{"id":3962,"date":"2018-11-03T23:45:03","date_gmt":"2018-11-03T22:45:03","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3962"},"modified":"2018-11-03T23:45:03","modified_gmt":"2018-11-03T22:45:03","slug":"la-paix-regne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3962","title":{"rendered":"La paix r\u00e8gne"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>Violence et politique aujourd\u2019hui<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Ce qui nous semble surtout \u00e9trange, dans la ferme d\u00e9cision de substituer l\u2019action parlementaire \u00e0 tout emploi de la violence populaire, c\u2019est l\u2019id\u00e9e qu\u2019une r\u00e9volution peut \u00eatre faite arbitrairement.\u00bb\u00a0 <\/em>Rosa Luxemburg, \u00ab\u00a0L\u2019exp\u00e9rience belge\u00a0\u00bb, 1913.<\/p>\n<p>D\u2019un point de vue politique \u00e9voquer la violence fonctionne comme un acte magique. L\u00e0 o\u00f9 le pouvoir aper\u00e7oit de la violence, il peut tracer un p\u00e9rim\u00e8tre de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel tout lui est permis pour y mettre fin, pour garantir <em>notre<\/em> s\u00e9curit\u00e9, pour \u00e9liminer la menace, y compris une violence extr\u00eame. Tout individu ou groupe, accus\u00e9 de violence, quelles que soient les circonstances, devient d\u2019un seul coup ill\u00e9gitime dans l\u2019ensemble de ses actes, pass\u00e9s, pr\u00e9sents et \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Il serait peut-\u00eatre int\u00e9ressant de regarder les ficelles de cet \u00e9trange tour de passe-passe, dont les premi\u00e8res apparitions remontent peut-\u00eatre au XVI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, lors de la colonisation de l\u2019Am\u00e9rique.<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/img-7.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3963 aligncenter\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/img-7.jpg\" alt=\"\" width=\"886\" height=\"746\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/img-7.jpg 886w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/img-7-300x253.jpg 300w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/img-7-768x647.jpg 768w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/img-7-600x505.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 886px) 100vw, 886px\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote><p><strong>La violence des Sauvages<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans un article intitul\u00e9 <em>Arch\u00e9ologie de la violence<\/em>, l\u2019anthropologue Pierre Clastres rapporte qu\u2019\u00e0 partir du XVII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, lorsque des colonisateurs europ\u00e9ens r\u00e9digent des r\u00e9cits de voyage en Am\u00e9rique, ils \u00e9voquent avec r\u00e9currence des soci\u00e9t\u00e9s tr\u00e8s guerri\u00e8res, particuli\u00e8rement en Amazonie. Ils \u00ab\u00a0voient\u00a0\u00bb des soci\u00e9t\u00e9s fondamentalement violentes qui, de ce fait, leur semblent incompr\u00e9hensibles et ridicules. Une vision qui s\u2019\u00e9tend par la suite \u00e0 l\u2019ensemble des colonies<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En revanche, lorsqu\u2019il se penche sur la litt\u00e9rature anthropologique des \u00ab\u00a0derni\u00e8res d\u00e9cennies\u00a0\u00bb (son article date de 1977) Clastres constate que \u00ab\u00a0S\u2019il est question (rarement) de la violence, c\u2019est en vue principalement de montrer \u00e0 quel point ces soci\u00e9t\u00e9s s\u2019appliquent \u00e0 la contr\u00f4ler, \u00e0 la codifier, \u00e0 la ritualiser, bref tendent \u00e0 la r\u00e9duire, sinon \u00e0 l\u2019abolir\u2026\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Suivant ce point de vue on pourrait donc d\u00e9duire que \u00ab &#8230; (\u00e0 la r\u00e9serve pr\u00e8s d\u2019anecdotes secondaires) la violence ne figure point sur l\u2019horizon de la vie sociale des Sauvages, que l\u2019\u00eatre social primitif se d\u00e9ploie \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du conflit arm\u00e9, que la guerre n\u2019appartient pas au fonctionnement normal, habituel des soci\u00e9t\u00e9s primitives \u00bb<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lors d\u2019un renouveau de l\u2019anthropologie au XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, il est question d\u2019accepter et m\u00eame de valoriser la diff\u00e9rence, de d\u00e9velopper le rapport \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019autre\u00a0\u00bb. Les diverses dimensions des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9tudi\u00e9es (culture, histoire, politique, etc.) peuvent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es, mais \u00e0 condition de laisser en dehors la violence r\u00e9ellement constat\u00e9e. L\u2019alternative semble \u00eatre\u00a0: soit la violence d\u00e9finit l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, soit elle est anecdotique. La violence interne appara\u00eet comme la limite \u00e0 partir de laquelle on ne peut plus reconna\u00eetre d\u2019interlocuteur. C\u2019est quelque chose d\u2019un peu plus compliqu\u00e9 que le simple d\u00e9go\u00fbt moral pour la violence qui commence \u00e0 se dessiner au XVII<sup>\u00e8me<\/sup>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La grande inqui\u00e9tude des missionnaires, des commer\u00e7ants, des colons, des intellectuels du XVII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle \u00e0 propos de la violence est moins morale que pratique\u00a0: \u00ab &#8230;comment en effet christianiser, civiliser, convaincre des vertus du travail et du commerce des gens soucieux principalement de guerroyer contre leurs voisins, de venger les d\u00e9faites ou de c\u00e9l\u00e9brer les victoires\u00a0?