{"id":3939,"date":"2018-11-03T09:58:11","date_gmt":"2018-11-03T08:58:11","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3939"},"modified":"2018-10-15T22:04:05","modified_gmt":"2018-10-15T21:04:05","slug":"marcher-sur-un-fil-et-ne-jamais-tomber-strategie-pour-un-feminisme-decolonial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3939","title":{"rendered":"Marcher sur un fil et ne jamais tomber : strat\u00e9gie pour un f\u00e9minisme d\u00e9colonial"},"content":{"rendered":"<div class=\"entry-meta\"><span class=\"meta-sep\">par<\/span> <span class=\"author vcard\">Louisa Yousfi, membre du PIR<\/span><\/div>\n<div class=\"post-thumbnail\"><\/div>\n<div class=\"entry-content\">\n<p><em>Ce texte est une version enrichie de l\u2019intervention tenue oralement au <a href=\"http:\/\/bandungdunord.webflow.io\/\">Bandung du Nord<\/a>, le 6 mai 2018 \u00e0 la Bourse du Travail de Saint-Denis et \u00e0 <a href=\"http:\/\/penserlemancipation.net\/\">Penser l\u2019\u00e9mancipation<\/a>, le 14 septembre 2017.<\/em><\/p>\n<p>Bonjour \u00e0 toutes et \u00e0 tous,<\/p>\n<p>Avant toute chose, je voudrais exprimer ici l\u2019honneur qui est le mien de participer \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement politique d\u2019une telle envergure.<\/p>\n<p>Je voudrais \u00e9galement pr\u00e9ciser que je n\u2019interviens pas ici en tant qu\u2019individu ni m\u00eame simplement en tant que femme, mais en tant que membre d\u2019une organisation politique d\u00e9coloniale qui d\u00e9veloppe depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie une r\u00e9flexion th\u00e9orique et strat\u00e9gique soutenue par un projet politique clairement identifi\u00e9. Cette organisation, c\u2019est le Parti des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique. Je pr\u00e9cise, enfin, que la dur\u00e9e de mon intervention \u00e9tant tr\u00e8s limit\u00e9e, je vais devoir grassement r\u00e9sumer et peut-\u00eatre appauvrir un peu la complexit\u00e9 de ce que voudrais d\u00e9fendre ici. Il y a quelques mois, c\u2019est ici, sur cette m\u00eame estrade que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e \u00e0 intervenir dans une pl\u00e9ni\u00e8re intitul\u00e9e \u00ab\u00a0F\u00e9minisme et R\u00e9volutions\u00a0\u00bb dans le cadre du colloque Penser l\u2019\u00e9mancipation.<\/p>\n<p>Lors de cette s\u00e9ance, certains s\u2019en souviendront sans doute, j\u2019ai commenc\u00e9 par cette d\u00e9claration un tantinet insolente\u00a0: \u00ab\u00a0je ne suis pas f\u00e9ministe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/14100445_10210507057262406_7013355837692944010_n.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2977\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/14100445_10210507057262406_7013355837692944010_n.jpg\" alt=\"\" width=\"502\" height=\"502\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/14100445_10210507057262406_7013355837692944010_n.jpg 502w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/14100445_10210507057262406_7013355837692944010_n-300x300.jpg 300w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/14100445_10210507057262406_7013355837692944010_n-150x150.jpg 150w\" sizes=\"(max-width: 502px) 100vw, 502px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, si je me suis autoris\u00e9e un telle sortie de route, ce n\u2019est pas par pure coquetterie distinctive ou par un anti-f\u00e9minisme primaire dont je me garderais bien d\u2019\u00eatre ici le relai. Tout au contraire, le propos que je d\u00e9veloppais pour expliquer cette distance \u00e9prouv\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard du f\u00e9minisme \u2013 notamment au regard du projet d\u00e9colonial que j\u2019ai rejoint \u2013 avait m\u00eame fini par convaincre certaines f\u00e9ministes de l\u2019audience que je d\u00e9ployais finalement l\u00e0, non moins un r\u00e9quisitoire contre le f\u00e9minisme en g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019un appel \u00e0 une sorte de f\u00e9minisme paradoxal, qui n\u2019avouerait pas son nom. La satisfaction de m\u2019\u00eatre bien fait comprendre par celles qui ne constituent effectivement pas \u00e0 mes yeux des ennemis politiques allait cependant rapidement se heurter \u00e0 joli malentendu avec l\u2019une d\u2019entre elles, malentendu qui me semble r\u00e9sumer parfaitement le n\u0153ud du probl\u00e8me. Cette amie en question, f\u00e9ministe de la premi\u00e8re heure, longtemps r\u00e9calcitrante aux id\u00e9es du PIR sur la question des femmes, vint \u00e0 me tenir \u00e0 quelques mots pr\u00e8s ce discours : <em>\u00ab\u00a0Mais finalement, votre anti-f\u00e9minisme est un f\u00e9minisme\u00a0! Vous ne voulez juste pas l\u00e2cher le mot \u00ab\u00a0f\u00e9minisme\u00a0\u00bb par orgueil. Et pourtant vous gagnerez tant \u00e0 le dire, ce n\u2019est qu\u2019un mot apr\u00e8s tout!\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>Ce n\u2019est qu\u2019un mot<\/em>. Cette phrase parfaitement fausse est en m\u00eame temps parfaitement juste et il suffit de s\u2019y attarder quelques instants pour voir surgir au c\u0153ur de sa maladresse une f\u00e9conde lucidit\u00e9.