{"id":2251,"date":"2014-08-27T12:13:58","date_gmt":"2014-08-27T11:13:58","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=2251"},"modified":"2014-08-26T21:17:42","modified_gmt":"2014-08-26T20:17:42","slug":"c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=2251","title":{"rendered":"C.L.R. James : vers un mat\u00e9rialisme postcolonial"},"content":{"rendered":"<header class=\"entry-header\">\n<h1 class=\"entry-title\"><img decoding=\"async\" class=\"attachment-half-width wp-post-image\" src=\"http:\/\/revueperiode.net\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/tumblr_mnz18yT7Ey1s4jab4o1_500-280x185.jpg\" alt=\"tumblr_mnz18yT7Ey1s4jab4o1_500\" width=\"280\" height=\"185\" \/><\/h1>\n<address class=\"entry-title\">C.L.R. James : vers un mat\u00e9rialisme postcolonial<\/address>\n<\/header>\n<address class=\"entry-author\"><span class=\"vcard\"> Matthieu Renault <\/span><\/address>\n<div class=\"entry-summary\">\n<div class=\"featured-image\"><a title=\"C.L.R. James : vers un mat\u00e9rialisme postcolonial\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/\">\u00a0 <\/a><\/div>\n<div class=\"excerpt\">\n<p>La critique de l\u2019eurocentrisme est \u00e0 renouveler. Pour certains, appliquer les concepts du marxisme au-del\u00e0 des fronti\u00e8res de l\u2019Europe est une condition suffisante pour r\u00e9viser les attaches europ\u00e9ennes de la th\u00e9orie sociale. Pour d\u2019autres, provincialiser l\u2019Europe n\u00e9cessite de renoncer \u00e0 toute conceptualisation unitaire du capitalisme et des conflits qui se d\u00e9ploient en son sein. Matthieu Renault propose de changer les termes de ce d\u00e9bat en insistant sur l\u2019originalit\u00e9 et l\u2019importance du travail th\u00e9orique de CLR James. Le marxisme carib\u00e9en de James offre une cl\u00e9 essentielle de la critique de l\u2019eurocentrisme, que Matthieu Renault choisit d\u2019examiner au prisme des notions de civilisation et de traduction.<\/p>\n<div class=\"printfriendly\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"entry-content\">\n<div class=\"pf-content\">\n<p><b>1) De la critique postcoloniale\u2026 aux marxismes anticoloniaux<\/b><\/p>\n<blockquote><p>\u00a0C. L. R. James \u00e9tait un trotskyste, et un marxiste tout au long de sa vie. Il aurait eu un fou rire si vous lui aviez pr\u00e9sent\u00e9 un texte des th\u00e9oriciens postcoloniaux tardifs et lui aviez dit\u00a0: \u201cCe sont vos enfants\u201d. Il aurait eu un fou rire<sup><a id=\"identifier_0_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Entretien avec Vivek Chibber, \u00ab\u00a0La fausse promesse de la th\u00e9orie postcoloniale\u00a0\u00bb, propos recueillis par Orazio Irrera et Matthieu Renault, La revue des livres (web), http:\/\/www.revuedeslivres.fr\/la-fausse-promesse-de-la-theorie-postcoloniale\/, publi\u00e9 le 23 septembre 2013, derni\u00e8re consultation le 6 janvier 2014.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_0_549\">1<\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ces paroles sont extraites d\u2019un entretien avec Vivek Chibber, auteur de <i>Postcolonial Theory and the Specter of Capital<\/i>, ouvrage publi\u00e9 au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2013<sup><a id=\"identifier_1_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Vivek Chibber, Postcolonial Theory and The Specter of Capital. Londres\u00a0: Verso, 2013.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_1_549\">2<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><\/a><\/sup>. Elles prolongent les arguments d\u00e9velopp\u00e9s dans la conclusion du livre dans laquelle l\u2019auteur s\u2019oppose vigoureusement \u00e0 la th\u00e8se qui gouverne l\u2019ouvrage de Robert J. C. Young, <i>Postcolonialism: An Historical Introduction <\/i>(2001), \u00e0 savoir que, quoi qu\u2019op\u00e9rant dans des conditions forts diff\u00e9rentes de celles qui pr\u00e9valaient en situation coloniale, la critique postcoloniale \u00ab\u00a0prend son inspiration\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0incorpore l\u2019h\u00e9ritage des traditions marxistes syncr\u00e9tiques d\u00e9velopp\u00e9es hors de l\u2019Occident au cours des luttes anticoloniales\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_2_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Robert J. C. Young, Postcolonialism: An Historical Introduction. Malden\u00a0: Blackwell Publishing, 2001.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_2_549\">3<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><\/a><\/sup>. Autrement dit, pour Young, la critique postcoloniale est l\u2019h\u00e9riti\u00e8re en ligne directe de l\u2019anticolonialisme, et plus particuli\u00e8rement des marxismes anticoloniaux. Mais, dit Chibber, \u00ab\u00a0la description de Young est totalement erron\u00e9e\u00a0\u00bb. Pourquoi\u00a0? Parce que les grandes figures de l\u2019anticolonialisme, de Kwame Nkrumah \u00e0 Am\u00edlcar Cabral, en passant par C.\u00a0L.\u00a0R. James, \u00e9taient fid\u00e8les \u00e0 la \u00ab\u00a0pens\u00e9e humaniste et \u00e0 l\u2019\u00e9thique universelle\u00a0\u00bb\u00a0; qu\u2019elles qu\u2019aient pu ensuite \u00eatre les d\u00e9rives et autres m\u00e9saventures des r\u00e9gimes post-coloniaux, ajoute Chibber, les th\u00e9oriciens et dirigeants anticoloniaux \u2014 ils furent souvent l\u2019un et l\u2019autre \u00e0 la fois \u2014faisaient confiance \u00e0 la science, \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9 et \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9mancipation universelle\u00a0\u00bb\u00a0, lesquelles constituent au contraire la \u00ab\u00a0cible privil\u00e9gi\u00e9e des critiques\u00a0\u00bb \u00e9mises dans le champ des \u00e9tudes postcoloniales<sup><a id=\"identifier_3_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Vivek Chibber, Postcolonial Theory and The Specter of Capital, op. cit., p. 290.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_3_549\">4<\/a><\/sup>.<sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><br \/>\n<\/a><\/sup><\/p>\n<p>La critique de Chibber est \u00e0 maints \u00e9gards bienvenue. Pour ne prendre qu\u2019un exemple, il est en effet pour le moins probl\u00e9matique de faire des penseurs anticoloniaux des pr\u00e9curseurs de la d\u00e9construction postmoderne-postcoloniale du grand r\u00e9cit europ\u00e9en de la modernit\u00e9, alors qu\u2019une tr\u00e8s large partie d\u2019entre eux, que ce soit par pr\u00e9dilection intellectuelle ou par n\u00e9cessit\u00e9 politique et \u00e9conomique \u2014 mais peut-on r\u00e9ellement tracer une ligne de d\u00e9marcation entre ces deux motifs ? \u2014, \u00e9taient favorables \u00e0 la mise en \u0153uvre de politiques de modernisation dans les pays en voie de d\u00e9colonisation. Cependant, tout en rejetant radicalement l\u2019id\u00e9e de la n\u00e9cessit\u00e9 de construire un nouveau cadre th\u00e9orique afin de rendre compte ad\u00e9quatement des diff\u00e9rences entre l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Orient\u00a0\u00bb et l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Occident\u00a0\u00bb, Chibber ne r\u00e9voque aucunement le projet postcolonial de \u00ab\u00a0provincialisation de l\u2019Europe\u00a0\u00bb. S\u2019opposant \u00e0 la th\u00e8se de l\u2019ind\u00e9racinable eurocentrisme de Marx et de la th\u00e9orie marxiste, qui est devenu un lieu commun dans toute une frange de la critique postcoloniale, Chibber affirme non sans provocation que \u00ab\u00a0<i>l\u2019histoire de l\u2019analyse marxienne au XXe si\u00e8cle est l\u2019histoire de <\/i>[\u2026] <i>la compr\u00e9hension de la sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019Orient\u00a0<\/i>\u00bb<sup><a id=\"identifier_4_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ibid., p. 291.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_4_549\">5<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><\/a><\/sup>. Il donne alors quelques exemples\u00a0: \u00ab\u00a0La th\u00e9orie de l\u2019imp\u00e9rialisme et du \u201cmaillon le plus faible\u201d de L\u00e9nine\u00a0\u00bb,\u00a0\u00ab\u00a0les travaux de Kautsky sur la question agraire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la th\u00e9orie de la Nouvelle d\u00e9mocratie de Mao\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0les travaux de Cabral sur la voie r\u00e9volutionnaire africaine\u00a0\u00bb et, comme l\u2019on pouvait s\u2019y attendre, \u00ab\u00a0la th\u00e9orie du d\u00e9veloppement in\u00e9gal et combin\u00e9 de Trotsky\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_5_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ibid., p. 292.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_5_549\">6<\/a><\/sup>.<sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><\/a><\/sup><\/p>\n<p>Or, cette derni\u00e8re est absolument centrale dans les \u00e9crits de C. L. R. James, et en particulier dans <i>Les Jacobins noirs<\/i>, devenu depuis un classique des \u00e9tudes postcoloniales. Ainsi que l\u2019\u00e9crit Grant Farred, l\u2019histoire de la r\u00e9volution ha\u00eftienne narr\u00e9e par James est travers\u00e9e par le \u00ab\u00a0trope de la mobilit\u00e9, du flux et du reflux des \u00e9v\u00e9nements politiques\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_6_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Grant Farred, \u00ab\u00a0C.L.R. James and Anti-\/Postcolonialism\u00a0\u00bb, Solidarity, http:\/\/www.solidarity-us.org\/site\/node\/1526, derni\u00e8re consultation le 6 janvier 2013.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_6_549\">7<\/a><\/sup> <sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><\/a><\/sup> cher \u00e0 Trotsky. M\u00eame apr\u00e8s sa rupture d\u00e9finitive avec le trotskysme, James reste fid\u00e8le \u00e0 l\u2019id\u00e9e du \u00ab\u00a0privil\u00e8ge de l\u2019arri\u00e9ration historique\u00a0\u00bb d\u00e9velopp\u00e9e par l\u2019auteur de l\u2019<i>Histoire de la r\u00e9volution russe<sup><a id=\"identifier_7_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir en particulier L\u00e9on Trotsky, Histoire de la r\u00e9volution russe 1. La R\u00e9volution de f\u00e9vrier. Paris\u00a0: Le Seuil, 1995. \u00ab\u00a0Particularit\u00e9s du d\u00e9veloppement de la Russie\u00a0\u00bb, pp. 39-52. L\u2019historien de l\u2019\u00e9conomie Alexandrer Gerschenkron parlera quant \u00e0 lui plus tard des \u00ab\u00a0avantages de l\u2019arri\u00e9ration\u00a0\u00bb (advantages of backwardness\u00a0\u00bb)\u00a0; voir notamment Alexander Gerschenkron, Economic Backwardness in Historical Perspective: A Book of essays, Cambridge (MAQQ): Belknap Press of Harvard University Press, 1962.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_7_549\">8<\/a><\/sup> <\/i><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><\/a><\/sup>(1930, publi\u00e9 en anglais en 1932). La \u00ab\u00a0loi de la compensation historique\u00a0\u00bb que James explicite dans ses <i>Notes on Dialectics<\/i> de 1948 ne peut manquer de faire \u00e9cho \u00e0 la loi du d\u00e9veloppement in\u00e9gal et combin\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>La France politiquement arri\u00e9r\u00e9 a produit la R\u00e9volution Fran\u00e7aise. L\u2019Allemagne \u00e9conomiquement et politiquement arri\u00e9r\u00e9e a produit la philosophie classique et le marxisme. La Russie frustr\u00e9e a produit la grande litt\u00e9rature russe du XIXe si\u00e8cle [\u2026] et le bolch\u00e9visme. [\u2026] Cette loi peut \u00eatre appel\u00e9e la loi de la compensation historique. Son importance est qu\u2019en mettant au jour une r\u00e9ponse diff\u00e9r\u00e9e, elle projette dans le futur, et l\u2019arri\u00e9ration est transform\u00e9e, faisant de son arri\u00e9ration elle-m\u00eame la dynamique de transition vers l\u2019avant-gardisme. Quelle formule\u00a0!<sup><a id=\"identifier_8_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. L. R. James, Notes on Dialectics\u00a0: Hegel, Marx, Lenin. Westport\u00a0: Lawrence Hill &amp; Co, 1980, p. 136.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_8_549\">9<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette conception du bond (<i>leap<\/i>), de la combinaison et de l\u2019enchev\u00eatrement \u2014du \u00ab\u00a0saut par-dessus les \u00e9tapes historiques\u00a0\u00bb dans les termes de Trotsky \u2014 contredit radicalement la critique rudimentaire, mais n\u00e9anmoins tr\u00e8s r\u00e9pandue au sein du champ postcolonial, de l\u2019historicisme comme succession lin\u00e9aire, progressive et n\u00e9cessaire de stades historiques-\u00e9conomiques que chaque soci\u00e9t\u00e9 aurait \u00e0 parcourir.<\/p>\n<p>Cependant, le probl\u00e8me de cette conception alternative de la \u00ab\u00a0provincialisation de l\u2019Europe\u00a0\u00bb est qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9battue par des th\u00e9oriciens postcoloniaux plus exigeants. Dans \u00ab\u00a0A Small History of <i>Subaltern Studies\u00a0<\/i>\u00bb \u2014 un texte qui est tr\u00e8s largement utilis\u00e9 par Chibber \u2014, Dipesh Chakrabarty affirme que les \u00ab\u00a0th\u00e9ories du \u201cd\u00e9veloppement in\u00e9gal\u201d\u00a0\u00bb \u2014 au sein desquelles il inclut sans aucun doute la th\u00e9orie du d\u00e9veloppement in\u00e9gal et combin\u00e9 de Trotsky \u2014 peuvent tout au plus \u00ab\u00a0moduler\u00a0\u00bb, et non d\u00e9passer, \u00ab\u00a0la conception eurocentriste et \u00e9tapiste de l\u2019histoire\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_9_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Dipesh Chakrabarty, \u00ab\u00a0A Small History of Subaltern Studies\u00a0\u00bb in Habitations of Modernity\u00a0:Essays in the Wake of Subaltern Studies. Chicago et Londres\u00a0: University of Chicago Press, 2002, p. 11.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_9_549\">10<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\"><\/a><\/sup>. D\u2019un point de vue postcolonial, le probl\u00e8me majeur r\u00e9side en effet dans la reproduction de la notion d\u2019<i>arri\u00e9ration<\/i> en tant que celle-ci repose sur la dichotomie moderne <i>versus<\/i> pr\u00e9moderne, laquelle est de fait la cible privil\u00e9gi\u00e9e des critiques postcoloniales\u2026 et pas seulement de celles-ci. Dans son ouvrage <i>Caliban\u2019s Reason<\/i>, Paget Henry, tout en nuan\u00e7ant l\u2019id\u00e9e que les \u00ab\u00a0tendances eurocentriques\u00a0\u00bb de James d\u00e9riveraient imm\u00e9diatement de son adoption de la th\u00e9orie marxiste, n\u2019en d\u00e9clare pas moins ainsi que la pens\u00e9e de James \u00ab\u00a0reste emp\u00eatr\u00e9e dans le discours europ\u00e9en de la modernit\u00e9\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_10_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Paget Henry, Caliban\u2019s Reason\u00a0: Introducing Afro-Carribean Philosophy. New York et Londres\u00a0: Routledge, 2000, p. 56.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_10_549\">11<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\"><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agira pas ici de s\u2019engager dans un \u00e9ni\u00e8me d\u00e9bat sur les m\u00e9faits de l\u2019eurocentrisme, de distribuer les bons points en jugeant qui est eurocentriste et qui ne l\u2019est pas\u00a0; il ne s\u2019agit pas plus d\u2019en appeler \u00e0 une quelconque \u00ab\u00a0r\u00e9conciliation\u00a0\u00bb, \u00e0 une synth\u00e8se qui ne pourrait manquer d\u2019\u00eatre artificielle, entre des positions \u00ab\u00a0marxiste\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0postcoloniale\u00a0\u00bb pr\u00e9-donn\u00e9es et oppos\u00e9es. L\u2019enjeu est bien plut\u00f4t de reformuler les termes m\u00eames du d\u00e9bat qui oppose la critique postcoloniale \u00e0 ses critiques, et tout particuli\u00e8rement ses critiques marxistes, ce qui implique de poser \u00e0 nouveaux frais deux questions dont les r\u00e9ponses ne devraient rien avoir d\u2019\u00e9vident : Que signifie eurocentrisme\u00a0? En quoi l\u2019eurocentrisme est-il un probl\u00e8me\u00a0? Il est \u00e0 cet \u00e9gard particuli\u00e8rement heuristique de porter une attention scrupuleuse aux marxismes-socialismes anticoloniaux dans la mesure o\u00f9 leur h\u00e9ritage, revendiqu\u00e9 par les deux (au moins) parties en conflit, constitue un v\u00e9ritable champ de bataille des d\u00e9bats et controverses contemporains\u00a0; ce qui implique \u00e0 son tour de ne pr\u00e9supposer ni que ces marxismes ont pr\u00e9figur\u00e9 la critique postcoloniale, ni qu\u2019ils ont simplement consist\u00e9 \u00e0 appliquer-adapter le(s) marxisme(s) europ\u00e9en(s) \u00e0 des conditions particuli\u00e8res, non-europ\u00e9ennes et coloniales.<\/p>\n<p>En d\u2019autres termes, il nous reste tr\u00e8s largement \u00e0 comprendre ce que signifie l\u2019assertion de Frantz Fanon, dans <i>Les Damn\u00e9s de la terre,<\/i> selon laquelle \u00ab\u00a0les analyses marxistes doivent toujours \u00eatre l\u00e9g\u00e8rement distendues chaque fois qu\u2019on aborde le probl\u00e8me colonial\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_11_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Frantz Fanon, Les Damn\u00e9s de la terre. Paris\u00a0: Gallimard, 1991, p. 70.