lorsque le bilan officiel de la loi anti-foulard est qu\u2019elle a abouti \u00e0 quarante cinq exclusions de filles musulmanes et trois exclusions de gar\u00e7ons sikhs, il est fr\u00e9quent d\u2019en conclure que tout va pour le mieux, que la loi a produit un effet dissuasif suffisant pour que le nombre de \u00ab\u00a0probl\u00e8mes\u00a0\u00bb li\u00e9s \u00e0 son application apparaisse anecdotique, au regard du nombre d\u2019\u00e9l\u00e8ves des lyc\u00e9es et coll\u00e8ges. On pourrait bien s\u00fbr contester ce triomphalisme par la simple observation que m\u00eame une seule d\u00e9scolarisation, qui priverait une seule adolescente ou un seul adolescent des bienfaits de l\u2019\u00e9cole serait une d\u00e9scolarisation de trop. Tel n\u2019est pas ici notre souci\u00a0: il est d\u2019y regarder d\u2019un peu plus pr\u00e9s.<\/p>\n<p>Le nombre de musulmanes d\u00e9sireuses, lors de leur rentr\u00e9e scolaire 2004, de se couvrir les cheveux pour des raisons religieuses, est difficile \u00e0 \u00e9valuer avec pr\u00e9cision\u00a0; il est en tous cas tr\u00e8s largement sup\u00e9rieur au nombre officiellement retenu par le minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur de lyc\u00e9ennes et de coll\u00e9giennes en foulard au cours de l\u2019ann\u00e9e scolaire pr\u00e9c\u00e9dente, soit mille deux cent.<\/p>\n<p>Il n\u2019existe aucun moyen de d\u00e9terminer combien de ces adolescentes qui auraient souhait\u00e9 porter le foulard, ou qui le portent en dehors de l\u2019\u00e9cole, ont choisi du fait de la loi de se pr\u00e9senter t\u00eate nue \u00e0 la rentr\u00e9e. Ce qui est \u00e9tabli, c\u2019est que sept cent d\u2019entre elles s\u2019y sont pr\u00e9sent\u00e9es cheveux couverts\u00a0: dans la quasi totalit\u00e9 des cas avec un simple bandana ou un b\u00e9ret. Tr\u00e8s rapidement, pr\u00e8s de six cent ont, sous la pression d\u2019administrations veillant scrupuleusement \u00e0 une application extensive et rigide de la loi anti-foulard, accept\u00e9 d\u2019\u00f4ter ce \u00ab\u00a0couvre-chef\u00a0\u00bb. Au cours d\u2019une r\u00e9union de commission administrative d\u2019appel, la principale d\u2019un \u00e9tablissement a donn\u00e9 sa version de la doxa propos\u00e9e par le minist\u00e8re\u00a0: elle avait constat\u00e9 qu\u2019il y avait \u00ab\u00a0continuit\u00e9 dans le port du bonnet\u00a0\u00bb, et que cette continuit\u00e9 \u00ab\u00a0donnait une signification religieuse \u00e0 ce bonnet\u00a0\u00bb . Les exemples sont nombreux de la manipulation id\u00e9ologique ayant ainsi conduit \u00e0 s\u2019\u00e9carter de l\u2019ostentation religieuse, pour deviner les pr\u00e9occupations religieuses derri\u00e8re des comportements a priori discrets. Ainsi les membres de ce conseil de discipline qui, interrog\u00e9s sur ce qui leur fait caract\u00e9riser de \u00ab\u00a0religieux\u00a0\u00bb le port par une \u00e9l\u00e8ve d\u2019un bandana, expliquent qu\u2019il s\u2019agit pour eux d\u2019une \u00ab\u00a0manipulation\u00a0\u00bb, dans la mesure o\u00f9 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, l\u2019\u00e9l\u00e8ve en question portait le foulard . Foulard un jour, foulard toujours. On en est ainsi venu \u00e0 la situation d\u00e9crite par une \u00e9l\u00e8ve\u00a0: \u00ab\u00a0Les filles voil\u00e9es du lyc\u00e9e ne pouvaient rien avoir sur la t\u00eate. Par contre les autres filles pouvaient porter un bandana librement\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>La violence du d\u00e9voilement forc\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas ici le lieu de s\u2019attarder sur les conditions morales, psychologiques, p\u00e9dagogiques de ce d\u00e9voilement\u00a0; on se bornera \u00e0 donner quelques exemples. Ce qu\u2019ont pu \u00eatre les sentiments v\u00e9cus par les personnes auxquelles on imposait cette violence consistant \u00e0 soumettre leur droit \u00e0 l\u2019\u00e9cole au fait de montrer les parties de leur corps qu\u2019elles entendaient cacher, est certainement difficile \u00e0 d\u00e9crire en termes g\u00e9n\u00e9raux\u00a0: et sans doute ces sentiments varient-ils consid\u00e9rablement d\u2019une fille \u00e0 l\u2019autre. Quelle image garderont-elles de cette violence, quelle id\u00e9e auront-elle du sens d\u2019un mot comme \u00ab\u00a0la\u00efcit\u00e9\u00a0\u00bb, quelle id\u00e9e des \u00ab\u00a0droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb, quelle id\u00e9e de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les sexes, elles qui auront, au nom de ces principes, subi cette contrainte \u00e0 propos de laquelle leur avis n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9, ni leur voix entendue\u00a0? Illustrons cet aspect de la rentr\u00e9e par une anecdote authentique.<\/p>\n<p>L\u2019histoire se passe dans un lyc\u00e9e de province. La lyc\u00e9enne &#8211; appelons-la Fatiha &#8211; a \u00e9t\u00e9 avis\u00e9e qu\u2019on ne la laisserait pas entrer dans l\u2019\u00e9tablissement o\u00f9 elle \u00e9tudie couverte de son foulard. Arrivant \u00e0 la grille d\u2019entr\u00e9e, la jeune fille s\u2019arr\u00eate, pose son cartable au sol, et commence, les yeux embu\u00e9s de larmes, \u00e0 \u00f4ter une \u00e0 une les \u00e9pingles qui retiennent son foulard. Elle laisse ensuite ce foulard tomber sur ses \u00e9paules, reprend son cartable, et p\u00e9n\u00e8tre t\u00eate basse dans le lyc\u00e9e. