{"id":2793,"date":"2016-03-14T12:02:28","date_gmt":"2016-03-14T11:02:28","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=2793"},"modified":"2016-03-13T00:09:29","modified_gmt":"2016-03-12T23:09:29","slug":"les-blancs-les-juifs-et-nous-vers-une-politique-de-lamour-revolutionnaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=2793","title":{"rendered":"Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l\u2019amour r\u00e9volutionnaire"},"content":{"rendered":"<div class=\"field field-name-field-intro field-type-text-long field-label-hidden\">\n<div class=\"field-items\">\n<div class=\"field-item even\">\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/bjn.jpg\" rel=\"attachment wp-att-2794\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2794\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/bjn.jpg\" alt=\"bjn\" width=\"560\" height=\"870\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/bjn.jpg 560w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/bjn-193x300.jpg 193w\" sizes=\"(max-width: 560px) 100vw, 560px\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Vers une politique de l\u2019amour r\u00e9volutionnaire<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Houria Bouteldja<\/p>\n<p>Ce livre est un cri \u2013 pas un cri de guerre, plut\u00f4t un cri de paix. Plus exactement, c\u2019est une s\u00e9rie de claques alternant avec des caresses. Appliqu\u00e9es \u00e0 qui ?<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"field field-name-field-texte field-type-text-long field-label-hidden\">\n<div class=\"field-items\">\n<div class=\"field-item even\">\n<p>Aux Blancs \u00ab de gauche \u00bb munis d\u2019une bonne conscience anticolonialiste mais qui restent dans le grand camp blanc : Sartre, sioniste jusqu\u2019au bout, par opposition \u00e0 Genet qui se fout d\u2019Hitler et pour qui Dien Bien Phu n\u2019est pas une d\u00e9faite.<\/p>\n<p>Aux Juifs, \u00ab qui me rappellent tellement les Arabes \u00bb. Explication : \u00ab Ce qui fait de vous de v\u00e9ritables cousins, c\u2019est votre rapport aux Blancs&#8230; On ne reconna\u00eet pas un Juif parce qu\u2019il se d\u00e9clare Juif mais \u00e0 sa soif de vouloir se fondre dans la blanchit\u00e9, de pl\u00e9bisciter son oppresseur et de vouloir incarner les canons de la modernit\u00e9. Comme nous. \u00bb<\/p>\n<p>Et Houria Bouteldja propose aux Juifs de sortir ensemble du ghetto.<\/p>\n<p>\u00c0 nous les Indig\u00e8nes : \u00ab Indig\u00e8nes de la r\u00e9publique, nous le sommes en France, en Europe, en Occident. Pour le Tiers-Monde, nous sommes blancs. La blanchit\u00e9 n\u2019est pas une question g\u00e9n\u00e9tique. Elle est rapport au pouvoir. D\u00e9j\u00e0 les fr\u00e8res que nous avons abandonn\u00e9s l\u00e0-bas nous regardent d\u2019un oeil oblique. Nous devons assumer notre part du crime. Dit de mani\u00e8re euph\u00e9mis\u00e9e, notre int\u00e9gration. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Houria Bouteldja <\/strong>est issue d\u2019une famille d\u2019immigr\u00e9s alg\u00e9riens arriv\u00e9s en France dans les ann\u00e9es 1960. Elle milite au Parti des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique (PIR). Elle a co-\u00e9crit, avec Sadri Khiari, <em>Nous sommes les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique <\/em>aux \u00e9ditions\u00a0 Amsterdam (2012).<\/p>\n<p><strong>14 mars 2016 <\/strong><strong>\/ <\/strong><strong>120 pages <\/strong><strong>\/ <\/strong><strong>ISBN : 9782358720816 <\/strong><strong>\/ <\/strong><strong>9 euros<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<h4 class=\"entry-title\"><span style=\"color: #ff0000;\">Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l\u2019amour r\u00e9volutionnaire<\/span><\/h4>\n<div class=\"entry-meta\"><span class=\"meta-prep meta-prep-author\">Publi\u00e9 le<\/span> <a title=\"23 h 11 min\" href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/les-blancs-les-juifs-et-nous-vers-une-politique-de-lamour-revolutionnaire\/\" rel=\"bookmark\"><span class=\"entry-date\">11 f\u00e9vrier 2016<\/span><\/a> <span class=\"meta-sep\">par<\/span> <span class=\"author vcard\"><a class=\"url fn n\" title=\"Afficher tous les articles par PIR\" href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/author\/mehdi\/\">Houria Bouteldja<\/a><\/span><\/div>\n<div class=\"post-thumbnail\"><\/div>\n<p>\u00ab Pourquoi j\u2019\u00e9cris ce livre ? Parce que je partage l\u2019angoisse de Gramsci : \u201cle vieux monde se meurt. Le nouveau est long \u00e0 appara\u00eetre et c\u2019est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres\u201d. Le monstre fasciste, n\u00e9 des entrailles de la modernit\u00e9 occidentale. D\u2019o\u00f9 ma question : qu\u2019offrir aux Blancs en \u00e9change de leur d\u00e9clin et des guerres qu\u2019il annonce ? Une seule r\u00e9ponse : la paix. Un seul moyen : l\u2019amour r\u00e9volutionnaire. \u00bb<\/p>\n<p>Dans ce texte fulgurant, Houria Bouteldja brosse l\u2019histoire \u00e0 rebrousse-poil. C\u2019est du point de vue de l\u2019indig\u00e8ne qu\u2019elle \u00e9voque le pacte r\u00e9publicain, la Shoah, la cr\u00e9ation d\u2019Isra\u00ebl, le f\u00e9minisme et le destin de l\u2019immigration postcoloniale en Occident.