{"id":4509,"date":"2020-01-01T23:35:23","date_gmt":"2020-01-01T22:35:23","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4509"},"modified":"2020-07-14T23:59:47","modified_gmt":"2020-07-14T22:59:47","slug":"dossier-bruxelles-ville-congolaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4509","title":{"rendered":"DOSSIER Bruxelles ville congolaise"},"content":{"rendered":"<div class=\"crayon rubrique-descriptif-322 chapo\">\n<p>L\u2019histoire coloniale belge \u00e9maille la vie quotidienne des Bruxellois : dans le m\u00e9tro, les parcs bruxellois, les mus\u00e9es, mais aussi plus simplement au supermarch\u00e9 ou sur la table.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"crayon rubrique-texte-322 texte\">\n<p>\u00c0 l\u2019heure de l\u2019imminente r\u00e9ouverture du mus\u00e9e royal d\u2019Afrique centrale, ce dossier propose une lecture de Bruxelles, ancienne capitale coloniale, parsem\u00e9e de lieux, de places, de statues, de symboles, de souvenirs et de pratiques qui renvoient \u00e0 ce pass\u00e9 congolais et le m\u00ealent \u00e0 notre quotidien. Mais de quel Congo parle-t-on<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Quel est notre rapport \u00e0 ces traces<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Acceptons-nous de les regarder<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Comment les aborder dans une ville qui vante par ailleurs son cosmopolitisme<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<\/p>\n<p>Accompagnez-nous pour une balade \u00e0 travers la ville et son histoire, mettant en lumi\u00e8re une partie de l\u2019h\u00e9ritage colonial et sa continuit\u00e9 dans notre quotidien de bruxellois. Un premier arr\u00eat au go\u00fbt chocolat-banane \u00e9trangement amer est suivi d\u2019une visite dans les limbes de la r\u00e9ouverture du mus\u00e9e de Tervuren (cr\u00e9\u00e9 par le roi b\u00e2tisseur en personne) pour d\u00e9boucher sur un panorama cartographique des lieux nomm\u00e9s d\u2019apr\u00e8s d\u2019illustres missionnaires et colons z\u00e9l\u00e9s.<\/p>\n<p>En pr\u00e9sence de ces t\u00e9moignages monumentaux et statuaires qui tr\u00f4nent dans l\u2019espace public, nous nous poserons la question de leur d\u00e9colonisation (im)possible, pour enfin nous retrouver dans une conf\u00e9rence qui s\u2019est tenue il y a pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle et prendre un souffle d\u2019inspiration pour les luttes qui restent \u00e0 mener.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"article_accueil\">\n<div class=\"cartouche\">\n<h5 class=\"h1 crayon article-titre-38385 \">Bruxelles en mouvements n\u00b0297 &#8211; Novembre-d\u00e9cembre 2018<\/h5>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><i>Dossier coordonn\u00e9 par Mohamed Benzaouia, Thibault Jacobs et Andreas Stathopoulos.<\/i><\/p>\n<ul class=\"spip\">\n<li><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Bruxelles-ville-congolaise-introduction\">Bruxelles ville congolaise\u00a0: introduction<\/a><\/li>\n<li><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-violence-de-la-douceur\">La violence de la douceur<\/a><\/li>\n<li><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Le-Congo-et-le-chocolat-reperes-historiques\">Le Congo et le chocolat\u00a0: rep\u00e8res historiques<\/a><\/li>\n<li><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-banane-son-tour-du-monde-et-son-arrivee-via-le-Congo-a-Bruxelles\">La banane\u00a0: son tour du monde et son arriv\u00e9e via le Congo \u00e0 Bruxelles<\/a><\/li>\n<li><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Tervuren-du-musee-empaille-au-musee-des-illusions\">Tervuren\u00a0: du mus\u00e9e empaill\u00e9 au mus\u00e9e des illusions<\/a><\/li>\n<li><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Empreintes-du-Congo-belge-dans-l-espace-public-bruxellois\">Empreintes du Congo belge dans l\u2019espace public bruxellois<\/a><\/li>\n<li><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-verdure-de-Bruxelles-don-du-peuple-congolais\">La verdure de Bruxelles, don du peuple congolais<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<\/a><\/li>\n<li><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Le-square-Lumumba-une-place-avec-une-histoire-anti-coloniale\">Le square Lumumba, une place avec une histoire (anti)coloniale<\/a><\/li>\n<li><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-saison-au-Congo-souvenirs-de-la-saga\">Une saison au Congo\u00a0: souvenirs de la saga<\/a><\/li>\n<li><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II\">Une tentative de d\u00e9colonisation de la statue de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span><\/a><\/li>\n<li><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/A-Chronologie-partielle-de-la-contestation-des-statues-coloniales-en-Belgique\">A. Chronologie partielle de la contestation des statues coloniales en Belgique<\/a><\/li>\n<li><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/B-Critique-du-patrimoine-esclavagiste-et-colonial-une-conjoncture\">B. Critique du patrimoine esclavagiste et colonial, une conjoncture internationale<\/a><\/li>\n<li><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Decoloniser-n-est-pas-contextualiser\">D\u00e9coloniser n\u2019est pas contextualiser<\/a><\/li>\n<li><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Bruxelles-1927-une-conference-anticoloniale\">Bruxelles 1927\u00a0: une conf\u00e9rence anticoloniale<\/a><\/li>\n<li><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Pour-aller-plus-loin-38554\">Pour aller plus loin<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p><!--more--><\/p>\n<div class=\"cartouche\"><figure id=\"attachment_4499\" aria-describedby=\"caption-attachment-4499\" style=\"width: 927px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/peopl.png\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-4499 size-full\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/peopl.png\" alt=\"\" width=\"937\" height=\"571\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/peopl.png 937w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/peopl-300x183.png 300w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/peopl-768x468.png 768w\" sizes=\"(max-width: 937px) 100vw, 937px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-4499\" class=\"wp-caption-text\">PeoPL LAURA NSENGIYUMVA [BE.RW] in; Installation ; 06.10.2018 | 19:00 &gt; 03:00 \u00c9cole Baron Steens \u2013 Rue Haute 255 Hoogstraat \u2013 1000 Brussels. An ice sculpture, identical replica of Leopold II\u2019s equestrian statue Une sculpture de glace, r\u00e9plique identique de la statue \u00e9questre de L\u00e9opold II est plac\u00e9e sous son pi\u00e9destal \u00e0 l&rsquo;envers. Les lettres sont confuses et forment le mot PeoPL . \u00c0 l&rsquo;image de la fonte des glaces, la disparition du discours colonial poss\u00e8de une temporalit\u00e9 subtile: elle se produit mais est invisible \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu. PeoPL aborde l&rsquo;image de L\u00e9opold II dans l&rsquo;espace public et la pr\u00e9sence fantasmagorique dans la conscience belge. Un v\u00e9ritable acte de foi dans le contexte d&rsquo;un lent changement de mentalit\u00e9.