{"id":2572,"date":"2015-08-10T23:35:01","date_gmt":"2015-08-10T22:35:01","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=2572"},"modified":"2015-08-10T23:35:01","modified_gmt":"2015-08-10T22:35:01","slug":"race-colonialite-et-eurocentrisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=2572","title":{"rendered":"Race, Colonialit\u00e9 et Eurocentrisme"},"content":{"rendered":"<div class=\"post-thumbnail\"><img decoding=\"async\" class=\"attachment-single-post-thumbnail wp-post-image aligncenter\" src=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/qui-400x284.jpg\" alt=\"qui\" width=\"400\" height=\"284\" \/><\/div>\n<p>Race, une cat\u00e9gorie mentale de la modernit\u00e9<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de race, dans son sens moderne, n\u2019a pas d\u2019histoire connue avant la conqu\u00eate de l\u2019Am\u00e9rique par les Europ\u00e9ens. A l\u2019origine, elle servait peut-\u00eatre \u00e0 d\u00e9signer une diff\u00e9rence de ph\u00e9notype entre les conqu\u00e9rants et les conquis, mais ce qui importe c\u2019est qu\u2019elle a tr\u00e8s vite d\u00e9sign\u00e9 des diff\u00e9rences suppos\u00e9ment biologiques entre ces groupes.<br \/>\nLa formation de relations sociales fond\u00e9es sur cette id\u00e9e a produit en Am\u00e9rique des identit\u00e9s sociales historiquement nouvelles (indiens, noirs et m\u00e9tis) et en a red\u00e9finit d\u2019autres. Ainsi, des termes comme \u00ab espagnols \u00bb et \u00ab portugais \u00bb, et plus tard \u00ab europ\u00e9ens \u00bb, qui indiquaient jusqu\u2019alors seulement des provenances g\u00e9ographiques ou le pays d\u2019origine, prirent \u00e0 ce moment-l\u00e0, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ces nouvelles identit\u00e9s, une connotation raciale. Et dans la mesure o\u00f9 les relations qui se configuraient alors \u00e9taient des relations de domination, de telles identit\u00e9s furent associ\u00e9es aux hi\u00e9rarchies, lieux et r\u00f4les sociaux correspondants, comme constitutifs de ces identit\u00e9s qui s\u2019associ\u00e8rent aussi par cons\u00e9quent au mod\u00e8le de domination coloniale qui s\u2019imposait. En d\u2019autres termes, race et identit\u00e9 raciale furent \u00e9tablies comme des instruments de classification sociale basique de la population.<!--more--><\/p>\n<div class=\"entry-content\">\n<div class=\"pf-content\">\n<p>Avec le temps, les colonisateurs ont codifi\u00e9 les traits ph\u00e9notypiques des colonis\u00e9s en termes de couleur et en firent la caract\u00e9ristique embl\u00e9matique de la cat\u00e9gorie raciale. Cette codification a probablement d\u2019abord \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie dans l\u2019aire britanno-am\u00e9ricaine. L\u00e0, les noirs n\u2019\u00e9taient pas seulement les plus exploit\u00e9s mais aussi ceux dont le travail \u00e9tait le socle principal de l\u2019\u00e9conomie. Il \u00e9tait, surtout, la race colonis\u00e9e la plus importante puisque les indiens ne faisaient pas partie de cette soci\u00e9t\u00e9 coloniale. En cons\u00e9quence, les dominants s\u2019auto-d\u00e9sign\u00e8rent comme blancs.<\/p>\n<p>En Am\u00e9rique, l\u2019id\u00e9e de race a permis de l\u00e9gitimer les relations de domination impos\u00e9es par la conqu\u00eate. La constitution post\u00e9rieure de l\u2019Europe comme identit\u00e9 nouvelle apr\u00e8s la conqu\u00eate de l\u2019Am\u00e9rique et l\u2019expansion du colonialisme europ\u00e9en sur le reste du monde, a amen\u00e9 l\u2019europ\u00e9ocentrisme \u00e9pist\u00e9mologique et, avec, l\u2019\u00e9laboration th\u00e9orique de l\u2019id\u00e9e de race comme naturalisation de ces relations coloniales de domination entre europ\u00e9ens et non europ\u00e9ens. Historiquement, cela a signifi\u00e9 un nouveau mode de l\u00e9gitimation d\u2019id\u00e9es et de pratiques d\u00e9j\u00e0 anciennes dans les relations entre inf\u00e9rieurs et sup\u00e9rieurs, entre domin\u00e9s et dominants. D\u00e8s lors, l\u2019id\u00e9e de race s\u2019est av\u00e9r\u00e9e \u00eatre l\u2019instrument de domination sociale universelle le plus efficace et le plus durable. Par ailleurs, c\u2019est \u00e0 partir de l\u2019id\u00e9e de race que s\u2019est reconstruit un autre mode de domination, tout aussi