{"id":3926,"date":"2018-10-15T17:45:48","date_gmt":"2018-10-15T16:45:48","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3926"},"modified":"2018-10-15T17:45:48","modified_gmt":"2018-10-15T16:45:48","slug":"a-propos-de-la-restitution-des-artefacts-africains-conserves-dans-les-musees-doccident","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3926","title":{"rendered":"\u00c0 propos de la restitution des artefacts africains conserv\u00e9s dans les mus\u00e9es d\u2019Occident"},"content":{"rendered":"<div class=\"m_-9089387316818700977gmail-container\">\n<div class=\"m_-9089387316818700977gmail-content-topArticle m_-9089387316818700977gmail-width-article m_-9089387316818700977gmail-payant\">\n<p class=\"m_-9089387316818700977gmail-byline m_-9089387316818700977gmail-author m_-9089387316818700977gmail-vcard\">Par <a class=\"m_-9089387316818700977gmail-fn\" href=\"https:\/\/aoc.media\/auteur\/achille-mbembe\/\" target=\"_blank\" rel=\"author noopener\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/auteur\/achille-mbembe\/&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145109000&amp;usg=AFQjCNHmRaQlbXivzzkXZIDdVGREPkYShg\">Achille Mbembe<\/a><\/p>\n<p><span class=\"m_-9089387316818700977gmail-profession\">Historien<\/span><\/p>\n<div class=\"m_-9089387316818700977gmail-desc\">\n<p>La question de la restitution de l\u2019art africain pill\u00e9 par les occidentaux fait l\u2019objet de d\u00e9bats dont les termes doivent \u00eatre clarifi\u00e9s. Car les \u0153uvres d\u2019art africaines n\u2019ont pas qu\u2019une valeur mat\u00e9rielle, mais \u00e9galement cosmologique : elles transcendent la distinction entre objet et sujet, elles traduisent une volont\u00e9 de s\u2019ins\u00e9rer dans le monde dans le but d\u2019y participer et de le prolonger, plut\u00f4t que de le dominer et de l\u2019assujettir. La restitution ne saurait donc \u00eatre simplement mat\u00e9rielle : comment pallier l\u2019appauvrissement symbolique entrain\u00e9 par les pillages ? Cela est-il seulement rem\u00e9diable ?<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"m_-9089387316818700977gmail-container\">\n<div class=\"m_-9089387316818700977gmail-width-article\">\n<p class=\"m_-9089387316818700977gmail-first-paragraph\">Aujourd\u2019hui, la question de savoir s\u2019il faut ou non restituer \u00e0 leurs ayant-droits les artefacts africains conserv\u00e9s dans les mus\u00e9es d\u2019Occident se pose avec acuit\u00e9. Tr\u00e8s peu, cependant, se pr\u00e9occupent de comprendre ce qui aura justifi\u00e9, \u00e0 l\u2019origine, la migration de ces objets en Europe. Davantage encore, nombreux sont ceux et celles qui ne savent ni quelle est leur valeur esth\u00e9tique r\u00e9elle, encore moins de quoi ils furent le signifiant dans la conscience europ\u00e9enne. Il importe, dans ces conditions, de revenir \u00e0 l\u2019essentiel. Posons-donc les questions de la mani\u00e8re la plus claire possible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/cropped-REPAIRS_LogoWeb_FondBlanc-1000x288-1.png\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3928\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/cropped-REPAIRS_LogoWeb_FondBlanc-1000x288-1.png\" alt=\"\" width=\"1000\" height=\"258\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/cropped-REPAIRS_LogoWeb_FondBlanc-1000x288-1.png 1000w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/cropped-REPAIRS_LogoWeb_FondBlanc-1000x288-1-300x77.png 300w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/cropped-REPAIRS_LogoWeb_FondBlanc-1000x288-1-768x198.png 768w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/cropped-REPAIRS_LogoWeb_FondBlanc-1000x288-1-600x155.png 600w\" sizes=\"(max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/a><\/p>\n<p>De quoi veut-on pr\u00e9cis\u00e9ment se d\u00e9barrasser et pourquoi ? Que restera-t-il des traces de ces objets en Occident une fois qu\u2019ils auront \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9s et quel mode d\u2019existence leur absence rendra-t-elle possible ? Le travail que ces objets \u00e9taient suppos\u00e9s accomplir dans l\u2019histoire de la conscience europ\u00e9enne est-il achev\u00e9 ? Qu\u2019aura-t-il finalement produit et qui devrait en assumer les cons\u00e9quences ? Apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es de pr\u00e9sence de ces objets au sein de ses institutions, l\u2019Europe a-t-elle finalement appris \u00e0 composer avec ce(ux) qui vien(nen)t du dehors, voire de l\u2019extr\u00eame lointain ? Est-elle finalement pr\u00eate \u00e0 prendre le chemin vers ces destinations qui restent \u00e0 venir, ou n\u2019est-elle plus elle-m\u00eame qu\u2019une pure f\u00ealure, cette chose qui se fend en pure perte, sans profondeur ni perspective ?<\/p>\n<p>En effet, qu\u2019ils aient ou non \u00e9t\u00e9 li\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice de cultes ou de rituels particuliers, qu\u2019ils aient ou non \u00e9t\u00e9 pris pour des \u0153uvres d\u2019art, ces objets souvent jug\u00e9s d\u00e9concertants \u2013 \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 affaires de traits et de traces \u2013 ont toujours suscit\u00e9 de la part de l\u2019Occident toutes sortes de sensations, des sentiments ambigus, des r\u00e9actions visc\u00e9rales, voire contradictoires\u00a0\u2013 hantise, fascination et \u00e9merveillement, horreur, frustration et r\u00e9pulsion, voire ex\u00e9cration. Partout o\u00f9 ils ont fait leur apparition, ils ont eu tendance \u00e0 provoquer des effets d\u2019aveuglement. Consid\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019origine comme des objets sales, laids et monstrueux, signatures de l\u2019ombre r\u00e9sistant \u00e0 toute traduction, ils ont bouscul\u00e9 les dispositifs oculaires existants et remis \u00e0 l\u2019ordre du jour la vieille question de savoir ce qu\u2019est une image et en quoi se diff\u00e9rencie-t-elle d\u2019une simple silhouette ; qu\u2019est-ce que l\u2019art et l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique en g\u00e9n\u00e9ral, et comment se manifeste-t-elle en sa pure v\u00e9rit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Mettons provisoirement entre parenth\u00e8ses tous ces regards d\u00e9pr\u00e9ciateurs \u2013 celui des missionnaires qui, du XV<sup>e<\/sup> au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, n\u2019y virent que des f\u00e9tiches ; celui des philosophes de l\u2019histoire du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle aux yeux desquels ces objets \u00e9taient, avant tout, le r\u00e9ceptacle de passions obscures et d\u2019une violence inint\u00e9grable, des preuves irr\u00e9futables d\u2019une existence arbitraire et vou\u00e9e a rien.<\/p>\n<p>Attardons-nous sur les premi\u00e8res ann\u00e9es du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle lorsque, apr\u00e8s les avoir longtemps m\u00e9pris\u00e9s, l\u2019Occident commence \u00e0 les red\u00e9couvrir et \u00e0 faire valoir leurs qualit\u00e9s plastiques et purement formelles. D\u00e9sormais, on met en exergue la sensation de profondeur qu\u2019ils \u00e9voquent ou encore leur mani\u00e8re d\u2019engendrer l\u2019espace, leur pouvoir d\u2019intensification affective de l\u2019image. Ces objets, pense-t-on \u00e0 l\u2019\u00e9poque, affranchissent la sculpture non seulement de toute perspective, mais aussi de tout aspect pictural.\u00a0 De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019ethnographie naissante cherche \u00e0 les ancrer dans leur contexte socio-culturel, dans le but d\u2019en d\u00e9voiler les significations imaginaires et symboliques.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de quatre si\u00e8cles auront donc \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires pour que leur soit enfin conf\u00e9r\u00e9 le statut d\u2019\u0153uvres d\u2019art.