<\/p>\n<p>Car si on doit admettre que le f\u00e9minisme n\u2019est qu\u2019un mot pour nommer tout ce qui de pr\u00e8s ou de loin s\u2019int\u00e9resserait \u00e0 parler des femmes et de leurs int\u00e9r\u00eats \u2013 ind\u00e9pendamment de la mani\u00e8re dont ses int\u00e9r\u00eats se manifestent effectivement dans la soci\u00e9t\u00e9 \u2013 alors il serait plus int\u00e9ressant de renverser la question et de demander \u00e0 ceux qui nous la pose\u00a0: mais pourquoi, vous, tenez-vous tant \u00e0 ce que l\u2019on prononce <em>ce mot qui n\u2019est qu\u2019un mot<\/em> quand vous semblez pourtant comprendre que la critique du f\u00e9minisme que nous menons depuis des ann\u00e9es s\u2019\u00e9labore aussi du point de vue de l\u2019int\u00e9r\u00eat des femmes de l\u2019immigration\u00a0? Est-ce que le fait de ne pas consentir \u00e0 l\u2019utiliser tout en menant une profonde r\u00e9flexion strat\u00e9gique sur les int\u00e9r\u00eats objectifs des femmes de l\u2019immigration suffit \u00e0 nous ranger dans le camp des complices de la domination patriarcale\u00a0? Qu\u2019est-ce qui se joue enfin derri\u00e8re cette obsession faussement nominaliste si ce n\u2019est la volont\u00e9 ou l\u2019injonction \u2013 selon o\u00f9 l\u2019on se situe \u2013 \u00e0 rassurer un agenda externe \u00e0 la lutte antiraciste et \u00e0 donner des gages de respectabilit\u00e9. Oui, la lutte antiraciste a le droit \u00e0 son orgueil et non, le f\u00e9minisme n\u2019est pas qu\u2019un mot. Et nos travaux, loin de caricaturer ce mouvement complexe, s\u2019est attel\u00e9 \u00e0 en dresser une analyse fine et historicis\u00e9e en fonction de nos int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sous la plume de Sadri Khiari et de celle de Houria Bouteldja, le PIR a d\u00e9j\u00e0 produit une critique radicale du f\u00e9minisme occidental en rappelant notamment ses conditions historiques d\u2019\u00e9mergence dans les d\u00e9mocraties lib\u00e9rales depuis l\u2019expansion capitaliste coloniale et la r\u00e9volution fran\u00e7aise. En exposant les conditions de p\u00e9n\u00e9tration du f\u00e9minisme \u2013 et a fortiori du progressisme \u2013 dans les soci\u00e9t\u00e9s du Sud et dans les communaut\u00e9s non-blanches \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des pays du Nord, le PIR s\u2019est d\u00e9j\u00e0 attach\u00e9 \u00e0 d\u00e9noncer l\u2019imposition par l\u2019imp\u00e9rialisme occidental des notions de genre et de sexualit\u00e9 \u00e0 des sujets colonis\u00e9s et l\u2019effet d\u00e9sastreux de cette m\u00eame imposition notamment pour la situation des femmes et des minorit\u00e9s indig\u00e8nes. Pr\u00e9cisons que des intellectuels et militants (hommes ou femmes) des pays du sud ont aussi formul\u00e9 ce genre de critiques ainsi que des penseurs marxistes. Le fil rouge de toutes ces analyses se r\u00e9sume ainsi\u00a0: les rapports de genre ne peuvent \u00eatre pens\u00e9s en dehors des int\u00e9r\u00eats contradictoires de l\u2019\u00c9tat-Nation, des rapports Nord-Sud, du n\u00e9olib\u00e9ralisme et de ses transformations. Je ne reviendrai donc pas l\u00e0-dessus. Si je rappelle ceci, c\u2019est pour faire comprendre que mon affirmation introductive \u00ab\u00a0je ne suis pas f\u00e9ministe\u00a0\u00bb n\u2019a rien d\u2019une coquetterie distinctive ni d\u2019une pure provocation. Elle est le fruit d\u2019une profonde maturation politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dire \u00ab\u00a0je ne suis pas f\u00e9ministe\u00a0\u00bb, ne signifie pas que le sort des femmes dans le monde m\u2019indiff\u00e8re mais que je ne revendique pas cette identit\u00e9 politique. D\u2019abord, parce qu\u2019une identit\u00e9 politique ne vaut pas universellement, pour tous les contextes et tous les \u00e2ges. \u00catre f\u00e9ministe signifie toujours \u00eatre f\u00e9ministe quelque part, dans un contexte socio-politique donn\u00e9. Dans le contexte qui est le n\u00f4tre, c\u2019est-\u00e0-dire celui o\u00f9 le racisme syst\u00e9mique et n\u00e9ocolonial exacerbe les fractures entre les communaut\u00e9s et broie les tentatives de r\u00e9sistance des populations postcoloniales, \u00eatre f\u00e9ministe n\u2019a au regard d\u2019un projet politique d\u00e9colonial, pas le m\u00eame sens.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 beaucoup \u00e9crit sur la question mais je r\u00e9sumerai en deux points ce qui me para\u00eet essentiel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>Le mod\u00e8le f\u00e9ministe dont on ne rappellera jamais assez les multiples contradictions de son histoire induit in\u00e9vitablement des risques de distorsions politiques qui laisserait pr\u00e9sager l\u2019existence d\u2019une cat\u00e9gorie commune \u00ab\u00a0les femmes\u00a0\u00bb structur\u00e9e autour d\u2019une communaut\u00e9 d\u2019exp\u00e9rience et d\u2019int\u00e9r\u00eats. Cet universel f\u00e9minin aurait pour adversaire d\u00e9sign\u00e9 le patriarcat comme syst\u00e8me de domination mondiale. Occultant les clivages de classes et de race, ce f\u00e9minisme blanc-bourgeois se heurte \u00e9videmment \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociale et politique des femmes non-blanches ainsi que des hommes non-blancs.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>Il faut reconna\u00eetre l\u2019existence aujourd\u2019hui d\u2019un f\u00e9minisme inclusif qui ne nie pas cette divergence d\u2019int\u00e9r\u00eats r\u00e9els entre les femmes blanches et les femmes non-blanches. Les f\u00e9ministes non-blanches dressent au contraire une critique ferme et explicitement antiraciste du f\u00e9minisme traditionnel ou ce qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0le f\u00e9minisme blanc\u00a0\u00bb. N\u00e9anmoins, cela ne les emp\u00eache pas d\u2019estimer n\u00e9cessaire une organisation sp\u00e9cifique des femmes non-blanches contre le sexisme des hommes blancs et non-blancs. C\u2019est leur droit le plus l\u00e9gitime. De deux choses l\u2019une, soit elles ne diff\u00e9rencient pas la nature du sexisme des hommes blancs et celui des hommes noirs et arabes, \u2013 et elles font une s\u00e9rieuse erreur de diagnostic \u2013 soit elles les distinguent et s\u2019engagent alors dans une compr\u00e9hension globale d\u2019un syst\u00e8me d\u2019oppressions qui imbriquent les rapports de race aux rapports de classe et de genre. Ce qui fait d\u2019elles des militantes d\u00e9coloniales.