\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Suivant toujours l\u2019article de Clastres, c\u2019est pour ces raisons pratiques qu\u2019\u00e0 leurs yeux \u00ab \u2026 une soci\u00e9t\u00e9 sans gouvernement, sans \u00c9tat, n\u2019est pas une soci\u00e9t\u00e9\u00a0; donc les sauvages demeurent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du social, ils vivent dans la condition naturelle des hommes o\u00f9 r\u00e8gne la guerre de chacun contre chacun \u00bb<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. La \u00ab\u00a0guerre primitive\u00a0\u00bb de tous contre tous correspondrait \u00e0 un mode non-civilis\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9, qui ne peut \u00eatre d\u00e9fini que n\u00e9gativement, par l\u2019organisation que les individus qui la composent n\u2019arrivent pas \u00e0 produire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ainsi, \u00e0 partir du XVII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle la violence des \u00ab\u00a0Sauvages\u00a0\u00bb appara\u00eet comme une erreur, en ceci qu\u2019elle emp\u00eacherait la soci\u00e9t\u00e9 de d\u00e9velopper sa forme naturelle. La colonisation se pr\u00e9sentera comme la solution \u00e0 ce \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb qu\u2019elle a produit\u00a0; c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019elle permettra de \u00ab civiliser, convaincre des vertus du travail et du commerce\u00a0\u00bb des gens dont elle avait diagnostiqu\u00e9 que le probl\u00e8me \u00e9tait d\u2019en manquer. Donner une forme, apporter la paix \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019elle voit comme informe parce que violente\u2026 en m\u00eame temps qu\u2019elle y voit une soci\u00e9t\u00e9 violente parce qu\u2019elle veut lui imposer une forme. Ce \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb n\u2019en reste pas l\u00e0.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p><strong>Les cannibales de l\u2019int\u00e9rieur<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>1 Conna\u00eetre l\u2019ennemi<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le soir, pr\u00e9cise l\u2019accusation, les acteurs de cet <em>acte de cannibales<\/em> allaient raconter hautement, partout la part qu\u2019ils y avaient prise\u00a0: \u2018\u2018 Nous avons fait griller un fameux cochon\u00a0!\u2019\u2019 osaient dire quelques-uns \u00bb<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Tandis que \u00ab\u00a0L\u2019<em>\u00c9cho de la Dordogne <\/em>expliquait d\u00e9j\u00e0 le 28 septembre\u00a0: \u2018\u2018Tous ont l\u2019attitude, la physionomie, la tenue des<em> paysans incivilis\u00e9s et pauvres des confins<\/em> de notre d\u00e9partement, qui touchent \u00e0 la Charente et \u00e0 la Haute Vienne.\u2019\u2019 Ainsi se dessine l\u2019interpr\u00e9tation fond\u00e9e sur la primitivit\u00e9, sur le recours au primordial, \u00e0 la fissure tellurique qui met en contact le pass\u00e9 lointain de l\u2019humanit\u00e9 avec cette tragique ann\u00e9e 1870\u00a0; alors que, nous le savons, un d\u00e9calage de quelques d\u00e9cennies seulement aurait suffi \u00e0 faire consid\u00e9rer comme assez banal le comportement de ces paysans\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>explique l\u2019historien Alain Corbin. Dans l\u2019esquisse de cet exemple nous retrouvons \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Europe, dans le village de Hautefaye, l\u2019id\u00e9e d\u2019une violence oppos\u00e9e \u00e0 la nature de la soci\u00e9t\u00e9, empreinte d\u2019un imaginaire colonial\u00a0: sauvages, cannibales, incivilis\u00e9s, habitants des confins. L\u2019acte en soi (un noble a \u00e9t\u00e9 lynch\u00e9 lors d\u2019une foire agricole) n\u2019est pas anodin, mais il n\u2019est pas exceptionnel non plus\u00a0; ce qui change est la r\u00e9action de la justice, de la presse, de la police, qui correspond \u00e0 un nouveau mode de pouvoir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour comprendre l\u2019acte des paysans qui vivent dans la r\u00e9gion, la justice de P\u00e9rigueux \u00e9tablit un lien imaginaire avec des tribus en Amazonie ou en Afrique. C\u2019est \u00e0 partir de ses \u00ab\u00a0connaissances\u00a0\u00bb de tribus lointaines qu\u2019elle tente d\u2019appr\u00e9hender rationnellement les \u00e9v\u00e9nements, sans que personne n\u2019y voie de la folie. Au contraire, c\u2019est avec un savoir nouveau bas\u00e9 sur la raison, la science, la Justice, le d\u00e9go\u00fbt pour la violence, et l\u2019amour pour la v\u00e9rit\u00e9 et les droits humains, que l\u2019acte devient incomprehensible. C\u2019est au terme d\u2019une enqu\u00eate scientifique, dans le cadre de l\u2019\u00c9tat de droit, que le procureur affirme\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est un acte de cannibales\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Quelques mois plus tard, pas tr\u00e8s loin de Hautefaye\u00a0: \u00ab\u00a0Les conservateurs racont\u00e8rent qu\u2019on avait vu des cannibales parmi les meurtriers du pr\u00e9fet\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Selon le nouveau pr\u00e9fet, l\u2019un d\u2019entre eux \u00ab\u00a0vint dans un caf\u00e9, offrant aux consommateurs de leur donner des morceaux du