{"id":3891,"date":"2018-09-26T20:32:19","date_gmt":"2018-09-26T19:32:19","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3891"},"modified":"2018-09-26T23:39:33","modified_gmt":"2018-09-26T22:39:33","slug":"3891","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3891","title":{"rendered":"la Belgique est \u00e0 la tra\u00eene sur la restitution des tr\u00e9sors coloniaux"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Aujourd\u2019hui nous avons tent\u00e9 de publier une carte blanche intitul\u00e9e \u00ab la Belgique est \u00e0 la tra\u00eene sur la restitution des tr\u00e9sors coloniaux \u00bb. Le Soir a d\u00e9cid\u00e9 d<span class=\"text_exposed_show\">e la reprendre mais au final William Bourton l\u2019a compl\u00e8tement noy\u00e9e dans une page du Soir + qui s\u2019intitule : \u00ab Faut-il restituer les objets sacr\u00e9s du Congo aux Congolais ? \u00bb. Art du camouflage et de la dispersion, finalement cette publication ressemble \u00e9trangement au processus de modernisation du mus\u00e9e de Tervuren lui-m\u00eame : un gigantesque foutoir de positions pseudo-scientifiques, une fa\u00e7on de dissimuler la colonialit\u00e9 du savoir-pouvoir au sein d\u2019un discours qui prend les allure du post-colonial. Il faut lire six paragraphes dont on imagine qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par William Bourton, sans que cela soit explicite, pour que la parole nous soit enfin donn\u00e9e. Et en six paragraphe, on a d\u00e9j\u00e0 le vertige. D\u2019embl\u00e9e, notre parole se trouve d\u00e9form\u00e9e : nous, les signataires de la carte blanche, nous serions les \u00ab repr\u00e9sentants de la soci\u00e9t\u00e9 congolaise \u00bb et en face de nous, il y aurait Bruxelles qui serait \u00ab pas totalement ferm\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e (de la restitution), m\u00eame si celle-ci soul\u00e8ve nombre d\u2019objections. \u00bb Tr\u00e8s vite Bourton se permet de reprendre, sans le v\u00e9rifier, l\u2019argument r\u00e9p\u00e9t\u00e9 ad nauseam par le Mus\u00e9e selon lequel \u00ab nombre de pi\u00e8ces rendues au Za\u00efre \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Mobutu se sont volatilis\u00e9es \u00bb (\u00ab on sait par exemple \u00bb). Ainsi, d\u2019embl\u00e9e, avant m\u00eame que le d\u00e9bat ne commence \u00e0 s\u2019ouvrir, il tente de le refermer. C\u2019est incroyable cette puissance spectrale de Tervuren et de sa propagande sur la conscience de journalistes dont on imagine qu\u2019ils ne travaillent par pour le Mus\u00e9e. <\/span><!--more--><\/p><\/blockquote>\n<div class=\"text_exposed_show\">\n<blockquote><p>Ensuite Bourton nous explique, comme Tancredi dans Le Gueppard, qu\u2019\u00ab il faut que tout change pour que rien ne change. \u00bb Il pr\u00e9sente cette r\u00e9novation comme une restauration : \u00ab la narration de la \u00ab geste \u00bb coloniale sera plus lisible qu\u2019avant, gr\u00e2ce au minutieux nettoyage des immenses fresques d\u00e9corant les murs. C\u2019est ainsi que l\u2019on pourra \u00e0 nouveau d\u00e9chiffrer la longue liste des Belges morts au service de l\u2019\u00c9tat ind\u00e9pendant du Congo, scruter la d\u00e9limitation des fronti\u00e8res trac\u00e9es par la guerre, la ruse, la n\u00e9gociation, relire quelques citations de L\u00e9opold II \u00e0 propos de l\u2019\u00ab \u0153uvre civilisatrice \u00bb que le temps et la poussi\u00e8re avaient rendues illisibles. \u00bb Ici sans v\u00e9ritablement sans rendre compte, Bourton nous dit en r\u00e9alit\u00e9 ce qu\u2019est effectivement cette modernisation des infrastructure du mus\u00e9e colonial.<\/p>\n<p>Ensuite apr\u00e8s, grand prince, nous avons permis d\u2019enfin publier notre texte, Bourton donne la parole aux avocats. On apprend au passage que Julien Volper est entre temps d\u00e9j\u00e0 devenu directeur du mus\u00e9e de Tervuren. Et on r\u00e9p\u00e8te encore et encore ce m\u00eame discours sur la \u00ab bo\u00eete de pandore \u00bb, sur les objets pill\u00e9s comme \u00ab biens communs de l\u2019humanit\u00e9 \u00bb et un argument compl\u00e8tement vici\u00e9 sur le fait qu\u2019il ne faudrait pas confondre les \u00ab prises de guerre \u00bb avec les \u00ab \u0153uvres arriv\u00e9es en Belgique durant la colonisation \u00bb. On se demande bien par quelle op\u00e9ration du saint esprit les statuettes pill\u00e9es par Storms lors du massacre de 1884 ne devraient pas \u00eatre confondue avec les statuettes Tabwa devenue \u00ab tr\u00e9sor du mus\u00e9e \u00bb. La ficelle est trop grosse.<\/p>\n<p>On notera au passage le paternalisme colonial d\u2019usage en Belgique : \u00ab les africains doivent structurer leurs d\u00e9marches et se montrer moins indiff\u00e9rents au sort des artistes contemporains \u00bb.<\/p>\n<p>Mais, pour moi, celui qui gagne la palme d\u2019or du ridicule c\u2019est l\u2019argument sur le multiculturalisme : d\u00e9couvrir la culture de l\u2019autre passerait par sa mise en sc\u00e8ne colonialiste et son exposition racialis\u00e9e. Et Julien Volper de nous confier que lui il a d\u00e9couvert le Congo \u00e0 Tervuren. Eh bien oui comme Herg\u00e9 et la sortie de N\u00e8gres \u00e0 Deux Acren. Non, rien n\u2019a chang\u00e9.