{"id":1851,"date":"2014-04-27T20:04:32","date_gmt":"2014-04-27T19:04:32","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1851"},"modified":"2014-02-27T20:08:13","modified_gmt":"2014-02-27T19:08:13","slug":"black-liberation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1851","title":{"rendered":"Black Liberation"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"post-title\">Black Liberation d\u2019Edouard De Laurot (1967)<\/h2>\n<div class=\"postmeta\"><\/div>\n<p align=\"left\"><a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/Black-Panthers-Party-People.jpeg\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-1373\" title=\"Black-Panthers-Party-People\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/Black-Panthers-Party-People-1024x760.jpg\" width=\"588\" height=\"436\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"left\"><strong><em>Black Liberation<\/em> (USA 1967, 37 min.), film documentaire d\u2019Edouard De Laurot (ressorti en 1972 sous le titre <em>Silent Revolution<\/em>).<\/strong><\/p>\n<p>Ce documentaire militant est une v\u00e9ritable raret\u00e9, un film demeur\u00e9 longtemps \u00ab\u00a0introuvable\u00a0\u00bb \u2013 et ce jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment (il a \u00e9t\u00e9 mis en ligne sur YouTube en\u00a02012). Bien qu\u2019il n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 commercialis\u00e9 en DVD, j\u2019ai quand m\u00eame eu l\u2019occasion de le voir par le pass\u00e9 dans des festivals comme \u00e0 Saint-Denis en 2009 dans le cadre de la r\u00e9trospective \u00ab\u00a0Black Revolution\u00a0\u00bb ainsi qu\u2019\u00e0 Aix-en-Provence \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une programmation autour du th\u00e8me \u00ab\u00a0Films, luttes et r\u00e9sistances \u00bb (2009) pour laquelle il m\u2019avait \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 d\u2019en faire une br\u00e8ve pr\u00e9sentation. Je me suis alors souvenu d\u2019un texte que j\u2019avais \u00e9crit dix ans auparavant pour un mini-m\u00e9moire de DEA. Un enseignant bien avis\u00e9, sachant que je travaillais sur le cin\u00e9ma afro-am\u00e9ricain, m\u2019avait alors confi\u00e9 une version VHS pirat\u00e9e depuis une copie 16mm de ce documentaire exp\u00e9rimental sur lequel il ne poss\u00e9dait aucune information (pas m\u00eame le nom du r\u00e9alisateur). Je dois dire que <em>Black Liberation<\/em> m\u2019a tout de suite emball\u00e9, notamment pour l\u2019authenticit\u00e9 de son discours (j\u2019apprendrai plus tard que Malcolm X en personne y avait apport\u00e9 sa contribution) mais aussi et surtout pour sa forme \u00e9tonnante, exp\u00e9rimentale, et tout \u00e0 fait \u00e0 m\u00eame de relayer l\u2019esprit du Black Power. Un film aujourd\u2019hui disponible sur la toile (en VO) \u00e0 voir \u00e0 tout prix donc et dont voici une analyse approfondie.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong>Les voix du peuple noir<\/strong><\/p>\n<p>Le <em>preaching<\/em>, cette fa\u00e7on si particuli\u00e8re qu\u2019ont les leaders noirs am\u00e9ricains de s\u2019exprimer, de scander les slogans et de galvaniser les foules, est \u00e0 la base du travail \u00e9tonnant r\u00e9alis\u00e9 par Edouard De Laurot. Mati\u00e8re premi\u00e8re de ce document hors du commun, les discours des leaders contestataires africains-am\u00e9ricains viennent rythmer le film et induire sa structure. Exp\u00e9rimental dans sa forme et r\u00e9volutionnaire dans son discours, <em>Black Liberation<\/em> s\u2019inscrit d\u00e8s lors comme le t\u00e9moignage authentique et engag\u00e9 du peuple noir am\u00e9ricain dans son combat pour la libert\u00e9. <em>Black Liberation<\/em> est r\u00e9solument un film \u00e0 part qui r\u00e9ussit le pari de rendre compte fid\u00e8lement, bien que subjectivement, des mutations de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine et de l\u2019urgence \u00e0 r\u00e9soudre \u00ab\u00a0le probl\u00e8me noir\u00a0\u00bb. En empruntant les voix du peuple noir, le r\u00e9alisateur parvient \u00e0 une triple r\u00e9ussite\u00a0: il donne d\u2019une part \u00e0 son film une coh\u00e9sion et un style esth\u00e9tique propre et original, il rend d\u2019autre part hommage \u00e0 la culture afro-am\u00e9ricaine par le biais de la tradition orale, enfin, il fait de son film un acte de contestation politique en reprenant les slogans des leaders noirs, et de Malcolm X en particulier, en les diffusant, en les amplifiant, et qui plus est, en orientant le <a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/4214614.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft\" title=\"4214614\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/4214614.jpg\" width=\"254\" height=\"190\" \/><\/a>film d\u2019un point de vue Noir.<\/p>\n<p>Mais les qualit\u00e9s de <em>Black Liberation<\/em> ne se limitent pas au choix judicieux de ce collage d\u2019extraits de discours. L\u2019utilisation des sons, la richesse du montage et la mise en images r\u00e9pondent \u00e0 un m\u00eame souci d\u2019authenticit\u00e9 et d\u2019efficacit\u00e9. Le choix de discours d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment r\u00e9volutionnaires (marxisant, anti-imp\u00e9rialiste), impose ici un style exp\u00e9rimental. C\u2019est en d\u00e9tournant, en modifiant et en d\u00e9formant le langage cin\u00e9matographique classique et conventionnel, dominant et \u00ab\u00a0capitaliste\u00a0\u00bb, que le film puise toute sa force et sa richesse \u00e9vocatrice. En innovant et en recr\u00e9ant un langage propre, diff\u00e9rent, <em>Black Liberation<\/em> participe du discours r\u00e9volutionnaire et s\u00e9paratiste du <em>black power<\/em>. Par opposition aux documentaires classiques, les images se veulent ici floues, d\u00e9cadr\u00e9es, en surimpression ou en contre-jour, les angles de prises de vue ne r\u00e9pondent \u00e0 aucune r\u00e8gle et encore moins \u00e0 une logique rationnelle, les bruitages fr\u00f4lent le surr\u00e9alisme (isol\u00e9s, amplifi\u00e9s, r\u00e9p\u00e9t\u00e9s), et l\u2019utilisation de photographies tout comme la mise en sc\u00e8ne de certaines situations ach\u00e8vent de donner au film ses qualit\u00e9s stylistiques et exp\u00e9rimentales.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat s\u2019apparente en fait \u00e0 une sorte de patchwork, de mosa\u00efque audio-visuelle dans laquelle tout n\u2019est qu\u2019abstraction et symbolisme. Car \u00e0 bien y regarder, les images ne montrent rien de pr\u00e9cis, elles ne figurent pas un \u00e9v\u00e9nement en particulier, elles ne pr\u00e9sentent pas une personnalit\u00e9 bien d\u00e9finie, mais au contraire elles sugg\u00e8rent, elles \u00e9voquent par quelques indices tel ou tel \u00e9v\u00e9nement, telle ou telle personnalit\u00e9, elles assemblent des id\u00e9es pour r\u00e9v\u00e9ler un \u00e9tat d\u2019esprit, celui du peuple noir. Car il s\u2019agit bien ici de refl\u00e9ter les \u00e2mes du peuple noir (<em>the souls of black folks <\/em>dixit W.E.B. Du Bois) (1) de \u00ab\u00a0la masse\u00a0\u00bb, des ouvriers du ghetto ou des soldats engag\u00e9s dans la guerre du Vietnam. Les images s\u2019attardent sur des immeubles d\u00e9labr\u00e9s, des ruelles sordides, sur des visages anonymes film\u00e9s en gros plans et non sur des personnalit\u00e9s connues. Le film n\u2019utilise d\u2019ailleurs aucune image d\u2019archive (sauf pour des prises de vues a\u00e9riennes et des bombardements).