universel et encore plus ancien : la domination entre les sexes ou bien de genre. Comme on pla\u00e7ait ces peuples conquis dans une position naturelle d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9, on consid\u00e9rait leurs traits ph\u00e9notypiques et leurs d\u00e9couvertes mentales et culturelles comme inf\u00e9rieures \u00e9galement. De cette fa\u00e7on, la race devint le premier crit\u00e8re fondamental pour r\u00e9partir la population mondiale dans les r\u00f4les, rangs et structures du pouvoir de la nouvelle soci\u00e9t\u00e9. En d\u2019autres termes, la race est devenue le mode basique de classification sociale universelle de la population mondiale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le capitalisme : la nouvelle structure du contr\u00f4le du travail<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, dans le processus de construction historique de l\u2019Am\u00e9rique, toutes les formes de contr\u00f4le et d\u2019exploitation du travail et de contr\u00f4le de la production-appropriation-distribution de produits ont \u00e9t\u00e9 articul\u00e9es autour de la relation capital-salaire (capital d\u2019abord) et du march\u00e9 mondial. On y inclut l\u2019esclavage, la servitude, la petite production marchande, la r\u00e9ciprocit\u00e9 et le salaire. Dans cet assemblage, chacune de ces formes de contr\u00f4le du travail n\u2019\u00e9tait pas une simple extension de ses ant\u00e9c\u00e9dents historiques. Toutes \u00e9taient nouvelles du point de vue historique et sociologique. Premi\u00e8rement, parce qu\u2019on les a \u00e9tablies et organis\u00e9es dans le but de produire des marchandises pour le march\u00e9 mondial. Deuxi\u00e8mement, parce qu\u2019elles n\u2019existaient pas seulement simultan\u00e9ment dans le m\u00eame espace-temps, mais toutes et chacune articul\u00e9es au capital et \u00e0 son march\u00e9, et \u00e0 travers cela articul\u00e9es entre elles. Elles ont ainsi form\u00e9 un nouveau mod\u00e8le global de contr\u00f4le du travail, lui-m\u00eame \u00e9l\u00e9ment fondamental d\u2019un nouveau mod\u00e8le de pouvoir, duquel ces formes de contr\u00f4le \u00e9taient d\u00e9pendantes historiquement et structurellement, dans leur ensemble, et ind\u00e9pendamment l\u2019une de l\u2019autre. Et cela pas seulement en tant que formes subordonn\u00e9es \u00e0 une totalit\u00e9 mais aussi parce que, sans perdre respectivement leur caract\u00e8re sp\u00e9cifique ni leur lien discontinu avec l\u2019ordre social et entre elles, leur mouvement historique d\u00e9pendait surtout de leur appartenance \u00e0 un mod\u00e8le global de pouvoir. Troisi\u00e8mement, et comme cons\u00e9quence du reste, chacune de ces formes, pour venir combler de nouveaux besoins li\u00e9s \u00e0 de nouvelles fonctions sociales, a d\u00e9velopp\u00e9 de nouvelles caract\u00e9ristiques et de nouvelles configurations historico-structurelles.<\/p>\n<p>Dans la mesure o\u00f9 cette structure de contr\u00f4le du travail, des ressources et des produits consistait en l\u2019articulation conjointe de toutes les formes historiquement connues, on a \u00e9tabli pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire connue un mod\u00e8le global de contr\u00f4le du travail, de ses ressources et de ses produits. Et dans la mesure o\u00f9 ce mod\u00e8le se constituait autour et en fonction du capital, son caract\u00e8re d\u2019ensemble s\u2019\u00e9tablissait aussi avec un caract\u00e8re capitaliste. De cette fa\u00e7on on a \u00e9tabli une structure de relation de production nouvelle, originale et singuli\u00e8re dans l\u2019exp\u00e9rience historique du monde : le capitalisme mondial.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Colonialit\u00e9 du pouvoir et capitalisme mondial<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les nouvelles identit\u00e9s historiques produites sur la base de l\u2019id\u00e9e de race ont \u00e9t\u00e9 associ\u00e9es \u00e0 la nature des r\u00f4les et des lieux de la nouvelle structure globale de contr\u00f4le du travail. Ainsi, les deux \u00e9l\u00e9ments, race et division du travail, sont rest\u00e9s structurellement associ\u00e9s et se sont mutuellement renforc\u00e9s, m\u00eame si leur existence respective \u00e9tait ind\u00e9pendante l\u2019une de l\u2019autre.