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019un certain nombre de membres de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9quipe p\u00e9dagogique\u00a0\u00bb qui guettaient son arriv\u00e9e l\u2019applaudissent \u00e0 son passage, et que l\u2019un d\u2019entre eux lui lance\u00a0: \u00ab\u00a0Et maintenant, Fatiha, crie\u00a0: \u00ab\u00a0Vive la R\u00e9publique\u00a0\u00bb\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces centaines de filles d\u00e9voil\u00e9es sous la menace de l\u2019exclusion n\u2019ont m\u00eame pas pu s\u2019estimer quittes en d\u00e9couvrant leur chevelure\u00a0: elles ont continu\u00e9 \u00e0 \u00eatre harcel\u00e9es pour leur tenue, jug\u00e9e ici trop ample, ici trop sombre, ici trop \u00ab\u00a0orientale\u00a0\u00bb. On a pu assister \u00e0 des sc\u00e8nes qui pr\u00eateraient \u00e0 sourire si elles ne touchaient pas au profond de leur \u00eatre des adolescentes qui ne demandaient qu\u2019\u00e0 \u00e9tudier tranquillement. Ainsi cette lyc\u00e9enne d\u2019origine indienne \u00e0 qui, dans le cadre de la chasse au \u00ab\u00a0bandana islamique\u00a0\u00bb on demande de revenir v\u00eatue autrement qu\u2019avec son sari, jug\u00e9 \u00ab\u00a0trop communautariste\u00a0\u00bb. Ainsi cette autre \u00e0 laquelle on dit qu\u2019elle devrait mettre des blue-jeans \u00ab\u00a0comme tout le monde\u00a0\u00bb plut\u00f4t que des tuniques, ou celle dont le proviseur tient \u00e0 s\u2019assurer qu\u2019elle ne porte pas de pantalons sous son ample jupe, mais de simples collants. Concernant la chevelure elle-m\u00eame, on a pu voir un proviseur reprocher \u00e0 une \u00e9l\u00e8ve d\u00e9voil\u00e9e de les maintenir en un chignon trop serr\u00e9\u00a0; elle devait, disait-il, d\u00e9tacher ses cheveux \u00ab\u00a0comme tout le monde\u00a0\u00bb. Son chignon faisait \u00ab\u00a0encore trop arabe\u00a0\u00bb. De telles anecdotes sont \u00e0 la fois trop nombreuses et trop syst\u00e9matiquement semblables pour \u00eatre toutes rapport\u00e9es.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit dans lequel elles ont poursuivi leur ann\u00e9e, il doit bien s\u00fbr varier d\u2019un cas \u00e0 l\u2019autre. Mais le sentiment qui domine est celui d\u2019humiliation et d\u2019injustice &#8211; et la certitude que seul le racisme et l\u2019islamophobie \u00e9taient \u00e0 la base de ces mesures discriminatoires. De nombreux t\u00e9moignages convergent en ce sens. Celles qui ont ainsi \u00e9t\u00e9 contraintes \u00e0 enlever leur foulard, \u00e0 laisser voir tout ou partie de leur chevelure, se trouvent par ailleurs bien souvent dans l\u2019incapacit\u00e9 psychologique de suivre utilement leur cours. Elles ne peuvent pas se concentrer sur leur travail, toutes pr\u00e9occup\u00e9es qu\u2019elles sont par la tenue que leur impose le lyc\u00e9e.<\/p>\n<p>Paradoxalement leur islam que la loi voulait voir dispara\u00eetre comme singularit\u00e9, de mani\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019il n\u2019encombre pas l\u2019espace scolaire, se met pour elles pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 occuper tout l\u2019espace, comme si elles ne pouvaient pas \u00eatre vraiment \u00ab\u00a0comme tout le monde\u00a0\u00bb tant que, en les contraignant \u00e0 se d\u00e9voiler, on les contraignait \u00e0 n\u2019avoir plus que cette question en t\u00eate\u00a0; comme si elles ne pouvaient redevenir \u00ab\u00a0comme tout le monde\u00a0\u00bb et \u00e9vacuer la religion du c\u0153ur de leurs pr\u00e9occupations que lorsqu\u2019on leur permettait d\u2019y r\u00e9pondre, en couvrant leur chevelure\u00a0: le fait de se d\u00e9couvrir est v\u00e9cu comme une \u00ab\u00a0g\u00eane\u00a0\u00bb, et cette g\u00eane fait obstacle \u00e0 la n\u00e9cessaire s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de la situation scolaire et de la relation p\u00e9dagogique. Dans les entretiens qui suivent, une jeune fille exclue raconte, \u00e0 propos de l\u2019une de ses camarades qui a finalement enlev\u00e9 le foulard pour rester \u00e0 l\u2019\u00e9cole et qui s\u2019en trouve tr\u00e8s perturb\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 chaque fois qu\u2019on en parle, elle pleure. D\u00e8s qu\u2019on commence \u00e0 parler de ce sujet, elle arr\u00eate pas de pleurer elle se sent vraiment mal \u00e0 l\u2019aise&#8230; donc j\u2019aborde pas trop ce sujet l\u00e0 avec elle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La situation de ces lyc\u00e9ennes est donc d\u2019autant plus difficile qu\u2019elles n\u2019\u00e9chappent pas aux remarques blessantes ou d\u00e9sobligeantes du seul fait qu\u2019elles se r\u00e9signent \u00e0 \u00f4ter leur foulard. Ainsi, le cas de celle \u00e0 qui un professeur dit, \u00e0 la rentr\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Ah je savais pas que tu avais des cheveux&#8230;\u00a0\u00bb, faisant \u00e9cho \u00e0 ce proviseur de la r\u00e9gion parisienne qui, en fin d\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, avait convoqu\u00e9 dans son bureau les lyc\u00e9ennes portant le foulard pour les informer de ce qu\u2019une loi a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e pour les en emp\u00eacher d\u00e8s la rentr\u00e9e suivante, et se tournant vers celle des deux dont les yeux sont clairs lui avait dit\u00a0: \u00ab\u00a0On va enfin savoir si tu es brune ou blonde\u00a0!