<\/figcaption><\/figure><\/p>\n<h2 class=\"crayon article-surtitre-38540 surtitre\">BRUXELLES, VILLE CONGOLAISE<\/h2>\n<h2 class=\"h1 crayon article-titre-38540 \"><strong>Bruxelles ville congolaise\u00a0: introduction<\/strong><\/h2>\n<\/div>\n<p class=\"info-publi\">Publi\u00e9 le\u00a0<abbr class=\"published\" title=\"2018-11-20T14:00:00Z\">mardi 20 novembre 2018<\/abbr>,\u00a0<span class=\"auteurs\">par\u00a0<span class=\"vcard author\">Thibault Jacobs<\/span><\/span><\/p>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-38540 chapo\">\n<p>Bruxelles, ancienne capitale coloniale, est pleine de lieux, de places, de statues, de symboles, de souvenirs et de pratiques qui renvoient \u00e0 ce pass\u00e9 congolais et les m\u00ealent \u00e0 notre quotidien. Mais de quel Congo parle-t-on<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Quel est notre rapport \u00e0 ces traces<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Acceptons-nous de les regarder<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Comment les int\u00e9grer dans une ville qui se vante par ailleurs de son cosmopolitisme<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"infos\"><span class=\"crayon article-titre-38540 titre\"><strong>Bruxelles ville congolaise\u00a0: introduction<\/strong><\/span>\u00a0\u00b7\u00a0<span class=\"crayon article-descriptif-38540 descriptif\">Bruxelles, ancienne capitale coloniale, est pleine de lieux, de places, de statues, de symboles, de souvenirs et de pratiques qui renvoient \u00e0 ce pass\u00e9 congolais et les m\u00ealent \u00e0 notre quotidien. Mais de quel Congo parle-t-on<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Quel est notre rapport \u00e0 ces traces<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Acceptons-nous de les regarder<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Comment les int\u00e9grer dans une ville qui se vante par ailleurs de son cosmopolitisme<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<\/span><\/p>\n<div class=\"crayon article-texte-38540 texte\">\n<p>L\u2019histoire coloniale belge \u00e9maille la vie quotidienne des Bruxellois\u00a0: dans le m\u00e9tro, les parcs bruxellois, les mus\u00e9es, mais aussi plus simplement au supermarch\u00e9 ou sur la table. L\u2019empreinte est avant tout visible dans l\u2019espace public. Du haut de sa statue \u00e9questre, L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0en est le t\u00e9moin le plus \u00e9vident. Il domine boulevard, parcs, avenues, palais\u00a0: des grands projets urbanistiques de prestige financ\u00e9s par sa cassette et sa fortune construite au Congo. On comprend d\u00e8s lors que cette statue cristallise aujourd\u2019hui les revendications d\u00e9coloniales, un article de notre dossier fait le point sur cette question.<\/p>\n<p>Les nombreux noms de rues, les monuments et quelques stations de m\u00e9tro rendant hommage \u00e0 des colons belges et leur mission \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>civilisatrice<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb sont facilement identifiables. Cependant, l\u2019\u0153uvre du temps a, dans la plupart des cas, fait oublier qui \u00e9taient ces hommes et a transform\u00e9 leur patronyme en simple toponyme d\u00e9nu\u00e9 de sens. Nous les remettons en lumi\u00e8re dans la carte au centre de ce num\u00e9ro.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re cette pr\u00e9sence visible sur les plaques de rues, il est aussi d\u2019autres symboles mat\u00e9riels des fortunes construites sur le sol congolais par des Bruxellois. Les grands commis de l\u2019\u00e9tat l\u00e9opoldien au Congo ou des industriels ont fait usage de leurs richesses pour \u00e9difier maisons de ma\u00eetre et grandes villas. Pourtant en admirant l\u2019architecture de l\u2019h\u00f4tel Van Eetvelde de Victor Horta, l\u2019associe-t-on encore \u00e0 celui qui fut le ministre pl\u00e9nipotentiaire de l\u2019\u00c9tat colonial<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Se questionne-t-on sur l\u2019origine de la fortune du baron Empain ou d\u2019Adolphe Stoclet lorsque l\u2019on visite leur villa ou palais<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Hors de ces traces patrimoniales et de mani\u00e8re plus actuelle, il faut consid\u00e9rer que parmi les vingt familles les plus riches de Belgique, neuf au moins \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 impliqu\u00e9es dans la cr\u00e9ation, la gestion ou l\u2019actionnariat d\u2019entreprise au Congo Belge.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Frans BUELENS, \u00ab\u00a0Congo 1885-1960, een financi\u00ebel-economische geschiedenis\u00a0\u00bb,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Bruxelles-ville-congolaise-introduction#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span><\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Comment \u00e9valuons-nous cet h\u00e9ritage pr\u00e9sent tout autour de nous<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce pass\u00e9 sous-jacent est \u00e9galement sur notre table. Le savoir-faire belge pour le chocolat est une source de fiert\u00e9 nationale. Nous verrons dans ce dossier qu\u2019il a cependant une origine coloniale. Il en va de m\u00eame de notre go\u00fbt pour les bananes.<\/p>\n<p>Au c\u00f4t\u00e9 de cette empreinte mat\u00e9rielle et sur les sens, l\u2019empreinte visible est aussi humaine, bien s\u00fbr, d\u00e8s lors que le pass\u00e9 colonial conf\u00e8re aux Congolais et afrodescendants bruxellois une volont\u00e9 et une l\u00e9gitimit\u00e9 de revendication et d\u2019intervention, ainsi qu\u2019une visibilit\u00e9 symbolique bien plus importante que leur nombre ne leur permettrait autrement. La plus grande empreinte de ce pass\u00e9, en effet, est celle qui agit sur notre conscience et qui le rend \u00e9minemment actuel. Notre syst\u00e8me \u00e9ducatif peine encore \u00e0 probl\u00e9matiser la question coloniale, r\u00e9duite souvent \u00e0 quelques notes dans les programmes, mais la transmission familiale et celle v\u00e9hicul\u00e9e par l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 belge donnent \u00e0 chacun une perception particuli\u00e8re de ce pass\u00e9. Un racisme latent ou plus franchement exprim\u00e9 perdure ainsi, h\u00e9rit\u00e9 en partie de l\u2019imaginaire colonial.<\/p>\n<p>Les consciences \u00e9voluent lentement et notre rapport \u00e0 cette histoire se transforme de concert. Mais en miroir, comment \u00e9valuons-nous l\u2019h\u00e9ritage pr\u00e9sent tout autour de nous<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Est-ce que les transformations de la ville et de ses espaces permettent encore de prendre conscience de la violence qui a pu \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 leur cr\u00e9ation ou leur financement<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? L\u2019\u0153uvre de conscientisation appara\u00eet comme n\u00e9cessaire, indispensable. Elle est ouverte au d\u00e9bat, cependant, entre les tenants d\u2019une contextualisation in-situ, d\u2019un d\u00e9boulonnage des statues et plaques de rues, de l\u2019\u00e9rection de contre-monuments ou encore pourquoi pas de la cr\u00e9ation d\u2019un parc de sculptures coloniales, \u00e0 l\u2019exemple de celui de Kinshasa. Les solutions sont nombreuses et doivent faire l\u2019objet d\u2019une r\u00e9flexion publique. Cette discussion doit viser en tous les cas \u00e0 combattre l\u2019amn\u00e9sie coupable, le r\u00e9visionnisme d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 ou la provocation subtile qui accompagne parfois les rapports du politique avec ces lieux et ces symboles.