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_11_549\">12<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\"><\/a><\/sup> \u2014 et, doit-on \u00e0 pr\u00e9sent ajouter, la situation post-coloniale. \u00c0 cette fin, il est essentiel de r\u00e9examiner l\u2019\u0153uvre de C. L. R. James. Si, c\u2019est dans la th\u00e9orie de l\u2019histoire (et de la temporalit\u00e9) de ce dernier, tout comme dans sa conception et sa pratique de l\u2019historiographie, que r\u00e9side tr\u00e8s certainement la \u00ab\u00a0r\u00e9ponse ultime\u00a0\u00bb \u00e0 nos interrogations, il faut reconna\u00eetre que leur compr\u00e9hension repr\u00e9sente la fin bien plut\u00f4t que le commencement d\u2019un long processus de recherche. C\u2019est pourquoi pour d\u00e9buter, dans le sens le plus litt\u00e9ral du terme, nous sugg\u00e9rerons deux pistes d\u2019exploration en nous focalisant sur deux concepts-probl\u00e8mes, ceux de <i>traduction <\/i>et de <i>civilisation.<\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>2) Des traductions du marxisme<\/strong><\/p>\n<p>Afin de traiter du probl\u00e8me de la traduction, nous nous appuierons presque exclusivement sur un seul texte de James, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0The Americanization of Bolshevism\u00a0\u00bb (1944), lequel d\u00e9bute significativement par ces mots\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p><i>Pour bolch\u00e9viser l\u2019Am\u00e9rique, il est n\u00e9cessaire d\u2019am\u00e9ricaniser le bolch\u00e9visme<\/i><sup><a id=\"identifier_12_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. L. R. James, \u00ab\u00a0The Americanization of Bolshevism\u00a0\u00bb (1944) in Marxism for Our Times\u00a0: C. L. R. James on Revolutionary Organization (edited and with an introduction by Martin Glaberman). Jackson\u00a0(Miss.)\u00a0: University Press of Mississipi, p. 16. (\u00e9galement reproduit dans American Civilization, pp. 283-292) \" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_12_549\">13<\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Comme beaucoup d\u2019autres avant et apr\u00e8s lui, James soul\u00e8ve la question de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une \u00ab\u00a0nationalisation du marxisme\u00a0\u00bb. En effet, \u00ab\u00a0toute grande r\u00e9volution est v\u00e9ritablement une r\u00e9volution nationale, en ce qu\u2019elle repr\u00e9sente les int\u00e9r\u00eats non seulement historiques, mais aussi imm\u00e9diats d\u2019une nation et est reconnue en tant quelle\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_13_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ibid., p. 16.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_13_549\">14<\/a><\/sup> <sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\"><\/a><\/sup>. Le meilleur exemple d\u2019une telle nationalisation du marxisme est, selon James, l\u2019\u0153uvre de L\u00e9nine \u2014 ce qui n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 ce dernier, tout au contraire, d\u2019\u00eatre aussi \u00ab\u00a0le plus grand internationaliste de son temps\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_14_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ibid.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_14_549\">15<\/a><\/sup> <sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\"><\/a><\/sup>. Comment L\u00e9nine a-t-il proc\u00e9d\u00e9 ? En incorporant le marxisme dans la tradition du mouvement r\u00e9volutionnaire russe, afin d\u2019incorporer en retour cette tradition dans le marxisme\u00a0; autrement dit, \u00ab\u00a0l\u2019\u0153uvre de sa vie a \u00e9t\u00e9 de traduire le marxisme dans des termes russes et pour le peuple russe\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_15_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ibid., pp. 16-17.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_15_549\">16<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\"><\/a><\/sup>. Tel est, affirme James, ce qui doit \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 aux \u00c9tats-Unis\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Chaque principe et pratique du bolch\u00e9visme [doit] \u00eatre traduit dans des termes am\u00e9ricains. Le mat\u00e9rialisme historique, l\u2019analyse \u00e9conomique marxienne, le r\u00f4le du parti [\u2026], tout cela doit \u00eatre enseign\u00e9, d\u00e9velopp\u00e9, d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 partir du d\u00e9veloppement \u00e9conomique, social et politique am\u00e9ricain<sup><a id=\"identifier_16_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ibid., p. 23.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_16_549\">17<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote17sym\" name=\"sdfootnote17anc\"><\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Or, la notion de traduction est aujourd\u2019hui diffuse dans la litt\u00e9rature postcoloniale\u00a0; et il ne faut gu\u00e8re s\u2019\u00e9tonner que Young en fasse usage dans son <i>Postcolonialism: An Historical Introduction<\/i> afin d\u2019expliciter les appropriations et transformations du marxisme en contexte (post-)colonial\u00a0: \u00ab\u00a0La pens\u00e9e anti- et postcoloniale a toujours \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e dans un processus de reformulation, de traduction et de transformation du marxisme \u00e0 ses propres fins\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_17_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Robert J. C. Young, Postcolonialism: An Historical Introduction, op. cit., p. 168. Voir \u00e9galement pp. 6, 8, 169, 174, 199, 311, 314, 351, 355.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_17_549\">18<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote18sym\" name=\"sdfootnote18anc\"><\/a><\/sup>. Il n\u2019en reste pas moins qu\u2019il existe de profondes diff\u00e9rences entre la probl\u00e9matisation postcoloniale de la traduction et celle de James. La diff\u00e9rence la plus \u00e9vidente est que, dans \u00ab\u00a0The Americanization of Bolshevism\u00a0\u00bb, James s\u2019int\u00e9resse aux traductions entre deux \u00ab\u00a0langages occidentaux\u00a0\u00bb (europ\u00e9en et am\u00e9ricain\/\u00e9tats-unien), tandis que les th\u00e9oriciens postcoloniaux pr\u00e9supposent le plus souvent qu\u2019une traduction (politique \u00e9pist\u00e9mique) n\u2019est n\u00e9cessaire que dans le cas de relations et de circulations entre l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Occident\u00a0\u00bb et le monde non-occidental. Deuxi\u00e8mement, et de mani\u00e8re plus importante, la majorit\u00e9 des exemples donn\u00e9s par James pour t\u00e9moigner du succ\u00e8s de l\u2019entreprise l\u00e9ninienne de traduction du marxisme en Russie risquent plut\u00f4t, dans une perspective postcoloniale, d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des contre-exemples. James se r\u00e9f\u00e8re par exemple \u00e0 la \u00ab\u00a0longue r\u00e9ponse [de L\u00e9nine] \u00e0 la falsification du marxisme par les Narodniki\u00a0\u00bb, ainsi qu\u2019\u00e0 \u00ab\u00a0sa controverse avec les Narodniki sur le d\u00e9veloppement futur du capitalisme russe\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_18_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. L. R. James, \u00ab\u00a0The Americanization of Bolshevism\u00a0\u00bb, op. cit., p. 17.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_18_549\">19<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote19sym\" name=\"sdfootnote19anc\"><\/a><\/sup>. Mais l\u2019on peut craindre que, de ce point de vue, une large partie des auteurs postcoloniaux se sentent plus proches des Narodniki qui affirmaient que le destin du socialisme en Russie \u00e9tait radicalement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne \u00e0 celui de l\u2019Europe capitaliste<sup><a id=\"identifier_19_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Marx lui-m\u00eame n\u2019avait-il pas affirm\u00e9 dans sa lettre du 8 mars 1881 \u00e0 Vera Zassoulitch que la \u00ab\u00a0commune rurale\u00a0\u00bb pouvait \u00eatre \u00ab\u00a0le point d\u2019appui de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration sociale en Russie\u00a0\u00bb, \u00e0 condition d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9liminer les influences d\u00e9l\u00e9t\u00e8res qui l\u2019assaillent de tous les cot\u00e9s et lui assurer les conditions normales d\u2019un d\u00e9veloppement spontan\u00e9\u00a0\u00bb (Karl Marx, \u00ab\u00a0R\u00e9ponse \u00e0 Vera Zassoulitch. Lettre du 8 mars 1881\u00a0\u00bb, https:\/\/www.marxists.org\/francais\/marx\/works\/1881\/03\/km18810308.htm, derni\u00e8re consultation le 6 janvier 2013) \" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_19_549\">20<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote20sym\" name=\"sdfootnote20anc\"><\/a><\/sup>. Enfin, \u00e0 la diff\u00e9rence de la majorit\u00e9 des th\u00e9oriciens postcoloniaux, James n\u2019a aucune intention de remettre en cause l\u2019universalit\u00e9 de la th\u00e9orie marxiste\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>tous les principes et doctrines du marxisme [\u2026] ont une application universelle<sup><a id=\"identifier_20_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. L. R. James, \u00ab\u00a0The Americanization of Bolshevism\u00a0\u00bb, op. cit., p. 17.