{"id":3786,"date":"2018-08-15T14:31:32","date_gmt":"2018-08-15T13:31:32","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3786"},"modified":"2018-06-05T14:40:04","modified_gmt":"2018-06-05T13:40:04","slug":"black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3786","title":{"rendered":"Black marxism : pour une politique de l\u2019inimaginable"},"content":{"rendered":"<header class=\"entry-header\">\n<h5 class=\"entry-title\"><span class=\"vcard\">Par Minkah Makalani <\/span><\/h5>\n<\/header>\n<div class=\"entry-summary\">\n<div class=\"featured-image\"><a title=\"Black marxism : pour une politique de l\u2019inimaginable\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/\"> <img decoding=\"async\" class=\"attachment-half-width size-half-width wp-post-image alignleft\" src=\"http:\/\/revueperiode.net\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/folk_10254_image.jpg\" alt=\"\" width=\"280\" height=\"500\" \/> <\/a><\/div>\n<div class=\"excerpt\">\n<p>La politique a \u00e9t\u00e9 commun\u00e9ment d\u00e9finie comme un \u00ab\u00a0art du possible\u00a0\u00bb. Or il se trouve que c\u2019est principalement notre imaginaire qui est \u00e0 m\u00eame de circonscrire le champ du possible. D\u00e8s lors, comment surmonter l\u2019\u00e9puisement et l\u2019\u00e9crasement de nos imaginations, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 il est plus facile de se figurer la fin de l\u2019humanit\u00e9 que la fin du capitalisme ? Dans ce texte \u00e9clairant, Minkah Makalani propose un rep\u00e9rage des id\u00e9es majeures du <i>Black marxism<\/i> en remarquant que cette tradition a ceci d\u2019unique qu\u2019elle a pour horizon un avenir \u00ab\u00a0inimaginable\u00a0\u00bb. En prenant pour t\u00e9moin Frantz Fanon, C.L.R. James et Amilcar Cabral, Makalani montre qu\u2019il est possible d\u2019intervenir en conjoncture en repoussant les limites de l\u2019imaginaire politique. En d\u2019autres termes, Makalani esquisse un tableau de la tradition noire radicale comme une invention de l\u2019inconnu, comme un art de l\u2019impossible.<\/p>\n<div class=\"printfriendly\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<div class=\"entry-content\">\n<div class=\"pf-content\">\n<p>En conclusion de ses deux \u0153uvres majeures, Frantz Fanon sugg\u00e8re une sorte d\u2019ouverture. \u00ab\u2009Le v\u00e9ritable saut\u2009\u00bb, nous dit-il \u00e0 la fin de <i>Peau noire, masques blancs<\/i>, \u00ab\u2009consiste \u00e0 introduire l\u2019invention dans l\u2019existence\u2009\u00bb. Fanon revient sur cette question de l\u2019invention dans <i>Les Damn\u00e9s de la terre<\/i>, o\u00f9 il d\u00e9clare, une fois de plus en conclusion, que pour faire progresser l\u2019humanit\u00e9, \u00ab\u2009il faut inventer, il faut d\u00e9couvrir (\u2026) il faut (\u2026) d\u00e9velopper une pens\u00e9e neuve, tenter de mettre sur pieds un homme neuf\u2009\u00bb. Fanon s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un homme nouveau qui existerait dans un monde nouveau, mais comme processus de transformation toujours \u00e0 l\u2019\u0153uvre plut\u00f4t que comme moment constituant. Toujours dans <i>Peau noire, masques blancs<\/i>, il nous avise du fait que \u00ab\u2009dans le monde o\u00f9 je m\u2019achemine, je me cr\u00e9e interminablement\u2009\u00bb. \u00ab\u2009Se cr\u00e9er interminablement\u2009\u00bb signifie moins se cr\u00e9er dans un but donn\u00e9 (la forme d\u00e9finitive de l\u2019homme nouveau, la d\u00e9mocratie de masse) que dans le sens d\u2019une orientation exp\u00e9rimentale tourn\u00e9e vers le social. Fanon n\u2019insinue pas qu\u2019il s\u2019ag\u00eet d\u2019un saut qui rel\u00e8verait de la foi, m\u00eame s\u2019il s\u2019agit bien d\u2019un saut dans l\u2019inconnu<sup><a id=\"identifier_0_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, Seuil, Paris, 1971, p.\u00a0186\u00a0; Les damn\u00e9s de la terre, Paris, La D\u00e9couverte, 2002, p.\u00a0305.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_0_6204\">1<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>L\u2019inconnu sugg\u00e9r\u00e9 par l\u2019invention fanonienne d\u00e9stabilise la conception habituelle de l\u2019avenir postcolonial pr\u00e9sum\u00e9. Ce que Fanon recherche avec l\u2019invention, correspond de mon point de vue \u00e0 ce que Hannah Arendt consid\u00e8re comme l\u2019essence m\u00eame de la libert\u00e9, la capacit\u00e9 \u00ab\u2009d\u2019appeler \u00e0 l\u2019existence quelque chose qui n\u2019existait pas auparavant (\u2026) pas m\u00eame comme un objet de connaissance ou d\u2019imagination<sup><a id=\"identifier_1_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Hannah Arendt, La crise de la culture, Paris, Gallimard, 1972, p.\u00a0196-197.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_1_6204\">2<\/a><\/sup>\u2009\u00bb. Autrement dit, le \u00ab\u2009saut\u2009\u00bb de Fanon, ne fait pas advenir un moi d\u00e9finitivement constitu\u00e9 ou une forme d\u2019organisation politique d\u00e9termin\u00e9e, mais quelque chose qui resterait impossible \u00e0 d\u00e9finir avant de le faire advenir concr\u00e8tement. Cette appr\u00e9hension d\u2019un avenir inconnu est aussi ce qui a amen\u00e9 C.L.R James \u00e0 d\u00e9clarer dans ce qui est probablement son travail le plus important, <i>Facing Reality<\/i> (\u00e9crit avec Grace Lee Boggs), qu\u2019\u00ab\u2009aucun groupe d\u2019individus ne peut anticiper les formations sociales \u00e0 venir<sup><a id=\"identifier_2_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. L. R. James and Grace Lee Boggs, Facing Reality: The New Society, Chicago, Charles H. Kerr Publishing Co., 2005, p.\u00a0133.