<\/p>\n<p>Le mus\u00e9e de Tervuren en est un exemple embl\u00e9matique, lui qui dans sa mat\u00e9rialit\u00e9 m\u00eame, dans son programme iconographique p\u00e9trifi\u00e9, incarne la vision de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, la violence qui l\u2019accompagne et la propagande qui vise \u00e0 la camoufler. Au-del\u00e0 de la question de sa r\u00e9novation et de sa r\u00e9ouverture prochaine, qui sera abord\u00e9e dans ce dossier, un \u00e9v\u00e8nement r\u00e9cent illustre ce rapport probl\u00e9matique\u00a0: le gouvernement Michel a en effet d\u00e9cid\u00e9 d\u2019y pr\u00e9senter \u00e0 la presse et aux chefs d\u2019entreprises, le 11\u00a0septembre dernier, son \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Pacte National pour les Investissements Strat\u00e9giques<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb. Ce plan d\u2019investissement taill\u00e9 sur mesure pour les grands patrons, h\u00e9ritiers plus ou moins directs des quelque 1\u00a0300 soci\u00e9t\u00e9s belges qui ont fait fortune au Congo, donne la part belle aux nouvelles technologies et donc aussi aux appareils d\u00e9pendant de l\u2019exploitation des m\u00e9taux rares, sources de conflits et objets des convoitises postcoloniales. Le choix de ce lieu pour effectuer cette annonce rel\u00e8ve donc du cynisme ou de l\u2019ignorance.<\/p>\n<p>Pour autant d\u2019autres signes positifs peuvent aussi \u00eatre relev\u00e9s dans l\u2019actualit\u00e9, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 un premier bourgmestre d\u2019origine congolaise est \u00e9lu \u00e0 Bruxelles ou encore \u00e0 l\u2019occasion du basculement des majorit\u00e9s clairement hostile \u00e0 la r\u00e9ouverture du dossier colonial (Ixelles). L\u2019aboutissement du combat associatif pour la cr\u00e9ation d\u2019une place Lumumba en est un autre. Le New York Times voit dans ces \u00e9v\u00e8nements le signe que la Belgique dans son ensemble est en train de r\u00e9\u00e9valuer son pass\u00e9 colonial.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Milan SCHREUER, \u00ab\u00a0Belgium Elects Nation\u2019s First Black Mayor, a Congolese\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Bruxelles-ville-congolaise-introduction#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span>\u00a0La r\u00e9alit\u00e9 nous force \u00e0 mod\u00e9rer cet optimisme, mais on peut tout de m\u00eame y voir un l\u00e9ger soubresaut et une \u00e9volution positive qui devrait favoriser l\u2019\u00e9mergence d\u2019un d\u00e9bat plus large sur la d\u00e9colonisation de nos espaces publics et de notre conscience collective.<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Thibault Jacobs<\/strong><br \/>\nInter-Environnement Bruxelles<\/p>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><i class=\"fa fa-envelope-o\" title=\"Contact\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\u00a0<a href=\"https:\/\/ieb.be\/_Thibault-Jacobs_\">Thibault Jacobs<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<p class=\"h2 pas_surlignable\">Notes<\/p>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Bruxelles-ville-congolaise-introduction#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Frans\u00a0<span class=\"caps\">BUELENS<\/span>, \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Congo 1885-1960, een financi\u00ebel-economische geschiedenis<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, Berchem, 2007.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Bruxelles-ville-congolaise-introduction#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>Milan\u00a0<span class=\"caps\">SCHREUER<\/span>, \u00abBelgium Elects Nation\u2019s First Black Mayor, a Congolese Immigrant\u00bb, The New-York Times, 15\u00a0octobre 2018.<\/p>\n<div class=\"cartouche\">\n<h2 class=\"h1 crayon article-titre-38541 \"><strong>La violence de la douceur<\/strong><\/h2>\n<\/div>\n<p class=\"info-publi\">Publi\u00e9 le\u00a0<abbr class=\"published\" title=\"2018-11-20T14:05:00Z\">mardi 20 novembre 2018<\/abbr>,\u00a0<span class=\"auteurs\">par\u00a0<span class=\"vcard author\">G\u00e9rald Hanotiaux<\/span><\/span><\/p>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-38541 chapo\">\n<p>Porter son attention sur les traces de la colonisation \u00e0 Bruxelles m\u00e8ne logiquement \u00e0 la statue du roi L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, propri\u00e9taire sanguinaire du Congo, au boulevard portant son nom, ou \u00e0 d\u2019autres lieux comm\u00e9moratifs dans la ville. Et si l\u2019h\u00e9ritage colonial se situait plus pr\u00e8s encore de notre intimit\u00e9? Par exemple sur nos papilles gustatives, lors du d\u00e9p\u00f4t d\u2019un morceau de ce c\u00e9l\u00e8bre chocolat belge\u2026<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"infos\"><span class=\"crayon article-titre-38541 titre\"><strong>La violence de la douceur<\/strong><\/span>\u00a0\u00b7\u00a0<span class=\"crayon article-descriptif-38541 descriptif\">Porter son attention sur les traces de la colonisation \u00e0 Bruxelles m\u00e8ne logiquement \u00e0 la statue du roi L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, propri\u00e9taire sanguinaire du Congo, au boulevard portant son nom, ou \u00e0 d\u2019autres lieux comm\u00e9moratifs dans la ville. Et si l\u2019h\u00e9ritage colonial se situait plus pr\u00e8s encore de notre intimit\u00e9? Par exemple sur nos papilles gustatives, lors du d\u00e9p\u00f4t d\u2019un morceau de ce c\u00e9l\u00e8bre chocolat belge\u2026<\/span><\/p>\n<div class=\"crayon article-texte-38541 texte\">\n<p>Notre gourmandise d\u2019enfant des ann\u00e9es 1980 s\u2019en souvient encore\u00a0: arriver de Charleroi et poser le pied en gare du midi assurait de s\u2019emmitoufler dans d\u2019exaltantes effluves de chocolat. L\u2019agr\u00e9able odeur s\u2019\u00e9chappe alors de l\u2019usine de l\u2019entreprise C\u00f4te d\u2019Or, situ\u00e9e \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la gare et domicili\u00e9e au num\u00e9ro 38 de la rue Bara. D\u2019actualit\u00e9 dans le quartier depuis 1906, le titillement olfactif dispara\u00eet en 1990 avec le d\u00e9m\u00e9nagement de l\u2019usine. Le march\u00e9 colossal du chocolat n\u00e9cessite en effet des transformations aux installations de l\u2019entreprise, impossibles sur ce terrain. En outre, ce dernier venait d\u2019acqu\u00e9rir un degr\u00e9 certain de rentabilit\u00e9, par la d\u00e9cision prise en 1987 de r\u00e9aliser en ce quartier la halte d\u2019une ligne de Train \u00e0 Grande Vitesse. Aujourd\u2019hui, c\u2019est en se dirigeant \u00e0 v\u00e9lo vers Charleroi, le long du canal, que l\u2019on peut profiter du vent favorable chocolat\u00e9, \u00e0 la hauteur de l\u2019usine transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 Hal.