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sommairement, c\u2019est ce que nous proposons, \u00e0 savoir une intelligence globale de ce syst\u00e8me <em>d\u2019oppressions crois\u00e9es<\/em>.<\/p>\n<p>Mais comme je viens de prononcer l\u2019expression \u00ab\u00a0oppressions crois\u00e9es\u00a0\u00bb, je ne peux m\u2019emp\u00eacher de nous pr\u00e9munir contre les pi\u00e8ges de ce concept en vogue qui condense ce renouveau f\u00e9ministe, \u00e0 savoir l\u2019intersectionnalit\u00e9. Si l\u2019intersectionnalit\u00e9 a pu \u00eatre un outil analytique important pour d\u00e9crire notamment comment le syst\u00e8me p\u00e9nal am\u00e9ricain \u00e9chouait \u00e0 prendre en consid\u00e9ration la multiplicit\u00e9 des motifs de discrimination des femmes noires sur leur lieu de travail, force est de constater que son \u00e9volution dans le champ universitaire et militant lui fait de plus en plus emprunter les contours d\u2019un nouvel humanisme abstrait, si ce n\u2019est ceux d\u2019un nouveau chantage \u00e0 l\u2019exemplarit\u00e9 des luttes antiracistes. Pour r\u00e9sumer, je citerai Norman Ajari\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Dans la France d\u2019aujourd\u2019hui, le chantage \u00e0 l\u2019intersectionnalit\u00e9 est devenu un instrument de police id\u00e9ologique qui permet de disqualifier ceux qui ne pr\u00eatent pas all\u00e9geance \u00e0 l\u2019agenda politique dominant. Il cherche \u00e0 consacrer la sup\u00e9riorit\u00e9 morale de celles et ceux qui le pr\u00f4nent, en les confortant dans l\u2019illusion d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 sans borne. Articuler \u00e0 tous propos la classe, la sexualit\u00e9, le genre et la race, c\u2019est s\u2019assurer d\u2019avoir son mot \u00e0 dire sur tout, et d\u2019\u00eatre rarement contredit..\u00a0<\/em><em>\u00bb. <\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>J\u2019ajouterai \u00e0 cette critique plusieurs caract\u00e9ristiques de cette intersectionnalit\u00e9\u00a0ou de ce que certains pr\u00e9f\u00e8rent appeler \u00ab\u00a0son d\u00e9voiement\u00a0\u00bb :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>Le paradigme individualiste et lib\u00e9ral qui sacralise les r\u00e9cits et les v\u00e9cus subjectifs au d\u00e9triment d\u2019une approche collective de la politique.<\/li>\n<li>La constitution d\u2019une arithm\u00e9tique abstraite et d\u00e9formante qui fait gagner des points de l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 mesure que les motifs d\u2019oppressions s\u2019accumulent et qui s\u2019apparente, pardonnez-moi l\u2019expression, \u00e0 une esp\u00e8ce de Jeux Olympiques de l\u2019oppression.<\/li>\n<li>Une approche limit\u00e9e et id\u00e9aliste de la micropolitique \u00e0 travers le geste d\u00e9constructif des discours et des repr\u00e9sentations, qui a pour cons\u00e9quence une dilution de la question de l\u2019\u00c9tat comme adversaire central.<\/li>\n<li>Mais surtout l\u2019incapacit\u00e9 dans ces conditions \u00e0 trouver une traduction strat\u00e9gique en termes de lutte et d\u2019organisation politique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Car en effet, si l\u2019intersectionnalit\u00e9 garantit d\u2019avoir toujours 20\/20 \u00e0 la copie, elle n\u2019a concr\u00e8tement jamais r\u00e9ussi, en tant que telle, \u00e0 mettre un pied en dehors de l\u2019universit\u00e9 et des colloques et s\u00e9minaires de formation militante. Chaque fois qu\u2019un front de l\u2019immigration et des quartiers a r\u00e9ussi \u00e0 faire descendre dans les rues des milliers de personnes issues de l\u2019immigration, les mots d\u2019ordre se r\u00e9sumaient syst\u00e9matiquement \u00e0 des fronts de luttes strictement antiracistes et d\u00e9coloniaux : les violences polici\u00e8res, le racisme d\u2019\u00c9tat, la Francafrique, la Palestine, l\u2019islamophobie, les r\u00e9parations pour les Afrodescendants.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs un point important \u00e0 relever. \u00c0 l\u2019\u00e9preuve de la politique concr\u00e8te, m\u00eame les militantes et les militants les plus attach\u00e9s \u00e0 ce concept d\u2019intersectionnalit\u00e9 comprennent spontan\u00e9ment les enjeux d\u2019une v\u00e9ritable strat\u00e9gie r\u00e9volutionnaire. Et beaucoup de certains de ceux qui hier nous reprochaient de vouloir \u00ab\u00a0invisibiliser\u00a0\u00bb dans le projet d\u00e9colonial les questions de genre, sont eux-m\u00eames travers\u00e9s au moment du passage \u00e0 l\u2019action politique par une esp\u00e8ce d\u2019intelligence des rapports de force qui les contraints \u00e0 reconna\u00eetre la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un antiracisme de masse.