<\/p>\n<p>Entretemps, l\u2019Europe a \u00e9t\u00e9 happ\u00e9e par une crise. Elle a oubli\u00e9 quelque chose de fondamental que le retour au signe africain peut, sugg\u00e8re-t-on, lui permettre de retrouver. Qu\u2019est-ce sinon la m\u00e9moire des formes pures, lib\u00e9r\u00e9es de toute origine et, \u00e0 ce titre, susceptibles d\u2019ouvrir la voie \u00e0 un \u00e9tat extatique, le dernier degr\u00e9 d\u2019intensit\u00e9 de l\u2019expression et le point sublime de la sensation ? Cet affranchissement de toute origine est en m\u00eame temps un affranchissement de toute perspective. L\u2019on fait alors valoir que dans l\u2019art n\u00e8gre, la distance psychique entre le spectateur et l\u2019image s\u2019att\u00e9nue. Les aspects invisibles inh\u00e9rents \u00e0 l\u2019image surgissent. Se dessine alors la possibilit\u00e9 d\u2019une perception absolue. L\u2019objet n\u2019est plus seulement contempl\u00e9 par la conscience, mais aussi par la <i>psych<\/i><i>\u00e9<\/i>.<\/p>\n<p>S\u2019il en est ainsi, c\u2019est parce que l\u2019art n\u00e8gre propose d\u2019autres fa\u00e7ons de repr\u00e9senter l\u2019espace qui sont de caract\u00e8re \u00e0 la fois symbolique et optique, avance-t-on. Ce qu\u2019il donne \u00e0 voir, c\u2019est un \u00e9quivalent mental de l\u2019image plut\u00f4t que l\u2019image elle-m\u00eame. Il suscite donc une autre modalit\u00e9 du voir. Pour voir, point n\u2019est besoin d\u2019immobiliser l\u2019\u0153il. Au contraire, il s\u2019agit de le lib\u00e9rer, de le rendre actif et mobile, de le mettre en relation avec de multiples autres processus psychiques et physiologiques. C\u2019est seulement \u00e0 cette condition qu\u2019il peut activement reconstruire la r\u00e9alit\u00e9. L\u2019\u0153il, dans ces conditions, n\u2019est pas un organe mort. Partant de ce qu\u2019il voit et de ce qu\u2019il reconnait, son travail est d\u2019explorer ce qui manque ; de reconstruire, sur la base de maintes traces et maints indices, l\u2019objet mis en sc\u00e8ne dans l\u2019image, bref de susciter son apparition, de cr\u00e9er les conditions pour qu\u2019il prenne vie <a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref1\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn1&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145109000&amp;usg=AFQjCNGC8D_wc0op8qFsLTIC7DLBA3DrYQ\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Sur un autre plan, l\u2019Europe qui red\u00e9couvre les objets africains au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle est hant\u00e9e par les deux r\u00e9cits du (re)commencement et de la fin. Le commencement \u00e9tant le point de d\u00e9part d\u2019une mutation vers autre chose, la question qu\u2019elle se pose est de savoir si l\u2019art peut effectivement servir de point de d\u00e9part vers un devenir qui ne serait pas qu\u2019une simple r\u00e9p\u00e9tition du pass\u00e9. Quant \u00e0 la fin, elle peut se d\u00e9cliner soit sur le mode de l\u2019accomplissement (l\u2019exp\u00e9rience vive de significations qui seraient valables de fa\u00e7on inconditionnelle), soit sur celui de la catastrophe. Il y a des fins qui rendent impossible tout recommencement. Et il y a des embrasements qui emp\u00eachent l\u2019av\u00e8nement de la fin, ou qui n\u2019envisagent celle-ci que sur le mode de la catastrophe.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les objets africains contribuent \u00e0 raviver ce d\u00e9bat au c\u0153ur d\u2019une Europe en qu\u00eate d\u2019une autre pens\u00e9e du temps, de l\u2019image et de la v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est une Europe conqu\u00e9rante, dont la domination mondiale est relativement assise, mais qui est simultan\u00e9ment prise par le doute, car en derni\u00e8re instance, ce magist\u00e8re sur le reste du monde \u2013 le colonialisme en particulier\u00a0\u2013 repose, comme le sugg\u00e8rera plus tard Aim\u00e9 C\u00e9saire, sur une structure apocalyptique\u00a0<a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn2\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref2\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn2&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145109000&amp;usg=AFQjCNEhILa2FV1sDWKaMuwEUi0VGAaEmg\">[2]<\/a>. Cette Europe s\u2019interroge sur le point de savoir si son dominion sur le monde n\u2019est pas, en fin de compte, purement spectral ; et s\u2019il est possible d\u2019articuler une pens\u00e9e du temps, de l\u2019image et de la v\u00e9rit\u00e9 qui ne soit pas qu\u2019une simple pens\u00e9e du n\u00e9ant, mais une v\u00e9ritable <i>pens<\/i><i>\u00e9<\/i><i>e de l<\/i><i>\u2019<\/i><i>\u00ea<\/i><i>tre et de la relation<\/i>.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019on parle de restitution, encore faut-il rappeler les irrempla\u00e7ables fonctions que, dans leur structurale ambigu\u00eft\u00e9, les objets africains auront rempli dans la trajectoire historique de l\u2019Europe. \u00c0 cause de l\u2019extraordinaire pouvoir qu\u2019ils auront eu sur ses d\u00e9sirs, son corps et son identit\u00e9, ils n\u2019auront pas seulement servi de gages \u00e0 sa chim\u00e9rique (et souvent d\u00e9sastreuse) qu\u00eate pour le d\u00e9voilement et la manifestation de la v\u00e9rit\u00e9 dans le monde, ou \u00e0 sa recherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d\u2019un compromis entre l\u2019esprit, le sensible et la mati\u00e8re. De fa\u00e7on presque spectrale, ils lui auront aussi rappel\u00e9 \u00e0 quel point l\u2019apparition de l\u2019esprit dans la mati\u00e8re (la question propre de l\u2019art) requiert toujours une langue, une autre langue, la langue de l\u2019autre, l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019autre dans la langue.<\/p>\n<h2><b>Boulet de dettes<\/b><\/h2>\n<p>Mais s\u2019agissant justement de restitution, tout est loin d\u2019\u00eatre pli\u00e9. Juridisme et paternalisme\u00a0\u2013 tels sont les deux types de r\u00e9ponses g\u00e9n\u00e9ralement mobilis\u00e9es par ceux et celles qui s\u2019opposent aujourd\u2019hui \u00e0 ce projet.<\/p>\n<p>D\u2019une part, l\u2019on pr\u00e9tend qu\u2019en derni\u00e8re instance, le droit (en l\u2019occurrence diverses variantes du droit europ\u00e9en de propri\u00e9t\u00e9) n\u2019autorise gu\u00e8re de rendre ou de transf\u00e9rer ces artefacts \u00e0 leurs ayant-droits. On se garde bien de remettre en cause leur origine externe et celle de leurs cr\u00e9ateurs. On fait n\u00e9anmoins comme si la r\u00e9ponse \u00e0 la question de savoir \u00e0 qui ils appartiennent ne d\u00e9pendait absolument pas de celle\u00a0\u2013 pr\u00e9judicielle\u00a0\u2013 de savoir d\u2019o\u00f9 ils viennent et qui en sont les auteurs.<\/p>\n<p>En d\u2019autres termes, on introduit une c\u00e9sure entre le droit de propri\u00e9t\u00e9 et de jouissance d\u2019une part, et de l\u2019autre l\u2019acte de fabriquer et le sujet qui fabrique. On fait notamment valoir qu\u2019il ne suffit pas d\u2019avoir fabriqu\u00e9 quelque chose pour en \u00eatre automatiquement le propri\u00e9taire. Fabriquer un objet est une chose. Avoir le droit d\u2019user, de jouir et de disposer de cette chose d\u2019une mani\u00e8re exclusive et absolue en est une autre. Et tout comme fabriquer n\u2019est pas l\u2019\u00e9quivalent de poss\u00e9der, l\u2019origine d\u2019une \u0153uvre n\u2019est pas une condition suffisante pour en r\u00e9clamer la possession ou le droit de possession.<\/p>\n<p>On fait \u00e9galement comme si, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, les conditions dans lesquelles ces objets furent acquis n\u2019\u00e9taient gu\u00e8re probl\u00e9matiques ; comme si, du d\u00e9but jusqu\u2019\u00e0 la fin, il s\u2019\u00e9tait agi de transactions d\u2019\u00e9gaux \u00e0 \u00e9gaux, sur un march\u00e9 libre ou la valeur des objets fut d\u00e9termin\u00e9e par un m\u00e9canisme objectif de prix. L\u2019on en conclue qu\u2019ayant subi l\u2019\u00e9preuve du march\u00e9, ces objets ne seraient plus \u00ab\u00a0vacants et sans maitres\u00a0\u00bb. Ils seraient d\u00e9sormais \u00ab\u00a0inali\u00e9nables\u00a0\u00bb, la propri\u00e9t\u00e9 exclusive soit de la puissance publique en tant que telle (qui les g\u00e8re par le biais des institutions mus\u00e9ales), soit des individus priv\u00e9s qui, les ayant achet\u00e9s, seraient qualifi\u00e9s, au regard du droit, pour en jouir pleinement, sans entrave. D\u2019un point de vue l\u00e9gal, le d\u00e9bat sur la restitution des objets africains serait donc sans objet, leur pr\u00e9sence dans les mus\u00e9es d\u2019Occident et d\u2019autres institutions priv\u00e9es ne relevant gu\u00e8re de la confiscation et ne requ\u00e9rant, \u00e0 ce titre, aucun jugement moral ou politique.