{"id":3780,"date":"2018-09-01T13:29:42","date_gmt":"2018-09-01T12:29:42","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3780"},"modified":"2018-06-05T13:40:56","modified_gmt":"2018-06-05T12:40:56","slug":"la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3780","title":{"rendered":"La radicalit\u00e9 politique du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9"},"content":{"rendered":"<h5 class=\"entry-author\"><span class=\"vcard\"> Par Sophie Coudray <\/span><\/h5>\n<div class=\"entry-summary\">\n<div class=\"featured-image\"><a title=\"La radicalit\u00e9 politique du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/\"> <img decoding=\"async\" class=\"attachment-half-width size-half-width wp-post-image alignleft\" src=\"http:\/\/revueperiode.net\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/AB.ATJc_.001-300x382.jpg\" alt=\"\" width=\"280\" height=\"357\" \/> <\/a><\/div>\n<div class=\"excerpt\">\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, plus souvent pens\u00e9 sous la forme du th\u00e9\u00e2tre-forum, est devenu l\u2019un des passages oblig\u00e9s des mouvements sociaux, et m\u00eame, au-del\u00e0, des <i>happening<\/i> soi-disant participatifs sous l\u2019\u00e9gide des entreprises ou des subventions publiques. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 de ses objectifs initiaux, n\u00e9s du th\u00e9\u00e2tre populaire br\u00e9silien et de ses apories, le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 a \u00e9t\u00e9 \u00e9reint\u00e9 par des formes qui tiennent davantage de la communion (militante) ou du travail social. Dans cet article pol\u00e9mique, Sophie Coudray retrace la g\u00e9n\u00e9alogie du th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 et relativise la place qu\u2019a fini par y prendre le \u00ab\u00a0forum\u00a0\u00bb, ces repr\u00e9sentations publiques o\u00f9 les spectateurs sont invit\u00e9s \u00e0 intervenir dans une sc\u00e8ne d\u2019oppression jou\u00e9e par les acteurs. La po\u00e9tique de l\u2019opprim\u00e9 est en grande partie hostile \u00e0 la forme spectaculaire ; c\u2019est une po\u00e9tique de l\u2019atelier, de l\u2019exp\u00e9rimentation, du processus plut\u00f4t que du produit achev\u00e9, exposable, commercialisable. Boal propose une m\u00e9thode g\u00e9n\u00e9rale de transmission des techniques th\u00e9\u00e2trales \u00e0 l\u2019usage des subalternes, pour se r\u00e9approprier le temps de la pens\u00e9e et l\u2019espace d\u2019expression des corps. L\u00e0 r\u00e9side toute la radicalit\u00e9 de ce th\u00e9\u00e2tre : refuser le spectacle pour s\u2019exercer \u00e0 la politique.<\/p>\n<div class=\"printfriendly\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<div class=\"entry-content\">\n<div class=\"pf-content\">\n<p>Le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, cette forme de th\u00e9\u00e2tre militant \u00e9labor\u00e9e par le metteur en sc\u00e8ne br\u00e9silien Augusto Boal dans les ann\u00e9es 1970, est souvent abord\u00e9 par le seul prisme du th\u00e9\u00e2tre-forum. Cette technique, qui appartient \u00e0 ce que Boal appelle l\u2019\u00ab\u00a0arsenal\u00a0\u00bb du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, est de loin la plus populaire, la plus r\u00e9pandue, mais \u00e9galement la plus \u00e9tudi\u00e9e et, par cons\u00e9quent, elle a \u00e9t\u00e9 mise en exergue au point que sont apparues deux tendances, souvent corr\u00e9l\u00e9es. D\u2019une part la tendance \u00e0 r\u00e9duire le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 \u00e0 la seule technique du th\u00e9\u00e2tre-forum ou bien \u00e0 faire de celle-ci un mod\u00e8le venant en synth\u00e9tiser les principes et les enjeux. D\u2019autre part, le th\u00e9\u00e2tre-forum a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme une pratique militante, \u00e9mancipatrice, sans que ne soit n\u00e9cessairement prise en compte la po\u00e9tique dans laquelle elle s\u2019inscrit, c\u2019est-\u00e0-dire le syst\u00e8me th\u00e9orique et artistique plus global qui en sous-tend l\u2019ensemble. En abordant le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 par le prisme du th\u00e9\u00e2tre-forum, comme c\u2019est si souvent le cas, il en r\u00e9sulte une approche souvent tronqu\u00e9e et qui ne permet pas toujours de saisir toutes les potentialit\u00e9s de cette forme de th\u00e9\u00e2tre militant. Bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une technique passionnante pour les probl\u00e9matiques th\u00e9\u00e2trales comme politiques qu\u2019elle pose, le th\u00e9\u00e2tre-forum ne permet pas, \u00e0 lui seul, de saisir enti\u00e8rement le fonctionnement autant que les principes fondateurs r\u00e9gissant le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9. Il ne saurait donc en \u00eatre tout \u00e0 fait repr\u00e9sentatif et ce, pour plusieurs raisons.<\/p>\n<p>1) Il est la seule technique spectaculaire du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, dont l\u2019objectif n\u2019est pas, prioritairement, de cr\u00e9er du spectacle, de laisser des \u0153uvres, mais d\u2019\u00eatre utile \u00e0 des mobilisations, \u00e0 des luttes. 2) Comme forme spectaculaire, il concentre souvent l\u2019attention des commentateurs sur la repr\u00e9sentation comme aboutissement, lorsque la po\u00e9tique de l\u2019opprim\u00e9 s\u2019int\u00e9resse surtout au processus \u2013 un processus dont la finalit\u00e9 se pense en termes d\u2019objectifs politiques. 3) Il s\u2019agit de la technique la plus \u00ab\u00a0commercialis\u00e9e\u00a0\u00bb mais aussi professionnalis\u00e9e du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, alors m\u00eame que la po\u00e9tique de l\u2019opprim\u00e9 se fonde sur une remise en cause de la professionnalisation du th\u00e9\u00e2tre militant. 4) Enfin, la technique, seule, d\u00e9tach\u00e9e de l\u2019ensemble th\u00e9orique et du projet politique qui l\u2019accompagnent, a pu faire l\u2019objet d\u2019une r\u00e9cup\u00e9ration par des groupes ou entreprises qui l\u2019utilisent dans un but rompant clairement avec les ambitions militantes voire r\u00e9volutionnaires qui en sont \u00e0 l\u2019origine<sup><a id=\"identifier_0_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Julian Boal, \u00ab\u00a0Origines et d\u00e9veloppement du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Opprim\u00e9 en France\u00a0\u00bb, in C. Biet et O. Neveux (dir.), Une histoire du spectacle militant (1966-1981), Vic la Gardiole, L\u2019Entretemps, 2007, p.\u00a0226.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_0_6107\">1<\/a><\/sup>, preuve s\u2019il en est de la d\u00e9politisation susceptible de guetter une technique d\u00e8s lors qu\u2019on l\u2019extrait de l\u2019ensemble auquel elle appartient. Pour toutes ces raisons, on peut difficilement se contenter de ne penser le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 qu\u2019\u00e0 travers le th\u00e9\u00e2tre-forum.<\/p>\n<p>Cet article vise ainsi \u00e0 proposer une autre approche du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, \u00e0 en faire une lecture qui se focalise non pas sur l\u2019une de ses techniques, mais sur le fonctionnement global de sa po\u00e9tique. Il s\u2019agit pour cela de prendre \u00e0 la lettre le projet qu\u2019a \u00e9t\u00e9 celui de Boal en 1974 lorsqu\u2019il publie <i>Teatro del oprimido y otras po\u00e9ticas pol\u00edtica, <\/i>de faire du th\u00e9\u00e2tre un lieu de la \u00ab\u00a0r\u00e9p\u00e9tition de la r\u00e9volution<sup><a id=\"identifier_1_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Augusto Boal, Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, Paris, La D\u00e9couverte, 1996, p.\u00a015.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_1_6107\">2<\/a><\/sup> \u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire de faire du th\u00e9\u00e2tre un outil de lutte pouvant \u00eatre plac\u00e9e entre les mains de ceux qui lutte, des opprim\u00e9s. Pour ce faire, la po\u00e9tique de l\u2019opprim\u00e9 s\u2019organise autour d\u2019un principe fondateur qui est la transformation du spectateur en acteur.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de l\u00e0, l\u2019enjeu de cet article est d\u2019envisager le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 comme pratique th\u00e9\u00e2trale militante, non pas en raison des sujets qui y sont abord\u00e9s, des questions trait\u00e9es, mais en se penchant sur une caract\u00e9ristique fondamentale de sa po\u00e9tique, qui lui conf\u00e8re \u00e0 la fois sa singularit\u00e9 et sa radicalit\u00e9, \u00e0 savoir que celle-ci est con\u00e7ue comme une <i>m\u00e9thode<\/i>. Une m\u00e9thode permettant \u00e0 des opprim\u00e9s, non-acteurs, non-professionnels du th\u00e9\u00e2tre, d\u2019utiliser collectivement un \u00ab\u00a0arsenal\u00a0\u00bb de techniques th\u00e9\u00e2trales \u00a0\u2014 le terme d\u2019arsenal montre d\u2019ailleurs bien la dimension offensive de ce th\u00e9\u00e2tre \u2014 afin de mettre au jour les ressorts de l\u2019exploitation et de l\u2019oppression qu\u2019ils subissent, de s\u2019entra\u00eener \u00e0 y faire face, d\u2019\u00e9laborer des strat\u00e9gies permettant d\u2019engager un rapport de force, dans une perspective qui, au d\u00e9part du moins c\u2019est-\u00e0-dire dans le contexte des ann\u00e9es\u00a01970, se voulait clairement r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Il appara\u00eet que le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 a, en tant que m\u00e9thode th\u00e9\u00e2trale, une singularit\u00e9, car celle-ci ne se pr\u00e9occupe pas prioritairement de permettre \u00e0 des non-professionnels de devenir de bons acteurs \u2014 ce qui ne signifie pas pour autant que toute dimension esth\u00e9tique est exclue \u2014, mais il s\u2019agit de permettre \u00e0 chacun de s\u2019affirmer comme acteur, sur la sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre certes, mais surtout sur la sc\u00e8ne politique (la premi\u00e8re pr\u00e9parant \u00e0 la seconde). Ainsi, l\u2019enjeu de cet article n\u2019est pas de penser ce th\u00e9\u00e2tre par le prisme de ses usages, ni de confronter ses principes fondateurs aux approches th\u00e9oriques actuelles du th\u00e9\u00e2tre politique ou du spectateur mais, loin du prisme r\u00e9ducteur du th\u00e9\u00e2tre-forum, d\u2019effectuer une relecture de sa po\u00e9tique comme <i>m\u00e9thode<\/i> dont le principe fondateur est \u00ab\u00a0la conqu\u00eate des moyens de production du th\u00e9\u00e2tre<sup><a id=\"identifier_2_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ibid., p.\u00a08.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_2_6107\">3<\/a><\/sup> \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Portrait d\u2019un th\u00e9oricien de sa propre pratique<\/b><\/p>\n<p>Augusto Boal est avant toute chose un dramaturge et un metteur en sc\u00e8ne, form\u00e9 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Columbia de New York au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01950, avant de rentrer comme dramaturge et metteur en sc\u00e8ne au <i>Teatro Arena <\/i>en 1956. Ainsi, bien avant d\u2019appara\u00eetre comme le fondateur du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, comme le th\u00e9oricien et le \u00ab\u00a0leader charismatique\u00a0\u00bb d\u2019un mouvement th\u00e9\u00e2tral (informel) mondial, Boal est un homme de th\u00e9\u00e2tre, un praticien. En tant que tel, il a d\u00e9j\u00e0 une longue carri\u00e8re artistique et b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une reconnaissance internationale au moment o\u00f9 il publie l\u2019ouvrage qui donne naissance au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9. Bien qu\u2019\u00e0 partir de ce moment, il ait consacr\u00e9 la majeure partie de sa vie au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, il n\u2019a cependant jamais abandonn\u00e9 sa carri\u00e8re de metteur en sc\u00e8ne \u2013 quand bien m\u00eame il n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019imposer sur les sc\u00e8nes europ\u00e9ennes. On aurait tort de vouloir commencer \u00e0 prendre en consid\u00e9ration le parcours de Boal uniquement \u00e0 partir de la naissance du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, sans tenir compte de ce qu\u2019il a accompli auparavant, d\u2019autant que les ann\u00e9es pass\u00e9es au sein du <i>Teatro Arena<\/i> se sont av\u00e9r\u00e9es d\u00e9cisives dans la maturation des principes qui r\u00e9gissent le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 \u2014 qui constitue \u00e0 ce titre bien plus une \u00e9volution de sa pratique s\u2019inscrivant dans une certaine continuit\u00e9 avec ce qu\u2019il faisait jusque l\u00e0 qu\u2019une v\u00e9ritable rupture. Tout comme le contexte historique est n\u00e9cessaire pour saisir l\u2019apparition successive des diff\u00e9rentes techniques qui en constituent l\u2019arsenal, tenir compte de son parcours artistique professionnel est crucial pour comprendre les pr\u00e9suppos\u00e9s artistiques et politiques du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9. C\u2019est \u00e9galement n\u00e9cessaire pour saisir la dialectique entre th\u00e9orie et pratique. Car si Boal s\u2019est d\u00e9marqu\u00e9 comme th\u00e9oricien de son propre th\u00e9\u00e2tre, une \u00e9tude attentive de sa biographie et de ses diff\u00e9rents \u00e9crits laisse appara\u00eetre que ce dernier a toujours cherch\u00e9 \u00e0 th\u00e9oriser \u00e0 partir de ce qu\u2019il avait, au pr\u00e9alable, exp\u00e9riment\u00e9. Autrement dit, la pratique a syst\u00e9matiquement pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la th\u00e9orie qui, en retour, est venue l\u2019infl\u00e9chir. C\u2019est toujours de la pratique, des ateliers, stages et exp\u00e9riences diverses qu\u2019ont \u00e9merg\u00e9 les principes du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, qu\u2019est apparue \u00e0 Boal la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9velopper certains aspects de sa po\u00e9tique, de s\u2019engager dans de nouveaux chemins th\u00e9oriques ou de mettre au point des exercices sp\u00e9cifiques pour r\u00e9pondre \u00e0 un besoin r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par le plateau. Cela permet d\u2019ailleurs d\u2019expliquer certaines ambigu\u00eft\u00e9s, contradictions ou retournements qui peuvent appara\u00eetre \u00e0 la lecture de ses \u00e9crits successifs. Aussi la th\u00e9orie du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 n\u2019a-telle jamais cess\u00e9 d\u2019\u00e9voluer, du fait qu\u2019elle est toujours rest\u00e9e sous condition de la pratique.