<\/p>\n<p>Le choix d\u2019un style exp\u00e9rimental colle parfaitement aux discours r\u00e9volutionnaires des diff\u00e9rents tenants du \u00ab\u00a0pouvoir noir\u00a0\u00bb, tout comme le parti pris de filmer la masse s\u2019accommode particuli\u00e8rement des id\u00e9es marxisantes du film. Il est int\u00e9ressant ici de faire un parall\u00e8le avec un autre film documentaire r\u00e9alis\u00e9 trois ans plus tard par Sidney Lumet et Joseph L. Mankiewicz\u00a0: <em>Martin Luther King, le film d\u2019un combat<\/em> (<em>King\u00a0: A filmed record\u2026 Montgomery to Memphis<\/em>). Ce <a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/220px-King_a_filmed_record_montgomery_to_memphis.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-1344 alignright\" title=\"220px-King_a_filmed_record_montgomery_to_memphis\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/220px-King_a_filmed_record_montgomery_to_memphis.jpg\" width=\"220\" height=\"332\" \/><\/a>film dresse le portrait d\u2019un homme et de son engagement dans un style plut\u00f4t sobre, \u00ab\u00a0transparent\u00a0\u00bb pourrait-on dire. Le film se pr\u00e9sente comme une succession d\u2019images d\u2019archives sans commentaire, relatant les \u00e9v\u00e9nements tels quels. En ce sens <em>MLK, le film d\u2019un combat<\/em> est proche du courant \u00ab\u00a0cin\u00e9ma-v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0cin\u00e9ma direct\u00a0\u00bb et se veut en fait un hommage \u00e0 un homme et un t\u00e9moignage objectif et tr\u00e8s \u00ab\u00a0politiquement correct\u00a0\u00bb des \u00e9v\u00e9nements. A l\u2019oppos\u00e9, <em>Black Liberation<\/em> impose une vision tr\u00e8s subjective, tr\u00e8s stylis\u00e9e et tr\u00e8s engag\u00e9e politiquement. En comparant ces deux r\u00e9sultats, on comprend mieux le choix de De Laurot de conf\u00e9rer \u00e0 son film toute la provocation et tout le radicalisme d\u2019un Malcolm X. Un documentaire objectif, neutre (autant qu\u2019un film peut l\u2019\u00eatre), au format \u00ab\u00a0standard\u00a0\u00bb, aurait en effet \u00e9norm\u00e9ment perdu de sa force \u00e9vocatrice et aurait sans nul doute desservi la cause d\u00e9fendue par le film (ce qui est le cas de la fade biographie produite par CBS NEWS en 1992, intitul\u00e9e <em>The real Malcolm X <\/em>par exemple).<\/p>\n<p>En choisissant un style agressif (les bruitages notamment) et anticonformiste, le film a su t\u00e9moigner fid\u00e8lement de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit du mouvement dans tout ce qu\u2019il a de d\u00e9rangeant, de radical et d\u2019anticonformiste. Rappelons que Malcolm X et plus tard les Black Panthers ont pr\u00each\u00e9 au sein des ghettos du Nord et des populations pauvres, ont pr\u00f4n\u00e9 \u00ab\u00a0le pouvoir aux Noirs\u00a0\u00bb et le droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination, ont popularis\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019un nationalisme noir et d\u2019un droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9fense, en s\u2019ali\u00e9nant les Blancs lib\u00e9raux et les Noirs conformistes. Alors que dans le m\u00eame temps, le Dr Martin Luther King jouait la carte de la non-violence et du consensus, et remportait avec succ\u00e8s le soutien de la majorit\u00e9 et de l\u2019autorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Contexte <\/strong><\/p>\n<p>Il convient, \u00e0 ce stade de notre introduction, de dresser un \u00e9tat des lieux des \u00e9v\u00e9nements \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la r\u00e9alisation du film. 1966-67 furent des ann\u00e9es br\u00fblantes pour la question noire aux \u00c9tats-Unis. Le mouvement en faveur des droits civiques tend alors \u00e0 se radicaliser dans tout le pays et le slogan \u00ab\u00a0<em>black power<\/em>\u00a0\u00bb fait tache d\u2019huile. Au Sud, Stokely Carmichael, le radical, et avec lui le SNCC (au d\u00e9part, Comit\u00e9 de Coordination des \u00c9tudiants Non-violents du Sud) n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 clamer haut et fort \u00ab\u00a0<em>D\u00e8s demain, il serait bon de mettre le feu \u00e0 tous les tribunaux du Mississippi<\/em> \u00bb, ou encore \u00ab\u00a0<em>Nous devons\u00a0 (\u2026) construire dans ce pays une base de pouvoir si solide que nous mettrons [les Blancs] \u00e0 genoux chaque fois qu\u2019ils nous provoqueront !<\/em>\u00a0\u00bb (2). Au Nord, le parti des Panth\u00e8res Noires pour l\u2019autod\u00e9fense, cr\u00e9\u00e9 en 1966 et principal h\u00e9ritier des doctrines de Malcolm X, multiplie les op\u00e9rations muscl\u00e9es et spectaculaires contre la police. M\u00eame Martin Luther King devait durcir ses positions\u00a0: <em>\u00ab\u00a0L\u2019automne et l\u2019hiver 66-67 furent t\u00e9moins d\u2019une nette \u00e9volution dans son \u00e9tat d\u2019esprit et dans le message qu\u2019il adressait \u00e0 ses auditoires. (\u2026) King analysait d\u00e9sormais l\u2019avenir du Mouvement noir beaucoup plus en termes de rapports de force qu\u2019en appels \u00e0 la bonne volont\u00e9 de ses adversaires<\/em>\u00a0\u00bb (3). Par ailleurs durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1967, plus d\u2019une centaine de grandes villes du Nord, du Sud, de l\u2019Est et de l\u2019Ouest, br\u00fbl\u00e8rent de la fi\u00e8vre des ghettos (4).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_1346\" style=\"width: 394px;\">\n<p><a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/stokely-carmichael.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-1346\" title=\"stokely-carmichael\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/stokely-carmichael.jpg\" width=\"384\" height=\"300\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"wp-caption-text\">Stokely Carmichael<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Black Liberation<\/em> se veut en fait un cri de protestation tout comme une mise en garde de la part d\u2019un Blanc s\u2019adressant \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique blanche qui semble ne pas s\u2019inqui\u00e9ter de la tournure des \u00e9v\u00e9nements et continue de s\u2019enfermer un peu plus dans son mutisme intol\u00e9rant. Le r\u00e9alisateur se propose en fait de dresser un \u00e9tat des lieux de la situation raciale en Am\u00e9rique, d\u2019un point de vue noir et non d\u2019un point de vue blanc-am\u00e9ricain. Mais ce film se veut aussi et avant tout un hommage au peuple noir et en particulier au pasteur Malcolm X assassin\u00e9 deux ans auparavant. De Laurot a repris les id\u00e9es, les mots, les expressions et la voix de l\u2019ex-<em>black muslim<\/em> pour refl\u00e9ter le plus fid\u00e8lement possible la r\u00e9volte de la jeunesse noire am\u00e9ricaine des ghettos. En plus des enregistrements sonores des discours du c\u00e9l\u00e8bre leader noir, le r\u00e9alisateur donne au narrateur la voix d\u2019Ossie Davis, l\u2019acteur de cin\u00e9ma, le futur r\u00e9alisateur du premier film hollywoodien black (<em>Cotton Comes to Harlem<\/em>, 1970) et l\u2019ami de Malcolm. C\u2019est lui qui pronon\u00e7a l\u2019\u00e9loge fun\u00e8bre lors de l\u2019enterrement en F\u00e9vrier 1965 de Malcolm X.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_1380\" style=\"width: 499px;\">\n<p><a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/03OssieDavis2.