<\/p>\n<p>D\u2019autres \u2013 ou parfois les m\u00eames \u2013 pr\u00e9tendent que l\u2019Afrique ne disposerait gu\u00e8re des institutions, infrastructures, ressources techniques ou financi\u00e8res, personnel qualifi\u00e9 ou savoir-faire n\u00e9cessaires pour assurer la pr\u00e9servation et la conservation des objets en cause. Le retour de ces collections dans de tels environnements les exposeraient \u00e0 des risques aggrav\u00e9s de d\u00e9t\u00e9rioration. Les retenir dans les mus\u00e9es d\u2019Occident serait la meilleure mani\u00e8re de les sauvegarder, quitte, de temps \u00e0 autre, \u00e0 les pr\u00eater aux Africains pour des manifestations ponctuelles.<\/p>\n<p>Cette mani\u00e8re de poser le probl\u00e8me de la restitution n\u2019est ni neutre, ni innocente. Elle fait partie des strat\u00e9gies d\u2019<i>obfuscation<\/i> utilis\u00e9es par ceux qui sont convaincus que dans une guerre d\u00e9clar\u00e9e ou non, le vainqueur a toujours raison et le pillage est sa r\u00e9compense. Le vaincu a toujours tort, il n\u2019a d\u2019autre choix que de remercier son bourreau s\u2019il lui \u00e9pargne la vie, et il n\u2019y a aucun droit automatique de justice pour celui qui est d\u00e9fait. En d\u2019autres termes, c\u2019est la force qui cr\u00e9e le droit et il n\u2019y a pas de force du droit qui ne d\u00e9coule de la puissance des vainqueurs.<\/p>\n<p>Comment emp\u00eacher que la nature v\u00e9ritable du diff\u00e9rend ne soit ainsi occult\u00e9e, sinon en tournant le dos a une conception aussi cynique du droit ? Sous pr\u00e9texte que la loi et le droit seraient autonomes et n\u2019auraient gu\u00e8re besoin de suppl\u00e9ment, l\u2019on en vient en effet \u00e0 d\u00e9tacher le droit de toute obligation de justice. Sa fonction n\u2019est plus de servir la justice, mais de sacraliser les rapports de force existants.<\/p>\n<p>Il faut, d\u2019autre part, sortir d\u2019une approche uniquement comptable de la restitution, laquelle n\u2019est d\u00e8s lors envisag\u00e9e que du seul point de vue de l\u2019institution de la propri\u00e9t\u00e9 et du droit qui la ratifie. Pour que la restitution des objets africains ne soit pas l\u2019occasion pour l\u2019Europe de s\u2019octroyer une bonne conscience \u00e0 bas prix, il faut donc recentrer le d\u00e9bat sur les enjeux historico-philosophiques, anthropologiques et politiques de l\u2019acte de restituer. L\u2019on s\u2019aper\u00e7oit alors que toute politique authentique de restitution est ins\u00e9parable d\u2019une <i>capacit<\/i><i>\u00e9<\/i><i> de v<\/i><i>\u00e9<\/i><i>rit<\/i><i>\u00e9<\/i><i>,<\/i> honorer la v\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9parer le monde devenant, par le fait m\u00eame, le fondement incontournable d\u2019un lien nouveau et d\u2019une nouvelle relation.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/colonialafrica.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-3929 size-medium alignleft\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/colonialafrica-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/colonialafrica-300x300.jpg 300w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/colonialafrica-150x150.jpg 150w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/colonialafrica-768x768.jpg 768w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/colonialafrica-600x600.jpg 600w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/colonialafrica.jpg 900w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Pour honorer la v\u00e9rit\u00e9, encore faut-il \u00eatre capable de la rappeler. De fait, si tant de ses tr\u00e9sors se trouvent aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, c\u2019est bien parce qu\u2019il y a une part brutale de l\u2019histoire de l\u2019Afrique faite de d\u00e9pr\u00e9dations et de saccages, de lac\u00e9rations, de soustractions continues et de prises successives \u2013 l\u2019extraordinaire difficult\u00e9 \u00e0 garder chez elle ses gens et \u00e0 conserver pour elle le meilleur de son labeur.<\/p>\n<p>D\u00e8s le XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les Europ\u00e9ens firent irruption sur les c\u00f4tes africaines. Pendant pr\u00e8s de quatre si\u00e8cles et avec la complicit\u00e9 active de chefs, guerriers et n\u00e9gociants locaux, ils entretinrent un commerce arm\u00e9 et lucratif en viande humaine, s\u2019emparant, au passage, de millions de corps de femmes et hommes vivants et en \u00e2ge de travailler. Puis vint le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Au d\u00e9tour de maintes exp\u00e9ditions et autres incursions, ils confisqu\u00e8rent, morceau par morceau et en d\u00e9pit de multiples r\u00e9sistances, tout ce sur quoi ils \u00e9taient en position de mettre la main, des territoires y compris.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019ils ne pouvaient gu\u00e8re emporter, ils saccag\u00e8rent et souvent incendi\u00e8rent. La pr\u00e9dation des corps ne suffisait pas. Pendant l\u2019occupation coloniale proprement dite, ils ran\u00e7onn\u00e8rent maints habitants et confisqu\u00e8rent ou d\u00e9truisirent ce que ces derniers tenaient pour pr\u00e9cieux. Les greniers ass\u00e9ch\u00e9s, le b\u00e9tail fauch\u00e9 et les r\u00e9coltes brul\u00e9es, de nombreuses contr\u00e9es furent d\u00e9peupl\u00e9es, soumises qu\u2019elles \u00e9taient \u00e0 la maladie et \u00e0 la malnutrition, aux travaux forc\u00e9s, \u00e0 l\u2019extraction du caoutchouc et autres corv\u00e9es, et expos\u00e9es aux d\u00e9r\u00e8glements \u00e9cologiques entrain\u00e9s par la colonisation.<\/p>\n<p>Presque aucun domaine ne fut \u00e9pargn\u00e9 \u2013 pas m\u00eame les anc\u00eatres et les dieux. Il n\u2019y a pas jusqu\u2019aux s\u00e9pultures qui ne furent profan\u00e9es. Dans le tourbillon, ils emport\u00e8rent \u00e0 peu pr\u00e8s tout\u00a0\u2013 des objets de parure, d\u2019autres encore qui se rapportaient aux besoins de la vie de tous les jours, de fines \u00e9toffes, de somptueux colliers, des anneaux, des bijoux artistiquement ex\u00e9cut\u00e9s et incrust\u00e9s d\u2019or, de cuivre ou de bronze, des ceintures, divers objets broch\u00e9s d\u2019or, y compris des \u00e9p\u00e9es, des boucliers \u00e0 usage des guerriers, des portes, si\u00e8ges et tr\u00f4nes travaill\u00e9s \u00e0 jour de figures d\u2019hommes, de femmes, d\u2019animaux et d\u2019\u00e9l\u00e9ments de la flore et de la faune, de magnifiques fibules, des bracelets et autres paillettes, des milliers et des milliers de \u00ab\u00a0m\u00e9dicaments\u00a0\u00bb qu\u2019ils identifi\u00e8rent \u00e0 des \u00ab\u00a0f\u00e9tiches\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Que dire des bois sculpt\u00e9s, taill\u00e9s de lignes courbes, d\u2019entrelacs ? Ou des tresses et tissages en tous genres, des innombrables reliefs et bas-reliefs, des figures humaines en bois ou en bronze, combin\u00e9es \u00e0 des t\u00eates de quadrup\u00e8des, \u00e0 des images d\u2019oiseaux, de serpents, de plantes semblables aux paysages merveilleux des contes populaires, des sons et des tissus multicolores ? Comment oublier, par ailleurs, les milliers de cr\u00e2nes et le chapelet des ossements humains dont la plupart furent entass\u00e9s dans les sous-sols des universit\u00e9s, des laboratoires des h\u00f4pitaux, et les caves des mus\u00e9es d\u2019Occident ? Au demeurant, existe-il une seule institution mus\u00e9ale d\u2019Occident qui ne repose point, en son concept, sur des ossements africains <a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn3\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref3\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn3&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145109000&amp;usg=AFQjCNF0Cjxrui_5RFSSE0Jzw3S7AxnAlQ\">[3]\u00a0<\/a>?