<\/p>\n<p>Je voudrais ici qu\u2019on mesure bien la port\u00e9e de ce que je ne fais que d\u00e9crire. On a pu nous reprocher de vouloir faire taire les femmes de l\u2019immigration sur les violences qu\u2019elles subissent, au nom de l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de la communaut\u00e9 dans un contexte raciste. Aussi, je vous demande de puiser toute la bonne foi qui est en vous pour entendre ceci une bonne fois pour toutes, sans d\u00e9formation ni contresens. Non, nous ne demandons pas aux femmes de l\u2019immigration de prioriser la question raciale et de faire pr\u00e9valoir dans le dilemme qui est le leur la loyaut\u00e9 \u00e0 leurs communaut\u00e9s. Ce que nous disons, c\u2019est qu\u2019elles le font d\u00e9j\u00e0 tous les jours dans la grande majorit\u00e9 des cas et qu\u2019il convient d\u00e8s lors non pas de les prendre de haut, ni de leur faire la morale, ni de tenter de les \u00e9duquer de force aux vertus du f\u00e9minisme et du progressisme, mais de tenter de comprendre la charge politique de ce choix majoritaire. Il n\u2019est donc pas question de fustiger les femmes qui \u00ab\u00a0oseraient\u00a0\u00bb d\u00e9noncer la violence sexiste au sein de leurs communaut\u00e9s en les d\u00e9signant comme des \u00ab\u00a0traitresses\u00a0\u00bb. Parmi ceux qui pr\u00e9tendent lire le contraire dans les analyses d\u2019Houria Bouteldja, il y a \u00e9videmment beaucoup de mauvaise foi et sans doute aussi l\u2019expression d\u2019un int\u00e9r\u00eat personnel ou strat\u00e9gique \u00e0 prolonger les fausses pol\u00e9miques. Mais il y a aussi de vrais malentendus, des vraies interrogations ou encore des critiques l\u00e9gitimes qu\u2019il est important de recevoir et auxquelles nous n\u2019avons cess\u00e9 de travailler \u00e0 r\u00e9pondre. Mais pour que ce d\u00e9bat soit possible, que les paroles soient audibles et respect\u00e9es, que l\u2019on cesse d\u2019abord de reprocher aux femmes du PIR ce qu\u2019elles ne font pas, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019enjoindre, de commander ou de prescrire je ne sais quelle conduite \u00e0 leurs \u00ab\u00a0s\u0153urs indig\u00e8nes\u00a0\u00bb. Les femmes du PIR s\u2019inscrivent dans cette longue tradition de luttes de femmes de l\u2019immigration pour qui la solidarit\u00e9 avec leurs hommes n\u2019a pas le sens d\u2019un sacrifice ou d\u2019une pure abn\u00e9gation. Cette solidarit\u00e9, qu\u2019on ne d\u00e9cr\u00e8te pas, repose sur la consid\u00e9ration des violences des masculinit\u00e9s subalternes non pas comme l\u2019expression d\u2019une culture locale ou universelle de la domination masculine mais comme la cons\u00e9quence de la d\u00e9stabilisation des communaut\u00e9s non-blanches par le racisme, le n\u00e9ocolonialisme et les r\u00e9formes n\u00e9olib\u00e9rales.<\/p>\n<p>Est-ce que cela veut dire qu\u2019on <em>essentialise <\/em>et qu\u2019on d\u00e9responsabilise les hommes non-blancs en faisant porter la responsabilit\u00e9 de tous leurs maux sur le dos du racisme\u00a0? Est-ce qu\u2019on pr\u00e9tend que sans cela, les hommes non-blancs, \u00e0 la diff\u00e9rence des hommes blancs, seraient de doux agneaux, spontan\u00e9ment solidaires des femmes\u00a0? \u00c9videmment, non. Mais faire de la politique, c\u2019est d\u2019abord se soucier du monde tel qu\u2019il est, pas tel qu\u2019il aurait pu \u00eatre, ou tel qu\u2019il serait dans l\u2019absolu. Il ne nous int\u00e9resse pas de savoir quel aurait \u00e9t\u00e9 le comportement de l\u2019homme non-blanc envers les femmes si l\u2019histoire des peuples avait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente, si le colonialisme et le racisme n\u2019avaient pas exist\u00e9. Ce qui nous importe, c\u2019est ce qu\u2019il est effectivement aujourd\u2019hui, au moment o\u00f9 nous tentons d\u2019\u00e9laborer une strat\u00e9gie d\u2019\u00e9mancipation et pour les femmes et pour les hommes indig\u00e8nes, car les deux sont \u00e9videmment indissociables. Dans ce cadre tr\u00e8s pr\u00e9cis qui n\u2019est autre que le cadre du r\u00e9el, c\u2019est la strat\u00e9gie que nous d\u00e9fendons et que nous avons int\u00e9r\u00eat \u00e0 poursuivre \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019identitarisme et la supr\u00e9matie blanche se rebiffe \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire aux \u00c9tats-Unis comme en Europe, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les r\u00e9sistances dans les pays du sud et notamment en Afrique se radicalisent comme rarement.<\/p>\n<p>J\u2019aimerais ici marquer un temps pour tenter d\u2019esquisser une \u00e9volution rapide des luttes des femmes de l\u2019immigration en France. On se souvient tous du Mouvement Ni putes ni soumises. Canonis\u00e9es jusqu\u2019au sommet de l\u2019\u00c9tat, les femmes de NPNS s\u2019\u00e9taient employ\u00e9 \u00e0 d\u00e9noncer en ch\u0153ur la barbarie des hommes de banlieue, l\u2019islamisation des quartiers, le communautarisme mortif\u00e8re, et l\u2019ali\u00e9nation des femmes voil\u00e9es. On conna\u00eet la suite. NPNS n\u2019a jamais p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 les quartiers. Il y est m\u00eame honni. En se prenant pour une avant-garde \u00e9clair\u00e9e, missionn\u00e9e d\u2019\u00e9duquer le peuple indig\u00e8ne aux valeurs \u00e9mancipatrices de la R\u00e9publique, les NPNS n\u2019auront r\u00e9ussi qu\u2019\u00e0 s\u2019en faire expulser comme un corps \u00e9tranger. C\u2019est l\u00e0 une le\u00e7on politique \u00e0 graver dans le marbre\u00a0: on ne lutte jamais aux d\u00e9pens des gens au nom de qui on pr\u00e9tend vouloir lutter.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, sym\u00e9triquement oppos\u00e9 \u00e0 NPNS, on assiste, en effet, \u00e0 la naissance d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de femmes de l\u2019immigration qui se donne pour mission d\u2019organiser la riposte historique \u00e0 l\u2019instrumentalisation des femmes contre les hommes de leurs communaut\u00e9s. Tout ceci est une petite r\u00e9volution dont il faut se f\u00e9liciter abondamment.