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-1380\" title=\"03OssieDavis\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/03OssieDavis2.jpg\" width=\"489\" height=\"436\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"wp-caption-text\">Ossie Davis en 1963<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Black Liberation<\/em> est donc un hommage \u00e0 la population et \u00e0 la culture noire am\u00e9ricaine, et surtout un acte de protestation comme le mentionne la note d\u2019intention en d\u00e9but de film\u00a0:\u00a0<em>\u201dCe film n\u2019est pas un documentaire \u00ab\u00a0sur les Noirs\u00a0\u00bb mais un authentique acte de protestation \u00e9manant de la population noire d\u2019Am\u00e9rique\u2026 Plut\u00f4t qu\u2019une reconstruction de l\u2019histoire \u00e0 posteriori, il a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u comme un acte d\u2019engagement dans sa marche en avant\u201d<\/em>.<\/p>\n<p><em>Black Liberation<\/em> est construit suivant une logique chronologique et didactique reposant sur trois temps : le pass\u00e9, le pr\u00e9sent, le futur. Trois actes que l\u2019on pourrait aussi traduire ainsi : th\u00e8se ou donn\u00e9e de base \u2013 l\u2019oppression \u2013, \u00a0antith\u00e8se ou r\u00e9ponse \u2013 la r\u00e9volution \u2013, synth\u00e8se ou r\u00e9sultant des deux \u2013 l\u2019explosion.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, le film expose le probl\u00e8me de l\u2019oppression des Noirs, dans le pass\u00e9 et jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui (1967), au travers de th\u00e8mes tels que les probl\u00e8mes d\u2019identit\u00e9, les rapports de force (le racisme, la police), l\u2019exploitation \u00e9conomique, la domination culturelle, et l\u2019imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain. Le r\u00e9cit \u00e9voque ensuite les nouvelles prises de position de la contestation noire (le nationalisme et le s\u00e9paratisme, les <em>Black Panthers<\/em>\u2026), et donne les raisons de ce radicalisme en fustigeant le syst\u00e8me am\u00e9ricain (\u00ab\u00a0<em>Why should we int\u00e9grate?<\/em>\u00bb). Enfin, en une sorte d\u2019avertissement ou de message proph\u00e9tique, le film met en sc\u00e8ne une guerre civile d\u00e9vastatrice, voire apocalyptique, opposant Noirs et Blancs.<\/p>\n<p>J\u2019aborderai <em>Black Liberation<\/em> suivant le m\u00eame sch\u00e9ma chronologique en m\u2019int\u00e9ressant aux th\u00e8mes abord\u00e9s et d\u00e9velopp\u00e9s. Les images seront, elles, analys\u00e9es comme support du discours, car ici ce sont elles qui viennent en renfort du texte (le discours) et non l\u2019inverse. Les textes oraux, et les id\u00e9es qu\u2019ils v\u00e9hiculent, constituent dans <em>Black Liberation<\/em> la mati\u00e8re premi\u00e8re du film et sa raison d\u2019\u00eatre. C\u2019est pourquoi je m\u2019appuierai principalement sur les discours oraux et \u00e9crits pour analyser ce film.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/riots_arrest.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter  wp-image-1352\" title=\"riots_arrest\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/riots_arrest.jpg\" width=\"474\" height=\"475\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Oppression<\/strong><\/p>\n<p>Avant m\u00eame la premi\u00e8re image, les sonorit\u00e9s lointaines d\u2019un tambour africain jou\u00e9es sur un rythme obs\u00e9dant viennent donner le ton du film. Ce rythme musical quasi-omnipr\u00e9sent constitue la premi\u00e8re piste d\u2019une bande sonore \u00e0 laquelle viendront s\u2019ajouter les voix scand\u00e9es et m\u00e9lodiques, et les bruitages agressifs de cet op\u00e9ra moderne noir. Ces premi\u00e8res notes de tambour sont d\u00e9j\u00e0 tout un programme. Elles nous renvoient \u00e0 une multitude de r\u00e9f\u00e9rences, l\u2019Afrique, les paysages exotiques, les \u00ab\u00a0bons sauvages\u00a0\u00bb, mais tr\u00e8s vite notre imaginaire va bifurquer et nous emmener dans les plus sombres recoins de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. A la vue des premi\u00e8res images du film, des fils de fer barbel\u00e9s (symbole d\u2019enfermement), un pont (symbole de passage), des gratte-ciels (symbole de la civilisation am\u00e9ricaine), l\u2019association se fait d\u2019elle m\u00eame, et la pens\u00e9e de l\u2019esclavage est in\u00e9vitable.<\/p>\n<p>Nous entrons ensuite de plain-pied dans la r\u00e9alit\u00e9. Des photos de soldats, de policiers, d\u2019un homme noir encha\u00een\u00e9, nous rappellent que le Noir am\u00e9ricain n\u2019est toujours pas libre. A de nombreuses reprises tout au long du film, nous serons confront\u00e9s \u00e0 ces images de policiers, de militaires, de miliciens. D\u2019ailleurs \u00e0 chaque fois (ou presque) que l\u2019on verra un Blanc, ce sera un homme en arme et en uniforme, un oppresseur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_1371\" style=\"width: 562px;\">\n<p><a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/312a_43.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-1371\" title=\"Black Panther Party - 1960s\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/312a_43-1024x680.jpg\" width=\"552\" height=\"367\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"wp-caption-text\">Black Panthers<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>N\u00e9gation de l\u2019h\u00e9ritage africain-am\u00e9ricain<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Vous n\u2019avez pas seulement opprim\u00e9 nos corps, vous avez aussi cherch\u00e9 \u00e0 r\u00e9primer nos \u00e2mes, vous vous \u00eates efforc\u00e9s de d\u00e9nier, d\u2019occulter et d\u2019annihiler nos coutumes, notre culture, notre sens de l\u2019identit\u00e9 nationale et de la dignit\u00e9 humaine.\u00a0\u00bb<\/em> Suivant une progression chronologique, le r\u00e9cit \u00e9voque ici, au travers de repr\u00e9sentations culturelles africaines (masques, pyramides et sphinx, sculpture, coiffure), le pass\u00e9 riche et glorieux des esclaves, que Malcolm X \u00e9voqua en ces termes : \u00ab\u00a0<em>Il y avait des civilisations et des cultures sur le continent africain \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les gens, en Europe, rampaient nus dans des grottes (\u2026), le Noir d\u2019Afrique portait de la soie, il portait des pantoufles, il \u00e9tait capable de filer, de se fabriquer ces objets alors qu\u2019en Europe les gens allaient nus (\u2026), il habitait dans des palais sur le continent africain quand les hommes en Europe habitaient dans des grottes<\/em>\u00a0\u00bb (5).<a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/Edouard_de_Laurot_Black_Liberation_67216035_thumbnail.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignright  wp-image-1355\" title=\"Edouard_de_Laurot_Black_Liberation_67216035_thumbnail\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/Edouard_de_Laurot_Black_Liberation_67216035_thumbnail.jpg\" width=\"294\" height=\"166\" \/><\/a><\/p>\n<p>Les bruits saccad\u00e9s des coups de fouet associ\u00e9s aux images sont autant de souffrances et de cicatrices, autant de coups port\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des Hommes noirs. Comme le mentionne Ossie Davis en voix off, l\u2019une des premi\u00e8res t\u00e2ches des ma\u00eetres d\u2019esclaves a \u00e9t\u00e9 de bannir de force toute manifestation de culture africaine et ce pour effacer tout sentiment d\u2019appartenance communautaire et pr\u00e9venir tout regroupement, et par l\u00e0 toute r\u00e9bellion, suivant le strat\u00e8ge bien connu\u00a0: diviser pour mieux r\u00e9gner. En perdant leur fiert\u00e9 et leur identit\u00e9, les esclaves devenaient inoffensifs et \u00ab\u00a0dociles\u00a0\u00bb. Un peu plus loin, Davis poursuit\u00a0: <em>\u00ab\u00a0L\u2019homme noir a \u00e9t\u00e9 retranch\u00e9 du