<\/p>\n<p>Tout \u00e7a est \u00e9videment ridicule, sent la pr\u00e9cipitation et manifeste assez visiblement le vent de panique que soul\u00e8ve le processus de restitution au sein de l\u2019oligarchie dominante. Se cacher derri\u00e8re l\u2019inali\u00e9nabilit\u00e9 des \u0153uvres au patrimoine de l\u2019\u00c9tat c\u2019est de fait c\u00e9l\u00e9brer le droit des vainqueurs \u00e0 la rapine et au blanchiment du fruit de leur larcin. Ne devrions-nous pas demander un droit de r\u00e9ponse ?<\/p>\n<p><span class=\"mbs fwn fcg\" data-ft=\"{&quot;tn&quot;:&quot;C&quot;}\"><span class=\"fwb\" data-ft=\"{&quot;tn&quot;:&quot;;&quot;}\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/jimmy.picard.180?hc_ref=ARTjBY6b3XlHZ8FRjbYz0LIRxXWKdHLBMVd_Meh_6oYxdzPQXbb1FJpo4VMnkyiphos&amp;fref=nf\" data-hovercard=\"\/ajax\/hovercard\/user.php?id=100006785140048&amp;extragetparams=%7B%22hc_ref%22%3A%22ARTjBY6b3XlHZ8FRjbYz0LIRxXWKdHLBMVd_Meh_6oYxdzPQXbb1FJpo4VMnkyiphos%22%2C%22fref%22%3A%22nf%22%7D\" data-hovercard-prefer-more-content-show=\"1\" data-hovercard-referer=\"ARTjBY6b3XlHZ8FRjbYz0LIRxXWKdHLBMVd_Meh_6oYxdzPQXbb1FJpo4VMnkyiphos\">Martin Vander Elst<\/a><\/span><\/span><a href=\"http:\/\/plus.lesoir.be\/180529\/article\/2018-09-26\/faut-il-restituer-les-objets-sacres-du-congo-aux-congolais#\" data-intro=\"Lecture zen&lt;br\/&gt;&lt;span class=&quot;gr-key&quot;&gt;shift&lt;\/span&gt;&lt;br\/&gt;+&lt;br\/&gt;&lt;span class=&quot;gr-key&quot;&gt;z&lt;\/span&gt;\" data-position=\"bottom\">\u00a0<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span class=\"drop-cap\">L<\/span>e temps est-il venu de restituer au Congo certaines reliques ou objets d\u2019art qui font la renomm\u00e9e du mus\u00e9e des Sciences naturelles ou du mus\u00e9e de Tervuren, qui rouvrira bient\u00f4t ses portes au public apr\u00e8s une r\u00e9novation lourde\u00a0? (voir ci-contre) C\u2019est en tout cas ce que clament une s\u00e9rie d\u2019associations, d\u2019universitaires et de repr\u00e9sentants de la soci\u00e9t\u00e9 congolaise, qui d\u00e9veloppent leurs arguments dans une carte blanche confi\u00e9e au <em>Soir<\/em>.<\/p>\n<p>Pour les signataires, un dialogue interculturel adulte entre la Belgique et son ancienne colonie ne saurait \u00eatre fond\u00e9 sur <em>\u00ab\u00a0des pillages pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par des meurtres coloniaux\u00a0\u00bb.<\/em> Le ministre belge des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Didier Reynders, ne ferme pas la porte\u2026 m\u00eame si, l\u00e9galement, les \u0153uvres qui se trouvent dans les mus\u00e9es nationaux appartiennent au patrimoine de l\u2019\u00c9tat et sont d\u00e8s lors th\u00e9oriquement incessibles.<\/p>\n<h4>M\u00e9moire collective<\/h4>\n<p>On estime que les neuf dixi\u00e8mes des antiquit\u00e9s africaines sont expos\u00e9es ou entrepos\u00e9es hors du continent noir. Des pi\u00e8ces, sacr\u00e9es ou profanes, enlev\u00e9es dans des conditions louches \u00e0 des populations pour qui elles constituent ni plus ni moins que leur m\u00e9moire collective. Depuis de nombreuses ann\u00e9es, les anciennes m\u00e9tropoles \u2013 Bruxelles, Paris, Londres, mais \u00e9galement Washington, concernant les objets am\u00e9rindiens \u2013 sont d\u00e8s lors l\u2019objet de requ\u00eates en restitutions, auxquelles elles n\u2019acc\u00e8dent qu\u2019au compte-gouttes.<\/p>\n<p>Pour les tenants de la restitution, l\u2019argument selon lequel ces tr\u00e9sors sont conserv\u00e9s dans de meilleures conditions dans les mus\u00e9es occidentaux que dans leur pays d\u2019origine \u2013 on sait par exemple que nombre de pi\u00e8ces rendues au Za\u00efre \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Mobutu se sont volatilis\u00e9es \u2013 rel\u00e8ve aujourd\u2019hui d\u2019un paternalisme d\u2019un autre \u00e2ge. Concernant le Congo en tout cas, il pourrait bient\u00f4t, \u00ab\u00a0mat\u00e9riellement\u00a0\u00bb, ne plus tenir la route\u00a0: la Cor\u00e9e du Sud est en effet en train d\u2019\u00e9riger, \u00e0 Kinshasa, un mus\u00e9e appel\u00e9 \u00e0 accueillir de l\u2019art contemporain mais aussi des chefs-d\u2019\u0153uvre du pass\u00e9 conserv\u00e9s dans les mus\u00e9es et galeries d\u2019art d\u2019Europe.