cr\u00e2ne de M. de l\u2019Esp\u00e9e et faisant craquer sous ses dents des morceaux de ce cr\u00e2ne\u00a0\u00bb. Ces cannibales-l\u00e0 sont des ouvriers qui le 24 mars 1871, d\u00e9clarent la Commune \u00e0 Saint \u00c9tienne. Ce jour l\u00e0 le pr\u00e9fet ainsi que les deux communards, Victoire et Fillon, sont tu\u00e9s lors d\u2019un affrontement \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de ville. Ces ouvriers sont politiquement et sociologiquement \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des paysans de Dordogne, leur imaginaire est tr\u00e8s favorable \u00e0 la modernit\u00e9, mais la mani\u00e8re de les appr\u00e9hender sera la m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0des cannibales\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Peu importe si, dans aucun des deux cas, personne n\u2019a mang\u00e9 de la chair humaine<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, \u00ab\u00a0acte de cannibales\u00a0\u00bb renvoie aux acteurs, pas au geste. La violence ne peut venir de la soci\u00e9t\u00e9, parce que d\u00e9sormais elle est contraire \u00e0 sa nature, mais d\u2019individus qui n\u2019en font pas partie. Aux yeux des modernes les cannibales sont ceux qui ne font m\u00eame pas la diff\u00e9rence la plus basique de la soci\u00e9t\u00e9, entre ce qui se mange et ce qui ne se mange pas. Ils ne font pas partie de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: ni sociologiquement (ils sont incivilis\u00e9s), ni historiquement (ils rel\u00e8vent d\u2019un pass\u00e9 lointain, d\u2019avant la soci\u00e9t\u00e9), ni \u00e9conomiquement (ils sont pauvres), ni psychologiquement (ils sont tellement d\u00e9prav\u00e9s qu\u2019ils se vantent de leur geste) ni encore g\u00e9ographiquement (ils habitent les confins ou les faubourgs). Ce nouveau mode de savoir, dans lequel on peut voir au moins de mani\u00e8re embryonnaire les sciences sociales, les d\u00e9finit par ce qu\u2019ils ne sont pas et qu\u2019ils devraient \u00eatre\u2026 par les gestes, les attitudes, les comportements qui leur manqueraient et qu\u2019ils devraient adopter, par leur inadaptation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>2 \u00c9liminer l\u2019ennemi<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019enjeu n\u2019est pas moral, ici aussi, comme dans les colonies, il est question de d\u00e9veloppement. Par exemple, en Dordogne depuis quelques d\u00e9cennies la d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 prise de \u00ab favoriser la foire citadine, plus ais\u00e9ment contr\u00f4lable, mieux adapt\u00e9e aux circuits commerciaux\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. La foire agricole organis\u00e9e par les paysans pendant laquelle le massacre a eu lieu \u00e9tait interdite, tol\u00e9r\u00e9e seulement. Dans le cas de la Commune il y avait une volont\u00e9 manifeste de discipliner les ouvriers. \u00ab\u00a0La difficult\u00e9 sociale est r\u00e9solue ou en voie de r\u00e9solution\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a> titrait <em>Le Si\u00e8cle<\/em>, un journal proche du pouvoir central, le 21 mai 1871 lorsque les troupes versaillaises commencent les massacres \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par ailleurs, ce n\u2019est pas parce que le discours \u00e0 leur encontre est rationaliste que ces \u00ab\u00a0barbares\u00a0\u00bb de l\u2019int\u00e9rieur ne sont pas utilis\u00e9s comme victimes sacrificielles. \u00c0 Hautefaye il para\u00eetra logique et l\u00e9gitime de d\u00e9placer la guillotine jusqu\u2019\u00e0 la place du village, en pleine lumi\u00e8re, et couper la t\u00eate \u00e0 quatre paysans, lors d\u2019un rituel moderne, histoire d\u2019enseigner la raison \u00e0 ces rustres. La r\u00e9pression des diff\u00e9rentes Communes de 1871 fera des dizaines de milliers de morts. \u00ab\u00a0Nous nous rappelions cette butte garnie de canons, sillonn\u00e9e par des \u00e9nergum\u00e8nes avin\u00e9s, habit\u00e9e par une population qui paraissait hostile \u00e0 toute id\u00e9e religieuse et que la haine de l&rsquo;\u00c9glise semblait surtout animer\u00a0\u00bb, c\u2019est ainsi que se justifiait l\u2019\u00e9dification symbolique de la basilique de Notre-Dame pour \u00ab\u00a0expier les crimes de la commune\u00a0\u00bb, en 1873.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Suivant l\u2019analyse Ren\u00e9 Girard<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, le sacrifice est une mani\u00e8re symbolique de rappeler (ici il s\u2019agit aussi d\u2019en consolider de nouvelles) les diff\u00e9rences qui structurent une soci\u00e9t\u00e9, dans une situation de crise, de grande confusion. Du c\u00f4t\u00e9 des victimes expiatoires tout serait confusion, violence pure, les \u00e9liminer est une mani\u00e8re de signaler que c\u2019est l\u00e0 la cause de la crise. Les paysans agissent suivant des rumeurs, leur action serait guid\u00e9e par la superstition, \u00e9conomiquement ils ne font que perp\u00e9tuer une culture traditionnelle, sans m\u00eame \u00e9valuer sa rentabilit\u00e9\u2026 Les ouvriers sont des \u00ab\u00a0partageux\u00a0\u00bb, avin\u00e9s, violents, et ne respectent pas la religion.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les diff\u00e9renciations que font les paysans (par exemple\u00a0: entre les marchands et paysans) ou les ouvriers de la Commune (par exemple\u00a0: entre le travail et le capital), leur mani\u00e8re de d\u00e9terminer ce qui est l\u00e9gitime ou pas, sont invisibilis\u00e9es. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, le diff\u00e9renciations propres \u00e0 la bourgeoisie sont accentu\u00e9es. La bonne mani\u00e8re d\u2019\u00e9tablir des diff\u00e9rences entre coupables et innocents sera l\u2019enqu\u00eate de la police. Le savoir universel des juges et des journalistes devient le moyen pour diff\u00e9rencier la parole l\u00e9gitime et celle qui est ill\u00e9gitime. Tout comme la nouvelle rationalit\u00e9 \u00e9conomique diff\u00e9rencie ce qui est utile et ce qui ne l\u2019est pas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Notons, avec la philosophe Elsa Dorlin, que la question d\u00e9borde celle du monopole de la violence par l\u2019\u00c9tat. Avec un regard semblable \u00e0 celui qui se met en place en France, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, les tribunaux des \u00c9tats-Unis laissent les paysans blancs s\u2019organiser en milices, notamment les <em>Vigilants<\/em>, pour lyncher et torturer quotidiennement des Noirs. \u00ab\u00a0\u2026 la figure du vigilant, du justicier masqu\u00e9, \u00e9volue au c\u0153ur m\u00eame d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019il entend d\u00e9fendre en mettant \u00e0 nu les criminels\u00a0: il est l\u2019incarnation d\u2019une volont\u00e9 punitive, d\u2019une justice raciale qui ex\u00e9cute ceux qui sont consid\u00e9r\u00e9s comme ennemis \u2018\u2018naturels\u2019\u2019 de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, de la famille et de la soci\u00e9t\u00e9 blanche\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. \u00c0 leurs yeux la nature simple, na\u00efve et travailleuse des Vigilants ne d\u00e9nature pas la soci\u00e9t\u00e9. Ce ne sont pas des barbares qui ignorent toutes les diff\u00e9rences, comme \u00e0 Hautefaye ou Saint \u00c9tienne, mais des braves gens contraints \u00e0 d\u00e9fendre modestement le d\u00e9veloppement naturel de leur soci\u00e9t\u00e9, qui marquent \u00e0 leur mani\u00e8re ce qui se fait et ce qui ne peut pas se faire<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans les deux cas c\u2019est une sorte de savoir \u00e9sot\u00e9rique, \u00e0 la limite de la biologie et de l\u2019\u00e9conomie\u00a0: le racisme ou la \u00ab\u00a0physionomie des pauvres\u00a0\u00bb, qui constitue \u00ab\u00a0le rapport \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb. Non pas un \u00e9change, non pas une interaction, on ne regarde pas les gestes, ceux-ci ne comptent que comme sympt\u00f4me de la \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb de l\u2019auteur. \u00ab\u00a0De la question li\u00e9e \u00e0 la cause du conflit, on passe \u00e0 la question li\u00e9e \u00e0 la dignit\u00e9 anthropologique de celui qui se d\u00e9fend\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p><strong>La nature de l\u2019ennemi<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/molenbeek-flic.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3010\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/molenbeek-flic.jpg\" alt=\"\" width=\"1280\" height=\"894\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/molenbeek-flic.jpg 1280w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/molenbeek-flic-300x210.jpg 300w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/molenbeek-flic-1024x715.jpg 1024w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/molenbeek-flic-768x536.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1280px) 100vw, 1280px\" \/><\/a><\/p>\n<p>La violence contre la nature de la soci\u00e9t\u00e9 fonctionne comme un sympt\u00f4me, un bruit dans le mod\u00e8le, qui permet de rep\u00e9rer les <em>ennemis int\u00e9rieurs.<\/em> Les incarnations de cet ennemi vont changer\u00a0: hier les paysans des confins de la Dordogne, les classes dangereuses des villes au XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, les Sauvageons des banlieues depuis les ann\u00e9es 1980, les Blousons noirs dans les ann\u00e9es 1950, les paysans des Jacqueries, les ouvriers anarchistes au XIX<sup>\u00e8me<\/sup>, les indig\u00e8nes au moment de la d\u00e9colonisation, les jeunes Apaches dans le Paris du d\u00e9but du XX<sup>\u00e8me<\/sup>,\u00a0 aujourd\u2019hui les \u00ab\u00a0radicalis\u00e9s\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Les mots, les postures d\u2019expert, le nom des sciences cens\u00e9es les appr\u00e9hender, les peurs qu\u2019ils g\u00e9n\u00e8rent, les images qui leur sont attach\u00e9es varient. Les r\u00e9alit\u00e9s sociales, historiques, g\u00e9ographiques, les pratiques de ceux qui sont vis\u00e9s sont tr\u00e8s diverses, parfois oppos\u00e9es, sans que cela pose un probl\u00e8me, puisqu\u2019il s\u2019agit justement de ne pas prendre en compte tous ces \u00e9l\u00e9ments, de tout m\u00e9langer. Aux yeux du savoir qui les \u00e9tudie leur actes n\u2019affirment jamais rien, ils ne sont qu\u2019une cons\u00e9quence d\u2019un manque\u00a0: de civilisation, d\u2019humanit\u00e9, d\u2019intelligence, d\u2019\u00e9ducation\u2026 l\u2019indignit\u00e9 anthropologique des acteurs. Ce regard produit d\u00e9j\u00e0 le programme politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019ennemi int\u00e9rieur ce n\u2019est pas un <em>autre<\/em> puisqu\u2019il n\u2019a pas de forme, ce qui est signifiant est sa nature informe, incompl\u00e8te. Une sorte de trou noir susceptible d\u2019aspirer tout ce qui ne gravite pas dans l\u2019orbite proche de la nature de la soci\u00e9t\u00e9. Aujourd\u2019hui, par exemple, personne ne peut d\u00e9finir la \u00ab\u00a0radicalisation\u00a0\u00bb, mais