{"id":1844,"date":"2014-02-14T22:15:13","date_gmt":"2014-02-14T21:15:13","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1844"},"modified":"2014-02-25T22:18:11","modified_gmt":"2014-02-25T21:18:11","slug":"les-roms-une-nation-sans-territoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1844","title":{"rendered":"Les Roms : une nation sans territoire ?"},"content":{"rendered":"<div class=\"contenu-principal\">\n<div class=\"cartouche\">\n<h1 class=\"h1 crayon article-titre-1092 \">Les Roms\u00a0: une nation sans territoire\u00a0? (Premi\u00e8re partie)<\/h1>\n<p class=\"crayon article-soustitre-1092 soustitre\">Ciments identitaires et organisation sociale<\/p>\n<p class=\"info-publi\"><span class=\"auteurs\">par <span class=\"vcard author\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/_Xavier-Rothea_\">Xavier Roth\u00e9a<\/a><\/span><\/span><br \/>\n<abbr class=\"published\" title=\"2014-01-21T23:20:00Z\">22 janvier 2014<\/abbr><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-1092 chapo\">\n<p><strong>Face \u00e0 la permanence de la politique anti-roms, quelques r\u00e9alit\u00e9s doivent plus que jamais \u00eatre rappel\u00e9es, sur une population m\u00e9connue, invisibilis\u00e9e ou stigmatis\u00e9e, et soumise comme peu d\u2019autres \u00e0 des politiques d\u2019\u00c9tat particuli\u00e8rement violentes. C\u2019est \u00e0 ce rappel salutaire que participe le texte qui suit, initialement paru dans la revu anarchiste <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/refractions.plusloin.org\/\" rel=\"external\"><i>R\u00e9fractions<\/i><\/a>, que nous remercions de nous autoriser cette republication.<!--more--><\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"crayon article-texte-1092 texte\">\n<p>Consacrer un article aux Roms n\u00e9cessite au pr\u00e9alable une mise en garde contre deux \u00e9cueils. Il serait tentant, d\u2019une part, et encore plus dans le num\u00e9ro d\u2019une revue anarchiste consacr\u00e9 au f\u00e9d\u00e9ralisme, de pr\u00e9senter la ou les soci\u00e9t\u00e9s romanis comme des mod\u00e8les de fonctionnement non \u00e9tatique au sein desquels les individus jouiraient d\u2019une totale libert\u00e9. C\u2019est l\u00e0 une vision romantique aussi erron\u00e9e que celle pr\u00e9sentant les Roms comme des \u00ab\u00a0voleurs de poules\u00a0\u00bb. Comme dans de nombreuses autres soci\u00e9t\u00e9s, l\u2019exploitation, le patriarcat, le contr\u00f4le pesant du groupe sur l\u2019individu existent et ne peuvent \u00eatre ignor\u00e9s. D\u2019autre part, le danger, qui n\u2019est pas propre aux anarchistes celui-l\u00e0, serait de consid\u00e9rer les populations romanis comme plus marginales, plus inorganis\u00e9es que les autres populations, leur niant ainsi toute culture et toute organisation sociale propre.<\/p>\n<p>Pour \u00e9viter toute vision romantique comme toute \u00ab\u00a0diabolisation\u00a0\u00bb (et les secondes sont nettement plus nombreuses que les premi\u00e8res), et afin de d\u00e9finir clairement ce dont nous parlons, il est n\u00e9cessaire avant toute chose de s\u2019arr\u00eater un instant sur la signification du terme \u00ab\u00a0Rom\u00a0\u00bb, sur ce qui constitue l\u2019identit\u00e9 collective de la \u00ab\u00a0nation romani\u00a0\u00bb avant de se pencher sur l\u2019originalit\u00e9 de son organisation sociale et sur son histoire.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi le terme de \u00ab\u00a0Rom\u00a0\u00bb\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La d\u00e9signation des populations romanis sous le terme de \u00ab\u00a0Tsigane\u00a0\u00bb vient d\u2019un amalgame entre ces populations et les membres d\u2019une secte venus d\u2019Asie mineure au douzi\u00e8me si\u00e8cle\u00a0: les <i>Atsinganos<\/i>, dont les d\u00e9riv\u00e9s donn\u00e8rent les mots Tsigane en fran\u00e7ais, <i>Zigeuner<\/i> en allemand ou Zingari en italien. Le terme de Gitan provient, lui, d\u2019une croyance du quinzi\u00e8me si\u00e8cle selon laquelle les Roms \u00e9taient originaires de \u00ab\u00a0petite \u00c9gypte\u00a0\u00bb (l\u2019\u00c9pire). En r\u00e9alit\u00e9, nous savons, depuis le milieu du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, gr\u00e2ce aux travaux en linguistique du professeur August Friedrich Pott, que les Roms sont originaires du Nord de l\u2019Inde. Par l\u2019\u00e9tude compar\u00e9e de la langue des Roms, le romani, et de plusieurs dialectes indiens, Pott parvint \u00e0 d\u00e9montrer les similitudes entre le romani et le sanskrit.<\/p>\n<p>Les Roms ont leurs propres d\u00e9nominations pour se d\u00e9finir et se diff\u00e9rencier. Les plus utilis\u00e9es sont Sinti, Kal\u00e9, Rom ou encore Manus (qui donna manouche en fran\u00e7ais). Claire Auzias, qui a consacr\u00e9 plusieurs ouvrages \u00e0 l\u2019histoire des Roms, a d\u00e9j\u00e0 fait remarquer que le mot \u00ab\u00a0rom\u00a0\u00bb (ou Rrom), qui signifie homme dans toutes les variantes du romani, d\u00e9signe \u00e0 la fois une branche sp\u00e9cifique originaire d\u2019Europe orientale et balkanique, et l\u2019ensemble des Gitans, Tsiganes, Manouches. Ce terme s\u2019est impos\u00e9 comme d\u00e9nominatif commun gr\u00e2ce aux efforts des militants des mouvements d\u2019\u00e9mancipation des Roms qui refus\u00e8rent les appellations, charg\u00e9es de sens p\u00e9joratifs, donn\u00e9es par les non-Roms\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh1\" title=\"En Europe orientale et balkanique, le terme \u00ab Tsigane \u00bb est consid\u00e9r\u00e9 comme\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>]. C\u2019est \u00e9videmment celui que nous choisirons d\u2019employer.<\/p>\n<p><strong>Quels ciments identitaires\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Nos repr\u00e9sentations associent fr\u00e9quemment les Roms et le nomadisme. Pourtant, le voyage n\u2019est pas une caract\u00e9ristique constitutive de l\u2019identit\u00e9 romani. Il y a plus de s\u00e9dentaires\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh2\" title=\"Marcel Courthiade, pr\u00e9face de l\u2019ouvrage de Claire Auzias, Les Tsiganes ou le\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nb2\" rel=\"footnote\">2<\/a>] que de nomades parmi les Roms\u00a0: 90% d\u2019entre eux, en Europe, sont s\u00e9dentaires. En France, un tiers l\u2019est, un tiers est nomade et un tiers est semi-nomade. Comme l\u2019a soulign\u00e9 l\u2019ethnologue Alain Reyniers, nomadisme ou s\u00e9dentarit\u00e9 sont des modes vie conjoncturels correspondant \u00e0 des n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9conomiques. Ce qui semble \u00eatre commun aux Roms, ce n\u2019est pas le voyage mais la capacit\u00e9 au voyage li\u00e9e \u00e0 leur conception du territoire, c\u2019est un point sur lequel nous reviendrons.<\/p>\n<p>La langue est-elle un ciment de cette identit\u00e9 collective\u00a0? La question reste d\u00e9battue et les sp\u00e9cialistes ne sont pas tous d\u2019accord. Du <i>kalo<\/i> au <i>sinti<\/i>, en passant par les multiples variations balkaniques, le tronc commun, le \u00ab\u00a0romani\u00a0\u00bb, s\u2019est dilu\u00e9 au point que l\u2019intercompr\u00e9hension est aujourd\u2019hui difficile entre certains groupes \u00e9loign\u00e9s g\u00e9ographiquement. Marcel Courthiade, linguiste et professeur de romani \u00e0 l\u2019INALCO, dont les travaux sont aujourd\u2019hui les plus avanc\u00e9s sur la question, assure que l\u2019intercompr\u00e9hension redevient possible entre deux groupes de locuteurs apparemment \u00e9loign\u00e9s apr\u00e8s un temps d\u2019adaptation. Afin de renforcer ce r\u00f4le unificateur de la langue, il travaille actuellement avec d\u2019autres linguistes roms \u00e0 une standardisation du romani.