\u00a0\u00bb Dans un autre lyc\u00e9e francilien, une professeure s\u2019\u00e9tait approch\u00e9e narquoise d\u2019une \u00e9l\u00e8ve en foulard apr\u00e8s le vote de la loi, en l\u2019invitant \u00e0 prendre \u00e0 l\u2019avance l\u2019habitude de l\u2019\u00f4ter, en profitant du printemps\u00a0: \u00ab\u00a0Sinon, en septembre, tu risques d\u2019avoir froid aux oreilles\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi a-t-il d\u2019embl\u00e9e \u00e9t\u00e9 clair, malgr\u00e9 le discours officiel, que la loi, loin d\u2019\u00eatre faite pour aider ces adolescentes \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 l\u2019influence contraignante de leurs familles ou de leur religion, \u00e9tait bel et bien dirig\u00e9e contre elles. Significative \u00e0 cet \u00e9gard la d\u00e9marche de certains sous-pr\u00e9fets (au moins attest\u00e9e dans un cas en Ile de France) t\u00e9l\u00e9phonant \u00e0 la veille de la rentr\u00e9e scolaire aux responsables des mosqu\u00e9es locales, pour leur demander de dire aux p\u00e8res de famille d\u2019envoyer leurs filles t\u00eate nue \u00e0 l\u2019\u00e9cole\u00a0: en fait de loi visant \u00e0 desserrer les emprises patriarcales et \u00ab\u00a0communautaristes\u00a0\u00bb, on s\u2019adressait ainsi aux autorit\u00e9s communautaires pour que l\u2019autorit\u00e9 paternelle s\u2019exerce dans le sens souhait\u00e9 sur les filles.<\/p>\n<p>Dans de rares \u00e9tablissements, lorsque aucun enseignant militant de la prohibition n\u2019\u00e9tait en mesure d\u2019imposer une interpr\u00e9tation extensive de la loi, des compromis ont pu \u00eatre trouv\u00e9s entre les administrations et les adolescentes\u00a0: elles \u00e9taient ainsi admises \u00e0 porter un simple bandana couvrant leurs cheveux, quitte parfois \u00e0 laisser d\u00e9passer une m\u00e8che ou le lobe des oreilles. Certaines ont jug\u00e9 ce compromis possible, d\u2019autres non. Ces arrangements &#8211; qui ne sortaient pas du cadre de la loi, puisque les tenues ainsi autoris\u00e9es, quand bien m\u00eame elles \u00e9taient motiv\u00e9es par des raisons religieuses, n\u2019exprimaient aucune ostentation religieuse &#8211; ont g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9t\u00e9 eux m\u00eames appliqu\u00e9s de fa\u00e7on tatillonne, comme si les proviseurs craignaient par dessus tout on ne sait quels \u00ab\u00a0d\u00e9bordements\u00a0\u00bb. C\u2019est ainsi que l\u2019on a pu voir des chefs d\u2019\u00e9tablissements v\u00e9rifier que les lobes d\u2019oreille \u00e9taient suffisamment visibles, qu\u2019une m\u00e8che d\u00e9passait effectivement du bandana, et autres d\u00e9tails \u00e9minemment p\u00e9dagogiques.<\/p>\n<p>Le plus souvent, toutefois, de tels arrangements n\u2019ont m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 possibles. On a ainsi vu, dans l\u2019acad\u00e9mie de Lille, une proc\u00e9dure d\u2019exclusion dirig\u00e9e contre une lyc\u00e9enne musulmane qui portait pour des raisons religieuse un bandana identique \u00e0 celui que certaines de ses condisciples, non musulmanes, portaient par commodit\u00e9. On a vu, dans la r\u00e9gion parisienne, une professeure conseiller \u00e0 une \u00e9l\u00e8ve dont elle ignorait qu\u2019elle \u00e9tait musulmane de cesser de porter son bandana, en lui disant\u00a0: \u00ab\u00a0Sinon, les musulmanes vont en profiter pour faire pareil\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>49 exclusions, et plus de 60 d\u00e9missions<\/strong><\/p>\n<p>Une grosse centaine de lyc\u00e9ennes se sont refus\u00e9es \u00e0 c\u00e9der aux injonctions de l\u2019administration, le plus souvent, avec la conviction de leur bon droit\u00a0: elles savaient que la loi pr\u00e9voyait une p\u00e9riode de \u00ab\u00a0dialogue\u00a0\u00bb, ce qui leur semblait supposer qu\u2019un dialogue \u00e9tait \u00e0 tout le moins possible. Elles savaient \u00e9galement que la loi n\u2019interdisait que l\u2019ostentation dans le port de signes religieux, et que cela laissait justement au \u00ab\u00a0dialogue\u00a0\u00bb une marge autorisant certains compromis. Certaines &#8211; qu\u2019elles aient ou non eu connaissance des compromis trouv\u00e9s dans les \u00e9tablissements que l\u2019on vient d\u2019\u00e9voquer &#8211; se proposaient par exemple de porter un bandana ou un b\u00e9ret laissant d\u00e9passer le lobe des oreilles ou quelques m\u00e8ches de cheveux. On le verra dans les t\u00e9moignages et entretiens qui suivent. Mais aucune ne s\u2019attendait au traitement qu\u2019on allait leur faire subir.<\/p>\n<p>Le sc\u00e9nario a partout \u00e9t\u00e9 le m\u00eame, ce qui autorise \u00e0 penser qu\u2019il \u00e9tait la mise en \u0153uvre de consignes officielles &#8211; ce qui n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 le tribunal administratif de Strasbourg de le juger ill\u00e9gal &#8211; ce qui allait de soi, compte tenu des termes de la circulaire du 11 juillet 2000, qui pr\u00e9cise que l\u2019exclusion de cours pendant une longue dur\u00e9e est constitutif de l\u2019agissement le plus grave dont puisse se rendre l\u2019administration. L\u00e0 o\u00f9 la loi prescrit une simple p\u00e9riode de dialogue, les administrations ont en effet syst\u00e9matiquement choisi de priver de cours d\u00e8s la rentr\u00e9e les filles concern\u00e9es. En somme, pour reprendre la formule de l\u2019un des t\u00e9moins cit\u00e9s dans le livre Rentr\u00e9e 2004 &#8211; une v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9voil\u00e9e, \u00ab\u00a0l\u2019exclusion de l\u2019\u00e9tablissement aura \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019une exclusion dans l\u2019\u00e9tablissement\u00a0\u00bb . Interdites