<\/p>\n<p>Parcourir le centre de Bruxelles aujourd\u2019hui permet de le constater\u00a0: en notre vingt et uni\u00e8me si\u00e8cle ultra-touristique, le chocolat est un argument de poids dans cette ville, jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre revendiqu\u00e9 comme \u00e9l\u00e9ment patrimonial national. Fontaines de chocolat coulant pour all\u00e9cher les groupes autour de la Grand-Place, boutiques bourgeoises dans le quartier du Sablon, omnipr\u00e9sence de la praline au sein des Galeries Royales Saint Hubert, etc. En y ajoutant les tonnes de chocolat vendues en supermarch\u00e9s, \u00e9piceries et autres night-shops, nous sommes face \u00e0 des sommes colossales engendr\u00e9es annuellement \u00e0 Bruxelles par cette douceur gustative. Le chocolat est partout!<\/p>\n<p><strong>Des origines coloniales lointaines<\/strong><\/p>\n<p>Aussi fou que cela puisse para\u00eetre aux estomacs contemporains, en des temps pas si lointains la plupart des belges menaient leur vie sans jamais avaler de chocolat. \u00c0 Bruxelles, on attribue le d\u00e9but de la \u00abd\u00e9mocratisation\u00bb de la vente de ce produit \u00e0 Jean Neuhaus, pharmacien. En effet, pour att\u00e9nuer le go\u00fbt d\u00e9sagr\u00e9able de certains m\u00e9dicaments, il d\u00e9cide dans la seconde moiti\u00e9 du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle de les enrober d\u2019une fine couche de chocolat. Son officine, install\u00e9e depuis 1857 dans les Galeries Royales Saint-Hubert \u2013\u00a0d\u00e9j\u00e0!\u00a0\u2013, fait alors le plaisir de ses clients. De fait, la boutique devient alors \u00e9galement un magasin de \u00abbonbons\u00bb contre la toux, les maux d\u2019estomac, etc. La famille Neuhaus se convertira plus tard dans la production de pralines.<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e de la f\u00e8ve de cacao en Europe est cependant beaucoup plus lointaine\u2026 Depuis ses origines, la d\u00e9couverte du chocolat est li\u00e9e \u00e0 une entreprise coloniale, lorsque des bateaux europ\u00e9ens d\u00e9barquent sur les c\u00f4tes de l\u2019actuelle Am\u00e9rique latine. Le d\u00e9but de la pr\u00e9paration des f\u00e8ves de cacao pour la consommation humaine date des environs de l\u2019an 600, au sein de la civilisation Maya. Le fruit du cacaoyer est alors utilis\u00e9 comme monnaie d\u2019\u00e9change, dont les f\u00e8ves servent \u00e0 pr\u00e9parer une boisson am\u00e8re tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9e. Quelques si\u00e8cles plus tard le peuple Tolt\u00e8que, dirig\u00e9 par Quetzalcoatl \u2013\u00a0selon la l\u00e9gende \u2018grand ma\u00eetre\u2019 du cacao\u00a0\u2013, consid\u00e8re le breuvage comme une boisson divine, assurant la sant\u00e9 et la force \u00e0 celui qui l\u2019ing\u00e8re. Lors de son dernier voyage en 1502, Christophe Colomb d\u00e9barque sur l\u2019\u00eele de Guanaja, l\u2019actuel Honduras, et\u00a0<i>\u00ables indig\u00e8nes qu\u2019il rencontre lui offrent des bijoux et lui font go\u00fbter un curieux breuvage, rouge, \u00e9pais, mousseux, amer et \u00e9pic\u00e9. Sans le savoir, il est le premier europ\u00e9en \u00e0 d\u00e9couvrir le \u2019tchocoatl\u2019, boisson \u00e0 base de cacao. Cependant, cette boisson ne le s\u00e9duit pas et il n\u2019y attache aucune importance.\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"\u00ab\u00a0L\u2019arriv\u00e9e du chocolat en Europe\u00a0\u00bb, Dossier p\u00e9dagogique, C\u00f4te d\u2019Or, p.\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-violence-de-la-douceur#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span><\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>En notre\u00a0<span class=\"caps\">XXI<\/span><sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle ultra-touristique, le chocolat est un argument de poids dans cette ville, jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre revendiqu\u00e9 comme \u00e9l\u00e9ment patrimonial national.<\/p><\/blockquote>\n<p>Au cours de de la colonisation de l\u2019Am\u00e9rique latine, pendant que les populations locales connaissent massacres et pillages de leurs richesses, la boisson va conna\u00eetre plus d\u2019attention. Les colons espagnols, manquant de vin, se mettent \u00e0 la consommer en y ajoutant progressivement du sucre ou de la vanille. Depuis le Mexique, la premi\u00e8re cargaison de f\u00e8ves de cacao d\u00e9barque sur le continent europ\u00e9en en 1585, et la boisson \u2019tchocoatl\u00e9e\u2019, elle, va devenir la favorite de la Cour d\u2019Espagne et de la grande bourgeoisie locale, avant de s\u2019\u00e9tendre \u00e0 celles des pays limitrophes.<\/p>\n<p><strong>D\u2019un continent colonis\u00e9 \u00e0 l\u2019autre<\/strong><\/p>\n<p>Progressivement, les f\u00e8ves de cacao sont introduites sur d\u2019autres terres au climat favorable, plus proches des r\u00e9gimes politiques europ\u00e9ens. Retournons vers l\u2019\u00eelot aujourd\u2019hui ras\u00e9, situ\u00e9 entre la rue de France et la rue Bara, aux portes de l\u2019usine enchanteresse de notre enfance. De ses hangars sortent durant des d\u00e9cennies d\u2019innombrables camionnettes charg\u00e9es de chocolat C\u00f4te d\u2019Or. Loin d\u2019\u00eatre la seule marque pr\u00e9sente \u00e0 Bruxelles, elle est cependant la plus connue et la plus embl\u00e9matique de cette industrie en Belgique.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Aujourd\u2019hui, si l\u2019entreprise appartient \u00e0 des capitaux \u00e9trangers, l\u2019int\u00e9gralit\u00e9\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-violence-de-la-douceur#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span>\u00a0Les trois mots qui la d\u00e9signent sont entr\u00e9s dans notre langage quotidien, mais pourquoi donc nomment-ils ces douceurs chocolat\u00e9es?<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque du d\u00e9p\u00f4t de la marque, en 1883, une grosse quantit\u00e9 des f\u00e8ves de cacao provient d\u2019une r\u00e9gion d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, sous le joug et la violence coloniale des britanniques, d\u00e8s lors b\u00e9n\u00e9ficiaires des profits de ce commerce. Ce territoire, plant\u00e9 de cacaoyers, est alors d\u00e9sign\u00e9 par les mots\u00a0<i>Gold Coast<\/i>, litt\u00e9ralement la\u00a0<i>\u00abC\u00f4te de l\u2019Or\u00bb<\/i>, un nom provenant simplement des nombreuses mines d\u2019or, exploit\u00e9es successivement dans l\u2019Histoire par les colons britanniques, allemands, hollandais et fran\u00e7ais. Aujourd\u2019hui encore ce territoire \u2013 le Ghana \u2013 fait partie du Commonwealth, une organisation intergouvernementale compos\u00e9e de 53 \u00c9tats, pour la plupart d\u2019anciens territoires de l\u2019Empire Britannique.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Ce mot anglais vient de la contraction des mots \u00ab\u00a0wealth\u00a0\u00bb, signifiant\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-violence-de-la-douceur#nb3\" rel=\"appendix\">3<\/a>]<\/span><\/p>\n<p>Outre les trois mots de la marque C\u00f4te d\u2019Or, un autre \u00e9l\u00e9ment est entr\u00e9 dans notre quotidien\u00a0: son logo, qui repr\u00e9sente depuis plus d\u2019un si\u00e8cle l\u2019identit\u00e9 puissante de la marque, son image dans l\u2019inconscient collectif. L\u2019entreprise de chocolat a choisi un animal, parmi les plus fascinants, mais pas pr\u00e9cis\u00e9ment membre d\u2019une esp\u00e8ce domestique belge\u00a0: un \u00e9l\u00e9phant. La trompe triomphalement relev\u00e9e, il exhibe ses attributs d\u00e9fensifs, \u00e0 l\u2019origine d\u2019un autre commerce colonial, d\u00e9vastateur pour cette noble esp\u00e8ce animale. Dans ce coin ouest de l\u2019Afrique, ce commerce donnera son nom au voisin du territoire de la\u00a0<i>C\u00f4te d\u2019Or<\/i>\u00a0: la\u00a0<i>C\u00f4te d\u2019Ivoire<\/i>.