<\/p>\n<p>Alors, qu\u2019est-ce qui fait que les Roms s\u2019affirment Roms, qu\u2019ils existent en tant que nation \u00e0 part enti\u00e8re, avec une culture propre et une identit\u00e9 commune, si ce n\u2019est le voyage ou, dans une moindre mesure, la langue\u00a0? La premi\u00e8re r\u00e9ponse qui vient \u00e0 l\u2019esprit est\u00a0: la conscience d\u2019\u00eatre Rom. La r\u00e9ponse peut para\u00eetre une lapalissade \u00e9hont\u00e9e mais le ciment de cette identit\u00e9 collective c\u2019est, justement, la conscience qu\u2019a chaque Rom d\u2019\u00eatre partie int\u00e9grante d\u2019une nation ayant son histoire, ses formes d\u2019organisations sociales, sa culture, en bref son identit\u00e9 propre. Les Roms peuvent faire valoir une multitude de diff\u00e9rences d\u2019un groupe ou d\u2019une r\u00e9gion \u00e0 l\u2019autre mais ces diff\u00e9rences seront toujours consid\u00e9r\u00e9es comme moindres qu\u2019avec des non-Roms. L\u2019organisation sociale reposant sur un certain nombre de valeurs communes est l\u2019une des caract\u00e9ristiques essentielles de cette diff\u00e9renciation avec les \u00ab\u00a0gadjo\u00a0\u00bb\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh3\" title=\"\u00ab Non-Rom \u00bb en romani.\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nb3\" rel=\"footnote\">3<\/a>].<\/p>\n<p><strong>Les Roms sont-ils une nation sans territoire\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La question du territoire est une probl\u00e9matique essentielle car elle permet d\u2019introduire l\u2019originalit\u00e9 du fonctionnement des soci\u00e9t\u00e9s romanis. Beaucoup d\u00e9nient, aujourd\u2019hui encore, la qualit\u00e9 de nation (dans le sens de communaut\u00e9 humaine qui poss\u00e8de une unit\u00e9 historique, linguistique et \u00e9conomique plus ou moins forte) aux Roms du fait de l\u2019inexistence d\u2019un \u00ab\u00a0pays\u00a0\u00bb rom.<\/p>\n<p>Qu\u2019ils forment une nation, cela ne fait aucun doute pour tous les militants de la cause romani qui l\u2019affirment haut et fort depuis des d\u00e9cennies notamment au sein de l\u2019Union romani internationale\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh4\" title=\"L\u2019Union romani internationale poss\u00e8de un r\u00f4le consultatif comme repr\u00e9sentante\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nb4\" rel=\"footnote\">4<\/a>], mais une nation sans appareil d\u2019\u00c9tat, qui n\u2019a pas fix\u00e9 de limites rigides \u00e0 l\u2019espace o\u00f9 s\u2019exercerait sa souverainet\u00e9. Les Roms n\u2019ont pas de pays propre et reconnu, qu\u2019ils administreraient \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un \u00c9tat moderne. Cela ne signifie pas qu\u2019ils soient une nation sans territoire. En r\u00e9alit\u00e9, on pourrait dire qu\u2019ils forment une nation aux territoires multiples et variants que chacune des composantes d\u00e9limite et structure. Comme le souligne l\u2019ethnologue Alain Reyniers, ces territoires sont d\u00e9finis et utilis\u00e9s en fonction des besoins \u00e9conomiques ou des relations familiales.<\/p>\n<p>Prenons un exemple\u00a0: un groupe de Gitans perpignanais peut se d\u00e9placer pour assister \u00e0 des r\u00e9unions familiales en Catalogne, puis partir faire les vendanges en Suisse ou en Allemagne, avant de revenir en Roussillon pour une foire. Le territoire de ce groupe, comme celui des autres d\u2019ailleurs, est avant tout un \u00ab\u00a0espace v\u00e9cu\u00a0\u00bb de relations commerciales, professionnelles ou familiales. Les cadres \u00e9tatiques avec leurs lots de l\u00e9gislations, de contr\u00f4les douaniers ou de fiscalit\u00e9, ne repr\u00e9sentent aucune n\u00e9cessit\u00e9 et aucun int\u00e9r\u00eat pour ces personnes et constituent au contraire une entrave \u00e0 leur mode de vie.<\/p>\n<p>Cette conception du territoire comme espace v\u00e9cu fait que c\u2019est l\u2019homme qui construit le territoire \u00e0 sa mesure et non le territoire qui cloisonne l\u2019activit\u00e9 humaine sur un espace pr\u00e9alablement d\u00e9limit\u00e9. Cette notion d\u2019espace v\u00e9cu est utilis\u00e9e en g\u00e9ographie pour exprimer l\u2019addition de plusieurs espaces qui se compl\u00e8tent. D\u2019apr\u00e8s le g\u00e9ographe Armand Fr\u00e9mont, qui a d\u00e9fini le concept d\u2019espace v\u00e9cu\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh5\" title=\"Armand Fr\u00e9mont, La R\u00e9gion, espace v\u00e9cu, 1976.\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nb5\" rel=\"footnote\">5<\/a>], celui-ci serait la r\u00e9union de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0espace de vie\u00a0\u00bb comme ensemble des lieux fr\u00e9quent\u00e9s par une personne ou un groupe social et de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0espace social\u00a0\u00bb comme ensemble des lieux fr\u00e9quent\u00e9s par une personne ou un groupe social en y ajoutant les\u00a0\u00ab\u00a0interrelations unissant ceux-ci\u00a0\u00bb\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh6\" title=\"Jean-Pierre Paulet, G\u00e9ographie urbaine, Armand Colin, 1999.\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nb6\" rel=\"footnote\">6<\/a>]. Cette notion est tr\u00e8s utile pour comprendre la territorialit\u00e9 romani qui s\u2019attache \u00e0 des lieux de vie, \u00e0 des itin\u00e9raires ou \u00e0 des lieux d\u2019activit\u00e9s professionnelles. Le territoire n\u2019est ni plus ni moins que la somme des endroits o\u00f9 l\u2019on a quelque chose \u00e0 faire.<\/p>\n<p>Aucun besoin de barri\u00e8re, de fronti\u00e8re car les limites sont fluctuantes au gr\u00e9 des n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9conomiques ou des relations de tous types. Ce territoire n\u2019est ni \u00e0 d\u00e9fendre ni \u00e0 conqu\u00e9rir et, au contraire, la libert\u00e9 de circulation devient un des gages du fonctionnement social. Cela n\u2019exclut pas les conflits entre groupes sur des questions spatiales comme dans le cas de zones d\u2019exercice de m\u00e9tiers. L\u2019ethnologue Jean-Pierre Li\u00e9geois, directeur du Centre de recherche tsigane \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris VIII, rappelle que l\u2019absence de pouvoir central ne signifie nullement qu\u2019il n\u2019existe pas d\u2019interdits ou de r\u00e8gles\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh7\" title=\"Jean-Pierre Li\u00e9geois, Tsiganes et Voyageurs, Conseil de l\u2019Europe,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nb7\" rel=\"footnote\">7<\/a>]. Ainsi des antagonismes trop prononc\u00e9s entre groupes impliquent des prises de d\u00e9cisions communautaires, notamment dans le domaine de la r\u00e9partition des zones d\u2019activit\u00e9s professionnelles. L\u2019absence d\u2019autorit\u00e9 sup\u00e9rieure qui pourrait imposer \u00e0 chaque groupe une ligne de conduite, une zone g\u00e9ographique pour l\u2019exercice de tel ou tel m\u00e9tier, est remplac\u00e9e par une recherche du consensus entre groupes ou familles. Il est \u00e9vident que cela ne supprime pas tous les conflits mais tend nettement \u00e0 les r\u00e9duire.