<br \/>\nBalayant les certitudes et la bonne conscience de gauche, c\u2019est chez Baldwin, Malcolm X ou Genet qu\u2019elle puise les mots pour repenser nos rapports politiques. Aux grands r\u00e9cits racistes des Soral et Finkielkraut, elle fournit un puissant antidote : une politique de paix qui dessine les contours d\u2019un \u00ab nous \u00bb d\u00e9colonial, \u00ab le Nous de l\u2019amour r\u00e9volutionnaire \u00bb.<\/p>\n<div class=\"entry-content\">\n<div class=\"pf-content\">\n<p>Le 14 mars en librairie, le livre de Houria Bouteldja : \u00ab\u00a0Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l\u2019amour r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, aux <a href=\"http:\/\/www.lafabrique.fr\/\">\u00e9ditions La Fabrique<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<h4 class=\"entry-title\"><span style=\"color: #ff0000;\">Fusillez Sartre\u2009!\u2009<\/span><\/h4>\n<div class=\"entry-meta\"><span class=\"meta-prep meta-prep-author\">Publi\u00e9 le<\/span> <span class=\"entry-date\">2 mars 2016<\/span> <span class=\"meta-sep\">par<\/span> <span class=\"author vcard\">Houria Bouteldja<\/span><\/div>\n<div class=\"post-thumbnail\"><\/div>\n<p>Avec l\u2019aimable autorisation des \u00e9ditions La Fabrique, nous publions l\u2019introduction du livre d\u2019Houria Bouteldja \u00ab\u00a0Les Blancs, les Juifs et Nous, vers une politique de l\u2019amour r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb intitul\u00e9e : \u00ab Fusillez Sartre! \u00bb. Sortie le 14 mars 2016. La r\u00e9daction.<\/p>\n<div class=\"entry-content\">\n<p>\u00ab\u2009Fusillez Sartre\u2009!\u2009\u00bb Le philosophe fran\u00e7ais prend position en faveur de l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie. Il s\u2019attire les foudres de milliers d\u2019anciens combattants sur les Champs-\u00c9lys\u00e9es ce 3\u202foctobre 1960. Sartre n\u2019est pas Camus. Sartre dont la premi\u00e8re r\u00e9volte, confie-t-il, a \u00e9t\u00e9 de d\u00e9couvrir \u00e0 quatorze ans que les colonies \u00e9taient \u00ab\u2009une mainmise de l\u2019\u00e9tat\u2009\u00bb et une \u00ab\u2009activit\u00e9 absolument d\u00e9shonorante\u2009\u00bb. Et il ajoute\u2009: \u00ab\u2009La libert\u00e9 qui me constituait comme homme constituait le colonialisme comme abjection<strong><sup>1<\/sup><\/strong>. \u2009\u00bb En mati\u00e8re de colonialisme et de racisme, fid\u00e8le \u00e0 sa conscience d\u2019adolescent, il ne se trompera presque jamais. On le retrouvera mobilis\u00e9 contre le \u00ab\u2009cancer\u2009\u00bb de l\u2019apartheid, contre le r\u00e9gime s\u00e9gr\u00e9gationniste des \u00e9tats-Unis, en soutien \u00e0 la r\u00e9volution cubaine et au Vi\u00eat Minh. Il se d\u00e9clarera m\u00eame porteur de valises du FLN<strong><sup>*<\/sup><\/strong>. Non, d\u00e9cid\u00e9ment, il n\u2019est pas ce Camus contre lequel l\u2019Alg\u00e9rien et po\u00e8te Kateb Yacine prononcera un r\u00e9quisitoire implacable<\/p>\n<div class=\"entry-content\">\n<div class=\"pf-content\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Abattre un Europ\u00e9en c\u2019est faire d\u2019une pierre deux coups, supprimer en m\u00eame temps un oppresseur et un opprim\u00e9\u2009: restent un homme mort et un homme libre<strong><sup>2<\/sup><\/strong>. \u2009\u00bb Sartre ne s\u2019est jamais pr\u00e9tendu pacifiste. Il le d\u00e9montre une fois de plus en 1972 lors des Jeux olympiques de Munich. En conformit\u00e9 avec ses engagements en Alg\u00e9rie, il consid\u00e8re que le terrorisme est certes \u00ab\u2009une arme terrible\u2009\u00bb mais que les opprim\u00e9s n\u2019en ont pas d\u2019autres. Pour lui, l\u2019attentat de Septembre noir qui a co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 onze membres de l\u2019\u00e9quipe isra\u00e9lienne est \u00ab\u2009parfaitement r\u00e9ussi\u2009\u00bb, \u00e9tant donn\u00e9 que la question palestinienne avait \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e devant des millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs \u00e0 travers le monde \u00ab\u2009plus tragiquement qu\u2019elle ne l\u2019est jamais \u00e0 l\u2019ONU, o\u00f9 les Palestiniens ne sont pas repr\u00e9sent\u00e9s<strong><sup>3<\/sup><\/strong>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le