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, \u00e0 partir d\u2019une telle avanc\u00e9e, je sais comme est grande la tentation de croire que l\u2019\u00e8re de notre instrumentalisation, nous femmes de l\u2019immigration, est r\u00e9volue et qu\u2019il est d\u00e9sormais tant pour nous de mener une lutte contre le patriarcat des hommes de nos communaut\u00e9s sans jouer le jeu de la soci\u00e9t\u00e9 raciste. Cette perspective \u2013 et je le dis sinc\u00e8rement \u2013 est s\u00e9duisante, tr\u00e8s s\u00e9duisante, trop s\u00e9duisante. Car, en effet, elle me semble reposer sur une mauvaise appr\u00e9hension du probl\u00e8me de l\u2019instrumentalisation comme ph\u00e9nom\u00e8ne objectif et mat\u00e9riel, en le d\u00e9pla\u00e7ant sur le terrain des volont\u00e9s subjectives et militantes. Tout se passe comme s\u2019il suffisait que nous ayons seulement la volont\u00e9 consciente de ne pas \u00eatre instrumentalis\u00e9es pour ne pas \u00eatre effectivement instrumentalis\u00e9es, et que nous professions avant chaque d\u00e9claration f\u00e9ministe ne pas vouloir faire converger les int\u00e9r\u00eats de notre lutte avec ceux du racisme syst\u00e9mique pour ne pas les voir objectivement converger comme des aimants. Quelle aubaine, en effet, cela serait et avec quelle facilit\u00e9 nous pourrions enfin r\u00e9aliser le fantasme ultime de lutter contre toutes les oppressions du monde de mani\u00e8re parfaitement synchronis\u00e9e et dans le confort moral le plus complet. Bien s\u00fbr, une telle na\u00efvet\u00e9 ne nous est pas permise et l\u2019histoire nous enseigne toujours h\u00e9las \u00e0 quel point l\u2019instrumentalisation des luttes d\u00e9pend moins de l\u2019assentiment de ceux qui les m\u00e8nent que du contexte politique dans lequel elles sont men\u00e9es.<\/p>\n<p>Que l\u2019on se comprenne bien, je ne nie pas ici le pouvoir transformateur, pour ne pas dire \u00ab\u00a0performatif\u00a0\u00bb des luttes militantes. Au contraire, je suis m\u00eame profond\u00e9ment convaincue que lutter implique toujours une certaine prise de risque, un certain d\u00e9calage avec \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tat de fait\u00a0\u00bb que notre positionnement mat\u00e9rialiste peut avoir tendance \u00e0 f\u00e9tichiser. En politique, il ne s\u2019agit jamais seulement de coller parfaitement au monde mais bien d\u2019impulser une direction et d\u2019esquisser un possible pour la soci\u00e9t\u00e9 dont on ne peut se contenter d\u2019attendre qu\u2019elle soit \u00ab\u00a0pr\u00eate\u00a0\u00bb ou que selon la formule consacr\u00e9e \u00ab\u00a0toutes les conditions soient r\u00e9unies\u00a0\u00bb. Si je dis cela, c\u2019est que j\u2019ai \u00e0 c\u0153ur et \u00e0 l\u2019esprit l\u2019interrogation sinc\u00e8re et parfois am\u00e8re de certaines de mes soeurs qui se demandent si ce que nous disons sur le contexte raciste ne les condamne pas \u00e0 l\u2019impuissance, quand parfois l\u2019urgence de leur situation ne leur permet pas le luxe d\u2019attendre l\u2019accomplissement r\u00e9el d\u2019une r\u00e9volution d\u00e9coloniale. Disons-le clairement : l\u2019attente n\u2019est et ne sera jamais une proposition politique. Et une lutte, toute d\u00e9coloniale soit-elle, qui appellerait \u00e0 la passivit\u00e9 ou la mise en sourdine de certains de ses partisans et, en l\u2019occurrence de ses partisanes, se condamne irr\u00e9m\u00e9diablement \u00e0 la mort. Aussi, j\u2019aimerais apporter une r\u00e9ponse \u00e0 ces interrogations\u00a0: s\u2019il y a une lutte qu\u2019on ne peut d\u00e9cemment pas accuser de r\u00e9duire les femmes \u00e0 l\u2019impuissance, c\u2019est bien la lutte d\u00e9coloniale.<\/p>\n<p>Dans tout le mouvement antiraciste et d\u00e9colonial\u2013 des premi\u00e8res luttes de l\u2019immigration \u00e0 celles d\u2019aujourd\u2019hui \u2013 jamais les femmes n\u2019ont \u00e9t\u00e9 aussi pr\u00e9sentes, actives, engag\u00e9es et visibles sur le terrain des luttes. Regardons autour de nous, dans cette assembl\u00e9e ici pr\u00e9sente, dans toutes les organisations qui \u00e9manent de ce mouvement antiraciste et d\u00e9colonial duquel nous nous revendiquons, dans leurs instances les plus d\u00e9cisionnelles, dans leur direction strat\u00e9gique, les femmes de l\u2019immigration sont incontestablement les chevilles ouvri\u00e8res de la lutte qui se m\u00e8ne actuellement sous nos yeux. Qui oserait nous regarder en face, militantes antiracistes et d\u00e9coloniales, et nous dire <em>\u00e0 nous<\/em> que nos int\u00e9r\u00eats sp\u00e9cifiques de femmes sont \u00e9cras\u00e9s dans une lutte qui les ignore lorsque c\u2019est nous-m\u00eames qui en sommes \u00e0 la t\u00eate\u00a0?<\/p>\n<p>Je prendrais ici pour exemple le souvenir tr\u00e8s pr\u00e9cieux d\u2019une lutte \u00e0 laquelle j\u2019ai particip\u00e9. La Marche de la Dignit\u00e9 du 31 octobre 2015, organis\u00e9e exclusivement par des organisations de l\u2019immigration et des quartiers, et qui a rassembl\u00e9 pr\u00e8s 15 000 personnes dans les rues de Paris derri\u00e8re le mot d\u2019ordre \u00ab\u00a0Justice, dignit\u00e9, r\u00e9parations\u00a0\u00bb. \u00c0 la t\u00eate de mouvement, c\u2019est un collectif de femmes, la Mafed, \u00e0 qui je voudrais rendre hommage. Les femmes de la MAFED, exclusivement noires, rroms et arabes et qui pour certaines \u00e9taient f\u00e9ministes, ne se sont pas constitu\u00e9es en collectif non-mixte pour d\u00e9noncer le patriarcat ou la violence des hommes. Elles ont r\u00e9alis\u00e9 le coup de force de d\u00e9tourner la politisation du genre au profit des int\u00e9r\u00eats des mouvements de l\u2019immigration et de donner \u00e0 voir la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019implication des femmes dans les luttes sur les violences polici\u00e8res et le racisme d\u2019\u00c9tat<strong>.