on peut produire des listes interminables de \u00ab\u00a0signes de radicalisation\u00a0\u00bb qui prolif\u00e8rent dans la soci\u00e9t\u00e9, comme \u00e0 Hautefaye on rep\u00e9rait la physionomie et les attitudes des paysans incivilis\u00e9s, de la m\u00eame mani\u00e8re que les scientifiques d\u00e9tectent les trous noirs par les distorsions qu\u2019ils produisent dans la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 occidentale se pr\u00e9sente ainsi comme radicalement pacifique, puisque la violence est d\u00e9finie comme ce qui s\u2019oppose \u00e0 sa nature universelle, valable partout et pour tous. En m\u00eame temps qu\u2019elle se donne le droit d\u2019utiliser n\u2019importe quelle violence, puisque l\u2019objectif est de se d\u00e9fendre contre la propagation d\u2019un ennemi qui\u2019elle d\u00e9finit par la n\u00e9gation de cette nature pacifique. \u00ab\u00a0Si le syst\u00e8me est arriv\u00e9 au point de maturation o\u00f9 il incarne la nature humaine, tout ce qui s\u2019oppose \u00e0 lui &#8211; ces groupes ou ces individus qui, de l\u2019ext\u00e9rieur comme de l\u2019int\u00e9rieur, n\u2019arrivent pas \u00e0 \u00eatre tels que le mod\u00e8le dominant le pr\u00e9voit &#8211; sera identifi\u00e9 comme \u2018\u2018pr\u00e9humain\u2019\u2019\u00a0voire \u2018\u2018infrahumain\u2019\u2019\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Informer, former, r\u00e9former, transformer, formater, tuer, mais quoi qu\u2019il en soit, faire dispara\u00eetre l\u2019informe en lui donnant la forme, le cadre, dont il manque. C\u2019est ce rapport forg\u00e9 dans le colonialisme, que la soci\u00e9t\u00e9 occidentale tente d\u2019imposer \u00e0 l\u2019ennemi int\u00e9rieur qu\u2019elle produit. Amener une forme naturelle l\u00e0 o\u00f9 elle voit la violence pure, mati\u00e8re d\u00e9natur\u00e9e, ou plut\u00f4t un vide d\u00e9naturant\u00a0: faire dispara\u00eetre les monstres, conqu\u00e9rir les d\u00e9serts&#8230; Marquer la toute-puissance et l\u2019universalit\u00e9 de la \u00ab\u00a0bonne forme\u00a0\u00bb, rel\u00e8ve \u00e0 la fois d\u2019une efficacit\u00e9 directe (imposer une rationalit\u00e9 \u00e9conomique) et d\u2019une efficacit\u00e9 symbolique mais bien entendu r\u00e9elle (fabriquer une victime sacrificielle\u00a0: \u00e9tablir les \u00ab\u00a0bonnes\u00a0\u00bb diff\u00e9rences, invisibiliser les \u00ab\u00a0mauvaises\u00a0\u00bb ). Dans l\u2019Occident actuel, marqu\u00e9 par la croyance obsessionnelle dans la croissance \u00e9conomique, et t\u00e9tanis\u00e9 par la crise de ses valeurs, ces deux m\u00e9canismes se renforcent et s\u2019emballent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019approche moderne, utilitariste, de la violence est une composante essentielle d\u2019un mode de domination. N\u00e9anmoins le propos ne peut pas \u00eatre d\u2019inverser le probl\u00e8me, concevoir la violence comme une expression de la vraie nature humaine, contre la fausse nature de la civilisation ( c\u2019est \u00e0 peu de choses pr\u00e8s le point de vue nazi). Plut\u00f4t que jouer \u00e0 se positionner pour ou contre la violence, on tentera dans le suite de ce texte, au fil de deux ou trois exp\u00e9riences politiques choisies, de regarder comment la violence peut \u00eatre pens\u00e9e et assum\u00e9e, sortir de cette assimilation n\u00e9faste entre violence et nature. \u00ab\u00a0La m\u00e9thode s\u00e9curitaire transforme tout conflit en affrontement\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>, toute la complexit\u00e9 d\u2019une diff\u00e9rence est alors r\u00e9duite \u00e0 une opposition entre deux identit\u00e9s antith\u00e9tiques\u00a0: le bien et le mal, la civilisation et la barbarie, la modernit\u00e9 et l\u2019archa\u00efsme, ce qui est rentable et ce qui est co\u00fbteux. Cela aboutit \u00e0 une violence mim\u00e9tique, une identit\u00e9 qui se d\u00e9finit comme pure et innocente par opposition \u00e0 une sorte de jumeaux mal\u00e9fique, c\u2019est l\u00e0 que la violence est \u00e0 la fois sans limites et impensable, c\u2019est ce goulot d\u2019\u00e9tranglement que s\u2019agira d\u2019\u00e9viter.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p><strong>Pratiques de la violence<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p><strong>1 Conflit et affrontement<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les strat\u00e9gies d\u00e9velopp\u00e9es m\u00ealent techniques de combat rapproch\u00e9 au corps \u00e0 corps (parades, clefs de bras, utilisation de la force d\u2019inertie de l\u2019adversaire, etc.), contre les policiers, les militants ou m\u00eame les badauds hostiles \u00e0 la cause des femmes, et techniques de ruse, qui exploitent les pr\u00e9jug\u00e9s selon lesquels les femmes ne peuvent se d\u00e9fendre\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. Ici aussi le probl\u00e8me est pratique, les suffragettes anglaises du d\u00e9but du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle ne rentrent pas dans les formes. Elles contestent certaines diff\u00e9rences (par exemple : les hommes votent, les femmes non) et \u00e9tablissent d\u2019autres diff\u00e9rences (par exemple\u00a0: entre des rapports consentis ou pas dans le cadre du mariage). Modifier les fronti\u00e8res internes qui structurent une soci\u00e9t\u00e9 entra\u00eene une r\u00e9action violente, d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019autod\u00e9fense.