sang de Sartre a gicl\u00e9. Je n\u2019ai aucun mal \u00e0 imaginer son d\u00e9chirement lorsqu\u2019il prend position en faveur de Septembre noir. Il s\u2019est mutil\u00e9 l\u2019\u00e2me. Mais le coup fatal n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 donn\u00e9. Sartre a surv\u00e9cu. Car l\u2019homme de la pr\u00e9face des <em>Damn\u00e9s de la terre<\/em> n\u2019a pas achev\u00e9 son \u0153uvre\u2009: tuer le Blanc. Sartre n\u2019est pas Camus, mais il n\u2019est pas Genet non plus. Car au-del\u00e0 de son empathie pour les colonis\u00e9s et leur l\u00e9gitime violence, pour lui, rien ne viendra d\u00e9tr\u00f4ner la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019existence d\u2019Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En 1948, il prend position pour la cr\u00e9ation de l\u2019\u00c9tat h\u00e9breu et d\u00e9fend la paix sioniste, pour \u00ab\u2009un \u00c9tat ind\u00e9pendant, libre et pacifique\u2009\u00bb. \u00c0 l\u2019instar de Simone de Beauvoir, il est favorable \u00e0 l\u2019immigration des Juifs en Palestine<strong><sup>4<\/sup><\/strong>. \u00ab\u2009Il faut donner des armes aux H\u00e9breux\u2009: voil\u00e0 la t\u00e2che imm\u00e9diate des Nations unies\u2009\u00bb, proclame-t-il. Nous ne pouvons pas nous d\u00e9sint\u00e9resser de la cause h\u00e9bra\u00efque, \u00e0 moins que nous acceptions qu\u2019on nous traite, nous aussi, d\u2019assassins<strong><sup>5<\/sup><\/strong>. Et il poursuit\u2009: \u00ab\u2009Il n\u2019y a pas de probl\u00e8me juif. C\u2019est un probl\u00e8me international. Je consid\u00e8re que le devoir des Aryens est d\u2019aider les Juifs<strong><sup>6<\/sup><\/strong>. Le probl\u00e8me int\u00e9resse toute l\u2019humanit\u00e9. Oui, c\u2019est un probl\u00e8me humain.\u2009\u00bb En 1949, il dira\u2009: \u00ab\u2009Il faut se r\u00e9jouir qu\u2019un \u00c9tat isra\u00e9lien autonome vienne l\u00e9gitimer les esp\u00e9rances et les combats des Juifs du monde entier. [\u2026] la formation de l\u2019\u00c9tat palestinien<strong><sup>7<\/sup><\/strong> doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un des \u00e9v\u00e9nements les plus importants de notre \u00e9poque, un des seuls qui permettent aujourd\u2019hui de conserver l\u2019espoir<strong><sup>8<\/sup><\/strong>.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019espoir de qui\u2009?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lui qui proclamait \u00ab\u2009C\u2019est l\u2019antis\u00e9mite qui fait le Juif\u2009\u00bb, le voil\u00e0 qui prolonge le projet antis\u00e9mite sous sa forme sioniste et participe \u00e0 la construction de la plus grande prison pour Juifs. Press\u00e9 d\u2019enterrer Auschwitz et de sauver l\u2019\u00e2me de l\u2019homme blanc, il creuse le tombeau du Juif. Le Palestinien \u00e9tait l\u00e0 par hasard. Il lui \u00e9crase la gueule. La bonne conscience blanche de Sartre\u2026 C\u2019est elle qui l\u2019emp\u00eache d\u2019accomplir son \u0153uvre\u2009: liquider le Blanc. Pour exterminer le Blanc qui le torture, il aurait fallu que Sartre \u00e9crive\u2009: \u00ab\u2009Abattre un Isra\u00e9lien, c\u2019est faire d\u2019une pierre deux coups, supprimer en m\u00eame temps un oppresseur et un opprim\u00e9\u2009: restent un homme mort et un homme libre.\u2009\u00bb Se r\u00e9soudre \u00e0 la d\u00e9faite ou \u00e0 la mort de l\u2019oppresseur, f\u00fbt-il Juif. C\u2019est le pas que Sartre n\u2019a pas su franchir. C\u2019est l\u00e0 sa faillite. Le Blanc r\u00e9siste. Le philos\u00e9mitisme n\u2019est-il pas le dernier refuge de l\u2019humanisme blanc\u2009?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans son \u00e9ditorial des <em>Temps modernes<\/em> consacr\u00e9 au \u00ab\u2009conflit\u2009\u00bb isra\u00e9lo-palestinien<strong><sup>9<\/sup><\/strong>, quelques jours avant la guerre de 1967, Sartre persiste et signe. Sa fid\u00e9lit\u00e9 au projet sioniste, bien que contrari\u00e9e par les exc\u00e8s d\u2019Isra\u00ebl, reste intacte. Josie Fanon, veuve de Frantz Fanon, lui reprochera de s\u2019\u00eatre associ\u00e9 aux \u00ab\u2009clameurs hyst\u00e9riques de la gauche fran\u00e7aise\u2009\u00bb et demandera \u00e0 Fran\u00e7ois Maspero de supprimer la pr\u00e9face de Sartre aux <em>Damn\u00e9s de la terre<\/em> des \u00e9ditions ult\u00e9rieures. \u00ab\u2009Il n\u2019y a plus rien de commun entre Sartre et nous, entre Sartre et Fanon. Sartre qui r\u00eavait en 1961 de se joindre \u00e0 ceux qui font l\u2019histoire de l\u2019homme est pass\u00e9 dans l\u2019autre camp. Le camp des assassins. Le camp de ceux qui tuent au Vietnam, au Moyen-Orient, en Afrique, en Am\u00e9rique latine<strong><sup>10<\/sup><\/strong>.