<\/p>\n<p><b>G\u00e9n\u00e9alogie d\u2019un th\u00e9\u00e2tre populaire<\/b><sup><a id=\"identifier_3_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Sur ce sujet pr\u00e9cis\u00e9ment, voir mon article \u00ab\u00a0R\u00e9alit\u00e9(s) et fantasme(s) d\u2019un th\u00e9\u00e2tre du peuple br\u00e9silien\u00a0: Du Teatro Arena au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, Augusto Boal et l\u2019id\u00e9e de th\u00e9\u00e2tre populaire\u00a0\u00bb, Cahier d\u2019\u00e9tudes romanes, n\u00b0\u00a035, \u00ab\u00a0Le peuple\u00a0: th\u00e9ories, discours et repr\u00e9sentations\u00a0\u00bb, PUP, 2017, p.\u00a0449-460.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_3_6107\">4<\/a><\/sup><\/p>\n<p>Expliquer le fonctionnement de la po\u00e9tique de l\u2019opprim\u00e9 en tant que m\u00e9thode dont l\u2019objectif est de permettre au peuple de s\u2019approprier les moyens de production du th\u00e9\u00e2tre, n\u00e9cessite d\u2019apporter quelques pr\u00e9cisions concernant le terme de \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb et l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre populaire\u00a0\u00bb tels qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s par Boal et ont amplement contribu\u00e9 \u00e0 fa\u00e7onner son approche de la pratique th\u00e9\u00e2trale et ce, d\u00e8s le d\u00e9but de son parcours artistique. D\u00e8s l\u2019\u00e9criture de ses premiers textes c\u2019est-\u00e0-dire relativement t\u00f4t dans sa carri\u00e8re, Boal invoque l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre populaire\u00a0\u00bb, une notion qui d\u00e9termine l\u2019orientation artistique adopt\u00e9e par le <i>Teatro Arena<\/i>. Encore faut-il pr\u00e9ciser \u00e0 qui Boal fait r\u00e9f\u00e9rence lorsqu\u2019il parle du peuple. C\u2019est sous une double acception \u00e0 la fois nationale et politique que le peuple est convoqu\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire en tant que classe sociale, mais aussi en tant que peuple br\u00e9silien \u2014 principalement contre les formes d\u2019imp\u00e9rialisme culturel nord-am\u00e9ricain et europ\u00e9en qui impr\u00e9gnaient alors fortement le th\u00e9\u00e2tre br\u00e9silien. C\u2019est selon cette double configuration que le <i>Teatro Arena<\/i> cherche \u00e0 renouveler la pratique th\u00e9\u00e2trale. Revenons sur chacun de ces aspects.<\/p>\n<ol>\n<li>Un th\u00e9\u00e2tre du peuple br\u00e9silien<\/li>\n<\/ol>\n<p>La fin des ann\u00e9es\u00a01950 et le d\u00e9but de la d\u00e9cennie suivante sont marqu\u00e9s par un d\u00e9veloppement important du nationalisme dans la soci\u00e9t\u00e9 br\u00e9silienne\u00a0: nationalisation de soci\u00e9t\u00e9s industrielles dont Petrobr\u00e0s (sous le slogan \u00ab\u00a0<i>O petroleo \u00b4e nosso<\/i>\u00a0\u00bb), cr\u00e9ation de l\u2019<i>Instituto Superior de Estudos Brasileiros<\/i>, un institut de recherche universitaire qui r\u00e9pond \u00e0 un projet d\u2019enseignement et de r\u00e9flexion centr\u00e9 sur le Br\u00e9sil en cessant d\u2019analyser la r\u00e9alit\u00e9 br\u00e9silienne \u00e0 travers un regard europ\u00e9en, etc. Il existe \u00e9galement une forme de nationalisme culturel et le milieu artistique n\u2019est pas en reste de cet esprit nationaliste qui vise surtout \u00e0 s\u2019opposer \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des mod\u00e8les am\u00e9ricain et europ\u00e9en. Comme l\u2019\u00e9crit en effet Fernando Peixoto\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Le th\u00e9\u00e2tre br\u00e9silien ne poss\u00e8de pas de tradition du spectacle historique. Du reste, la dramaturgie br\u00e9silienne ne poss\u00e8de pas, sauf quelques tr\u00e8s rares exceptions, de textes \u00ab\u2009classiques\u2009\u00bb. Autrement dit, l\u2019habitude de penser le pass\u00e9 n\u2019existe pas, ni au niveau de l\u2019\u00e9laboration th\u00e9\u00e2trale ni dans la mise en sc\u00e8ne. C\u2019est ainsi que, jusqu\u2019en 1958, le th\u00e9\u00e2tre moderne br\u00e9silien, en tant que spectacle, se construisit essentiellement en prenant comme base et stimulant le texte \u00e9tranger<sup><a id=\"identifier_4_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Fernando Peixoto, \u00ab\u2009L\u2019histoire au secours du th\u00e9\u00e2tre br\u00e9silien\u2009\u00bb, trad. Jacques Thi\u00e9riot, in Travail th\u00e9\u00e2tral n\u00b0\u00a032-33, 1979, p.\u00a050.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_4_6107\">5<\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Au sein du <i>Teatro Arena<\/i>, cela a men\u00e9 au d\u00e9veloppement d\u2019une dramaturgie br\u00e9silienne, encourageant l\u2019\u00e9mergence de jeunes auteurs br\u00e9siliens et cherchant \u00e0 s\u2019affranchir des mod\u00e8les dramaturgiques europ\u00e9ens. La compagnie organise m\u00eame un s\u00e9minaire de dramaturgie, dirig\u00e9 par Boal, v\u00e9ritable incubateur de dramaturgies br\u00e9siliennes modernes, et qui donne naissance \u00e0 de nombreuses pi\u00e8ces renouvelant les sujets abord\u00e9s (s\u2019attachant \u00e0 parler de questions directement li\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne br\u00e9silienne, le plus souvent des classes d\u00e9favoris\u00e9es) tout en exp\u00e9rimentant de nouvelles formes esth\u00e9tiques (c\u2019est une p\u00e9riode qui voit s\u2019imposer le r\u00e9alisme). Comme l\u2019\u00e9crivent les membres du <i>Teatro de Arena<\/i>\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Nous pensions bien que le th\u00e9\u00e2tre a une fonction sociale \u00e0 remplir et qu\u2019avec toutes ses ressources il peut et doit contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9ducation et \u00e0 la culture du peuple\u2009; mais il nous apparut aussi que le th\u00e9\u00e2tre ne peut atteindre ce but et m\u00e9riter vraiment d\u2019\u00eatre qualifi\u00e9 de \u00ab\u2009populaire\u2009\u00bb qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019\u00eatre national. Un th\u00e9\u00e2tre digne de ce nom ne peut vivre et prosp\u00e9rer que greff\u00e9, en quelque sorte, sur des textes dramatiques de haute culture, mais ces textes doivent \u00e0 leur tour refl\u00e9ter les probl\u00e8mes que partage en commun le public auquel ils sont destin\u00e9s. Comment donc provoquer la naissance de cette dramaturgie nationale<sup><a id=\"identifier_5_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Teatro de Arena, \u00ab\u2009De Marcel Achard \u00e0 Oduvaldo Vianna Filho. Le Teatro de Arena de S\u00e3o Paulo\u2009\u00bb, Th\u00e9\u00e2tre Populaire n\u00b0\u00a036, 1959, p.\u00a074.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_5_6107\">6<\/a><\/sup>\u2009?<\/p><\/blockquote>\n<p>Un th\u00e9\u00e2tre populaire se doit donc d\u2019\u00eatre un th\u00e9\u00e2tre \u00e0 m\u00eame de parler au peuple br\u00e9silien, c\u2019est-\u00e0-dire de s\u2019adresser \u00e0 lui \u00e0 partir de questions qui le concernent, d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 qui est la sienne et selon des codes artistiques marquant une rupture avec le th\u00e9\u00e2tre europ\u00e9en. Cette volont\u00e9 de mettre la r\u00e9alit\u00e9 br\u00e9silienne sur sc\u00e8ne conduit \u00e9galement \u00e0 la r\u00e9vision de certaines pratiques discriminantes largement r\u00e9pandues. Le <i>Teatro Arena<\/i> recrute des com\u00e9diens repr\u00e9sentant le Br\u00e9sil \u00ab\u00a0dans sa diversit\u00e9 culturelle et ethnique<sup><a id=\"identifier_6_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Richard Roux, Le th\u00e9\u00e2tre Arena, S\u00e3o Paulo\u00a01953-1977\u00a0: du \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre en rond\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre populaire\u00a0\u00bb, Aix-en-Provence, Universit\u00e9 de Provence, 1991, p.\u00a0140.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_6_6107\">7<\/a><\/sup> \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire des com\u00e9diens noirs, mais aussi des com\u00e9diens dont l\u2019accent et la prononciation (rurale, populaire) viennent r\u00e9v\u00e9ler la pluralit\u00e9 des pratiques de la langue portugaise, loin de la diction liss\u00e9e et uniforme des sc\u00e8nes th\u00e9\u00e2trales traditionnelles qui se voulaient le plus proche possible de la pratique portugaise. La dimension nationale appara\u00eet ainsi, au cours des premi\u00e8res ann\u00e9es de Boal dans le paysage th\u00e9\u00e2tral br\u00e9silien, comme une caract\u00e9ristique fondamentale de toute pratique se revendiquant \u00ab\u00a0populaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li>Un th\u00e9\u00e2tre de classe<\/li>\n<\/ol>\n<p>Mais le terme de \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb ne renvoie pas uniquement \u00e0 la question nationale. Son emploi par Boal et ses compagnons est ancr\u00e9 dans un positionnement politique fortement influenc\u00e9 par le marxisme \u2014 certains membres du <i>Teatro Arena<\/i> sont par ailleurs encart\u00e9s au <i>Partido Comunista Brasileiro<\/i> \u2014 et est appr\u00e9hend\u00e9 comme classe sociale\u00a0: \u00ab\u00a0le peuple \u00e9tait une classe<sup><a id=\"identifier_7_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Augusto Boal, Hamlet and the Baker\u2019s Son. My Life in theater and Politics. Londres, Routledge, 2001, p.\u00a0182.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_7_6107\">8<\/a><\/sup> \u00bb \u00e9crit Boal. Pour le dire vite\u00a0: le peuple, c\u2019est le prol\u00e9tariat. Boal d\u00e9signe par ce terme tous ceux qui sont contraints de vendre leur force de travail pour vivre et l\u2019oppose ainsi \u00e0 la notion unificatrice de \u00ab\u00a0population\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>La population est la totalit\u00e9 des habitants d\u2019un pays ou d\u2019une r\u00e9gion d\u00e9termin\u00e9e\u00a0: elle comprend tout le monde. Le concept de \u00ab\u2009peuple\u2009\u00bb est d\u00e9j\u00e0 plus restreint, puisqu\u2019il ne comprend que ceux qui louent leurs forces de travail. \u00ab\u2009Peuple\u2009\u00bb est la d\u00e9signation g\u00e9n\u00e9rique pour les ouvriers, et pour tous ceux qui temporairement ou \u00e9pisodiquement, s\u2019associent \u00e0 eux \u2014 comme cela peut arriver par exemple pour les \u00e9tudiants dans certains pays. Ceux qui font partie de la population, mais sans appartenir au peuple, sont les propri\u00e9taires, la bourgeoisie, les propri\u00e9taires terriens, et tous ceux qui peuvent leur \u00eatre associ\u00e9s<sup><a id=\"identifier_8_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Augusto Boal, \u00ab\u00a0Cat\u00e9gories du th\u00e9\u00e2tre populaire\u00a0\u00bb, Travail th\u00e9\u00e2tral n\u00b0\u00a06, 1972, p.\u00a05.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_8_6107\">9<\/a><\/sup> [\u2026].