livre de l\u2019Histoire am\u00e9ricaine. Sa contribution \u00e0 la guerre et \u00e0 la paix, aux sciences et aux arts a \u00e9t\u00e9 occult\u00e9e, n\u00e9glig\u00e9e, ou compl\u00e8tement supprim\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Pour donner plus de poids et plus de sens aux mots, le r\u00e9alisateur image les propos du narrateur une fois encore par des photos renvoyant \u00e0 la culture et \u00e0 l\u2019histoire des Noirs en Am\u00e9rique\u00a0: <a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/black_liberation3.png\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft  wp-image-1356\" title=\"black_liberation3\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/black_liberation3.png\" width=\"169\" height=\"134\" \/><\/a>Une peinture abolitionniste intitul\u00e9e <em>\u00ab\u00a0I\u2019m not a brother\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em> repr\u00e9sentant un esclave encha\u00een\u00e9, \u00e0 genoux, suppliant ; Un masque fa\u00e7on \u00ab\u00a0art n\u00e8gre\u00a0\u00bb avec en surimpression un visage noir ; Des portraits dont celui du c\u00e9l\u00e8bre intellectuel noir abolitionniste Frederick Douglas\u00a0; Un tableau relatant l\u2019acte h\u00e9ro\u00efque et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 du 54\u00e8me r\u00e9giment noir du Massachusetts lors de l\u2019attaque de Fort Wagner en 1863 durant la guerre de s\u00e9cession\u2026 Ces passages rappelant le r\u00f4le important jou\u00e9 par les Africains-Am\u00e9ricains dans la construction des \u00c9tats-Unis (dans la guerre de s\u00e9cession notamment) et illustrant la richesse de leur culture et de leur histoire, participent du discours contestataire et r\u00e9volutionnaire du film. D\u2019une part parce qu\u2019ils mettent en accusation les Blancs (qui n\u2019aiment pas se voir rappeler tout ceci), et d\u2019autre part parce que les Noirs en prennent connaissance, car, soumis au processus de \u00ab\u00a0lobotomisation\u00a0\u00bb culturelle mis en place par les Blancs depuis des si\u00e8cles, nombre d\u2019entre eux sont amn\u00e9siques et ignorent aujourd\u2019hui cet h\u00e9ritage longtemps dissimul\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Une arm\u00e9e d\u2019occupation<\/strong><\/p>\n<p>Des visages noirs film\u00e9s en gros plan, le regard m\u00e9fiant, plein de ranc\u0153ur et d\u2019amertume, observent. Des policiers en armes patrouillent. Ces quelques images mont\u00e9es en parall\u00e8le donnent tout son sens au documentaire. Pour une fois, ce ne sont pas les Blancs qui portent un regard condescendant ou m\u00e9prisant sur les Noirs, mais bien l\u2019inverse (ce que justifie la note d\u2019intention \u00ab\u00a0<em>Ce film n\u2019est pas un documentaire \u00ab\u00a0sur les Noirs\u00a0\u00bb mais un authentique acte de protestation \u00e9manant de la population noire d\u2019Am\u00e9rique<\/em> \u00bb). La cam\u00e9ra filme des hommes, des femmes et des enfants noirs dans leur quotidien, et par un simple raccord-regard nous montre ce qu\u2019ils voient tous les jours dans leurs rues\u00a0: une arm\u00e9e d\u2019occupation. Pour eux les seuls Blancs qu\u2019ils c\u00f4toient (les autres ont fui) sont des hommes en armes, des agents mena\u00e7ants charg\u00e9s de maintenir le calme et le statu quo. La cam\u00e9ra (et les regards) se focalise sur les matraques, sur les revolvers et les bombes lacrymog\u00e8nes attach\u00e9s aux ceinturons, sur les chiens policiers. Des images de canons, de mitraillettes, d\u2019h\u00e9licopt\u00e8res, de navires militaires, viennent s\u2019intercaler, et le gros plan r\u00e9curent d\u2019un gyrophare de voiture de police agit comme un leitmotiv.<\/p>\n<p>La violence polici\u00e8re dont sont quotidiennement victimes les Noirs est peu pr\u00e9sente, \u00e0 peine \u00e9voqu\u00e9e par un pansement sur un visage, par l\u2019image furtive d\u2019une arrestation, par la photo d\u2019un cadavre entour\u00e9 de policiers ou par un corps transport\u00e9 les pieds devant. Mais la tension suscit\u00e9e par la pr\u00e9sence de ces hommes en armes est bien plus forte dans le regard des membres de la communaut\u00e9. La violence est sugg\u00e9r\u00e9e par toutes ces images quasi-subliminales d\u2019armes sophistiqu\u00e9es et de cicatrices.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_1384\" style=\"width: 586px;\">\n<p><a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/watts_lead_081310-thumb-640xauto-646.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-1384\" title=\"watts_lead_081310-thumb-640xauto-646\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/watts_lead_081310-thumb-640xauto-646.jpg\" width=\"576\" height=\"366\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"wp-caption-text\">Watts 1965<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Exploitation \u00e9conomique et m\u00e9diatique<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019oppression des Noirs am\u00e9ricains ne s\u2019exprime pas seulement par l\u2019utilisation de la force, des fa\u00e7ons encore plus insidieuses de maintenir le Noir dans un \u00e9tat d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 et de d\u00e9pendance vis \u00e0 vis du Blanc op\u00e8rent au sein de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine. Le documentaire aborde ici le th\u00e8me de l\u2019injustice sociale dont sont victimes les vingt millions de Noirs en Am\u00e9rique, et souligne l\u2019\u00e9tat de pauvret\u00e9 dans lequel ils vivent.<\/p>\n<p>Le montage de quelques images symboliques accentue l\u2019id\u00e9e d\u2019injustice paradoxale que constitue l\u2019existence m\u00eame du ghetto au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019opulence. Aux plans de rues sordides et d\u00e9labr\u00e9es (du linge est \u00e9tendu au dessus des traverses) et des badauds ivres (l\u2019enseigne \u00ab\u00a0<em>liquor<\/em>\u00a0\u00bb est film\u00e9e en gros plan), viennent s\u2019intercaler des images en forme d\u2019all\u00e9gories du r\u00eave am\u00e9ricain\u00a0: des buildings, le symbole du dollar ($) aux fen\u00eatres, celui de la marque Rolls-Royce sur une voiture (zoom arri\u00e8re rapide), une publicit\u00e9 fa\u00e7on <em>American way of life<\/em>. Sur la bande sonore, des extraits d\u2019allocutions enflamm\u00e9es de diverses personnalit\u00e9s d\u00e9noncent l\u2019exploitation capitaliste dont sont victimes les Noirs. La plus longue est celle de Malcolm X\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Nous n\u2019avons jamais vu la d\u00e9mocratie, tout ce que nous avons vu est l\u2019hypocrisie. Vous ouvrez les yeux aujourd\u2019hui et vous regardez autour de vous en Am\u00e9rique, vous voyez l\u2019Am\u00e9rique non pas avec les yeux de quelqu\u2019un qui profite de la v\u00e9rit\u00e9 am\u00e9ricaine, nous ne voyons pas le r\u00eave am\u00e9ricain, avec l\u2019exp\u00e9rience nous ne voyons qu\u2019un cauchemar am\u00e9ricain\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_1359\" style=\"width: 583px;\">\n<p><a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/Malcolm-X-600x396.