\u2009\u00bb Non, Sartre n\u2019est pas Genet. Et Josie Fanon le savait.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En 1975, n\u2019a-t-il pas protest\u00e9 avec Mitterrand, Mend\u00e8s France et Malraux \u2013 admirable brochette \u2013 contre la r\u00e9solution de l\u2019ONU assimilant tr\u00e8s justement le sionisme au racisme<strong><sup>11<\/sup><\/strong>\u2009?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Salauds d\u2019Arabes\u2009! Leur obstination \u00e0 nier l\u2019existence d\u2019Isra\u00ebl retarde \u00ab\u2009l\u2019\u00e9volution du Moyen-Orient vers le socialisme\u2009\u00bb\u2026 et \u00e9loigne les perspectives d\u2019une paix qui all\u00e9gerait le spleen sartrien et sa conscience malheureuse. En 1976, son v\u0153u sera exauc\u00e9. Le pr\u00e9sident \u00e9gyptien Sadate ira se recueillir devant le m\u00e9morial des martyrs de l\u2019holocauste nazi. La m\u00eame ann\u00e9e, il se voit d\u00e9cerner le titre de docteur <em>honoris causa<\/em> de l\u2019universit\u00e9 de J\u00e9rusalem \u00e0 l\u2019ambassade d\u2019Isra\u00ebl. Sartre mourra anticolonialiste et sioniste. Il mourra Blanc. Ce ne sera pas le moindre de ses paradoxes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En cela, il est une all\u00e9gorie de la gauche fran\u00e7aise de l\u2019apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sartre ne fait pas partie de la vague des \u00ab\u2009nouveaux philosophes\u2009\u00bb et ne peut d\u00e9cemment pas \u00eatre tenu pour responsable de l\u2019av\u00e8nement de la social-d\u00e9mocratie et de sa mission cardinale\u2009: enterrer le socialisme pour sauver le capitalisme. Si la gauche actuelle \u00e9tait \u00e0 l\u2019image de ses engagements, nous ne pourrions que nous en f\u00e9liciter. Mais, on est malgr\u00e9 tout en droit de penser que sa blanchit\u00e9 en a dessin\u00e9 l\u2019inflexion.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sartre n\u2019a pas su \u00eatre radicalement tra\u00eetre \u00e0 sa race. Il n\u2019a pas su \u00eatre Genet\u2026 qui s\u2019est r\u00e9joui de la d\u00e9b\u00e2cle fran\u00e7aise en 1940 face aux Allemands, et plus tard \u00e0 Saigon et en Alg\u00e9rie. De la racl\u00e9e de Dien Bien Phu. Parce que voyez-vous, la France occup\u00e9e, c\u2019\u00e9tait bien aussi une France coloniale, n\u2019est-ce pas\u2009? La France r\u00e9sistante, c\u2019\u00e9tait bien aussi celle qui allait r\u00e9pandre la terreur \u00e0 S\u00e9tif et Guelma un certain 8 mai 1945, puis \u00e0 Madagascar, puis au Cameroun\u2009? \u00ab\u2009Quant \u00e0 la d\u00e9b\u00e2cle de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, c\u2019\u00e9tait \u00e9galement celle du grand \u00e9tat-major qui avait condamn\u00e9 Dreyfus, non\u2009?\u2009\u00bb Car, certes, il y a le conflit de classe, mais il y a aussi le conflit de race.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce que j\u2019aime chez Genet, c\u2019est qu\u2019il s\u2019en fout d\u2019Hitler. Et paradoxalement, il r\u00e9ussit \u00e0 mes yeux \u00e0 \u00eatre l\u2019ami radical des deux grandes victimes historiques de l\u2019ordre blanc\u2009: les Juifs et les colonis\u00e9s. Il n\u2019y a aucune trace de philanthropie chez lui. Ni en faveur des Juifs, des Black Panthers ou des Palestiniens. Mais une col\u00e8re sourde contre l\u2019injustice qui leur \u00e9tait faite par sa propre race. N\u2019a-t-il pas accueilli la suppression de la peine de mort en France avec une indiff\u00e9rence cynique alors que la biens\u00e9ance ordonnait une d\u00e9vote \u00e9motion et c\u00e9l\u00e9brait ce nouveau pas vers la civilisation\u2009? La position de Genet tombe comme un couperet sur la t\u00eate de l\u2019Homme blanc\u2009: \u00ab\u2009Tant que la France ne fera pas cette politique qu\u2019on appelle Nord-Sud, tant qu\u2019elle ne se pr\u00e9occupera pas davantage des travailleurs immigr\u00e9s ou des anciennes colonies, la politique fran\u00e7aise ne m\u2019int\u00e9ressera pas du tout. Qu\u2019on coupe des t\u00eates ou pas \u00e0 des hommes blancs, \u00e7a ne m\u2019int\u00e9resse pas \u00e9norm\u00e9ment<strong><sup>12<\/sup><\/strong>. \u2009\u00bb Parce que \u00ab\u2009faire une d\u00e9mocratie dans le pays qui \u00e9tait nomm\u00e9 autrefois m\u00e9tropole, c\u2019est finalement faire encore une d\u00e9mocratie contre les pays noirs ou arabes\u2009\u00bb. Il y a comme une esth\u00e9tique dans cette indiff\u00e9rence \u00e0 Hitler. Elle est vision. Fallait-il \u00eatre po\u00e8te pour atteindre cette gr\u00e2ce\u2009? L\u2019empressement compulsif des principales formations politiques \u00e0 faire du dirigeant nazi un accident de l\u2019histoire europ\u00e9enne et \u00e0 r\u00e9duire Vichy et toutes les formes de collaboration \u00e0 de simples