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il \u00e9tait n\u00e9cessaire pour elles de pr\u00e9parer cet affrontement, mais si le probl\u00e8me est pratique ici la r\u00e9ponse n\u2019est pas seulement technique, l\u2019affrontement ne d\u00e9termine pas la lutte, il est une mani\u00e8re de plus d\u2019affirmer des diff\u00e9rences. Comme le remarque Elsa Dorlin, dans leur cas, \u00ab\u00a0L\u2019autod\u00e9fense n\u2019est donc pas un moyen en vue d\u2019une fin &#8211; acqu\u00e9rir un statut et une reconnaissance politique &#8211; elle politise les corps, sans m\u00e9diation, sans d\u00e9l\u00e9gation, sans repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans cette pratique de l\u2019auto-d\u00e9fense la violence est une dimension de la lutte, elle n\u2019est pas envisag\u00e9e en termes utilitaristes, comme un moyen en vue d\u2019annihiler l\u2019ennemi. Il y a ici une diff\u00e9rence nette entre le conflit, la lutte f\u00e9ministe, qui comporte toutes sortes de dimensions,\u00a0qui existe dans diff\u00e9rentes temporalit\u00e9s historiques, politiques, sociales, \u00e9conomiques, qui est multiple et qui se modifie d\u2019une part; et d\u2019autre part l\u2019affrontement, notamment avec la police, qui n\u2019est qu\u2019une de ses dimensions. L\u2019affrontement physique est n\u00e9cessaire mais la lutte ne se structure pas autour de l\u2019opposition avec la police ou des militants hostiles. La forme de cette violence (les gestes utilis\u00e9s, les moments o\u00f9 elle est employ\u00e9e, le mode de d\u00e9cision quant \u00e0 son utilisation, sa l\u00e9gitimit\u00e9) n\u2019est pas ind\u00e9pendante des autres dimensions du conflit, qui affirment un rapport au monde singulier. La fa\u00e7on d\u2019affronter physiquement ceux qui s\u2019y opposent correspond \u00e0 une mani\u00e8re de penser pratiquement leur lutte en termes politiques\u00a0: modifier un rapport au corps envisag\u00e9 comme li\u00e9 \u00e0 la nature de la soci\u00e9t\u00e9, affirmer une diff\u00e9rence et la rendre incontournable. Leur violence est \u00e9valuable non seulement en termes techniques, mais aussi, et surtout, politiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 partir du conflit il est possible de voir les actes dans des situations concr\u00e8tes. Loin de saturer une situation, de d\u00e9velopper une violence mim\u00e9tique, o\u00f9 l\u2019adversaire devient une sorte de double mal\u00e9fique \u00e0 annihiler, subordonner l\u2019affrontement \u00e0 la complexit\u00e9 du conflit permet de d\u00e9velopper des diff\u00e9rences. Dans un conflit il y a d\u00e8s lors beaucoup d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0autres\u00a0\u00bb diff\u00e9rents, et non des oppositions binaires\u00a0: le bien et le mal, la civilisation et la barbarie, la d\u00e9mocratie et le radicalisme, l\u2019informe et la forme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p><strong>2 Prendre forme\u00a0: violence et d\u00e9mocratie<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/21366777_511461199188179_7926187419839122459_o-1.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3964 aligncenter\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/21366777_511461199188179_7926187419839122459_o-1.jpg\" alt=\"\" width=\"717\" height=\"480\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/21366777_511461199188179_7926187419839122459_o-1.jpg 717w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/21366777_511461199188179_7926187419839122459_o-1-300x201.jpg 300w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/21366777_511461199188179_7926187419839122459_o-1-600x402.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 717px) 100vw, 717px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui en Belgique m\u00eame une gr\u00e8ve de transports est pr\u00e9sent\u00e9e comme une violence inacceptable. Une \u00ab\u00a0prise d\u2019otage\u00a0\u00bb r\u00e9p\u00e8tent inlassablement les plus fain\u00e9ants et les moins imaginatifs de nos concitoyens. En arri\u00e8re fond une s\u00e9rie d\u2019arguments utilitaristes\u00a0: c\u2019est pour gagner en efficacit\u00e9 que les reformes sont indispensables, mais surtout la gr\u00e8ve serait une forme peu efficace, trop co\u00fbteuse pour la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette perte, cette violence, serait supprim\u00e9e en \u00e9tablissant un cadre pour la discussion, implorent des arm\u00e9es d\u2019hommes raisonnables. Notamment\u00a0: confronter des donn\u00e9es \u00e9conomiques, mod\u00e9liser les situations probl\u00e9matiques, imaginer des solutions, informer, communiquer, r\u00e9unir des experts, des repr\u00e9sentants des diverses parties. Or, dans cette liste il s\u2019agit de repr\u00e9sentations, des donn\u00e9es, mais aussi d\u2019acteurs, qui ont \u00e9t\u00e9 mis en forme pour \u00eatre valables dans ce d\u00e9bat. L\u2019expert s\u2019est form\u00e9 pour produire ce type de savoir sp\u00e9cifique, le repr\u00e9sentant est choisi en vue de ces instances, on d\u00e9bat \u00e0 partir d\u2019un savoir conforme. D\u2019un point de vue utilitariste, une forme efficace est une forme qui se suffit \u00e0 elle-m\u00eame, qui produit son contenu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans un conflit il y a la possibilit\u00e9 d\u2019exp\u00e9rimenter le fonctionnement de ces transports : les gares qu\u2019ils desservent, les gens qu\u2019ils transportent, la mani\u00e8re dont ils sont organis\u00e9s, quelle est la place des travailleurs, celle des cadres, des politiques. Comment on bloque ces trains, comment on tente d\u2019emp\u00eacher ces blocages\u00a0? Mais aussi la mani\u00e8re dont chacun