<\/p>\n<div id=\"180516\" class=\"panel panel-default gr-article-hors-texte ena-packagetype-hors-texte\">\n<div class=\"panel-heading\">R\u00e9ouverture du mus\u00e9e de Tervuren<\/div>\n<div class=\"panel-body\">\n<p>Libyekula peut \u00eatre rassur\u00e9\u00a0: le 8 d\u00e9cembre prochain, le mus\u00e9e, profond\u00e9ment transform\u00e9 mais intact, rouvrira ses portes et plus de 500.000 pi\u00e8ces, ramen\u00e9es du Congo et d\u2019ailleurs en Afrique auront retrouv\u00e9 leurs vitrines et leurs armoires bien class\u00e9es. Tout sera pareil mais tout aura chang\u00e9\u00a0: le vieux mus\u00e9e, inaugur\u00e9 en 1910 et d\u00e9di\u00e9 par L\u00e9opold II \u00e0 la gloire de l\u2019\u0153uvre coloniale, aura fait peau neuve et profond\u00e9ment modifi\u00e9 son \u00ab\u00a0r\u00e9cit\u00a0\u00bb. La narration de la \u00ab\u00a0geste\u00a0\u00bb coloniale sera plus lisible qu\u2019avant, gr\u00e2ce au minutieux nettoyage des immenses fresques d\u00e9corant les murs. C\u2019est ainsi que l\u2019on pourra \u00e0 nouveau d\u00e9chiffrer la longue liste des Belges morts au service de l\u2019\u00c9tat ind\u00e9pendant du Congo, scruter la d\u00e9limitation des fronti\u00e8res trac\u00e9es par la guerre, la ruse, la n\u00e9gociation, relire quelques citations de L\u00e9opold II \u00e0 propos de l\u2019\u00ab\u00a0\u0153uvre civilisatrice\u00a0\u00bb que le temps et la poussi\u00e8re avaient rendues illisibles.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ces t\u00e9moignages de la pens\u00e9e coloniale de l\u2019\u00e9poque, il y aura le pr\u00e9sent\u00a0: un long couloir reliant la nouvelle aile au mus\u00e9e proprement dit accueillera la grande pirogue au bois poli par des milliers de caresses (voir photo). Des \u0153uvres d\u2019artistes congolais contemporains comme Aim\u00e9 Mpane r\u00e9pondront aux sculptures d\u2019autrefois, tandis qu\u2019une pi\u00e8ce close, ceinte de verre, accueillera c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te la c\u00e9l\u00e8bre statue de l\u2019homme-l\u00e9opard et, d\u00e9tr\u00f4n\u00e9s, les bustes des officiers qui men\u00e8rent la conqu\u00eate coloniale.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"180528\" class=\"gr-article-secondary\">\n<header class=\"gr-article-header\">\n<h4>Carte blanche: la Belgique est \u00e0 la tra\u00eene sur la restitution des tr\u00e9sors coloniaux<\/h4>\n<p class=\"entry-details\"><time class=\" pubdate updated\" datetime=\"2018-09-25T20:24:25\">Mis en ligne le 25\/09\/2018 \u00e0 20:24<\/time><\/p>\n<p class=\"gr-meta gr-meta-author\"><i class=\"fa fa-pencil\"> <\/i> <span class=\"gr-prefix\">Par<\/span> Un collectif de signataires*<\/p>\n<div class=\"gr-media gr-media-image gr-main-media\">\n<div class=\"thumbnail embed-responsive embed-responsive-16by9\">\n<p><img decoding=\"async\" class=\"embed-responsive-item gr-content-image gr-main-image img-responsive\" src=\"http:\/\/plus.lesoir.be\/sites\/default\/files\/dpistyles_v2\/ena_16_9_extra_big\/2018\/09\/25\/node_180528\/24345067\/public\/2018\/09\/25\/B9717039576Z.1_20180925202425_000+GL5C3NSMN.1-0.jpg?itok=Wldu_-1e\" alt=\"Illustration de Guy Atafo.\" data-width=\"\" data-height=\"\" \/><\/p>\n<div class=\"gr-caption\">Illustration de Guy Atafo.<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/header>\n<div class=\"gr-article-content-secondary\">\n<p><span class=\"drop-cap\">P<\/span>lus de 90\u00a0% des \u0153uvres d\u2019art classique africain sont en dehors de l\u2019Afrique. Pill\u00e9es pendant la colonisation, elles se trouvent d\u00e9sormais au British Museum, au Mus\u00e9e du Quai Branly, ou au Mus\u00e9e de Tervuren. Les Africains du continent qui d\u00e9sirent montrer leur patrimoine \u00e0 leurs enfants ne le peuvent pas. Tout ou presque a \u00e9t\u00e9 d\u00e9rob\u00e9. On ne saurait fonder le dialogue interculturel sur des pillages pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par des meurtres coloniaux\u00a0: les biens vol\u00e9s doivent \u00eatre restitu\u00e9s.<\/p>\n<h4>Qu\u2019est-ce que la Restitution\u00a0?<\/h4>\n<p>On entend par \u00ab\u00a0Restitution\u00a0\u00bb le fait de \u00ab\u00a0remettre\u00a0\u00bb ou de transf\u00e9rer des objets culturels vol\u00e9s ainsi que des restes humains emport\u00e9s dans les pays occidentaux lors de guerres coloniales. Mais cette Restitution ne se r\u00e9sume pas au retour physique des objets en Afrique, elle peut prendre des formes diverses. Il s\u2019agit d\u2019une question morale, bien s\u00fbr, mais aussi d\u2019\u00e9conomie, \u00e9tant donn\u00e9 que ces biens sont une base n\u00e9cessaire pour d\u00e9velopper le tourisme. D\u2019ailleurs, la Banque mondiale affirme que le tourisme sera la premi\u00e8re industrie au 21e si\u00e8cle, et que les pays africains doivent s\u2019y pr\u00e9parer. On peut bien s\u00fbr se demander comment d\u00e9velopper le tourisme culturel, quand tout le patrimoine culturel a \u00e9t\u00e9 emport\u00e9, mais surtout on souhaite affirmer que la Restitution est aussi une question de droit national et international.