parenth\u00e8ses ne pouvait pas tromper l\u2019\u00ab\u00a0ange de Reims<strong><sup>13<\/sup><\/strong>\u2009 \u00bb. J\u2019ai bien dit \u00ab\u2009indiff\u00e9rence\u2009\u00bb. Pas empathie, pas collusion. Pouvait-il agonir Hitler et \u00e9pargner la France qui s\u2019\u00e9tait montr\u00e9e si \u00ab\u2009vache en Indochine et en Alg\u00e9rie et \u00e0 Madagascar\u2009\u00bb\u2009? \u00ab\u2009Grisant\u2009\u00bb, c\u2019est comme cela qu\u2019il d\u00e9crit son sentiment devant la d\u00e9faite fran\u00e7aise face \u00e0 Hitler. Pouvait-on all\u00e8grement se r\u00e9jouir de la fin du nazisme tout en s\u2019accommodant de sa gen\u00e8se coloniale et de la poursuite du projet imp\u00e9rialiste sous d\u2019autres formes\u2009? Pouvait-on impun\u00e9ment isoler la geste nazie du reste de l\u2019histoire des crimes et g\u00e9nocides occidentaux\u2009? Avait-on le droit moral de d\u00e9charger les barques fran\u00e7aise, anglaise et \u00e9tats-unienne pour charger la barque allemande\u2009? Les mots de C\u00e9saire remontent \u00e0 la surface\u2009: \u00ab\u2009Le nazisme est une forme de colonisation de l\u2019homme blanc par l\u2019homme blanc, un choc en retour pour les Europ\u00e9ens colonisateurs\u2009: une civilisation qui justifie la colonisation [\u2026] appelle son Hitler, je veux dire son ch\u00e2timent.\u2009\u00bb En effet, Hitler, \u00e9crit C\u00e9saire, a \u00ab\u2009appliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019Europe des proc\u00e9d\u00e9s colonialistes dont ne relevaient jusqu\u2019ici que les Arabes d\u2019Alg\u00e9rie, les coolies de l\u2019Inde et les n\u00e8gres d\u2019Afrique\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce que j\u2019aime aussi chez Genet, c\u2019est qu\u2019il n\u2019\u00e9prouve aucun sentiment obs\u00e9quieux \u00e0 notre \u00e9gard. Mais il sait discerner la proposition invisible faite aux Blancs par les militants radicaux de la cause noire, de la cause palestinienne, de la cause du tiers-monde. Il sait que tout indig\u00e8ne qui se dresse contre l\u2019homme blanc lui offre dans le m\u00eame mouvement la chance de se sauver lui-m\u00eame. Il devine que derri\u00e8re la r\u00e9sistance radicale de Malcolm X, il y a son propre salut. Genet le sait et \u00e0 chaque fois qu\u2019un indig\u00e8ne lui a offert cette opportunit\u00e9, il l\u2019a saisie. C\u2019est pour cela que d\u2019outre-tombe, Malcolm X aime Genet. Il n\u2019y a qu\u2019entre ces deux hommes que le mot \u00ab\u2009paix\u2009\u00bb a un sens. Il a un sens car il est irrigu\u00e9 par l\u2019amour r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais Malcolm X ne peut pas aimer Genet sans <em>avant tout<\/em> aimer les siens. C\u2019est son legs \u00e0 tous les non-Blancs du monde. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, je suis une h\u00e9riti\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u2019abord, il faut nous aimer\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pourquoi j\u2019\u00e9cris ce livre\u2009? Sans doute pour me faire pardonner mes premi\u00e8res l\u00e2chet\u00e9s de cette chienne de condition indig\u00e8ne. La fois o\u00f9, lyc\u00e9enne, en route pour un voyage scolaire \u00e0 New-York, je demande \u00e0 mes parents qui m\u2019accompagnent \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de rester cach\u00e9s \u00e0 la vue des professeurs et camarades de classe parce que \u00ab\u2009les autres parents n\u2019accompagnent pas leurs enfants\u2009\u00bb. Bobard \u00e0 deux balles. J\u2019avais honte d\u2019eux. Ils faisaient trop pauvres et trop immigr\u00e9s avec leurs t\u00eates d\u2019Arabes alors qu\u2019ils \u00e9taient fiers de me voir m\u2019envoler vers le pays de l\u2019Oncle Sam. Ils n\u2019ont pas protest\u00e9. Ils se sont cach\u00e9s et j\u2019ai cru na\u00efvement qu\u2019ils avaient tout aval\u00e9. Je ne me rends compte qu\u2019aujourd\u2019hui qu\u2019ils m\u2019ont accompagn\u00e9e dans le mensonge. Ils l\u2019ont m\u00eame soutenu sans broncher pour me permettre d\u2019aller plus loin qu\u2019eux. Et puis, avoir honte de soi, chez nous, c\u2019est comme une deuxi\u00e8me peau. \u00ab\u2009Les Arabes, c\u2019est la derni\u00e8re race apr\u00e8s les crapauds\u2009\u00bb, disait mon p\u00e8re. Une phrase qu\u2019il avait s\u00fbrement entendue sur un chantier et qu\u2019il a fait sienne par conviction de colonis\u00e9. \u00c0 l\u2019a\u00e9roport, il n\u2019allait pas se d\u00e9dire. Depuis, il a \u00e9t\u00e9 emport\u00e9 par un cancer de l\u2019amiante. Un cancer d\u2019ouvrier. Oui, je dois me faire pardonner de lui.