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_2_6204\">3<\/a><\/sup>\u2009\u00bb. Il est \u00e9tonnant, alors que Fanon se concentre tellement sur l\u2019\u00eatre en tant que tel et James sur les formations politiques, que leurs deux approches produisent quelque chose de nouveau, dans un sens que peu d\u2019autres ont suivi, en tant que question centrale animant la pens\u00e9e politique noire.<\/p>\n<p>La question de l\u2019avenir (<i>futurity<\/i>) dans la pens\u00e9e politique noire n\u2019est gu\u00e8re originale. De l\u2019effort des esclavagis\u00e9s pour arracher un avenir hors de l\u2019esclavage, \u00e0 la fiction sp\u00e9culative de W.E.B Du Bois ou Nalo Hopkinson, une telle orientation refl\u00e8te un \u00e9lan dont \u00c9douard Glissant parle en termes d\u2019\u00ab\u2009ethnopo\u00e9tique\u2009\u00bb, une pratique de l\u2019histoire visant \u00e0 \u00ab\u2009d\u00e9m\u00ealer un sens douloureux du temps et \u00e0 le projeter \u00e0 tout coup dans notre futur<sup><a id=\"identifier_3_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"\u00c9douard Glissant, Le discours antillais, Paris, Gallimard, 1997, p.\u00a0225-226.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_3_6204\">4<\/a><\/sup>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Un imaginaire noir radical de l\u2019avenir devrait toutefois garder \u00e0 l\u2019esprit que la limite inh\u00e9rente \u00e0 tout imaginaire est son enracinement dans les structures, celles des groupes politiques, les modes de domination et les pens\u00e9es qui en \u00e9mergent. Pour les radicaux noirs au sein des mouvements marxistes, l\u2019int\u00e9r\u00eat du marxisme est son modernisme, cette pr\u00e9tention des Lumi\u00e8res \u00e0 un avenir connaissable, qui ne remet pas en cause la conception moderne du progr\u00e8s humain. Fanon et James repr\u00e9sentent ainsi un courant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du mouvement marxiste noir qui est orient\u00e9 vers l\u2019avenir, mais qui r\u00e9siste \u00e0 cette tendance.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que cela peut alors signifier que de viser l\u2019inimaginable\u2009? Si l\u2019on ne peut pas imaginer ou esquisser en termes concrets quel monde on d\u00e9sire, ne vaudrait-il pas mieux consacrer une telle puissance de r\u00e9flexion \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des opportunit\u00e9s offertes par la vie, les al\u00e9as \u00e9lectoraux de l\u2019actualit\u00e9 politique, ou les structures sociales existantes, dont les effets ont des cons\u00e9quences imm\u00e9diates sur la vie quotidienne des gens\u2009? Est-il possible ou m\u00eame utile, de poursuivre une forme d\u2019organisation politique ou un mode de gouvernance dont nous n\u2019avons aucune exp\u00e9rience, ni r\u00e9f\u00e9rence historique, ni m\u00eame le langage th\u00e9orique avec lequel articuler cette forme\u2009? Autrement dit, qu\u2019est-ce que l\u2019on gagne \u00e0 tenter de conceptualiser ce qui est au-del\u00e0 de toute repr\u00e9sentation possible\u2009? Quelles possibilit\u00e9s cr\u00e9atrices peuvent na\u00eetre du fait de laisser l\u2019avenir ind\u00e9termin\u00e9\u2009?<\/p>\n<p>Je d\u00e9fends ici l\u2019id\u00e9e que l\u2019inimaginable politique consiste moins \u00e0 se focaliser sur l\u2019avenir, qu\u2019\u00e0 saisir comment d\u00e9passer les limites de l\u2019imagination politique. L\u2019inimaginable et l\u2019imaginable devraient \u00eatre per\u00e7us comme accomplissant deux fonctions distinctes plut\u00f4t qu\u2019en opposition l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. Selon le philosophe am\u00e9ricain Richard Rorty, nous devrions voir \u00ab\u2009l\u2019imagination non comme une facult\u00e9 de produire des images mentales, mais comme une capacit\u00e9 \u00e0 transformer les pratiques sociales\u2009\u00bb, ce qui implique un nouveau d\u00e9ploiement d\u2019\u00ab\u2009\u00e9critures et de sons\u2009\u00bb (\u00ab\u2009<i>marks and noises\u2009<\/i>\u00bb) d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9s et l\u00e9gitim\u00e9s, de proc\u00e9dures et d\u2019id\u00e9es disponibles. Pour le th\u00e9oricien politique Sheldon Wolin, l\u2019imaginaire politique \u00ab\u2009implique d\u2019aller au-del\u00e0 et de d\u00e9fier les capacit\u00e9s habituelles, les inhibitions et contraintes concernant le pouvoir, ses limites appropri\u00e9es et ses mauvais usages\u2009\u00bb, une imagination qui ne marque \u00ab\u2009pas une simple am\u00e9lioration, mais un saut quantitatif tout en pr\u00e9servant n\u00e9anmoins des \u00e9l\u00e9ments familiers\u2009\u00bb. Que ce soit sur le mode optimiste de Rorty ou sur le mode pessimiste de Wolin, l\u2019imaginaire restreint le domaine du possible \u00e0 ce qui est raisonnable, appropri\u00e9 ou fait sens. Il n\u2019est pas anodin de ce fait, que Rorty oppose l\u2019imagination et ce qui est \u00ab\u2009purement fantastique\u2009\u00bb, les id\u00e9es et nouveaut\u00e9s \u00ab\u2009que nous ne pouvons pas nous approprier ni utiliser, nous les qualifions de stupides, ou peut-\u00eatre folles<sup><a id=\"identifier_4_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Richard Rorty, Philosophy as Cultural Politics, Cambridge University Press, 2007, p.107; Sheldon Wolin, Democracy Incorporated: Managed Democracy and the Specter of inverted Totalitarianism, Princeton University Press, 2009, p.18.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_4_6204\">5<\/a><\/sup>.