<\/p>\n<p>Ainsi, on imposa une division raciale syst\u00e9matique du travail. Dans l\u2019aire hispanique, la Couronne de Castille a d\u00e9cid\u00e9 de mettre fin t\u00f4t \u00e0 l\u2019esclavage des indiens afin d\u2019\u00e9viter leur extermination compl\u00e8te. On les mit alors en servage. A ceux qui vivaient dans leurs communaut\u00e9s, on a permis de conserver leurs anciennes pratiques d\u2019\u00e9changes de force du travail en-dehors du march\u00e9, comme une mani\u00e8re de reproduire leur force de travail en tant que serfs. Dans quelques cas, la noblesse indienne, une toute petite minorit\u00e9, a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la servitude et a re\u00e7u un traitement sp\u00e9cial d\u00fb \u00e0 son r\u00f4le d\u2019interm\u00e9diaire avec la race dominante. Il lui fut permis d\u2019occuper quelques postes o\u00f9 officiaient les Espagnols n\u2019appartenant pas \u00e0 la noblesse castillane. En revanche, les noirs ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits en esclavage. Les Espagnols et les Portugais, en tant que race dominante, pouvaient recevoir un salaire, \u00eatre commer\u00e7ants, artisans, agriculteurs ou producteurs de marchandises ind\u00e9pendants. Toutefois, seuls les nobles pouvaient occuper de moyens et hauts postes dans l\u2019administration coloniale, civile et militaire.<\/p>\n<p>A partir du 18e si\u00e8cle, de nombreux m\u00e9tis d\u2019Espagnols et de femmes indiennes, d\u00e9j\u00e0 devenus une strate sociale \u00e9tendue et importante dans la soci\u00e9t\u00e9 coloniale, commenc\u00e8rent \u00e0 occuper les m\u00eames fonctions que les ib\u00e9riques roturiers. Dans une moindre mesure et surtout dans le secteur du service ou pour des activit\u00e9s qui ne requ\u00e9raient pas de talents ou d\u2019habilet\u00e9 sp\u00e9ciale (la musique par exemple), les plus \u00ab\u00a0blanchis\u00a0\u00bb des m\u00e9tis issus d\u2019unions de femmes noires et d\u2019hommes ib\u00e9riques ont aussi \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s. Mais leur l\u00e9gitimit\u00e9 s\u2019est \u00e9tablie plus lentement car leurs m\u00e8res \u00e9taient esclaves. La r\u00e9partition raciste du travail \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du capitalisme colonial\/moderne se maintint tout au long de la p\u00e9riode coloniale.<\/p>\n<p>Au fur et \u00e0 mesure de l\u2019expansion mondiale de la domination coloniale d\u2019une m\u00eame race dominante \u2013 les blancs, et \u00e0 partir du 18e, les Europ\u00e9ens \u2013 on a impos\u00e9 le m\u00eame crit\u00e8re de classification sociale \u00e0 l\u2019ensemble de la population mondiale. Par cons\u00e9quent, on a produit de nouvelles identit\u00e9s historiques et sociales : \u00ab\u00a0jaunes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0oliv\u00e2tres\u00a0\u00bb furent de nouveaux termes ajout\u00e9s \u00e0 ceux de blancs, indiens, noirs et m\u00e9tis. On a combin\u00e9 \u00e0 cette r\u00e9partition raciste des identit\u00e9s sociales qui avait fait ses preuves en Am\u00e9rique Latine, une r\u00e9partition raciste du travail et des formes d\u2019exploitation du capitalisme colonial. Cela s\u2019est exprim\u00e9 dans le lien presque exclusif entre blanchit\u00e9 sociale et salaire, associ\u00e9 bien s\u00fbr aux postes de commandements de l\u2019administration coloniale. Ainsi, chaque forme de contr\u00f4le par le travail a \u00e9t\u00e9 articul\u00e9e \u00e0 une race particuli\u00e8re. D\u00e9s lors, le contr\u00f4le d\u2019une forme sp\u00e9cifique de travail correspondait au contr\u00f4le d\u2019un groupe sp\u00e9cifique de domin\u00e9s. Une nouvelle technique de domination\/exploitation articula si bien race et travail que les deux choses parurent naturellement associ\u00e9es. Et cela a \u00e9t\u00e9, jusqu\u2019aujourd\u2019hui, une entreprise couronn\u00e9e de succ\u00e8s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Colonialit\u00e9 et eurocentrisme du capitalisme mondial<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La position g\u00e9ographique et \u00e9conomique privil\u00e9gi\u00e9e que l\u2019Am\u00e9rique donnait \u00e0 ces blancs dans le contr\u00f4le de l\u2019or, de l\u2019argent et d\u2019autres