<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est cette approche de la notion de \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb \u2014 associ\u00e9e au caract\u00e8re br\u00e9silien \u2014 qui guide le travail du <i>Teatro Arena<\/i> pendant plusieurs ann\u00e9es, les amenant \u00e0 \u00e9laborer une esth\u00e9tique radicalement en rupture avec le th\u00e9\u00e2tre bourgeois dominant, avec des pi\u00e8ces qui mettent en sc\u00e8ne le prol\u00e9tariat br\u00e9silien et des probl\u00e9matiques dans lesquelles ce \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb est en mesure de se reconna\u00eetre (de la gr\u00e8ve au football). C\u2019est \u00e9galement cette conception du th\u00e9\u00e2tre populaire qui conduit Boal et sa compagnie \u00e0 chercher des moyens d\u2019atteindre ce \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb \u00e0 qui ils souhaitent s\u2019adresser sans pour autant y parvenir, car ce \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb \u2014 qui est clairement id\u00e9alis\u00e9 \u2014 ne fr\u00e9quente pas sa salle de spectacle du centre ville de S\u00e3o Paulo \u2013 dont le public est principalement compos\u00e9 de personnes issues des classes moyennes, dont beaucoup d\u2019enseignants et d\u2019\u00e9tudiants. Cette r\u00e9flexion est \u00e0 la base de tout un pan militant de l\u2019activit\u00e9 du <i>Teatro Arena<\/i>, qui monte des pi\u00e8ces d\u2019agitation-propagande que la compagnie va jouer dans les campagnes du Nordeste pour les membres de la Ligue des paysans, mais aussi des pi\u00e8ces repr\u00e9sent\u00e9es dans les usines ou dans la rue. Ainsi, pour Boal, faire du th\u00e9\u00e2tre pour le peuple signifie en premier lieu de partir de la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue par le peuple, d\u2019adopter le point de vue du peuple sur le monde et d\u2019aller dans le sens de ses int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>Si cette notion de th\u00e9\u00e2tre populaire s\u2019av\u00e8re d\u00e9terminante dans les premi\u00e8res phases du parcours artistique de Boal, c\u2019est au bout de longues ann\u00e9es de pratique, de r\u00e9flexion, de nombreux succ\u00e8s, mais aussi d\u2019\u00e9checs et de remises en question que ce dernier fait finalement \u00e9voluer sa d\u00e9finition du th\u00e9\u00e2tre populaire \u2014 en la radicalisant \u2014 pour la mener vers une formule qui s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e fondamentale dans le projet du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9. Cette d\u00e9finition se r\u00e9sume par un axiome, selon lequel est v\u00e9ritablement populaire un th\u00e9\u00e2tre qui \u00ab\u00a0est fait PAR LE PEUPLE ET POUR LE PEUPLE<sup><a id=\"identifier_9_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Augusto Boal. \u00ab\u2009Cat\u00e9gories du th\u00e9\u00e2tre populaire\u2009\u00bb. Travail Th\u00e9\u00e2tral\u00a06. (1972) p.\u00a020. Accentuation de l\u2019auteur.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_9_6107\">10<\/a><\/sup> \u00bb. Cette formule marque un tournant dans la pens\u00e9e de Boal, tant artistiquement que politiquement puisqu\u2019il s\u2019agit, d\u00e8s lors, non plus de pratiquer au sein de sa troupe professionnelle un th\u00e9\u00e2tre \u00ab\u00a0populaire\u00a0\u00bb \u00e0 destination du peuple br\u00e9silien, mais de partir du principe que c\u2019est le peuple qui doit \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de ses propres repr\u00e9sentations et pour cela qui doit \u00eatre en mesure de produire lui-m\u00eame un th\u00e9\u00e2tre qui correspond \u00e0 son point de vue et \u00e0 ses aspirations et dont il peut faire usage dans ses luttes, sans avoir \u00e0 d\u00e9pendre des acteurs professionnels.<\/p>\n<p><b>Une po\u00e9tique de la m\u00e9thode<\/b><\/p>\n<p>Si l\u2019on consid\u00e8re les \u00e9crits de Boal, qu\u2019il s\u2019agisse des articles dont les traductions fran\u00e7aises sont publi\u00e9es dans la revue <i>Travail th\u00e9\u00e2tral<\/i> \u00e0 partir de 1972, jusqu\u2019aux ouvrages majeurs comme <i>Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9<\/i> ou <i>Jeux pour acteurs et non-acteurs\u00a0: pratique du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9<\/i> (tous les deux publi\u00e9s en fran\u00e7ais en 1975 aux \u00e9ditions Maspero), mais aussi ses autres livres\u00a0: <i>Stop\u00a0! C\u2019est magique\u00a0: les techniques actives d\u2019expression<\/i> (1980), <i>M\u00e9thode Boal de th\u00e9\u00e2tre et de th\u00e9rapie (l\u2019Arc-en-ciel du d\u00e9sir)<\/i> (1990) et la version plus r\u00e9cente <i>L\u2019arc-en-ciel du d\u00e9sir\u00a0: du th\u00e9\u00e2tre exp\u00e9rimental \u00e0 la th\u00e9rapie<\/i> (2002)\u00a0; il est frappant de constater que tous se pr\u00e9sentent comme des livres de m\u00e9thode, des manuels regroupant, selon une certaine progression, techniques et exercices, assortis d\u2019explications et de r\u00e9flexions th\u00e9oriques visant \u00e0 g\u00e9n\u00e9raliser les principes d\u00e9duis de l\u2019exp\u00e9rimentation. Une part non n\u00e9gligeable de ces ouvrages \u2014 de m\u00eame que de <i>Legislative theatre\u00a0: using performance to make politics <\/i>(1998) et <i>The Aesthetics of the Oppressed <\/i>(2006) \u2014 repose d\u2019ailleurs sur le r\u00e9cit qu\u2019il fait de ses exp\u00e9riences et d\u2019anecdotes, ayant valeur fondatrice tant celles-ci se r\u00e9v\u00e8lent propices \u00e0 la formulation de r\u00e9flexions plus globales sur le contexte politique, les rapports sociaux ou le comportement humain. Ces r\u00e9cits prennent d\u2019autant plus d\u2019importance dans le corpus th\u00e9orique de Boal que ce dernier a un incontestable talent de conteur, qui a amplement particip\u00e9 de la fascination qu\u2019il a longtemps suscit\u00e9e.<\/p>\n<p>Si Boal formule sa po\u00e9tique comme une m\u00e9thode, c\u2019est bien parce que le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 est con\u00e7u comme un outil destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre mis dans les mains du peuple, de non-professionnels du th\u00e9\u00e2tre, afin qu\u2019il en acqui\u00e8re certaines techniques rudimentaires, directement li\u00e9es aux objectifs politiques dont ils se dotent. Il ne s\u2019agit pas, en effet d\u2019en faire de bon acteurs pouvant rivaliser avec les professionnels, mais de leur permettre d\u2019utiliser de fa\u00e7on autonome le th\u00e9\u00e2tre comme outil politique. C\u2019est en ce sens que la d\u00e9marche que propose Boal se veut p\u00e9dagogique, progressive en se construisant \u00e9tape par \u00e9tape, chacune pr\u00e9parant \u00e0 la suivante et \u00e9tant compos\u00e9e d\u2019un panel de techniques. Comme il l\u2019expose dans <i>Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9<\/i>, il s\u2019agit avant toute chose d\u2019apprendre \u00e0 conna\u00eetre son corps, c\u2019est-\u00e0-dire de \u00ab\u00a0d\u00e9faire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u00e9monter\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0analyser\u00a0\u00bb les \u00ab\u00a0structures musculaires des participants\u00a0\u00bb pour que ces derniers \u00ab\u00a0comprenne[nt], voie[nt] et sente[nt] jusqu\u2019\u00e0 quel point [leur] corps est d\u00e9termin\u00e9 par [leur] travail<sup><a id=\"identifier_10_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Augusto Boal, Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, Paris, La D\u00e9couverte, 1996, p.\u00a021.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_10_6107\">11<\/a><\/sup> \u00bb. La deuxi\u00e8me \u00e9tape consiste \u00e0 \u00ab\u00a0rendre son corps expressif\u00a0\u00bb afin de d\u00e9velopper un potentiel trop souvent inexploit\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur une communication essentiellement verbale (telle que l\u2019appr\u00e9hende Boal au milieu des ann\u00e9es\u00a01970). La troisi\u00e8me \u00e9tape propose d\u2019utiliser \u00ab\u00a0le th\u00e9\u00e2tre comme langage\u00a0\u00bb. C\u2019est lors de cette phase que la participation directe du spectateur \u00e0 une \u00e9laboration dramatique est abord\u00e9e par \u00e9tapes successives. Il s\u2019agit de \u00ab\u00a0faire en sorte que le spectateur se pr\u00e9pare \u00e0 intervenir dans l\u2019action, sortant de sa condition d\u2019objet pour assumer pleinement son r\u00f4le de sujet<sup><a id=\"identifier_11_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ibid., p.\u00a025.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_11_6107\">12<\/a><\/sup> \u00bb. La \u00ab\u00a0dramaturgie simultan\u00e9e\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre-image\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre-forum\u00a0\u00bb s\u2019inscrivent dans cette avant-derni\u00e8re \u00e9tape. Pour finir, la quatri\u00e8me et derni\u00e8re \u00e9tape envisage \u00ab\u00a0le th\u00e9\u00e2tre comme discours\u00a0\u00bb. Le th\u00e9\u00e2tre est alors utilis\u00e9 pour formuler et propager un discours critique sur la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est un th\u00e9\u00e2tre produit dans la perspective du peuple, c\u2019est-\u00e0-dire adoptant son point de vue et servant ses int\u00e9r\u00eats. Le th\u00e9\u00e2tre devient un moyen d\u2019action. On trouve dans cette ultime \u00e9tape des techniques telles que celle du \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre invisible\u00a0\u00bb ou encore le \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre-journal\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, si Boal se r\u00e9f\u00e8re ponctuellement (dans ses premi\u00e8res publications du moins) \u00e0 une terminologie marxiste, il se limite souvent \u00e0 des formules lapidaires (qu\u2019il n\u2019explique pas toujours), ou \u00e0 quelques positions de principes et ne fournit pas toujours les clefs de compr\u00e9hension quant \u00e0 la fa\u00e7on dont chacune des techniques qu\u2019il pr\u00e9sente s\u2019inscrit dans une d\u00e9marche globale permettant toujours de montrer les m\u00e9canismes g\u00e9n\u00e9raux dans les situations particuli\u00e8res. David Davis et Carmel O\u2019Sullivan lui reprochent ainsi un \u00ab\u00a0manque de totalit\u00e9<sup><a id=\"identifier_12_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"David Davis et Carmel O\u2019Sullivan, \u201cBoal and the Shifting Sands : the Un-Political Master Swimmer\u201d, New Theatre Quarterly n\u00b063, 2000, p. 294.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_12_6107\">13<\/a><\/sup> \u00bb faisant courir le risque d\u2019une individualisation des rapports sociaux. N\u00e9anmoins, si le marxisme de Boal m\u00e9riterait une \u00e9tude \u00e0 part enti\u00e8re<sup><a id=\"identifier_13_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Sceptique \u00e0 ce propos, Carmel O\u2019Sullivan a d\u2019ailleurs \u00e9crit un article dans lequel elle chercher \u00e0 d\u00e9montrer que Boal s\u2019\u00e9loigne fortement du marxisme pour se diriger vers une approche comportementale et individuelle de l\u2019\u00e9mancipation plut\u00f4t que vers un vrai questionnement sur le pouvoir et la transformation de la soci\u00e9t\u00e9 dans sa globalit\u00e9. Voir Carmel O\u2019Sullivan, \u00ab\u00a0Seraching for the Marxist in Boal\u00a0\u00bb, Research in Drama Education\u00a0: The Journal of Applied Theatre and Performance n\u00b06, 2001, p. 85-97.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_13_6107\">14<\/a><\/sup> (d\u2019autant que ses positions politiques ont \u00e9volu\u00e9 au cours de sa vie), cela n\u2019emp\u00eache en rien d\u2019effectuer une lecture marxiste de sa po\u00e9tique. Il est par ailleurs surprenant de constater que la m\u00e9thode qu\u2019il propose est compos\u00e9e de quelques techniques phares, dont la radicalit\u00e9 et la dimension militante sont clairement affich\u00e9es et d\u2019innombrables exercices issus d\u2019une pratique th\u00e9\u00e2trale tout \u00e0 fait traditionnelle. Cela s\u2019explique notamment par le fait que la plupart des techniques qui composent l\u2019arsenal du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 ont en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9es ou pratiqu\u00e9es par Boal bien avant qu\u2019il n\u2019ait commenc\u00e9 \u00e0 formuler l\u2019id\u00e9e d\u2019une po\u00e9tique de l\u2019opprim\u00e9. Le th\u00e9\u00e2tre invisible par exemple \u2014 dont il n\u2019est aucunement l\u2019inventeur \u2014 a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 par son \u00e9quipe en Argentine au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01970, pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9. La menace que font peser l\u2019<i>Alianza Anticomunista Argentina<\/i> ou encore l\u2019Op\u00e9ration Condor sur des exil\u00e9s politiques d\u00e9j\u00e0 arr\u00eat\u00e9s pour activit\u00e9s subversives le force en effet \u00e0 la plus grande discr\u00e9tion dans ses activit\u00e9s th\u00e9\u00e2trales militantes. Quant au th\u00e9\u00e2tre-journal, c\u2019est-l\u00e0 une technique dont toute la g\u00e9n\u00e9alogie pourrait \u00eatre retrac\u00e9e depuis la Russie sovi\u00e9tique et qu\u2019il d\u00e9veloppe avec des groupes non-professionnels au Br\u00e9sil \u00e0 la fin des ann\u00e9es\u00a01960, sous la dictature, afin de d\u00e9mystifier le discours corrompu de la presse officielle. Tr\u00e8s diff\u00e9remment, un certain nombre d\u2019exercices sont quant \u00e0 eux tir\u00e9s du laboratoire de jeu qu\u2019il dirigeait au sein du <i>Teatro Arena<\/i>, amplement inspir\u00e9s de Stanislavski. Il ne s\u2019agit pas ici de faire la g\u00e9n\u00e9alogie des techniques du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, mais plut\u00f4t de pointer l\u2019une des sp\u00e9cificit\u00e9s de sa po\u00e9tique, \u00e0 savoir que celle-ci proc\u00e8de d\u2019une syst\u00e9matisation de principes et de techniques \u00e0 partir mat\u00e9riaux et de r\u00e9flexions accumul\u00e9s sur pr\u00e8s de deux d\u00e9cennies. La po\u00e9tique de l\u2019opprim\u00e9 apporte une structure th\u00e9orique, une coh\u00e9rence, des objectifs \u00e0 sa pratique, en synth\u00e9tisant et syst\u00e9matisant tout cela dans une m\u00e9thode.