<\/p>\n<p><strong>L\u2019originalit\u00e9 de l\u2019organisation sociale des Roms\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La diversit\u00e9 des situations g\u00e9ographiques, \u00e9conomiques ou religieuses entra\u00eene de nombreuses difficult\u00e9s pour la d\u00e9finition d\u2019un fonctionnement social \u00ab\u00a0type\u00a0\u00bb des soci\u00e9t\u00e9s romanis. Cela d\u2019autant plus qu\u2019existent, entre diff\u00e9rents groupes ou au sein d\u2019un m\u00eame groupe, des diff\u00e9rences de richesse, de niveau de vie, d\u2019attachement aux valeurs traditionnelles ou d\u2019impr\u00e9gnation de celles des soci\u00e9t\u00e9s environnantes. Pour simplifier, nous ne nous attarderons que sur les types de fonctionnement \u00ab\u00a0traditionnels\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Que ce soit dans des campements, des quartiers quasi \u00ab\u00a0ghetto\u00efs\u00e9s\u00a0\u00bb ou des r\u00e9sidences, la structure de base des soci\u00e9t\u00e9s romani est la cellule familiale \u00e9l\u00e9mentaire et la r\u00e9union de ces cellules \u00e9l\u00e9mentaires. La famille est la \u00ab\u00a0mesure de toute chose\u00a0\u00bb. La solidarit\u00e9 familiale est totale, tous y participent et tous en b\u00e9n\u00e9ficient, vieux et enfants compris. Le pendant de cette omnipr\u00e9sence familiale est la subordination des d\u00e9sirs ou de la volont\u00e9 de l\u2019individu \u00e0 celle de la famille puis du clan. Chaque cellule familiale est ind\u00e9pendante et leur r\u00e9union correspond \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de se regrouper pour assurer la r\u00e9alisation des t\u00e2ches, professionnelles par exemple, indispensable \u00e0 la survie de chacun. Aucune obligation de rester avec le groupe n\u2019existe, pas plus qu\u2019il n\u2019existe de moyens qui permettraient de faire respecter une telle obligation. Ces groupes librement constitu\u00e9s, souvent sur une base familiale plus ou moins \u00e9loign\u00e9e, se doivent de maintenir leur coh\u00e9sion et leurs relations avec d\u2019autres groupes. Ce maintien ne peut \u00eatre possible qu\u2019en trouvant des solutions aux conflits qui peuvent surgir. Tout fonctionnement social, pour se p\u00e9renniser, doit trouver des modes de r\u00e9solution des conflits.<\/p>\n<p>Les travaux de Jean-Pierre Li\u00e9geois ont permis de mieux conna\u00eetre les crit\u00e8res et le fonctionnement du contr\u00f4le social dans les soci\u00e9t\u00e9s romanis. Le besoin de maintenir la coh\u00e9sion sociale s\u2019est traduit par la volont\u00e9 de r\u00e9parer ou sanctionner tout acte contraire aux r\u00e8gles communautaires. Nous l\u2019avons dit, la recherche du consensus est donc une n\u00e9cessit\u00e9 pour les Roms, induite par l\u2019absence d\u2019une autorit\u00e9 sup\u00e9rieure commune. La r\u00e9solution des diff\u00e9rents entre groupes ou familles passe par une concertation communautaire, une assembl\u00e9e, voire dans certains cas, une cour de justice. Ces assembl\u00e9es ou ces cours de justice (les <i>kris<\/i>), qui n\u2019existent pas pour tous les groupes, sont compos\u00e9es des hommes \u00ab\u00a0chef de famille\u00a0\u00bb choisis en fonction des gages qu\u2019ils ont donn\u00e9s au sein de la communaut\u00e9. Le pouvoir de la <i>kris<\/i> ou de l\u2019assembl\u00e9e ne d\u00e9passe jamais le cadre pour lequel elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9unie. Des sanctions peuvent \u00eatre prises, allant de la r\u00e9paration du dommage au bannissement de la communaut\u00e9. La r\u00e9probation g\u00e9n\u00e9rale ou la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart tiennent lieu de moyen d\u2019assurer le respect des d\u00e9cisions de l\u2019assembl\u00e9e. Pour \u00eatre respect\u00e9es, ces d\u00e9cisions ou sanctions doivent donc, avant tout, \u00eatre accept\u00e9es par l\u2019ensemble de la communaut\u00e9, d\u2019o\u00f9 la recherche du consensus. Il n\u2019y a ni police ni mandat\u00e9 particulier pour faire respecter ces d\u00e9cisions.<\/p>\n<p>Bien que non-\u00e9tatique, ce contr\u00f4le social \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des soci\u00e9t\u00e9s romanis traditionnelles am\u00e8ne certaines interrogations qui relativisent l\u2019image \u00ab\u00a0romantique\u00a0\u00bb que nous pourrions en avoir. Certaines des valeurs qui les sous-tendent (comme les notions de puret\u00e9 et d\u2019impuret\u00e9, le sens de l\u2019honneur viril, le patriarcat) et des cons\u00e9quences qu\u2019elles impliquent (la n\u00e9cessaire virginit\u00e9 des filles, la domination masculine, l\u2019intrusion du groupe et encore plus de la famille dans la vie de l\u2019individu) ne laissent que peu de place aux d\u00e9sirs de l\u2019individu. Encore une fois, il s\u2019agit d\u2019\u00eatre clair, ces valeurs ne sont pas partag\u00e9es par tous les Roms, pas plus que les soi-disant valeurs nationales sont partag\u00e9es par tous les Fran\u00e7ais. Ce sont simplement des valeurs traditionnelles dans lesquelles bon nombre de Roms, notamment parmi les plus jeunes et les plus militants, ne se retrouvent pas.<\/p>\n<p>Il appara\u00eet clairement qu\u2019un mode de fonctionnement social sans appareil d\u2019\u00c9tat ne garantit pas \u00e0 lui seul une libert\u00e9 sans entraves. Pas plus que la d\u00e9mocratie directe n\u2019assure \u00e0 elle seule un fonctionnement libertaire, le f\u00e9d\u00e9ralisme n\u2019est la seule condition de l\u2019\u00e9mancipation de l\u2019individu dans leur soci\u00e9t\u00e9. L\u2019une et l\u2019autre ne deviennent pertinents, pour nous anarchistes, qu\u2019en reposant sur des valeurs de libert\u00e9, d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de solidarit\u00e9. Il n\u2019en reste pas moins que cette organisation sociale nous donne des pistes de r\u00e9flexion int\u00e9ressantes aussi bien dans le domaine de la r\u00e9solution des conflits que dans celle de la territorialit\u00e9. Avoir su la pr\u00e9server n\u2019est pas le moindre m\u00e9rite des Roms.<\/p>\n<p>L\u2019historienne Henriette Ass\u00e9o a qualifi\u00e9 les Roms de \u00ab\u00a0peuple-r\u00e9sistance\u00a0\u00bb\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh8\" title=\"Henriette Ass\u00e9o, \u00ab Pour une histoire des peuples-r\u00e9sistances \u00bb in Tsiganes :\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nb8\" rel=\"footnote\">8<\/a>] qui est, selon elle, celui <i>\u00ab\u00a0dont la conscience historique de soi r\u00e9side dans la capacit\u00e9 \u00e0 reformuler en permanence tout \u00e9l\u00e9ment de contact entre [lui] et autrui pour une politique de survie\u00a0\u00bb<\/i>. Cette capacit\u00e9 d\u2019adaptation, tout en conservant ses traits propres a \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 rude \u00e9preuve \u00e0 chaque \u00e9tape du renforcement de la volont\u00e9 assimilatrice, centralisatrice et r\u00e9pressive de l\u2019\u00c9tat moderne.<\/p>\n<p><a class=\"spip_in\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans,1093\">Deuxi\u00e8me partie\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019emprise de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"ps\">\n<h2 class=\"h2\">P.-S.<\/h2>\n<div class=\"crayon article-ps-1092 surlignable\">\n<p>Xavier Roth\u00e9a a notamment publi\u00e9\u00a0: <i>France, pays du droit des roms\u00a0?<\/i> (\u00c9ditions Carobella Ex Natura, 2003), que nous recommandons vivement.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<h2 class=\"h2 pas_surlignable\">Notes<\/h2>\n<div id=\"nb1\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>] En Europe orientale et balkanique, le terme \u00ab\u00a0Tsigane\u00a0\u00bb est consid\u00e9r\u00e9 comme tr\u00e8s p\u00e9joratif par les Roms. \u00c0 l\u2019inverse, les populations romanis d\u2019Espagne ou du Sud de la France arborent fi\u00e8rement leur identit\u00e9 \u00ab\u00a0gitane\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nh2\" rev=\"footnote\">2<\/a>] Marcel Courthiade, pr\u00e9face de l\u2019ouvrage de Claire Auzias, <i>Les Tsiganes ou le destin sauvage des Roms de l\u2019Est<\/i>, Michalon, 1995.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nh3\" rev=\"footnote\">3<\/a>] \u00ab\u00a0Non-Rom\u00a0\u00bb en romani.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nh4\" rev=\"footnote\">4<\/a>] L\u2019Union romani internationale poss\u00e8de un r\u00f4le consultatif comme repr\u00e9sentante des Roms aupr\u00e8s de l\u2019ONU et du Conseil de l\u2019Europe. Cr\u00e9\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 par des Roms pour la plupart issus des pays de l\u2019Est, notamment de Yougoslavie, cette organisation en phase avec le r\u00e9gime titiste, joua un r\u00f4le tr\u00e8s important pour la reconnaissance de l\u2019identit\u00e9 romani (et plus anecdotiquement dans la mise en sc\u00e8ne du rapprochement entre l\u2019Inde et la Yougoslavie au sein du mouvement des non-align\u00e9s). Depuis les ann\u00e9es 1980, cette organisation a \u00e9t\u00e9 le fer de lance du mouvement d\u2019\u00e9mancipation des Roms et regroupa la plupart des intellectuels roms.