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>L\u2019exploitation du sol du Congo fera de la Belgique l\u2019un des plus gros producteurs mondiaux de chocolat.<\/p><\/blockquote>\n<p>Si le chocolat d\u00e9barque en Belgique au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, lors de l\u2019occupation espagnole, il ne sera longtemps accessible qu\u2019aux classes ais\u00e9es de la population. Bien plus tard, au cours du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, il sera pr\u00e9sent\u00e9 sous forme solide et finira par devenir une v\u00e9ritable industrie. Les prix baissent et la classe ouvri\u00e8re peut alors s\u2019en payer les b\u00e2tons. Cette industrialisation m\u00e8ne progressivement \u00e0 la situation actuelle d\u2019omnipr\u00e9sence du produit, en barres de pi\u00e8tre qualit\u00e9 ou en pralines de luxe, accessible pour un prix modique ou au contraire hors de prix\u2026 Mais avant de pouvoir alimenter l\u2019ampleur des d\u00e9sirs en Belgique, l\u2019industrie chocolati\u00e8re va conna\u00eetre une spectaculaire acc\u00e9l\u00e9ration gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019entreprise coloniale.<\/p>\n<p><strong>Av\u00e8nement du c\u00e9l\u00e8bre chocolat\u2026 congolais<\/strong><\/p>\n<p>Bruxelles a connu sur son territoire plusieurs \u00abexpositions universelles\u00bb, manifestations internationales dont le but est pour chaque pays de pr\u00e9senter ses r\u00e9alisations et avanc\u00e9es, notamment techniques, au reste du monde. Elles font parties des grands \u00e9v\u00e9nements laissant des traces urbanistiques nettes dans l\u2019agglom\u00e9ration bruxelloise.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la plus connue de ces expositions est la derni\u00e8re, tenue en 1958, qui nous a laiss\u00e9 le monument symbole qu\u2019est l\u2019Atomium. Elle faisait suite \u00e0 une autre manifestation de 1935 tenue sur le m\u00eame site, qui nous a laiss\u00e9, elle, les diff\u00e9rents Palais d\u2019exposition du plateau du Heysel, d\u2019inspiration Art D\u00e9co. Une pr\u00e9c\u00e9dente exposition s\u2019\u00e9tait tenue en 1910, sur un terrain non urbanis\u00e9 choisi entre diff\u00e9rents sites propos\u00e9s\u00a0: le plateau du Solbosch, o\u00f9 se trouve l\u2019actuelle Universit\u00e9 Libre de Bruxelles et les quartiers environnants. En \u00e9change de ce choix port\u00e9 sur Ixelles, cette commune a d\u00fb c\u00e9der une partie de son territoire \u00e0 la Ville de Bruxelles, qui est alors charg\u00e9e de tracer une art\u00e8re reliant l\u2019avenue Louise \u00e0 la chauss\u00e9e de la Hulpe. Ce fait historique explique la forme \u00e9trange, pour sa partie sud, de la principale des dix-neuf communes de la r\u00e9gion bruxelloise.<\/p>\n<p>Ces \u00e9v\u00e9nements internationaux, en plus de pr\u00e9senter les r\u00e9alisations industrielles et commerciales de la Belgique, mettent \u00e9galement en avant ses r\u00e9alisations coloniales. Cela nous m\u00e8ne, \u00e0 reculons, \u00e0 la premi\u00e8re exposition universelle bruxelloise, tenue en 1897 simultan\u00e9ment sur deux sites\u00a0: le parc du Cinquantenaire et le Domaine de Tervuren, sur lequel le pavillon du Prince d\u2019Orange est ras\u00e9 pour construire le Palais des colonies.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Le succ\u00e8s de l\u2019exposition m\u00e8nera \u00e0 la cr\u00e9ation du premier mus\u00e9e du Congo dans le\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-violence-de-la-douceur#nb4\" rel=\"appendix\">4<\/a>]<\/span>\u00a0Autre trace urbaine, les deux sites sont alors reli\u00e9s par une nouvelle ligne de tram et une nouvelle art\u00e8re, l\u2019avenue de Tervuren. Sur le second site est pr\u00e9sent\u00e9e la section coloniale de l\u2019exposition, consacr\u00e9e \u00e0 \u00abl\u2019\u00c9tat ind\u00e9pendant du Congo\u00bb, \u00e0 l\u2019\u00e9poque propri\u00e9t\u00e9 personnelle du Roi. L\u2019avant-propos du guide de cette manifestation expose clairement le projet, ayant group\u00e9 autour des importantes collections de l\u2019\u00c9tat\u00a0<i>\u00abcelle des particuliers auxquels il a fait appel pour rendre tangible au public, dans son ensemble, l\u2019\u0153uvre coloniale des Belges, telle qu\u2019elle se pr\u00e9sente aujourd\u2019hui\u00bb<\/i>.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>\u00c0 Bruxelles, gr\u00e2ce aux f\u00e8ves congolaises, un h\u00e9ritage colonial dans l\u2019espace public est donc pr\u00e9sent\u2026 partout.<\/p><\/blockquote>\n<p>Les visiteurs y boivent du cacao, en partie fabriqu\u00e9 avec des f\u00e8ves fournies par d\u2019autres puissances coloniales. Le r\u00e9dacteur du guide de l\u2019exposition, bien conscient de l\u2019importance d\u2019une industrie en cours d\u2019explosion populaire, nous pr\u00e9sente l\u2019origine de l\u2019introduction du cacaoyer sur le territoire de la colonie.\u00a0<i>\u00abEn 1887, le lieutenant Liebrechts, alors commandant de la station de L\u00e9opoldville, vit un jour un arbuste qui attira de suite son attention par son port si diff\u00e9rent de celui des essences environnantes. Intrigu\u00e9, il le fit soigneusement d\u00e9gager des herbes envahissantes et constata non sans surprise la pr\u00e9sence d\u2019un gros fruit attach\u00e9 directement au tronc; l\u2019arbuste \u00e9tait un cacaoyer qui, avec quelques caf\u00e9iers et des arbres fruitiers, t\u00e9moignait des efforts faits du temps de Stanley pour introduire au Congo des plantes nouvelles. Est-il besoin d\u2019ajouter que le fruit fut religieusement cueilli et les graines sem\u00e9es. C\u2019est l\u00e0 l\u2019origine des quatre-vingt milles cacaoyers adultes qui peuplent \u00e0 l\u2019heure actuelle les plantations du Haut-Congo.\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"Chapitre \u00ab\u00a0Les grandes cultures\u00a0\u00bb, in Titre II \u00ab\u00a0Le Congo \u00e9conomique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Guide\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-violence-de-la-douceur#nb5\" rel=\"appendix\">5<\/a>]<\/span><\/p>\n<p>Par un d\u00e9placement subreptice de feuillage, voil\u00e0 donc lanc\u00e9e sur le sol congolais l\u2019industrie du chocolat belge! Gr\u00e2ce aux cieux cl\u00e9ments des territoires privatis\u00e9s par L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, les cultures vont se d\u00e9ployer et permettre l\u2019envoi des f\u00e8ves de cacao en abondance vers la m\u00e9tropole. Le guide de l\u2019exposition effectue un rapprochement avec d\u2019autres grains pr\u00e9cieux.\u00a0<i>\u00abLe Congo sera dans un si\u00e8cle une grande colonie \u00e0 caf\u00e9, comme le Br\u00e9sil l\u2019est \u00e0 l\u2019heure actuelle. [\u2026] nous pouvons augurer qu\u2019\u00e0 une \u00e9poque peu \u00e9loign\u00e9e, le Congo prendra un rang honorable parmi les exportateurs de la pr\u00e9cieuse denr\u00e9e. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 la fin de 1897 il sera \u00e0 m\u00eame d\u2019en fournir une certaine quantit\u00e9, [\u2026] dans dix ans la colonie suffira aux besoin de la Belgique. Il en sera de m\u00eame pour d\u2019autres produits d\u2019une importance \u00e9galement consid\u00e9rable\u00a0: le cacao et le tabac, qui peuvent \u00eatre rang\u00e9 avec le caf\u00e9 parmi les produits-types des grandes cultures coloniales.\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh6\" class=\"spip_note\" title=\"Idem, p. 449.\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-violence-de-la-douceur#nb6\" rel=\"appendix\">6<\/a>]<\/span><\/p>\n<p>Si la \u00abgrande colonie\u00bb imagin\u00e9e dans ce guide pour 1997 laisse songeur, par ces mots nous constatons que cette industrie est clairement bas\u00e9e sur le pari colonial. Durant les d\u00e9cennies suivantes, l\u2019exploitation du sol du Congo fera de la Belgique l\u2019un des plus gros producteurs mondiaux de chocolat. En 1900 le poids moyen de la consommation, par belge et par an, est de 370\u00a0g, en 1913 elle est de 830\u00a0g et en 1924 de 1\u00a0100\u00a0g.\u00a0<i>\u00abDans les pays m\u00e9diterran\u00e9ens, agricoles (Espagne, Italie), la consommation reste faible; dans les pays industriels, elle d\u00e9passe vite le kilogramme annuel. Ici, pour des l\u00e9gions d\u2019enfants citadins \u00e0 qui l\u2019on prodigue des soins enfin mieux \u00e9clair\u00e9s, le chocolat est devenu partie int\u00e9grante de la ration alimentaire normale.\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh7\" class=\"spip_note\" title=\"Georges VIERS, \u00ab\u00a0Le cacao dans le monde\u00a0\u00bb, Les Cahiers d\u2019Outre-Mer n\u00b024,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-violence-de-la-douceur#nb7\" rel=\"appendix\">7<\/a>]<\/span>\u00a0La consommation baisse quelque peu par la suite, pour descendre \u00e0 910 g en 1938, jusqu\u2019\u00e0 820 g en 1951. Cependant, les quantit\u00e9s restent suffisantes pour maintenir des prix bas, et permettre \u00e0 l\u2019industrie de se d\u00e9velopper, jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui o\u00f9 la consommation belge moyenne, sur une ann\u00e9e, d\u00e9passe les huit kilos de chocolat par individu.<\/p>\n<p>Une question reste en suspens au sujet des pr\u00e9cieuses f\u00e8ves\u00a0: dans quelles conditions sont-elles cueillies, rassembl\u00e9es, emball\u00e9es, achemin\u00e9es\u2026? Le travail au Congo belge est loin de s\u2019ex\u00e9cuter dans l\u2019harmonie humaine et fraternelle. Si le discours officiel de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, encore d\u00e9fendu aujourd\u2019hui par une partie de la population belge, \u00e9voque une \u0153uvre civilisatrice et \u00e9mancipatrice, l\u2019exploitation contrainte des \u00eatres humains est en r\u00e9alit\u00e9 au rendez-vous, accompagn\u00e9e d\u2019une extr\u00eame cruaut\u00e9 et de la torture. Nous en tenons un exemple sordidement c\u00e9l\u00e8bre dans la pratique des mains coup\u00e9es par l\u2019administration belge\u00a0: pour justifier chaque balle tir\u00e9e \u2013 extraite de cette fa\u00e7on du budget de la colonie \u2013 le fonctionnaire doit ramener une main de l\u2019indig\u00e8ne tu\u00e9, car r\u00e9calcitrant au travail forc\u00e9.<\/p>\n<p>Le but de cette pratique \u00abadministrative\u00bb est d\u2019\u00e9viter que le possesseur d\u2019une arme en profite, par exemple, pour tuer un animal pour son int\u00e9r\u00eat personnel. Cette technique a entra\u00een\u00e9 de nombreuses atrocit\u00e9s, car apr\u00e8s avoir utilis\u00e9 les armes pour braconner ou pour d\u2019autres vis\u00e9es personnelles, les Belges pr\u00e9levaient des mains sur des vivants pour justifier les balles tir\u00e9es. De nombreuses photos existent de ces africains amput\u00e9s, une pratique dont nous ne conna\u00eetrons sans doute jamais le nombre exact de victimes. Ce fait, comme les autres m\u00e9faits coloniaux, sont encore et toujours officiellement tus par les autorit\u00e9s politiques belges\u2026<\/p>\n<p>\u00c0 Bruxelles, gr\u00e2ce aux f\u00e8ves congolaises, une forme d\u2019h\u00e9ritage colonial dans l\u2019espace public est donc pr\u00e9sente\u2026 partout. Avant de croquer la t\u00eate du Manneken-Pis en chocolat, n\u2019oublions jamais ce qu\u2019a laiss\u00e9 le Congo sur le bord de la route menant \u00e0 ce statut de \u00abpatrimoine national\u00bb. L\u2019amertume est une caract\u00e9ristique intrins\u00e8que des f\u00e8ves de cacao, elle laisse \u00e9galement des traces prononc\u00e9es lors du passage sur notre langue\u2026 Le go\u00fbt amer de la douceur.<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>G\u00e9rald Hanotiaux<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><a href=\"https:\/\/ieb.be\/_Hanotiaux-Gerald_\">G\u00e9rald Hanotiaux<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<p class=\"h2 pas_surlignable\">Notes<\/p>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-violence-de-la-douceur#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>\u00abL\u2019arriv\u00e9e du chocolat en Europe\u00bb, Dossier p\u00e9dagogique, C\u00f4te d\u2019Or, p. 9.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-violence-de-la-douceur#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>Aujourd\u2019hui, si l\u2019entreprise appartient \u00e0 des capitaux \u00e9trangers, l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la production du chocolat C\u00f4te d\u2019Or se r\u00e9alise toujours en Belgique.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-violence-de-la-douceur#nh3\" rev=\"appendix\">3<\/a>]\u00a0<\/span>Ce mot anglais vient de la contraction des mots \u00abwealth\u00bb, signifiant richesse, et \u00abcommon\u00bb, signifiant commune. Le Commonwealth met en place, entre autres, des programmes de coop\u00e9ration pour soutenir les membres dans une s\u00e9rie de domaines; il a \u00e9galement servi d\u2019aide aux pays membres en guerre. Les chefs de gouvernements se retrouvent tous les deux ans, pour des r\u00e9unions clairement h\u00e9riti\u00e8res des conf\u00e9rences imp\u00e9riales et coloniales. Depuis 1971, les r\u00e9unions ne se tiennent plus syst\u00e9matiquement \u00e0 Londres, et le pr\u00e9sident en exercice est le chef d\u2019\u00c9tat du dernier pays organisateur. En 2018, la r\u00e9union s\u2019est tenue \u00e0\u2026 Londres, faisant de Theresa May l\u2019actuelle pr\u00e9sidente. La position de cheffe du Commonwealth, elle, est assur\u00e9e par Elisabeth\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, depuis son accession au tr\u00f4ne britannique le 6\u00a0f\u00e9vrier 1952.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-violence-de-la-douceur#nh4\" rev=\"appendix\">4<\/a>]\u00a0<\/span>Le succ\u00e8s de l\u2019exposition m\u00e8nera \u00e0 la cr\u00e9ation du premier mus\u00e9e du Congo dans le Palais des colonies, en 1898. Il devient vite trop \u00e9troit et entra\u00eene l\u2019\u00e9rection du b\u00e2timent actuel, entre 1905 et 1908, renomm\u00e9 \u00abMus\u00e9e du Congo Belge\u00bb d\u00e8s son inauguration en 1910. Apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance du Congo, le mus\u00e9e s\u2019appelle \u00abMus\u00e9e Royal de l\u2019Afrique Centrale\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-violence-de-la-douceur#nh5\" rev=\"appendix\">5<\/a>]\u00a0<\/span>Chapitre \u00abLes grandes cultures\u00bb,\u00a0<i>in<\/i>\u00a0Titre\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0\u00abLe Congo \u00e9conomique\u00bb, \u00abGuide de la section de l\u2019\u00c9tat ind\u00e9pendant du Congo \u00e0 l\u2019exposition de Bruxelles-Tervuren\u00bb, publi\u00e9 sous la direction du commandant Liebrechts, pr\u00e9sident du Comit\u00e9 ex\u00e9cutif et du lieutenant Masui, Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, Bruxelles, 1897, p. 463.