de classe, elles se voyaient rel\u00e9gu\u00e9es d\u00e8s leur arriv\u00e9e au lyc\u00e9e dans un local o\u00f9 elles ne pouvaient avoir aucun contact avec leurs condisciples, et o\u00f9 elles ne recevaient \u00e0 de tr\u00e8s rares exceptions pr\u00e8s aucun enseignement. Elles ne b\u00e9n\u00e9ficiaient parfois pas des m\u00eames horaires que les autres pour se rendre dans la cour de r\u00e9cr\u00e9ation, et dans certains cas ne pouvaient se rendre librement aux toilettes. Certaines ne pouvaient quitter le lyc\u00e9e que lorsque les autres \u00e9l\u00e8ves l\u2019avaient d\u00e9j\u00e0 quitt\u00e9, afin de ne pas risquer de les rencontrer. Enfin, dans nombre de cas, il leur \u00e9tait m\u00eame interdit, dans le local o\u00f9 elles \u00e9taient confin\u00e9es, de s\u2019approcher de la fen\u00eatre. Leur seul contact avec l\u2019administration du lyc\u00e9e \u00e9tait dans de p\u00e9riodiques rencontres avec le proviseur, un proviseur adjoint ou un conseiller principal d\u2019\u00e9ducation, leur r\u00e9p\u00e9tant que leur tenue \u00e9tait prohib\u00e9e par la loi et par le nouveau r\u00e8glement int\u00e9rieur, et que si elles n\u2019envisageaient pas de l\u2019enlever, elles seraient n\u00e9cessairement exclues &#8211; sauf \u00e0 \u00ab\u00a0choisir\u00a0\u00bb de d\u00e9missionner. La \u00ab\u00a0p\u00e9riode de dialogue\u00a0\u00bb a ainsi pour l\u2019essentiel \u00e9t\u00e9 limit\u00e9e \u00e0 une p\u00e9riode de pressions, et d\u2019incitation \u00e0 la d\u00e9mission, les proviseurs laissant parfois miroiter qu\u2019en cas de d\u00e9mission, l\u2019\u00e9l\u00e8ve pourrait b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une aide ou d\u2019un financement des cours par correspondance du CNED.<\/p>\n<p>On se souvient qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque de la rentr\u00e9e, des journalistes fran\u00e7ais avaient \u00e9t\u00e9 pris en otage par une myst\u00e9rieuse organisation, laquelle avait, un temps, formul\u00e9 comme revendication l\u2019abrogation de la loi anti-foulard. Il en est r\u00e9sult\u00e9 un certain durcissement de l\u2019attitude des prohibitionnistes &#8211; en m\u00eame temps qu\u2019un allongement de la p\u00e9riode de \u00ab\u00a0dialogue\u00a0\u00bb &#8211; c\u2019est \u00e0 dire en fait de la p\u00e9riode d\u2019isolement\u00a0: \u00e0 la demande du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res, l\u2019administration de l\u2019\u00c9ducation nationale demandait aux lyc\u00e9es concern\u00e9s de diff\u00e9rer les conseils de discipline. A Strasbourg, une professeure dit express\u00e9ment aux \u00e9l\u00e8ves ainsi mises \u00e0 l\u2019isolement\u00a0: \u00ab\u00a0Vous \u00eates responsables de cette situation en Irak. Et s\u2019il faut exclure cent filles comme vous pour lib\u00e9rer les otages fran\u00e7ais, je regrette de le dire mais je pr\u00e9f\u00e8re virer cent filles pour obtenir leur lib\u00e9ration. Quant \u00e0 votre scolarit\u00e9 avec le CNED, je vous dis bonne chance mais je sais h\u00e9las d\u2019avance que vous n\u2019y arriverez pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans ce contexte, une soixantaine de ces lyc\u00e9ennes acceptaient de signer \u00ab\u00a0spontan\u00e9ment\u00a0\u00bb les lettres de d\u00e9mission qui les lib\u00e9raient de ce traitement. Les autres, pr\u00e8s de cinquante, affrontaient l\u2019\u00e9preuve du conseil de discipline. Le plus souvent elles n\u2019avaient pas de doute sur l\u2019issue de la proc\u00e9dure, et avaient perdu toute illusion sur leur possibilit\u00e9 de se faire entendre\u00a0: ces illusions avaient disparu par l\u2019exp\u00e9rience m\u00eame qu\u2019elles vivaient, avec la confiance qu\u2019elles pouvaient avoir eu dans l\u2019institution scolaire. Certains t\u00e9moignages et entretiens \u00e9voquent cette exp\u00e9rience douloureuse. Une lyc\u00e9enne exclue fait la preuve de son bon sens juridique en d\u00e9crivant ce genre tout \u00e0 fait particulier de proc\u00e8s, o\u00f9 les accusateurs sont en m\u00eame temps les juges. Si elles ont n\u00e9anmoins voulu subir cette \u00e9preuve, c\u2019est qu\u2019il leur semblait que d\u00e9missionner revenait \u00e0 avouer une faute qu\u2019elles n\u2019avaient pas commise, ou pire, \u00e0 laisser entendre qu\u2019elles n\u2019avaient pas de r\u00e9el attachement \u00e0 l\u2019\u00e9cole, et que dans le fond, elle partaient de leur plein gr\u00e9\u00a0: voil\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019elles refusaient.<\/p>\n<p><strong>Des centaines de d\u00e9scolarisations invisibles<\/strong><\/p>\n<p>Si rien ne permet d\u2019\u00e9valuer le nombre de lyc\u00e9ennes ou de coll\u00e9giennes qui, en application de la loi, se sont d\u2019embl\u00e9e, souvent sur la pression de leurs parents, pr\u00e9sent\u00e9es t\u00eate nue \u00e0 la rentr\u00e9e, alors qu\u2019elles portent \u00ab\u00a0normalement\u00a0\u00bb le foulard, et qui sont \u00e0 certains \u00e9gard des victimes de la prohibition, il est possible de donner au moins une \u00e9valuation grossi\u00e8re du nombre de ses autres victimes invisibles\u00a0: celles qui ne se sont simplement pas pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 la rentr\u00e9e, ne pouvant pas envisager de retirer leur foulard, et ne souhaitant pas \u00eatre soumises \u00e0 l\u2019humiliante &#8211; et inutile &#8211; c\u00e9r\u00e9monie du conseil de discipline et de l\u2019exclusion.