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-1359\" title=\"Malcolm-X-600x396\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/Malcolm-X-600x396.jpg\" width=\"573\" height=\"385\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"wp-caption-text\">Malcolm X<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ici les individus, toujours film\u00e9s en gros plan, semblent observer un haut-parleur (raccord-regard sur le plan r\u00e9current d\u2019un haut-parleur) et \u00e9couter les discours \u00e9manant de l\u2019appareil. On per\u00e7oit comme un d\u00e9but de prise de conscience sur leur visage. La technique du <em>sampling<\/em> (ou \u00ab\u00a0\u00e9chantillonnage\u00a0\u00bb) donne ici plus de r\u00e9sonance aux discours scand\u00e9s sur le mode du <em>preaching<\/em>. Le montage de plusieurs courts extraits de discours s\u2019apparente \u00e0 une composition musicale. A trois reprises par exemple la phrase \u00ab\u00a0<em>we march again<\/em>\u00a0\u00bb est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, ce qui a pour effet d\u2019accentuer la musicalit\u00e9 de l\u2019ensemble et de conf\u00e9rer au film des qualit\u00e9s esth\u00e9tiques ind\u00e9niables. Malcolm X poursuit ensuite\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Nos ennemis contr\u00f4lent les journaux, contr\u00f4lent les radios, contr\u00f4lent la t\u00e9l\u00e9vision, les \u00e9glises, le syst\u00e8me mon\u00e9taire. Nous sommes pauvres, nous n\u2019avons pas ces choses \u00e0 des millions de dollars, nous ne poss\u00e9dons pas de station de t\u00e9l\u00e9vision (\u2026), nous ne contr\u00f4lons pas les journaux cens\u00e9s repr\u00e9senter la communaut\u00e9 noire\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Une actualit\u00e9 br\u00fblante\u00a0: la guerre du Vi\u00eat-Nam<\/strong><\/p>\n<p>Le conflit vietnamien affecta la communaut\u00e9 noire plus qu\u2019aucune autre, <em>\u00ab\u00a0le pourcentage des Afro-am\u00e9ricains engag\u00e9s \u2013 et, le plus souvent, en premi\u00e8re ligne \u2013 dans la guerre du Vi\u00eat-Nam \u00e9tait nettement sup\u00e9rieur \u00e0 celui de la minorit\u00e9 noire aux \u00c9tats-Unis par rapport \u00e0 la\u00a0 population totale. Les pertes en vies noires auraient atteint 40% des pertes totales\u00a0\u00bb<\/em> (6)(alors que la communaut\u00e9 ne repr\u00e9sentait que 10% de la population am\u00e9ricaine). La relation m\u00e9taphorique, d\u00e9velopp\u00e9e par le film, de tombes de soldats align\u00e9es et de carcasses de viande suspendues dans une chambre froide, r\u00e9sume \u00e0 elle seule l\u2019atrocit\u00e9 de la guerre.<\/p>\n<p>Toujours sur la base des discours enflamm\u00e9s de Malcolm X et des autres leaders noirs, le film d\u00e9nonce ici de fa\u00e7on violente et en bloc la politique imp\u00e9rialiste am\u00e9ricaine, la guerre du Vi\u00eat-Nam et l\u2019envoi massif de soldats noirs en premi\u00e8re ligne. Au contraire des mod\u00e9r\u00e9s, les <em>muslims<\/em>, les Black Panthers et autres radicaux, rejettent le patriotisme am\u00e9ricain et voient la communaut\u00e9 noire comme une nation opprim\u00e9e au sein de l\u2019Am\u00e9rique, comme \u00ab\u00a0une avant garde du Tiers-monde sur le territoire des \u00c9tats-Unis\u00a0\u00bb. Muhammad Ali avait d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 le signal de la r\u00e9volte au mois d\u2019Avril 1967 en refusant la conscription et en d\u00e9clarant: \u00ab\u00a0<em>Je n\u2019ai rien contre le Vietcong !<\/em>\u00a0\u00bb Puis en s\u2019expliquant : \u00ab\u00a0<em>De quel droit me commande-t-il [le Blanc] de partir pour l\u2019Asie, l\u2019Afrique ou n\u2019importe o\u00f9 dans le monde afin de combattre des gens qui ne nous ont jamais jet\u00e9 une seule pierre, ni \u00e0 moi ni \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique ? De quel droit ce descendant de n\u00e9griers et d\u2019esclavagistes commande-t-il \u00e0 un petit-fils d\u2019esclaves d\u2019aller se battre contre d\u2019autres gens dans leur propre pays ?<\/em>\u00a0\u00bb (7) (Le film renvoie \u00e0 cette prise de position tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9e du champion du monde en ins\u00e9rant un plan furtif de Ali).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_1360\" style=\"width: 610px;\">\n<p><a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/x-ali.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-1360\" title=\"x-ali\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/x-ali.jpg\" width=\"600\" height=\"300\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"wp-caption-text\">Mohamed Ali et Malcolm X en 1963<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le r\u00e9alisateur porte un regard critique et singulier sur les \u00e9v\u00e9nements et \u00e0 ce titre la manifestation pro-guerre d\u2019ouverture est r\u00e9v\u00e9latrice de l\u2019esprit du film et de son auteur. La cam\u00e9ra fonctionne comme une sorte de loupe et semble d\u00e9voiler une v\u00e9rit\u00e9 cach\u00e9e, elle prend du recul sur les \u00e9v\u00e9nements et d\u00e9veloppe un esprit critique. Le son participe grandement \u00e0 ce d\u00e9calage, \u00e0 cette mise en perspective. Le bruit nuisible et assourdissant des pas cadenc\u00e9s sur le bitume conf\u00e8re aux images une autre dimension, une signification diff\u00e9rente. Les slogans en deviennent d\u2019autant plus violents et hostiles. Les manifestants (la plupart \u00e2g\u00e9s, tous blancs) d\u00e9filent devant nos yeux et en arrivent finalement \u00e0 \u00e9veiller en nous un sentiment de rejet, voire de d\u00e9go\u00fbt. En s\u2019appuyant sur la fausse neutralit\u00e9 des images utilis\u00e9es, l\u2019auteur impose une autre vision des \u00e9v\u00e9nements en se contentant simplement de souligner discr\u00e8tement par des choix de mise en sc\u00e8ne (ici les bruits de pas, pr\u00e9c\u00e9demment le montage, ailleurs les discours) une signification latente. C\u2019est par ce type de proc\u00e9d\u00e9 que le r\u00e9alisateur entretient un certain d\u00e9calage et applique un regard critique sur les \u00e9v\u00e9nements et la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine, comme peuvent le faire les Noirs am\u00e9ricains. Dans cette perspective, le spectateur est tent\u00e9 d\u2019adopter un \u00ab\u00a0point de vue noir\u00a0\u00bb sur les images et sur les faits.<\/p>\n<p>Toujours dans le but de d\u00e9noncer les m\u00e9faits de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine et de durcir son discours contestataire, De Laurot a aussi recours \u00e0 des images fortes, toujours symboliques et signifiantes, comme cette radiographie d\u2019un cr\u00e2ne dans lequel est log\u00e9e une balle, ou ces images de Vi\u00eat-Cong tortur\u00e9s. A c\u00f4t\u00e9 de cela, les manifestations pacifistes et bon enfant des \u00e9tudiants blancs, et la chanson \u00ab\u00a0<em>we shall overcome<\/em>\u00a0\u00bb (hymne de la marche sur Washington en 1963) paraissent bien futiles et pittoresques. \u201d<em>Une r\u00e9volution ne s\u2019est jamais gagn\u00e9e en chantant \u00ab\u00a0we shall overcome\u00a0\u00bb<\/em>\u201d d\u00e9clare Malcolm X en voix off, ainsi que \u201d<em>ce n\u2019est pas tr\u00e8s gentil d\u2019appeler ce que vous fa\u00eetes des sit-in (\u2026), une vieille dame peut s\u2019asseoir, un vieil homme peut s\u2019asseoir, une vache peut s\u2019asseoir\u2026<\/em>\u201d. Le documentaire annonce ici la seconde partie justifiant le radicalisme du <em>black power<\/em> et critiquant le gradualisme des mod\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9volution<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Black power, le pouvoir aux Noirs, la libert\u00e9 aux Noirs (\u2026) Qu\u2019a dit le Dr. King ? Il a dit non, le pouvoir noir est synonyme de nationalisme. Mais t\u2019as raison, c\u2019est synonyme de nationalisme parce que c\u2019est du nationalisme (\u2026) La r\u00e9volution c\u2019est du nationalisme et la contestation c\u2019est du nationalisme. Qu\u2019est-ce qu\u2019une r\u00e9volution sans nationalisme ? Les Noirs de ce pays ont une longue tradition de nationalisme. Nous avons une tradition de rebellions, nous n\u2019avons pas une tradition de non-violence. Nous avons Nat Turner<\/em> (8) <em>(\u2026) Et cette tradition se retrouve aujourd\u2019hui en la personne de Malcom X\u00a0\u00bb <\/em>(un militant).