marchandises produites par le travail gratuit des indiens, noirs et m\u00e9tis leur a permis d\u2019occuper une place d\u00e9cisive dans le trafic du commerce mondial. La progressive mon\u00e9tarisation du march\u00e9 mondial (stimul\u00e9e et permise par les m\u00e9taux pr\u00e9cieux et le contr\u00f4le de si grandes ressources) a permis \u00e0 ces blancs de contr\u00f4ler \u00e9galement le vaste r\u00e9seau d\u2019\u00e9changes commerciaux qui leur pr\u00e9existait et qui comprenait par-dessus tout la Chine, l\u2019Inde, Ceylan, l\u2019Egypte, la Syrie, les futurs Moyen et Extr\u00eame Orients. Cela leur a \u00e9galement permis de concentrer le contr\u00f4le du capital commercial, du travail et des ressources de production dans l\u2019ensemble du march\u00e9 mondial. Et tout cela a \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9 par la suite gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019extension de la domination coloniale blanche sur la population mondiale. Comme on le sait, ce contr\u00f4le du trafic commercial mondial par les groupes dominants (qu\u2019ils fussent nouveaux ou non) dans la zone Atlantique o\u00f9 ils \u00e9taient bas\u00e9s, a impuls\u00e9 un nouveau processus d\u2019urbanisation dans ces lieux et donc un nouveau r\u00e9seau et une nouvelle \u00e9chelle d\u2019\u00e9changes commerciaux : ces noyaux urbains \u00e9changeaient alors entre eux. Ce march\u00e9 r\u00e9gional croissait gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019afflux de m\u00e9taux pr\u00e9cieux. Une r\u00e9gion historiquement nouvelle se constituait comme une nouvelle identit\u00e9 g\u00e9o-culturelle : l\u2019Europe et plus sp\u00e9cifiquement l\u2019Europe occidentale. Cette nouvelle identit\u00e9 g\u00e9o-culturelle \u00e9mergeait comme le si\u00e8ge central de contr\u00f4le du march\u00e9 mondial. Le m\u00eame mouvement historique produisait aussi le d\u00e9placement de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des c\u00f4tes m\u00e9diterran\u00e9ennes et ib\u00e9riques vers celles de l\u2019Atlantique nord-occidental. Cette centralit\u00e9 dans le nouveau march\u00e9 mondial ne permet pas d\u2019expliquer en soi pourquoi l\u2019Europe est aussi devenue (jusqu\u2019au 19e si\u00e8cle et virtuellement jusqu\u2019\u00e0 la crise mondiale autour des ann\u00e9es 1870) le si\u00e8ge central du processus de marchandisation de la force de travail, c\u2019est-\u00e0-dire du d\u00e9veloppement du rapport capital-salaire comme forme sp\u00e9cifique de contr\u00f4le du travail, de ses ressources, de ses produits. Cependant, tout le reste des r\u00e9gions et populations int\u00e9gr\u00e9es au nouveau march\u00e9 mondial, colonis\u00e9es ou en voie de colonisation par les europ\u00e9ens, conservaient surtout des relations de travail non salariales bien que, \u00e9videmment, ce travail, ces ressources et leurs produits s\u2019ins\u00e9raient dans une cha\u00eene de transfert de valeur et de b\u00e9n\u00e9fices contr\u00f4l\u00e9e par l\u2019Europe Occidentale. Dans les r\u00e9gions non-europ\u00e9ennes, le travail salari\u00e9 se cantonnait presque exclusivement aux blancs.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a rien, ni dans la relation sociale produite par le capitalisme, ni dans les m\u00e9canismes du march\u00e9 mondial ni dans le capitalisme en g\u00e9n\u00e9ral, qui implique une n\u00e9cessit\u00e9 historique de la concentration (non seulement, mais surtout) en Europe du travail salari\u00e9, puis plus tard, sur cette m\u00eame base, de la production industrielle capitaliste pendant plus de deux si\u00e8cles. Un contr\u00f4le europ\u00e9o-occidental du travail salari\u00e9 de n\u2019importe quel secteur de la population mondiale aurait \u00e9t\u00e9 tout \u00e0 fait plausible, comme l\u2019a d\u00e9montr\u00e9 l\u2019histoire apr\u00e8s 1870. Et cela aurait probablement \u00e9t\u00e9 plus avantageux pour les europ\u00e9ens occidentaux. Il faut donc en chercher l\u2019explication dans une autre partie de l\u2019histoire. De fait, d\u00e8s les d\u00e9buts de l\u2019Am\u00e9rique, les futurs europ\u00e9ens ont associ\u00e9 le travail non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 ou non salari\u00e9 aux races domin\u00e9es, car elles \u00e9taient des races inf\u00e9rieures. Le grand g\u00e9nocide des indiens au d\u00e9but de la colonisation n\u2019a pas eu pour cause premi\u00e8re la violence de la conqu\u00eate, ni les maladies transmises par les conqu\u00e9rants mais l\u2019utilisation de ces indiens comme main d\u2019\u0153uvre jetable que l\u2019on for\u00e7ait \u00e0 travailler jusqu\u2019\u00e0 la mort.