<\/p>\n<p>En \u00cele de France, une association militante a, de fa\u00e7on b\u00e9n\u00e9vole, assur\u00e9 un encadrement mat\u00e9riel, p\u00e9dagogique et moral aux d\u00e9laiss\u00e9es de l\u2019\u00e9cole pour cause de foulard\u00a0: l\u2019association Gfaim2savoir. Ce sont des \u00e9l\u00e8ves de cette association qui ont accept\u00e9 de nous donner les entretiens que l\u2019on pourra lire plus loin. L\u2019association comptait au moment de ces entretiens quinze \u00e9l\u00e8ves, dont seulement cinq avaient subi une rentr\u00e9e. Les dix autres avaient choisi de ne pas se pr\u00e9senter au lyc\u00e9es, trop sures de l\u2019issue d\u2019une telle d\u00e9marche. En raisonnant sur cet \u00e9chantillon &#8211; dont la statistique est corrobor\u00e9e par celle constat\u00e9e \u00e0 Saint Etienne ou Strasbourg (o\u00f9 seules 17 \u00e9l\u00e8ves sur 50 suivies en 2005 avaient fait la rentr\u00e9e 2004)\u00a0-, on pourrait dire que pour une fille exclue ou d\u00e9missionnaire, on trouve au moins deux filles relevant de cette exclusion silencieuse par \u00ab\u00a0application spontan\u00e9e\u00a0\u00bb de la loi. En rapportant ce chiffre aux cent \u00e9l\u00e8ves exclues ou pouss\u00e9es \u00e0 la d\u00e9mission, on arriverait \u00e0 deux cent \u00ab\u00a0exclusions silencieuses\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais deux importants biais permettent de majorer largement ce chiffre. Le premier est que la grande majorit\u00e9 de ces \u00e9l\u00e8ves \u00e9taient scolaris\u00e9es en classe de terminale\u00a0: la perspective de n\u2019avoir qu\u2019une ann\u00e9e \u00e0 effectuer dans ces conditions difficiles, apr\u00e8s laquelle, en l\u2019\u00e9tat de la loi, elles pourraient esp\u00e9rer \u00e9tudier normalement \u00e0 l\u2019universit\u00e9, a d\u00e9termin\u00e9 le choix de faire cet effort, l\u00e0 o\u00f9 des \u00e9l\u00e8ves auxquelles restaient plusieurs ann\u00e9es \u00e0 effectuer avant le bac se seront d\u00e9courag\u00e9es. Notre \u00e9chantillon ne concerne donc pratiquement pas les filles \u00e2g\u00e9es de plus de seize ans, et scolaris\u00e9es en classe de premi\u00e8re et de seconde. Le second biais est que par hypoth\u00e8se, notre \u00e9chantillon ne concerne que les filles qui, malgr\u00e9 leur d\u00e9scolarisation, n\u2019ont pas baiss\u00e9 les bras, ont conserv\u00e9 la volont\u00e9 d\u2019\u00e9tudier, ne se sont pas repli\u00e9es sur elles-m\u00eame. Il est permis de penser qu\u2019elles ne constituent donc qu\u2019une minorit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e parmi les victimes de ces exclusions silencieuses. On peut ajouter que ces \u00e9l\u00e8ves sont par hypoth\u00e8se celles qui, par un concours particulier de circonstances, ont eu la chance d\u2019entrer en contact avec l\u2019association, et qui ont eu &#8211; en l\u2019absence de bourses, de tarifs pr\u00e9f\u00e9rentiels dans les transports, et autres avantages r\u00e9serv\u00e9s aux \u00ab\u00a0scolaires\u00a0\u00bb, la possibilit\u00e9 mat\u00e9rielle de tenter l\u2019aventure de cette scolarit\u00e9 palliative. Au total, on peut donc penser que les exclusions silencieuses concernent au minimum 200 ou 300 \u00e9l\u00e8ves, au maximum 700 \u00e0 800 \u00e9l\u00e8ves, qui s\u2019ajoutent \u00e0 la centaine de celles qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9scolaris\u00e9es post\u00e9rieurement \u00e0 la rentr\u00e9e, soit par exclusion, soit par d\u00e9mission.<\/p>\n<p><strong>Et les autres \u00e9l\u00e8ves\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Restent, enfin, \u00ab\u00a0les autres \u00e9l\u00e8ves\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019immense majorit\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves qui n\u2019arborent aucun v\u00eatement susceptible d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab\u00a0manifestation ostensible d\u2019une appartenance religieuse\u00a0\u00bb. C\u2019est en leur nom que les partisans de la loi ont pr\u00e9tendu agir. C\u2019est pour les prot\u00e9ger des \u00ab\u00a0tensions inter-communautaires\u00a0\u00bb ou &#8211; dans le cas des filles issues de familles de confession musulmane &#8211; de l\u2019oppression sexiste et de l\u2019obligation de porter le foulard, qu\u2019il fallait interdire dans l\u2019enceinte des \u00e9tablissements scolaires les \u00ab\u00a0signes religieux ostensibles\u00a0\u00bb en g\u00e9n\u00e9ral et le voile en particulier.<\/p>\n<p>Qu\u2019en est-il un an apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en application de l\u2019interdit\u00a0? Les \u00ab\u00a0tensions inter-communautaires\u00a0\u00bb ont-elles diminu\u00e9\u00a0? L\u2019oppression sexiste a-t-elle diminu\u00e9\u00a0? Quiconque prend suffisamment au s\u00e9rieux ces questions pour les examiner de mani\u00e8re pr\u00e9cise et concr\u00e8te peut se rendre compte qu\u2019il n\u2019en est rien. Si par exemple des tensions existent dans un \u00e9tablissement entre des \u00e9l\u00e8ves d\u2019origines ou de confessions diff\u00e9rentes, en quoi l\u2019interdiction de porter un v\u00eatement y changera quelque chose\u00a0? \u00c0 l\u2019\u00e9cole, il n\u2019y a pas de Juifs, de Musulmans ou de Chr\u00e9tiens, mais seulement des \u00e9l\u00e8ves, ont martel\u00e9 nombre de prohibitionnistes\u00a0; or, un tel \u00e9nonc\u00e9, totalement abstrait, ne r\u00e9siste pas \u00e0 l\u2019examen\u00a0: les \u00e9l\u00e8ves n\u2019ont pas besoin de voir leurs condisciples porter une croix, une kippa ou un foulard pour conna\u00eetre leur confession. Les \u00e9l\u00e8ves se c\u00f4toient dans l\u2019\u00e9cole et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, ils se connaissent, ils parlent de leurs convictions, et si des tensions existent, la pr\u00e9sence ou l\u2019absence d\u2019un pendantif ou d\u2019un couvre-chef ne change strictement rien.