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_20_549\">21<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote21sym\" name=\"sdfootnote21anc\"><\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Pourtant, il y a bel et bien une critique de l\u2019eurocentrisme, sinon de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0occidentalisme\u00a0\u00bb, dans le texte de James\u00a0: \u00ab\u00a0Les classiques du marxisme sont europ\u00e9ens dans leur origine et leur contenu. [\u2026] <i>Le Capital<\/i> n\u2019est pas seulement une \u00e9tude du capitalisme abstrait. C\u2019est l\u2019histoire du d\u00e9veloppement du capitalisme anglais. [\u2026] Pour l\u2019ouvrier am\u00e9ricain moyen, ces livres sont, au d\u00e9but, \u00e9trangers\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_21_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. L. R. James, \u00ab\u00a0The Americanization of Bolshevism\u00a0\u00bb, op. cit., p. 19.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_21_549\">22<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote22sym\" name=\"sdfootnote22anc\"><\/a><\/sup>. L\u2019on objectera peut-\u00eatre que cet argument n\u2019entretient aucune relation avec la question coloniale, sans m\u00eame encore parler des probl\u00e9matiques postcoloniales. Ce n\u2019est cependant pas le cas ainsi qu\u2019en t\u00e9moigne ce passage de l\u2019introduction au manuscrit <i>American Civilization<\/i> r\u00e9dig\u00e9 par James quelques ann\u00e9es plus tard\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Depuis le premier jour de mon s\u00e9jour aux \u00c9tats-Unis jusqu\u2019au dernier, je n\u2019ai jamais fait l\u2019erreur que de nombreux Europ\u00e9ens intelligents par ailleurs ont fait en essayant de faire correspondre ce pays aux standards europ\u00e9ens. Pour une raison peut-\u00eatre \u2014 <i>\u00e0 cause de mon exp\u00e9rience coloniale \u2014<\/i> je l\u2019ai toujours vu pour ce qu\u2019il \u00e9tait et non pour ce que je pensais qu\u2019il devrait \u00eatre<sup><a id=\"identifier_22_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. L. R. James. American Civilization (edited and introduced by Anna Grimshaw and Keith Hart). Cambridge (MA) et Oxford (UK), Blackwell, 1993, p. 13. Nous soulignons.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_22_549\">23<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote23sym\" name=\"sdfootnote23anc\"><\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Qui plus est, James indique tr\u00e8s clairement que l\u2019am\u00e9ricanisation du bolch\u00e9visme ne concerne pas les seuls \u00ab\u00a0ouvriers de base\u00a0\u00bb, comme si les autres, et en particulier les intellectuels, pouvaient quant \u00e0 eux saisir imm\u00e9diatement les principes universels sans passer par la m\u00e9diation d\u2019une exp\u00e9rience concr\u00e8te-particuli\u00e8re. Au contraire, il souligne que tous \u00ab\u00a0les membres du parti, du plus haut au plus bas, en ont \u00e9galement besoin\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_23_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. L. R. James, \u00ab\u00a0The Americanization of Bolshevism\u00a0\u00bb, op. cit., p. 20. L\u2019\u00e9criture d\u2019American Civilization est la preuve d\u2019un tel effort d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0am\u00e9ricanisation\u00a0\u00bb chez James lui-m\u00eame.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_23_549\">24<\/a><\/sup>. Enfin, James maintient \u00e0 la fois que les principes du marxisme sont universels et que, pour \u00e9viter toute \u00ab\u00a0confusion et m\u00e9fait\u00a0\u00bb, ils doivent \u00eatre \u00ab\u00a0incorpor\u00e9s, retravaill\u00e9s et rendu \u00e0 nouveau vivants\u00a0\u00bb dans des \u00e9tudes d\u2019un pays donn\u00e9\u00a0; il faut que chacun \u00ab\u00a0extraie les principes pour lui-m\u00eame \u00e0 partir de son environnement familier et de son pass\u00e9 historique\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_24_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ibid., p. 20.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_24_549\">25<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote25sym\" name=\"sdfootnote25anc\"><\/a><\/sup>. En r\u00e9sum\u00e9, la traduction n\u2019est aucunement une \u00ab\u00a0relativisation\u00a0\u00bb ou d\u00e9s-universalisation du marxisme. Elle ne se r\u00e9duit pour autant pas \u00e0 une pure question de strat\u00e9gie\u00a0: elle est indissociablement th\u00e9orique et pratique. Sa n\u00e9cessit\u00e9 est fond\u00e9e sur le fait que le marxisme ne peut pas ne pas \u00eatre incorpor\u00e9 dans des situations historiques concr\u00e8tes et doit toujours \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9 d\u2019une menace fondamentale\u00a0: la menace de l\u2019<i>abstraction<\/i>. En ce sens, la traduction, loin d\u2019\u00eatre une particularisation, est une universalisation\u00a0; c\u2019est la condition de possibilit\u00e9 m\u00eame de l\u2019universalit\u00e9.<\/p>\n<p>Les r\u00e9flexions de James sur la traduction ne peuvent manquer d\u2019\u00e9voquer la probl\u00e9matisation gramscienne de la \u00ab\u00a0traductibilit\u00e9 des langages scientifiques et philosophiques\u00a0\u00bb dans les <i>Cahiers de prison<\/i>. \u00c0 l\u2019instar de Gramsci, James semble d\u00e9fendre une double conception paradoxale\u00a0: d\u2019une part, le marxisme est un m\u00e9talangage universel qui rend possible les traductions r\u00e9ciproques des langages pr\u00e9- ou non-marxistes, ainsi qu\u2019en t\u00e9moignent les traductions op\u00e9r\u00e9es par Marx entre la philosophie allemande (h\u00e9g\u00e9lianisme), la pens\u00e9e politique fran\u00e7aise et l\u2019\u00e9conomie anglaise\u00a0; mais, d\u2019autre part, le marxisme lui-m\u00eame est un corps de th\u00e9ories et de pratiques qui doit \u00eatre traduit de langage \u00e0 langage et de nation \u00e0 nation \u2014 en Europe et au-del\u00e0 de l\u2019Europe \u2014 comme en t\u00e9moigne \u00e0 pr\u00e9sent l\u2019insistance de Gramsci sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une traduction de la r\u00e9volution bolch\u00e9vique en Europe de l\u2019Ouest. Si Young d\u00e9fend une conception similaire de la traduction, il n\u2019en reste pas moins qu\u2019il va beaucoup plus loin que Gramsci et James, lorsqu\u2019il affirme que, dans la pens\u00e9e et les luttes anticoloniales, \u00ab\u00a0la traductibilit\u00e9 du marxisme \u00e9tait elle-m\u00eame sujette \u00e0 un processus de traduction\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>la contribution des th\u00e9oriciens tricontinentaux a \u00e9t\u00e9 d\u2019offrir une m\u00e9diation entre la traductibilit\u00e9 de la th\u00e9orie marxiste r\u00e9volutionnaire et les propri\u00e9t\u00e9s intraduisibles de contextes historiques et culturels non-europ\u00e9ens sp\u00e9cifiques<sup><a id=\"identifier_25_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Robert J. C. Young, Postcolonialism: An Historical Introduction, op. cit., pp. 6, 169.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_25_549\">26<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote26sym\" name=\"sdfootnote26anc\"><\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Or, James aurait tr\u00e8s certainement rejet\u00e9 la th\u00e8se non seulement de l\u2019existence, mais aussi de la n\u00e9cessaire persistance dans le monde non-europ\u00e9en de particularit\u00e9s \u00e9chappant \u00e0 toute r\u00e9duction \u00e0 un cadre g\u00e9n\u00e9ral-universel d\u2019interpr\u00e9tation. Toutes choses \u00e9gales par ailleurs, la conception jamesienne de la traduction gagnerait plut\u00f4t \u00e0 \u00eatre mise en parall\u00e8le avec d\u2019autres pratiques de nationalisation du marxisme, notamment avec l\u2019exp\u00e9rience de \u00ab\u00a0sinisation du marxisme\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_26_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Celle-ci a magistralement \u00e9t\u00e9 analys\u00e9e par Arif Dirlik dans son essai \u00ab\u00a0Mao Zedong and Chinese Marxism\u00a0\u00bb\u00a0; voir Arif Dirlik, \u00ab\u00a0Mao Zedong and \u00ab\u00a0Chinese Marxism\u00a0\u00bb in Companion Encyclopedia of Asian Philosophy (edited by Brian Carr and Indira Mahalingam), Londres et New York\u00a0: Routledge, pp. 593-619. Ce n\u2019est certainement pas une co\u00efncidence si Dirlik est \u00e9galement un virulent critique des \u00e9tudes postcoloniales\u00a0: voir Arif Dirlik, The Postcolonial Aura\u00a0: Third World Criticism in the Age of Global Capitalism. Boulder (Colo.)