<\/p>\n<h4>Vol, recel et blanchiment de biens\u2026 et de restes humains<\/h4>\n<p>R\u00e9cemment, une enqu\u00eate du journaliste Michel Bouffioux a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que quelque 300 cr\u00e2nes et autres ossements provenant de \u00ab\u00a0collectes coloniales\u00a0\u00bb r\u00e9alis\u00e9es principalement au Congo, sont actuellement conserv\u00e9s en Belgique. Les conditions d\u2019acquisition de ces restes humains sont peu ou pas document\u00e9es, des archives ont \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e9gar\u00e9es\u00a0\u00bb. Lorsqu\u2019il est possible de retracer le parcours de certains de ces ossements, comme l\u2019a fait le journaliste, on d\u00e9couvre des histoires comme celle du militaire belge Emile Storms. En 1884, alors qu\u2019il conqu\u00e9rait des territoires au profit d\u2019une organisation priv\u00e9e pr\u00e9sid\u00e9e par L\u00e9opold II, cet officier commandita l\u2019ex\u00e9cution de plusieurs chefs coutumiers jug\u00e9s trop peu collaborants. Les villages des r\u00e9calcitrants \u00e9taient incendi\u00e9s. Des biens culturels \u00e9taient vol\u00e9s, notamment ces statuettes qui appartenaient au chef Lusinga et qui font actuellement partie des \u00ab\u00a0tr\u00e9sors\u00a0\u00bb du Mus\u00e9e Royal de l\u2019Afrique centrale \u00e0 Tervuren. Storms faisait aussi \u00ab\u00a0collection\u00a0\u00bb (le terme est de lui) de t\u00eates de chefs d\u00e9capit\u00e9s. Il ramena trois cr\u00e2nes en Belgique, dont celui du chef Lusinga, qui servirent \u00e0 des expos\u00e9s pseudo-scientifiques sur la sup\u00e9riorit\u00e9 de la race blanche. En 2018, ces cr\u00e2nes sont toujours conserv\u00e9s par le Mus\u00e9e des Sciences naturelles \u00e0 Bruxelles.<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9gard de ces restes humains, l\u2019avocat Christophe Marchand a \u00e9voqu\u00e9 un \u00ab\u00a0recel de d\u00e9pouilles mortelles de personnes assassin\u00e9es\u00a0\u00bb, ce qui est condamn\u00e9 par l\u2019article 340 du Code p\u00e9nal d\u2019une peine de trois mois \u00e0 deux ans de prison. Le m\u00eame raisonnement peut s\u2019appliquer aux objets culturels vol\u00e9s. Le m\u00eame raisonnement peut s\u2019appliquer aux objets culturels vol\u00e9s. L\u2019avocat, aborde aussi la notion de \u00ab\u00a0blanchiment\u00a0\u00bb, qui tient compte des dommages subis dans le temps long par les peuples colonis\u00e9s (cf. La Proclamation d\u2019Abuja, 1989), mais aussi des avantages tir\u00e9s des crimes coloniaux par les puissances colonisatrices. En droit, le <em>blanchiment<\/em> peut \u00eatre d\u00e9fini comme le <em>\u00ab\u00a0fait de prendre possession, de g\u00e9rer ou de transformer en objet particulier le \u201cproduit\u201d d\u2019une infraction p\u00e9nale. En effet, si un b\u00e9n\u00e9fice est tir\u00e9 du vol, d\u2019un assassinat ou d\u2019un pillage, la gestion financi\u00e8re de cet avantage patrimonial est elle-m\u00eame une infraction.\u00a0\u00bb<\/em> En outre l\u2019infraction de blanchiment est imprescriptible, car elle se r\u00e9p\u00e8te \u00e0 chaque acte de gestion dudit avantage. De quoi interpeller le Mus\u00e9e Africain de Namur, le Mus\u00e9e Royal de Tervuren qui d\u00e9tiennent des objets, mais aussi le Mus\u00e9e des Sciences Naturelles de Belgique ainsi que l\u2019Universit\u00e9 Libre de Bruxelles o\u00f9 sont stock\u00e9s des cr\u00e2nes et des ossements de congolais assassin\u00e9s par d\u00e9capitation ou suite \u00e0 des tortures, parce qu\u2019ils refusaient d\u2019\u00eatre colonis\u00e9s.<\/p>\n<p>Et, lorsque 60\u00a0% environ du patrimoine du MRAC s\u2019est constitu\u00e9 pendant l\u2019\u00e9poque coloniale, la question du vol, du recel et du blanchiment se pose et ne laisse que tr\u00e8s peu de doutes pour certaines collections.<\/p>\n<h4>La Restitution\u00a0: partout sauf en Belgique\u00a0?<\/h4>\n<p>Depuis quatre ans, le CRAN (Conseil Repr\u00e9sentatif des Associations Noires), ONG internationale, se bat pour la Restitution des tr\u00e9sors africains. Ce combat n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 vain. En novembre 2017, se trouvant \u00e0 Ouagadougou, le Pr\u00e9sident Macron a d\u00e9clar\u00e9\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le patrimoine africain ne peut pas \u00eatre uniquement dans des collections priv\u00e9es et des mus\u00e9es europ\u00e9ens. Il doit \u00eatre mis en valeur \u00e0 Paris, mais aussi \u00e0 Dakar, Lagos, Cotonou (\u2026). Ce sera une de mes priorit\u00e9s. D\u2019ici cinq ans, je veux que les conditions soient r\u00e9unies pour un retour du patrimoine africain \u00e0 l\u2019Afrique.\u00a0\u00bb<\/em> Depuis lors, le pr\u00e9sident fran\u00e7ais a nomm\u00e9 deux experts pour mettre en \u0153uvre la d\u00e9cision annonc\u00e9e. La dynamique lanc\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es par plusieurs mouvements dont le CRAN continue en Allemagne o\u00f9 des restes humains ont \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9s \u00e0 la Namibie ainsi qu\u2019en Angleterre, o\u00f9 les autorit\u00e9s songent d\u00e9sormais \u00e0 restituer \u00e0 l\u2019Ethiopie un certain nombre de biens culturels de grande valeur. Le Canada a aussi entam\u00e9 un vaste programme de Restitution depuis 1997. Nous ne pouvons ignorer la dynamique internationale qui est en cours, et faire comme si la question de la Restitution se posait partout, sauf en Belgique.