<\/strong> Car c\u2019est cela qu\u2019il faut bien comprendre. Alors que les hommes de l\u2019immigration subissent une politique de r\u00e9pression polici\u00e8re qui les pr\u00e9carise et limite leur capacit\u00e9 d\u2019organisation, ce sont naturellement des femmes qui ont investi le terrain de la lutte contre les violences polici\u00e8res en s\u2019interposant entre les hommes et la police d\u2019\u00c9tat\u00a0: Souvenons-nous des \u00ab\u00a0folles de la place Vend\u00f4me\u00a0\u00bb, et aujourd\u2019hui Amal Bentounsi, Ramata Dieng, Zohra El Yamni, Assa Traor\u00e9, et tant d\u2019autres.<\/p>\n<p>Ce sont l\u00e0 les r\u00e9sultats palpables et concrets non pas du f\u00e9minisme comme on est vigoureusement incit\u00e9s \u00e0 le penser, mais des luttes de l\u2019immigration et de l\u2019antiracisme politique qui ont \u00e9t\u00e9 et demeurent encore les espaces politiques ayant jou\u00e9 le r\u00f4le plus d\u00e9cisif dans la politisation des femmes de l\u2019immigration ces derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Et il suffit de se pencher sur le cas des associations de femmes, qui fleurissent dans les quartiers populaires depuis les ann\u00e9es 80, \u00e0 la faveur de la politique de la ville pour faire le m\u00eame constat. Syst\u00e9matiquement, et on ne s\u2019en \u00e9tonnera pas, les pouvoirs publics qui encadrent et fixe les modalit\u00e9s de cr\u00e9ation et de subventions de ces associations encouragent des actions qui visent l\u2019\u00e9galit\u00e9 hommes-femmes, la la\u00efcit\u00e9, la diversit\u00e9 culturelle, la lutte contre le repli communautaire ou encore l\u2019\u00e9panouissement individuel des femmes. Or, que se passe-t-il dans les faits\u00a0? L\u2019exacte oppos\u00e9 de ce qui est encourag\u00e9. Pr\u00e9f\u00e9rant une approche dite \u00ab\u00a0familialiste\u00a0\u00bb, les femmes des quartiers populaires se montrent surtout attach\u00e9es \u00e0 des questions qui touchent l\u2019ensemble de leur famille\u00a0: l\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019\u00e9cole, la lutte contre la d\u00e9linquance et le rapport \u00e0 la police, la sant\u00e9, la maitrise de la langue fran\u00e7aise, les conditions d\u2019obtention de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, les codes juridiques du mariage en France, et le logement.<\/p>\n<p>Autre fait remarquable, et pas des moindres, \u2013 et je citerai pour l\u2019occasion une \u00e9tude men\u00e9e au sein d\u2019associations de femmes en r\u00e9gion Rh\u00f4ne-Alpes\u00a0\u2013\u00a0: <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>Elles \u00e9voquent une autre violence que celle des hommes sur les femmes\u00a0: la violence qu\u2019elles subissent \u00e0 travers la violence sociale faite aux hommes quand ils sont touch\u00e9s par la pr\u00e9carit\u00e9 professionnelle, par la rel\u00e9gation sociale et scolaire. Elles expriment leur \u00ab\u00a0volont\u00e9 de r\u00e9habiliter\u00a0\u00bb les hommes, allant jusqu\u2019\u00e0 tenter d\u2019initier des groupes de parole d\u2019hommes au sein de l\u2019association de femmes. Elles affichent \u00e9galement leur distance vis-\u00e0-vis du discours sur les violences faites aux femmes et sur la domination masculine. Elles insistent en revanche sur l\u2019affaiblissement symbolique des hommes qui les p\u00e9nalisent dans leur vie quotidienne.\u00a0\u00bb <\/em>Et de citer A\u00efcha Maklouf, une femme mari\u00e9e de 56 ans, d\u2019origine alg\u00e9rienne, investie depuis des ann\u00e9es dans une association de femmes de quartiers et qui profitant d\u2019une r\u00e9union pour la Journ\u00e9e de la femme en mars 2004 d\u00e9clarait devant un parterre de f\u00e9ministes m\u00e9dus\u00e9es cette phrase douloureuse et lourde de sens : <em>\u00ab\u00a0Nos hommes sont morts\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Alors, oui, tout cela ne ressemble pas exactement \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019on se fait du f\u00e9minisme mais au fond, entre nous, qu\u2019est-ce que cela peut bien faire\u00a0? \u00c0 travers les d\u00e9bats publics, \u00e0 travers leurs prises de parole, \u00e0 travers la probl\u00e9matisation des questions soulev\u00e9es dans l\u2019exp\u00e9rience ordinaire, \u00e0 travers la confrontation aux institutions et aux pouvoirs publics, les femmes de l\u2019immigration se construisent un capital social et politique majeur qui redistribue les cartes et va jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9organiser de fait les rapports entre hommes et femmes au sein de leurs familles. Ont-elles eu besoin de voir tamponner leurs actions du label \u00ab\u00a0f\u00e9minisme\u00a0\u00bb pour se lancer dans les luttes de lib\u00e9ration de leurs pays, pour s\u2019organiser en tant que m\u00e8res, s\u0153urs et \u00e9pouses au sein de leur quartier\u00a0? Au contraire, le plus souvent, elles s\u2019en m\u00e9fient, et prennent volontairement leur distance. Et cette question me d\u00e9mange : <em>et alors\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Au nom de quel int\u00e9r\u00eat strat\u00e9gique sup\u00e9rieur devrions-nous insister pour qu\u2019elles s\u2019y reconnaissent et s\u2019en revendiquent\u00a0? Allons-nous \u00e0 notre tour jouer les avant-garde \u00e9clair\u00e9e navr\u00e9e de l\u2019ali\u00e9nation suppos\u00e9e des masses ou allons-nous enfin les traiter pour des sujets politique \u00e0 part enti\u00e8re qui r\u00e9sistent \u00e0 parler de f\u00e9minisme non pas par occultation de leurs propres int\u00e9r\u00eats mais au contraire par une intelligence fine des rapports de force en cours et de leurs conditions sociales d\u2019existence concr\u00e8tes. En prenant en charge leurs int\u00e9r\u00eats de femmes davantage <em>en actes<\/em> que par des discours f\u00e9ministes, l\u2019action principale de ces femmes se traduit notamment par le souci d\u2019\u00e9laborer des liens de solidarit\u00e9s avec les hommes de leurs communaut\u00e9s. Car c\u2019est ainsi nous avan\u00e7ons, femmes de l\u2019immigration, en ayant l\u2019air toujours de reculer, sur la cime aiguis\u00e9e d\u2019un paradoxe, n\u00e9gociant l\u2019\u00e9quilibre exact, le point de gravit\u00e9 parfait, faisant jouer contre eux-m\u00eames nos int\u00e9r\u00eats contradictoires comme autant de vents contraires qui nous menacent et qui finalement par un habile jeu de d\u00e9tournement des contraintes, deviennent la force qui nous emp\u00eachent de tomber.