<\/p>\n<p>La disparition de cette pratique coloniale a \u00e9t\u00e9 rendue possible par l\u2019\u00e9chec de la r\u00e9bellion des <em>encomederos (\u00ab\u00a0commandants d\u2019indiens\u00a0\u00bb)<\/em> contre la Couronne espagnole au milieu du 16e si\u00e8cle. La r\u00e9organisation politique du colonialisme ib\u00e9rique qui en a d\u00e9coul\u00e9 a impliqu\u00e9 une r\u00e9organisation de la population des indiens et de leurs relations avec les colons. Mais les indiens ne sont pas pour autant devenus des travailleurs libres et salari\u00e9s. Ils ont ensuite \u00e9t\u00e9 assign\u00e9s \u00e0 une servitude non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e. Par ailleurs, la servitude des indiens d\u2019Am\u00e9rique ne peut \u00eatre simplement compar\u00e9e au servage f\u00e9odale europ\u00e9en : la servitude des indiens n\u2019incluait ni protection du seigneur f\u00e9odal ni lopin de terre \u00e0 cultiver, en guise de salaire. Surtout dans la p\u00e9riode qui pr\u00e9c\u00e9dait l\u2019Ind\u00e9pendance, la reproduction de la force de travail du serf indien se faisait dans les communaut\u00e9s. M\u00eame plus de cent ans apr\u00e8s l\u2019Ind\u00e9pendance, une part importante des serfs indiens \u00e9tait oblig\u00e9e de reproduire sa force de travail de ses propres moyens. Et l\u2019autre forme de travail non salari\u00e9, ou non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 tout simplement, c\u2019est-\u00e0-dire le travail esclave, a \u00e9t\u00e9 exclusivement assign\u00e9 \u00e0 la population amen\u00e9e d\u2019Afrique et appel\u00e9e noire.<\/p>\n<p>La classification raciale de la population et l\u2019association pr\u00e9coce des nouvelles identit\u00e9s raciales \u00e0 des formes de travail non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 ont d\u00e9velopp\u00e9 chez les europ\u00e9ens ou blancs une perception du travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 comme privil\u00e8ge des blancs. L\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 raciale des colonis\u00e9s les rendait indignes de salaire. Ils \u00e9taient naturellement oblig\u00e9s \u00e0 travailler pour leurs ma\u00eetres. Cette attitude n\u2019est pas rare, encore aujourd\u2019hui, chez des propri\u00e9taires terriens blancs de n\u2019importe quelle partie du monde. Par ailleurs, le salaire inf\u00e9rieur des races inf\u00e9rieures \u00e0 travail \u00e9gal avec les blancs dans les centres du capitalisme actuel ne peut trouver d\u2019explications en dehors de cette classification sociale raciste de la population mondiale. En d\u2019autres termes, elle ne peut s\u2019expliquer s\u00e9par\u00e9ment de la colonialit\u00e9 du pouvoir capitaliste mondial.<\/p>\n<p>Le contr\u00f4le du travail dans cette nouvelle forme de pouvoir mondial s\u2019est constitu\u00e9 en articulant toutes les formes historiques de contr\u00f4le du travail \u00e0 la relation capital-travail salari\u00e9, et sous la domination de cette derni\u00e8re. Mais cette articulation a \u00e9t\u00e9 constitutivement coloniale, car elle s\u2019est \u00e9tablie d\u2019abord dans le lien entre travail non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 et race colonis\u00e9e (indiens, noirs, de fa\u00e7on un peu diff\u00e9rente les m\u00e9tis puis \u00e0 d\u2019autres races dans le monde). Elle s\u2019est ensuite \u00e9tablie dans le lien entre travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 et race colonisatrice : les blancs.<\/p>\n<p>Cette colonialit\u00e9 du contr\u00f4le du travail d\u00e9termina la r\u00e9partition g\u00e9ographique de chacune des formes int\u00e9gr\u00e9es au capitalisme mondial. En d\u2019autres termes, cette colonialit\u00e9 du contr\u00f4le du travail a dessin\u00e9 la g\u00e9ographie sociale du capitalisme : le capital, en tant que relation sociale de contr\u00f4le du travail salari\u00e9, \u00e9tait l\u2019axe autour duquel s\u2019articulaient toutes les autres formes de contr\u00f4le du travail, de ses ressources et de ses produits. Cette relation sociale sp\u00e9cifique se concentrait g\u00e9ographiquement en Europe surtout et socialement entre les europ\u00e9ens et tout le monde capitaliste. De cette fa\u00e7on, l\u2019Europe est devenue le centre du monde capitaliste.