{"id":3027,"date":"2016-11-28T18:17:55","date_gmt":"2016-11-28T17:17:55","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3027"},"modified":"2016-11-28T18:17:55","modified_gmt":"2016-11-28T17:17:55","slug":"fidel-la-transmission-essentielle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3027","title":{"rendered":"Fidel, la transmission essentielle"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/15134709_10154750388469907_6444764178770225954_n.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3028\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/15134709_10154750388469907_6444764178770225954_n.jpg\" alt=\"15134709_10154750388469907_6444764178770225954_n\" width=\"400\" height=\"234\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/15134709_10154750388469907_6444764178770225954_n.jpg 400w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/15134709_10154750388469907_6444764178770225954_n-300x176.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/a><br \/>\n<strong>Fidel Castro et Malcolm X \u00e0 Harlem en 1960. Leur seule et unique rencontre&#8230;<\/strong><\/p>\n<h5>Fidel, la transmission essentielle<\/h5>\n<h5>Olivier Mukuna<\/h5>\n<p>Lundi 28 novembre 2016<\/p>\n<ol start=\"1990\">\n<li>J\u2019avais 20 ans. Je vivais \u00e0 Cuba depuis trois semaines. Parti en brigade europ\u00e9enne, avec mon ami, <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/alessandro.brigandi.9\"> Alessandro<\/a>, et son p\u00e8re, Giovanni. 3 semaines de b\u00e9n\u00e9volat et 2 semaines de tourisme \u00e0 travers l\u2019\u00eele. C\u2019\u00e9tait le deal propos\u00e9 par l\u2019association belge \u201cLes amis de Cuba\u201d. Joyeusement marxiste, l\u2019asbl nous avait vendu un billet all inclusives en francs belges. C\u2019\u00e9tait le bon temps. Entre Grecs, Anglais, Allemands, Espagnols ou Italiens, on bossait, on cueillait, on creusait, on se salissait toute la journ\u00e9e. Et chaque nuit, sous les palmiers au clair de lune, on refaisait le monde, fra\u00eechement sorti de la guerre froide, entre bouteilles de rhum et cigares, au son de la musique afro-cubaine. A la fin d\u2019une journ\u00e9e harassante de cueillettes d\u2019oranges, de citrons et de goyaves, notre cheffe, Marie-Jos\u00e9e, nous a r\u00e9unis. Les 11 \u201ccamarades\u201d de la brigade belge. Au son de sa voix f\u00e9brile, on avait tous compris qu\u2019elle allait annoncer un truc important. Elle mit rapidement fin au suspens : \u201cLa direction cubaine nous a confirm\u00e9 que, dans trois jours, Fidel Castro donnera une allocution au th\u00e9\u00e2tre Karl Marx de La Havane. Nous ne pourrons pas tous y assister. Selon l\u2019effectif de chaque brigade, les places sont compt\u00e9es. Les Espagnols qui sont 60 pourront envoyer 6 personnes ; la quarantaine d\u2019Allemands : 4 ; la trentaine de Fran\u00e7ais : 3 et nous, les Belges : 1 \u201d. Il y eut un long silence. A part Giovanni, tout le monde voulait y aller ! Assister \u00e0 un discours de Fidel \u00e0 La Havane, \u00e7a ne se pr\u00e9sente qu\u2019une fois dans une vie&#8230;<\/li>\n<\/ol>\n<p>Marie-Jos\u00e9e se racla la gorge : \u201cJe sais que c\u2019est dur et qu\u2019on a tous tr\u00e8s envie d\u2019y aller, mais il faut choisir l\u2019un d\u2019entre-nous. Je propose de donner priorit\u00e9 \u00e0 l\u2019avenir, que ce soit l\u2019un des deux jeunes qui nous repr\u00e9sente