{"id":39,"date":"2009-04-06T01:30:57","date_gmt":"2009-04-06T00:30:57","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=39"},"modified":"2013-11-09T22:49:12","modified_gmt":"2013-11-09T21:49:12","slug":"surpopulation-carcerale-la-spirale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=39","title":{"rendered":"Surpopulation carc\u00e9rale : la spirale"},"content":{"rendered":"<div><a href=\"http:\/\/www.egalite.be\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/surpopulation-carcerale-3-m2personne-linhuman-L-1.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" title=\"surpopulation-carcerale-3-m2personne-linhuman-L-1\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.egalite.be\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/surpopulation-carcerale-3-m2personne-linhuman-L-1-247x300.jpg\" width=\"247\" height=\"300\" \/><\/a><\/div>\n<div>Reportages t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, r\u00e9actions syndicales et articles n\u2019ont pas manqu\u00e9 pour d\u00e9noncer la surpopulation carc\u00e9rale et ses ravages. Mais, sur le terrain, rien ne change.<\/div>\n<p>Un univers fait de violences, de cris et de tumultes. Une \u00e9chauffour\u00e9e par jour, le cachot pour tout d\u00e9tenu consid\u00e9r\u00e9 comme une menace, des interventions violentes des gardiens lorsque des prisonniers p\u00e8tent les plombs, qui aboutissent parfois \u00e0 la mort comme \u00e0 Lantin en 2003 ou \u00e0 la prison de Forest en 2006.<!--more--><\/p>\n<p>Situations moyen\u00e2geuses o\u00f9 des \u00eatres humains sont entass\u00e9s comme dans un entrep\u00f4t : trois prisonniers dans une cellule con\u00e7ue pour une ou deux personnes maximum, pas de lit pour le troisi\u00e8me occupant, mais un matelas sur le sol. Des seaux pour tout sanitaire, un enfermement en cellule 23 heures sur 24, l\u2019enfer de l\u2019annexe psychiatrique<br \/>\nDans les interviews, directeurs et gardiens s\u2019\u00e9tonnent que la marmite n\u2019ait pas encore explos\u00e9. Cela devrait faire r\u00e9fl\u00e9chir les partisans de la suppression de la loi sur la lib\u00e9ration conditionnelle apr\u00e8s un tiers ou deux tiers de la peine. Si l\u2019explosion n\u2019a pas encore eu lieu, c\u2019est que cette loi existe encore. Dans les reportages, pas de banquier ou de criminel en col blanc, mais un tas de mis\u00e8re humaine issue des classes populaires, avec une surrepr\u00e9sentation des personnes issues de l\u2019immigration, des pauvres, des personnes peu scolaris\u00e9es, des rebelles, des malades mentaux dont la plupart sont d\u00e9clar\u00e9s socialement morts.<br \/>\nEt pour compl\u00e9ter le tableau, il faudrait encore montrer les familles des d\u00e9tenus. Dans notre pays, pas moins de 15 000 enfants ont un p\u00e8re ou une m\u00e8re en prison. Leur situation est d\u00e9j\u00e0 difficile sur le plan mat\u00e9riel mais de plus, sur le plan psychologique, ils partagent l\u2019enfermement du parent.<br \/>\nLes raisons de cette surpopulation ont aussi \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9es, la principale \u00e9tant l\u2019alourdissement des peines. Mais on pourrait y ajouter les effets de la crise \u00e9conomique (la population carc\u00e9rale s\u2019\u00e9levait \u00e0 5 000 prisonniers en 1975) ou encore l\u2019inflation galopante des d\u00e9tentions pr\u00e9ventives.<br \/>\nAvec d\u2019autres coll\u00e8gues qui enseignent en prison et crient dans le d\u00e9sert depuis des ann\u00e9es, je ne peux qu\u2019\u00eatre reconnaissant aux journalistes, aux directeurs ou gardiens de prison, aux criminologues et aux d\u00e9tenus qui ont permis la r\u00e9alisation de ces reportages et articles. Ils permettront peut-\u00eatre d\u2019effriter la tol\u00e9rance install\u00e9e dans notre soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de traitements inhumains et inacceptables qui se r\u00e9pandent dans nos prisons comme un cancer. Ils permettront peut-\u00eatre de calmer les ardeurs de ceux qui r\u00e9clament toujours davantage de peines de prison, et de plus longues. En cette p\u00e9riode de surench\u00e8re \u00e9lectorale, de tels signaux sont plus que n\u00e9cessaires.<br \/>\nCette attention m\u00e9diatique pour la surpopulation carc\u00e9rale m\u00e8ne in\u00e9vitablement \u00e0 la question essentielle : que peut-on faire ? A quelques rares exceptions pr\u00e8s, toutes les voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent r\u00e9clament la construction de nouvelles prisons et l\u2019\u00e9largissement des capacit\u00e9s carc\u00e9rales. Le Master Plan pr\u00e9voit de cr\u00e9er 2 552 nouvelles places pour 2012 et de b\u00e2tir pour 2015 sept nouveaux \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires. Cette \u00ab\u00a0solution\u00a0\u00bb pr\u00e9sente un inconv\u00e9nient majeur : elle liquide tout d\u00e9bat de soci\u00e9t\u00e9 sur la pr\u00e9vention de la criminalit\u00e9 et le r\u00f4le de la prison.