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une premi\u00e8re partie plus ax\u00e9e sur le th\u00e8me de l\u2019oppression, qui tentait de rendre compte du malheur des Noirs et de l\u2019injustice dont ils souffrent, cette seconde partie du documentaire joue d\u2019embl\u00e9e la carte du radicalisme et de la provocation. Les mots, prononc\u00e9s sur un ton toujours plus vindicatif, \u00e9voquent le <em>black power<\/em>, le nationalisme noir, les Black Panthers, bref le nouveau Noir que Malcolm X d\u00e9crit en ces termes: <em>\u201dCe nouveau type de Noir, il se fiche de l\u2019int\u00e9gration. Ce qu\u2019il veut, c\u2019est la s\u00e9paration. (\u2026) ce nouveau type de Noir ne tend l\u2019autre joue \u00e0 personne. Il ne croit pas en une esp\u00e8ce de souffrance pacifiste. Il croit qu\u2019il faut ob\u00e9ir \u00e0 la loi. Il croit qu\u2019il faut respecter les gens. (\u2026) Mais, par ailleurs, si quelqu\u2019un l\u2019attaque, il croit qu\u2019il doit riposter.\u201d<\/em> (9)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>I\u2019m black and I\u2019m proud !<\/strong><\/p>\n<p>La vague de contestation des ann\u00e9es soixante a donn\u00e9 aux Noirs am\u00e9ricains la loi sur les droits civiques (vot\u00e9e en 1964), mais plus important, elle leur a rendu leur fiert\u00e9. Apr\u00e8s quatre cents ann\u00e9es de frustration, de m\u00e9pris de soi, de haine envers ses semblables, les luttes pour les droits civiques ont aussi lib\u00e9r\u00e9 l\u2019esprit. Fini dor\u00e9navant le \u00ab\u00a0d\u00e9cr\u00eapage\u00a0\u00bb (le \u00ab\u00a0<em>conk<\/em> \u00bb), fini de copier les Blancs et leurs mani\u00e8res ou leur fa\u00e7on de parler, les Africains-Am\u00e9ricains, notamment gr\u00e2ce \u00e0 Malcolm X et \u00e0 Muhammad Ali, prennent conscience de leur beaut\u00e9. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque que Ali d\u00e9clare \u00ab\u00a0<em>Je suis le plus beau, je suis le plus grand !<\/em>\u00bb, et que James Brown chante \u00ab\u00a0<em>Dites le haut et fort, je suis noir et fier de l\u2019\u00eatre !<\/em>\u00bb. C\u2019est aussi la grande \u00e9poque des coiffures afro, des dashikis, et du retour aux racines africaines.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_1361\" style=\"width: 560px;\">\n<p><a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/black-panthers-02-_c_-cine-tamaris.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-1361\" title=\"black-panthers-02-_c_-cine-tamaris\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/black-panthers-02-_c_-cine-tamaris-1024x720.jpg\" width=\"550\" height=\"386\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"wp-caption-text\">Kathleen Cleaver, militante des Black Panthers<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0, tout au long du documentaire, le r\u00e9alisateur se propose de filmer les individus en gros plan comme pour rappeler que le Noir est beau (\u201d<em>black is beautiful<\/em>\u201d), dans un noir &amp; blanc avantageux (dans la tradition des photos de jazzmen). Il s\u2019agit d\u00e9j\u00e0 d\u2019une d\u00e9marche politique puisque rares sont encore les images de Noirs dans le cin\u00e9ma des ann\u00e9es 60 \u2013 qui plus est en gros plans. Mais l\u2019auteur va plus loin, il illustre le slogan \u00ab\u00a0<em>I\u2019m black and I\u2019m proud<\/em>\u00a0\u00bb par une sc\u00e8ne \u00e0 valeur de symbole. Deux jeunes femmes noires portant des perruques blondes et film\u00e9es de dos (si bien qu\u2019on les prend pour des jeunes femmes blanches) se retournent brusquement pour d\u00e9voiler leur visage et jeter avec d\u00e9go\u00fbt leur coiffure postiche afin de signifier clairement qu\u2019elles sont fi\u00e8res d\u2019\u00eatre noires et qu\u2019elles ne veulent plus tenter de ressembler \u00e0 des Blanches. L\u2019une d\u2019elle pousse m\u00eame la provocation jusqu\u2019\u00e0 cracher et manifester ainsi avec d\u00e9dain son m\u00e9pris pour l\u2019esth\u00e9tique dominante blanche. <em>\u00ab\u00a0Nous devons nous rappeler que ce syst\u00e8me de pouvoir ne se contente pas de d\u00e9truire notre conscience mais essaie aussi de corrompre notre caract\u00e8re. Nous devons donc r\u00e9sister \u00e0 cette tentation insidieuse qu\u2019\u00e9tend jusqu\u2019\u00e0 nous cette soci\u00e9t\u00e9 mat\u00e9rialiste\u00a0; nous devons surmonter la conformit\u00e9, l\u2019apathie, et l\u2019indiff\u00e9rence \u00e0 notre condition. Nous devons vaincre l\u2019attitude d\u00e9faitiste, l\u2019ennemi qui est en nous avant de pouvoir infliger une d\u00e9faite \u00e0 l\u2019ennemi qui nous est ext\u00e9rieur.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Le texte fait ici r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette \u00ab\u00a0<em>black liberation<\/em>\u00a0\u00bb de l\u2019esprit, \u00e0 ce besoin de sortir du carcan inculqu\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 des Blancs. Les images montrent des individus sortant d\u2019une salle de spectacle, des bourgeois noirs, des sortes \u00ab\u00a0d\u2019Oncles Tom\u00a0\u00bb, conformistes et arrogants, dont Malcolm X a fait l\u2019une de ses cibles privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0: \u201d<em>Nous avons aujourd\u2019hui la version contemporaine du n\u00e8gre domestique: l\u2019Oncle Tom du XX\u00e8me si\u00e8cle. Il n\u2019est gu\u00e8re diff\u00e9rent de l\u2019Oncle Tom d\u2019il y a cent ou deux cents ans. Seulement, il est plus moderne. (\u2026) Il veut devenir blanc pour pouvoir aller au paradis avec un Blanc. Ce n\u2019est pas de sa faute; ce n\u2019est vraiment pas de sa faute. Mais tel est son \u00e9tat d\u2019esprit. C\u2019est l\u00e0 le r\u00e9sultat de quatre cents ans de bourrage de cr\u00e2ne ici, en Am\u00e9rique. (\u2026) Or ce type de n\u00e8gre g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9teste les Noirs et adore les Blancs. Il ne veut pas \u00eatre noir, il veut \u00eatre blanc. C\u2019est \u00e0 genoux qu\u2019il suppliera de lui accorder l\u2019int\u00e9gration<\/em>\u201d (10). Le nouveau Noir r\u00e9volutionnaire est l\u2019antith\u00e8se de cet Oncle Tom, il rejette en bloc la soci\u00e9t\u00e9 des blancs et le capitalisme (\u201d<em>cette soci\u00e9t\u00e9 mat\u00e9rialiste\u201d<\/em>). Malcolm X un peu \u00e0 la fin de sa vie, mais surtout les Black Panthers apr\u00e8s lui, n\u2019envisagent la lutte qu\u2019en termes de r\u00e9volution prol\u00e9tarienne, et comme le mentionne le film, beaucoup se r\u00e9clament de Mao Ts\u00e9-toung et des autres dirigeants marxistes. Le film est en ce sens autant une attaque contre le racisme qu\u2019une critique du capitalisme, les deux \u00e9tant li\u00e9s sans le discours. Le long monologue d\u2019Ossie Davis qui suit en atteste d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Why should we integrate ?