<\/p>\n<p>Cette m\u00e9thode th\u00e9\u00e2trale a une particularit\u00e9, li\u00e9e \u00e0 sa dimension militante, \u00e0 savoir que l\u2019objectif de cette m\u00e9thode n\u2019est pas de former des acteurs, de futurs professionnels de l\u2019art dramatique. Ce point d\u00e9coule en r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un autre aspect, plus crucial encore, qui est que le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 n\u2019a pas vocation \u00e0 \u00ab\u00a0faire \u0153uvre\u00a0\u00bb \u2014 le spectacle, on y reviendra, est secondaire lorsqu\u2019il n\u2019est pas simplement aboli \u2014 mais, plus encore, qu\u2019il n\u2019est pas \u00e0 lui-m\u00eame sa propre fin. Le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 se con\u00e7oit comme une \u00e9tape d\u2019un processus politique plus large, dont le d\u00e9but peut l\u2019avoir pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et qui, n\u00e9cessairement, se poursuit apr\u00e8s lui. Autrement dit, ce Th\u00e9\u00e2tre contient en lui-m\u00eame son propre d\u00e9passement. Son objectif, en tant que m\u00e9thode, est de permettre \u00e0 des groupes d\u2019utiliser le th\u00e9\u00e2tre comme outil de leurs luttes. Ce geste implique une certaine provocation politique de la part de Boal, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019ouvrir la pratique du th\u00e9\u00e2tre \u00e0 ceux qui lui sont \u00e9trangers ou, comme il le revendique lui-m\u00eame, de donner \u00ab\u00a0au peuple, les moyens de la production th\u00e9\u00e2trale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0Au peuple, les moyens de la production th\u00e9\u00e2trale\u00a0\u00bb<\/b><\/p>\n<p>Cette formule utilis\u00e9e par Boal dans un entretien avec \u00c9mile Copfermann, est devenu le titre sous lequel celui-ci a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans la revue <i>Travail th\u00e9\u00e2tral<\/i> en 1977<sup><a id=\"identifier_14_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Augusto Boal et \u00c9mile Copfermann, \u00ab\u00a0Au peuple, les moyens de la production th\u00e9\u00e2trale\u00a0\u00bb, Travail th\u00e9\u00e2tral n\u00b0\u00a026, 1977, p.\u00a0120-126.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_14_6107\">15<\/a><\/sup>. Il s\u2019agit de permettre au peuple non seulement de ne plus \u00eatre maintenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart d\u2019un th\u00e9\u00e2tre bourgeois qui s\u2019effectue contre lui, mais \u00e9galement de ne plus \u00eatre soumis \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre militant qui serait le fait d\u2019acteurs professionnels, dont les pratiques, les int\u00e9r\u00eats et les positions adopt\u00e9es ne co\u00efncident pas syst\u00e9matiquement avec ceux du public auquel ils pr\u00e9tendent s\u2019adresser. A l\u2019origine d\u2019une certaine m\u00e9fiance vis \u00e0 vis du th\u00e9\u00e2tre militant professionnel se trouve notamment la fameuse (car d\u00e9cisive) rencontre de Boal et du <i>Teatro Arena<\/i> avec un paysan pr\u00e9nomm\u00e9 Virgilio en 1961, lors d\u2019une repr\u00e9sentation donn\u00e9e pour la Ligue des paysans<sup><a id=\"identifier_15_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Augusto Boal relate en d\u00e9tail cette rencontre dans son autobiographie Hamlet and the Baker\u2019s Son\u00a0: My Life in Theatre and Politics, Londres, Routledge, 2001, p. 194.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_15_6107\">16<\/a><\/sup>. Le spectacle se termine sur l\u2019exhortation des paysans \u00e0 prendre les armes et verser leur sang pour chasser les propri\u00e9taires qui les exploitent. Virgilio, qui assiste \u00e0 la pi\u00e8ce, tr\u00e8s touch\u00e9 par le message des acteurs, vient les trouver pour les enjoindre \u00e0 venir sur-le-champ, avec eux, chasser le propri\u00e9taire terrien. Devant la r\u00e9action d\u00e9contenanc\u00e9e des acteurs, dont les fusils brandis sur sc\u00e8ne sont en carton et qui ne sont ni aptes \u00e0 se servir d\u2019une arme, ni pr\u00eats \u00e0 risquer leur vie pour soutenir les paysans dans leur lutte, Virgilio conclut \u00e0 l\u2019hypocrisie des acteurs, dont la solidarit\u00e9 s\u2019arr\u00eate au plateau et s\u2019\u00e9vanouit sit\u00f4t la repr\u00e9sentation achev\u00e9e. Cette rencontre r\u00e9v\u00e8le aux artistes de S\u00e3o Paulo venus pr\u00eacher une parole r\u00e9volutionnaire dans les campagnes du Nordeste le caract\u00e8re \u00ab\u00a0surplombant\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0prescriptif<sup><a id=\"identifier_16_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Olivier Neveux, \u00ab\u2009Difficult\u00e9s de l\u2019\u00e9mancipation. Remarques sur la th\u00e9orie du \u201cTh\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\u201d\u2009\u00bb, Tumultes n\u00b0\u00a042, 2014\/1, p.\u00a0192.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_16_6107\">17<\/a><\/sup> \u00bb du th\u00e9\u00e2tre d\u2019agitation-propagande. Car c\u2019est bien ce que reproche Boal au th\u00e9\u00e2tre d\u2019agit-prop, que de pr\u00e9tendre venir ouvrir les yeux au public populaire sur l\u2019exploitation et l\u2019oppression dont il est victime, de l\u2019enjoindre \u00e0 lutter et de lui expliquer encore comment mener cette lutte, sans pour autant que les acteurs s\u2019adonnant \u00e0 cette harangue ne soient eux-m\u00eames pr\u00eats \u00e0 se risquer \u00e0 la rejoindre et \u00e0 assumer dans la rue ce qu\u2019ils proclament sur sc\u00e8ne. Cette rencontre a \u00e9t\u00e9 mythifi\u00e9e par Boal lui-m\u00eame, qui en a fait un \u00e9v\u00e9nement fondateur de son parcours, \u00e0 l\u2019origine d\u2019une prise de conscience des \u00e9cueils du th\u00e9\u00e2tre d\u2019agit-prop. \u00c0 tel point que le r\u00e9cit qu\u2019il en fait tend \u00e0 donner l\u2019impression que le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 d\u00e9coule de cette rencontre, ce qui constitue cependant une version trop rapide d\u2019un cheminement bien plus complexe. De cette rencontre il tire cependant un enseignement pr\u00e9cieux, \u00e0 savoir que pour que le th\u00e9\u00e2tre soit un outil politique \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire outil d\u2019organisation, de mise en commun, d\u2019entra\u00eenement \u00e0 la prise de parole et \u00e0 l\u2019action \u2014, celui-ci doit \u00eatre directement utilis\u00e9 par ceux qui peuvent en faire l\u2019usage dans leurs luttes, sans d\u00e9l\u00e9guer cette t\u00e2che aux sp\u00e9cialistes du th\u00e9\u00e2tre que sont les acteurs professionnels.<\/p>\n<p>Cette m\u00e9thode garantit ainsi, en th\u00e9orie, une certaine autonomie de ceux qui y ont recours. Pourtant, cela n\u2019am\u00e8ne cependant pas \u00e0 la suppression pure et simple de toute m\u00e9diation par un \u00ab\u00a0sp\u00e9cialiste\u00a0\u00bb sinon professionnel du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, qui a, dans ce contexte, une fonction p\u00e9dagogique, \u00e0 savoir le Joker. On conna\u00eet certes le Joker dans le r\u00f4le de \u00ab\u00a0l\u2019animateur\u00a0\u00bb du th\u00e9\u00e2tre-forum, faisant le lien entre la sc\u00e8ne et la salle, n\u2019appartenant ni \u00e0 la fiction, mais n\u2019\u00e9tant pas non plus membre du public. Le Joker a, dans le th\u00e9\u00e2tre-forum, pour t\u00e2che de donner les \u00ab\u00a0r\u00e8gles du jeu\u00a0\u00bb et de r\u00e9guler les interventions des spectateurs sur sc\u00e8ne, de relancer une sc\u00e8ne lorsque celle-ci s\u2019enlise, bref, de maintenir un rythme et d\u2019engager le d\u00e9bat. Mais le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 r\u00e9serve en r\u00e9alit\u00e9 une place bien plus importante au Joker. Ce dernier peut en effet \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le <i>passeur de m\u00e9thode<\/i>, celui qui anime l\u2019atelier et accompagne les non-acteurs dans leur apprentissage des techniques, dans leurs exp\u00e9rimentations. Boal n\u2019envisage pas ces ateliers comme fonctionnant en autogestion. Lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 le tout premier \u2014 et le plus important \u2014 Joker du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9. D\u2019ailleurs, la premi\u00e8re mission qu\u2019il entreprend lorsqu\u2019il s\u2019installe \u00e0 Paris en 1979 est de former un groupe de personnes (venues de divers horizons professionnels) \u00e0 la m\u00e9thode du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, pour qu\u2019ils deviennent eux aussi Jokers, qu\u2019ils animent \u00e0 leur tour des ateliers, des stages, afin de r\u00e9pandre le plus largement possible cette m\u00e9thode, de la mettre au service du plus grand nombre de groupes (syndicats, associations, etc.) possible. Si le Joker n\u2019est pas n\u00e9cessairement, au d\u00e9part, un acteur, il n\u2019en reste pas moins que cette figure maintient l\u2019id\u00e9e d\u2019une forme de sp\u00e9cialisation au sein du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, ce qui conduira d\u2019ailleurs paradoxalement \u00e0 une professionnalisation progressive de cette pratique th\u00e9\u00e2trale \u2014 pourtant initialement motiv\u00e9e, en partie du moins, par le refus de la sp\u00e9cialisation artistique et de la professionnalisation du th\u00e9\u00e2tre militant. Ainsi, parler d\u2019une appropriation des moyens de production du th\u00e9\u00e2tre par les opprim\u00e9s n\u2019est pas enti\u00e8rement juste, en raison m\u00eame du r\u00f4le de \u00ab\u00a0passeur\u00a0\u00bb que joue le Joker. Sans doute serait-il plus appropri\u00e9 dans ce cas de parler d\u2019une transmission plut\u00f4t que d\u2019une appropriation, ce qui pose alors d\u2019autres questions concernant les rapports de pouvoir, d\u2019autorit\u00e9 et de l\u00e9gitimit\u00e9 au sein du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9. N\u00e9anmoins, l\u2019histoire de cette pratique a \u00e9galement prouv\u00e9 que des groupes de non-acteurs se sont parfois empar\u00e9s par eux-m\u00eames de cette m\u00e9thode sans avoir recours au fameux Joker<sup><a id=\"identifier_17_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Concernant l\u2019histoire du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, voir Sophie Coudray, Histoire politique et esth\u00e9tique du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 en France de ses origines aux ann\u00e9es 1990, th\u00e8se de doctorat sous la direction d\u2019Olivier Neveux, soutenue \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Lyon II en 2017.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_17_6107\">18<\/a><\/sup>\u2026 De fait, le mouvement du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 s\u2019est aussi d\u00e9velopp\u00e9 en \u00e9chappant parfois tout \u00e0 fait au contr\u00f4le de son cr\u00e9ateur.<\/p>\n<p><b>Le spect-acteur<\/b><\/p>\n<p>Une autre sp\u00e9cificit\u00e9 du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 est que sa po\u00e9tique s\u2019organise autour d\u2019une r\u00e9flexion centr\u00e9e sur la figure du spectateur. Tout ce qui peut concerner le jeu, la dramaturgie, les personnages, etc., est d\u00e9duit d\u2019une pens\u00e9e critique du spectateur, faisant de cette position le point de d\u00e9part et le principe organisateur de la po\u00e9tique de l\u2019opprim\u00e9. La raison r\u00e9side dans l\u2019intitul\u00e9 m\u00eame \u00ab\u00a0po\u00e9tique de l\u2019opprim\u00e9\u00a0\u00bb, car Boal \u00e9tablit une analogie entre l\u2019opprim\u00e9 et le spectateur\u00a0: le spectateur est opprim\u00e9 et l\u2019opprim\u00e9 est celui qui est spectateur. Sa po\u00e9tique de l\u2019opprim\u00e9 est donc une po\u00e9tique du spectateur. Boal part du principe que la position spectatoriale est fondamentalement passive, que celui qui regarde n\u2019agit pas, se contentant de regarder les autres agir \u00e0 sa place. En ce sens, la m\u00e9thode du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 vise \u00e0 mettre ce spectateur en action, \u00e0 le rendre <i>acteur<\/i>. Il ne s\u2019agit pas de supprimer le spectateur, mais de questionner la distribution des fonctions, c\u2019est-\u00e0-dire de remettre en question le fait que certains soient contraints d\u2019occuper en permanence cette position. Ce n\u2019est donc pas une abolition du spectateur comme on l\u2019entend parfois. M\u00eame au sein des ateliers, il reste toujours des participants qui, \u00e0 un moment donn\u00e9, occupent une position spectatrice. Ce principe qu\u2019il d\u00e9fend est par ailleurs propre au th\u00e9\u00e2tre militant, car Boal n\u2019a jamais souhait\u00e9 ni la disparition du th\u00e9\u00e2tre professionnel, si la remise en cause de ses conventions. Dans les pi\u00e8ces qu\u2019il a lui-m\u00eame mises en sc\u00e8ne au cours des ann\u00e9es\u00a01980, il s\u2019en est toujours rigoureusement tenu \u00e0 des rapports traditionnels entre la sc\u00e8ne et la salle, refusant toute possibilit\u00e9 d\u2019intervention des spectateurs. Ainsi, ce que remet en question la po\u00e9tique, ce n\u2019est pas l\u2019existence des spectateurs, mais la stabilit\u00e9 des fonctions, qu\u2019il per\u00e7oit comme la cristallisation de rapports sociaux in\u00e9galitaires, maintenant le peuple, les opprim\u00e9s dans une position spectatrice et refusant de leur reconna\u00eetre la capacit\u00e9 d\u2019agir. C\u2019est sur cette base qu\u2019il op\u00e8re une analogie entre le peuple opprim\u00e9 et le spectateur du th\u00e9\u00e2tre bourgeois, n\u2019ayant aucune prise sur les \u00e9v\u00e9nements, \u00e9tant contraint de regarder et subir sans pouvoir intervenir, lorsque la classe antagoniste tire les ficelles, distribue les r\u00f4les et \u00e9crit le r\u00e9cit. Pour Boal, les opprim\u00e9s occupent une position spectatrice vis-\u00e0-vis de l\u2019histoire et des questions politiques. Comme l\u2019\u00e9crit Olivier Neveux\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019accusation port\u00e9e contre le spectateur superpose sciemment deux positions, celle du spectateur de th\u00e9\u00e2tre et celle du spectateur de l\u2019histoire. La proposition pourrait alors s\u2019\u00e9tablir ainsi\u00a0: l\u2019histoire pour \u00eatre r\u00e9volutionn\u00e9e suppose que de spectatrices les masses deviennent actrices de leur propre destin \u2014 et c\u2019est de cette fa\u00e7on que se d\u00e9cline la narration de l\u2019histoire r\u00e9volutionnaire<sup><a id=\"identifier_18_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Olivier Neveux, \u00ab\u00a0Difficult\u00e9s de l\u2019\u00e9mancipation. Remarques sur la th\u00e9orie du \u00ab\u00a0Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb, art. cit., p.