<\/p>\n<h4>Objections votre honneur\u00a0!<\/h4>\n<p>En nous lisant, vous pensez peut-\u00eatre que <em>\u00ab\u00a0le Congo n\u2019a pas d\u2019infrastructures n\u00e9cessaires \u00e0 la conservation de ses propres \u0153uvres pr\u00e9cieuses\u00a0\u00bb<\/em> . Ce serait du paternalisme aux relents coloniaux de penser cela, or, vous nous accorderez que de nombreux pays africains poss\u00e8dent des mus\u00e9es modernes et \u00e9quip\u00e9s et que des accords de conservation et de s\u00e9curisation entre pays africains ou avec des pays occidentaux sont possibles. Enfin, est-ce vraiment aux pays qui ont br\u00fbl\u00e9 et d\u00e9truit des objets culturels pendant les guerres coloniales de donner des le\u00e7ons sur la s\u00e9curit\u00e9 et le respect d\u00fb aux \u0153uvres d\u2019art en Afrique\u00a0?<\/p>\n<h4>Ce que nous demandons\u00a0:<\/h4>\n<p>\u25ba Que le gouvernement, via sa Secr\u00e9taire \u00e0 la Politique scientifique, sorte de la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019Etat des biens dont on sait qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 acquis par les pillages, le vol et le meurtre\u00a0; en commen\u00e7ant par la collection Storms.<\/p>\n<p>\u25ba La Restitution des tr\u00e9sors vol\u00e9s \u00e0 l\u2019Afrique ainsi que des restes humains issus des massacres coloniaux.<\/p>\n<p>\u25ba Un moratoire sur la r\u00e9ouverture du Mus\u00e9e et l\u2019exposition des objets dont on sait qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 acquis par le vol, le pillage, la conversion forc\u00e9e, etc.<\/p>\n<p>\u25ba La Restitution des restes humains sans exigence d\u2019effectuer des tests ADN<\/p>\n<p>\u25ba Le soutien \u00e0 la mise en place d\u2019un tribunal d\u2019opinion ou d\u2019une commission ind\u00e9pendante charg\u00e9s d\u2019instruire les crimes coloniaux de Storms et des autres.<\/p>\n<p>\u25ba La nomination d\u2019un groupe d\u2019experts pluridisciplinaires, dont des Belges issu.e.s des diasporas africaines qui \u00e9laboreront un plan de Restitution.<\/p>\n<p>\u25ba La publication de mat\u00e9riels p\u00e9dagogiques sur l\u2019histoire coloniale et la notion de Restitution.<\/p>\n<p>\u25ba L\u2019organisation d\u2019une conf\u00e9rence internationale sur la Restitution.<\/p>\n<p>\u25ba Que la justice soit rendue et que des R\u00e9parations notamment financi\u00e8res soit garanties.<\/p>\n<p>\u25ba Que des excuses officielles soient prononc\u00e9es par les plus hautes instances de l\u2019Etat belge.<\/p>\n<p>\u25ba Puisse le Royaume de Belgique se saisir de l\u2019opportunit\u00e9 que nous lui offrons pour faire preuve de son sens de l\u2019histoire, en r\u00e9affirmant sa dignit\u00e9 et son humanit\u00e9 par ces actions qui sont le propre des grandes nations.<\/p>\n<p><small> *La liste des signataires\u00a0: Ilke Adam, professeure, Vrije Universiteit Brussel, Gia Abrassart, journaliste \u00e0 Caf\u00e9 Congo et co-fondatrice de Warrior Poets, Rachida Aziz, \u00e9crivaine et fondatrice du Space, Hamza Belakbir, r\u00e9dacteur en chef, revue Politique Web, Mustapha Chairi, pr\u00e9sident du Collectif contre l\u2019Islamophobie en Belgique, V\u00e9ronique Clette-Gakuba, chercheuse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Libre de Bruxelles, Heleen Debeuckelaere, auteure et historienne, Tahir Della, Initiative Schwarze Menschen in Deutschland (ISD-Bund), Matthias De Groof, chercheur \u00e0 Helsinki University, Sarah Demart, charg\u00e9e de recherche \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Saint-Louis Bruxelles, Ludo De Witte, auteur, Georgine Dibua Mbombo, coordinatrice Bakushinta, Marie Godin, chercheuse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oxford, Charles Didier Gondola, professeur \u00e0 Indiana University \u2013 Purdue University, Nicole Gr\u00e9goire, chercheuse, charg\u00e9e de recherche au FNRS, Universit\u00e9 libre de Bruxelles, Sa Majest\u00e9 la Reine Diambi Kabatusuila (Kasa\u00ef\/RDCongo), Sibo Kanobana, chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gand, Christian Kopp, Berlin Postkolonial, Mnyaka Sururu Mboro, NGO alliance \u2018No Humboldt 21\u00a0!\u2019, Anne Westi Mpoma, historienne de l\u2019art, Laura Nsengiyumva, artiste et chercheuse \u00e0 KASK \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gand, Modi Ntambwe, fondatrice de ArtD\u00e9Cycles, galerie itin\u00e9rante, Jacinthe Mazzocchetti, enseignante-chercheure \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 catholique de Louvain-la-Neuve, Monique Mbeka Phoba, r\u00e9alisatrice et productrice de films, Toma Muteba Luntumbue, Historien de l\u2019art, Professeur \u00e0 l\u2019Erg Ecole de Recherche graphique et \u00e0 La Cambre, Jean Muteba Rahier, Professeur \u00e0 Florida International University, Ma\u00eetre Brice Nzamba, Avocat au Barreau de Paris et conseil de BAMKO-CRAN, Nel Tsopo Nziemi, r\u00e9dacteur en chef de Brukmer magazine, Charlotte Pezeril, chercheure \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Saint-Louis, Mireille-Tsheusi Robert, Pr\u00e9sidente de BAMKO-CRAN asbl, <a>Allen F. Roberts<\/a>, Professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Californie\/ Los Angeles, Louis-Georges Tin, Premier Ministre de l\u2019Etat de la Diaspora Africaine, Joseph Tonda, professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Omar Bongo de Libreville au Gabon, Martin Vander Elst, chercheur au Laboratoire d\u2019Anthropologie Prospective \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 catholique de Louvain-la-Neuve (aspirant FNRS), Bob White, professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, Andr\u00e9 Lye Yoka, Directeur G\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Institut National des Arts (INA-Kinshasa-RD-Congo), Sa Majest\u00e9 le Roi Tchiffi Zi\u00e9, S.G. du Forum International des Souverains et Leaders Traditionnels Africains <\/small><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"180492\" class=\"gr-article-secondary\">\n<header class=\"gr-article-header\">\n<h4>Ce qu\u2019en disent les avocats<\/h4>\n<p class=\"entry-details\"><time class=\" pubdate updated\" datetime=\"2018-09-25T18:45:04\">Mis en ligne le 25\/09\/2018 \u00e0 18:45<\/time><\/p>\n<p class=\"gr-meta gr-meta-author\"><i class=\"fa fa-pencil\"> <\/i> <span class=\"gr-prefix\">Par<\/span> C. B.<\/p>\n<\/header>\n<div class=\"gr-article-content-secondary\">\n<p><span class=\"drop-cap\">A<\/span>llons nous bient\u00f4t voir le patrimoine culturel africain quitter les mus\u00e9es d\u2019Europe et regagner la terre des anc\u00eatres\u00a0? Si l\u2019on en croit les propos d\u2019Emmanuel Macron en visite officielle au Benin en novembre 2017, oui. Le Pr\u00e9sident fran\u00e7ais, alors fra\u00eechement \u00e9lu, s\u2019engageait apr\u00e8s du pr\u00e9sident b\u00e9ninois Talon \u00e0 ce que 5.000 bronzes du Benin, appartenant au roi Behanzin et emport\u00e9s durant la colonisation, soient restitu\u00e9es dans un d\u00e9lai de cinq ans. Dans la foul\u00e9e une commission fut nomm\u00e9e. Depuis lors, la bo\u00eete de Pandore n\u2019est pas pr\u00eate \u00e0 se refermer. Le quai Branly et ses 400.000 \u0153uvres venues d\u2019Afrique (dont les bronzes du B\u00e9nin) et le mus\u00e9e de Tervuren et son demi-million de pi\u00e8ces essentiellement d\u2019Afrique centrale se trouvent en ligne de mire directe.<\/p>\n<p>Des dizaines d\u2019avocats sont dans les starting blocks, pr\u00eats \u00e0 d\u00e9fendre de nouvelles causes. Mais ils sont prudents, car l\u2019affaire est plus compliqu\u00e9e que ne l\u2019imaginait le jeune pr\u00e9sident au lendemain de son \u00e9lection. Explications.<\/p>\n<p>Restituer le corps embaum\u00e9 de la \u00ab\u00a0venus hottentote\u00a0\u00bb, les t\u00eates de Maoris qui se trouvaient \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale fran\u00e7aise ou les cr\u00e2nes emport\u00e9s par le capitaine Storms qui reposent au Mus\u00e9e des Sciences naturelles de Bruxelles, est ce vraiment la m\u00eame chose que conserver des \u0153uvres majeures qui appartiennent au \u00ab\u00a0bien commun de l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0? Julien Volper, directeur au Mus\u00e9e de Tervuren, n\u2019a pas attendu qu\u2019on lui fasse la le\u00e7on. <em>\u00ab\u00a0D\u00e9j\u00e0 du temps de Mobutu, vers les ann\u00e9es 76\/82 la question s\u2019est pos\u00e9e et Tervuren a transf\u00e9r\u00e9 114 objets vers les Mus\u00e9es nationaux du Za\u00efre. En 2009, il en restait 21, la plupart des disparitions datant d\u2019ailleurs de l\u2019\u00e8re Mobutu\u2026\u00a0\u00bb <\/em>Tout cela fait dire \u00e0 l\u2019avocat bruxellois Yves Bernard Deby que le d\u00e9bat est fauss\u00e9\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le fait du prince, f\u00fbt-il locataire de l\u2019Elys\u00e9e, ne peut se substituer aux lois\u00a0: parler de restitution \u00e0 tort et \u00e0 travers c\u2019est oublier que les \u0153uvres qui se trouvent dans les mus\u00e9es nationaux appartiennent au patrimoine de l\u2019Etat et que, par la loi, elles sont incessibles\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Pour l\u2019avocat belge, la r\u00e9flexion doit donc \u00eatre plus subtile. <em>\u00ab\u00a0Il ne faut pas comparer les prises de guerre r\u00e9alis\u00e9es du temps de l\u2019Etat ind\u00e9pendant du Congo avec les \u0153uvres arriv\u00e9es en Belgique durant la p\u00e9riode coloniale, ne pas oublier que les Africains eux-m\u00eames ont parfois pill\u00e9, et vendu\u2026\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 des points de d\u00e9part diff\u00e9rents, tous les intervenants se sont finalement montr\u00e9s d\u2019accord sur quelques points\u00a0: les dossiers doivent \u00eatre soigneusement mont\u00e9s, les Africains doivent structurer leurs d\u00e9marches et se montrer moins indiff\u00e9rents au sort des artistes contemporains, de nombreuses collaborations existent d\u00e9j\u00e0 entre Tervuren et les mus\u00e9es