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>De ce point de vue, il peut effectivement sembler fou de viser un avenir politique que l\u2019on ne peut se repr\u00e9senter. Et pourtant l\u2019inimaginable, pour autant qu\u2019il ne revendique rien qui ne soit bas\u00e9 sur des \u00ab\u2009\u00e9critures et des sons\u2009\u00bb, repr\u00e9sente un saut qui permet de se d\u00e9barrasser des jugements familiers et des formes de domination, et qui commence juste au-del\u00e0 des limites de l\u2019imaginable. Je rejoins ici Richard Iton, dans sa critique du\u00a0\u00ab\u2009fantastique comme un genre qui d\u00e9stabilise, au moins momentan\u00e9ment, notre compr\u00e9hension de ce qui distingue le raisonnable du d\u00e9raisonnable, et la raison elle-m\u00eame, ce qui est convenable de l\u2019inconvenable et la convenance, et la convenance elle-m\u00eame, en mettant en jeu ces potentiels que l\u2019on avait oubli\u00e9s ou que l\u2019on ne pensait pas accessibles ou faisables [dont] les effets ne sont pas tous si diff\u00e9rents de ceux de la \u201cn\u00e9gritude\u201d, avec ses externalit\u00e9s compulsives et ses cons\u00e9quences non intentionnelles<sup><a id=\"identifier_5_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Richard Iton, In Search of the Black Fantastic: Politics and Popular Culture in the Post-Civil Rights Era, Oxford University Press, 2008, p. 289-90.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_5_6204\">6<\/a><\/sup>.\u2009\u00bb Si l\u2019on consid\u00e8re la mani\u00e8re dont Iton lie la n\u00e9gritude au fantastique comme comparable au lien entre la blanchit\u00e9 et l\u2019imaginaire, alors l\u2019inimaginable signifie un \u00e9lan vers l\u2019impossible, vers la n\u00e9gritude non pas comme un r\u00e9f\u00e9rent corporel, mais comme un mode d\u2019analyse exc\u00e9dant les proc\u00e9dures et les cadres d\u00e9j\u00e0 disponibles dans la poursuite d\u2019une vision ad\u00e9quate pour d\u00e9chiffrer les r\u00e8gles de la modernit\u00e9 \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire, de la colonialit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019inimaginable politique commence pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 se situe l\u2019impossible, l\u2019inadmissible, ou la pens\u00e9e insens\u00e9e, sa valeur reposant dans son refus du besoin de conna\u00eetre ou de nommer le futur\u00a0; son insistance \u00e0 faire exister ce qui n\u2019a jusqu\u2019alors \u00e9t\u00e9 ni pens\u00e9 ni tent\u00e9\u00a0; puisant dans les exp\u00e9riences et mouvements des peuples, les cadres, les termes, et les pratiques par lesquels nous pourrions aborder des r\u00e9alit\u00e9s jusqu\u2019ici non envisag\u00e9es\u00a0; les rapports sociaux, les regroupements politiques, les modes de gouvernance, qui refusent le pouvoir politique, la souverainet\u00e9, l\u2019\u00c9tat, et cherchent des alternatives \u00e0 la d\u00e9mocratie, \u00e0 l\u2019anarchie, ou au socialisme. L\u2019approche marxiste noire de l\u2019inimaginable politique dessine une mosa\u00efque dans laquelle nous pouvons reconna\u00eetre la qu\u00eate de ce que Nelson Maldonado-Torres, \u00e0 la suite de Sylvia Wynter, appelle une politique qui assume \u00ab\u2009un horizon dans lequel la vie humaine serait possible dans toute son abondance\u2009\u00bb, qui \u00ab\u2009produit des \u00e9pist\u00e9mologies et des politiques qui affirment l\u2019id\u00e9e qu\u2019un \u201cautre monde est possible\u201d<sup><a id=\"identifier_6_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Nelson Maldonado-Torres, After War: Views from the Underside of Modernity, Duke University Press, 2008, p.\u00a07.f\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_6_6204\">7<\/a><\/sup>\u2009\u00bb. En bref, une politique qui rend possible l\u2019inimaginable politique.<\/p>\n<p>En 1958, C.L.R James est retourn\u00e9 dans sa Trinidad natale, o\u00f9 il a accept\u00e9 de travailler dans le mouvement d\u2019Eric Williams, le <i>People\u2019s National Movement<\/i>, le parti qui a conduit Trinidad \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. Cependant, James \u00e9tait moins pr\u00e9occup\u00e9 par la fin de la domination coloniale au niveau formel, que par le mode de gouvernance que la F\u00e9d\u00e9ration des Indes occidentales allait mettre en place. De son point de vue se posaient deux probl\u00e8mes principaux\u00a0: premi\u00e8rement la nature de l\u2019\u00c9tat carib\u00e9en apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance\u00a0; et deuxi\u00e8mement, le fait que la Cara\u00efbe, en tant qu\u2019ancienne colonie, soit encline au totalitarisme. Ce n\u2019est pas une co\u00efncidence si, \u00e0 cette \u00e9poque, James s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9 depuis longtemps dans une r\u00e9\u00e9valuation des contours th\u00e9oriques du marxisme, qui a notamment culmin\u00e9 dans ses <i>Notes on Dialectics<\/i>. Au moment o\u00f9 il est retourn\u00e9 \u00e0 Trinidad, il \u00e9tait ouvertement en train de tracer les contours d\u2019un marxisme ind\u00e9pendant, qui excluait la pr\u00e9tention d\u2019une conception t\u00e9l\u00e9ologico-politique de l\u2019avenir. De mani\u00e8re sans doute plus frappante, il a \u00e9galement critiqu\u00e9 ouvertement la gouvernance d\u00e9mocratique lib\u00e9rale, la pens\u00e9e des Lumi\u00e8res et, le plus r\u00e9v\u00e9lateur encore, sans doute, particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019aube de l\u2019ind\u00e9pendance, est d\u2019avoir fourni l\u00e0 son premier effort public d\u2019\u00e9laboration d\u2019une nouvelle forme de d\u00e9mocratie au-del\u00e0 de l\u2019\u00c9tat-nation. James consid\u00e8re l\u2019\u00c9tat-nation comme un anachronisme, \u00ab\u2009une des causes de la d\u00e9gradation de la soci\u00e9t\u00e9 moderne\u2009\u00bb. Malgr\u00e9 le \u00ab\u2009pouvoir et malgr\u00e9 la d\u00e9ch\u00e9ance \u00e0 laquelle [l\u2019\u00c9tat-nation] r\u00e9duit les hommes qui tentent de la gouverner, il n\u2019atteint jamais son but<sup><a id=\"identifier_7_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. L. R. James, Modern Politics, Port-of-Spain, Trinidad, P.N.M. Publishing Co., 1960 (r\u00e9\u00e9dition\u00a0: Detroit, Bewick\/ed, 1973), p.