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pourquoi j\u2019\u00e9cris ce livre\u2009? Parce que je ne suis pas innocente. Je vis en France. Je vis en Occident. Je suis blanche. Rien ne peut m\u2019absoudre. Je d\u00e9teste la bonne conscience blanche. Je la maudis. Elle si\u00e8ge \u00e0 gauche de la droite, au c\u0153ur de la social-d\u00e9mocratie. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle a r\u00e9gn\u00e9 longtemps, \u00e9panouie et resplendissante. Aujourd\u2019hui, elle est d\u00e9fra\u00eechie, us\u00e9e. Ses vieux d\u00e9mons la rattrapent et les masques tombent. Mais elle respire encore. Dieu merci, elle n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 conqu\u00e9rir mon territoire. Je ne cherche aucune \u00e9chappatoire. Certes, le rendez-vous avec le grand Sud me terrifie mais je me rends. Je ne fuis pas le regard des sans-papiers et ne d\u00e9tourne pas le mien des cr\u00e8ve-la-dalle de harragas qui viennent \u00e9chouer sur nos rives, morts ou vivants. Je pr\u00e9f\u00e8re cracher le morceau, je suis une criminelle. Mais d\u2019une sophistication extr\u00eame. Je n\u2019ai pas de sang sur les mains. Ce serait trop vulgaire. Aucune justice au monde ne me tra\u00eenera devant les tribunaux. Mon crime, je le sous-traite. Entre mon crime et moi, il y a la bombe. Je suis d\u00e9tentrice du feu nucl\u00e9aire. Ma bombe menace le monde des m\u00e9t\u00e8ques et prot\u00e8ge mes int\u00e9r\u00eats. Entre mon crime et moi, il y a d\u2019abord la distance g\u00e9ographique et puis la distance g\u00e9opolitique. Mais il y a aussi les grandes instances internationales, l\u2019ONU, le FMI, l\u2019OTAN, les multinationales, le syst\u00e8me bancaire. Entre mon crime et moi, il y a les instances nationales\u2009: la d\u00e9mocratie, l\u2019\u00c9tat de droit, la R\u00e9publique, les \u00e9lections. Entre mon crime et moi, il y a les belles id\u00e9es\u2009: les droits de l\u2019homme, l\u2019universalisme, la libert\u00e9, l\u2019humanisme, la la\u00efcit\u00e9, la m\u00e9moire de la Shoah, le f\u00e9minisme, le marxisme, le tiers-mondisme. Et m\u00eame les porteurs de valises. Eux, ils sont \u00e0 la cime de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme blanc. Je les respecte pourtant. J\u2019aimerais les respecter plus mais ils sont d\u00e9j\u00e0 les otages de la bonne conscience. Les faire-valoir de la gauche blanche. Entre mon crime et moi, il y a le renouveau et les m\u00e9tamorphoses des grandes id\u00e9es au cas o\u00f9 la \u00ab\u2009belle \u00e2me\u2009\u00bb viendrait \u00e0 se p\u00e9rimer\u2009: le commerce \u00e9quitable, l\u2019\u00e9cologie, le commerce bio. Entre mon crime et moi, il y a la sueur et le salaire de mon p\u00e8re, les allocations familiales, les cong\u00e9s, les droits syndicaux, les vacances scolaires, les colonies de vacances, l\u2019eau chaude, le chauffage, les transports, mon passeport\u2026 Je suis s\u00e9par\u00e9e de ma victime \u2013 et de mon crime \u2013 par une distance infranchissable. Cette distance s\u2019\u00e9tire. Les checks points de l\u2019Europe se sont d\u00e9plac\u00e9s vers le sud. Cinquante ans apr\u00e8s les ind\u00e9pendances, c\u2019est le Maghreb qui mate ses propres ressortissants et les Noirs d\u2019Afrique. J\u2019allais dire \u00ab\u2009mes fr\u00e8res africains\u2009\u00bb. Je n\u2019ose plus maintenant que j\u2019ai avou\u00e9 mon crime. Adieu Bandung. Il arrive parfois que la distance entre mon crime et moi se r\u00e9tr\u00e9cisse. Des bombes explosent dans le m\u00e9tro. Des tours sont percut\u00e9es par des avions et s\u2019effondrent comme des ch\u00e2teaux de cartes. Les journalistes d\u2019une c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9daction sont d\u00e9cim\u00e9s. Mais imm\u00e9diatement, la bonne conscience fait son \u0153uvre. \u00ab\u2009Nous sommes tous Am\u00e9ricains\u2009!\u2009\u00bb, \u00ab Nous sommes tous Charlie\u2009\u00bb. C\u2019est le cri du c\u0153ur des d\u00e9mocrates. L\u2019union sacr\u00e9e. Ils sont tous Am\u00e9ricains. Ils sont tous Charlie. Ils sont tous Blancs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si j\u2019\u00e9tais jug\u00e9e pour mon crime, je ne jouerais pas la vertu offens\u00e9e. Mais je plaiderais les circonstances att\u00e9nuantes. Je ne suis pas tout \u00e0 fait blanche. Je suis blanchie. Je suis l\u00e0 parce que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 vomie par l\u2019Histoire. Je suis l\u00e0 parce que les Blancs \u00e9taient chez moi, et qu\u2019ils y sont toujours. Ce que je suis\u2009?