<\/p>\n<p>Comme l\u2019ont relev\u00e9 maints observateurs, nombre de missions ethnographiques rev\u00eatirent l\u2019allure d\u2019activit\u00e9s pr\u00e9datrices propres aux rapts et aux pillages, \u00e0 la chasse et aux razzias <a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn4\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref4\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn4&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145109000&amp;usg=AFQjCNGY75UouOndFfA6PXC3PeDF7lPtHg\">[4]<\/a>. Au demeurant, la contigu\u00eft\u00e9 des objets naturels, des artefacts divers et d\u2019animaux sauvages empaill\u00e9s dans de nombreux mus\u00e9es occidentaux (ethnographiques et militaires) du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle atteste de ces m\u00e9langes. La r\u00e9colte des objets mat\u00e9riels appartenant \u00e0 ces \u00ab\u00a0peuples de la nature\u00a0\u00bb allait souvent de pair avec celle des troph\u00e9es de chasse, et donc la mise \u00e0 mort et le d\u00e9pe\u00e7age des animaux. L\u2019ensemble \u00e9tait ensuite mis en ordre dans un processus mus\u00e9ologique qui transforme la totalit\u00e9 du butin (animaux y compris) en produits culturels. Les missions de collecte ne se limit\u00e8rent donc pas aux objets ou au d\u00e9membrement des corps humains<a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn5\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref5\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn5&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145109000&amp;usg=AFQjCNF00n7ckSDaHIZfkBmcJ8OJ96PyRg\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. La capture des animaux sauvages en faisait partie, \u00ab\u00a0des plus petites b\u00eates jusqu\u2019aux grands mammif\u00e8res\u00a0<a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn6\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref6\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn6&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145109000&amp;usg=AFQjCNEpfk_QCFFcpXeYs0brNv7sQqgqMw\">[6]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Tel \u00e9tait \u00e9galement le cas de maints sp\u00e9cimens zoologiques et entomologiques. Il n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re surprenant que lors des collectes de masques, les t\u00eates de masques soient, dans un geste dramatique de d\u00e9collation, s\u00e9par\u00e9es de leurs costumes. \u00ab\u00a0Le vocabulaire utilis\u00e9 pour d\u00e9signer les pratiques de collecte rend bien compte de telles interf\u00e9rences\u00a0\u00bb, sugg\u00e8re Julien Bondaz. S\u2019il faut reconnaitre que l\u2019entr\u00e9e en collection de tous les objets ne se fit pas uniquement par la violence, il reste n\u00e9anmoins que les modes d\u2019acquisition de ceux-ci ob\u00e9irent souvent \u00e0 des pratiques de pr\u00e9dation.<\/p>\n<h2><b>Perte de monde<\/b><\/h2>\n<p>Tous ces objets faisaient partie d\u2019une <i>\u00e9<\/i><i>conomie g<\/i><i>\u00e9<\/i><i>n<\/i><i>\u00e9<\/i><i>rative<\/i>. Produits d\u2019un syst\u00e8me ouvert de mutualisation de la connaissance, ils \u00e9taient l\u2019expression du mariage du g\u00e9nie singulier et individuel et du g\u00e9nie commun, au sein d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes participatifs, o\u00f9 le monde n\u2019\u00e9tait pas un objet \u00e0 conqu\u00e9rir, mais une r\u00e9serve de potentiels ; et o\u00f9 il n\u2019y avait de pouvoir pur et absolu que celui qui \u00e9tait source de vie et de f\u00e9condit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans ce syst\u00e8me de renvois permanents, de relations mutuelles de correspondance, de sch\u00e8mes multiples de m\u00e9diation, chaque objet, constamment, enveloppait, masquait, d\u00e9voilait et exposait un autre, prolongeait son monde et s\u2019ins\u00e9rait en lui. L\u2019\u00eatre ne s\u2019opposait pas au non-\u00eatre. Dans une tension aussi intense qu\u2019interminable, l\u2019un s\u2019effor\u00e7ait chaque fois d\u2019incorporer l\u2019autre. Le devenir tenait lieu d\u2019identit\u00e9, cette r\u00e9alit\u00e9 qui n\u2019advenait qu\u2019apr\u00e8s coup\u00a0\u2013 non point ce qui ach\u00e8ve et consacre, mais toujours ce qui amorce, annonce et pr\u00e9figure ; ce qui autorise la m\u00e9tamorphose et le passage (\u00e0 d\u2019autres lieux, \u00e0 d\u2019autres figures, \u00e0 d\u2019autres moments). Pour cette humanit\u00e9 plastique, s\u2019ins\u00e9rer dans le monde dans le but d\u2019y participer et de le prolonger \u00e9tait plus important que de le math\u00e9matiser, de le dominer et de se l\u2019assujettir.<\/p>\n<p>Comme dans les cultures am\u00e9rindiennes d\u00e9crites par Carlo Severi, les \u00eatres humains n\u2019\u00e9taient pas les seuls \u00e0 \u00eatre dou\u00e9s de parole, de mouvement, voire d\u2019un sexe. De nombreux artefacts l\u2019\u00e9taient ou pouvaient l\u2019\u00eatre aussi. Il en \u00e9tait de m\u00eame des animaux et d\u2019autres vivants.\u00a0 Si tout \u00e9tait engendr\u00e9, tout, \u00e9galement, \u00e9tait passible de tr\u00e9pas <a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn7\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref7\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn7&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145109000&amp;usg=AFQjCNHrkUReHfZYqazWFkVc9nozoS1_vA\">[7]<\/a>. Tout avait son embl\u00e8me. Davantage encore, tout ce qui existe, pensait-on, \u00e9tait pris dans un mouvement de transformation constante et, en des moments singuliers, pouvait assumer les embl\u00e8mes et la puissance d\u2019un autre, ou encore de plusieurs \u00eatres \u00e0 la fois. Diff\u00e9rents modes d\u2019existence pouvaient caract\u00e9riser n\u2019importe quel individu, \u00ab\u00a0quelle que soit sa nature, animale, v\u00e9g\u00e9tale, humaine ou d\u2019artefact\u00a0\u00bb, observe Severi <a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref8\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn8&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145109000&amp;usg=AFQjCNG9arSR976iuxwYqpFeqdSm3XMzXw\">[8]<\/a>. Rien ne traduisait mieux cette id\u00e9e d\u2019une transformation potentielle et incessante de tous les \u00eatres que ce que Carl Einstein nomma \u00ab\u00a0le drame des m\u00e9tamorphose\u00a0\u00bb, par quoi il faut entendre le renouvellement constant des formes par leur \u00ab\u00a0d\u00e9placement et leur recomposition plurielle\u00a0<a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn9\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref9\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn9&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145109000&amp;usg=AFQjCNFPvrXmVTBdJu4z_Mqi4qzGJWcBaw\">[9]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce principe de la relation exprim\u00e9e non par une identit\u00e9 morte, mais par une \u00ab\u00a0circulation continuelle\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9nergie vitale et des passages constants d\u2019une forme \u00e0 l\u2019autre ne s\u2019appliquait pas qu\u2019aux \u00eatres humains. Animaux, oiseaux et plantes pouvaient prendre la forme d\u2019humains et inversement\u00a0<a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref10\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn10&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145109000&amp;usg=AFQjCNHP7mPhgaKMA_Rt8opLZB6Ane8Z0w\">[10]<\/a>. Ceci ne signifiait pas n\u00e9cessairement qu\u2019entre la personne ou l\u2019existant et son double ext\u00e9rieur, l\u2019indistinction \u00e9tait compl\u00e8te ou que leur singularit\u00e9 \u00e9tait r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant. Il en \u00e9tait de m\u00eame dans le port du masque. Le porteur du masque ne devenait pas le dieu. L\u2019initiant masque c\u00e9l\u00e9brait l\u2019\u00e9piphanie d\u2019un <i>\u00ea<\/i><i>tre multiple<\/i> et plastique, constitu\u00e9 de multiples autres \u00eatres du monde, avec leurs caract\u00e9ristiques propres, le tout r\u00e9uni dans un seul corps. La capacit\u00e9 de se percevoir comme un objet ou comme un m\u00e9dium ne d\u00e9bouchait pas n\u00e9cessairement sur une fusion compl\u00e8te entre le sujet et l\u2019objet.