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nh5\" rev=\"footnote\">5<\/a>] Armand Fr\u00e9mont, <i>La R\u00e9gion, espace v\u00e9cu<\/i>, 1976.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb6\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 6\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nh6\" rev=\"footnote\">6<\/a>] Jean-Pierre Paulet, <i>G\u00e9ographie urbaine<\/i>, Armand Colin, 1999.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb7\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 7\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nh7\" rev=\"footnote\">7<\/a>] Jean-Pierre Li\u00e9geois, <i>Tsiganes et Voyageurs<\/i>, Conseil de l\u2019Europe, 1985.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb8\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 8\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092#nh8\" rev=\"footnote\">8<\/a>] Henriette Ass\u00e9o, \u00ab\u00a0Pour une histoire des peuples-r\u00e9sistances\u00a0\u00bb in <i>Tsiganes\u00a0: identit\u00e9, \u00e9volution<\/i>, Syros, 1989.<\/p>\n<div class=\"contenu-principal\">\n<div class=\"cartouche\">\n<h1 class=\"h1 crayon article-titre-1093 \">Les roms\u00a0: une nation sans territoire\u00a0? (Deuxi\u00e8me partie)<\/h1>\n<p class=\"crayon article-soustitre-1093 soustitre\">L\u2019emprise de l\u2019\u00c9tat<\/p>\n<p class=\"info-publi\"><span class=\"auteurs\">par <span class=\"vcard author\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/_Xavier-Rothea_\">Xavier Roth\u00e9a<\/a><\/span><\/span><br \/>\n<abbr class=\"published\" title=\"2014-01-23T01:10:00Z\">23 janvier 2014<\/abbr><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-1093 chapo\">\n<p><strong>Face \u00e0 la permanence de la politique anti-roms, quelques r\u00e9alit\u00e9s doivent plus que jamais \u00eatre rappel\u00e9es, sur une population m\u00e9connue, invisibilis\u00e9e ou stigmatis\u00e9e, et soumise comme peu d\u2019autres \u00e0 des politiques d\u2019\u00c9tat particuli\u00e8rement violentes. C\u2019est \u00e0 ce rappel salutaire que participe le texte qui suit, initialement paru dans la revu anarchiste <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/refractions.plusloin.org\/\" rel=\"external\"><i>R\u00e9fractions<\/i><\/a>, que nous remercions de nous autoriser cette republication.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"crayon article-texte-1093 texte\">\n<p><a class=\"spip_in\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-Roms-une-nation-sans,1092\">Premi\u00e8re partie<\/a><\/p>\n<p>S\u2019il est un peuple pour qui la phrase de Proudhon concernant le r\u00f4le r\u00e9pressif de l\u2019\u00c9tat aurait pu \u00eatre \u00e9crite, c\u2019est bien les Roms. Les exemples de politiques d\u2019assimilation forc\u00e9e, de bannissement ou de criminalisation sont l\u00e9gion, et le lecteur pourra trouver de nombreuses informations \u00e0 ce sujet dans l\u2019ouvrage de Jean-Pierre Li\u00e9geois d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9.<\/p>\n<p>Des historiens (et surtout des historiennes) tentent depuis quelques ann\u00e9es de retracer et d\u2019analyser les relations des Roms avec les soci\u00e9t\u00e9s environnantes. Donald Kenrick, Grattan Puxon\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh1\" title=\"Donald Kenrick et Grattan Puxon, Destins gitans, 1972, Gallimard.\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans,1093#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>] et, plus r\u00e9cemment, Claire Auzias\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh2\" title=\"Claire Auzias, Les Tsiganes ou le destin sauvage des Roms de l\u2019Est,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans,1093#nb2\" rel=\"footnote\">2<\/a>] ou Henriette Ass\u00e9o nous ont permis de mieux conna\u00eetre leur histoire r\u00e9cente et les \u00e9preuves qu\u2019ils eurent \u00e0 affronter. Nous ne pouvons les retracer dans un article. Arr\u00eatons-nous plut\u00f4t sur quelques cas significatifs avant d\u2019essayer de faire un point de leur situation aujourd\u2019hui, notamment en France.<\/p>\n<p>La p\u00e9riode la plus funeste de l\u2019histoire des Roms fut sans conteste celle de la terreur impos\u00e9e par les nazis et leurs sbires en Europe. L\u2019ouvrage de Claire Auzias sur le \u00ab\u00a0samudaripen\u00a0\u00bb\u00a0\u2013\u00a0le g\u00e9nocide des Roms\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh3\" title=\"Claire Auzias, Samudaripen : le g\u00e9nocide des Tsiganes, L\u2019 Esprit frappeur,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans,1093#nb3\" rel=\"footnote\">3<\/a>]\u00a0\u2013\u00a0est une v\u00e9ritable mine d\u2019informations qui offre un tour d\u2019horizon complet et concis tant sur la volont\u00e9 exterminatrice des nazis \u00e0 l\u2019encontre des populations romanis que sur la politique anti-Rom du r\u00e9gime de Vichy. L\u2019horreur port\u00e9e \u00e0 son comble pour un peuple qui, pourtant, ne subissait pas, l\u00e0, ses premi\u00e8res pers\u00e9cutions.<\/p>\n<p>Les Roms avaient r\u00e9ussi \u00e0 survivre et \u00e0 conserver leur identit\u00e9 malgr\u00e9 les multiples arsenaux r\u00e9pressifs des \u00c9tats europ\u00e9ens de l\u2019\u00e9poque moderne. En 1682, dans la France de Louis XVI, le seul fait d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0boh\u00e9mien\u00a0\u00bb \u00e9tait passible des gal\u00e8res \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour les hommes et du bannissement pour les femmes. Les l\u00e9gislations anti-Roms se perp\u00e9tuent en Europe entretenant le mythe de la culpabilit\u00e9 intrins\u00e8que des Roms. Leurs modes de vie, leur discr\u00e9tion, la repr\u00e9sentation parfaite qu\u2019ils offraient de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9tranger\u00a0\u00bb, de l\u2019Autre, laissaient la porte ouverte \u00e0 tous les fantasmes. La sorcellerie, le cannibalisme ou le vol d\u2019enfants furent des accusations largement r\u00e9pandues.<\/p>\n<p>En Allemagne, les nazis n\u2019eurent souvent qu\u2019\u00e0 r\u00e9utiliser le travail de recensement et de classification des Roms entrepris par les services de police bien avant leur arriv\u00e9e au pouvoir. Les Roms furent tr\u00e8s t\u00f4t pr\u00e9sent\u00e9s comme un danger pour la soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019il convenait d\u2019encadrer et de surveiller. D\u00e8s 1899, fut cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Munich une \u00ab\u00a0centrale des affaires tsiganes\u00a0\u00bb qui publia un rapport en 1905, le Zigeunerbuch, v\u00e9ritable base th\u00e9orique des politiques anti-Roms. Un recensement g\u00e9n\u00e9ral fut demand\u00e9 en 1908 par les autorit\u00e9s bavaroises. Une loi pour lutter contre \u00ab\u00a0les Tsiganes, les nomades et les fain\u00e9ants\u00a0\u00bb fut m\u00eame vot\u00e9e en 1925 dans ce m\u00eame \u00c9tat.<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Si l\u2019Allemagne n\u2019a pas invent\u00e9 de toutes pi\u00e8ces l\u2019id\u00e9ologie raciste anti-tsigane, elle l\u2019a th\u00e9oris\u00e9e avec soin avant de l\u2019appliquer\u00a0\u00bb<\/i>, explique Claire Auzias. Sous le couvert de la science, les anthropologues nazis firent subir des tests \u00ab\u00a0biologiques, raciaux\u00a0\u00bb aux Roms afin de justifier leur extermination\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh4\" title=\"Voir \u00e9galement \u00e0 ce sujet Henriette Ass\u00e9o, \u00ab La politique nazie de liquidation\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans,1093#nb4\" rel=\"footnote\">4<\/a>]. La politique nazie de destruction collective des Roms se fit en deux \u00e9tapes. Ce fut, d\u2019abord, l\u2019enfermement dans les camps d\u2019internement des r\u00e9gions allemandes puis, \u00e0 partir de 1938, sous l\u2019impulsion de Himmler, la d\u00e9portation dans les camps d\u2019extermination. Les Roms d\u2019Autriche, de Pologne, de Norv\u00e8ge, des Pays-Bas, des Pays baltes, d\u2019Ukraine et de Boh\u00eame-Moravie furent soumis \u00e0 ce macabre sort. \u00c0 cette d\u00e9portation vers les camps de la mort s\u2019ajout\u00e8rent les massacres commis, notamment en Russie, en Ukraine et dans les pays baltes, par des unit\u00e9s sp\u00e9ciales des SS, les <i>Einsatzgruppen<\/i> charg\u00e9s de l\u2019extermination des juifs et des Roms \u00e0 partir de l\u2019\u00e9t\u00e9 1941.