\u00a084.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_7_6204\">8<\/a><\/sup>\u2009\u00bb. Tel \u00e9tait le paysage intellectuel dans lequel James a nourri de l\u2019espoir pour la F\u00e9d\u00e9ration Indienne-occidentale \u2014 une forme d\u2019organisation politique et de sociabilit\u00e9 qui, comme un archipel, bien que structur\u00e9 sur le mod\u00e8le de l\u2019\u00c9tat-nation, maintenait n\u00e9anmoins la possibilit\u00e9 d\u2019un au-del\u00e0 de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale. Autrement dit, en rejetant l\u2019\u00c9tat-nation, comme objectif normatif de la lib\u00e9ration anticoloniale dans les Cara\u00efbes, James consid\u00e9rait la F\u00e9d\u00e9ration comme un processus, une forme d\u2019ordre social qui pourrait \u00e9voluer au-del\u00e0 de ses propres hypoth\u00e8ses sous-jacentes, modernistes.<\/p>\n<p>\u00c0 d\u2019importants \u00e9gards, James \u00e9tait concern\u00e9 par la question du r\u00e9gime politique moderne et par le fonctionnement de la postcolonialit\u00e9. La premi\u00e8re fois que James avait quitt\u00e9 Trinidad en 1936, il s\u2019\u00e9tait donn\u00e9 beaucoup de mal pour attester de la modernit\u00e9 carib\u00e9enne. Cependant, dans les ann\u00e9es\u00a01960, il consid\u00e9rait la modernit\u00e9 carib\u00e9enne comme un probl\u00e8me, alertant sur le risque qu\u2019il y avait \u00e0 croire que la soci\u00e9t\u00e9 carib\u00e9enne \u00e9tait \u00ab\u2009tellement \u00e9duqu\u00e9e par les Britanniques, que l\u2019instinct de la d\u00e9mocratie serait \u00e9tabli parmi nous\u2009\u00bb. James insiste sur l\u2019h\u00e9ritage colonial de l\u2019esclavage des Cara\u00efbes plut\u00f4t que sur la d\u00e9mocratie. \u00ab\u2009[Q]uand vous \u00eates dirig\u00e9s par un pouvoir imp\u00e9rialiste\u2009\u00bb, soutient-il \u00ab\u2009les forces arm\u00e9es d\u00e9cident. Dans le contexte de l\u2019esclavage, on vit avec les forces arm\u00e9es au quotidien, \u00e0 chaque heure de la journ\u00e9e. Ce qui est \u00e9tabli ce n\u2019est pas la d\u00e9mocratie, mais la subordination au pouvoir, en acte ou potentielle.\u2009\u00bb James se souciait de l\u2019h\u00e9ritage laiss\u00e9 par la modernit\u00e9 au sein de l\u2019Empire\u00a0; autrement dit, il avait pleinement conscience du fait que les Cara\u00efbes n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9es par un r\u00e9gime d\u00e9mocratique moderne\u00a0; ou plut\u00f4t qu\u2019il existait une r\u00e9gion, relevant de l\u2019exception, sans loi commune si ce n\u2019est la violence coloniale. C\u2019est ce que James voulait dire quand il tirait la conclusion que les Cara\u00efbes montraient \u00ab\u2009tous les signes du fait que la tendance au pouvoir nu et \u00e0 une brutalit\u00e9 nue, cons\u00e9quence du d\u00e9veloppement historique de l\u2019Inde occidentale, est ici tout autour de nous.\u2009\u00bb Les dirigeants politiques locaux savent qu\u2019ils doivent gagner les \u00e9lections, \u00ab\u2009mais qu\u2019apr\u00e8s cela, le seul type de gouvernement et le seul concept social de gouvernement, leur pratique du gouvernement, est celle des anciens gouverneurs coloniaux<sup><a id=\"identifier_8_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C. L. R. James, Party Politics in the West Indies, Trinidad, Vedic Enterprises LTD, 1962, p.\u00a0122.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_8_6204\">9<\/a><\/sup>.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>James quittera Trinidad pour Londres et en 1966, avec sa femme Selma James, il a commenc\u00e9 \u00e0 diriger un groupe d\u2019\u00e9tudes r\u00e9gulier sur le marxisme avec des \u00e9tudiants carib\u00e9ens comme Norman Girvan et Walter Rodney. Ce groupe d\u2019\u00e9tude a \u00e9t\u00e9 d\u2019une importance capitale pour nombre de jeunes \u00e9tudiants carib\u00e9ens. Comme le rappelle Walter Rodney, la gauche britannique n\u2019avait, \u00e0 cette \u00e9poque, que peu \u00e0 offrir aux noirs. \u00ab\u2009Le contexte politique en Grande-Bretagne\u2009\u00bb, se rappelle-t-il \u00ab\u2009n\u2019\u00e9tait absolument pas propice au d\u00e9veloppement d\u2019une pens\u00e9e marxiste ind\u00e9pendante\u2009\u00bb. C.L.R. et Selma James proposaient une nouvelle mani\u00e8re de recourir au marxisme, qui s\u2019est montr\u00e9e tr\u00e8s productive pour de nombreux jeunes militants noirs. C\u2019est notamment dans le cadre de ce groupe d\u2019\u00e9tude que James aurait d\u00e9clar\u00e9 un soir\u00a0: \u00ab\u2009l\u2019origine de notre nation, c\u2019est les Marrons, qui se sont \u00e9chapp\u00e9s des plantations et se sont cach\u00e9s dans les montagnes. Ce sont eux les v\u00e9ritables fondateurs de la nation ha\u00eftienne. Croyez-moi<sup><a id=\"identifier_9_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Pour la citation de James, voir le documentaire W.A.R. Stories\u00a0: Walter Anthony Rodney, Roots and Culture media, 2010; Walter Rodney, Walter Rodney Speaks, The Making of an African Intellectual, Trenton NJ, Africa world Press, 1990, p.\u00a06.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_9_6204\">10<\/a><\/sup> !