<\/p>\n<p>Le concept de limite ontologique, par cons\u00e9quent, n\u2019avait jamais l\u2019autorit\u00e9 qu\u2019elle acquit dans les trajectoires d\u2019autres r\u00e9gions du monde. L\u2019important n\u2019\u00e9tait pas d\u2019\u00eatre soi-m\u00eame, d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 soi-m\u00eame, ou de se r\u00e9p\u00e9ter en fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une unit\u00e9 primitive.\u00a0 Se nier ou se r\u00e9p\u00e9ter lorsqu\u2019il le fallait ne faisait gu\u00e8re l\u2019objet de r\u00e9probation. <i>Devenir autre<\/i>, franchir les limites, pouvoir renaitre, une autre fois, en d\u2019autres lieux, et en une multitude de figures autres, une infinit\u00e9 d\u2019autres sommes par principe d\u2019engendrer d\u2019autres flux de vie \u2013 telle \u00e9tait l\u2019exigence fondamentale, au sein d\u2019une structure du monde qui n\u2019\u00e9tait, \u00e0 proprement parler, ni verticale, ni horizontale, ni oblique, mais <i>r<\/i><i>\u00e9<\/i><i>ticulaire<\/i>.<\/p>\n<p>Si toutes les \u0153uvres d\u2019art n\u2019\u00e9taient pas des objets rituels, elles \u00e9taient n\u00e9anmoins rendues vivantes par le truchement des actes rituels. Au demeurant, il n\u2019y avait d\u2019objet qu\u2019en relation \u00e0 un sujet, le long d\u2019une d\u00e9finition r\u00e9ciproque. C\u2019est par le biais des rituels, des c\u00e9r\u00e9monies et de ces rapports de r\u00e9ciprocit\u00e9 que s\u2019op\u00e9rait l\u2019attribution de subjectivit\u00e9 \u00e0 tout objet inanim\u00e9. Voil\u00e0 le monde que nous avons perdu, dont les objets africains \u00e9taient porteurs et dont ils c\u00e9l\u00e9braient, \u00e0 travers la pluralit\u00e9 de leurs formes, l\u2019\u00e9piphanie. Ce monde, nul ne pourra jamais nous le restituer.<\/p>\n<p>Les objets \u00e9taient, quant \u00e0 eux, des v\u00e9hicules d\u2019\u00e9nergie et de mouvement. Mati\u00e8res vivantes, ils coop\u00e9raient \u00e0 la vie. M\u00eame lorsqu\u2019en eux-m\u00eames ils n\u2019\u00e9taient qu\u2019ustensiles et appareils, ils avaient part \u00e0 la vie, la vie physique, la vie psychique, la vie \u00e9nerg\u00e9tique, la sorte de vie dont la qualit\u00e9 premi\u00e8re \u00e9tait la circulation.\u00a0 C\u2019est peut-\u00eatre la raison pour laquelle, puissances d\u2019engendrement, de subversion et de mascarade tout autant que marqueurs privil\u00e9gi\u00e9s du paganisme et de l\u2019animisme, ils furent l\u2019objet de tant de diabolisation.\u00a0 Comment peut-on, aujourd\u2019hui, pr\u00e9tendre nous les restituer sans les avoir, au pr\u00e9alable, d\u00e9diabolis\u00e9 \u2013 sans avoir soi-m\u00eame \u00ab\u00a0renonce au diable\u00a0\u00bb ?<\/p>\n<p>Dans certaines circonstances, certains de ces objets jouaient un r\u00f4le proprement philosophique au sein de la culture. Ils servaient aussi de m\u00e9diateurs entre les humains et les puissances vitales. Ils servaient aux humains de moyen pour penser leur existence en commun. Derri\u00e8re le geste technique consistant \u00e0 les fabriquer se cachait un horizon particulier \u2013 la mutualisation des ressources g\u00e9n\u00e9ratives d\u2019une mani\u00e8re qui ne mit point en danger l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me\u00a0; le refus inconditionnel de tout tourner en marchandises\u00a0; le devoir d\u2019ouvrir la porte et la parole aux dynamiques du pair \u00e0 pair et \u00e0 la cr\u00e9ation ininterrompue des communs. C\u2019est donc \u00e0 un r\u00e9el appauvrissement du monde symbolique que conduisit leur perte.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re chacun d\u2019eux se trouvaient \u00e9galement des m\u00e9tiers, et derri\u00e8re chaque m\u00e9tier un fonds de savoirs et de connaissances sans cesse apprises et transmises, une pens\u00e9e technique et esth\u00e9tique, des informations figur\u00e9es, une certaine charge de magie, bref l\u2019effort humain pour dompter la mati\u00e8re m\u00eame de la vie, son assortiment de substances. L\u2019une de leurs fonctions \u00e9tait de mettre en relation des formes et des forces tout en les symbolisant ; d\u2019activer les puissances qui permettent de mouvoir le monde.<\/p>\n<p>Tout cela est parti, le lourd tribut que l\u2019Afrique aura pay\u00e9 \u00e0 l\u2019Europe, cette r\u00e9gion du monde \u00e0 laquelle nous aura li\u00e9 un rapport intrins\u00e8que de ponction et d\u2019extraction.<\/p>\n<h2><b>La capacit<\/b><b>\u00e9<\/b><b> de v<\/b><b>\u00e9<\/b><b>rit<\/b><b>\u00e9<\/b><\/h2>\n<p>Nous aurons donc \u00e9t\u00e9, sur un temps relativement long, l\u2019entrep\u00f4t du monde, \u00e0 la fois sa source vitale de ravitaillement et l\u2019abject sujet de sa ponction. L\u2019Afrique aura pay\u00e9 un lourd tribut au monde, et c\u2019est loin d\u2019\u00eatre termin\u00e9. Au passage, il y a quelque chose de colossal, d\u2019incomptable, presque sans prix, qui aura \u00e9t\u00e9 perdu pour de bon.<\/p>\n<p>Pendant longtemps, l\u2019Occident a refus\u00e9 de reconnaitre qu\u2019elle nous devait quelque dette que ce soit, le boulet de dettes qu\u2019il a accumul\u00e9es au d\u00e9tour de la conqu\u00eate du monde, et qu\u2019il traine depuis lors. Aujourd\u2019hui, la plupart de ses d\u00e9fenseurs pr\u00e9tendent qu\u2019au contraire, nous sommes ses cr\u00e9anciers. \u00c0 les entendre, nous lui devrions une dette de \u00ab\u00a0civilisation\u00a0\u00bb, certains d\u2019entre nous ayant, font-ils valoir, tir\u00e9 avantage des torts commis contre nous, parfois avec notre propre complicit\u00e9. Aujourd\u2019hui, il ne veut pas seulement se d\u00e9barrasser des \u00e9trangers que nous sommes. Il veut aussi que nous reprenions nos objets. Sans s\u2019expliquer. Il veut pouvoir enfin d\u00e9clarer : \u00ab\u00a0Ne vous ayant caus\u00e9 aucun tort, je ne vous dois strictement rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En nous invitant \u00e0 reprendre nos objets et \u00e0 lib\u00e9rer les espaces que ceux-ci occupaient dans ses mus\u00e9es, que cherche-t-il donc ? A tisser de nouveaux liens ? Ou, en cette \u00e9poque de fermeture, \u00e0 r\u00e9it\u00e9rer ce qu\u2019il a toujours suspect\u00e9, \u00e0 savoir que nous \u00e9tions des personnes-objets, disposables par d\u00e9finition ?<\/p>\n<p>Lui faciliterons-nous la t\u00e2che en renon\u00e7ant \u00e0 tout droit de rappel ? Oserons-nous aller plus loin et d\u00e9clinerons-nous l\u2019offre de rapatriement ? Transformant ainsi ces objets en preuves \u00e9ternelles du forfait qu\u2019il a commis, mais dont il ne veut point reconnaitre la responsabilit\u00e9, lui demanderons-nous de vivre \u00e0 jamais avec ce qu\u2019il a pris et d\u2019assumer jusqu\u2019au bout sa figure de Ca\u00efn ?<\/p>\n<p>Mais supposons que nous c\u00e9dions \u00e0 l\u2019offre, et qu\u2019en lieu et place d\u2019une v\u00e9ritable <i>restitution<\/i>, nous nous contentions d\u2019une simple <i>r<\/i><i>\u00e9<\/i><i>cup<\/i><i>\u00e9<\/i><i>ration d<\/i><i>\u2019<\/i><i>artefacts d<\/i><i>\u00e9<\/i><i>sormais sans substance. <\/i>Comment faire la part des objets et leur valeur d\u2019usage d\u2019une part, et d\u2019autre part des \u0153uvres d\u2019art proprement dites ? Ou entre les objets rituels et cultuels et les objets ordinaires, alors m\u00eame que tr\u00e8s peu sont assur\u00e9s de ce que chacun de ces objets est en lui-m\u00eame, comment il fut fabriqu\u00e9 et comment il \u00ab\u00a0fonctionnait\u00a0\u00bb, de quelles \u00e9nergies il \u00e9tait le repositoire et lesquelles \u00e9tait-il \u00e0 m\u00eame de lib\u00e9rer et en quelles circonstances et avec quels effets aussi bien sur la mati\u00e8re elle-m\u00eame que sur les humains et le vivant en g\u00e9n\u00e9ral ?<\/p>\n<p>Au demeurant, tout ce savoir a \u00e9t\u00e9 perdu.