<\/p>\n<p>Il n\u2019existe certes pas de science exacte permettant de mesurer l\u2019ampleur des probl\u00e8mes de \u00ab\u00a0tensions inter-communautaires\u00a0\u00bb ni d\u2019oppression sexiste. Chacune de ces notions doit \u00eatre d\u00e9finie, des crit\u00e8res \u00eatre construits, et des \u00e9tudes de grande ampleur men\u00e9es, avant de pouvoir porter un diagnostic. En l\u2019absence d\u2019un tel travail, qu\u2019on s\u2019\u00e9tonne de ne pas voir men\u00e9 par des gouvernants qui se disent tellement soucieux du \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 hommes-femmes, tout diagnostic refl\u00e8te moins la r\u00e9alit\u00e9 que l\u2019emprise de l\u2019id\u00e9ologie dominante. Tel est le cas, dans sa grande majorit\u00e9, du discours m\u00e9diatique\u00a0: \u00ab\u00a0notre jeunesse\u00a0\u00bb serait \u00ab\u00a0de plus en plus\u00a0\u00bb en proie au \u00ab\u00a0communautarisme\u00a0\u00bb et aux \u00ab\u00a0tensions\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0violences\u00a0\u00bb qui en d\u00e9coulent. Si l\u2019on prend pour argent comptant ce discours, on est en droit de s\u2019\u00e9tonner\u00a0: si, en 2004 et 2005, ces tensions continuent d\u2019 \u00ab\u00a0augmenter\u00a0\u00bb, qu\u2019en est-il de l\u2019efficacit\u00e9 de la loi du 15 mars 2004\u00a0? Sa principale justification n\u2019\u00e9tait-elle pas qu\u2019elle permettrait de marquer un \u00ab\u00a0coup d\u2019arr\u00eat\u00a0\u00bb \u00e0 ces \u00ab\u00a0d\u00e9rives\u00a0\u00bb\u00a0? Pour notre part, nous pr\u00e9f\u00e9rons ne pas c\u00e9der \u00e0 cette tentation, m\u00eame si elle nous conforterait dans notre condamnation de la loi. La r\u00e9alit\u00e9 nous para\u00eet beaucoup plus complexe\u00a0: aucun diagnostic s\u00e9rieux ne peut \u00eatre \u00e9tabli sans un v\u00e9ritable d\u2019enqu\u00eate scientifique et de grand ampleur, et en tout \u00e9tat de cause pas \u00e9nonc\u00e9 sous une forme aussi grossi\u00e8re que \u00ab\u00a0le mal a augment\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0le mal a diminu\u00e9\u00a0\u00bb. Il nous para\u00eet plus prudent de dire qu\u2019aucune donn\u00e9e patente ne montre ni \u00ab\u00a0am\u00e9lioration\u00a0\u00bb ni \u00ab\u00a0aggravation\u00a0\u00bb notable. Le plus probable est que cette loi n\u2019a, sur le plan des tensions communautaires et du sexisme, \u00e0 peu pr\u00e8s rien chang\u00e9.<\/p>\n<p>Nous disons \u00ab\u00a0\u00e0 peu pr\u00e8s rien\u00a0\u00bb pour deux raisons. Pour ce qui concerne le sexisme, si la loi n\u2019a pas am\u00e9lior\u00e9 la condition des filles qui ne portent pas le foulard, elle a incontestablement exerc\u00e9 une grande violence sur celles qui le portent et sur leurs proches\u00a0: la d\u00e9scolarisation pour les unes, avec tous les risques de marginalisation et de \u00ab\u00a0mort sociale\u00a0\u00bb que cela comporte\u00a0; l\u2019humiliation pour les autres, contraintes, pour pouvoir continuer \u00e0 \u00e9tudier, de se d\u00e9couvrir et de montrer des parties de leur corps qu\u2019elles estiment important de cacher. Quant aux filles (minoritaires dans faits, mais majoritaires dans les discours pro-loi)qui portaient le foulard sans l\u2019avoir choisi, sous la pression de leur entourage familial, la seule dans ce cas parmi les tr\u00e8s nombreuses adolescentes \u00ab\u00a0voil\u00e9es\u00a0\u00bb que nous avons rencontr\u00e9es a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de c\u00e9der \u00e0 l\u2019injonction paternelle et \u00e0 d\u00e9missionner plut\u00f4t que d\u2019enlever son voile. Admettons toutefois que le cas existe d\u2019adolescentes qui ont profit\u00e9 de la loi pour enlever un foulard qu\u2019elles n\u2019avaient pas choisi\u00a0: la loi ne fait que rendre invisible leur probl\u00e8me, elle ne le traite pas\u00a0: d\u00e8s lors qu\u2019elles quittent l\u2019enceinte de l\u2019\u00e9cole, elles doivent remettre leur voile\u00a0!<\/p>\n<p>Quant aux tensions communautaires, nous avons pu constater dans les \u00e9tablissements o\u00f9 nous sommes intervenus que la focalisation (du d\u00e9bat public, du l\u00e9gislateur et des fonctionnaires charg\u00e9s d\u2019appliquer la loi) sur le \u00ab\u00a0voile islamique\u00a0\u00bb avait suscit\u00e9 des \u00ab\u00a0jalousies\u00a0\u00bb et des tensions. Plusieurs \u00e9l\u00e8ves de confession musulmane ou simplement \u00ab\u00a0issus de l\u2019immigration\u00a0\u00bb ont \u00e9voqu\u00e9 le cas des \u00e9l\u00e8ves habill\u00e9s \u00e0 la mode\u00ab\u00a0gothique\u00a0\u00bb, qui arborent souvent des croix, en demandant pourquoi la loi ne s\u2019appliquait pas \u00e0 eux aussi\u00a0; au cours des discussions, ces m\u00eames \u00e9l\u00e8ves nous expliquaient que ces \u00e9l\u00e8ves \u00ab\u00a0gothiques\u00a0\u00bb ne les avaient jamais g\u00ean\u00e9s auparavant, que \u00ab\u00a0chacun s\u2019habille comme il veut\u00a0\u00bb, que l\u2019id\u00e9al serait bien entendu que la loi n\u2019interdise ni le voile ni les tenues \u00ab\u00a0gothiques\u00a0\u00bb, mais que \u00ab\u00a0puisque la loi est vot\u00e9e, elle doit s\u2019appliquer \u00e0 tout le monde\u00a0\u00bb\u00a0! De m\u00eame, lorsque nous avons