l\u00e0-bas\u201d. Le groupe se retourna vers nous : Alessandro et moi. On avait 20 ans ; l\u2019\u00e2ge du reste de la brigade oscillait entre 40 et 65 ans. Plusieurs camarades semblaient m\u00e9contents. Leur communication non-verbale se dirigeait ostensiblement vers la contestation. Soudain, Andr\u00e9 se leva. Du haut de ses 62 ans, la Belga sans-filtre \u00e9ternellement coll\u00e9e au bec, il nous fixait de son regard d\u00e9lav\u00e9. D\u00e9ployant son magnifique sourire d\u2019ouvrier, il articula avec assurance : \u201dL\u2019id\u00e9e de Marie-Jos\u00e9e est excellente ! Nous, les vieux croutons de communistes, on n\u2019en a plus pour longtemps, mais ces gamins-l\u00e0, ces futurs hommes-l\u00e0, ils pourront dire qu\u2019ils ont vu et entendu Fidel. En tout cas, l\u2019un d\u2019eux pourra le dire. C\u2019est la meilleure proposition !\u201d Andr\u00e9 se rass\u00eet en rallumant sa clope \u00e9teinte. C\u2019\u00e9tait le plus vieux de la brigade, le plus dr\u00f4le aussi, celui qui parlait de Fidel au moins 3 fois par jour. Il venait de flinguer en douce les r\u00e2leurs qui supportaient mal l\u2019envoi d\u2019un \u201cp\u2019tit jeune\u201d pour \u00e9couter El Commandante. Encore impressionn\u00e9 par l\u2019humilit\u00e9 d\u2019Andr\u00e9, je me tournais vers Alessandro : \u201cTu m\u2019as fait d\u00e9couvrir Castro, tu m\u2019as fil\u00e9 des bouquins sur la r\u00e9volution cubaine, t\u2019as une affiche de lui dans ta chambre \u00e0 Bruxelles : c\u2019est toi qui dois y aller !\u201d Alessandro me d\u00e9visagea en souriant et s\u2019allongea sur sa chaise. \u201dDe nous deux, c\u2019est toi qui a le plus besoin d\u2019y aller\u201d, me r\u00e9pondit-il \u00e0 haute voix. \u201cTu nous raconteras, sans omettre le moindre d\u00e9tail : t\u2019es dou\u00e9 pour \u00e7a !\u201d Je connaissais le sens du sacrifice de mon ami mais j\u2019ignorais qu\u2019il pouvait aller jusque \u201cl\u00e0\u201d. Inutile d\u2019insister. La r\u00e9union \u00e9tait termin\u00e9e. Sans vraiment r\u00e9aliser, j\u2019allais repr\u00e9senter notre brigade lors du prochain discours de Fidel Castro&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/15181703_10154750449229907_982715753293942703_n.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3029\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/15181703_10154750449229907_982715753293942703_n.jpg\" alt=\"15181703_10154750449229907_982715753293942703_n\" width=\"400\" height=\"267\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/15181703_10154750449229907_982715753293942703_n.jpg 400w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/15181703_10154750449229907_982715753293942703_n-300x200.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/a><br \/>\n<strong>Th\u00e9\u00e2tre Karl Marx, La Havane, Cuba.<\/strong><\/p>\n<p>Th\u00e9\u00e2tre Karl Marx. 18h00. Accompagn\u00e9 de mon traducteur cubain, nous nous frayons un chemin \u00e0 travers la foule pour nous installer \u00e0 l\u2019\u00e9tage. Au centre, face \u00e0 la sc\u00e8ne. Une longue attente commence. \u00c9puis\u00e9 par les journ\u00e9es de travail et les courtes nuits, je m\u2019endors. Vers 21h, un bruit tonitruant me r\u00e9veille en sursaut. C\u2019est tout le public qui a bondit de son si\u00e8ge comme un seul homme ! Entour\u00e9 de deux grad\u00e9s, Fidel Castro s\u2019avance sur la sc\u00e8ne. Mon