\u00a0: Westview press, 1997. Enfin, la probl\u00e9matisation jamesienne de la traduction gagnerait peut-\u00eatre \u00e9galement \u00e0 \u00eatre reconsid\u00e9r\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re de la pratique de traduction, au sens litt\u00e9ral-linguistique, de James (du fran\u00e7ais vers l\u2019anglais), du Staline de Boris Souvarine (traduction publi\u00e9e en 1939 \u00e0 New York) et de La lutte des classes sous la Premi\u00e8re R\u00e9publique de Daniel Gu\u00e9rin (traduction avort\u00e9e).\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_26_549\">27<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote27sym\" name=\"sdfootnote27anc\"><\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>3) Civilisation ou civilisations<\/b><\/p>\n<p>Le second concept-probl\u00e8me est celui de civilisation. Dans son ouvrage, <i>L\u2019Orient postcolonial<\/i>, publi\u00e9 aux \u00c9ditions Syllepse en janvier 2013, Vasant Kaiwar, un autre critique des \u00e9tudes postcoloniales, d\u00e9clare qu\u2019au sein de ces derni\u00e8res, la \u00ab\u00a0conscience civilisationnelle\u00a0\u00bb a pris la place de la \u00ab\u00a0conscience de classe\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_27_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Vasant Kaiwar, L\u2019Orient postcolonial\u00a0: Sur la \u00ab\u00a0provincialisation de l\u2019Europe\u00a0\u00bb et la th\u00e9orie postcoloniale. Paris\u00a0: \u00c9ditions Syllepse, 2013, pp. 57-59.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_27_549\">28<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote28sym\" name=\"sdfootnote28anc\"><\/a><\/sup>. C\u2019est en effet un risque r\u00e9el, sinon un fait indubitable et d\u00e9finitif. Cependant, le probl\u00e8me est que la fronti\u00e8re entre ces deux \u00ab\u00a0modes de conscience\u00a0\u00bb a toujours \u00e9t\u00e9 plus poreuse que ne le sugg\u00e8re Kaiwar, ainsi que le prouve pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019exemple des marxismes anticoloniaux. Prenons l\u2019exemple du <i>Discours sur le colonialisme<\/i> (1950) d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire<sup><a id=\"identifier_28_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Aim\u00e9 C\u00e9saire. Discours sur le colonialisme. Paris\u00a0: Pr\u00e9sence Africaine, 2004. Nous ne discuterons pas ici de sa Lettre \u00e0 Maurice Thorez du 24 octobre 1956, qui est plus probl\u00e9matique dans la mesure o\u00f9 l\u2019on peut montrer qu\u2019elle signe bel et bien un passage \u00e0 une forme de critique que l\u2019on peut dire postcoloniale\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_28_549\">29<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote29sym\" name=\"sdfootnote29anc\"><\/a><\/sup> dans lequel la d\u00e9nonciation du colonialisme en tant qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0ensauvagement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9\u00a0\u00bb, produit d\u2019une \u00ab\u00a0civilisation malade\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0moribonde\u00a0\u00bb, en tant donc que processus de d\u00e9-civilisation, s\u2019identifie int\u00e9gralement \u00e0 la critique marxiste de la d\u00e9cadence des classes bourgeoises europ\u00e9ennes et du d\u00e9clin de la civilisation capitaliste. Les \u00e9crits de James sont eux aussi travers\u00e9s par le probl\u00e8me de la civilisation, <i>au singulier<\/i>. James ne s\u2019int\u00e9resse pas aux diff\u00e9rences entre civilisations, au pluriel, entre l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Occident\u00a0\u00bb et l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Orient\u00a0\u00bb. Il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la \u00ab\u00a0civilisation mondiale\u00a0\u00bb (<i>world civilization<\/i>) \u2014 dont la \u00ab\u00a0civilisation am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb est une partie \u2014\u00a0; ce dont il se soucie, c\u2019est de l\u2019avenir de \u00ab\u00a0la civilisation\u00a0moderne\u00a0\u00bb\u00a0; ce qui le pr\u00e9occupe, c\u2019est la menace de son d\u00e9clin, voire de sa destruction.<\/p>\n<p>James a un jour confess\u00e9 que deux \u00ab\u00a0formidables ouvrages\u00a0\u00bb \u2014 qu\u2019il avait d\u00e9couvert durant la premi\u00e8re ann\u00e9e de son s\u00e9jour en Angleterre en 1932 \u2014 avait exerc\u00e9 sur lui une influence capitale. Ces deux ouvrages, ce sont l\u2019<i>Histoire de la r\u00e9volution russe <\/i>de Trotsky et, de mani\u00e8re plus surprenante, <i>Le D\u00e9clin de l\u2019Occident<\/i> d\u2019Oswald Spengler<sup><a id=\"identifier_29_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Oswald Spengler, Le D\u00e9clin de l\u2019Occident (2 tomes). Paris\u00a0: Gallimard, 1993.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_29_549\">30<\/a><\/sup> <sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote30sym\" name=\"sdfootnote30anc\"><\/a><\/sup>(1918-1923). Il ne faut pas surestimer cette influence pour la simple raison que James d\u00e9clare \u00e9galement\u00a0qu\u2019il n\u2019\u00a0\u00ab\u00a0acceptai[t] pas le d\u00e9clin pr\u00each\u00e9 par Spengler\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_30_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Robert A. Hill, \u00ab\u00a0Afterword\u00a0\u00bb in C. L. R. James, American Civilization, op. cit.,p. 297.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_30_549\">31<\/a><\/sup> <sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote31sym\" name=\"sdfootnote31anc\"><\/a><\/sup>. Plus exactement, ce que James rejetait, c\u2019est l\u2019id\u00e9e d\u2019un d\u00e9clin in\u00e9vitable, pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9, organique. Son travail, ainsi que l\u2019\u00e9crit Robert A. Hill, a consist\u00e9 \u00e0<\/p>\n<blockquote><p>d\u00e9gager les id\u00e9es de Spengler de leur contexte allemand pessimiste et [\u00e0] les moderniser en mettant la th\u00e8se du d\u00e9clin de l\u2019Occident et de sa civilisation [plus exactement de sa \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb, puisque pour Spengler, la \u00ab\u00a0civilisation\u00a0\u00bb est d\u00e9j\u00e0 la forme que prend la culture dans sa longue phase de d\u00e9clin] en relation avec les revendications des mouvements politiques, \u00e9conomiques et sociaux contemporains\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_31_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ibid., p. 297.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_31_549\">32<\/a><\/sup> <sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote32sym\" name=\"sdfootnote32anc\"><\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour le dire autrement, James op\u00e8re une transformation, une traduction dans un langage mat\u00e9rialiste de la philosophie de l\u2019histoire de Spengler. D\u00e8s lors, la contradiction entre la perspective conservatrice spengl\u00e9rienne et la perspective r\u00e9volutionnaire marxiste s\u2019efface, comme l\u2019illustre ces paroles de James dans un texte de 1940, \u00ab\u00a0Trotsky\u2019s Place in History\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00c0 l\u2019heure m\u00eame o\u00f9 Spengler \u00e9tait en train d\u2019\u00e9crire sur la fin de la civilisation bourgeoise, L\u00e9nine terminait l\u2019\u00e9criture de <i>L\u2019\u00c9tat et la r\u00e9volution<\/i> et de <i>L\u2019Imp\u00e9rialisme<\/i> en pr\u00e9paration de la r\u00e9volution russe\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_32_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. L. R. James (J. R. Johnson), \u00ab\u00a0Trotsky\u2019s Place in History\u00a0\u00bb, http:\/\/www.marxists.org\/archive\/jamesclr\/works\/1940\/09\/trotsky-history.htm, derni\u00e8re consultation le 6 janvier 2013.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_32_549\">33<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote33sym\" name=\"sdfootnote33anc\"><\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019approche de James ne peut \u00e0 cet \u00e9gard manquer de faire \u00e9cho \u00e0 celle d\u2019un autre grand th\u00e9oricien marxiste non-Europ\u00e9en et lecteur de Spengler, Jos\u00e9 Carlos Mari\u00e1tegui : \u00ab\u00a0Spengler annonce la d\u00e9cadence totale de l\u2019Occident. [\u2026] Trotsky ne fait que constater la crise de la culture bourgeoise, le d\u00e9passement de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste. Cette culture, cette soci\u00e9t\u00e9 vieillies, lass\u00e9es, disparaissent ; une nouvelle culture, une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 naissent de son sein \u00bb<sup><a id=\"identifier_33_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Jos\u00e9 Carlos Mari\u00e1tegui, \u00ab\u00a0Trotsky\u00a0\u00bb (1924), http:\/\/www.marxists.org\/archive\/mariateg\/works\/1924-tro.htm, derni\u00e8re consultation le 6 janvier 2014.