fait signer une p\u00e9tition contre l\u2019exclusion de trois gar\u00e7ons sikhs \u00e0 la sortie du lyc\u00e9e Louise Michel de Bobigny, les rares r\u00e9actions hostiles ont \u00e9t\u00e9 celles d\u2019\u00e9l\u00e8ves nous soup\u00e7onnant de nous mobiliser uniquement pour des sikhs et nous expliquant que \u00ab\u00a0les filles enl\u00e8vent leur foulard, ils n\u2019ont qu\u2019\u00e0 enlever leur turban\u00a0\u00bb\u00a0; lorsque nous leur demandions s\u2019ils trouvaient juste que les filles soient oblig\u00e9es d\u2019enlever leur foulard, ils nous r\u00e9pondaient que non, et lorsque nous leur expliquions que nos collectifs se mobilisaient contre toutes les exclusions, qu\u2019il s\u2019agisse de voile, de croix, de kippa ou de turban, et lorsque nous leur montrions nos badges \u00ab\u00a0voil\u00e9es, non-voil\u00e9es, solidarit\u00e9\u00a0\u00bb, ces m\u00eames \u00e9l\u00e8ves redevenaient solidaires des trois gar\u00e7ons sikhs en signant imm\u00e9diatement la p\u00e9tition . Ce qui ressort de ces rencontres, c\u2019est donc que la loi et son application ont bel et bien attis\u00e9 les rancoeurs et les tensions inter-communautaires, et que seule la position anti-prohibitionniste, posant comme principe la tol\u00e9rance et l\u2019acceptation de tous les signes et v\u00eatements, pouvaient les apaiser.<\/p>\n<p>Pour finir sur ces \u00ab\u00a0tensions communautaires\u00a0\u00bb auxquelles la nouvelle loi \u00e9tait cens\u00e9e rem\u00e9dier en \u00ab\u00a0r\u00e9affirmant la la\u00efcit\u00e9 r\u00e9publicaine\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ferment du vivre-ensemble\u00a0\u00bb, on peut citer \u00e9galement ce r\u00e9sultat de sondage tr\u00e8s significatif\u00a0: \u00e0 la veille du vote de la loi, apr\u00e8s six mois de matraquage m\u00e9diatique, 69% des Fran\u00e7ais se pronon\u00e7aient pour la loi, 29% contre, soit un diff\u00e9rentiel de 40% en faveur de la loi\u00a0; en revanche, les Fran\u00e7ais et r\u00e9sidents de confession musulmane se pronon\u00e7aient au m\u00eame moment \u00e0 53% contre la loi, et 42% se pronon\u00e7aient pour, soit un diff\u00e9rentiel de 11% en d\u00e9faveur de la loi. Quant aux \u00ab\u00a0musulmans\u00a0\u00bb de moins de 35 ans, ils \u00e9taient 66% \u00e0 se dire oppos\u00e9s \u00e0 cette loi . Aucune question politique n\u2019avait suscit\u00e9 en France un tel clivage entre divers sous-groupes \u00ab\u00a0ethniques\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0confessionnels\u00a0\u00bb. Un \u00e9cart qui n\u2019existait pas au moment o\u00f9 le choix politique de lancer le d\u00e9bat avait \u00e9t\u00e9 fait, en avril 2003\u00a0: seuls 49% des Fran\u00e7ais se disaient alors favorables \u00e0 l\u2019interdiction du voile, contre 45% qui s\u2019y disaient d\u00e9favorables, soit un diff\u00e9rentiel de seulement 4%. Il faut se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence\u00a0: loin de \u00ab\u00a0rassembler\u00a0\u00bb autour de \u00ab\u00a0valeurs communes\u00a0\u00bb, la loi du 15 mars, et la campagne politique et m\u00e9diatique qu\u2019elle a n\u00e9cessit\u00e9, ont sem\u00e9 la division, la m\u00e9fiance, la peur de l\u2019autre, et contribu\u00e9 \u00e0 creuser un foss\u00e9 entre deux cat\u00e9gories de Fran\u00e7ais\u00a0: \u00ab\u00a0les musulmans\u00a0\u00bb et les autres.<\/p>\n<p>Enfin, pour conna\u00eetre la mani\u00e8re dont l\u2019ensemble des \u00e9l\u00e8ves ont v\u00e9cu la loi interdisant le voile \u00e0 l\u2019\u00e9cole, nous pouvons aussi nous r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019enqu\u00eate men\u00e9e en d\u00e9cembre 2003 dans un lyc\u00e9e de Seine Saint-Denis. <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/article.php3?id_article=207\">Les r\u00e9sultats<\/a>\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh1\" title=\"Pour voir les r\u00e9sultats complets, cliquer ici. \n\nQuelques \u00e9l\u00e9ments : \n\nLorsqu\u2019on\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Elements-d-un-futur-Livre-noir#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>] sont \u00e9loquents\u00a0: l\u2019opposition \u00e0 l\u2019interdiction du foulard &#8211; et plus encore \u00e0 l\u2019exclusion des \u00e9l\u00e8ves voil\u00e9es &#8211; est massive<\/p>\n<p>Si l\u2019on r\u00e9sume\u00a0: les jeunes gar\u00e7ons et plus encore les jeunes filles au nom desquelles nos \u00ab\u00a0repr\u00e9sentants\u00a0\u00bb, quasi-unanimes, ont vot\u00e9 une loi d\u2019interdiction des signes religieux, \u00e9taient les derniers \u00e0 demander une telle mesure. Ils y \u00e9taient m\u00eame majoritairement hostiles. Cette conclusion est aussi celle qui ressort de nos rencontres dans tous les \u00e9tablissements o\u00f9 nos collectifs sont intervenus apr\u00e8s le vote de la loi. La formule la plus fr\u00e9quente lorsque la loi du 15 mars \u00e9tait \u00e9voqu\u00e9e fut\u00a0: \u00ab\u00a0cette loi, c\u2019est n\u2019importe quoi\u00a0!