<em> Une indig\u00e8ne de la r\u00e9publique. <\/em>Avant tout, je suis une victime. Mon humanit\u00e9, je l\u2019ai perdue. En 1492 puis de nouveau en 1830<strong><sup>*<\/sup><\/strong>. Et toute ma vie, je la passe \u00e0 la reconqu\u00e9rir. Toutes les p\u00e9riodes ne sont pas d\u2019\u00e9gale cruaut\u00e9 \u00e0 mon \u00e9gard, mais ma souffrance est infinie. Depuis que j\u2019ai vu sur moi s\u2019abattre la f\u00e9rocit\u00e9 blanche, je sais que plus jamais je ne me retrouverai. Mon int\u00e9grit\u00e9 est perdue pour moi-m\u00eame et pour l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 jamais. Je suis une b\u00e2tarde. Je n\u2019ai plus qu\u2019une conscience qui r\u00e9veille mes souvenirs de 1492. Une m\u00e9moire transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration qui r\u00e9siste \u00e0 l\u2019industrie du mensonge. Gr\u00e2ce \u00e0 elle, je sais avec l\u2019assurance de la foi et une joie intense que les \u00ab\u2009Indiens\u2009\u00bb \u00e9taient \u00ab\u2009les gentils\u2009\u00bb. C\u2019est vrai, ma bombe prot\u00e8ge mes int\u00e9r\u00eats d\u2019indig\u00e8ne aristocrate mais en fait, je n\u2019en suis qu\u2019une b\u00e9n\u00e9ficiaire accidentelle. Je n\u2019en suis pas la principale destinataire, loin s\u2019en faut, et mes immigr\u00e9s de parents encore moins. Je suis dans la strate la plus basse des profiteurs. Au-dessus de moi, il y a les profiteurs blancs. Le peuple blanc, propri\u00e9taire de la France\u2009: prol\u00e9taires, fonctionnaires, classes moyennes. Mes oppresseurs. Ils sont les petits actionnaires de la vaste entreprise de spoliation du monde. Au-dessus, il y a la classe des grands poss\u00e9dants, des capitalistes, des grands financiers qui ont su n\u00e9gocier avec les classes subalternes blanches, en \u00e9change de leur complicit\u00e9, une meilleure r\u00e9partition des richesses du gigantesque hold-up et la participation \u2013 tr\u00e8s encadr\u00e9e \u2013 au processus de d\u00e9cision politique qu\u2019on appelle fi\u00e8rement \u00ab\u2009d\u00e9mocratie\u2009\u00bb. Mes concitoyens blancs croient \u00e0 la d\u00e9mocratie. Ils ont<em> int\u00e9r\u00eat<\/em> \u00e0 y croire. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019elle est une divinit\u00e9 chez eux. Mais leur conscience est chiffonn\u00e9e. Elle cherche plus de confort. Dormir en paix c\u2019est essentiel. Et se r\u00e9veiller fier de son g\u00e9nie propre, c\u2019est encore mieux. L\u2019enfer, c\u2019est les autres. Il fallait inventer l\u2019humanisme et il fut invent\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Et puis, le Sud, je le connais, j\u2019en suis. Mes parents l\u2019ont transport\u00e9 avec eux en s\u2019installant en France. Eux y sont rest\u00e9s et moi, il m\u2019a agripp\u00e9e et ne m\u2019a jamais quitt\u00e9e. Il s\u2019est install\u00e9 dans ma t\u00eate et a jur\u00e9 de ne jamais en sortir. Et m\u00eame de me torturer. Tant mieux. Sans lui, je ne serais qu\u2019une parvenue. Mais il est l\u00e0 et il m\u2019observe avec ses grands yeux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pourquoi j\u2019\u00e9cris ce livre\u2009?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Parce que je partage l\u2019angoisse de Gramsci\u2009: \u00ab\u2009Le vieux monde se meurt. Le nouveau est long \u00e0 appara\u00eetre et c\u2019est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres.\u2009\u00bb Le monstre fasciste, n\u00e9 des entrailles de la modernit\u00e9 occidentale. Certes, l\u2019Occident n\u2019est plus ce qu\u2019il \u00e9tait. La Chine s\u2019est \u00e9veill\u00e9e. Je ne trouve aucune raison de m\u2019en r\u00e9jouir mais je suis s\u00fbre en revanche que le d\u00e9clin du squatteur de l\u2019Olympe est une bonne nouvelle pour l\u2019humanit\u00e9. Pourtant, je le crains terriblement. Lui et sa manie de tendre son bras droit en temps de crise aigu\u00eb. Comment va-t-il nous broyer dans ses convulsions\u2009? Pour conjurer ce funeste sort, certains diront que \u00ab\u2009l\u2019homme africain n\u2019est pas suffisamment rentr\u00e9 dans l\u2019histoire\u2009\u00bb, d\u2019autres que \u00ab\u2009toutes les civilisations ne se valent pas\u2009\u00bb ou encore c\u00e9l\u00e9breront \u00ab\u2009l\u2019\u0153uvre positive de la France dans ses colonies\u2009\u00bb. C\u2019est le chant du cygne. Les mots de C\u00e9saire r\u00e9sonnent\u2009: \u00ab\u2009Une civilisation qui justifie la colonisation [\u2026] appelle son Hitler, [\u2026] son ch\u00e2timent.\u2009\u00bb D\u2019o\u00f9 ma question\u2009: qu\u2019offrir aux Blancs en \u00e9change de leur d\u00e9clin et des guerres que celui-ci annonce\u2009? Une seule r\u00e9ponse\u2009: la paix. Un seul moyen\u2009: l\u2019amour r\u00e9volutionnaire. Les lignes qui vont suivre ne sont qu\u2019une \u00e9ni\u00e8me tentative \u2013 s\u00fbrement d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e \u2013 de susciter cet espoir. En v\u00e9rit\u00e9, seule mon effrayante vanit\u00e9 me permet d\u2019y croire. Une vanit\u00e9 que je partage avec Sadri Khiari, un autre doux r\u00eaveur, qui a fait cet \u00e9nonc\u00e9\u2009: \u00ab\u2009Parce qu\u2019elle est le partenaire indispensable des indig\u00e8nes, la gauche est leur adversaire premier<strong><sup>14<\/sup><\/strong>.