<\/p>\n<p>Des r\u00e9gimes pro-nazis en Europe se distingu\u00e8rent par la sauvagerie avec laquelle ils s\u2019employ\u00e8rent \u00e0 exterminer les populations romanis. Ce fut le cas de \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat ind\u00e9pendant de Croatie\u00a0\u00bb dirig\u00e9 par les oustachis d\u2019Ante Pavelic (40000 Roms trouv\u00e8rent la mort dans le camp de Jasenovac entre 1941 et 1945) et de la dictature dirig\u00e9e par Antonescu en Roumanie. Entendant lutter contre les <i>\u00ab\u00a0risques de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de la \u201crace\u201d roumaine du fait de l\u2019assimilation des Tsiganes\u00a0\u00bb<\/i>, des campagnes de st\u00e9rilisation furent entreprises d\u00e8s 1941. En 1942, le recensement des Roms fut le pr\u00e9alable \u00e0 leur d\u00e9portation dans la province roumaine de Transnistrie d\u2019o\u00f9 beaucoup ne revinrent pas, victimes de la faim, du froid, du typhus. On estime entre 30000 et 50000 le nombre de Roms qui p\u00e9rirent sous le r\u00e9gime d\u2019Antonescu.<\/p>\n<p>Le chiffre de 500000 victimes romanis des politiques d\u2019extermination est le plus souvent avanc\u00e9 et accept\u00e9. Mais le travail des historiens ne fait que commencer et les recherches \u00e0 venir devraient permettre de mieux conna\u00eetre ces heures sombres et leurs cons\u00e9quences. Nous aurions pu croire, apr\u00e8s une telle barbarie, \u00e0 une prise de conscience des malheurs de ce peuple, \u00e0 un moment de r\u00e9pit et \u00e0 la volont\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes de combattre les \u00ab\u00a0petits\u00a0\u00bb pr\u00e9jug\u00e9s qui m\u00e8nent aux grands crimes. H\u00e9las, les pr\u00e9jug\u00e9s et les st\u00e9r\u00e9otypes avaient encore de \u00ab\u00a0beaux jours\u00a0\u00bb devant eux. C\u2019est sans surprise, mais avec tristesse, que nous d\u00e9couvr\u00eemes la situation des Roms en Europe de l\u2019Est apr\u00e8s la chute des r\u00e9gimes \u00ab\u00a0communistes\u00a0\u00bb, dans ces soci\u00e9t\u00e9s qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9livr\u00e9es du totalitarisme mais n\u2019avaient pas su prendre garde aux haines ancestrales, un temps \u00e9touff\u00e9es, qui remontaient \u00e0 la surface entra\u00eenant en ex- Yougoslavie des faits que l\u2019on aurait pu croire d\u2019une autre \u00e9poque.<\/p>\n<p>Pour se maintenir au pouvoir, les anciens dirigeants communistes des r\u00e9publiques yougoslaves, et Milosevic en t\u00eate, jou\u00e8rent la carte de l\u2019ultra-nationalisme, rallumant et exploitant des rivalit\u00e9s anciennes entre Serbes, Croates, Musulmans de Bosnie et Albanais. Les Roms des ex-r\u00e9publiques yougoslaves, qui n\u2019avaient rien \u00e0 gagner \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019\u00c9tats ethniquement homog\u00e8nes, se retrouv\u00e8rent pris entre plusieurs feux. Nombreux furent les Roms de Serbie contraints de rejoindre l\u2019arm\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale (domin\u00e9e par les nationalistes serbes) pour y effectuer les t\u00e2ches les plus dangereuses, comme le d\u00e9minage, ou pour servir de chair \u00e0 canon\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh5\" title=\"R\u00e9solution de l\u2019Union romani internationale adress\u00e9e au conseil de\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans,1093#nb5\" rel=\"footnote\">5<\/a>]. Les Roms de Croatie, eux, furent soumis \u00e0 un chantage consistant \u00e0 conditionner l\u2019attribution de papiers d\u2019identit\u00e9 croates \u00e0 leur engagement dans l\u2019arm\u00e9e. En d\u00e9cembre 1992, Rajko Djuric, pr\u00e9sident de l\u2019URI d\u00e9clarait\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Cette guerre d\u00e9j\u00e0 absurde pour les Slaves, l\u2019est encore plus pour les Roms, dont les familles sont r\u00e9parties dans toutes les r\u00e9publiques et qui, n\u2019\u00e9tant au pouvoir nulle part, sont s\u00fbrs de ne tirer aucun b\u00e9n\u00e9fice de la guerre.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>L\u2019absurdit\u00e9 et l\u2019horreur prirent toute leur dimension durant le conflit bosniaque o\u00f9 les Roms de cette province, majoritairement musulmans, eurent \u00e0 subir les exactions des milices nationalistes croates et surtout serbes. Dans les r\u00e9gions sous contr\u00f4le des milices des nationalistes serbes de Bosnie, les massacres, les viols, les d\u00e9placements de population se multipli\u00e8rent. \u00c0 Srebrenica, Zvornik, Karakaj ou Bijeljina, on assista \u00e0 de v\u00e9ritables massacres de Roms. Nombre d\u2019entre eux furent enferm\u00e9s dans les camps, et nous ne savons pas encore combien y laiss\u00e8rent leur vie. En 1993, Amnesty International fit \u00e9tat de plusieurs milliers de Roms massacr\u00e9s dans les r\u00e9gions domin\u00e9es par les milices serbes de Bosnie. Malgr\u00e9 les campagnes men\u00e9es par l\u2019URI, leur sort resta ignor\u00e9 ou ni\u00e9 par les pays occidentaux qui s\u2019\u00e9vertu\u00e8rent \u00e0 renvoyer les demandeurs d\u2019asile. Les Roms des anciennes r\u00e9publiques yougoslaves furent consid\u00e9r\u00e9s comme des usurpateurs tentant de profiter des d\u00e9sordres de leurs r\u00e9gions pour se faire passer pour des r\u00e9fugi\u00e9s politiques. Les pr\u00e9jug\u00e9s et la d\u00e9fiance prouv\u00e8rent leur t\u00e9nacit\u00e9.<\/p>\n<p>Ailleurs en Europe de l\u2019Est, les vieux st\u00e9r\u00e9otypes remis au go\u00fbt du jour se d\u00e9vers\u00e8rent dans la presse. Les pr\u00e9tendues violences et d\u00e9linquances intrins\u00e8ques des Roms furent stigmatis\u00e9es. Marcel Courthiade fournit des explications tr\u00e8s claires sur ce point\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Il semble impossible de nier que la d\u00e9linquance est plus \u00e9lev\u00e9e chez les Roms que dans l\u2019ensemble de la population\u00a0: l\u2019impartialit\u00e9 du raciste consiste \u00e0 livrer des chiffres sans commentaire. Or dans certains pays des recherches plus honn\u00eates ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es et il est apparu que le degr\u00e9 de d\u00e9linquance est exactement le m\u00eame chez les Roms que chez les non-Roms si l\u2019on consid\u00e8re les deux populations par classe sociale \u00e9quivalente. (&#8230;) Le double malheur des Roms est de se trouver presque en totalit\u00e9 dans les classes les plus d\u00e9favoris\u00e9es et les plus violentes.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh6\" title=\"Marcel Courthiade, pr\u00e9face du livre de Claire Auzias, Les Tsiganes ou le\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans,1093#nb6\" rel=\"footnote\">6<\/a>]<\/p>\n<p>Il y eut alors une recrudescence des actes de racisme anti-Roms, notamment en Roumanie, augmentant le nombre de ceux qui tent\u00e8rent de trouver refuge en Europe de l\u2019Ouest.<\/p>\n<p><a class=\"spip_in\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans\">Derni\u00e8re partie\u00a0: \u00ab\u00a0La France, pays du droit des roms\u00a0?\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"ps\">\n<h2 class=\"h2\">P.-S.<\/h2>\n<div class=\"crayon article-ps-1093 surlignable\">\n<p>Ce texte est paru initialement dans la revu anarchiste <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/refractions.plusloin.org\/\" rel=\"external\"><i>R\u00e9fractions<\/i><\/a>, que nous remercions de nous autoriser cette republication. Xavier Roth\u00e9a a notamment publi\u00e9\u00a0: <i>France, pays du droit des roms\u00a0?