<\/p>\n<p>Qu\u2019en est-il alors de ces autres femmes de l\u2019immigration qui se reconnaissent dans le f\u00e9minisme, s\u2019en r\u00e9clament et s\u2019y organisent\u00a0? Je ne nie pas qu\u2019elles existent ni m\u00eame d\u2019ailleurs qu\u2019elles ont des raisons honorables et n\u00e9cessaires d\u2019exister. Notre d\u00e9fi, cependant, \u00e0 toutes sans exception, c\u2019est de refuser \u00e0 tout prix que les unes soient mont\u00e9es contre les autres, qu\u2019une bonne mani\u00e8re d\u2019\u00eatre une femme de l\u2019immigration se distingue d\u2019une mauvaise et que le petit jeu des leadership id\u00e9ologiques l\u2019emporte sur notre int\u00e9r\u00eat commun. Il est fort possible, au contraire, \u00e0 la stricte condition de respecter la dignit\u00e9 politique de la lutte antiraciste qui doit se justifier en elle-m\u00eame, sans avoir recours \u00e0 des d\u00e9tours de l\u00e9gitimation via d\u2019autres agendas politiques, que l\u2019on finisse par trouver ce territoire politique commun qui ne ressemble \u00e0 aucun autre et qu\u2019il reste \u00e0 construire pas \u00e0 pas\u00a0: celui d\u2019un f\u00e9minisme <em>paradoxal, dialectique, contradictoire, contre-intuitif, funambule, qui ne dit pas son nom, qui n\u2019en est pas un<\/em>, que sais-je encore\u2026 mais surtout et avant tout un f\u00e9minisme d\u00e9colonial. Et \u00e7a, d\u00e9finitivement, ce n\u2019est pas <em>qu\u2019un mot<\/em>.<\/p>\n<p>Au moment de pr\u00e9parer cette intervention, j\u2019ai cherch\u00e9 longtemps l\u2019image qui allait exprimer mieux que n\u2019importe quel d\u00e9veloppement argumentatif les raisons pour lesquelles j\u2019ai toujours \u00e9prouv\u00e9 un certain embarras \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce concept de f\u00e9minisme. C\u2019est finalement la r\u00e9miniscence d\u2019une intervention peu connue d\u2019Houria Bouteldja qui allait m\u2019en donner la plus \u00e9clatante expression. Permettez que je prenne le temps de citer ce passage dans son enti\u00e8ret\u00e9.<\/p>\n<p>Houria Bouteldja, \u00e9voquant la bataille qu\u2019elle a livr\u00e9 au fameux mot d\u2019ordre f\u00e9ministe \u00ab\u00a0mon corps m\u2019appartient\u00a0\u00bb\u00a0 dit ceci\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0 <em>Pour donner une image, j\u2019avais l\u2019impression que ce slogan tournoyait autour de moi, qu\u2019il m\u2019accompagnait partout. J\u2019\u00e9tais en pr\u00e9sence d\u2019un \u00e9tranger qui frappait \u00e0 ma porte sauf que de l\u2019int\u00e9rieur, je ne voulais pas ouvrir. Et toujours ce sentiment de culpabilit\u00e9 car \u00eatre f\u00e9ministe, surtout dans les milieux militants, c\u2019est sens\u00e9 \u00eatre un passage oblig\u00e9. Et de fil en aiguille, j\u2019ai pris conscience que j\u2019\u00e9tais dans une impasse car s\u2019imposait \u00e0 moi, gros comme une montagne, mon histoire familiale et la condition des hommes indig\u00e8nes que toute rationalit\u00e9 m\u2019emp\u00eachait de consid\u00e9rer comme des hommes blancs. Un jour, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de me d\u00e9barrasser de mes tourments. \u00c7a a fait comme une explosion dans ma t\u00eate. La d\u00e9cision \u00e9tait prise de me le dire clairement \u00e0 moi-m\u00eame : mon corps ne m\u2019appartient pas. (\u2026) Lorsque j\u2019ai \u00e9tal\u00e9 cette phrase dans mon bouquin, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 submerg\u00e9e par un sentiment de paix, de lib\u00e9ration et m\u00eame de puissance. Je ne mens pas, c\u2019est exactement ce que j\u2019ai ressenti. Je me suis dit, le terrain est nettoy\u00e9. Il est tout neuf. Tout commence l\u00e0.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au regard du projet qui est le n\u00f4tre, tout commence effectivement l\u00e0. Non pas sur le territoire sophistiqu\u00e9 de l\u2019intersectionnalit\u00e9, mais pile au niveau de son angle mort. Lorsque l\u2019on dessine une perspective r\u00e9volutionnaire, l\u2019un des premiers gestes strat\u00e9giques consiste \u00e0 d\u00e9finir ce qu\u2019on appelle un peu trop sommairement \u00ab\u00a0un sujet r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, l\u2019acteur historique par lequel la r\u00e9volution a objectivement le plus de chances de se r\u00e9aliser. Mais comment le d\u00e9finir aujourd\u2019hui\u00a0? Quels sont les crit\u00e8res d\u2019identification d\u2019une force r\u00e9volutionnaire comparable \u00e0 ce qu\u2019a pu repr\u00e9senter la classe ouvri\u00e8re au XIX\u00e8me si\u00e8cle\u00a0? Il n\u2019est pas question ici de pr\u00e9dire un grand soir \u00e0 partir d\u2019un pari n\u00e9buleux mais d\u2019\u00e9valuer le plus rationnellement possible les diff\u00e9rentes alternatives r\u00e9volutionnaires qui se pr\u00e9sentent \u00e0 nous et les moyens que nous pourrions d\u00e9velopper pour les renforcer. En tant que militants d\u00e9coloniaux, nous avons une proposition. Elle est ni fig\u00e9e ni achev\u00e9e. Elle est en cours de d\u00e9veloppement et s\u2019affine au gr\u00e9 de nos avanc\u00e9es et de nos \u00e9checs politiques.