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb6\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 6\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-violence-de-la-douceur#nh6\" rev=\"appendix\">6<\/a>]\u00a0<\/span><i>Idem<\/i>, p. 449.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb7\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 7\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-violence-de-la-douceur#nh7\" rev=\"appendix\">7<\/a>]\u00a0<\/span>Georges\u00a0<span class=\"caps\">VIERS<\/span>, \u00abLe cacao dans le monde\u00bb, Les Cahiers d\u2019Outre-Mer n\u00b024, sixi\u00e8me ann\u00e9e, octobre-d\u00e9cembre 1953, p. 329.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"cartouche\">\n<h2 class=\"h1 crayon article-titre-38542 \">Le Congo et le chocolat\u00a0: rep\u00e8res historiques<\/h2>\n<\/div>\n<p class=\"info-publi\">Publi\u00e9 le\u00a0<abbr class=\"published\" title=\"2018-11-20T14:10:00Z\">mardi 20 novembre 2018<\/abbr>,\u00a0<span class=\"auteurs\">par\u00a0<span class=\"vcard author\">Lucas Catherine<\/span><\/span><\/p>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-38542 chapo\">\n<p>Le March\u00e9 de Sainte-Catherine et le Vismet (March\u00e9 aux poissons) \u00e9taient au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle connus comme \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le Ventre de Bruxelles<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb. Dans ce quartier, on commercialisait aussi certains produits coloniaux de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>notre<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb Congo\u00a0: surtout les bananes, qui \u00e9taient dans le temps un produit de luxe, et le cacao. Il y avait aussi le caf\u00e9 du Congo et le tabac, mais c\u2019est surtout le cacao congolais qui a influenc\u00e9 le go\u00fbt des Belges pour le chocolat.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"infos\"><span class=\"crayon article-titre-38542 titre\"><strong>Le Congo et le chocolat\u00a0: rep\u00e8res historiques<\/strong><\/span>\u00a0\u00b7\u00a0<span class=\"crayon article-descriptif-38542 descriptif\">Le March\u00e9 de Sainte-Catherine et le Vismet (March\u00e9 aux poissons) \u00e9taient au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle connus comme \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le Ventre de Bruxelles<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb. Dans ce quartier, on commercialisait aussi certains produits coloniaux de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>notre<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb Congo\u00a0: surtout les bananes, qui \u00e9taient dans le temps un produit de luxe, et le cacao. Il y avait aussi le caf\u00e9 du Congo et le tabac, mais c\u2019est surtout le cacao congolais qui a influenc\u00e9 le go\u00fbt des Belges pour le chocolat.<\/span><\/p>\n<div class=\"crayon article-texte-38542 texte\">\n<p>Quand le premier cacao est arriv\u00e9 d\u2019Am\u00e9rique latine on en faisait une boisson. La consommation sous forme de b\u00e2ton est plus r\u00e9cente. La pr\u00e9paration du breuvage se faisait avec des morceaux d\u2019un grand bloc de chocolat qu\u2019on laissait fondre dans du lait. Cette boisson \u00e9tait tr\u00e8s chic et seuls les plus riches pouvaient se la permettre. \u00c0 Bruxelles on buvait le chocolat d\u00e8s la p\u00e9riode autrichienne, presque exclusivement \u00e0 la Cour. Charles-Alexandre de Lorraine, le gouverneur-g\u00e9n\u00e9ral des Pays-Bas autrichiens, en buvait chaque jour au petit-d\u00e9jeuner.<\/p>\n<p>En 1749, une livre de chocolat co\u00fbtait 50 sous \u2013 une livre bruxelloise valait 467 g \u2013 et un ouvrier qualifi\u00e9 gagnait 9 sous par jour. Il devait donc travailler cinq jours pour acheter \u00e9ventuellement une livre de chocolat. Les gens moins ais\u00e9s buvaient un breuvage fait de pelures de cacao, grill\u00e9es et m\u00e9lang\u00e9es dans du lait avec du sucre et de la cannelle, qu\u2019on appelait \u2019Petit Caf\u00e9\u2019.<\/p>\n<p>Le livre de cuisine bruxellois\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>La Cuisini\u00e8re Bourgeoise<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0ne mentionne pas la boisson de chocolat, mais parlait bien de certaines p\u00e2tisseries dans lesquelles on mettait un peu de poudre de chocolat\u00a0: biscuits et cr\u00e8me au chocolat.<\/p>\n<p>Plus tard, le cacao nous parvenait d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, surtout du Ghana qui portait alors le nom de Gold Coast, d\u2019o\u00f9 la marque C\u00f4te d\u2019Or. Pendant la deuxi\u00e8me guerre mondiale, la firme Alimenta qui produit alors le chocolat C\u00f4te d\u2019Or sort sur le march\u00e9 belge un b\u00e2ton sous le nom de Congobar. C\u2019est de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest qu\u2019on va importer les cacaoyers au Congo.<\/p>\n<p>La fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, d\u00e9but vingti\u00e8me si\u00e8cle, connut une forte augmentation de la consommation du chocolat aux \u00c9tats-Unis et en Europe. De plus, les socialistes faisaient la promotion du chocolat avec comme slogan \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le plus agr\u00e9able rem\u00e8de contre l\u2019alcoolisme<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb. Il fallut donc d\u00e9velopper la culture du cacao dans d\u2019autres colonies, dont l\u2019\u00c9tat Ind\u00e9pendant du Congo. \u00c0 partir de l\u2019ann\u00e9e 1895 instruction est donn\u00e9e \u00e0 tous les postes coloniaux au Congo de commencer des plantages de cacaoyers. Les plantations \u00e9taient situ\u00e9es en g\u00e9n\u00e9ral pr\u00e8s de la c\u00f4te, dans le Mayombe.<\/p>\n<p>Le chocolat devint alors \u00e0 la mode et ce produit du Congo servait \u00e0 am\u00e9liorer l\u2019image de la colonie. Dans la grande exposition coloniale de Tervueren, en 1897, le cacao re\u00e7ut une place d\u2019honneur dans la section \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le Salon des grandes cultures<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb. La section \u00e9tait \u00e9labor\u00e9e par M.\u00a0Delacre. Il \u00e9tait chocolatier depuis 1893 \u00e0 Bruxelles. Il produisait les biscuits au chocolat. La marque Delacre existe toujours.<\/p>\n<p>Le roi L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0\u00e9tait un grand amateur de chocolat. Sa fille, la princesse St\u00e9phanie \u00e9crit dans ses m\u00e9moires (<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Ich sollte Kaiserin werden<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>) que son p\u00e8re mangeait au petit-d\u00e9jeuner non seulement des couques au chocolat \u2013\u00a0<i>Schokoladeb\u00e4ckereien<\/i>\u00a0\u2013, mais aussi une dizaine de pralines.