<\/p>\n<p>Quand Ra\u00fal Prebisch a forg\u00e9 la c\u00e9l\u00e8bre image de \u00ab\u00a0centre-p\u00e9riph\u00e9rie\u00a0\u00bb pour d\u00e9crire la configuration mondiale du capitalisme apr\u00e8s la Seconde Guerre Mondiale il a montr\u00e9 du doigt, consciemment ou pas, le noyau historique du mod\u00e8le de contr\u00f4le du travail, de ses ressources, de ses produits, qui faisait partie du nouveau patron mondial du pouvoir constitu\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019Am\u00e9rique. Le capitalisme mondial a \u00e9t\u00e9, d\u00e8s le d\u00e9but, colonial\/moderne et europ\u00e9ocentr\u00e9. Le concept de \u00ab\u00a0syst\u00e8me-monde moderne\u00a0\u00bb principalement d\u00e9velopp\u00e9 par Immanuel Wallerstein \u00e0 partir de Prebisch, ainsi que le concept marxien de capitalisme mondial, ne peuvent \u00eatre pleinement compris sans les mettre en relation avec ces caract\u00e9ristiques historiques sp\u00e9cifiques du capitalisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Nouveau mod\u00e8le de pouvoir mondial et nouvelle intersubjectivit\u00e9 mondiale<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 sa condition de centre du capitalisme mondial, l\u2019Europe contr\u00f4lait non seulement le march\u00e9 mondial mais pouvait aussi imposer sa domination coloniale \u00e0 toutes les r\u00e9gions et populations de la plan\u00e8te en les incorporant au \u00ab\u00a0syst\u00e8me-monde\u00a0\u00bb qui se constituait alors, et \u00e0 son mod\u00e8le de pouvoir sp\u00e9cifique. Pour de telles r\u00e9gions et populations, cela impliquait un processus de r\u00e9-identification historique, l\u2019attribution de nouvelles identit\u00e9s g\u00e9o-culturelles depuis l\u2019Europe.<\/p>\n<p>De cette fa\u00e7on, apr\u00e8s l\u2019Am\u00e9rique et l\u2019Europe, on a cr\u00e9\u00e9 l\u2019Afrique, l\u2019Asie et \u00e9ventuellement l\u2019Oc\u00e9anie. La colonialit\u00e9 de ce nouveau mod\u00e8le de pouvoir a \u00e9t\u00e9 sans doute un des d\u00e9terminants les plus actifs dans la production de ces nouvelles identit\u00e9s. Mais les formes et le niveau de d\u00e9veloppement politique et culturel, et plus sp\u00e9cifiquement intellectuel, ont aussi jou\u00e9 un r\u00f4le important. Sans ces facteurs, la cat\u00e9gorie d\u2019\u00ab\u00a0Orient\u00a0\u00bb n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 la seule l\u00e9gitime pour d\u00e9signer l\u2019Autre, par d\u00e9finition inf\u00e9rieur, de l\u2019Occident, sans qu\u2019un \u00e9quivalent ne f\u00fbt forg\u00e9 pour les indiens et les noirs. Mais cette omission r\u00e9v\u00e8le que ces autres facteurs ont aussi jou\u00e9 un r\u00f4le dans le mod\u00e8le raciste de classification sociale universelle de la population mondiale.<\/p>\n<p>L\u2019incorporation d\u2019histoires culturelles si diverses et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes \u00e0 un seul monde domin\u00e9 par l\u2019Europe a signifi\u00e9 pour ce monde une configuration culturelle, intellectuelle, en somme, intersubjective \u00e9quivalente \u00e0 l\u2019articulation de toutes les formes de contr\u00f4le du travail autour du capital, pour \u00e9tablir le capitalisme mondial. En effet, toutes les exp\u00e9riences, histoires, ressources et produits culturels, ont aussi fini par s\u2019articuler \u00e0 un seul ordre culturel global, europ\u00e9en ou occidental. En d\u2019autres termes, l\u2019Europe a concentr\u00e9 toutes les formes de contr\u00f4le de la subjectivit\u00e9, de la culture et de la production de connaissances.