\u00a0195.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_18_6107\">19<\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>C\u2019est cette analogie entre le spectateur et le peuple opprim\u00e9 qui permet \u00e0 Boal de poser l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un continuum entre la sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre et la lutte politique, la premi\u00e8re devenant une prop\u00e9deutique \u00e0 la seconde. C\u2019est la raison fondamentale pour laquelle sa po\u00e9tique se pr\u00e9sente comme une m\u00e9thode. Boal veut voir le peuple opprim\u00e9 se mettre en lutte, monter sur la sc\u00e8ne de l\u2019histoire, pour affronter ses oppresseurs et ne plus endurer silencieusement ses conditions d\u2019existence, ni, non plus, attendre que quelqu\u2019un d\u2019autre agisse pour lui, \u00e0 sa place. Or, pour Boal, le th\u00e9\u00e2tre peut \u00eatre un espace d\u2019entra\u00eenement \u00e0 l\u2019action. C\u2019est pourquoi la po\u00e9tique de l\u2019opprim\u00e9, en tant que m\u00e9thode, a pour enjeu de transformer le spectateur en acteur. Aussi, lorsque Boal d\u00e9clare vouloir remettre au peuple les moyens des la production th\u00e9\u00e2trale, c\u2019est en d\u00e9finitive aux spectateurs qu\u2019il entend les transmettre. Pour le dire avec Frances Babbage\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Cette phrase adapte au th\u00e9\u00e2tre l\u2019important objectif marxiste d\u2019une appropriation par le prol\u00e9tariat des moyens de production, favorisant le communautaire plut\u00f4t que la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Dans ce contexte, le terme d\u2019\u00ab\u2009agir\u2009\u00bb est porteur d\u2019un double imp\u00e9ratif\u00a0: l\u2019action th\u00e9\u00e2trale implique l\u2019action socio-politique. C\u2019est dans cette perspective que \u00ab\u2009spectateur\u2009\u00bb est un \u00ab\u2009mot obsc\u00e8ne\u2009\u00bb. Pour Boal, un spectateur est n\u00e9cessairement, ce qui est probl\u00e9matique, <i>quelqu\u2019un qui n\u2019agit pas<\/i><sup><a id=\"identifier_19_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Frances Babagge. Augusto Boal. Londres, Routledge, 2004. p.\u00a041. Accentuation de l\u2019auteur.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_19_6107\">20<\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019une des formules c\u00e9l\u00e8bres de Boal est en effet que \u00ab\u00a0spectateur\u00a0\u00bb est un \u00ab\u00a0mot obsc\u00e8ne\u00a0\u00bb, qu\u2019il est \u00ab\u00a0moins qu\u2019un homme\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_20_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Augusto Boal, Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, op. cit., p.\u00a047.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_20_6107\">21<\/a><\/sup>. Ce qui est obsc\u00e8ne, c\u2019est aussi ce que l\u2019on soustrait au regard, que l\u2019on dissimule, que l\u2019on n\u2019expose pas sur sc\u00e8ne et dont on chercher \u00e0 camoufler la pr\u00e9sence. En ce sens, la position occup\u00e9e par le spectateur est pr\u00e9cis\u00e9ment obsc\u00e8ne. Plong\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9 de la salle, anonymis\u00e9, le spectateur regarde sans attirer sur lui le regard, t\u00e9moin discret qui ne se fait pas remarquer et n\u2019a pas prise sur le d\u00e9roulement de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de ces consid\u00e9rations, Boal a forg\u00e9 la notion de \u00ab\u00a0spect-acteur\u00a0\u00bb, au c\u0153ur du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9. Le spect-acteur n\u2019est cependant pas une figure hybride, \u00e0 mi-chemin entre le spectateur et l\u2019acteur, pas plus qu\u2019il ne saurait se contenter d\u2019\u00eatre un spectateur \u00ab\u00a0participant\u00a0\u00bb. La d\u00e9finition qui en est souvent donn\u00e9e, \u00e0 savoir que le spect-acteur serait le spectateur assistant \u00e0 une repr\u00e9sentation de th\u00e9\u00e2tre-forum qui aurait le courage de monter sur sc\u00e8ne, de remplacer l\u2019acteur interpr\u00e9tant le protagoniste-opprim\u00e9 pour <i>jouer<\/i>, \u0153uvrer physiquement et verbalement \u00e0 la lutte contre l\u2019oppression subie par le personnage, est finalement tr\u00e8s restrictive. Une d\u00e9finition du spect-acteur boalien doit s\u2019enraciner dans une r\u00e9flexion sur la redistribution des moyens de production du th\u00e9\u00e2tre. Les spect-acteurs sont des opprim\u00e9s, des non-acteurs \u2014 toujours au sens de non-professionnels du th\u00e9\u00e2tre \u2014, qui s\u2019approprient la forme th\u00e9\u00e2trale par le biais de la m\u00e9thode propos\u00e9e par Boal afin de produire par eux-m\u00eames et pour eux-m\u00eames un th\u00e9\u00e2tre de lutte qui corresponde \u00e0 leur repr\u00e9sentation du monde, \u00e0 la position qu\u2019ils occupent dans les rapports sociaux et qui puisse servir leurs int\u00e9r\u00eats. Comme l\u2019\u00e9crit \u00c9mile Copfermann\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>en substance il y a dans l\u2019exp\u00e9rience \u00e0 travers laquelle Augusto a con\u00e7u ses techniques une dimension profond\u00e9ment politique, mais dans un sens tout \u00e0 fait g\u00e9n\u00e9ral et global qui \u00e9tait\u00a0: la soci\u00e9t\u00e9 est r\u00e9pressive, il faut d\u00e9voiler cette r\u00e9pression. Et c\u2019est l\u00e0 que le clivage politique s\u2019op\u00e8re\u2009; non entre gauche et droite, mais entre propri\u00e9taires des moyens de production et nous<sup><a id=\"identifier_21_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"\u00c9mile Copfermann, \u00ab\u2009Le \u201cTh\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\u201d\u2009\u00bb, Critique communiste n\u00b0\u00a028, 2e trimestre\u00a01979, p.\u00a029.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_21_6107\">22<\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c0 ce titre, sont des spect-acteurs tous les opprim\u00e9s qui prennent part \u00e0 des ateliers de Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, qui mettent \u00e0 profit les exercices et techniques propos\u00e9s par Boal dans le cadre de leurs propres luttes\u00a0: les ouvriers p\u00e9ruviens utilisant le th\u00e9\u00e2tre-forum pour trouver une modalit\u00e9 d\u2019action collective leur permettant d\u2019engager un rapport de force avec leur patron pour am\u00e9liorer leurs conditions de travail sont des spect-acteurs<sup><a id=\"identifier_22_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Augusto Boal, Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, op. cit., p.\u00a033-34.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_22_6107\">23<\/a><\/sup> ; les sans-papiers utilisant le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 pour populariser leurs luttes sont des spect-acteurs, etc. La notion de spect-acteur transcende la simple dichotomie spectateur\/acteur. Elle d\u00e9passe le strict cadre du th\u00e9\u00e2tre pour venir interroger les rapports de production.<\/p>\n<p>Ceci est d\u2019autant plus important que l\u2019essentiel du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 se d\u00e9roule loin des regards du public puisque ne donnant le plus souvent lieu \u00e0 aucune repr\u00e9sentation. Cette pratique \u00e9tant con\u00e7ue comme une m\u00e9thode, en son c\u0153ur se trouve l\u2019atelier, comme lieu d\u2019exp\u00e9rimentation, et non la sc\u00e8ne, sur\u00e9lev\u00e9e, sur laquelle se meuvent les acteurs et \u00e0 laquelle font face les rang\u00e9es de spectateurs assis et silencieux. C\u2019est le processus qui importe plus que l\u2019id\u00e9e d\u2019un aboutissement \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tralement\u00a0\u00bb r\u00e9ussi. Le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 n\u2019est en effet pas un genre dramatique spectaculaire, il ne laisse d\u2019ailleurs pas d\u2019\u0153uvres. Lorsque des textes sont \u00e9crits pour les besoins d\u2019un th\u00e9\u00e2tre-forum par exemple, ils ne sont pas vou\u00e9s \u00e0 survivre au contexte qui les a produit. Si ce th\u00e9\u00e2tre fonctionne comme un entra\u00eenement, c\u2019est d\u2019un entra\u00eenement \u00e0 l\u2019action politique qu\u2019il s\u2019agit bien plus que d\u2019un entra\u00eenement \u00e0 une pratique artistique. Rares sont d\u2019ailleurs les techniques qui ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues pour donner lieu \u00e0 des d\u00e9monstrations publiques. C\u2019est justement pour cette raison que le th\u00e9\u00e2tre-forum est la technique de Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 la plus c\u00e9l\u00e8bre, \u00e0 tel point que l\u2019on a souvent tendance \u00e0 confondre les deux, \u00e0 r\u00e9duire le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre-forum. En r\u00e9alit\u00e9, peu d\u2019ateliers sont amorc\u00e9s avec, d\u00e9j\u00e0, la perspective d\u2019une repr\u00e9sentation et si repr\u00e9sentation il y a, celle-ci n\u2019est, l\u00e0 encore, qu\u2019une \u00e9tape d\u2019un processus politique inachev\u00e9, vou\u00e9 \u00e0 se poursuivre par la suite sous d\u2019autres modalit\u00e9s.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la critique du spectateur est sous-tendue par une seconde assertion, qui concerne quant \u00e0 elle directement la production th\u00e9\u00e2trale h\u00e9g\u00e9monique. Dans cette perspective, c\u2019est moins la position qu\u2019occupe le spectateur qui est probl\u00e9matique que ce dont il est le spectateur, c\u2019est-\u00e0-dire le type d\u2019images, de repr\u00e9sentations que lui offre le th\u00e9\u00e2tre. Ce qui est vis\u00e9 ici par Boal, c\u2019est avant tout la production th\u00e9\u00e2trale bourgeoise br\u00e9silienne \u2014 quoiqu\u2019il \u00e9tende sa critique \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision \u2014, servant les int\u00e9r\u00eats des classes dirigeantes qui en poss\u00e8dent les moyens de production. Il se montre extr\u00eamement critique vis-\u00e0-vis des pratiques artistiques et culturelles destin\u00e9es au peuple, produites par \u00ab\u2009les classes dominantes\u2009\u00bb, qui \u00ab\u2009inculquent au peuple leur propre id\u00e9ologie<sup><a id=\"identifier_23_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Augusto Boal, \u00ab\u2009Cat\u00e9gories du th\u00e9\u00e2tre populaire\u2009\u00bb, art. cit., p.\u00a016.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_23_6107\">24<\/a><\/sup>\u2009\u00bb et qu\u2019il qualifie de ce fait d\u2019\u00ab\u2009anti-peuple\u2009\u00bb. Aussi, ce que critique Boal lorsqu\u2019il s\u2019en prend aux spectateurs qui sont en position de <i>recevoir<\/i> ce th\u00e9\u00e2tre, ce sont les images, les repr\u00e9sentations du monde, qui adoptent la perspective des \u00ab\u00a0classes dominantes\u00a0\u00bb. Des images qu\u2019il qualifie d\u2019\u00ab\u00a0achev\u00e9es\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire donnant \u00e0 voir un monde sur lequel on ne peut intervenir, qui ne peut \u00eatre transform\u00e9 et sur lequel le peuple n\u2019a aucune prise. Un th\u00e9\u00e2tre populaire, qui adopte la perspective du peuple, doit montrer le monde de telle fa\u00e7on que sa transformation paraisse souhaitable, possible et qu\u2019elle puisse \u00eatre l\u2019\u0153uvre du peuple lui-m\u00eame. Boal reprend les propose de Jorge Ikishawa lorsque ce dernier<\/p>\n<blockquote><p>dit du th\u00e9\u00e2tre bourgeois qu\u2019il est le spectacle achev\u00e9\u00a0: la bourgeoisie conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 le monde, son monde, elle peut le traduire en images comme quelque chose de complet, d\u2019achev\u00e9. Le prol\u00e9tariat, au contraire, et les classes exploit\u00e9es en g\u00e9n\u00e9ral ne savent pas encore comment sera leur monde\u00a0: leur th\u00e9\u00e2tre sera donc celui de l\u2019essai, et non spectacle achev\u00e9. Il y a l\u00e0 beaucoup de v\u00e9rit\u00e9\u00a0; mais il est \u00e9galement vrai que le th\u00e9\u00e2tre peut offrir des images de \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb<sup><a id=\"identifier_24_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Augusto Boal, Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, op. cit., p.