<\/i> (\u00c9ditions Carobella Ex Natura, 2003), que nous recommandons vivement.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<h2 class=\"h2 pas_surlignable\">Notes<\/h2>\n<div id=\"nb1\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans,1093#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>] Donald Kenrick et Grattan Puxon, <i>Destins gitans<\/i>, 1972, Gallimard.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans,1093#nh2\" rev=\"footnote\">2<\/a>] Claire Auzias, <i>Les Tsiganes ou le destin sauvage des Roms de l\u2019Est<\/i>, Michalon, 1995.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans,1093#nh3\" rev=\"footnote\">3<\/a>] Claire Auzias, <i>Samudaripen\u00a0: le g\u00e9nocide des Tsiganes<\/i>, L\u2019 Esprit frappeur, 1999.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans,1093#nh4\" rev=\"footnote\">4<\/a>] Voir \u00e9galement \u00e0 ce sujet Henriette Ass\u00e9o, \u00ab\u00a0La politique nazie de liquidation des Tsiganes\u00a0\u00bb, dans <i>Ethnie<\/i> n\u00b0\u00a015, 1993.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans,1093#nh5\" rev=\"footnote\">5<\/a>] R\u00e9solution de l\u2019Union romani internationale adress\u00e9e au conseil de l\u2019Europe.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb6\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 6\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans,1093#nh6\" rev=\"footnote\">6<\/a>] Marcel Courthiade, pr\u00e9face du livre de Claire Auzias, <i>Les Tsiganes ou le destin sauvage des Roms de l\u2019Est<\/i>, Michalon, 1995.<\/p>\n<div class=\"contenu-principal\">\n<div class=\"cartouche\">\n<h1 class=\"h1 crayon article-titre-1094 \">Les roms\u00a0: une nation sans territoire\u00a0? (Troisi\u00e8me partie)<\/h1>\n<p class=\"crayon article-soustitre-1094 soustitre\">La France, pays des droits des Roms\u00a0?<\/p>\n<p class=\"info-publi\"><span class=\"auteurs\">par <span class=\"vcard author\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/_Xavier-Rothea_\">Xavier Roth\u00e9a<\/a><\/span><\/span><br \/>\n<abbr class=\"published\" title=\"2014-01-23T23:05:00Z\">24 janvier 2014<\/abbr><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-1094 chapo\">\n<p><strong>Face \u00e0 la permanence de la politique anti-roms, quelques r\u00e9alit\u00e9s doivent plus que jamais \u00eatre rappel\u00e9es, sur une population m\u00e9connue, invisibilis\u00e9e ou stigmatis\u00e9e, et soumise comme peu d\u2019autres \u00e0 des politiques d\u2019\u00c9tat particuli\u00e8rement violentes. C\u2019est \u00e0 ce rappel salutaire que participe le texte qui suit, initialement paru dans la revu anarchiste <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/refractions.plusloin.org\/\" rel=\"external\"><i>R\u00e9fractions<\/i><\/a>, que nous remercions de nous autoriser cette republication.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"crayon article-texte-1094 texte\">\n<p><a class=\"spip_in\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans,1093\">Partie pr\u00e9c\u00e9dente<\/a><\/p>\n<p>En 1895, un recensement, entrepris par le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, d\u00e9nombra sur le territoire fran\u00e7ais\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh1\" title=\"Henriette Ass\u00e9o, Les Tsiganes, une destin\u00e9e europ\u00e9enne, D\u00e9couvertes Gallimard,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>] <i>\u00ab\u00a0quatre cent mille vagabonds et vingt-cinq mille nomades en bande voyageant en roulotte\u00a0\u00bb<\/i>. Les parlementaires d\u00e9cid\u00e8rent de soumettre cette population \u00ab\u00a0potentiellement dangereuse\u00a0\u00bb \u00e0 un contr\u00f4le policier serr\u00e9. Une loi du 16 juillet 1912 instaura un carnet anthropom\u00e9trique pour les nomades, v\u00e9ritable titre de circulation sur lequel figuraient photos d\u2019identit\u00e9 et empreintes digitales. Ce carnet devait obligatoirement \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 dans chaque commune qui, conform\u00e9ment \u00e0 cette m\u00eame loi, pouvait refuser le stationnement. \u00c0 la situation difficile des temps de paix succ\u00e9da celle, intenable, des temps de guerre.<\/p>\n<p>En octobre 1939, les Roms furent assign\u00e9s \u00e0 r\u00e9sidence par les autorit\u00e9s r\u00e9publicaines soup\u00e7onnant en eux une possible \u00ab\u00a0cinqui\u00e8me colonne\u00a0\u00bb. La circulation des nomades fut interdite le 6 avril 1940 et le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur demanda aux pr\u00e9fets de les assigner \u00e0 r\u00e9sidence en des termes ne comportant aucune ambigu\u00eft\u00e9 sur la consid\u00e9ration qu\u2019il portait \u00e0 ces populations\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Leurs incessants d\u00e9placements, au cours desquels les nomades peuvent recueillir de nombreux et importants renseignements, peuvent constituer pour la D\u00e9fense nationale un danger tr\u00e8s s\u00e9rieux, il est donc n\u00e9cessaire de les soumettre \u00e0 une \u00e9troite surveillance de la police et de la gendarmerie, et ce r\u00e9sultat ne peut \u00eatre obtenu que si les nomades sont astreints \u00e0 s\u00e9journer dans un lieu d\u00e9termin\u00e9.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Et de conclure\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Ce ne serait pas le moindre b\u00e9n\u00e9fice du d\u00e9cret qui vient de para\u00eetre, s\u2019il permettait de stabiliser des bandes d\u2019errants qui constituent du point de vue social un danger certain et de donner \u00e0 quelques-uns uns d\u2019entre eux, sinon le go\u00fbt, du moins les habitudes du travail r\u00e9gulier.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh2\" title=\"Claire Auzias, Samudaripen, le g\u00e9nocide des Tsiganes, l\u2019Esprit frappeur,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans#nb2\" rel=\"footnote\">2<\/a>]<\/p>\n<p>Ces mesures, et la loi de 1912, permirent un fichage minutieux des Roms qui fut, l\u00e0 aussi, utilis\u00e9 par le r\u00e9gime de Vichy lorsque celui-ci entreprit de traquer et d\u2019interner les Roms. D\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9 1940, les arrestations et les internements se multipli\u00e8rent aussi bien dans la zone occup\u00e9e que dans la zone \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb. Claire Auzias, qui rejoint en cela le sp\u00e9cialiste du r\u00e9gime de Vichy, l\u2019historien Robert Paxton, d\u00e9montre que la politique anti-Rom de Vichy, comme sa politique antis\u00e9mite, est intrins\u00e8que \u00e0 son id\u00e9ologie et qu\u2019elle n\u2019est pas une politique impos\u00e9e par les nazis.<\/p>\n<p>L\u2019internement fut d\u2019abord confi\u00e9 aux pr\u00e9fets entre octobre 1940 et novembre 1941. Le regroupement dans quelques grands camps en 1942, dont celui de Montreuil-Bellay\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh3\" title=\"Lire \u00e0 ce propos l\u2019ouvrage de Jacques Sigot, Ces barbel\u00e9s oubli\u00e9s par\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans#nb3\" rel=\"footnote\">3<\/a>], fut le pr\u00e9lude \u00e0 la d\u00e9portation vers l\u2019Est. L\u2019ampleur de cette politique est aujourd\u2019hui encore difficilement chiffrable. L\u2019historienne Marie-Christine Hubert \u00e9tablit \u00e0 4657 le nombre de Roms fran\u00e7ais intern\u00e9s dans la zone occup\u00e9e et \u00e0 1004 dans la zone \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh4\" title=\"Marie-Christine Hubert, Les Tsiganes en France, 1939- 1946, assignation \u00e0\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans#nb4\" rel=\"footnote\">4<\/a>]. Il est par contre impossible de d\u00e9terminer combien de Roms non fran\u00e7ais eurent \u00e0 subir ces politiques.<\/p>\n<p>Le plus d\u00e9concertant, peut-\u00eatre, r\u00e9side dans le fait que ces prisonniers ne furent pas lib\u00e9r\u00e9s en 1944 comme les autres intern\u00e9s, restant enferm\u00e9s pour certains jusqu\u2019en mai 1946. Les \u00ab\u00a0retrouvailles\u00a0\u00bb avec la R\u00e9publique \u00e9taient rat\u00e9es. Leurs relations ne s\u2019annon\u00e7aient pas sous les meilleurs auspices, d\u2019autant que la loi de 1912 et le carnet anthropom\u00e9trique qu\u2019elle imposait aux populations nomades, restaient en vigueur.