<em>\u2009<\/em>\u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Il faut en finir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Fusillez Sartre\u2009!\u2009\u00bb Ce ne sont plus les nostalgiques de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise qui le proclament. C\u2019est moi, l\u2019indig\u00e8ne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><strong>Houria Bouteldja, membre du PIR<\/strong><\/em><\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li>Simone de Beauvoir, <em>La C\u00e9r\u00e9monie des adieux,<\/em> suivi d\u2019<em>Entretien avec Jean-Paul Sartre<\/em>, Paris, Gallimard, 1981.<\/li>\n<li>Jean-Paul Sartre, \u00ab\u2009Pr\u00e9face\u2009\u00bb \u00e0 Frantz Fanon, <em>Les<\/em> <em>Damn\u00e9s de la terre<\/em>, Paris, Maspero, 1961 (r\u00e9\u00e9d. La D\u00e9couverte, 2001).<\/li>\n<li>Jean-Paul Sartre, \u00ab\u2009\u00c0 propos de Munich\u2009\u00bb, <em>La Cause du peuple<\/em>\/<em>J\u2019accuse<\/em>, n<sup>o<\/sup> 29, 15 octobre 1972.<\/li>\n<li>Simone de Beauvoir, <em>La Force des choses<\/em>, Paris, Gallimard, 1972.<\/li>\n<li>Message adress\u00e9 \u00e0 la Ligue fran\u00e7aise pour la Palestine le 25 f\u00e9vrier 1948.<\/li>\n<li>\u00ab\u2009Au proc\u00e8s des amis du Stern\u2009: Le probl\u00e8me juif\u2009? Un probl\u00e8me international, d\u00e9clare Jean-Paul Sartre\u2009\u00bb, <em>Franc-Tireur,<\/em> 14 f\u00e9vrier 1948, <em>in<\/em> Noureddine Lamouchi, <em>Jean-Paul Sartre et le tiers-monde<\/em>, L\u2019Harmattan, Paris, 1996.<\/li>\n<li>\u00ab\u2009\u00c9tat palestinien\u2009\u00bb pour dire \u00ab\u2009Isra\u00ebl\u2009\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/li>\n<li>Hillel, 2<sup>e<\/sup> s\u00e9rie, n<sup>o\u00a0<\/sup>7, juin 1949, reproduit dans <em>Les \u00c9crits de Sartre,<\/em> Gallimard, p.\u00a0212.<\/li>\n<li>\u00e9ditorial \u00ab\u2009Pour la v\u00e9rit\u00e9\u2009\u00bb, <em>Les Temps modernes,<\/em> n<sup>o<\/sup>253 bis, juin 67.<\/li>\n<li>Josie Fanon, \u00ab\u2009\u00c0 propos de Fanon, Sartre, le racisme et les Arabes\u2009\u00bb, <em>El Moujahid<\/em>, 10 juin 1967.<\/li>\n<li><em>Le Nouvel Observateur<\/em>, n<sup>o<\/sup>17, 22 novembre 1975.<\/li>\n<li>Entretien avec Jean Genet et Bertrand Poirot-Delpech, r\u00e9alis\u00e9 en 1982.<\/li>\n<li>Comme le surnomme Bertrand Poirot-Delpech.<\/li>\n<li>Sadri Khiari, <em>Pour une politique de la racaille. Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes, jeunes de banlieue<\/em>, Paris, Editions Textuel, 2006.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>* Militants blancs qui aid\u00e8rent mat\u00e9riellement le FLN alg\u00e9rien, notamment en portant des valises de billets ou d\u2019armes.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/test1\/\">Source<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vers une politique de l\u2019amour r\u00e9volutionnaire Houria Bouteldja Ce livre est un cri \u2013 pas un cri de guerre, plut\u00f4t un cri de paix. Plus exactement, c\u2019est une s\u00e9rie de claques alternant avec des caresses. Appliqu\u00e9es \u00e0 qui ? Aux Blancs \u00ab de gauche \u00bb munis d\u2019une bonne conscience anticolonialiste mais qui restent dans le &#8230; <a title=\"Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l\u2019amour r\u00e9volutionnaire\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=2793\" aria-label=\"En savoir plus sur Les Blancs, les Juifs et nous. Vers une politique de l\u2019amour r\u00e9volutionnaire\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2794,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,35,21,36,4,7,18,28,37,39],"tags":[147],"class_list":["post-2793","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-amerique-du-sud","category-anti-imperialisme","category-europe","category-islamophobie","category-negrophobie","category-resistance-bruxelles","category-racismes","category-romophobie","category-sans-papier","tag-houria-bouteldja"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2793","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2793"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2793\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2795,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2793\/revisions\/2795"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2794"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2793"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2793"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2793"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}