\u00a035.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_24_6107\">25<\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Il y a dans la posture de Boal quelque chose qui se rapproche de la position adopt\u00e9e par le p\u00e9dagogue Paulo Freire lorsque ce dernier \u00e9crit qu\u2019il faut consid\u00e9rer<\/p>\n<blockquote><p>[\u2026] l\u2019avenir en tant que probl\u00e8me et non en tant qu\u2019inexorabilit\u00e9. C\u2019est le savoir de l\u2019Histoire comme possibilit\u00e9 et non comme <i>fatalit\u00e9<\/i>. Le monde n\u2019est pas. Le monde est en train d\u2019\u00eatre \u2014 est en devenir permanent. Par la subjectivit\u00e9 curieuse, intelligente, interf\u00e9rant avec l\u2019objectivit\u00e9 \u00e0 laquelle je me relie dialectiquement, mon r\u00f4le dans le monde n\u2019est pas seulement de constater ce qui s\u2019y passe, mais il est aussi d\u2019intervenir en tant que sujet de ces \u00e9v\u00e9nements. Je ne suis pas juste un objet de l\u2019<i>Histoire<\/i>, je suis aussi son sujet. Dans le monde de l\u2019Histoire, de la culture, de la politique, je <i>constate <\/i>non pour <i>m\u2019adapter, <\/i>mais pour <i>changer<\/i><sup><a id=\"identifier_25_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Paulo Freire, P\u00e9dagogie de l\u2019autonomie, op. cit., p.\u00a091.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_25_6107\">26<\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c0 partir de l\u2019analogie qu\u2019il d\u00e9ploie entre le peuple opprim\u00e9 et la posture du spectateur, il red\u00e9finit le type de th\u00e9\u00e2tre qui serait \u00e0 m\u00eame de rompre avec les repr\u00e9sentations h\u00e9g\u00e9moniques, de porter un projet r\u00e9volutionnaire et de totalement red\u00e9finir les rapports de production.<\/p>\n<p>Aussi la critique virulente du spectateur telle que formul\u00e9e par Boal est-elle autant critique radicale du th\u00e9\u00e2tre comme outil id\u00e9ologique des classes dirigeantes que critique du fait que le peuple est d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 des moyens de production (entre autres) du th\u00e9\u00e2tre. En ce sens, l\u2019appropriation des moyens de production du th\u00e9\u00e2tre par le peuple pourrait constituer une \u00e9tape, un entra\u00eenement, \u00e0 la lutte pour l\u2019appropriation totale des moyens de production. C\u2019est \u00e9galement en ce sens que le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 se pr\u00e9sente comme le lieu d\u2019un entra\u00eenement \u00e0 l\u2019action politique, d\u2019une \u00ab\u00a0r\u00e9p\u00e9tition de la r\u00e9volution\u00a0\u00bb. Pierre Razdac<sup><a id=\"identifier_26_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Pseudonyme\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_26_6107\">27<\/a><\/sup>*, militant de la Ligue communiste r\u00e9volutionnaire, r\u00e9sume parfaitement, lors d\u2019un entretien avec Augusto Boal et \u00c9mile Copfermann, men\u00e9 pour la revue <i>Critique Communiste<\/i> en 1979, la proposition politique contenue dans la po\u00e9tique de l\u2019opprim\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Au fond le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, c\u2019est un th\u00e9\u00e2tre qui a pour condition l\u2019appropriation par le spectateur des moyens de production du th\u00e9\u00e2tre\u2009; mais plus encore, il doit susciter chez le spectateur le combat pour l\u2019appropriation des moyens de production de sa propre existence. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il d\u00e9bouche n\u00e9cessairement sur l\u2019action<sup><a id=\"identifier_27_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Pierre Razdac, \u00ab\u2009Le \u201cTh\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\u201d\u2009\u00bb, Critique communiste n\u00b0\u00a028, 1979, p.\u00a023.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_27_6107\">28<\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p><b>P\u00e9dagogie du th\u00e9\u00e2tre<\/b><\/p>\n<p>En tant que m\u00e9thode, le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 a \u00e0 voir avec la p\u00e9dagogie. On rapproche souvent Augusto Boal de Paulo Freire, \u00e0 raison bien que parfois exag\u00e9r\u00e9ment et trop sch\u00e9matiquement, la co\u00efncidence de leurs d\u00e9nominations respectives ne r\u00e9sultant d\u2019ailleurs pas d\u2019un choix de Boal, mais de son \u00e9diteur<sup><a id=\"identifier_28_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Jan Cohen-Cruz, Engaging Performance, Theatre as Call and Response, Londres, Routledge, 2010, p. 43.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_28_6107\">29<\/a><\/sup>. Outre un contexte historique d\u00e9terminant pour l\u2019\u00e9laboration de leur pratique et qu\u2019ils ont en commun (le Br\u00e9sil progressiste des <i>Movimento de Cultura Popular<\/i>, des <i>Centros Populares do Cultura<\/i>, mais aussi l\u2019exp\u00e9rience de la r\u00e9pression et de l\u2019exil forc\u00e9), ils ont cherch\u00e9 \u00e0 renouveler leur pratique respective \u00e0 travers l\u2019\u00e9laboration d\u2019une m\u00e9thode, structur\u00e9e autour d\u2019une th\u00e9orie travers\u00e9e de part en part par une pens\u00e9e politique radicale, dont la finalit\u00e9 est la lutte contre l\u2019oppression et la r\u00e9volution. Le point nodal qui pourrait guider une analyse des liens th\u00e9oriques entre les deux pratiques devrait se concentrer, l\u00e0 encore, sur l\u2019id\u00e9e d\u2019un transfert des moyens de production, en regardant comment cette id\u00e9e traverse la p\u00e9dagogie de l\u2019opprim\u00e9 de Freire, ce dernier s\u2019appuyant sur le principe fondateur qu\u2019\u00ab\u00a0enseigner n\u2019est pas <i>transf\u00e9rer la connaissance<\/i>, mais cr\u00e9er les possibilit\u00e9s pour sa production ou sa construction<sup><a id=\"identifier_29_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Paulo Freire, P\u00e9dagogie de l\u2019autonomie, op. cit., p.\u00a040. Accentuation de l\u2019auteur.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_29_6107\">30<\/a><\/sup> \u00bb. Ils s\u2019agit dans les deux cas de permettre aux opprim\u00e9s, qu\u2019ils soient \u00ab\u00a0spect-acteurs\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0apprenants\u00a0\u00bb, de s\u2019approprier ces outils pour les mettre au service de leurs luttes. Si Freire insiste bien sur la \u00ab\u00a0qualit\u00e9 p\u00e9dagogique, dialogique, de la r\u00e9volution<sup><a id=\"identifier_30_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Paulo Freire, La p\u00e9dagogie des opprim\u00e9s, Paris, Fran\u00e7ois Maspero, 1977, p.\u00a0129.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_30_6107\">31<\/a><\/sup> \u00bb, cette dimension est \u00e9galement pr\u00e9sente chez Boal pour qui il ne fait aucun doute que pour pouvoir transformer le monde il faut d\u2019abord le conna\u00eetre, avoir conscience des m\u00e9canismes qui r\u00e9gissent la soci\u00e9t\u00e9 avec laquelle on veut en finir. Analyser les ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux et politiques, mener une r\u00e9flexion critique sur la soci\u00e9t\u00e9, apparaissent comme des \u00e9tapes pr\u00e9alables \u00e0 toute intervention militante. C\u2019est, d\u2019ailleurs, en premier lieu \u00e0 ce temps r\u00e9flexif que sont d\u00e9di\u00e9es les techniques du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9. Ces derni\u00e8res<\/p>\n<blockquote><p>ont deux buts principaux\u00a0: nous aider \u00e0 mieux conna\u00eetre une situation donn\u00e9e, nous aider \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter des actions qui peuvent nous amener \u00e0 briser l\u2019oppression qu\u2019elle nous montre. <i>Conna\u00eetre et transformer<\/i>. C\u2019est cela notre but. Pour transformer il faut conna\u00eetre. Conna\u00eetre c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une transformation. Une transformation qui donne les moyens d\u2019accomplir l\u2019autre<sup><a id=\"identifier_31_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Augusto Boal, Jeux pour acteurs et non-acteurs, Paris, La D\u00e9couverte, 2004, p.\u00a0206. Accentuation de l\u2019auteur.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_31_6107\">32<\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>On pourrait ainsi associer le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 \u00e0 une entreprise de conscientisation, un terme que l\u2019on retrouve fr\u00e9quemment tant sous la plume d\u2019artistes participant aux mouvements populaires br\u00e9siliens, que sous celle de Paulo Freire, pour lequel il ne d\u00e9signe cependant pas la prise de conscience, mais davantage la conscience critique. Le th\u00e9\u00e2tre et envisag\u00e9 comme outil d\u2019exercice de la conscience critique. Une conscientisation que Freire envisage \u00e0 travers l\u2019acquisition du langage \u00e9crit, par un travail autour de la langue dont l\u2019enjeu est tout autant d\u2019acqu\u00e9rir une langue que de d\u00e9crypter le monde \u00e0 travers l\u2019apprentissage de celle-ci. Une conscientisation qui englobe \u00e9galement une dimension corporelle dans le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, langage verbal et langage corporel \u00e9tant les deux piliers \u00e0 partir desquels s\u2019effectue le travail en atelier.<\/p>\n<p><b>Le th\u00e9\u00e2tre comme entra\u00eenement militant<\/b><\/p>\n<p>Puisque ce n\u2019est pas la dimension spectaculaire (souvent \u00e9vacu\u00e9e) qui importe ni la repr\u00e9sentation publique, c\u2019est \u00e0 partir du processus, du travail d\u2019atelier qu\u2019il faut penser, en premier lieu, la dimension militante de ce th\u00e9\u00e2tre. Certaines techniques rel\u00e8vent en effet d\u2019un th\u00e9\u00e2tre d\u2019intervention dans l\u2019espace public (le th\u00e9\u00e2tre invisible) ou visent \u00e0 s\u2019adresse \u00e0 un collectif (le th\u00e9\u00e2tre-forum). Quoique le cas du th\u00e9\u00e2tre-forum m\u00e9rite d\u2019\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9. Si cette technique est connue, justement parce qu\u2019elle s\u2019adresse \u00e0 un public large, ouvert et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, elle a initialement \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9e et th\u00e9oris\u00e9e par Boal comme devant \u00eatre pratiqu\u00e9e exclusivement pour des groupes homog\u00e8nes partageant la m\u00eame exp\u00e9rience d\u2019une oppression. En ce sens, le th\u00e9\u00e2tre-forum \u00e9tait \u00e9galement une technique d\u2019entra\u00eenement interne \u00e0 un groupe, \u00e0 un collectif constitu\u00e9 autour d\u2019une exp\u00e9rience commune et d\u2019int\u00e9r\u00eats <i>a priori<\/i> communs. C\u2019est \u00e0 cette condition que le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 devait permettre \u00e0 des groupes de l\u2019utiliser concr\u00e8tement comme outil de discussion et d\u2019\u00e9laboration strat\u00e9gique. L\u2019ouverture du th\u00e9\u00e2tre-forum \u00e0 un public plus vaste et, surtout, h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, m\u00ealant des individus ne formant pas un collectif ou une communaut\u00e9 et ne partageant pas les m\u00eames int\u00e9r\u00eats et revendications \u2014 avec toutes les difficult\u00e9s th\u00e9\u00e2trales comme politiques que cela engendre<sup><a id=\"identifier_32_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir \u00e0 ce propos l\u2019article de Cl\u00e9ment Poutot, \u00ab\u2009La projection identitaire dans le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\u2009\u00bb, revue \u00bf Interrogations\u2009?, Identit\u00e9 plurielle et projection identitaire, http:\/\/www.revue-interrogations.org\/La-projectionidentitaire-\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_32_6107\">33<\/a><\/sup> \u2014 rel\u00e8ve d\u2019une \u00e9volution de la pratique du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 en France, sous l\u2019impulsion du C\u00e9ditade au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01980. Mais, pour tenir compte de toutes les modifications structurelles qu\u2019une ouverture du public engendre, un autre terme a alors \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 par les praticiens (malheureusement peu employ\u00e9, ce qui conduit bien souvent \u00e0 un amalgame entre les deux versions de cette technique)\u00a0: le spectacle-forum. Ainsi, le th\u00e9\u00e2tre-forum reste un outil d\u2019entra\u00eenement militant utilis\u00e9 au sein d\u2019un groupe homog\u00e8ne, destin\u00e9 \u00e0 faire \u00e9voluer les rapports au sein du groupe et \u00e0 fournir des outils concrets de lutte\u00a0; lorsque le spectacle-forum assume davantage sa dimension spectaculaire et formule des objectifs politiques tr\u00e8s diff\u00e9rents. Une s\u00e9ance publique de spectacle-forum ne saurait en effet pr\u00e9tendre transformer le public en collectif et permettre l\u2019\u00e9laboration d\u2019une strat\u00e9gie commune que tous chercheraient collectivement \u00e0 mettre en \u0153uvre par la suite. Il \u00ab n\u2019a pas pour objectif, au moment m\u00eame de la s\u00e9ance, de transformer trois ou quatre cents spectateurs en acteurs imm\u00e9diats. Si la th\u00e9orie du th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 sous-tend les \u00ab\u00a0spectacles-forum\u00a0\u00bb, elle ne peut s\u2019y appliquer totalement<sup><a id=\"identifier_33_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Jean-Gabriel Carasso, \u00ab\u00a0Point de vue\u00a0\u00bb, Bulletin du C\u00e9ditade n\u00b09, 1983, p. 40-41.