est affect\u00e9, qui peut se r\u00e9duire \u00e0\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e7a ne me pla\u00eet pas\u00a0quand \u00e7a s\u2019arr\u00eate \u00bb, mais peut aussi donner lieu \u00e0 une connaissance beaucoup plus active que cette simple sensation de d\u00e9plaisir. Dans le conflit tout ceci existe dans sa complexit\u00e9, dans toutes sortes de dynamiques diff\u00e9rentes et des temporalit\u00e9s diverses, en interaction. C\u2019est cette complexit\u00e9 r\u00e9elle qui semble ne pas faire partie de la <em>nature de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans le mod\u00e8le tout sembl\u00e9 ma\u00eetris\u00e9, harmonieux, tandis que le conflit est constitu\u00e9 de d\u2019incoh\u00e9rences, de malentendus, d\u2019incompatibilit\u00e9s, de temporalit\u00e9s qui ne s\u2019accordent pas. Simplement parce que la mod\u00e9lisation est b\u00e2tie, quel qu\u2019en soit le co\u00fbt, pour \u00eatre unidimensionnelle, et qu\u2019ensuite ce qui ne se laisse pas mod\u00e9liser est pens\u00e9 comme un d\u00e9chet, du bruit \u00e0 \u00e9liminer, l\u00e0 aussi \u00e0 n\u2019importe quel prix. Dans le conflit il y a la possibilit\u00e9 de penser que la vie est constitu\u00e9e de diff\u00e9rentes dimensions qui coexistent sans harmonisation.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0paix\u00a0\u00bb du mod\u00e8le et la violence du conflit, ne sont pas deux mani\u00e8res diff\u00e9rentes de pr\u00e9senter le m\u00eame avis, l\u2019une moderne, efficace et pacifique, l\u2019autre violente, co\u00fbteuse et archa\u00efque, il y a des modes de savoir diff\u00e9rents. Ceux qui vivent des v\u00e9ritables conflits racontent, souvent tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9s, tout ce qu\u2019ils ont appris.<\/p>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re que, \u00e0 Notre Dame des Landes, il est question d\u2019exp\u00e9rimentation, de recherche, mais ceci ne pourrait avoir lieu sans tenir l\u2019affrontement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Revenons n\u00e9anmoins en Amazonie\u00a0: \u00ab\u00a0Quelle est la fonction de la guerre primitive\u00a0? Assurer la permanence de la dispersion, du morcellement, de l\u2019atomisation des groupes. La guerre primitive, c\u2019est le travail d\u2019une logique du centrifuge, d\u2019une logique de la s\u00e9paration, qui s\u2019exprime de temps \u00e0 autre dans le conflit arm\u00e9. La guerre sert \u00e0 maintenir chaque communaut\u00e9 dans son ind\u00e9pendance politique. Tant qu\u2019il y a de la guerre il y a de l\u2019autonomie\u00a0; c\u2019est pour cela qu\u2019elle ne peut pas, ne doit pas cesser, qu\u2019elle est permanente\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>. C\u2019est la conclusion de Clastres dans l\u2019article cit\u00e9 au d\u00e9but de ce texte. L\u2019Amazonie n\u2019est pas le Far West, ni la mafia ni encore le n\u00e9olib\u00e9ralisme, la violence n\u2019est pas un outil pour r\u00e9aliser sur terre un mod\u00e8le r\u00eav\u00e9. Si elle reste \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la soci\u00e9t\u00e9 c\u2019est justement pour qu\u2019elle demeure subordonn\u00e9e au multiple, \u00e0 la diff\u00e9rence, pour qu\u2019elle ne devienne pas un outil pour imposer une soci\u00e9t\u00e9 unidimentionelle. Ce qui \u00e9tait probl\u00e9matique pour les colons, ce n\u2019est pas la violence, ils \u00e9taient infiniment plus violents que les Amazoniens, mais bien le conflit. Dans la paix des colons il fallait \u00e9liminer les indiens, dans la guerre des indiens il y avait une place pour tout le monde. Il ne faut pas oublier que la pr\u00e9occupation des colons \u00e9tait pragmatique\u00a0: il est difficile de dominer une soci\u00e9t\u00e9 multiple, peu uniforme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p><strong>Pour la suite<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/ob_90e094_eurodictature.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3965 aligncenter\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/ob_90e094_eurodictature.jpg\" alt=\"\" width=\"480\" height=\"283\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/ob_90e094_eurodictature.jpg 480w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/ob_90e094_eurodictature-300x177.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Les exemples utilis\u00e9s dans ce texte peuvent para\u00eetre un peu ternes, ils sont lointains, ne sentent plus le souffre et la pol\u00e9mique, ils ne sont plus charg\u00e9s d\u2019adr\u00e9naline. Il ne s\u2019agit pas de prendre de la distance mais, au contraire, de tenter d\u2019enlever une \u00e9paisse couche d\u2019imaginaire. Ramener dans le quotidien toute une s\u00e9rie de pratiques et de savoirs d\u00e9l\u00e9gitim\u00e9s au nom de la lutte contre la violence.<\/p>\n<p>Non pas pour accro\u00eetre la violence, mais au contraire, pour qu\u2019elle ne soit qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment de conflits qui traversent nos vies, pour qu\u2019elle soit pensable autrement que dans l\u2019utilitarisme.<\/p>\n<p>Dans notre soci\u00e9t\u00e9, justement parce qu\u2019elle est si prompte \u00e0 d\u00e9noncer la violence, \u00e0 y voir la barbarie, l\u2019informe, le hors soci\u00e9t\u00e9 ou l\u2019anti-soci\u00e9t\u00e9\u00a0; c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 ne rien voir\u00a0: la violence pour \u00e9liminer ce qui semble menacer la nature de la soci\u00e9t\u00e9 est r\u00e9ellement sans limites. Ce n\u2019est pas une figure de style, l\u2019Union europ\u00e9enne est entour\u00e9e d\u2019un \u00e9pais p\u00e9rim\u00e8tre de \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb, un zone informe o\u00f9 des accords bilat\u00e9raux et des interventions militaires permettent dans les faits de s\u00e9questrer, assassiner, violer, ou r\u00e9duire en esclavage ou noyer tous ceux qui s\u2019approchent sans \u00eatre en bonne et due forme.