<\/p>\n<p>Dans ce processus, les colonisateurs ont men\u00e9 diff\u00e9rentes op\u00e9rations qui r\u00e9v\u00e8lent les conditions de production de la configuration d\u2019un nouvel univers de relations intersubjectives de domination entre l\u2019Europe et les autres r\u00e9gions du monde auxquelles on attribuait, au cours du m\u00eame processus, de nouvelles identit\u00e9s g\u00e9o-culturelles. Premi\u00e8rement, ils ont expropri\u00e9 les populations colonis\u00e9es \u2013 et leurs d\u00e9couvertes culturelles- en prenant ce qui \u00e9tait le plus profitable au d\u00e9veloppement du capitalisme, et au b\u00e9n\u00e9fice du centre europ\u00e9en. Deuxi\u00e8mement, ils ont r\u00e9prim\u00e9 autant que possible, c\u2019est-\u00e0-dire dans des mesures tr\u00e8s variables selon les cas, les formes de production de savoir des colonis\u00e9s, leurs propres mod\u00e8les de production de sens, leur univers symbolique, leurs mod\u00e8les d\u2019expression et d\u2019objectivation de la subjectivit\u00e9. La r\u00e9pression dans ce champ a \u00e9t\u00e9, on le sait, tr\u00e8s violente, profonde et durable pour les indiens de l\u2019Am\u00e9rique ib\u00e9rique qui ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s au rang de sous-culture de campagne, illettr\u00e9e, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leur h\u00e9ritage intellectuel objectiv\u00e9. Une chose similaire arriva en Afrique. En Asie, la r\u00e9pression fut bien moindre : une part importante de l\u2019histoire et de l\u2019h\u00e9ritage intellectuel et \u00e9crit a pu \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9<strong>e<\/strong>. Et ce fut cela, pr\u00e9cis\u00e9ment, qui donna son origine \u00e0 la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0Orient\u00a0\u00bb. Troisi\u00e8mement, ils ont forc\u00e9 \u2013 dans des mesures variables en fonction des cas ici aussi \u2013 les colonis\u00e9s \u00e0 apprendre partiellement la culture des dominants tant que cela \u00e9tait utile \u00e0 la reproduction de la domination, que ce soit dans le champ de l\u2019activit\u00e9 mat\u00e9rielle, la technologie, ou de l\u2019activit\u00e9 subjective, en particulier religieuse. C\u2019est le cas de la religiosit\u00e9 jud\u00e9o-chr\u00e9tienne. Tout ce processus accident\u00e9 a impliqu\u00e9 une colonisation des perspectives cognitives, des modes de production du sens, de l\u2019imaginaire, de l\u2019univers des relations intersubjectives, de la culture en somme.<\/p>\n<p>Enfin, le succ\u00e8s de l\u2019Europe Occidentale \u00e0 devenir le centre moderne du syst\u00e8me-monde selon la formule appropri\u00e9e de I. Wallerstein, d\u00e9veloppa chez les europ\u00e9ens un trait commun \u00e0 tous les dominants coloniaux et imp\u00e9riaux de l\u2019histoire : l\u2019ethnocentrisme. Mais dans le cas europ\u00e9en, ce trait avait un fondement et une justification particuli\u00e8re : la classification raciale de la population du monde \u00e9tablie depuis la conqu\u00eate de l\u2019Am\u00e9rique. L\u2019association des deux ph\u00e9nom\u00e8nes, l\u2019ethnocentrisme colonial et la classification raciale universelle, permet d\u2019expliquer la raison pour laquelle les Europ\u00e9ens se sentirent non seulement sup\u00e9rieurs \u00e0 tous les autres peuples du monde mais, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, naturellement sup\u00e9rieurs. Ce fait historique s\u2019exprima dans une op\u00e9ration mentale d\u2019une importance fondamentale pour tout le mod\u00e8le de pouvoir mondial, surtout sur les relations intersubjectives h\u00e9g\u00e9moniques et en particulier les perspectives cognitives\u00a0: les Europ\u00e9ens ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une nouvelle perspective temporelle de l\u2019histoire et re-situ\u00e8rent les peuples colonis\u00e9s, leurs histoires et leurs cultures, dans le pass\u00e9 d\u2019une trajectoire historique dont le point culminant \u00e9tait l\u2019Europe. Cependant, et cela est notable, ils ne les ont pas plac\u00e9s dans une m\u00eame ligne de continuit\u00e9 avec les Europ\u00e9ens mais dans une cat\u00e9gorie diff\u00e9rente, naturellement diff\u00e9rente. Les peuples colonis\u00e9s \u00e9taient de races inf\u00e9rieures et \u2013 pour cela \u2013 ant\u00e9rieures aux Europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>C\u2019est dans cette perspective que la modernit\u00e9 et la rationalit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues comme des exp\u00e9riences et des produits exclusivement europ\u00e9ens. De ce point de vue, les relations