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_33_6107\">34<\/a><\/sup>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019impact militant du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 est sans doute moins perceptible dans ce qu\u2019il permet lors d\u2019interventions publiques (\u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, comme le th\u00e9\u00e2tre invisible ou la d\u00e9monstration de certaines techniques dans le cadre de mouvements sociaux, de manifestations) que dans ce que les ateliers permettent, en termes de redistribution des r\u00f4les, d\u2019appropriation de nouvelles formes d\u2019expressions, de ma\u00eetrise du discours et de l\u2019image de son groupe et de ses luttes, mais aussi d\u2019entra\u00eenement militant, c\u2019est-\u00e0-dire de pr\u00e9paration \u00e0 l\u2019action politique. Les techniques du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 pourraient \u00eatre \u2014 et ont ponctuellement \u00e9t\u00e9 \u2014 utilis\u00e9es par des militants politiques, syndicaux, comme un outil de conscientisation et d\u2019entra\u00eenement. Le th\u00e9\u00e2tre fournit alors un espace prot\u00e9g\u00e9, parce que fictif, dans lequel il est possible d\u2019exp\u00e9rimenter toutes sortes de strat\u00e9gies, de se pr\u00e9parer en amont \u00e0 affronter certaines situations. \u00c0 l\u2019image des ouvriers p\u00e9ruviens, qui exp\u00e9rimentent diff\u00e9rentes modalit\u00e9s d\u2019action (la gr\u00e8ve, le dynamitage de l\u2019usine, la cr\u00e9ation d\u2019un syndicat\u2026) afin d\u2019en tester la faisabilit\u00e9, les risques et ainsi d\u2019ajuster leur strat\u00e9gie. Julian Boal raconte comment, en Inde, une intervention du Jana Sanskriti autour du probl\u00e8me de la vente ill\u00e9gale d\u2019alcool (faisant des ravages dans la population), a d\u00e9clench\u00e9 une action commune des paysans-spectateurs afin de faire fermer les entrep\u00f4ts d\u2019alcool et ainsi d\u2019\u00e9radiquer localement le probl\u00e8me<sup><a id=\"identifier_34_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Julian Boal, \u00ab\u2009\u201cC\u2019est quand le th\u00e9\u00e2tre finit que notre travail commence\u201d\u00a0: L\u2019exemple du Jana Sanskriti en Inde\u2009\u00bb, in Jean-Marc Lachaud et Olivier Neveux (dir.), Changer l\u2019art, transformer la soci\u00e9t\u00e9. Art et politique 2, Paris, L\u2019Harmattan, 2009, p.\u00a0141.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_34_6107\">35<\/a><\/sup>. C\u2019est en ce sens que le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 est potentiellement la \u00ab\u00a0r\u00e9p\u00e9tition\u00a0\u00bb sinon de la r\u00e9volution, du moins d\u2019une action politique, que r\u00e9clamait Boal. Le th\u00e9\u00e2tre, parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un espace de possibles, qui ne conna\u00eet potentiellement aucune limite, permet de r\u00e9p\u00e9ter des actions politiques, de pr\u00e9parer un argumentaire en vue d\u2019une n\u00e9gociation ou d\u2019une Assembl\u00e9e G\u00e9n\u00e9rale, en <i>jouant<\/i> la r\u00e9action des autres protagonistes, l\u2019\u00e9ventuelle r\u00e9pression, afin de ne pas \u00eatre pris de court et, surtout, d\u2019anticiper. C\u2019est un outil strat\u00e9gique. Son utilisation au sein d\u2019un groupe peut par ailleurs permettre de cr\u00e9er du collectif, de la coh\u00e9sion au sein de ce groupe, d\u2019apprendre \u00e0 \u0153uvrer ensemble en vue d\u2019un m\u00eame objectif. Mais cela reste un outil et rien ne garantit l\u2019usage qui en est fait, ni les positions qui y sont d\u00e9fendues. Parmi les impens\u00e9s du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 se trouve une certaine id\u00e9alisation de la figure de l\u2019opprim\u00e9, qui, parce que la po\u00e9tique en a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9e dans une p\u00e9riode de fortes mobilisations politiques dans lesquelles la lutte des classes occupait une place importante, ne tient que peu compte de la possibilit\u00e9 d\u2019une absence de conscience de classe ou du potentiel conservatisme des positions d\u00e9fendues par les opprim\u00e9s eux-m\u00eames\u2026 Il n\u2019en reste pas moins que, parce que ce processus a lieu loin du regard intimidant du public et qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019imp\u00e9ratif en termes de r\u00e9sultat artistique, les spect-acteurs qui se saisissent de cet outil peuvent se permettre d\u2019oser prendre la parole, se faire force de proposition, de <i>jouer<\/i>, d\u2019exposer leurs d\u00e9saccords, de travailler sur leurs contradictions, dans un format qui admet l\u2019h\u00e9sitation, l\u2019\u00e9chec et l\u2019impasse comme des \u00e9tapes n\u00e9cessaires de la lutte, par lesquelles il faut passer pour pouvoir les d\u00e9passer. Cela permet aussi de tester les limites de chacun et du groupe, ce qui s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire pour conna\u00eetre ses propres forces avant de passer \u00e0 l\u2019action et d\u2019en assumer r\u00e9ellement les cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>En tant qu\u2019outil d\u2019outil d\u2019entra\u00eenement militant, on pourrait m\u00eame imaginer, comme l\u2019ont fait Pierre Razdac et Patrick Semp\u00e9ray<sup><a id=\"identifier_35_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Pseudonyme\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_35_6107\">36<\/a><\/sup>*, militants de la LCR, que le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 pourrait permettre de modifier les pratiques militantes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019organisation, du parti, pour en faire \u00e9voluer le fonctionnement. Un parti qui \u00ab\u2009s\u2019il est porteur de la transformation des rapports\u2009\u00bb a tendance \u00e0 \u00ab\u2009les enfermer dans un fonctionnement rigide et coercitif<sup><a id=\"identifier_36_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Pierre Razdac, \u00ab\u2009Le \u201cTh\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\u201d\u2009\u00bb, art. cit., p.\u00a030.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_36_6107\">37<\/a><\/sup> \u00bb. Ce th\u00e9\u00e2tre est envisag\u00e9 par ces militants, non pas en tant qu\u2019il pourrait devenir un outil au service de l\u2019intervention politique publique du parti, mais comme une \u00ab\u00a0pratique\u00a0\u00bb au sein du parti, pour mettre au jour et palier \u00e0 des dysfonctionnements internes. Si le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 directement en politique par Boal lui-m\u00eame pendant son mandat de <i>Vereador<\/i> \u00e0 la chambre l\u00e9gislative de Rio de Janeiro comme outil de consultation de la population, permettant d\u2019inclure davantage le peuple dans les d\u00e9cisions politiques \u2014 ce qui est actuellement repris au Portugal \u2014, on peut poser l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une utilisation des techniques de ce th\u00e9\u00e2tre par des militants, non pas comme outil d\u2019intervention mais au sein de leur propre organisation, afin de faire \u00e9voluer leurs propres pratiques politiques.<\/p>\n<p><b>Au-del\u00e0 du th\u00e9\u00e2tre-forum<\/b><\/p>\n<p>La perspective adopt\u00e9e dans cet article \u00e9tait celle d\u2019une lecture de la po\u00e9tique de l\u2019opprim\u00e9 permettant de sortir du cadre quelque peu id\u00e9alis\u00e9, trompeur voire tronqu\u00e9 du seul th\u00e9\u00e2tre-forum. Cette approche permet d\u2019insister sur le fonctionnement du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 en tant que m\u00e9thode, ce qui conduit \u00e0 reformuler les d\u00e9finitions de certains des termes sur lesquels se fonde la po\u00e9tique de l\u2019opprim\u00e9 (le spect-acteur, le Joker). Une m\u00e9thode destin\u00e9e \u00e0 se r\u00e9pandre le plus largement possible, de fa\u00e7on \u00e0 ce que tous ceux qui en ont besoin puissent y avoir recours. C\u2019est d\u2019ailleurs pour cette raison que, d\u2019une part, le C\u00e9ditade a pendant plusieurs ann\u00e9es concentr\u00e9 l\u2019essentiel de son activit\u00e9 sur l\u2019organisation de dizaines de stages et d\u2019ateliers, afin de diffuser cette m\u00e9thode \u00e0 travers le pays et le monde\u00a0; et d\u2019autre part, que Boal \u00a0s\u2019est toujours refus\u00e9 \u00e0 apposer un \u00ab\u00a0copyright\u00a0\u00bb sur le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, refusant par-l\u00e0 d\u2019en contr\u00f4ler l\u2019appropriation et les usages qui pouvaient en \u00eatre faits (quoique parfois lourdement probl\u00e9matiques comme il le reconna\u00eet lui-m\u00eame)<sup><a id=\"identifier_37_6107\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Augusto Boal, \u00ab\u00a0Le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, outil d\u2019\u00e9mancipation\u00a0\u00bb, in Paul Biot et al., Th\u00e9\u00e2tre et d\u00e9veloppement. De l\u2019\u00e9mancipation \u00e0 la r\u00e9sistance, Bruxelles, Colophon, p. 49.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#footnote_37_6107\">38<\/a><\/sup>. \u00c0 contre-courant d\u2019une lecture du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 qui verrait dans le th\u00e9\u00e2tre-forum sa forme la plus aboutie (qui s\u2019apparente souvent, en r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 du spectacle-forum), on peut en proposer une autre lecture. Celle d\u2019un th\u00e9\u00e2tre comme espace et outil d\u2019entra\u00eenement, d\u2019<i>activist training<\/i>. Cela ne permet certes pas de surmonter toutes les contradictions et les impens\u00e9s qui traversent le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\u00a0: le continuum entre l\u2019action fictive et l\u2019action politique, que Boal con\u00e7oit d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s m\u00e9canique, presque magique\u00a0; la difficult\u00e9 \u00e0 tisser th\u00e9\u00e2tralement le particulier et le g\u00e9n\u00e9ral, entre l\u2019individuel et le collectif\u00a0; la tension entre ce qui rel\u00e8ve des comportements individuels et ce qui est syst\u00e9mique\u00a0; l\u2019autorit\u00e9 que repr\u00e9sente la figure du Joker, investit d\u2019un pouvoir et d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 incontestable, etc. Toutes ces probl\u00e9matiques m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre pens\u00e9es, mais \u00e0 la lumi\u00e8re d\u2019une approche globale du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 comme m\u00e9thode politique. Ne pas n\u00e9gliger cet aspect fondamental de la po\u00e9tique de l\u2019opprim\u00e9, c\u2019est aussi en conserver intacte sa radicalit\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"ssba ssba-wrap\">\n<div><\/div>\n<\/div>\n<ol class=\"footnotes\">\n<li id=\"footnote_0_6107\" class=\"footnote\">Julian Boal, \u00ab\u00a0Origines et d\u00e9veloppement du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Opprim\u00e9 en France\u00a0\u00bb, in C. Biet et O. Neveux (dir.), <i>Une histoire du spectacle militant (1966-1981)<\/i>, Vic la Gardiole, L\u2019Entretemps, 2007, p.\u00a0226. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_0_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_1_6107\" class=\"footnote\">Augusto Boal, <i>Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9<\/i>, Paris, La D\u00e9couverte, 1996, p.\u00a015. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_1_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_2_6107\" class=\"footnote\"><i>Ibid<\/i>., p.\u00a08. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_2_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_3_6107\" class=\"footnote\">Sur ce sujet pr\u00e9cis\u00e9ment, voir mon article <b>\u00ab\u00a0<\/b>R\u00e9alit\u00e9(s) et fantasme(s) d\u2019un th\u00e9\u00e2tre <i>du peuple br\u00e9silien<\/i>\u00a0: Du <i>Teatro Arena <\/i>au <i>Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9<\/i>, Augusto Boal et l\u2019id\u00e9e de th\u00e9\u00e2tre populaire\u00a0\u00bb, <i>Cahier d\u2019\u00e9tudes romanes, n\u00b0\u00a035,<\/i> \u00ab\u00a0Le peuple\u00a0: th\u00e9ories, discours et repr\u00e9sentations\u00a0\u00bb, PUP, 2017, p.