<\/p>\n<p>Qui a le plus int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que le syst\u00e8me p\u00e9riclite, celui qui n\u2019en tire aucun privil\u00e8ge, celui qui n\u2019a rien \u00e0 perdre ou presque. Pour l\u2019identifier, il suffit aussi de suivre du regard la direction des fl\u00e8ches envoy\u00e9es par les \u00c9tats modernes. \u00c0 qui sont-elles prioritairement destin\u00e9es\u00a0? Vers qui toutes les armes physiques et id\u00e9ologiques de r\u00e9pression sont-elles braqu\u00e9es\u00a0? \u00c0 l\u2019\u00e9gard de qui, les forces politiques, m\u00eame les plus \u00e0 gauche, peinent \u00e0 exprimer un soutien m\u00eame embarrass\u00e9, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de mille conditions\u00a0?<\/p>\n<p>On pourrait discuter longtemps des diff\u00e9rentes oppressions qui complexifient l\u2019identification d\u2019une force r\u00e9volutionnaire mais le bon sens nous oblige \u00e0 reconna\u00eetre tous au moins une chose : les grands parias de la soci\u00e9t\u00e9, ce sont les hommes noirs et arabes des quartiers. Para\u00eet-il la pire des esp\u00e8ces. Pauvres, incultes, sexistes, racistes, communautaristes, antis\u00e9mites, violents, violeurs, d\u00e9linquants, islamistes, terroristes, r\u00e9actionnaires. Et ils en paient le prix cher. Ils croupissent par dizaines de milliers dans les prisons fran\u00e7aises. Ils meurent tous les mois dans un commissariat ou un fourgon de la police ou de la gendarmerie. Ils sont fich\u00e9s S ou perquisitionn\u00e9 pour un rien. Ils sont contr\u00f4l\u00e9s au faci\u00e8s plusieurs fois par jour, humili\u00e9s dans leur quartier, dans la rue, dans les m\u00e9tros, sous le regard de tous. Ils sont les derniers qu\u2019on embauche et les premiers qu\u2019on licencie. Ils n\u2019ont presque plus rien \u00e0 perdre. Et ils sont des millions. L\u00e9nine aurait \u00e9crit un jour\u00a0: \u00ab\u00a0la politique commence l\u00e0 o\u00f9 se trouvent des millions\u00bb. Et si nos millions \u00e9taient l\u00e0\u00a0? C\u2019est en tout cas l\u2019une de nos convictions politiques les plus profondes\u00a0: qu\u2019elle soit d\u00e9coloniale ou non, aucune r\u00e9volution en France ne se fera sans le concours des hommes noirs et arabes des quartiers.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Est-ce \u00e0 dire que les femmes noires et arabes n\u2019ont aucun r\u00f4le \u00e0 jouer, si ce n\u2019est celui d\u2019abandonner \u00e0 leurs hommes le statut privil\u00e9gi\u00e9 de sujet r\u00e9volutionnaire\u00a0? C\u2019est tout l\u2019inverse. En se solidarisant comme elles le font d\u00e9j\u00e0 avec les hommes, les femmes issues de l\u2019immigration postcoloniale ont choisi elles-m\u00eames de se constituer <em>dialectiquement<\/em> en sujets r\u00e9volutionnaires \u00e0 partir d\u2019une intelligence fine et aigue des rapports de pouvoir qu\u2019elles vivent jusque dans leur chair.<\/p>\n<p>Elles disent comme dit si bien l\u2019intellectuelle palestinienne Ghada Talhami\u00a0: <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>Ce qui est le plus important pour des femmes du tiers-monde est le contexte de leur oppression. Ce n\u2019est pas le patriarcat. <\/em><em>(\u2026) Ne croyez jamais que les femmes trahiront leur cause dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des droits de genre. Elles ne le feront pas. Elles resteront avec leur propre peuple avant toute autre chose. C\u2019est ainsi que les choses se sont pass\u00e9es, et je pense que cela va continuer ainsi.\u00a0\u00bb <\/em>Et de donner l\u2019exemple de cette f\u00e9ministe et \u00e9ditrice am\u00e9ricaine Robin Morgan qui s\u2019\u00e9tant livr\u00e9e \u00e0 des entretiens avec des femmes palestiniennes leur demandait syst\u00e9matiquement<em>, \u00ab\u00a0pourquoi avez-vous tant d\u2019enfants, si vous voulez \u00eatre libres\u00a0?\u00a0\u00bb <\/em>Et les femmes lui r\u00e9pondaient alors\u00a0:<em> \u00ab\u00a0un de plus pour la r\u00e9volution\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p>Ainsi, si vous me demandez quel est le sens de cette solidarit\u00e9 que j\u2019exprime ici \u00e0 l\u2019endroit des hommes noirs et arabes des quartiers. Cette solidarit\u00e9 qui ne repose sur aucune mystification ou fascination. Solidarit\u00e9 que je crois devoir redoubler \u00e0 mesure que j\u2019observe avec effroi les maigres voies qui se pr\u00e9sentent \u00e0 eux se r\u00e9duire fatalement \u00e0 deux impasses que l\u2019on paiera tous \u2013 et toutes \u2013 tr\u00e8s cher\u00a0: l\u2019assimilation nationale \u00e0 la Soral ou l\u2019appel de Daesh. Enfin, si vous me demandez pourquoi en tant que femme issue de l\u2019immigration j\u2019ose concevoir les hommes si imparfaits de ma communaut\u00e9 comme de potentiels sujets r\u00e9volutionnaires et qu\u2019ainsi je semble d\u2019apparence \u2013 mais d\u2019apparence seulement\u2013 faire un pas en arri\u00e8re pour me ranger derri\u00e8re eux, je vous r\u00e9pondrais ainsi\u00a0: <em>\u00ab\u00a0des millions de plus pour la r\u00e9volution\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p>Merci.<\/p>\n<p>Louisa Yousfi, membre du PIR<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/marcher-sur-un-fil-et-ne-jamais-tomber-strategie-pour-un-feminisme-decolonial\/\">Source<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Louisa Yousfi, membre du PIR Ce texte est une version enrichie de l\u2019intervention tenue oralement au Bandung du Nord, le 6 mai 2018 \u00e0 la Bourse du Travail de Saint-Denis et \u00e0 Penser l\u2019\u00e9mancipation, le 14 septembre 2017. 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