<\/p>\n<p>Ainsi que l\u2019explique Pol Pierre Gossiaux, l\u2019art africain relevait largement d\u2019une esth\u00e9tique que l\u2019on peut qualifier de cumulative. Les objets r\u00e9sultaient \u00ab\u00a0de l\u2019assemblage d\u2019\u00e9l\u00e9ments disparates\u00a0\u00bb qui ne prenaient \u00ab\u00a0leur sens et leur fonction que des rapports formels et s\u00e9mantiques cr\u00e9es ainsi par leur accumulation\u00a0\u00bb. L\u2019objet ainsi assembl\u00e9 n\u2019\u00e9tait qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0beau\u00a0\u00bb que dans la mesure o\u00f9 il assumait pleinement ses fonctions rituelles. De telles accumulations, pr\u00e9cise-t-il, ne r\u00e9sultaient pas du hasard. Elles exigeaient un long apprentissage et une longue initiation \u00e0 la manipulation de savoirs s\u00e9culaires qui ont \u00e9t\u00e9 perdus <a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn11\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref11\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn11&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145109000&amp;usg=AFQjCNGIgKljunjsRZ6sZfy-WmqDS3GsSQ\">[11]<\/a>. Par-del\u00e0 les objets en tant que tels, qui restituera les actes de pens\u00e9es qui leur \u00e9taient associ\u00e9s, les types de cognition qu\u2019ils mettaient en jeu, les formes de la m\u00e9moire et de l\u2019imagination qu\u2019ils mobilisaient et dont ils \u00e9taient, en retour, le produit ?<\/p>\n<p>Par ailleurs, entre ce qui est parti et ce qui revient, le foss\u00e9 est grand, la plupart de ces objets ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9form\u00e9s et \u00e9tant devenus m\u00e9connaissables. Les objets pr\u00e9sents dans les collections et les mus\u00e9es n\u2019ont pas seulement \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s des contextes culturels au sein desquels ils \u00e9taient appel\u00e9s \u00e0 intervenir <a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn12\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref12\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn12&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145109000&amp;usg=AFQjCNFJrn2lFLHnCf80Jk5CXyaplQTK1g\">[12]<\/a>. Certains ont subi maintes blessures et amputations, y compris physiques, et exhibent d\u00e9sormais d\u2019importantes cicatrices\u00a0<a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref13\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn13&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145109000&amp;usg=AFQjCNGkGOwKioTa-uDeJAaPyGuNCjK5Yg\">[13]<\/a>.<\/p>\n<p>Prenons l\u2019exemple des masques et autres artefacts utilis\u00e9s autrefois dans le c\u00e9r\u00e9monial de la danse. La plupart arriv\u00e8rent en Europe coiff\u00e9s, rev\u00eatus de toutes sortes de parures (plumes de hibou, d\u2019aigle, de vautour, de caille ou de coq, ou de piquants de porc-\u00e9pic, voire de robes en \u00e9corce de tiges de papyrus. Ces parures et styles distinctifs, ainsi que le contexte dans lequel ils \u00e9taient invit\u00e9s \u00e0 faire leur apparition, en faisaient des r\u00e9ceptacles de sens. Cette ornementation \u00e9tait aussi importante que les qualit\u00e9s morphologiques des objets ou, comme l\u2019indique Gossiaux, \u00ab\u00a0l\u2019articulation de leur g\u00e9om\u00e9trie dans l\u2019espace\u00a0\u00bb. Ils furent n\u00e9anmoins syst\u00e9matiquement d\u00e9pouill\u00e9s \u00ab\u00a0de tout ce qui semblait voiler leurs structures apparentes <a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn14\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref14\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn14&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNFxjSmhxnLhi8BZaVS9vfLTIaLdvw\">[14]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Qui peut honn\u00eatement nier que ce qui fut pris, ce ne furent pas seulement les objets, mais avec eux, d\u2019\u00e9normes gisements symboliques, d\u2019\u00e9normes <i>r<\/i><i>\u00e9<\/i><i>serves de potentiels<\/i> ? Qui ne voit pas que l\u2019accaparement sur une \u00e9chelle \u00e9largie des tr\u00e9sors africains constitua une perte colossale, pratiquement incalculable et, par cons\u00e9quent, peu susceptible d\u2019un d\u00e9dommagement purement financier, puisque ce qu\u2019il entraina, c\u2019est la <i>d<\/i><i>\u00e9<\/i><i>vitalisation<\/i> de nos capacit\u00e9s \u00e0 faire naitre des mondes, d\u2019autres figures de notre commune humanit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit donc pas uniquement de restituer des mat\u00e9riaux, des styles, des d\u00e9cors et des fonctions. Comment restituera-t-on le sens ? Est-il perdu pour de bon ? Qui compensera le fait de devoir, \u00e0 jamais, vivre avec cette perte ?\u00a0 Est-elle seulement compensable ?<\/p>\n<p>Une certaine Europe ne veut pas s\u2019embarrasser de ces questions.\u00a0 Dans une sorte de c\u00e9cit\u00e9 calcul\u00e9e, elle veut \u00e0 tout prix oublier la condition qu\u2019elle nous a faite. Pour elle, la restitution n\u2019est pas une obligation. Fid\u00e8le \u00e0 une variante du juridisme h\u00e9rit\u00e9e de sa longue histoire, elle consid\u00e8re qu\u2019il n\u2019y a d\u2019obligation que l\u00e0 o\u00f9 existe la contrainte du droit. \u00c0 ses yeux, toute restitution est, quoique l\u2019on dise, une modalit\u00e9 parmi d\u2019autres du paiement. Il n\u2019y a rien que l\u2019on doive payer sans qu\u2019il existe, au pr\u00e9alable, une dette. Or, l\u2019Europe estime qu\u2019elle n\u2019est pas notre cr\u00e9anci\u00e8re et nous ne sommes pas ses d\u00e9biteurs. Il n\u2019y a donc aucune dette \u00e0 honorer.\u00a0 Au demeurant, y en aurait-il que nous serions incapables de la contraindre. Elle n\u2019est pas contraignable.<\/p>\n<p>Elle estime qu\u2019en l\u2019\u00e9tat actuel des choses, les moyens fournis par le droit ne nous permettent pas de la contraindre \u00e0 restituer nos objets. Ce qui caract\u00e9rise l\u2019obligation proprement dite, c\u2019est la perspective de la sanction en cas de non-ex\u00e9cution. Et si, malgr\u00e9 tout ceci, elle finit par restituer ces objets, ce sera volontairement, dans un acte de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et de lib\u00e9ralit\u00e9 et non pas en tant qu\u2019obligation envers qui que ce soit.<\/p>\n<p>Dans ce cas comme dans d\u2019autres, il ne s\u2019agit gu\u00e8re de rendre justice, mais de poser un acte gratuit et b\u00e9n\u00e9vole. Restituer ne rel\u00e8ve pas de la gratuite et de la bont\u00e9. Restituer rel\u00e8ve de l\u2019obligation. Il y a des obligations dont on ne peut pas s\u2019acquitter selon les contraintes du droit existant. Elles n\u2019en demeurent pas moins des obligations. Il y en a d\u2019autres dont on peut s\u2019acquitter volontairement. Par devoir de conscience. Mais il y a longtemps que nous avons arr\u00eat\u00e9 de croire aux effets des appels \u00e0 la conscience europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Pour qu\u2019elle soit authentique, toute restitution doit se faire sur la base d\u2019une reconnaissance \u00e9quivalente de la gravit\u00e9 du pr\u00e9judice subi et des torts inflig\u00e9s. Il n\u2019y a strictement rien \u00e0 restituer (ou \u00e0 rendre) l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on estime que l\u2019on n\u2019a caus\u00e9 aucun tort ; que l\u2019on n\u2019a rien pris qui exigeait quelque permission que ce soit. C\u2019est en cela que l\u2019acte de restituer est ins\u00e9parable de l\u2019acte de r\u00e9parer.