traducteur me souffle \u00e0 toute vitesse : \u201cJe ne traduirai pas l\u2019introduction et vais me r\u00e9server pour le Commandant \u201d. Je souris. En me souvenant de ce qu\u2019Andr\u00e9 m\u2019avait gliss\u00e9 avant que je ne monte dans le bus pour La Havane : \u201cOn sait quand commence un discours de Fidel, jamais quand il se termine&#8230;\u201d Au bout d\u2019une demi-heure, le premier orateur retourne s\u2019asseoir. Fidel se dirige vers le pupitre coiff\u00e9 de micros. Comme sur les images d\u2019archives, il en touche un, puis l\u2019autre, avant de s\u2019exprimer. Ce f\u00fbt d\u2019embl\u00e9e une symphonie de mots comme je n\u2019en avais jamais entendu auparavant. D\u2019une puissance et d\u2019une humanit\u00e9 exceptionnelles. Une rivi\u00e8re bouillonnante d\u2019utopies, enserr\u00e9e par des rivages de faits et menaces imp\u00e9rialistes. Une charge lib\u00e9ratrice qui renvoyait nuisibles et oppresseurs \u00e0 leur m\u00e9diocrit\u00e9 soumise. Une ouverture \u00e0 la g\u00e9opolitique, charpent\u00e9e de mots simples et justes. Un faisceau de lumi\u00e8re qui chassait le brouillard capitaliste et donnait envie de croire en la noblesse de la politique, en la n\u00e9cessit\u00e9 de la r\u00e9volution.<\/p>\n<p>Le nouveau monde sans guerre froide inspirait Fidel sans l\u2019intimider. Il en avait vu d\u2019autres, le peuple cubain en avait vu d\u2019autres ; en osmose, l\u2019un et l\u2019autre \u00e9taient indestructibles. \u201cLa p\u00e9riode sp\u00e9ciale\u201d pouvait durer, elle n\u2019aurait jamais raison des id\u00e9aux qui tiennent les Cubains debout&#8230; Le feu d\u2019artifice constamment rallum\u00e9 par ce g\u00e9ant dura environ 2 h 40\u2019. Je n\u2019en avais rien vu passer. Lorsque Fidel conclu par les classiques \u201cPatria o Muerte ! Viva la Revolucion !\u201d, la salle fit trembler les murs du Karl Marx par ses applaudissements. Tandis que le th\u00e9\u00e2tre se vidait, je restais debout. Comme un boxeur sonn\u00e9. Incapable de d\u00e9tacher mes yeux de la sc\u00e8ne vide. Il s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 quelque chose d\u2019essentiel ; il m\u2019avait transmis quelque chose d\u2019\u00e9ternel&#8230; 26 ans plus tard, le matin du 26 novembre, la femme qui partage ma vie m\u2019a r\u00e9veill\u00e9 en annon\u00e7ant sa disparition. \u201cUn ami est mort \u00e0 Cuba\u201d, titrera plus tard Viktor Dedaj (1). Fidel Castro a d\u00e9di\u00e9 sa vie \u00e0 son \u00eele, \u00e0 sa r\u00e9sistance, \u00e0 sa dignit\u00e9, \u00e0 sa solidarit\u00e9 et son sens du sacrifice (2). Et c\u2019est en couchant ces lignes que je mesure enfin combien cet \u00e9pisode de jeunesse a contribu\u00e9 \u00e0 construire l\u2019homme que je suis.<\/p>\n<p><strong>Olivier Mukuna<\/strong><\/p>\n<p>(1) <a href=\"https:\/\/legrandsoir.info\/un-ami-est-mort-a-cuba.html\"> https:\/\/legrandsoir.info\/un-ami-est&#8230;<\/a><\/p>\n<p>(2) <a href=\"http:\/\/arretsurinfo.ch\/fidel-le-bien-nomme-par-bruno-guigue\/\"> hhttp:\/\/arretsurinfo.ch\/fidel-le-bie&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Fidel Castro et Malcolm X \u00e0 Harlem en 1960. Leur seule et unique rencontre&#8230; Fidel, la transmission essentielle Olivier Mukuna Lundi 28 novembre 2016 J\u2019avais 20 ans. Je vivais \u00e0 Cuba depuis trois semaines. 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