d\u2019Afrique\u2026 Et surtout, conclusion paradoxale dans le chef d\u2019avocats\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Un tel d\u00e9bat n\u2019est pas d\u2019essence judiciaire, il est du ressort des Etats, de la collaboration entre l\u2019Europe et l\u2019Afrique\u2026\u00a0\u00bb <\/em>Presque \u00e0 mi-voix, rappelant les nombreux champs de collaboration d\u00e9j\u00e0 ouverts par Tervuren, Julien Volper posa aussi une question essentielle\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le multiculturalisme, qui s\u2019impose dans nos soci\u00e9t\u00e9s, ne passe-t-il pas aussi par la d\u00e9couverte de la culture de l\u2019autre\u00a0? Cette culture expos\u00e9e dans les mus\u00e9es\u2026 Moi, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 Tervuren que je me suis int\u00e9ress\u00e9 au Congo\u2026\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"180510\" class=\"gr-article-secondary\">\n<header class=\"gr-article-header\">\n<h4>L\u2019avis belge: Didier Reynders ne ferme pas la porte<\/h4>\n<p class=\"entry-details\"><time class=\" pubdate updated\" datetime=\"2018-09-25T19:21:02\">Mis en ligne le 25\/09\/2018 \u00e0 19:21<\/time><\/p>\n<p class=\"gr-meta gr-meta-author\"><i class=\"fa fa-pencil\"> <\/i> <span class=\"gr-prefix\">Par<\/span> C.B.<\/p>\n<div class=\"gr-media gr-media-image gr-main-media\">\n<div class=\"thumbnail embed-responsive embed-responsive-16by9\">\n<p><img decoding=\"async\" class=\"embed-responsive-item gr-content-image gr-main-image img-responsive\" src=\"http:\/\/plus.lesoir.be\/sites\/default\/files\/dpistyles_v2\/ena_16_9_extra_big\/2018\/09\/25\/node_180510\/24350879\/public\/2018\/09\/25\/B9717039804Z.1_20180925195147_000+G93C3R82V.1-0.jpg?itok=4w4a30Th\" alt=\"\u00a9Bruno Dalimonte\" data-width=\"\" data-height=\"\" \/><\/p>\n<div class=\"gr-caption\">\u00a9Bruno Dalimonte<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/header>\n<div class=\"gr-article-content-secondary\">\n<p><span class=\"drop-cap\">V<\/span>oici quelques mois, le chor\u00e9graphe congolais Faustin Linyekula dansait sur la pelouse du mus\u00e9e de Tervuren. Derri\u00e8re lui, le b\u00e2timent n\u00e9o-classique de Charles Girault, nimb\u00e9 par le soleil couchant, brillait comme un \u00e9crin dor\u00e9. Mais il \u00e9tait ferm\u00e9, interdit au public pour r\u00e9novation. Des g\u00e9n\u00e9rations de Belges, durant les cinq ans des travaux, furent ainsi priv\u00e9s de leurs souvenirs d\u2019enfance, coup\u00e9s de la silencieuse m\u00e9moire du pass\u00e9 colonial. Faustin Linyekula, lui, dansait son chagrin et devant les portes closes, les collections inaccessibles. Il clamait que la m\u00e9moire de son peuple dormait l\u00e0, que l\u2019une des statues fondatrices de son clan, jadis d\u00e9rob\u00e9e et emport\u00e9e, reposait dans un tiroir ou une vitrine du mus\u00e9e et que cette perte ancienne avait coup\u00e9 l\u2019artiste de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 son histoire\u2026<\/p>\n<h4>Les blessures et les malentendus de l\u2019histoire<\/h4>\n<p>Lorsque le mus\u00e9e r\u00e9nov\u00e9 aura rouvert ses portes, une autre page s\u2019ouvrira dans les relations entre la Belgique et le Congo mais plus largement entre l\u2019Europe et l\u2019Afrique. Un colloque organis\u00e9 \u00e0 Bruxelles par le Mus\u00e9e, l\u2019Institut Egmont et la Fondation Roi Baudouin a cependant d\u00e9montr\u00e9 les difficult\u00e9s de cette gestation, o\u00f9 le monde ancien a de la peine \u00e0 mourir tandis que le nouveau tarde \u00e0 na\u00eetre\u2026 Durant deux journ\u00e9es, des historiens, des hommes de terrain, des acteurs du d\u00e9veloppement, des artistes, de nombreux repr\u00e9sentants des diasporas africaines ont confront\u00e9 leurs m\u00e9moires, rappel\u00e9 les innombrables malentendus de l\u2019histoire et les persistantes injustices du pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Les nombreuses interventions \u2013 le colloc a rassembl\u00e9 plus de 150 orateurs et invit\u00e9s parmi lesquels 40% d\u2019Africains \u2013 combien mal gu\u00e9ries, voire toujours purulentes, \u00e9taient les cicatrices du pass\u00e9. L\u2019actuelle \u00ab\u00a0crise migratoire\u00a0\u00bb en est la derni\u00e8re illustration, o\u00f9 ceux qui viennent du Sud sont des \u00ab\u00a0migrants\u00a0\u00bb tandis que ceux qui, venus du Nord, s\u2019installent en Afrique demeurent des \u00ab\u00a0expatri\u00e9s\u00a0\u00bb\u2026 Les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les diasporas africaines en Europe sont tout aussi r\u00e9v\u00e9latrices tandis que les concepts m\u00eame de \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb, de pays \u00ab\u00a0avanc\u00e9s\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0moins avanc\u00e9s\u00a0\u00bb voire de croissance, doivent \u00eatre remis en question\u2026<\/p>\n<p>En fait, tout a boug\u00e9\u00a0: l\u2019Europe des anciennes puissances coloniales n\u2019est plus pareille, elle s\u2019est ouverte sur les pays de l\u2019Est du continent qui n\u2019ont \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Afrique ni pass\u00e9 ni culpabilit\u00e9. L\u2019Afrique elle-m\u00eame est entr\u00e9e dans la mondialisation. La preuve \u00e0 Kinshasa o\u00f9 la Cor\u00e9e du Sud est en train de construire un mus\u00e9e qui accueillera les artistes congolais contemporains mais qui tentera aussi de r\u00e9cup\u00e9rer des chefs-d\u2019\u0153uvre du pass\u00e9 conserv\u00e9s dans les mus\u00e9es d\u2019Europe et chez les collectionneurs priv\u00e9s et les marchands d\u2019art.