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0R\u00e9tablir\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0restaurer\u00a0\u00bb (l\u2019autre nom de la restitution) n\u2019est pas la m\u00eame chose que \u00ab\u00a0se repentir\u00a0\u00bb. Au demeurant, l\u2019un n\u2019est pas la condition de l\u2019autre. De m\u00eame, toute restitution sans compensation (ou restauration) est par d\u00e9finition partielle. Mais il y a des pertes irr\u00e9parables qu\u2019aucune compensation ne peut jamais d\u00e9faire \u2013 ce qui ne veut pas dire qu\u2019il ne faut point compenser. Avoir compens\u00e9 ne veut pas dire avoir effac\u00e9 le tort. Il n\u2019en r\u00e9sulte aucun acquittement. Compenser, comme le souligne Kwame Anthony Appiah, \u00e9quivaut \u00e0 une offre de r\u00e9paration de la relation\u00a0<a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn15\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref15\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn15&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNGx2QXv8PmhjMYX5wU2wdnj5Qt04Q\">[15]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans les syst\u00e8mes de pens\u00e9e africains pr\u00e9coloniaux, la restitution \u00e9tait une obligation l\u00e0 o\u00f9 il y avait eu destruction consciente, malicieuse et volontaire de la vie d\u2019un autre. Les torts les plus n\u00e9fastes \u00e9taient ceux qui portaient atteinte \u00e0 \u00ab\u00a0la force vitale\u00a0\u00bb. Dans ces contextes o\u00f9 la vie \u00e9tait fragile, ou elle \u00e9tait susceptible d\u2019\u00eatre diminu\u00e9e, tout attentat \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 d\u2019\u00eatre et \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 de la vie, aussi minime fut-il, m\u00e9ritait r\u00e9paration. Dans son sens pl\u00e9nier, la r\u00e9paration (ou la restitution) impliquait que soient estim\u00e9s les dommages subis. Le calcul des dommages pouvait \u00eatre exprim\u00e9 en termes \u00e9conomiques. Mais c\u2019est, en derni\u00e8re instance, \u00e0 la mesure de la valeur de vie qu\u2019ils \u00e9taient \u00e9tablis. C\u2019est la mesure de la violation de vie subie qui, en fin de compte, servait de base d\u2019appr\u00e9ciation pour le d\u00e9dommagement ou la restitution\u00a0<a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn16\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref16\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn16&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNFHPPyMZ3VMIfVKjltnY7x2pAXi3g\">[16]<\/a>. En droit fil de cette philosophie, la restitution v\u00e9ritable est donc celle qui participe \u00e0 la restauration de vie. Le droit qui la sous-tend est davantage orient\u00e9 vers la personne que vers les biens et vers la propri\u00e9t\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 intervenaient n\u00e9anmoins les dommages et int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels, ceux-ci n\u2019avaient pas d\u2019autre sens que d\u2019op\u00e9rer cette restauration de la vie.<\/p>\n<p>Il n\u2019y avait pas de restitution v\u00e9ritable non plus, en l\u2019absence de ce qu\u2019il faut bien appeler l\u2019aveu, c\u2018est-\u00e0-dire <i>la capacit<\/i><i>\u00e9<\/i><i> de v<\/i><i>\u00e9<\/i><i>rit<\/i><i>\u00e9<\/i>. \u00ab\u00a0Rendre\u00a0\u00bb relevait, dans cette perspective, d\u2019un devoir inconditionnel\u00a0\u2013 l\u2019irr\u00e9cusable infini qu\u2019est la vie, toute vie, cette forme de la dette qui est par principe inacquittable. Pour l\u2019Europe, restituer nos objets signifie arr\u00eater de venir \u00e0 nous dans l\u2019attitude de celui aux yeux duquel seule sa r\u00e9alit\u00e9 propre compte et s\u2019impose. L\u2019Europe ne peut pas pr\u00e9tendre nous restituer nos objets tout en restant convaincue que l\u2019histoire n\u2019est qu\u2019une affaire de force. Elle est aussi une affaire de v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 est que l\u2019Europe nous a pris des choses qu\u2019elle ne pourra jamais nous restituer. Nous apprendrons \u00e0 vivre avec cette perte. Elle, de son c\u00f4t\u00e9, devra assumer ses actes, cette partie ombreuse de notre histoire en commun dont elle cherche \u00e0 se d\u00e9lester. Le risque est qu\u2019en nous restituant nos objets sans s\u2019expliquer, elle en conclue qu\u2019elle nous enl\u00e8ve, ce faisant, le droit de lui rappeler la v\u00e9rit\u00e9. Pour que des liens nouveaux se tissent, elle doit honorer la v\u00e9rit\u00e9, car la v\u00e9rit\u00e9 est l\u2019institutrice de la responsabilit\u00e9. Cette dette de v\u00e9rit\u00e9 est par principe ineffa\u00e7able. Elle nous hantera jusqu\u2019\u00e0 la fin des Temps.<\/p>\n<p>L\u2019honorer passe par l\u2019engagement \u00e0 apprendre \u00e0 se souvenir ensemble. Comme ne cessa de le r\u00e9p\u00e9ter \u00c9douard Glissant, \u00ab\u00a0chacun de nous a besoin de la m\u00e9moire de l\u2019autre, parce qu\u2019il n\u2019y va pas d\u2019une vertu de compassion ni de charit\u00e9, mais d\u2019une lucidit\u00e9 nouvelle dans un processus de la Relation\u00a0<a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftn17\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftnref17\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftn17&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNGTvl3tEWrw8YJfRlhqu0Cu_IL8VA\">[17]<\/a>\u00a0\u00bb. Si nous voulons partager la beaut\u00e9 du monde, ajoutait-il, nous devrons apprendre \u00e0 \u00eatre solidaires de toutes ses souffrances. Nous devrons apprendre \u00e0 nous souvenir ensemble, et ce faisant, \u00e0 r\u00e9parer ensemble le tissu et le visage du monde.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit donc pas de se refermer sur soi, de se laisser habiter par l\u2019obsession d\u2019un chez-soi, d\u2019un entre-soi, d\u2019un en-soi transcendantal, mais de contribuer \u00e0 faire se lever, au large, cette nouvelle r\u00e9gion du monde o\u00f9 tous, nous pourrons entrer sans condition, embrasser, les yeux ouverts, l\u2019inextricable du monde, sa structure ind\u00e9m\u00ealable, son caract\u00e8re composite.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><i>Ce texte est le discours de r\u00e9ception\u00a0du Prix Gerda Henkel 2018 qui sera remis \u00e0 Achille Mbemb\u00e9 le 8 Octobre 2018 \u00e0 D\u00fcsseldorf, en Allemagne.<\/i><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/auteur\/achille-mbembe\/\">Source\u00a0<\/a><span style=\"font-size: xx-small;\"><i><span class=\"m_-9089387316818700977gmail-theme\">(cet article est publi\u00e9 sur le m\u00e9dia AOC, sur inscription ou sur abonnement )<\/span><\/i><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn1\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref1&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNHPOnzkqoFgHVDd1EgGUm7_J0X07A\">[1]<\/a>\u00a0L\u2019on s\u2019appuie ici en partie sur l\u2019analyse de Carlo Severi, <i>L<\/i><i>\u2019<\/i><i>objet-personne. Une anthropologie de la croyance visuelle,<\/i> Paris, \u00c9ditions de la Rue d\u2019Ulm, 2017, 49-53.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref2\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn2\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref2&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNFhP_3dcrB_vZzwnY5ZHsjfFusWkA\">[2]<\/a> Aim\u00e9 C\u00e9saire, <i>Discours sur le colonialisme,<\/i> Paris, Pr\u00e9sence africaine, 1952.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref3\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn3\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref3&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNESoEAPjMBlNdoIoUe__J4RK6rbIw\">[3]<\/a> Lotte Arndt, \u00ab\u00a0Vestiges of Oblivion : Sammy Baloji\u2019s Works on Skulls in European Museum Collections\u00a0\u00bb, <i>darkmatter<\/i> (<a href=\"http:\/\/www.darkmatter101.org\/site\/2013\/11\/18\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=http:\/\/www.darkmatter101.org\/site\/2013\/11\/18&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNHfOTkQq8AvxsTZvP21K0VlYpEToQ\">www.darkmatter101.org\/site\/<wbr><\/wbr>2013\/11\/18<\/a>).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref4\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn4\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref4&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNGa9KM2Ov1WeSmxW_SeirzFMAi7Bg\">[4]<\/a> <i>Cf.<\/i> Julien Bondaz, \u00ab\u00a0L\u2019ethnographie comme chasse. Michel Leiris et les animaux de la mission Dakar-Djibouti\u00a0\u00bb, <i>Gradhiva,<\/i> n.s., no 13, 2011, 162-181 ; puis \u00ab\u00a0L\u2019ethnographie parasit\u00e9e ? Anthropologie et entomologie en Afrique de l\u2019Ouest (1928-1960)\u00a0\u00bb, <i>L<\/i><i>\u2019<\/i><i>Homme<\/i>, no 206, 2013, 121-150.