\u2009\u00bb<\/p>\n<p>En situant ainsi les origines de la nation carib\u00e9enne dans le marronnage, le rejet de l\u2019Occident par les esclaves, James reconnaissait dans le marronnage ha\u00eftien les germes d\u2019un projet d\u00e9colonial, un mode d\u2019organisation politique qui allait au-del\u00e0 des limites normatives de l\u2019\u00c9tat-nation. De cette fa\u00e7on, formulant sa pens\u00e9e concernant un avenir carib\u00e9en dans le marronnage, fonctionnait tout comme la \u00ab\u2009vision proph\u00e9tique du pass\u00e9\u2009\u00bb de Glissant, dans laquelle l\u2019insistance sur la centralit\u00e9 de l\u2019Afrique pour les Cara\u00efbes impliquait une critique de la modernit\u00e9. Examinons l\u2019appendice des<i> Jacobins noirs<\/i> de James, o\u00f9 il d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e que les Carib\u00e9ens \u00ab\u2009\u00e9taient et ont toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9s \u00e0 l\u2019occidentale\u2009\u00bb et ont \u00e9t\u00e9, par cons\u00e9quent, confin\u00e9s \u00ab\u2009dans une bande tr\u00e8s \u00e9troite du territoire social. Le premier pas vers la libert\u00e9 consistait \u00e0 partir \u00e0 l\u2019\u00e9tranger\u2009\u00bb. Le second, bien plus complexe, impliquait de \u00ab\u2009d\u00e9barrasser leur esprit du stigmate selon lequel tout ce qui \u00e9tait africain \u00e9tait inf\u00e9rieur et avili. La route menant \u00e0 l\u2019identit\u00e9 nationale antillaise passait par l\u2019Afrique<sup><a id=\"identifier_10_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"C.L.R. James, Les Jacobins noirs. Toussaint Louverture et la R\u00e9volution de Saint-Domingue, Paris, \u00e9ditions Amsterdam, 2017, p.\u00a0444.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_10_6204\">11<\/a><\/sup>.\u2009\u00bb\u00a0James pr\u00e9conise une rupture avec les structures de pens\u00e9e issues des modernes. C\u2019est \u00e9galement \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019il a commenc\u00e9 \u00e0 prendre davantage au s\u00e9rieux les rastafaris, en tant que mouvement politique et culturel rejetant la culture britannique et la civilisation occidentale, un point que Walter Rodney n\u2019a pas manqu\u00e9 de reprendre.<\/p>\n<p>Rappelant l\u2019influence de James sur sa pens\u00e9e politique et sur son engagement critique vis-\u00e0-vis du marxisme, le souvenir de Rodney concernant l\u2019\u00e9poque o\u00f9 James \u00e9tait \u00e0 Trinidad est celui de quelqu\u2019un qui, \u00e0 la diff\u00e9rence de tant d\u2019autres, \u00ab\u2009semble avoir \u00e9t\u00e9 le plus loin dans l\u2019acceptation de la n\u00e9cessit\u00e9 pour les Trinidadiens (et finalement pour les Carib\u00e9ens) de rompre avec leur pass\u00e9.\u2009\u00bb La rupture que recherchait James est celle qu\u2019Elsa Goveia appelait de ses v\u0153ux lorsqu\u2019elle a d\u00e9clar\u00e9 en 1965 qu\u2019\u00ab\u2009\u00e0 un moment ou un autre, il faudra que l\u2019on se confronte au fait que l\u2019on cherche la d\u00e9faite lorsque l\u2019on essaie de construire une nouvelle tradition de libert\u00e9 sur des structures sociales qui nous lient de beaucoup trop pr\u00e8s au vieil h\u00e9ritage de l\u2019esclavage\u2009\u00bb\u00a0; sugg\u00e9rant que les Carib\u00e9ens postcoloniaux avaient \u00e9chou\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre qu\u2019\u00ab\u2009une incompatibilit\u00e9 tr\u00e8s profonde r\u00e9sulte n\u00e9cessairement de l\u2019union fragile entre la d\u00e9mocratie et les vestiges accumul\u00e9s de l\u2019esclavage<sup><a id=\"identifier_11_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Walter Rodney, Walter Rodney Speaks, op. cit., p.\u00a016; Elsa V. Goveia, Slave Society in the British Leeward Islands at the End of the Eighteenth Century, New Haven et Londres, Yale University Press, 1965, p.\u00a0338.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_11_6204\">12<\/a><\/sup>.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Sans doute, le virage le plus important qui a \u00e9t\u00e9 pris face aux m\u00e9andres de la colonialit\u00e9 est venu d\u2019Amilcar Cabral, dont l\u2019attention port\u00e9e \u00e0 la culture a produit une rupture radicale avec les pr\u00e9ceptes marxistes communs concernant la lib\u00e9ration nationale. Alors que l\u2019int\u00e9r\u00eat de Cabral pour la culture rel\u00e8ve d\u2019un effort comparable \u00e0 ceux de Julius Nyerere et de L\u00e9opold Sedar Senghor, il commence avec une conception du mode de production comme \u00ab\u2009niveau des forces productives et syst\u00e8me de propri\u00e9t\u00e9\u2009\u00bb au sein de toute soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019il pr\u00e9sente, en opposition \u00e0 la classe, comme moteur de l\u2019histoire<i>. <\/i>Cabral exposera cette approche en 1966 \u00e0 la Conf\u00e9rence Tricontinentale de Cuba, rejetant la notion du temps historique des Lumi\u00e8res, qui d\u00e9termine l\u2019insistance du marxisme sur la lutte des classes comme moteur de l\u2019histoire, et place l\u2019Afrique, l\u2019Asie et l\u2019Am\u00e9rique Latine, hors de l\u2019histoire. Ce qui ressort fortement de cette d\u00e9claration, c\u2019est l\u2019effort r\u00e9alis\u00e9 par Cabral pour d\u00e9ployer le marxisme afin de penser les mouvements anticoloniaux et sa r\u00e9sistance \u00e0 la division au sein m\u00eame du marxisme entre les nations occidentales \u00ab\u2009avanc\u00e9es\u2009\u00bb et les nations non occidentales \u00ab\u2009recul\u00e9es\u2009\u00bb, alors que du fait de l\u2019imp\u00e9rialisme, les premiers satellisent les seconds dans une proximit\u00e9 historique avec l\u2019Occident et, ainsi, cr\u00e9ent les conditions pour la lutte prol\u00e9tarienne. En d\u00e9fendant l\u2019id\u00e9e que l\u2019imp\u00e9rialisme a \u00e9chou\u00e9 \u00e0 remplir ce r\u00f4le historique, Cabral d\u00e9crit l\u2019imp\u00e9rialisme comme l\u2019\u00ab\u2009usurpation par la violence du libre processus de d\u00e9veloppement de la totalit\u00e9 socio-\u00e9conomique domin\u00e9e\u2009\u00bb. Ainsi, la lib\u00e9ration nationale ne lib\u00e9rait pas une bourgeoisie indig\u00e8ne, qui aurait pos\u00e9 les bases d\u2019une prochaine lutte prol\u00e9tarienne. Le projet \u00e9tait de \u00ab\u2009lib\u00e9rer le processus de d\u00e9veloppement des forces de production nationales<sup><a id=\"identifier_12_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Am\u00edlcar Cabral, \u00ab\u00a0Theory as a Weapon\u00a0\u00bb, in Unity and Struggle: Speeches and Writings of Am\u00edlcar Cabral, New York, Monthly Review Press, 1979, p.124-25 et 130.