<\/p>\n<h4>Comment restituer le butin colonial<\/h4>\n<p>Au-del\u00e0 des \u00e9ternels d\u00e9bats sur <a href=\"http:\/\/plus.lesoir.be\/168463\/article\/2018-07-17\/laide-au-developpement-peut-elle-peser-sur-les-migrations\">l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des rapports Nord-Sud<\/a>, sur le racisme et les discriminations qui persistent dans les soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes, sur la n\u00e9cessit\u00e9 de revisiter et <a href=\"http:\/\/plus.lesoir.be\/113852\/article\/2017-09-13\/et-si-lhistoire-metait-bien-contee\">d\u2019enseigner le pass\u00e9 colonial<\/a>, un sujet est apparu aussi conflictuel qu\u2019in\u00e9luctable\u00a0: ainsi que l\u2019a exprim\u00e9 Robert Mazozera, le directeur des mus\u00e9es du Rwanda, il faudra t\u00f4t ou tard penser \u00e0 la restitution des \u0153uvres emmen\u00e9es comme butin colonial, souvenirs missionnaires ou objets de trafics en tous genres.<\/p>\n<p>A Tervuren, riche d\u2019un demi-million d\u2019\u0153uvres venues d\u2019Afrique et de 10 millions de sp\u00e9cimens de la flore et de la faune, la question est br\u00fblante, mais Guido Gryseels le directeur du mus\u00e9e l\u2019aborde avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et ouverture d\u2019esprit\u00a0: les contacts avec la diaspora africaine sont constants, il y a de nombreuses mani\u00e8res de rendre les \u0153uvres accessibles au public du Congo (la restitution mais aussi des expositions itin\u00e9rantes ou temporaires, la digitalisation\u2026). Cl\u00f4turant ces deux journ\u00e9es, le Ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Didier Reynders a appuy\u00e9, sur le principe, l\u2019\u00ab\u00a0esprit\u00a0\u00bb de la restitution, du partage, de la transmission. Mettant l\u2019accent sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une autocritique parfois absente des d\u00e9bats.<\/p>\n<p>Auparavant, Smokey, rappeur du Burkina Faso, \u00e0 la t\u00eate du mouvement \u00ab\u00a0le Balai citoyen\u00a0\u00bb qui avait men\u00e9 au renversement de Blaise Compaor\u00e9, avait clairement pos\u00e9 la nouvelle \u00e9quation des relations entre l\u2019Afrique et l\u2019Europe. <em>\u00ab\u00a0Crise migratoire, probl\u00e8mes de visas, histoire \u00e9crite par les vainqueurs blancs, non-reconnaissance des crimes coloniaux, cela suffit\u00a0: il faut avoir le courage de la rupture.\u00a0\u00bb <\/em>Tout en ajoutant aussit\u00f4t\u00a0: <em>\u00ab\u00a0S\u2019il faut prononcer le divorce, c\u2019est pour mieux pouvoir se remarier\u2026\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/plus.lesoir.be\/180529\/article\/2018-09-26\/faut-il-restituer-les-objets-sacres-du-congo-aux-congolais\">Source<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd\u2019hui nous avons tent\u00e9 de publier une carte blanche intitul\u00e9e \u00ab la Belgique est \u00e0 la tra\u00eene sur la restitution des tr\u00e9sors coloniaux \u00bb. Le Soir a d\u00e9cid\u00e9 de la reprendre mais au final William Bourton l\u2019a compl\u00e8tement noy\u00e9e dans une page du Soir + qui s\u2019intitule : \u00ab Faut-il restituer les objets sacr\u00e9s du &#8230; <a title=\"la Belgique est \u00e0 la tra\u00eene sur la restitution des tr\u00e9sors coloniaux\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3891\" aria-label=\"En savoir plus sur la Belgique est \u00e0 la tra\u00eene sur la restitution des tr\u00e9sors coloniaux\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3681,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,21,36,7,18,28],"tags":[80,306],"class_list":["post-3891","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-anti-imperialisme","category-europe","category-negrophobie","category-resistance-bruxelles","category-racismes","tag-congo","tag-martin-vander-elst"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3891","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3891"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3891\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3893,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3891\/revisions\/3893"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3681"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3891"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3891"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3891"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}