<\/p>\n<p>Soyons clair\u00a0: jamais sous la R\u00e9publique, il n\u2019y eut de l\u00e9gislation sp\u00e9cifique envers les populations romanis ni aucune forme de reconnaissance officielle (pas plus que de reconnaissance d\u2019autres minorit\u00e9s). Pourtant les l\u00e9gislations concernant les gens du voyage (terme aujourd\u2019hui pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 celui de nomades), sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une appartenance ethnique particuli\u00e8re, sont largement responsables, depuis 1912, de la situation actuelle des Roms, quel que soit leur mode de vie. Car si le nomadisme n\u2019est pas constitutif de l\u2019identit\u00e9 romani, ce fut un mode de vie d\u2019abord majoritaire avant d\u2019\u00eatre entrav\u00e9, combattu et r\u00e9prim\u00e9 par l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Les l\u00e9gislations successives r\u00e9glementant le nomadisme ont toujours constitu\u00e9 des entraves \u00e0 la libert\u00e9 de mouvement et, de ce fait, impos\u00e9 une s\u00e9dentarisation forc\u00e9e mais d\u00e9guis\u00e9e. Au titre de circulation impos\u00e9 en 1912, succ\u00e9da la loi du 3 janvier 1969 instaurant la notion de \u00ab\u00a0commune de rattachement\u00a0\u00bb repris par les lois de 1985 et de 1990 (loi Besson). Justifi\u00e9e par l\u2019octroi de droits s\u2019attachant \u00e0 la commune de rattachement, cette mesure n\u2019en constitua pas moins une entrave \u00e0 la libert\u00e9 de circulation et surtout d\u2019installation, en imposant pour tout changement de commune de rattachement, l\u2019existence de liens r\u00e9els avec la nouvelle commune. A-t-on d\u00e9j\u00e0 vu des personnes s\u00e9dentaires devoir prouver des liens r\u00e9els avec une commune pour pouvoir s\u2019y installer\u00a0?<\/p>\n<p>Le volet de la loi Besson pr\u00e9voyant la mise en place d\u2019aires de stationnement dans les communes de plus de 5000 habitants par des mesures incitatives n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9. En 1999, d\u2019apr\u00e8s le GISTI, seules 358 communes de plus de 5000 habitants sur 1739, disposaient d\u2019une aire de stationnement, souvent pr\u00e8s des autoroutes, des d\u00e9charges ou des zones industrielles. On peut se demander si cette l\u00e9gislation ne fut pas, en r\u00e9alit\u00e9, destin\u00e9e \u00e0 satisfaire les municipalit\u00e9s en emp\u00eachant l\u2019installation \u00ab\u00a0illicite\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des communes. Parall\u00e8lement, le pouvoir des maires fut augment\u00e9 en leur permettant de prononcer une expulsion sans d\u00e9cision d\u2019un juge. D\u2019un seul coup, il suffisait \u00e0 une municipalit\u00e9 d\u2019installer une aire de stationnement dans un endroit insalubre et\/ou excentr\u00e9 pour interdire aux \u00ab\u00a0gens du voyage\u00a0\u00bb de s\u2019installer ailleurs.<\/p>\n<p>Ces entraves successives \u00e0 la libre circulation ont conduit \u00e0 l\u2019abandon progressif des activit\u00e9s \u00e9conomiques li\u00e9es au mode de vie nomade et donc \u00e0 la s\u00e9dentarisation progressive des \u00ab\u00a0gens du voyage\u00a0\u00bb et, parmi eux, des Roms nomades. L\u00e0 se situe le n\u0153ud du probl\u00e8me car, comme le soulignent Violaine Carr\u00e8re et Christophe Daadouch,<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Entre le d\u00e9sir de l\u2019\u00c9tat de les voir s\u2019installer et celui des \u00e9lus locaux et d\u2019une grande partie de la population de les voir circuler, les gens du voyage sont dans une situation paradoxale\u00a0: il leur est impos\u00e9 de se s\u00e9dentariser sans que personne ne souhaite qu\u2019ils puissent le faire.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Cette situation paradoxale n\u2019est pas nouvelle et s\u2019est traduite, de tout temps, par une s\u00e9dentarisation progressive et s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9e. Les populations \u00ab\u00a0autochtones\u00a0\u00bb, dans leur grande majorit\u00e9, ne voulant pas de familles romanis dans leurs quartiers ou d\u00e9m\u00e9nageant quand celles-ci venaient \u00e0 s\u2019installer. Le fantasme du \u00ab\u00a0voleur de poules\u00a0\u00bb est aujourd\u2019hui encore tr\u00e8s tenace.<\/p>\n<p>Cette s\u00e9dentarisation s\u2019est faite, la plupart du temps, dans les quartiers les plus d\u00e9labr\u00e9s ou en voie de \u00ab\u00a0taudification\u00a0\u00bb des centres villes ou plus r\u00e9cemment dans les barres des banlieues des grandes villes. Abandonn\u00e9s \u00e0 leur triste sort, ces quartiers accumulent, aujourd\u2019hui, les probl\u00e8mes sociaux de tout type. L\u2019association M\u00e9decins du monde, dans un rapport publi\u00e9 en 2001, dresse un sombre tableau de la situation de nombreux groupes de Roms en France, Allemagne, Italie, Gr\u00e8ce, Espagne et Portugal\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Selon les estimations recueillies en 1999 en Espagne, France et Gr\u00e8ce aupr\u00e8s de Roms\/Tsiganes confront\u00e9s \u00e0 des situations d\u2019exclusion, l\u2019indice de mortalit\u00e9 n\u00e9onatale pr\u00e9coce relev\u00e9 dans ces populations s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 environ 19\u2030 (contre 2,2\u2030 en France en 1996), tandis que la mortalit\u00e9 infantile atteint environ 23,5\u2030 (contre 4,8 \u2030 en France en 1996) (&#8230;) L\u2019origine des graves difficult\u00e9s sanitaires auxquelles se heurtent les populations roms\/tsiganes est bien identifi\u00e9e\u00a0: conditions de vie d\u00e9plorables en termes d\u2019adduction d\u2019eau, d\u2019alimentation \u00e9lectrique, d\u2019\u00e9quipement sanitaire, d\u2019enclavement, etc\u00a0; des lieux de vie qui se situent toujours \u00e0 l\u2019\u00e9cart des autres populations et les expulsions, r\u00e9currentes, ne sont jamais suivies de propositions ad\u00e9quates\u00a0; des situations de pauvret\u00e9 et acc\u00e8s limit\u00e9 au march\u00e9 du travail\u00a0; de faibles niveaux de scolarisation et d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la formation professionnelle.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>\u00c0 n\u2019en pas douter, les difficult\u00e9s que rencontrent les Roms aujourd\u2019hui sont le r\u00e9sultat de si\u00e8cles de pr\u00e9jug\u00e9s et de r\u00e9pression entretenus et encourag\u00e9s par les autorit\u00e9s centrales et locales \u00e0 l\u2019\u00e9coute des fantasmes des populations qu\u2019elles ont, elles-m\u00eames, contribu\u00e9s \u00e0 fa\u00e7onner et \u00e0 r\u00e9pandre, jouant habilement des st\u00e9r\u00e9otypes pour imposer des modes de vie plus conformes \u00e0 l\u2019ordre social qu\u2019elles voulaient imposer.<\/p>\n<p>Une origine m\u00e9connue et un mode de vie original coupl\u00e9s \u00e0 une organisation sociale diff\u00e9rente sont des \u00e9l\u00e9ments \u00e0 charge apparemment suffisants pour \u00eatre d\u2019abord pourchass\u00e9s, bannis puis fich\u00e9s, enferm\u00e9s, surveill\u00e9s, s\u00e9dentaris\u00e9s, \u00ab\u00a0ghetto\u00efs\u00e9s\u00a0\u00bb, pour enfin \u00eatre laiss\u00e9s \u00e0 l\u2019abandon dans des quartiers sordides. L\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, comme les collectivit\u00e9s locales, refusent d\u2019admettre leur responsabilit\u00e9 historique dans cette situation et persistent au contraire dans la m\u00eame d\u00e9marche s\u00e9gr\u00e9gative.