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref5\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn5\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref5&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNGl6jT_8TWmFTyCSErwPVBQWhYGSg\">[5]<\/a> Allen F. Roberts, <i>A Dance of Assassins. Performing Early Colonial Hegemony in the Congo,<\/i> Bloomington, Indiana University Press, 1998.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref6\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn6\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref6&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNGlkt57r_kGXg6EAb9SFHeMi5e65g\">[6]<\/a> <i>Cf.<\/i> Julien Bondaz, \u00ab\u00a0Entrer en collection. Pour une ethnographie des gestes et des techniques de collecte\u00a0\u00bb, <i>Les Cahiers de l<\/i><i>\u2019<\/i><i>\u00c9<\/i><i>cole du Louvre<\/i>, vol. 4, no 4, 2014,<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref7\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn7\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref7&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNGzKAkrW6E__oClbKSLpdevzvB36Q\">[7]<\/a> Dominique Zahan, <i>La graine et la viande. Mythologie dogon,<\/i> Paris, Pr\u00e9sence africaine, 1969.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn8\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref8&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNHySjOOtpnvS2PqD20hZVq6FOKI0g\">[8]<\/a> Carlo Severi, <i>L<\/i><i>\u2019<\/i><i>objet-personne. Une anthropologie de la croyance visuelle<\/i>, Paris, \u00c9ditions Rue d\u2019Ulm, 2017, 267<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref9\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn9\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref9&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNHucs42pY6VnQJI50GEbnFwebKjbQ\">[9]<\/a> Joyce Cheng, \u00ab\u00a0Georges Braque et l\u2019anthropologie de l\u2019image onirique de Carl Einstein\u00a0\u00bb, <i>Gradhiva<\/i>, 14, 2011, 107<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref10\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn10\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref10&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNH62NUxUNTaIu8e5-Z0-hf3CYeEfA\">[10]<\/a> Amos Tutuola, <i>My Life in the Bush of Ghosts<\/i>, 1954.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref11\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn11\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref11&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNFyy8wA0lJKPZBe4IJbVVMofj0laQ\">[11]<\/a> Aussi bien la fabrication que la conservation et la restauration des objets requ\u00e9raient une foule de savoirs techniques \u2013 savoirs concernant le monde botanique, v\u00e9g\u00e9tal, min\u00e9ral et organique. L\u2019utilisation du bois, par exemple, exigeait un minimum de connaissance de ses composantes, notamment celles qui le rendaient r\u00e9sistant a la moisissure et aux atteintes du temps. Il en \u00e9tait de m\u00eame pour les huiles et graisses d\u2019animaux, et les divers pigments et \u00e9l\u00e9ments tels que le feu, dont la fonction \u00e9tait de rendre les objets imputrescibles. A ce sujet, lire Pol Pierre Gossiaux, \u00ab\u00a0Conserver, restaurer : \u00e9crire le temps en Afrique\u00a0\u00bb, <i>CeROArt<\/i>, 1, 2007.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref12\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn12\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref12&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNHRkMV8goeXL2OyVLZwkvwFJ-KL4Q\">[12]<\/a> Pour Johannes Fabian, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette pratique de \u00ab\u00a0d\u00e9contextualisation\u00a0\u00bb qui est le propre de la collecte ethnographique, <i>in<\/i> \u00ab\u00a0On Recognizing Things. The \u201cEthnic Artefact\u201d and the \u201cEthnographic Object\u201d\u00a0\u00bb, <i>L<\/i><i>\u2019<\/i><i>Homme<\/i>, no 170, 2004.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref13\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn13\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref13&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNGyHYhUWJ-1tTKaiTmBjnrlk-S8zg\">[13]<\/a> Cf. Gaetano Speranza, \u00ab\u00a0Sculpture africaine. Blessures et alt\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, <i>CeROArt<\/i>, 2, 2008.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref14\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn14\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref14&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNFAWhLljForLAkZEr73iLW5iW6kUg\">[14]<\/a> Cf. Pol Pierre Gossiaux, \u00ab\u00a0Conserver, restaurer : \u00e9crire le temps en Afrique\u00a0\u00bb, <i>CeROArt<\/i>, 1, 2007.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref15\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn15\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref15&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNHcrTNW8PXybseQMLx7d_p5paV2jA\">[15]<\/a> Kwame Anthony Appiah, \u00ab\u00a0Comprendre les r\u00e9parations. R\u00e9flexion pr\u00e9liminaire\u00a0\u00bb, <i>Cahiers d<\/i><i>\u2019<\/i><i>\u00e9<\/i><i>tudes africaines<\/i>, vol. 1, no 173-174, 2004.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref16\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn16\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref16&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNGWI_Ges3E9P6F0XVmFz8wdreXtJA\">[16]<\/a> Cf. Placide Tempels, <i>La philosophie bantoue<\/i>, tr. A. Rubbens, Lovania (Elisabethville), 1945, 37.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/#_ftnref17\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" name=\"m_-9089387316818700977__ftn17\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/aoc.media\/analyse\/2018\/10\/05\/a-propos-de-restitution-artefacts-africains-conserves-musees-doccident\/%23_ftnref17&amp;source=gmail&amp;ust=1539704145110000&amp;usg=AFQjCNHbO40yudsIDLkSASwNd_fzXZLsOQ\">[17]<\/a> \u00c9douard Glissant, <i>Une nouvelle r<\/i><i>\u00e9<\/i><i>gion du monde. Esth<\/i><i>\u00e9<\/i><i>tique 1<\/i>, Paris, Gallimard, 2006.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Achille Mbembe Historien La question de la restitution de l\u2019art africain pill\u00e9 par les occidentaux fait l\u2019objet de d\u00e9bats dont les termes doivent \u00eatre clarifi\u00e9s. Car les \u0153uvres d\u2019art africaines n\u2019ont pas qu\u2019une valeur mat\u00e9rielle, mais \u00e9galement cosmologique : elles transcendent la distinction entre objet et sujet, elles traduisent une volont\u00e9 de s\u2019ins\u00e9rer dans &#8230; <a title=\"\u00c0 propos de la restitution des artefacts africains conserv\u00e9s dans les mus\u00e9es d\u2019Occident\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3926\" aria-label=\"En savoir plus sur \u00c0 propos de la restitution des artefacts africains conserv\u00e9s dans les mus\u00e9es d\u2019Occident\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3927,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,36,7,18,28],"tags":[382,201,379,381,380],"class_list":["post-3926","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-anti-imperialisme","category-europe","category-negrophobie","category-resistance-bruxelles","category-racismes","tag-achille-mbembe","tag-afrique","tag-art","tag-reparation","tag-restitution"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3926","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3926"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3926\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3930,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3926\/revisions\/3930"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3927"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3926"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3926"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3926"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}