<\/strong><\/p>\n<p>Le documentaire renverse ici les rapports de force\u00a0: ce n\u2019est plus le Blanc qui observe et montre du doigt le Noir, mais bien l\u2019inverse, c\u2019est le Noir qui se permet maintenant de juger le Blanc. De m\u00eame, il ne mendie plus l\u2019int\u00e9gration et ne supplie plus le Blanc pour vivre \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, il refuse au contraire cette int\u00e9gration et toute concession en sens unique. Les Africains-Am\u00e9ricains, en retrouvant leur fiert\u00e9 et leur identit\u00e9, en se d\u00e9barrassant des tabous, des carcans et des cadres psychologiques mutilants impos\u00e9s par les Blancs, en remettant en cause le syst\u00e8me am\u00e9ricain dans son ensemble, ont perdu leur position de qu\u00e9mandeurs, d\u2019inf\u00e9rieurs, de victimes.\u00a0 L\u2019heure est \u00e0 la prise de conscience, aux reproches. \u00ab\u00a0<em>Pourquoi devrions-nous nous int\u00e9grer ? demande un Noir \u00e0 un Blanc\u00a0\u00bb<\/em>. Le monologue d\u2019Ossie Davis s\u2019en prend ici au sacro-saint mythe de l\u2019Homme blanc parfait, au mod\u00e8le supr\u00eame et soi-disant exemplaire de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricano-capitaliste \u2013 et l\u2019image subreptice de la statue de la libert\u00e9 est \u00e0 cet \u00e9gard bien ironique. L\u2019Homme noir n\u2019a rien \u00e0 envier \u00e0 l\u2019Homme blanc et ne pourra jamais s\u2019\u00e9panouir dans <em>\u00ab\u00a0cette soci\u00e9t\u00e9 mat\u00e9rialiste bas\u00e9e sur l\u2019exploitation et la comp\u00e9tition\u00a0\u00bb<\/em> affirme le narrateur. Le film applique ici un \u00ab\u00a0regard noir\u00a0\u00bb et critique sur le monde blanc. Un individu (noir) film\u00e9 de dos se fait le guide du spectateur dans les rues de la ville surpeupl\u00e9es de passants (tous blancs). Des images chaotiques, floues et d\u00e9cadr\u00e9es de la foule, des plans furtifs de buildings et de machines disproportionn\u00e9es ou d\u2019habitations r\u00e9sidentielles aux fa\u00e7ades identiques et ennuyeuses, sont le reflet de cette soci\u00e9t\u00e9 impersonnelle et d\u00e9cadente qui court \u00e0 sa perte.<\/p>\n<p>Tous les domaines de cette soci\u00e9t\u00e9 sont remis en cause (la culture, la v\u00e9rit\u00e9, la libert\u00e9), jusqu\u2019\u00e0 la nature m\u00eame de l\u2019\u00eatre, sous le regard du Noir, par sa vision des choses et sa sensibilit\u00e9 propre\u00a0: \u00ab\u00a0<em>et vous pr\u00eachez l\u2019amour, vous qui vous sentez sales quand vous exprimez vos sentiments, vous dont le c\u0153ur hurle depuis son vide mortel pour qu\u2019on le remplisse de ce qu\u2019il ne peut donner (\u2026) Comment pouvez-vous nous pr\u00eacher l\u2019humanit\u00e9, si la soci\u00e9t\u00e9 que vous avez vous-m\u00eame \u00e9tablie vous a rendu sceptiques quant aux plus nobles mobiles de l\u2019homme, a amolli vos passions, vous a priv\u00e9 du sens de l\u2019id\u00e9al, a fait de vous une nation de non-hommes cherchant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment leur humanit\u00e9 d\u00e9chue?\u00a0\u00bb. <\/em>Tout l\u2019int\u00e9r\u00eat de <em>Black Liberation<\/em> r\u00e9side en fait dans cette inversion des r\u00f4les (regard\u00e9\/regardant, accus\u00e9\/juge, objet\/sujet), et en ce sens il fait preuve d\u2019originalit\u00e9 et propose une vision toute diff\u00e9rente des \u00e9v\u00e9nements. La grande richesse de ce film est aussi li\u00e9e au fait qu\u2019il applique une sensibilit\u00e9 noire (doubl\u00e9e d\u2019une vision marxiste) aux faits et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine. La derni\u00e8re partie fonctionne d\u00e8s lors comme un avertissement.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Explosion<\/strong><\/p>\n<p>Le ton se fait maintenant plus mena\u00e7ant, la confrontation semble imminente et in\u00e9vitable. Une voix d\u00e9clare\u00a0: <em>\u00ab\u00a0La catastrophe nationale ne pourra \u00eatre \u00e9vit\u00e9e que si les Blancs abandonnent leur sale dessin de sup\u00e9riorit\u00e9 raciale\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_1363\" style=\"width: 638px;\">\n<p><a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/la-riots-vermont-plaza-burning1.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-1363\" title=\"la-riots-vermont-plaza-burning1\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/la-riots-vermont-plaza-burning1.jpg\" width=\"628\" height=\"304\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"wp-caption-text\">Watts 1965<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette troisi\u00e8me partie fait entrer le film dans la quasi-fiction d\u2019une guerre civile d\u00e9vastatrice et apocalyptique, et s\u2019apparente \u00e0 une mise en garde ou \u00e0 une sorte de message proph\u00e9tique. J\u2019emploie ici le terme \u00ab\u00a0quasi-fiction\u00a0\u00bb car les images et les situations, m\u00eame mises en sc\u00e8ne, ne vont pas sans nous rappeler les nombreuses explosions de violence et les \u00e9meutes dont furent t\u00e9moins les ghettos durant toutes les ann\u00e9es soixante. Et puis cette mise en sc\u00e8ne d\u2019une guerre hypoth\u00e9tique n\u2019est pas si fantaisiste\u00a0: d\u00e9j\u00e0 d\u00e8s 1964, Malcolm X prof\u00e9rait\u00a0: <em>\u201dLorsque les Noirs se mettent aujourd\u2019hui en qu\u00eate de ce que l\u2019Am\u00e9rique reconna\u00eet \u00eatre leurs droits et qu\u2019ils sont victimes de la brutalit\u00e9 de ceux qui les leur refusent, il est l\u00e9gitime qu\u2019ils fassent tout le n\u00e9cessaire pour assurer leur protection. Il y a dix ans, ils ne le faisaient pas. Aujourd\u2019hui ils s\u2019\u00e9veillent. Ils y allaient \u00e0 coup de pierres hier, \u00e0 coup de cocktails Molotov aujourd\u2019hui; demain, ils lanceront des grenades et, apr\u00e8s-demain, tout ce qui leur tombera sous la main. Vingt-deux millions d\u2019Afro-am\u00e9ricains sont pr\u00eats \u00e0 se battre d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent pour leur ind\u00e9pendance. (\u2026) La r\u00e9volution n\u2019est jamais fond\u00e9e sur l\u2019amour des ennemis et le pardon des offenses. La r\u00e9volution, c\u2019est l\u2019effusion de sang\u201d<\/em> (11).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La guerre civile<\/strong><\/p>\n<p>Le film proc\u00e8de ici par abstraction, par images quasi-subliminales. Dans un premier temps, des hommes noirs s\u2019arment. Puis les premiers coups de feu retentissent. Les d\u00e9cadrages, les mouvements d\u00e9sordonn\u00e9s de cam\u00e9ra, les flous; les images participent \u00e0 la confusion des \u00e9v\u00e9nements et au sentiment de chaos. Le film met ici en sc\u00e8ne une gu\u00e9rilla urbaine opposant Noirs et Blancs. Des hommes tirent, d\u2019autres meurent. Puis ces escarmouches (proches des \u00e9meutes comme celle de Watts en 1965) prennent l\u2019ampleur d\u2019une vraie guerre \u00e0 dimension nationale\u00a0: des avions \u00e0 r\u00e9action sillonnent le ciel am\u00e9ricain, un \u00e9norme viseur balaie les buildings, des bruits d\u2019obus et d\u2019explosions se font de plus en plus pr\u00e9sents, le son strident d\u2019une sir\u00e8ne sonne l\u2019alerte avant le bombardement. Cette escalade dans la guerre est annonc\u00e9e au d\u00e9but par la musique gospel transcendante jou\u00e9e en crescendo.<\/p>\n<p>Les discours des leaders noirs se font plus rares. La bande sonore laisse place aux cr\u00e9pitements des mitraillettes, aux sifflements des obus et aux explosions des bombes. Puis un court silence s\u2019installe, vite couvert par un bruitage \u00e9trange, habituellement associ\u00e9 aux extraterrestres dans les films de s\u00e9rie B. Un sonar en surimpression sur des vues de New York pr\u00e9c\u00e8de l\u2019explosion atomique. Ensuite c\u2019est le d\u00e9sert. Des cendres de corps humains jonchent le sol, tout n\u2019est plus que ruines et d\u00e9solation. Ce passage aux allures d\u2019apocalypse semble exploiter les grandes peurs de l\u2019Am\u00e9rique au plus fort de la guerre froide dans les ann\u00e9es cinquante\u00a0: la guerre\u00a0 atomique, le communisme et les martiens\u2026 Cette stylisation \u00e0 l\u2019extr\u00eame et ce choix de mettre en sc\u00e8ne la fin du monde semblent avoir pour but de d\u00e9clencher chez le spectateur (blanc) une r\u00e9action, et une r\u00e9flexion, tout en \u00e9veillant une angoisse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_1386\" style=\"width: 568px;\">\n<p><a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/Watts_1965.