<\/p>\n<p><strong>Quelles perspectives\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la faveur de la chute des r\u00e9gimes \u00ab\u00a0communistes\u00a0\u00bb, une nouvelle conscience romani s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e, d\u2019abord en Europe de l\u2019Est puis en Europe de l\u2019Ouest. En 1995, l\u2019hebdomadaire <i>Courrier international<\/i> titrait \u00e0 sa une\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Les Roms\u00a0: naissance d\u2019une nation\u00a0\u00bb. <\/i><\/p>\n<p>Deux axes de revendications, pas forc\u00e9ment contradictoires, virent alors le jour au sein d\u2019associations romanis et chez les intellectuels roms\u00a0:<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"puce\" style=\"height: 11px; width: 8px;\" alt=\"-\" src=\"http:\/\/lmsi.net\/local\/cache-vignettes\/L8xH11\/puce-32883.gif\" width=\"8\" height=\"11\" \/>\u00a0Soit en faveur de la reconnaissance collective des Roms comme minorit\u00e9 nationale dans chaque \u00c9tat impliquant un certain nombre de droits dans le domaine politique, culturel ou relatifs \u00e0 l\u2019\u00e9ducation\u00a0;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"puce\" style=\"height: 11px; width: 8px;\" alt=\"-\" src=\"http:\/\/lmsi.net\/local\/cache-vignettes\/L8xH11\/puce-32883.gif\" width=\"8\" height=\"11\" \/>\u00a0Soit pour la d\u00e9fense des droits individuels des Roms, dans l\u2019optique d\u2019une \u00e9galit\u00e9 des droits de tous les citoyens.<\/p>\n<p>Autant dire tout de suite que cette volont\u00e9 l\u00e9gitime des Roms d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des citoyens \u00e0 part enti\u00e8re (reposant sur le postulat tronqu\u00e9 de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits dans les d\u00e9mocraties lib\u00e9rales) fut tr\u00e8s rapidement d\u00e9\u00e7ue. Les nouvelles autorit\u00e9s \u00ab\u00a0d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb des pays de l\u2019Est remirent rapidement les Roms \u00e0 leur place de \u00ab\u00a0citoyens de seconde zone\u00a0\u00bb (en supposant que tous les autres soient dans la premi\u00e8re).<\/p>\n<p>La revendication du statut de minorit\u00e9 nationale fut parfois satisfaite, notamment en Roumanie et en Mac\u00e9doine. Cette reconnaissance fut en r\u00e9alit\u00e9 le pr\u00e9texte \u00e0 une instrumentalisation des Roms et de leur image au niveau national et international. En Mac\u00e9doine, par exemple, o\u00f9 les Albanais revendiquent le statut de nation constitutive au m\u00eame titre que les Slaves mac\u00e9doniens, la reconnaissance des Roms offre le triple avantage pour le gouvernement, de l\u00e9gitimer le refus des revendications albanaises au nom du principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre minorit\u00e9s, de rapprocher les Roms des Slaves mac\u00e9doniens contre les Albanais et enfin d\u2019offrir un visage de d\u00e9mocratie soucieuse de ses minorit\u00e9s aux organismes internationaux. Ce faisant, ce m\u00eame gouvernement joue avec le feu, lorsque l\u2019on conna\u00eet les r\u00e9sultats de cette instrumentalisation de la part des autorit\u00e9s serbes au Kosovo, et cela n\u2019apporte aucune am\u00e9lioration aux conditions de vie des Roms vivant sur son sol\u00a0[<a class=\"spip_note\" id=\"nh5\" title=\"Lire \u00e0 ce propos : European Roma Rights Center, A Pleasant Fiction, the\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans#nb5\" rel=\"footnote\">5<\/a>].<\/p>\n<p>Suite aux illusions perdues, les revendications et les axes de luttes prennent depuis peu une nouvelle tournure. Face au d\u00e9sint\u00e9r\u00eat ou \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 des autorit\u00e9s publiques, de plus en plus de militants semblent s\u2019orienter vers la promotion de l\u2019auto-organisation au sein des communaut\u00e9s. Dans le Sud de la France, cela est sensible dans les quartiers o\u00f9 les associations anim\u00e9es par des Roms et des Romis se multiplient et o\u00f9 des contacts avec d\u2019autres associations sont nou\u00e9s. \u00c0 nous aussi de r\u00e9pondre aux timides et encore peu nombreux appels de ces militants qui ont d\u00e9cid\u00e9 de prendre leur destin en main et qui, pour la plupart, remettent en cause les valeurs traditionnelles les plus pesantes pour l\u2019individu. Rappelons-nous que le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat des militants antiracistes, antifascistes ou libertaires (qui ne sont pas non plus exempts de tout pr\u00e9jug\u00e9) a contribu\u00e9 \u00e0 jeter bon nombre de Roms dans les bras des pentec\u00f4tistes et autres \u00e9vang\u00e9listes aupr\u00e8s desquels ils trouv\u00e8rent une \u00e9coute. \u00c0 bon entendeur&#8230;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"ps\">\n<h2 class=\"h2\">P.-S.<\/h2>\n<div class=\"crayon article-ps-1094 surlignable\">\n<p>Xavier Roth\u00e9a a notamment publi\u00e9\u00a0: <i>France, pays du droit des roms\u00a0?<\/i> (\u00c9ditions Carobella Ex Natura, 2003), que nous recommandons vivement.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<h2 class=\"h2 pas_surlignable\">Notes<\/h2>\n<div id=\"nb1\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>] Henriette Ass\u00e9o, <i>Les Tsiganes, une destin\u00e9e europ\u00e9enne<\/i>, D\u00e9couvertes Gallimard, 1994.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans#nh2\" rev=\"footnote\">2<\/a>] Claire Auzias, <i>Samudaripen, le g\u00e9nocide des Tsiganes<\/i>, l\u2019Esprit frappeur, 1999, Annexe II.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans#nh3\" rev=\"footnote\">3<\/a>] Lire \u00e0 ce propos l\u2019ouvrage de Jacques Sigot, <i>Ces barbel\u00e9s oubli\u00e9s par l\u2019histoire, un camp pour les Tsiganes&#8230; et les autres<\/i>, Wallada, 1994<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans#nh4\" rev=\"footnote\">4<\/a>] Marie-Christine Hubert, <i>Les Tsiganes en France, 1939- 1946, assignation \u00e0 r\u00e9sidence, internement, d\u00e9portation<\/i>, universit\u00e9 de Paris X Nanterre, 4 tomes, 1997.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<p>[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans#nh5\" rev=\"footnote\">5<\/a>] Lire \u00e0 ce propos\u00a0: <i>European Roma Rights Center, A Pleasant Fiction, the Human Rights Situation of Roma in Macedonia<\/i>, Budapest, ERRC, 1998. \u00c9galement disponible sur le site Internet de l\u2019ERRC.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><a id=\"forum\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/Les-roms-une-nation-sans#forum\" name=\"forum\"><\/a><\/p>\n<div class=\"comments\" id=\"comments\"><\/div>\n<div id=\"sidebar\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Roms\u00a0: une nation sans territoire\u00a0? (Premi\u00e8re partie) Ciments identitaires et organisation sociale par Xavier Roth\u00e9a 22 janvier 2014 Face \u00e0 la permanence de la politique anti-roms, quelques r\u00e9alit\u00e9s doivent plus que jamais \u00eatre rappel\u00e9es, sur une population m\u00e9connue, invisibilis\u00e9e ou stigmatis\u00e9e, et soumise comme peu d\u2019autres \u00e0 des politiques d\u2019\u00c9tat particuli\u00e8rement violentes. C\u2019est \u00e0 &#8230; <a title=\"Les Roms : une nation sans territoire ?\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1844\" aria-label=\"En savoir plus sur Les Roms : une nation sans territoire ?\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":181,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[36,28,37],"tags":[32,23,19,15],"class_list":["post-1844","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-europe","category-racismes","category-romophobie","tag-culture","tag-discrimination","tag-pauvrete","tag-resistance"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1844","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1844"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1844\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1845,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1844\/revisions\/1845"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/181"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1844"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1844"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1844"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}