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_12_6204\">13<\/a><\/sup>\u2009\u00bb. De ce fait, son \u00ab\u2009objectif principal [\u2026] va au-del\u00e0 de l\u2019accomplissement de l\u2019ind\u00e9pendance politique pour atteindre le niveau sup\u00e9rieur de la lib\u00e9ration compl\u00e8te\u2009\u00bb des moyens de production \u2014 en d\u2019autres termes, la possibilit\u00e9 pour les peuples de contr\u00f4ler leur histoire et leur culture. L\u2019enjeu pour Cabral n\u2019est pas le retour \u00e0 un pass\u00e9 pr\u00e9colonial, mais de favoriser le contexte qui rendra possible un nouvel \u00eatre social et de nouveaux rapports sociaux entre les peuples<sup><a id=\"identifier_13_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Am\u00edlcar Cabral, \u00ab\u00a0National Liberation and Culture\u00a0\u00bb, in Return to the Source: Selected Speeches of Am\u00edlcar Cabral, New York, Monthly Review Press, 1973, p.\u00a052.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_13_6204\">14<\/a><\/sup>. D\u00e8s son discours prononc\u00e9 \u00e0 Cuba, Cabral a consid\u00e9r\u00e9 le fait d\u2019engendrer \u00ab\u2009un niveau sup\u00e9rieur [\u2026] d\u2019appr\u00e9ciation des valeurs humaines\u2009\u00bb comme un objectif principal du socialisme.<\/p>\n<p>Cabral concevait la r\u00e9volution culturelle comme un projet d\u00e9colonial plus profond, dont la port\u00e9e d\u00e9passait la simple abolition formelle de la domination coloniale, un point qu\u2019il a abord\u00e9 sans d\u00e9tour lors d\u2019une rencontre en 1972 avec des activistes du Black Power \u00e0 New York. Quand on lui a demand\u00e9 sur quoi se baserait les structures juridiques en Guin\u00e9e-Bissau, Cabral a clairement dit qu\u2019ils n\u2019avaient int\u00e9r\u00eat \u00e0 pr\u00e9server \u00ab\u2009aucune des structures de l\u2019\u00c9tat colonial\u2009\u00bb, en insistant sur la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab\u2009d\u00e9truire totalement, de briser, de r\u00e9duire en cendres tous les aspects de l\u2019\u00c9tat colonial dans notre pays, afin de faire tout notre possible pour notre peuple<sup><a id=\"identifier_14_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Am\u00edlcar Cabral, \u00ab\u00a0Connecting the Struggles: An Informal Talk with Black Americans\u00a0\u00bb, in Return to the Source, op. cit., p.\u00a083.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_14_6204\">15<\/a><\/sup>\u2009\u00bb. D\u2019autres \u00c9tats africains ind\u00e9pendants avaient conserv\u00e9 des structures de gouvernance coloniales et simplement remplac\u00e9 les administrateurs coloniaux blancs par des natifs noirs, qui vivaient dans les m\u00eames maisons et se comportaient de la m\u00eame mani\u00e8re que les anciennes autorit\u00e9s coloniales. Cela a facilit\u00e9 l\u2019\u00e9mergence des postcolonies africaines. Cabral insistait sur le fait que la d\u00e9colonisation au Cap Vert\u2013Guin\u00e9e Bissau, en refusant de reproduire aussi bien le mod\u00e8le judiciaire colonial portugais que le syst\u00e8me appliqu\u00e9 au Portugal, impliquerait une nouvelle forme de gouvernance et un nouveau climat culturel\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Si vous voulez v\u00e9ritablement conna\u00eetre le sentiment de notre peuple \u00e0 ce propos, je peux vous dire que notre gouvernement ainsi que toutes ses institutions doivent changer de nature. Par exemple, nous ne devons pas utiliser les demeures occup\u00e9es par le pouvoir colonial de la m\u00eame mani\u00e8re que lui. Je propose \u00e0 notre parti que le Palais du gouvernement \u00e0 Bissau soit transform\u00e9 en une maison populaire de la culture, pas pour notre Premier ministre ou quelque chose comme \u00e7a (je ne pense pas que nous aurons de Premier ministre de toute fa\u00e7on). C\u2019est pour que les gens r\u00e9alisent qu\u2019ils ont vaincu le colonialisme \u2013 que ce temps est termin\u00e9 \u2013 il ne s\u2019agit pas que d\u2019une question de changement de peau. <i>C\u2019est vraiment tr\u00e8s important. C\u2019est le probl\u00e8me le plus important dans le mouvement de lib\u00e9ration. Le probl\u00e8me de la nature de l\u2019\u00c9tat cr\u00e9\u00e9 apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance est peut-\u00eatre le secret de l\u2019\u00e9chec de l\u2019ind\u00e9pendance africaine<\/i><sup><a id=\"identifier_15_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ibid., p.\u00a084.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_15_6204\">16<\/a><\/sup>.<\/p><\/blockquote>\n<p>En insistant ainsi sur une \u00ab\u2009autre nature\u2009\u00bb de gouvernement, en transformant le si\u00e8ge du gouvernement colonial en maison populaire de la culture, en n\u2019ayant pas de Premier ministre, en cultivant parmi le peuple l\u2019id\u00e9e que celui-ci a vaincu le colonialisme, et ainsi en faisant \u00ab\u2009tout notre possible pour notre peuple\u2009\u00bb, Cabral introduit la question de l\u2019\u00c9tat pour envisager la mani\u00e8re dont une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 pourrait ouvrir la voie \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un nouvel \u00eatre social.