\u00a0\u00bb, m\u00eame si l\u2019hostilit\u00e9 ne prenait pas forc\u00e9ment une forme combattive (beaucoup de lyc\u00e9en-ne-s nous ont dit\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est n\u2019importe quoi, mais qu\u2019est-ce qu\u2019on peut faire, la loi est vot\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0de toutes fa\u00e7ons on n\u2019a le droit de rien faire dans ce lyc\u00e9e, d\u00e8s qu\u2019on ouvre sa gueule on est sanctionn\u00e9\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Attiser la concurrence entre confessions, conforter les \u00e9l\u00e8ves dans leur sentiment de n\u2019\u00eatre ni \u00e9cout\u00e9s, ni respect\u00e9s, et enfin les conforter dans l\u2019id\u00e9e qu\u2019aucun d\u00e9bat d\u00e9mocratique, aucune action de protestation, n\u2019est possible pour faire valoir leur point de vue, telle est manifestement la principale cons\u00e9quence pour les \u00e9l\u00e8ves qui n\u2019ont pas eu \u00e0 subir plus directement les foudres de la loi\u00a0: l\u2019humiliation d\u2019un d\u00e9voilement forc\u00e9 ou la d\u00e9scolarisation. Pour le Collectif Une \u00e9cole pour tous, la conclusion est relativement simple\u00a0: une loi qui aboutit \u00e0 de tels r\u00e9sultats n\u2019est pas une loi la\u00efque. C\u2019est une loi d\u2019exclusion, qui doit \u00eatre combattue et abrog\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<h2 class=\"h2 pas_surlignable\">Notes<\/h2>\n<div id=\"nb1\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Elements-d-un-futur-Livre-noir#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>] Pour voir les r\u00e9sultats complets, <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/article.php3?id_article=452\">cliquer ici<\/a>.<\/p>\n<p><strong>Quelques \u00e9l\u00e9ments\u00a0: <\/strong><\/p>\n<p>Lorsqu\u2019on propose \u00ab\u00a0la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9l\u00e8ves portant le foulard islamique\u00a0\u00bb au milieu de douze autres \u00ab\u00a0probl\u00e8mes\u00a0\u00bb concernant leur scolarit\u00e9, seuls 17% des \u00e9l\u00e8ves interrog\u00e9s disent que cette pr\u00e9sence pose un probl\u00e8me \u00ab\u00a0tr\u00e8s important\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0assez important\u00a0\u00bb (alors que pour les douze autres probl\u00e8mes \u00e9voqu\u00e9s, ces deux r\u00e9ponses additionn\u00e9es recueillent entre 43% et 83%). Plus de la moiti\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves interrog\u00e9s (56%) d\u00e9clarent que ce n\u2019est pas vraiment un probl\u00e8me (tandis que, sur les douze autres points, cette r\u00e9ponse ne recueille qu\u2019entre 3% et 23%) .<\/p>\n<p>Par ailleurs, seuls 18% des \u00e9l\u00e8ves interrog\u00e9s se d\u00e9clarent favorables \u00e0 une loi interdisant les signes religieux \u00e0 l\u2019\u00e9cole, tandis que 54% se disent favorables au maintien de la loi pr\u00e9c\u00e9dente, \u00ab\u00a0autorisant le port d\u2019insignes religieux, y compris le foulard islamique, s\u2019il ne s\u2019accompagne pas d\u2019absent\u00e9isme ou de comportements perturbant le d\u00e9roulement des cours ou l\u2019ordre public\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019opposition est plus marqu\u00e9e encore lorsque la question mentionne l\u2019in\u00e9vitable cons\u00e9quence de l\u2019interdiction, \u00e0 savoir l\u2019exclusion de \u00ab\u00a0celles qui refusent d\u2019enlever leur voile\u00a0\u00bb\u00a0: seuls 9% des \u00e9l\u00e8ves se disent d\u2019accord, tandis que 79% d\u2019entre eux s\u2019y opposent. Enfin, les \u00e9l\u00e8ves ne sont que 2% \u00e0 approuver le simple \u00e9nonc\u00e9 \u00ab\u00a0il faut exclure les \u00e9l\u00e8ves voil\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il faut noter enfin que les filles \u00ab\u00a0avec r\u00e9f\u00e9rence musulmane\u00a0\u00bb ont massivement refus\u00e9 l\u2019argument qui consiste \u00e0 dire\u00a0: \u00ab\u00a0il faut interdire le voile, et exclure les \u00e9l\u00e8ves qui refusent de l\u2019enlever, afin d\u2019apporter un soutien aux filles qui refusent de porter le voile et qui subissent de ce fait des pressions\u00a0\u00bb\u00a0: elles sont 6% \u00e0 se dire en accord total, 6% plut\u00f4t d\u2019accord, 16% plut\u00f4t pas d\u2019accord et 64% en total d\u00e9saccord (et seulement 8% sans opinion).<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/lmsi.net\/Elements-d-un-futur-Livre-noir\">SOURCE<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La loi anti-foulard du 15 mars 2004\u00a0: bilan d\u2019une loi d\u2019exclusion par Collectif Une Ecole Pour Tou-te-s 20 f\u00e9vrier 2014 Cela fera dix ans, le 15 mars prochain, qu\u2019a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e la loi sur les \u00ab\u00a0signes religieux ostensibles\u00a0\u00bb, interdisant le port du foulard dit islamique \u00e0 l\u2019\u00e9cole, sous peine d\u2019exclusion d\u00e9finitive. \u00c0 l\u2019occasion de ce &#8230; <a title=\"El\u00e9ments d\u2019un futur \u00ab Livre noir \u00bb\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1842\" aria-label=\"En savoir plus sur El\u00e9ments d\u2019un futur \u00ab Livre noir \u00bb\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":742,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[23,9],"class_list":["post-1842","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-islamophobie","tag-discrimination","tag-voile"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1842","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1842"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1842\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1843,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1842\/revisions\/1843"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/742"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1842"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1842"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1842"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}