\u00a0449-460. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_3_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_4_6107\" class=\"footnote\">Fernando Peixoto, \u00ab\u2009L\u2019histoire au secours du th\u00e9\u00e2tre br\u00e9silien\u2009\u00bb, trad. Jacques Thi\u00e9riot, in <i>Travail th\u00e9\u00e2tral n\u00b0\u00a032-33<\/i>, 1979, p.\u00a050. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_4_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_5_6107\" class=\"footnote\">Teatro de Arena, \u00ab\u2009De Marcel Achard \u00e0 Oduvaldo Vianna Filho. Le Teatro de Arena de S\u00e3o Paulo\u2009\u00bb, <i>Th\u00e9\u00e2tre Populaire n\u00b0\u00a036<\/i>, 1959, p.\u00a074. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_5_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_6_6107\" class=\"footnote\">Richard Roux, <i>Le th\u00e9\u00e2tre Arena, S\u00e3o Paulo\u00a01953-1977\u00a0: du \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre en rond\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre populaire\u00a0\u00bb, <\/i>Aix-en-Provence, Universit\u00e9 de Provence, 1991, p.\u00a0140. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_6_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_7_6107\" class=\"footnote\">Augusto Boal, <i>Hamlet and the Baker\u2019s Son. My Life in theater and Politics. <\/i>Londres, Routledge, 2001, p.\u00a0182. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_7_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_8_6107\" class=\"footnote\">Augusto Boal, \u00ab\u00a0Cat\u00e9gories du th\u00e9\u00e2tre populaire\u00a0\u00bb, <i>Travail th\u00e9\u00e2tral n\u00b0\u00a06<\/i>, 1972, p.\u00a05. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_8_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_9_6107\" class=\"footnote\">Augusto Boal. \u00ab\u2009Cat\u00e9gories du th\u00e9\u00e2tre populaire\u2009\u00bb. <i>Travail Th\u00e9\u00e2tral\u00a0<\/i>6. (1972) p.\u00a020. Accentuation de l\u2019auteur. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_9_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_10_6107\" class=\"footnote\">Augusto Boal, <i>Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9<\/i>, Paris, La D\u00e9couverte, 1996, p.\u00a021. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_10_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_11_6107\" class=\"footnote\"><i>Ibid<\/i>., p.\u00a025. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_11_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_12_6107\" class=\"footnote\">David Davis et Carmel O\u2019Sullivan, \u201cBoal and the Shifting Sands : the Un-Political Master Swimmer\u201d,<i> New Theatre Quarterly n\u00b063<\/i>, 2000, p. 294. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_12_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_13_6107\" class=\"footnote\">Sceptique \u00e0 ce propos, Carmel O\u2019Sullivan a d\u2019ailleurs \u00e9crit un article dans lequel elle chercher \u00e0 d\u00e9montrer que Boal s\u2019\u00e9loigne fortement du marxisme pour se diriger vers une approche comportementale et individuelle de l\u2019\u00e9mancipation plut\u00f4t que vers un vrai questionnement sur le pouvoir et la transformation de la soci\u00e9t\u00e9 dans sa globalit\u00e9. Voir Carmel O\u2019Sullivan, \u00ab\u00a0Seraching for the Marxist in Boal\u00a0\u00bb, <i>Research in Drama Education\u00a0: The Journal of Applied Theatre and Performance n\u00b06<\/i>, 2001, p. 85-97. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_13_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_14_6107\" class=\"footnote\">Augusto Boal et \u00c9mile Copfermann, \u00ab\u00a0Au peuple, les moyens de la production th\u00e9\u00e2trale\u00a0\u00bb, <i>Travail th\u00e9\u00e2tral n\u00b0\u00a026<\/i>, 1977, p.\u00a0120-126. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_14_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_15_6107\" class=\"footnote\">Augusto Boal relate en d\u00e9tail cette rencontre dans son autobiographie <i>Hamlet and the Baker\u2019s Son\u00a0: My Life in Theatre and Politics<\/i>, Londres, Routledge, 2001, p. 194. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_15_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_16_6107\" class=\"footnote\">Olivier Neveux, \u00ab\u2009Difficult\u00e9s de l\u2019\u00e9mancipation. Remarques sur la th\u00e9orie du \u201cTh\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\u201d\u2009\u00bb, <i>Tumultes n\u00b0\u00a042, <\/i>2014\/1, p.\u00a0192. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_16_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_17_6107\" class=\"footnote\">Concernant l\u2019histoire du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, voir Sophie Coudray, <i>Histoire politique et esth\u00e9tique du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 en France de ses origines aux ann\u00e9es 1990<\/i>, th\u00e8se de doctorat sous la direction d\u2019Olivier Neveux, soutenue \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Lyon II en 2017. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_17_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_18_6107\" class=\"footnote\">Olivier Neveux, \u00ab\u00a0Difficult\u00e9s de l\u2019\u00e9mancipation. Remarques sur la th\u00e9orie du \u00ab\u00a0Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb, <i>art. cit.<\/i>, p.\u00a0195. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_18_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_19_6107\" class=\"footnote\">Frances Babagge. <i>Augusto Boal.<\/i> Londres, Routledge, 2004. p.\u00a041. Accentuation de l\u2019auteur. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_19_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_20_6107\" class=\"footnote\">Augusto Boal, <i>Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9<\/i>, <i>op. cit<\/i>., p.\u00a047. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_20_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_21_6107\" class=\"footnote\">\u00c9mile Copfermann, \u00ab\u2009Le \u201cTh\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\u201d\u2009\u00bb, <i>Critique communiste n\u00b0\u00a028, <\/i>2e trimestre\u00a01979, p.\u00a029. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_21_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_22_6107\" class=\"footnote\">Augusto Boal, <i>Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, op. cit<\/i>., p.\u00a033-34. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_22_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_23_6107\" class=\"footnote\">Augusto Boal, \u00ab\u2009Cat\u00e9gories du th\u00e9\u00e2tre populaire\u2009\u00bb, <i>art. cit<\/i>., p.\u00a016. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_23_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_24_6107\" class=\"footnote\">Augusto Boal, <i>Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, op. cit<\/i>., p.\u00a035. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_24_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_25_6107\" class=\"footnote\">Paulo Freire, <i>P\u00e9dagogie de l\u2019autonomie<\/i>, <i>op. cit<\/i>., p.\u00a091. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_25_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_26_6107\" class=\"footnote\">Pseudonyme [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_26_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_27_6107\" class=\"footnote\">Pierre Razdac, \u00ab\u2009Le \u201cTh\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\u201d\u2009\u00bb, <i>Critique communiste n\u00b0\u00a028<\/i>, 1979, p.\u00a023. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_27_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_28_6107\" class=\"footnote\">Jan Cohen-Cruz, <i>Engaging Performance, Theatre as Call and Response<\/i>, Londres, Routledge, 2010, p. 43. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_28_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_29_6107\" class=\"footnote\">Paulo Freire, <i>P\u00e9dagogie de l\u2019autonomie<\/i>, <i>op. cit<\/i>., p.\u00a040. Accentuation de l\u2019auteur. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_29_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_30_6107\" class=\"footnote\">Paulo Freire,<i> La p\u00e9dagogie des opprim\u00e9s<\/i>, Paris, Fran\u00e7ois Maspero, 1977, p.\u00a0129. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_30_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_31_6107\" class=\"footnote\">Augusto Boal, <i>Jeux pour acteurs et non-acteurs, <\/i>Paris, La D\u00e9couverte, 2004, p.\u00a0206. Accentuation de l\u2019auteur. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_31_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_32_6107\" class=\"footnote\">Voir \u00e0 ce propos l\u2019article de Cl\u00e9ment Poutot, \u00ab\u2009La projection identitaire dans le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\u2009\u00bb, <i>revue \u00bf Interrogations\u2009?<\/i>, <i>Identit\u00e9 plurielle et projection identitaire<\/i>, http:\/\/www.revue-interrogations.org\/La-projectionidentitaire- [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_32_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_33_6107\" class=\"footnote\">Jean-Gabriel Carasso, \u00ab\u00a0Point de vue\u00a0\u00bb, <i>Bulletin du C\u00e9ditade n\u00b09<\/i>, 1983, p. 40-41. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_33_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_34_6107\" class=\"footnote\">Julian Boal, \u00ab\u2009\u201cC\u2019est quand le th\u00e9\u00e2tre finit que notre travail commence\u201d\u00a0: L\u2019exemple du Jana Sanskriti en Inde\u2009\u00bb, in Jean-Marc Lachaud et Olivier Neveux (dir.), <i>Changer l\u2019art, transformer la soci\u00e9t\u00e9. Art et politique 2<\/i>, Paris, L\u2019Harmattan, 2009, p.\u00a0141. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_34_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_35_6107\" class=\"footnote\">Pseudonyme [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_35_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_36_6107\" class=\"footnote\">Pierre Razdac, \u00ab\u2009Le \u201cTh\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\u201d\u2009\u00bb,<i> art. cit.<\/i>, p.\u00a030. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_36_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_37_6107\" class=\"footnote\">Augusto Boal, \u00ab\u00a0Le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, outil d\u2019\u00e9mancipation\u00a0\u00bb, in Paul Biot et al., <i>Th\u00e9\u00e2tre et d\u00e9veloppement. De l\u2019\u00e9mancipation \u00e0 la r\u00e9sistance<\/i>, Bruxelles, Colophon, p. 49. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/#identifier_37_6107\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n<div class=\"author-bio\">Sophie Coudray<\/div>\n<div class=\"relatedposts\">\n<h4>\u00c0 lire aussi :<\/h4>\n<h4>Du m\u00eame auteur<\/h4>\n<ul>\n<li><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/lartiste-comme-producteur\/\" rel=\"external\">L\u2019artiste comme producteur<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/la-radicalite-politique-du-theatre-de-lopprime\/\">Source\u00a0<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Sophie Coudray Le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9, plus souvent pens\u00e9 sous la forme du th\u00e9\u00e2tre-forum, est devenu l\u2019un des passages oblig\u00e9s des mouvements sociaux, et m\u00eame, au-del\u00e0, des happening soi-disant participatifs sous l\u2019\u00e9gide des entreprises ou des subventions publiques. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 de ses objectifs initiaux, n\u00e9s du th\u00e9\u00e2tre populaire br\u00e9silien et de ses apories, le &#8230; <a title=\"La radicalit\u00e9 politique du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3780\" aria-label=\"En savoir plus sur La radicalit\u00e9 politique du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3781,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,21,36],"tags":[32,15,350],"class_list":["post-3780","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-amerique-du-sud","category-anti-imperialisme","category-europe","tag-culture","tag-resistance","tag-sophie-coudray"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3780","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3780"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3780\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3782,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3780\/revisions\/3782"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3781"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3780"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3780"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3780"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}