<\/p>\n<p>Il y a un \u00e9l\u00e9ment imaginatif dans la pens\u00e9e de Cabral concernant la fa\u00e7on dont le Cap-Vert Guin\u00e9e-Bissau pourrait \u00e9viter de devenir une postcolonie. Ce que je trouve convaincant dans son analyse, c\u2019est moins la conviction que le Cap-Vert\u2013Guin\u00e9e-Bissau rejetterait \u00e0 la fois les institutions coloniales et m\u00e9tropolitaines, mais l\u2019apparente incapacit\u00e9 ou, peut-\u00eatre, le refus de tracer pr\u00e9cis\u00e9ment les contours de ce qui viendra apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance. Au lieu de cela, Cabral met l\u2019accent sur le fait de changer de nature, de ne pas avoir de Premier ministre ni d\u2019autres formes de gouvernance moderne\/coloniale. Que cette possibilit\u00e9 demeure ind\u00e9cise, m\u00eame au moment o\u00f9 la victoire anticoloniale semblait imminente, est loin d\u2019\u00eatre une d\u00e9faite de la pens\u00e9e\u00a0; au contraire, cela rel\u00e8ve pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019une pens\u00e9e de l\u2019inimaginable, au-del\u00e0 de ce qui est d\u00e9j\u00e0 disponible. Il est \u00e9galement \u00e0 noter que Cabral passe de la non-nomination d\u2019une politique future au travail culturel des masses se lib\u00e9rant elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Dans sa conf\u00e9rence intitul\u00e9e \u00ab\u2009Lib\u00e9ration nationale et culture\u2009\u00bb, donn\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Syracuse \u00e0 la m\u00e9moire d\u2019Eduardo Mondlane, Cabral fait \u00e9cho \u00e0 James et Fanon quand il dit que la t\u00e2che principale apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance impliquerait \u00ab\u2009la constante promotion de la<i> conscience morale et politique <\/i>des peuples indig\u00e8nes (de tous les groupes sociaux)\u2009\u00bb, et la \u00ab\u2009promotion constante et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des sentiments humanistes, de la solidarit\u00e9, du respect et du d\u00e9vouement d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 aux \u00eatres humains\u2009\u00bb<i>.<\/i> Il consid\u00e9rait que ces objectifs pouvaient \u00eatre atteints parce que la lutte de lib\u00e9ration arm\u00e9e, \u00ab\u2009dans les conditions de vie concr\u00e8tes des peuples africains, affrontant le probl\u00e8me de l\u2019imp\u00e9rialisme, est un acte d\u2019ins\u00e9mination de l\u2019histoire \u2014 l\u2019expression majeure de notre culture et de l\u2019essence africaine<sup><a id=\"identifier_16_6204\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Am\u00edlcar Cabral, \u00ab\u00a0National Liberation and Culture\u00a0\u00bb, art. cit., p. 55-56.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#footnote_16_6204\">17<\/a><\/sup>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la lib\u00e9ration nationale viendrait la r\u00e9volution qui, comme le sugg\u00e8re Cabral, ne s\u2019arr\u00eaterait pas aux fronti\u00e8res de nouveaux \u00c9tats-nations. En introduisant une \u00ab\u2009essence africaine\u2009\u00bb dans l\u2019histoire, il d\u00e9crit un processus par lequel la culture peut r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019Europe. La r\u00e9volution suivant la lib\u00e9ration n\u2019est pas une r\u00e9volution prol\u00e9tarienne, dor\u00e9navant possible puisque l\u2019Afrique est entr\u00e9e dans le temps historique occidental, mais une r\u00e9volution o\u00f9 un humain au-del\u00e0 de \u00ab\u2009l\u2019homme\u2009\u00bb occidental est possible, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que la r\u00e9volution se traduirait en un \u00ab\u2009saut en avant significatif de la culture du peuple qui se lib\u00e8re lui-m\u00eame\u2009\u00bb. Tout avenir qui pourrait r\u00e9sulter d\u2019un projet ancr\u00e9 dans la <i>d\u00e9colonialit\u00e9<\/i> ferait bien d\u2019adopter cette orientation \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un futur inconnaissable, inimaginable. Cela exige de se d\u00e9barrasser des engagements d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablis, de se lib\u00e9rer des pr\u00e9suppos\u00e9s th\u00e9oriques fossilis\u00e9s qui poussent les Hommes \u00e0 suivre un sch\u00e9ma d\u2019action pr\u00e9d\u00e9fini, et de poursuivre une pratique de pens\u00e9e du pass\u00e9 et du pr\u00e9sent qui nous permettra d\u2019embarquer pour le territoire inexplor\u00e9 d\u2019un futur que nous ne pouvons jamais envisager, mais seulement faire \u00e9merger \u00e0 travers la lutte.<\/p>\n<p><b>Traduit de l\u2019anglais par Fr\u00e9d\u00e9rique Riedlin.<\/b><\/p>\n<\/div>\n<ol class=\"footnotes\">\n<li id=\"footnote_0_6204\" class=\"footnote\">Frantz Fanon<i>, Peau noire, masques blancs<\/i>, Seuil, Paris, 1971, p.\u00a0186\u00a0; <i>Les damn\u00e9s de la terre<\/i>, Paris, La D\u00e9couverte, 2002, p.\u00a0305. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_0_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_1_6204\" class=\"footnote\">Hannah Arendt, <i>La crise de la culture<\/i>, Paris, Gallimard, 1972, p.\u00a0196-197. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_1_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_2_6204\" class=\"footnote\">C. L. R. James and Grace Lee Boggs, <i>Facing Reality: The New Society<\/i>, Chicago, Charles H. Kerr Publishing Co., 2005, p.\u00a0133. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_2_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_3_6204\" class=\"footnote\">\u00c9douard Glissant, <i>Le discours antillais<\/i>, Paris, Gallimard, 1997, p.\u00a0225-226. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_3_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_4_6204\" class=\"footnote\">Richard Rorty, <i>Philosophy as Cultural Politics<\/i>, Cambridge University Press, 2007, p.107; Sheldon Wolin, <i>Democracy Incorporated: Managed Democracy and the Specter of inverted Totalitarianism<\/i>, Princeton University Press, 2009, p.18. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_4_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_5_6204\" class=\"footnote\">Richard Iton, <i>In Search of the Black Fantastic: Politics and Popular Culture in the Post-Civil Rights Era,<\/i> Oxford University Press, 2008, p. 289-90. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_5_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_6_6204\" class=\"footnote\">Nelson Maldonado-Torres, <i>After War: Views from the Underside of Modernity, <\/i>Duke University Press, 2008, p.\u00a07.f [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_6_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_7_6204\" class=\"footnote\">C. L. R. James, <i>Modern Politics, <\/i>Port-of-Spain, Trinidad, P.N.M. Publishing Co., 1960 (r\u00e9\u00e9dition\u00a0: Detroit, Bewick\/ed, 1973), p.\u00a084. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_7_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_8_6204\" class=\"footnote\">C. L. R. James, <i>Party Politics in the West Indies, <\/i>Trinidad, Vedic Enterprises LTD, 1962, p.\u00a0122. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_8_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_9_6204\" class=\"footnote\">Pour la citation de James, voir le documentaire <i>W.A.R. Stories\u00a0: Walter Anthony Rodney<\/i>, Roots and Culture media, 2010; Walter Rodney, <i>Walter Rodney Speaks, The Making of an African Intellectual<\/i>, Trenton NJ, Africa world Press, 1990, p.\u00a06. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_9_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_10_6204\" class=\"footnote\">C.L.R. James<i>, Les Jacobins noirs. Toussaint Louverture et la R\u00e9volution de Saint-Domingue<\/i>, Paris, \u00e9ditions Amsterdam, 2017, p.\u00a0444. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_10_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_11_6204\" class=\"footnote\">Walter Rodney, Walter Rodney Speaks,<i> op. cit<\/i>., p.\u00a016; Elsa V. Goveia, <i>Slave Society in the British Leeward Islands at the End of the Eighteenth Century<\/i>, New Haven et Londres, Yale University Press, 1965, p.\u00a0338. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_11_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_12_6204\" class=\"footnote\">Am\u00edlcar Cabral, \u00ab\u00a0Theory as a Weapon\u00a0\u00bb, in <i>Unity and Struggle: Speeches and Writings of Am\u00edlcar Cabral, <\/i>New York, Monthly Review Press, 1979, p.124-25 et 130. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_12_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_13_6204\" class=\"footnote\">Am\u00edlcar Cabral, \u00ab\u00a0National Liberation and Culture\u00a0\u00bb, in <i>Return to the Source: Selected Speeches of Am\u00edlcar Cabral, <\/i>New York, Monthly Review Press, 1973, p.\u00a052. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_13_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_14_6204\" class=\"footnote\">Am\u00edlcar Cabral, \u00ab\u00a0Connecting the Struggles: An Informal Talk with Black Americans\u00a0\u00bb, in <i>Return to the Source<\/i>, <i>op. cit<\/i>., p.\u00a083. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_14_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_15_6204\" class=\"footnote\"><i>Ibid<\/i>., p.\u00a084. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_15_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li id=\"footnote_16_6204\" class=\"footnote\">Am\u00edlcar Cabral, \u00ab\u00a0National Liberation and Culture\u00a0\u00bb, <i>art. cit.<\/i>, p. 55-56. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/#identifier_16_6204\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n<div class=\"author-bio\">Minkah Makalani<\/div>\n<div><\/div>\n<div><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable\/\">Source<\/a><\/div>\n<div class=\"relatedposts\">\n<h3>\u00c0 lire aussi :<\/h3>\n<h4>Sujets connexes<\/h4>\n<ul>\n<li><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/chester-himes-ralph-ellison-richard-wright-communisme-et-experiences-vecues-de-la-race-un-entretien-avec-catherine-bergin\/\" rel=\"external\">Chester Himes,\u00a0Ralph Ellison,\u00a0Richard Wright : communisme et exp\u00e9riences v\u00e9cues de la race \u2013 un entretien avec\u00a0Catherine Bergin<\/a> (Catherine Bergin)<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Minkah Makalani La politique a \u00e9t\u00e9 commun\u00e9ment d\u00e9finie comme un \u00ab\u00a0art du possible\u00a0\u00bb. Or il se trouve que c\u2019est principalement notre imaginaire qui est \u00e0 m\u00eame de circonscrire le champ du possible. D\u00e8s lors, comment surmonter l\u2019\u00e9puisement et l\u2019\u00e9crasement de nos imaginations, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 il est plus facile de se figurer la fin &#8230; <a title=\"Black marxism : pour une politique de l\u2019inimaginable\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3786\" aria-label=\"En savoir plus sur Black marxism : pour une politique de l\u2019inimaginable\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3787,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,35,21,28],"tags":[109,91,74],"class_list":["post-3786","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-amerique-du-sud","category-anti-imperialisme","category-racismes","tag-amilcar-cabral","tag-c-l-r-james","tag-frantz-fanon"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3786","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3786"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3786\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3788,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3786\/revisions\/3788"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3787"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3786"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3786"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3786"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}