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_33_549\">34<\/a><\/sup> <sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote34sym\" name=\"sdfootnote34anc\"><\/a><\/sup>. Pour Mari\u00e1tegui comme pour James, la r\u00e9volution socialiste est la fin de la fin du d\u00e9clin\u00a0: c\u2019est un recommencement radical.<\/p>\n<p>Dans ses \u00e9crits ult\u00e9rieurs, James approfondit ses r\u00e9flexions sur le probl\u00e8me du devenir de la civilisation. C\u2019est tout particuli\u00e8rement le cas dans son ouvrage sur Herman Melville, <i>Mariners, Renegades and Castaways\u00a0: The Story of Herman Melville and the World We Live In <\/i>(1952)\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p><i>Moby-Dick<\/i> sera soit universellement br\u00fbl\u00e9, soit connu dans toutes les langues comme la premi\u00e8re analyse litt\u00e9raire des conditions et des perspectives pour la survie de la civilisation occidentale\u00a0\u00bb, pour la lutte \u00ab\u00a0contre sa propre d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_34_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. L. R. James, Mariners, Renegades and Castaways\u00a0: The Story of Herman Melville and the World We Live In. Hanover (NH)\u00a0: Darmouth College Press, 2001, pp. 89, 102.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_34_549\">35<\/a><\/sup><sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote35sym\" name=\"sdfootnote35anc\"><\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, dans <i>Facing Reality <\/i>(1958) \u2014 \u00e9crit en collaboration avec Grace Lee Boggs et Cornelius Castoriadis (sous le pseudonyme de Pierre Chaulieu) \u2014, James affirme que \u00ab\u00a0la soci\u00e9t\u00e9 officielle n\u2019est pas en d\u00e9clin. Comme la civilisation, la culture, la raison, la morale, elle est d\u00e9j\u00e0 morte\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_35_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. L. R. James, Grace Lee Boggs, Pierre Chaulieu, Facing Reality. Detroit\u00a0:Bewick Editions, 1974, p. 44.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_35_549\">36<\/a><\/sup> <sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote36sym\" name=\"sdfootnote36anc\"><\/a><\/sup>\u2014 et l\u2019on pourrait donner de nombreux autres exemples diss\u00e9min\u00e9s \u00e0 travers l\u2019\u0153uvre de James. Bien s\u00fbr, de telles m\u00e9ditations sur la civilisation ne sont pas propres \u00e0 James, ni aux th\u00e9oriciens marxistes non-europ\u00e9ens, comme suffit \u00e0 en t\u00e9moigner le <i>Manifeste du parti communiste<\/i> lui-m\u00eame. Il n\u2019en reste pas moins que James est incontestablement l\u2019un de ceux qui est all\u00e9 le plus loin sur cette voie\u00a0: il a non seulement conf\u00e9r\u00e9 une place tout \u00e0 fait centrale, et m\u00eame une certaine autonomie, au probl\u00e8me de la civilisation \u2014 bien au-del\u00e0 de toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la d\u00e9cadence de la civilisation bourgeoise-capitaliste \u2014, mais il l\u2019a \u00e9galement reformul\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re profond\u00e9ment originale. Ainsi que l\u2019\u00e9crit Robert A. Hil, l\u2019interpr\u00e9tation jamesienne de Spengler doit en effet \u00eatre replac\u00e9e dans la perspective de sa critique, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, du gouvernement britannique aux Antilles. Comme le dit alors James lui-m\u00eame :<\/p>\n<blockquote><p>Ce que l\u2019\u00e9tranger qui n\u2019est pas familier avec ces \u00eeles doit se mettre fermement dans la t\u00eate, c\u2019est que ces gens ne sont pas des sauvages, ils ne parlent pas d\u2019autre langue que l\u2019anglais, ils n\u2019ont pas d\u2019autre religion que le christianisme, en r\u00e9alit\u00e9, leur perspective toute enti\u00e8re est celle de la civilisation occidentale modifi\u00e9e et adapt\u00e9e \u00e0 leurs circonstances particuli\u00e8res<sup><a id=\"identifier_36_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. L. R. James, The Life of Captain Cipriani\u00a0: An Account of British Government in the West Indies, cit\u00e9 par Robert A. Hill, Robert A. Hill, \u00ab\u00a0Afterword\u00a0\u00bb in C. L. R. James, American Civilization, op. cit.,p. 298. Similairement, les r\u00e9flexions de James sur les \u00ab\u00a0sauvages\u00a0\u00bb non-europ\u00e9ens de Moby-Dick (Queequeg, Tashtego et Dagoo) dans Mariners, Renegades and Castaways, font partie int\u00e9grante de sa probl\u00e9matisation de la \u00ab\u00a0civilisation moderne\u00a0\u00bb. Mais loin de r\u00e9p\u00e9ter, \u00ab\u00a0le vieux sch\u00e9ma du noble sauvage contre la civilisation corrompue\u00a0\u00bb, James affirme que, selon Melville, ces sauvages ne doivent pas \u00eatre confondus avec des primitifs dans la mesure o\u00f9, plus que tout autre membre de l\u2019\u00e9quipage du Pequod, ils ont acquis \u00ab\u00a0la ma\u00eetrise d\u2019une des positions les plus importantes et faisant le plus autorit\u00e9 dans une grande industrie moderne\u00a0\u00bb, l\u2019industrie de la chasse \u00e0 la baleine. (C. L. R. James, Mariners, Renegades and Castaways, op. cit., p. 40).\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_36_549\">37<\/a><\/sup>.<sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote37sym\" name=\"sdfootnote37anc\"><\/a><\/sup><\/p><\/blockquote>\n<p>On comprend \u00e0 pr\u00e9sent comment, tout en \u00e9tant intimement li\u00e9e \u00e0 la question coloniale-imp\u00e9riale, et plus g\u00e9n\u00e9ralement au probl\u00e8me des relations entre l\u2019Occident et le reste du monde, la conception jamesienne de la civilisation peut demeurer tout \u00e0 fait \u00e9trang\u00e8re \u00e0 toute id\u00e9e d\u2019une diff\u00e9rence irr\u00e9ductible entre civilisations. Au contraire, ce que James souligne c\u2019est l\u2019inclusion, pr\u00e9sente et plus encore \u00e0 venir, des diverses parties du monde \u2014 qui ne perdront pas pour autant leurs diff\u00e9rences \u2014 dans une seule et m\u00eame civilisation moderne qui reste encore tr\u00e8s largement \u00e0 (re)construire, \u00e0 (r\u00e9)inventer. Comme plusieurs autres th\u00e9oriciens anticoloniaux, James op\u00e8re une appropriation, un approfondissement et un d\u00e9placement de la critique intra-europ\u00e9enne (intra-civilisationnelle) de la civilisation. \u00c0 cet \u00e9gard sa relation au <i>D\u00e9clin de l\u2019Occident<\/i> de Spengler, peut-\u00eatre compar\u00e9e \u00e0 celle de Fanon au <i>Malaise dans la Civilisation<\/i> de Freud ou \u00e0 celle du philosophe vietnamien Tran Duc Thao \u00e0 la <i>Crise des sciences europ\u00e9ennes et la ph\u00e9nom\u00e9nologie transcendantale<\/i> de Husserl<sup><a id=\"identifier_37_549\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir Matthieu Renault, \u00ab\u00a0Fanon and Tran Duc Thao\u00a0: The Making of French Anticolonialism\u00a0\u00bb, Nottingham French Studies, \u00e0 para\u00eetre (automne 2014).\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#footnote_37_549\">38<\/a><\/sup>. <sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote38sym\" name=\"sdfootnote38anc\"><\/a><\/sup> Tous trois \u2014 quoique dans une moindre mesure Fanon \u2014 traduisent un tel diagnostic de crise dans les termes de la conception marxienne de la d\u00e9cadence de la civilisation capitaliste\u2026 et de son d\u00e9passement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><i><b>En guise de conclusion\u2026 provisoire<\/b><\/i><\/p>\n<p>Ces r\u00e9flexions exigeraient d\u2019\u00eatre poursuivies et approfondies. Elles nous permettent n\u00e9anmoins d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 d\u2019esquisser une conclusion provisoire\u00a0: certains des probl\u00e8mes centraux soulev\u00e9s par les th\u00e9oriciens postcoloniaux lors des derni\u00e8res d\u00e9cennies avaient bel et bien d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es par les marxistes anticoloniaux au cours et au lendemain des luttes de lib\u00e9ration nationale\u00a0; mais les solutions donn\u00e9es de part et d\u2019autre \u00e0 ces \u00ab\u00a0m\u00eames\u00a0\u00bb probl\u00e8mes sont profond\u00e9ment h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, et parfois contradictoires. C\u2019est pourquoi, \u00e0 