<br \/>\nRappelons tout d\u2019abord que la surpopulation n\u2019est nullement un probl\u00e8me belge mais bien europ\u00e9en. Prenons les Pays-Bas, connus entre 1950 et 1975 pour leur taux particuli\u00e8rement faible d\u2019emprisonnement; la population en prison y a quadrupl\u00e9. En France, le chiffre record de 63 838 prisonniers a \u00e9t\u00e9 atteint en 2008, pour 50 807 places disponibles. Durant cette m\u00eame ann\u00e9e, 112 d\u00e9tenus se sont suicid\u00e9s. En Gr\u00e8ce, 12 000 prisonniers se disputent 7 500 places. La moiti\u00e9 d\u2019entre eux a protest\u00e9 le 8 novembre dernier par une gr\u00e8ve de la faim contre les conditions d\u2019emprisonnement et les modalit\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution des peines. Tous ces chiffres montrent que les capacit\u00e9s p\u00e9nitentiaires sur le vieux continent n\u2019\u00e9taient nullement pr\u00e9par\u00e9es \u00e0 l\u2019application du mod\u00e8le am\u00e9ricain d\u2019enfermement sur large \u00e9chelle et de longue dur\u00e9e, reproduit en Europe depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es.<br \/>\nLes Etats-Unis comptent sept millions de prisonniers (emprisonn\u00e9s ou en libert\u00e9 conditionnelle) ! L\u2019extension des capacit\u00e9s carc\u00e9rales pour les adultes, des prisons pour jeunes et des centres ferm\u00e9s pour les demandeurs d\u2019asile signifie la poursuite de cette voie am\u00e9ricaine, ou plut\u00f4t de cette impasse am\u00e9ricaine.<br \/>\nLes prisons fonctionnent comme les parkings : \u00e0 peine ouvertes, elles sont d\u00e9j\u00e0 pleines. Et la crise profonde qui s\u2019annonce ne fera certes pas baisser la d\u00e9linquance. Il est illusoire de penser d\u2019autre part que la modernisation des prisons va de pair avec leur humanisation. Il n\u2019en est rien. Il suffit de regarder quelques reportages sur les prisons les plus modernes aux Etats-Unis. Ce sont aussi les plus dures. Pas de surpopulation, certes, mais une cellule par personne, presque m\u00e9dicalement \u00ab\u00a0clean\u00a0\u00bb. Dans ces institutions hypermodernes, les d\u00e9tenus deviennent presque fous de solitude, de la surveillance \u00e9lectronique permanente, des doubles portes en acier, de la promenade dans l\u2019isolement le plus total. Il suffit encore de lire le dernier livre de l\u2019aum\u00f4nier Philippe Landenne \u00ab\u00a0Peines en prison, l\u2019addition cach\u00e9e\u00a0\u00bb sur la prison super-moderne d\u2019Andenne pour comprendre toute l\u2019horreur de la modernit\u00e9 carc\u00e9rale.<br \/>\nLa surpopulation nous offre cependant une opportunit\u00e9 : celle de changer de voie. La premi\u00e8re solution alternative la plus \u00e9vidente consiste \u00e0 vider les prisons de tous ceux qui ne devraient pas s\u2019y trouver : les handicap\u00e9s, les malades mentaux, les personnes \u00e2g\u00e9es, les femmes, toutes personnes qui ne pr\u00e9sentent pas un danger pour la soci\u00e9t\u00e9. On pourrait fermer les annexes psychiatriques et replacer les malades dans des h\u00f4pitaux o\u00f9 ils recevront les traitements appropri\u00e9s dans des conditions plus humaines. On pourrait placer les d\u00e9tenus dont la peine est li\u00e9e \u00e0 l\u2019usage de la drogue dans des centres o\u00f9 du personnel comp\u00e9tent pourrait les accompagner dans leur d\u00e9sintoxication.<br \/>\nLa deuxi\u00e8me solution alternative consiste \u00e0 placer l\u2019argent pr\u00e9vu pour la r\u00e9novation et la construction de nouvelles prisons dans des investissements sociaux en mati\u00e8re d\u2019enseignement, de formation, de logement, de travail, de soins m\u00e9dicaux et de pr\u00e9vention de la d\u00e9linquance.<br \/>\nLa troisi\u00e8me solution consiste \u00e0 r\u00e9duire l\u2019utilit\u00e9 de la prison \u00e0 sa portion la plus congrue en ne l\u2019utilisant que pour la minorit\u00e9 de criminels dangereux. Pour tous les autres d\u00e9linquants, il faut investir des forces humaines pour d\u00e9velopper l\u2019application des peines alternatives.<br \/>\nDes projets et des gens qualifi\u00e9s existent en suffisance : seul manque le financement. Ces mesures simples, humaines et raisonnables \u00e9viteraient \u00e0 la Belgique de se voir \u00e0 nouveau condamn\u00e9e par l\u2019Europe pour le traitement inhumain de ses prisonniers. Mais elles constitueraient aussi les premiers pas indispensables pour briser la spirale de la d\u00e9linquance. Car la surpopulation carc\u00e9rale est la meilleure mani\u00e8re de reproduire la d\u00e9linquance et d\u2019en aggraver les formes.<strong><\/strong><\/p>\n<p>Luk VERVAET<\/p>\n<p>Enseignant en milieu carc\u00e9ral \u2013 04\/04\/2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Reportages t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, r\u00e9actions syndicales et articles n\u2019ont pas manqu\u00e9 pour d\u00e9noncer la surpopulation carc\u00e9rale et ses ravages. Mais, sur le terrain, rien ne change. Un univers fait de violences, de cris et de tumultes. 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