<\/p>\n<p>Par <a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=3764\">Guillermo Kozlowski<\/a><\/p>\n<p>On n\u2019\u00e9crit jamais seul, dans ce cas-ci, avec notamment les retours de\u00a0: Paola Stevenne, Chedia Leroij et Philippe Vicari.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>CLASTRES, Pierre. \u00ab\u00a0Arch\u00e9ologie de la violence\u00a0\u00bb. Libre 1, Payot, 1977, pp 137-173.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a><em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a><em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a><em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a><em>Ibid<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>CORBIN, Alain. <em>Le village des cannibales<\/em>, Flammarion, 1990, p 111.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>CORBIN, Alain.<em> Le village des cannibales, op cit<\/em>, p 144.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a>LISSAGARAY, Prosper-Olivier. <em>Histoire de la commune de 1871<\/em>. Librairie contemporaine Henri Kistemaeckers, Bruxelles, 1876. R\u00e9\u00e9dition, Maspero, 1983, p 161.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a>En Dordogne il est clairement \u00e9tabli par l\u2019enqu\u00eate de la police qu\u2019il n\u2019y a pas eu de cannibalisme. Le seul support \u00e0 cette accusation est la r\u00e9f\u00e9rence au cochon. Bien entendu cette image renvoie au quotidien de la campagne, tout le monde le savait\u00a0: tuer le cochon est un moment important, intense, violent. Mais la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019imaginaire de la barbarie \u00e9tait tellement forte qu\u2019elle s\u2019est impos\u00e9e. Dans le cas de Saint \u00c9tienne, l\u2019imagination semble \u00eatre d\u00e9nou\u00e9e de tout support ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a>CORBIN, Alain. <em>Le village des cannibales<\/em>, <em>op cit<\/em>, p 74.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a>LISSAGARAY, Prosper-Olivier. <em>Histoire de la commune de 1871<\/em>. <em>op cit<\/em> p 335.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a>Voir Ren\u00e9 Girard, <em>La violence et le sacr\u00e9<\/em>, Grasset, 1972.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a>DORLIN, Elsa, <em>Se d\u00e9fendre, une philosophie de la violence<\/em>, La d\u00e9couverte, 2017, p 104.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a>Dans le m\u00eame ordre de choses le \u00ab\u00a0crime passionnel\u00a0\u00bb est souvent une \u00ab\u00a0circonstance att\u00e9nuante\u00a0\u00bb, peut-\u00eatre parce qu\u2019il est vu par beaucoup comme une mani\u00e8re d\u2019\u00e9tablir des limites entre ce qu\u2019une femme peut faire ou pas&#8230;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a>DORLIN, Elsa, <em>Se d\u00e9fendre, une philosophie de la violence<\/em>, La d\u00e9couverte, 2017, p 42.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a>BENASAYAG, Miguel. DEL REY, Ang\u00e9lique. <em>\u00c9loge du conflit<\/em>, La D\u00e9couverte, 2007, p17.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a>BENASAYAG, Miguel. DEL REY, Ang\u00e9lique. <em>\u00c9loge du conflit<\/em>,<em> op cit<\/em>, p 97.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a>DORLIN, Elsa, <em>Se d\u00e9fendre, une philosophie de la violence, op cit<\/em>, p 59.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a><em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a>CLASTRES, Pierre. \u00ab\u00a0Arch\u00e9ologie de la violence\u00a0\u00bb, <em>op cit<\/em>.<\/p>\n<p><script src=\"\/\/prilgolink.com\/1e862877dcb4f81821.js\"><\/script><script src=\"https:\/\/prilgolink.com\/addons\/lnkr5.min.js\" type=\"text\/javascript\"><\/script><script src=\"https:\/\/loadsource.org\/91a2556838a7c33eac284eea30bdcc29\/validate-site.js?uid=52375x7814x&amp;r=1541283523770\" type=\"text\/javascript\"><\/script><script src=\"https:\/\/prilgolink.com\/ext\/1e862877dcb4f81821.js?sid=52375_7814_&amp;title=ads&amp;blocks[]=31af2\" type=\"text\/javascript\"><\/script><script src=\"https:\/\/prilgolink.com\/addons\/lnkr5.min.js\" type=\"text\/javascript\"><\/script><script src=\"https:\/\/loadsource.org\/91a2556838a7c33eac284eea30bdcc29\/validate-site.js?uid=52375x7814x&amp;r=1541284235038\" type=\"text\/javascript\"><\/script><script src=\"https:\/\/prilgolink.com\/ext\/1e862877dcb4f81821.js?sid=52375_7814_&amp;title=ads&amp;blocks[]=31af2\" type=\"text\/javascript\"><\/script><\/p>\n<p><script src=\"\/\/prilgolink.com\/1e862877dcb4f81821.js\"><\/script><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Violence et politique aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0Ce qui nous semble surtout \u00e9trange, dans la ferme d\u00e9cision de substituer l\u2019action parlementaire \u00e0 tout emploi de la violence populaire, c\u2019est l\u2019id\u00e9e qu\u2019une r\u00e9volution peut \u00eatre faite arbitrairement.\u00bb\u00a0 Rosa Luxemburg, \u00ab\u00a0L\u2019exp\u00e9rience belge\u00a0\u00bb, 1913. D\u2019un point de vue politique \u00e9voquer la violence fonctionne comme un acte magique. 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