la question de savoir si les marxismes anticoloniaux pr\u00e9figurent la critique postcoloniale, il n\u2019y a sans doute qu\u2019une r\u00e9ponse\u00a0: \u00ab\u00a0oui et non\u00a0\u00bb. C\u2019est \u00e9galement pour cette raison qu\u2019\u00e0 cette question, il est n\u00e9cessaire de substituer celle plus complexe des continuit\u00e9s et des ruptures sur lesquelles se fonde le passage-partage historico-\u00e9pist\u00e9mique de l\u2019anticolonialisme \u00e0 la critique postcoloniale. Enfin, si des th\u00e9oriciens marxistes tricontinentaux tels que James ont formul\u00e9 des probl\u00e8mes originaux et invent\u00e9 des approches in\u00e9dites, force est de constater qu\u2019ils l\u2019ont fait <i>depuis l\u2019int\u00e9rieur<\/i> de la th\u00e9orie marxiste, plut\u00f4t qu\u2019en se s\u00e9parant d\u2019elles. Tel est le sens de l\u2019id\u00e9e fanonienne de \u00ab\u00a0distension du marxisme\u00a0\u00bb\u00a0: d\u00e9placer et \u00e9tendre les fronti\u00e8res de la th\u00e9orie marxiste\u2026 plut\u00f4t que la \u00ab\u00a0provincialiser\u00a0\u00bb \u00e0 proprement parler. C\u2019est l\u00e0, un point de d\u00e9part ad\u00e9quat pour penser les modalit\u00e9s de ce que l\u2019on peut appeler \u2014 de mani\u00e8re \u00e9galement provisoire \u2014 un <i>mat\u00e9rialisme postcolonial,<\/i> et par suite pour reformuler la question aujourd\u2019hui pour le moins confuse de l\u2019eurocentrisme.<\/p>\n<\/div>\n<ol class=\"footnotes\">\n<li id=\"footnote_0_549\" class=\"footnote\">Entretien avec Vivek Chibber, \u00ab\u00a0La fausse promesse de la th\u00e9orie postcoloniale\u00a0\u00bb, propos recueillis par Orazio Irrera et Matthieu Renault, <i>La revue des livres <\/i>(web), http:\/\/www.revuedeslivres.fr\/la-fausse-promesse-de-la-theorie-postcoloniale\/, publi\u00e9 le 23 septembre 2013, derni\u00e8re consultation le 6 janvier 2014. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_0_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_1_549\" class=\"footnote\">Vivek Chibber, <i>Postcolonial Theory and The Specter of Capital<\/i>. Londres\u00a0: Verso, 2013. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_1_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_2_549\" class=\"footnote\">Robert J. C. Young, <i>Postcolonialism: An Historical Introduction<\/i>. Malden\u00a0: Blackwell Publishing, 2001. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_2_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_3_549\" class=\"footnote\">Vivek Chibber, <i>Postcolonial Theory and The Specter of Capital<\/i>, <i>op. cit.<\/i>, p. 290. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_3_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_4_549\" class=\"footnote\"><i>Ibid.<\/i>, p. 291. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_4_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_5_549\" class=\"footnote\"><i>Ibid.<\/i>, p. 292. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_5_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_6_549\" class=\"footnote\">Grant Farred, \u00ab\u00a0C.L.R. James and Anti-\/Postcolonialism\u00a0\u00bb, <i>Solidarity<\/i>, http:\/\/www.solidarity-us.org\/site\/node\/1526, derni\u00e8re consultation le 6 janvier 2013. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_6_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_7_549\" class=\"footnote\">Voir en particulier L\u00e9on Trotsky, <i>Histoire de la r\u00e9volution russe 1. La R\u00e9volution de f\u00e9vrier<\/i>. Paris\u00a0: Le Seuil, 1995. \u00ab\u00a0Particularit\u00e9s du d\u00e9veloppement de la Russie\u00a0\u00bb, pp. 39-52. L\u2019historien de l\u2019\u00e9conomie Alexandrer Gerschenkron parlera quant \u00e0 lui plus tard des \u00ab\u00a0avantages de l\u2019arri\u00e9ration\u00a0\u00bb (<i>advantages of backwardness<\/i>\u00a0\u00bb)\u00a0; voir notamment Alexander Gerschenkron, <i>Economic Backwardness in Historical Perspective: A Book of essays<\/i>, Cambridge (MAQQ): Belknap Press of Harvard University Press, 1962. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_7_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_8_549\" class=\"footnote\">C. L. R. James, <i>Notes on Dialectics\u00a0: Hegel, Marx, Lenin<\/i>. Westport\u00a0: Lawrence Hill &amp; Co, 1980, p. 136. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_8_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_9_549\" class=\"footnote\">Dipesh Chakrabarty, \u00ab\u00a0A Small History of <i>Subaltern Studies\u00a0<\/i>\u00bb in <i>Habitations of Modernity\u00a0:Essays in the Wake of Subaltern Studies.<\/i> Chicago et Londres\u00a0: University of Chicago Press, 2002, p. 11. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_9_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_10_549\" class=\"footnote\">Paget Henry, <i>Caliban\u2019s Reason\u00a0: Introducing Afro-Carribean Philosophy<\/i>. New York et Londres\u00a0: Routledge, 2000, p. 56. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_10_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_11_549\" class=\"footnote\">Frantz Fanon, <i>Les Damn\u00e9s de la terre<\/i>. Paris\u00a0: Gallimard, 1991, p. 70. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_11_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_12_549\" class=\"footnote\">C. L. R. James, \u00ab\u00a0The Americanization of Bolshevism\u00a0\u00bb (1944) in<i> Marxism for Our Times\u00a0: C. L. R. James on Revolutionary Organization<\/i> (edited and with an introduction by Martin Glaberman). Jackson\u00a0(Miss.)\u00a0: University Press of Mississipi, p. 16. (\u00e9galement reproduit dans American Civilization, pp. 283-292) [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_12_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_13_549\" class=\"footnote\"><i>Ibid.<\/i>, p. 16. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_13_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_14_549\" class=\"footnote\"><i>Ibid.<\/i> [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_14_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_15_549\" class=\"footnote\"><i>Ibid.<\/i>, pp. 16-17. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_15_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_16_549\" class=\"footnote\"><i>Ibid.<\/i>, p. 23. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_16_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_17_549\" class=\"footnote\">Robert J. C. Young, <i>Postcolonialism: An Historical Introduction<\/i>, <i>op. cit.<\/i>, p. 168. Voir \u00e9galement pp. 6, 8, 169, 174, 199, 311, 314, 351, 355. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_17_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_18_549\" class=\"footnote\">C. L. R. James, \u00ab\u00a0The Americanization of Bolshevism\u00a0\u00bb, <i>op. cit.<\/i>, p. 17. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_18_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_19_549\" class=\"footnote\">Marx lui-m\u00eame n\u2019avait-il pas affirm\u00e9 dans sa lettre du 8 mars 1881 \u00e0 Vera Zassoulitch que la \u00ab\u00a0commune rurale\u00a0\u00bb pouvait \u00eatre \u00ab\u00a0le point d\u2019appui de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration sociale en Russie\u00a0\u00bb, \u00e0 condition d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9liminer les influences d\u00e9l\u00e9t\u00e8res qui l\u2019assaillent de tous les cot\u00e9s et lui assurer les conditions normales d\u2019un d\u00e9veloppement spontan\u00e9\u00a0\u00bb (Karl Marx, \u00ab\u00a0R\u00e9ponse \u00e0 Vera Zassoulitch. Lettre du 8 mars 1881\u00a0\u00bb, https:\/\/www.marxists.org\/francais\/marx\/works\/1881\/03\/km18810308.htm, derni\u00e8re consultation le 6 janvier 2013)<a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote21anc\" name=\"sdfootnote21sym\"><\/a> [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_19_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_20_549\" class=\"footnote\">C. L. R. James, \u00ab\u00a0The Americanization of Bolshevism\u00a0\u00bb, <i>op. cit.<\/i>, p. 17. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_20_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_21_549\" class=\"footnote\">C. L. R. James, \u00ab\u00a0The Americanization of Bolshevism\u00a0\u00bb, <i>op. cit.<\/i>, p. 19. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_21_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_22_549\" class=\"footnote\">C. L. R. James. <i>American Civilization<\/i> (edited and introduced by Anna Grimshaw and Keith Hart). Cambridge (MA) et Oxford (UK), Blackwell, 1993, p. 13. Nous soulignons. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_22_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_23_549\" class=\"footnote\">C. L. R. James, \u00ab\u00a0The Americanization of Bolshevism\u00a0\u00bb, <i>op. cit.