intersubjectives et culturelles entre l\u2019Europe Occidentale et le reste du monde ont \u00e9t\u00e9 pens\u00e9es avec de nouvelles cat\u00e9gories : Orient\/Occident, primitif\/civilis\u00e9, magique-mythique\/scientifique, irrationnel\/rationnel, traditionnel\/moderne. En somme, l\u2019Europe et la non-Europe. Et m\u00eame ainsi, l\u2019Orient a \u00e9t\u00e9 la seule cat\u00e9gorie digne d\u2019\u00eatre reconnue comme l\u2019Autre de l\u2019Europe Occidentale. Non pas les \u00ab\u00a0indiens\u00a0\u00bb d\u2019Am\u00e9rique, ni les \u00ab\u00a0noirs\u00a0\u00bb d\u2019Afrique. Ces derniers \u00e9taient simplement \u00ab\u00a0primitifs\u00a0\u00bb. Dans cette relation entre europ\u00e9en-non europ\u00e9en, la race est sans doute la cat\u00e9gorie de base. Cette perspective binaire, dualiste, de connaissance et propre \u00e0 l\u2019europ\u00e9ocentrisme, a impos\u00e9 son h\u00e9g\u00e9monie mondiale dans le m\u00eame lit que celui de l\u2019expansion de la domination coloniale europ\u00e9enne sur le monde. Il serait impossible d\u2019expliquer autrement et de fa\u00e7on satisfaisante l\u2019\u00e9laboration de l\u2019europ\u00e9ocentrisme comme perspective h\u00e9g\u00e9monique de savoir, de la version europ\u00e9ocentr\u00e9e de la modernit\u00e9 et ses deux principaux mythes fondateurs. Le premier mythe fondateur est l\u2019id\u00e9e-image de l\u2019histoire de la civilisation humaine comme trajectoire qui part d\u2019un \u00e9tat de nature et trouve son aboutissement dans l\u2019Europe. Le deuxi\u00e8me consiste \u00e0 consid\u00e9rer les diff\u00e9rences entre Europe et non-Europe comme des diff\u00e9rences de nature (raciale) et non pas comme le r\u00e9sultat d\u2019une histoire du pouvoir. Ces deux mythes peuvent \u00eatre reconnus, sans \u00e9quivoque, dans le fondement de l\u2019\u00e9volutionnisme et du dualisme, deux des \u00e9l\u00e9ments centraux de l\u2019europ\u00e9ocentrisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><strong>Anibal Quijano<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Extrait de son texte :\u00a0 <a href=\"http:\/\/fr.scribd.com\/doc\/146857903\/Anibal-Quijano-Colonialidad-del-Poder-Eurocentrismo-y-America-Latina-pdf#scribd\">Colonialidad del Poder, Eurocentrismo y America Latina<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Traduit de l\u2019espagnol par <strong><em>Hanna bent Yasmina<\/em><\/strong>, membre du PIR<br \/>\n<a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/race-colonialite-et-eurocentrisme\/\">Source<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Race, une cat\u00e9gorie mentale de la modernit\u00e9 L\u2019id\u00e9e de race, dans son sens moderne, n\u2019a pas d\u2019histoire connue avant la conqu\u00eate de l\u2019Am\u00e9rique par les Europ\u00e9ens. A l\u2019origine, elle servait peut-\u00eatre \u00e0 d\u00e9signer une diff\u00e9rence de ph\u00e9notype entre les conqu\u00e9rants et les conquis, mais ce qui importe c\u2019est qu\u2019elle a tr\u00e8s vite d\u00e9sign\u00e9 des diff\u00e9rences &#8230; <a title=\"Race, Colonialit\u00e9 et Eurocentrisme\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=2572\" aria-label=\"En savoir plus sur Race, Colonialit\u00e9 et Eurocentrisme\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2393,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,35,21,36,28],"tags":[32,23,46,146,38,15,29],"class_list":["post-2572","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-amerique-du-sud","category-anti-imperialisme","category-europe","category-racismes","tag-culture","tag-discrimination","tag-esclavage","tag-eurocentrisme","tag-guerre","tag-resistance","tag-torture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2572","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2572"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2572\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2573,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2572\/revisions\/2573"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2393"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2572"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2572"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2572"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}