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-1386\" title=\"_Watts_1965\" alt=\"\" src=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/Watts_1965.jpg\" width=\"558\" height=\"372\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"wp-caption-text\">Watts 1965<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les derniers mots prononc\u00e9s par Ossie Davis r\u00e9sonnent comme un \u00e9loge fun\u00e8bre, bien qu\u2019ils nous ram\u00e8nent aussi \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9: <em>\u00ab\u00a0Comment pouvons-nous vivre avec vous dans le m\u00eame monde sans que vous compreniez d\u2019abord qu\u2019il pourrait ne plus y avoir de monde du tout, \u00e0 moins que vous ne vous lib\u00e9riez vous-m\u00eames d\u2019abord de ce qui vous a rendu esclaves, \u00e0 moins que vous compreniez d\u2019abord que l\u2019humanit\u00e9 est en elle-m\u00eame une r\u00e9volution, que notre combat n\u2019est pas de r\u00e9clamer petitement plus de pain, mais que le pain ait un go\u00fbt diff\u00e9rent dans la bouche de l\u2019homme ?\u00a0\u00bb.<\/em> Apr\u00e8s avoir agit\u00e9 le spectre de la guerre civile et de la fin du monde, le discours donne une ultime explication sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un changement radical de la politique raciste-capitaliste-am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00c9pilogue<\/strong><\/p>\n<p>Le film se termine en partie comme il a commenc\u00e9\u00a0: le rythme africain revient, ainsi que les m\u00eames images de buildings et le pont, symbole de passage. Des hommes noirs courent \u00e0 toute vitesse sur ce pont, en s\u2019\u00e9loignant de la ville, semble-t-il. La cam\u00e9ra dans un long travelling s\u2019attarde sur ces images qui peuvent laisser perplexe. Diff\u00e9rentes interpr\u00e9tations de cette mise en sc\u00e8ne sont possibles, pour ma part j\u2019y vois une fuite, une illustration de la pens\u00e9e de Malcolm X, qu\u2019il d\u00e9finissait ainsi\u00a0: <em>\u201dLa seule et unique solution permanente passe par une s\u00e9paration compl\u00e8te et totale\u00a0; il nous faut une terre \u00e0 nous, dans un pays \u00e0 nous. Toute autre voie ne pourra mener qu\u2019\u00e0 la violence et \u00e0 des bagarres sanglantes. Toute autre voie m\u00e8nera \u00e0 la destruction de l\u2019Am\u00e9rique comme \u00e0 la destruction de ceux qui, parmi nous, se laisseront prendre \u00e0 leurs mensonges. Voil\u00e0 pourquoi nous n\u2019avons pas le choix\u00a0: la fuite est la seule issue si vous voulez sauver votre peau\u201d<\/em> (12).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>En conclusion<\/strong><\/p>\n<p>Pour de nombreuses raisons, <em>Black Liberation<\/em> est un document rare et pr\u00e9cieux. R\u00e9alis\u00e9 au c\u0153ur m\u00eame des \u00e9v\u00e9nements, il t\u00e9moigne fid\u00e8lement de l\u2019esprit du mouvement, \u00e0 la fois lucide et g\u00e9nial, plein de contradictions et utopique. Les images prises sur le vif, au d\u00e9tour d\u2019une rue du ghetto, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une manifestation improvis\u00e9e, conf\u00e8rent aussi au film une valeur documentaire ind\u00e9niable. Le choix de filmer la foule et les anonymes participe de cette m\u00eame r\u00e9ussite. La deuxi\u00e8me qualit\u00e9 de <em>Black Lib\u00e9ration<\/em> est sans conteste li\u00e9e au fait que le r\u00e9alisateur a choisi, non sans risque, de donner la parole aux \u00ab\u00a0extr\u00e9mistes\u00a0\u00bb. Les mots de Malcolm X et des Black Panthers sont autant de provocations et d\u2019injures adress\u00e9es \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique blanche. Affili\u00e9 aux courants undergrounds new-yorkais, De Laurot a choisi le camp de la contestation et a su poser un regard tr\u00e8s critique sur son \u00e9poque et ses contemporains. Il va sans dire que le style \u00ab\u00a0exp\u00e9rimental\u00a0\u00bb, agressif, innovant et anticonformiste, fait de <em>Black Liberation<\/em> un film r\u00e9ellement \u00e0 part. Car c\u2019est par son style que le film se d\u00e9marque le plus. Les discours scand\u00e9s, rythm\u00e9s, les sonorit\u00e9s des tambours africains, le montage rapide et novateur, les images symboliques et signifiantes, tout contribue \u00e0 faire de <em>Black Liberation<\/em> un film \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb. Enfin, je dirai pour finir que ce film est un document pr\u00e9cieux parce qu\u2019il donne \u00e0 penser, qu\u2019il prend parti, et en ce sens il constitue pour la communaut\u00e9 noire (et pour le reste du monde) un pr\u00e9cieux t\u00e9moignage. Il a valeur d\u2019h\u00e9ritage et peut pr\u00e9tendre \u00e0 un r\u00f4le \u00e9ducatif pour les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir.<\/p>\n<p><em>R\u00e9gis Dubois \u00a9 1998<\/em><br \/>\n<iframe src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/JKqlSs9KgUQ\" height=\"315\" width=\"420\" allowfullscreen=\"\" frameborder=\"0\"><\/iframe><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/lesensdesimages.com\/2013\/08\/28\/black-liberation-dedouard-de-laurot-1967\/\">Source<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Black Liberation d\u2019Edouard De Laurot (1967) Black Liberation (USA 1967, 37 min.), film documentaire d\u2019Edouard De Laurot (ressorti en 1972 sous le titre Silent Revolution). Ce documentaire militant est une v\u00e9ritable raret\u00e9, un film demeur\u00e9 longtemps \u00ab\u00a0introuvable\u00a0\u00bb \u2013 et ce jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment (il a \u00e9t\u00e9 mis en ligne sur YouTube en\u00a02012). Bien qu\u2019il n\u2019ait pas &#8230; <a title=\"Black Liberation\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=1851\" aria-label=\"En savoir plus sur Black Liberation\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1719,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,22,25,20,7,8,28,17],"tags":[65,84,32,23,46,74,19,54,15,49],"class_list":["post-1851","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-anti-imperialisme","category-emploi","category-enseignement","category-logement","category-negrophobie","category-prisons","category-racismes","category-video","tag-angela-davis","tag-black-power","tag-culture","tag-discrimination","tag-esclavage","tag-frantz-fanon","tag-pauvrete","tag-police","tag-resistance","tag-usa"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1851","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1851"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1851\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1852,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1851\/revisions\/1852"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1719"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1851"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1851"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1851"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}