<\/i>, p. 20. L\u2019\u00e9criture d\u2019<i>American Civilization <\/i>est la preuve d\u2019un tel effort d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0am\u00e9ricanisation\u00a0\u00bb chez James lui-m\u00eame<sup><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote24sym\" name=\"sdfootnote24anc\"><\/a><\/sup>. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_23_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_24_549\" class=\"footnote\"><i>Ibid.<\/i>, p. 20. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_24_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_25_549\" class=\"footnote\">Robert J. C. Young, <i>Postcolonialism: An Historical Introduction<\/i>, <i>op. cit.<\/i>, pp. 6, 169. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_25_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_26_549\" class=\"footnote\">Celle-ci a magistralement \u00e9t\u00e9 analys\u00e9e par Arif Dirlik dans son essai \u00ab\u00a0Mao Zedong and Chinese Marxism\u00a0\u00bb\u00a0; voir Arif Dirlik, \u00ab\u00a0Mao Zedong and \u00ab\u00a0Chinese Marxism\u00a0\u00bb in <i>Companion Encyclopedia of Asian Philosophy<\/i> (edited by Brian Carr and Indira Mahalingam), Londres et New York\u00a0: Routledge, pp. 593-619. Ce n\u2019est certainement pas une co\u00efncidence si Dirlik est \u00e9galement un virulent critique des \u00e9tudes postcoloniales\u00a0: voir Arif Dirlik, <i>The Postcolonial Aura\u00a0: Third World Criticism in the Age of Global Capitalism<\/i>. Boulder (Colo.)\u00a0: Westview press, 1997. Enfin, la probl\u00e9matisation jamesienne de la traduction gagnerait peut-\u00eatre \u00e9galement \u00e0 \u00eatre reconsid\u00e9r\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re de la pratique de traduction, au sens litt\u00e9ral-linguistique, de James (du fran\u00e7ais vers l\u2019anglais), du <i>Staline<\/i> de Boris Souvarine (traduction publi\u00e9e en 1939 \u00e0 New York) et de <i>La lutte des classes sous la Premi\u00e8re R\u00e9publique<\/i> de Daniel Gu\u00e9rin (traduction avort\u00e9e). [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_26_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_27_549\" class=\"footnote\">Vasant Kaiwar, <i>L\u2019Orient postcolonial\u00a0: Sur la \u00ab\u00a0provincialisation de l\u2019Europe\u00a0\u00bb et la th\u00e9orie postcoloniale<\/i>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Syllepse, 2013, pp. 57-59. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_27_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_28_549\" class=\"footnote\">Aim\u00e9 C\u00e9saire. <i>Discours sur le colonialisme<\/i>. Paris\u00a0: Pr\u00e9sence Africaine, 2004. Nous ne discuterons pas ici de sa <i>Lettre \u00e0 Maurice Thorez<\/i> du 24 octobre 1956, qui est plus probl\u00e9matique dans la mesure o\u00f9 l\u2019on peut montrer qu\u2019elle signe bel et bien un passage \u00e0 une forme de critique que l\u2019on peut dire postcoloniale [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_28_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_29_549\" class=\"footnote\">Oswald Spengler, <i>Le D\u00e9clin de l\u2019Occident<\/i> (2 tomes). Paris\u00a0: Gallimard, 1993. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_29_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_30_549\" class=\"footnote\">Robert A. Hill, \u00ab\u00a0Afterword\u00a0\u00bb in C. L. R. James, <i>American Civilization<\/i>, <i>op. cit.<\/i>,p. 297. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_30_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_31_549\" class=\"footnote\"><i>Ibid.<\/i>, p. 297. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_31_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_32_549\" class=\"footnote\">C. L. R. James (J. R. Johnson), \u00ab\u00a0Trotsky\u2019s Place in History\u00a0\u00bb, http:\/\/www.marxists.org\/archive\/jamesclr\/works\/1940\/09\/trotsky-history.htm, derni\u00e8re consultation le 6 janvier 2013. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_32_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_33_549\" class=\"footnote\">Jos\u00e9 Carlos Mari\u00e1tegui, \u00ab\u00a0Trotsky\u00a0\u00bb (1924), http:\/\/www.marxists.org\/archive\/mariateg\/works\/1924-tro.htm, derni\u00e8re consultation le 6 janvier 2014. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_33_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_34_549\" class=\"footnote\">C. L. R. James, <i>Mariners, Renegades and Castaways\u00a0: The Story of Herman Melville and the World We Live In<\/i>. Hanover (NH)\u00a0: Darmouth College Press, 2001, pp. 89, 102. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_34_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_35_549\" class=\"footnote\">C. L. R. James, Grace Lee Boggs, Pierre Chaulieu, Facing Reality. Detroit\u00a0:Bewick Editions, 1974, p. 44. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_35_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_36_549\" class=\"footnote\">C. L. R. James, <i>The Life of Captain Cipriani\u00a0: An Account of British Government in the West Indies<\/i>, cit\u00e9 par Robert A. Hill, Robert A. Hill, \u00ab\u00a0Afterword\u00a0\u00bb in C. L. R. James, <i>American Civilization<\/i>, <i>op. cit.<\/i>,p. 298. Similairement, les r\u00e9flexions de James sur les \u00ab\u00a0sauvages\u00a0\u00bb non-europ\u00e9ens de <i>Moby-Dick<\/i> (Queequeg, Tashtego et Dagoo) dans <i>Mariners, Renegades and Castaways<\/i>, font partie int\u00e9grante de sa probl\u00e9matisation de la \u00ab\u00a0civilisation moderne\u00a0\u00bb. Mais loin de r\u00e9p\u00e9ter, \u00ab\u00a0le vieux sch\u00e9ma du noble sauvage contre la civilisation corrompue\u00a0\u00bb, James affirme que, selon Melville, ces sauvages ne doivent pas \u00eatre confondus avec des primitifs dans la mesure o\u00f9, plus que tout autre membre de l\u2019\u00e9quipage du Pequod, ils ont acquis \u00ab\u00a0la ma\u00eetrise d\u2019une des positions les plus importantes et faisant le plus autorit\u00e9 dans une grande industrie moderne\u00a0\u00bb, l\u2019industrie de la chasse \u00e0 la baleine. (C. L. R. James, <i>Mariners, Renegades and Castaways, op. cit.<\/i>, p. 40).<a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#sdfootnote38anc\" name=\"sdfootnote38sym\"><\/a> [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_36_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_37_549\" class=\"footnote\">Voir Matthieu Renault, \u00ab\u00a0Fanon and Tran Duc Thao\u00a0: The Making of French Anticolonialism\u00a0\u00bb, <i>Nottingham French Studies<\/i>, \u00e0 para\u00eetre (automne 2014). [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/c-l-r-james-vers-un-materialisme-postcolonial\/#identifier_37_549\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<\/ol>\n<div class=\"yarpp-related\"><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"author-bio\">Matthieu Renault<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C.L.R. James : vers un mat\u00e9rialisme postcolonial Matthieu Renault \u00a0 La critique de l\u2019eurocentrisme est \u00e0 renouveler. Pour certains, appliquer les concepts du marxisme au-del\u00e0 des fronti\u00e8res de l\u2019Europe est une condition suffisante pour r\u00e9viser les attaches europ\u00e9ennes de la th\u00e9orie sociale. Pour d\u2019autres, provincialiser l\u2019Europe n\u00e9cessite de renoncer \u00e0 toute conceptualisation unitaire du capitalisme &#8230; <a title=\"C.L.R. James : vers un mat\u00e9rialisme postcolonial\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=2251\" aria-label=\"En savoir plus sur C.L.R. James : vers un mat\u00e9rialisme postcolonial\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1867,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,35,21,36,7,28],"tags":[52,84,91,15,49],"class_list":["post-2251","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-amerique-du-sud","category-anti-imperialisme","category-europe","category-negrophobie","category-racismes","tag-aime-cesaire","tag-black-power","tag-c-l-r-james","tag-resistance","tag-usa"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2251","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2251"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2251\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2252,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2251\/revisions\/2252"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1867"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2251"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2251"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2251"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}