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res grandes plantations de cacaoyer \u00e9taient l\u2019\u0153uvre de la famille d\u2019Ursel. Ils ont fond\u00e9 en 1896 la compagnie\u00a0<i>Urselia<\/i>. Pour faciliter l\u2019exportation du cacao, un deuxi\u00e8me chemin de fer fut construit au Congo (le premier \u00e9tait celui de Matadi \u00e0 Kinshasa)\u00a0: les Chemins de fer vicinaux du Mayombe.<\/p>\n<p>En 1898, un certain Auguste Jacques g\u00e9rait les plantations d\u2019Urselia. Auparavant, Jacques avait \u00e9t\u00e9 sous-officier dans la Force Publique, dans l\u2019arm\u00e9e coloniale, et avait particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9pression de la r\u00e9volte anti-coloniale de 1893- 1894. En 1904, il commence sa propre plantation. Il \u00e9tait surnomm\u00e9\u00a0<i>Le Roi du Mayombe<\/i>. Un autre Jacques, Antoine Jacques, avait commenc\u00e9 en 1896 une usine de chocolat dans la r\u00e9gion de Verviers. La marque existe encore.<\/p>\n<p>La production de cacao au Mayombe a connu un boom en 1910. \u00c0 ce moment, il existait 18 marques de cacao, dont Jacques. Apr\u00e8s 1910, la production diminue, mais reste quand m\u00eame suffisamment importante pour maintenir le prix du cacao ouest-africain \u00e0 un niveau pas trop cher. Avec comme effet que les chocolatiers bruxellois pouvaient, pour un prix raisonnable, utiliser plus de cacao dans la fabrication du chocolat belge, ce qui lui a donn\u00e9 son go\u00fbt tr\u00e8s prononc\u00e9.<\/p>\n<p>En 1910, l\u2019ann\u00e9e donc de la plus grande production de cacao au Congo, un Ottoman Grec, Leonidas Kerstekides, re\u00e7oit \u00e0 l\u2019exposition universelle de Bruxelles la m\u00e9daille de bronze pour son chocolat. En 1912, il se marie avec la gantoise Jeanne Teerlinck et un an plus tard, en 1913, L\u00e9onidas re\u00e7oit la m\u00e9daille d\u2019or \u00e0 l\u2019Exposition Universelle de Gand. En 1924, il d\u00e9m\u00e9nage \u00e0 Bruxelles, au Vieux March\u00e9 au Grains, et il \u00e9tablit son usine dans la rue Devaux (entre Sainte-Catherine et le grand boulevard central).<\/p>\n<p>Il d\u00e9cide de vendre ses chocolats aux bourgeois qui se prom\u00e8nent sur les grands boulevards de la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019on vend les frites au peuple, \u00e0 comptoir ouvert directement sur la rue.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"P\u00e2tisserie Centrale Leonidas. L\u2019appellation \u2019pralines Leonidas\u2019 date seulement\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Le-Congo-et-le-chocolat-reperes-historiques#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>\u00a0Ses magasins existent encore.<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Lucas Catherine<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sources principales<\/strong><\/p>\n<ul class=\"spip\">\n<li>Lutgarde\u00a0<span class=\"caps\">SWAELEN<\/span>, \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Chocolade en de Zuidelijke Nederlanden<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, Bruxelles, 1996.<\/li>\n<li>Jean-Luc\u00a0<span class=\"caps\">VELLUT<\/span>, \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Cacao in de politieke economie van de oude Belgische Kongo<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, Bruxelles, 1996.<\/li>\n<li>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Bonbons, Pralines, Esquimaux, Chocolats<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, Cahier de la Fonderie n\u00b011, Bruxelles, 1991.<\/li>\n<li>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Guide de la section de l\u2019\u00c9tat Ind\u00e9pendant du Congo<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, Tervuren, 1897, p. 462-465.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><i class=\"fa fa-envelope-o\" title=\"Contact\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\u00a0<a href=\"https:\/\/ieb.be\/_Lucas-Catherine_\">Lucas Catherine<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<p class=\"h2 pas_surlignable\">Notes<\/p>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Le-Congo-et-le-chocolat-reperes-historiques#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>P\u00e2tisserie Centrale Leonidas. L\u2019appellation \u2019pralines Leonidas\u2019 date seulement de 1937. Originellement des praslines \u00e9taient des amandes caram\u00e9lis\u00e9es du\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span><sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, invent\u00e9 par le cuisinier du duc C\u00e9sar du Praslin, d\u2019o\u00f9 leur nom.<\/p>\n<div id=\"conteneur\">\n<div id=\"boudiner\">\n<div class=\"contenu\">\n<div class=\"cartouche\">\n<h2 class=\"h1 crayon article-titre-38543 \">La banane\u00a0: son tour du monde et son arriv\u00e9e via le Congo \u00e0 Bruxelles<\/h2>\n<\/div>\n<p class=\"info-publi\">Publi\u00e9 le\u00a0<abbr class=\"published\" title=\"2018-11-20T14:15:00Z\">mardi 20 novembre 2018<\/abbr>,\u00a0<span class=\"auteurs\">par\u00a0<span class=\"vcard author\">Lucas Catherine<\/span><\/span><\/p>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-38543 chapo\">\n<p>La banane a pris son temps pour arriver \u00e0 Bruxelles. Elle est originaire d\u2019Asie du Sud-Est et elle s\u2019est r\u00e9pandue vers l\u2019Inde, la Chine, et en Indo-Chine. Quand les Arabes ont fond\u00e9 leur empire mondial ils ont introduit la banane dans la P\u00e9ninsule Arabe, le Moyen-Orient et l\u2019Afrique.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"infos\"><span class=\"crayon article-titre-38543 titre\"><strong>La banane\u00a0: son tour du monde et son arriv\u00e9e via le Congo \u00e0 Bruxelles<\/strong><\/span>\u00a0\u00b7\u00a0<span class=\"crayon article-descriptif-38543 descriptif\">La banane a pris son temps pour arriver \u00e0 Bruxelles. Elle est originaire d\u2019Asie du Sud-Est et elle s\u2019est r\u00e9pandue vers l\u2019Inde, la Chine, et en Indo-Chine. Quand les Arabes ont fond\u00e9 leur empire mondial ils ont introduit la banane dans la P\u00e9ninsule Arabe, le Moyen-Orient et l\u2019Afrique.<\/span><\/p>\n<div class=\"crayon article-texte-38543 texte\">\n<p>D\u00e9j\u00e0 au neuvi\u00e8me si\u00e8cle, ces m\u00eames Arabes l\u2019ont introduite en Andalousie, surtout dans la r\u00e9gion autour de Grenade. Quand les Espagnols et les Portugais ont conquis l\u2019Andalousie ils ont repris la culture de la banane et, plus tard ont introduit le fruit en Am\u00e9rique Latine. Mais la production industrielle de la banane n\u2019a commenc\u00e9 qu\u2019en 1871, au Costa Rica.<\/p>\n<p>Les Arabes ont diffus\u00e9 la culture de la banane en Afrique de l\u2019Est, de l\u2019\u00c9thiopie \u00e0 Zanzibar. Partant de la c\u00f4te Est elle est arriv\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la c\u00f4te occidentale. La variante Africaine \u00e9tait plut\u00f4t petite, la longueur d\u2019un doigt.\u00a0<i>Ban\u00e3n<\/i>\u00a0est un des mots arabes pour doigt et dans le jargon des commer\u00e7ants de bananes, une banane s\u2019appelle encore \u2019un doigt\u2019 et une grappe se dit \u2019une main\u2019.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Les bananes sont appel\u00e9es muz en arabe, d\u2019o\u00f9 est d\u00e9riv\u00e9 le terme scientifique\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-banane-son-tour-du-monde-et-son-arrivee-via-le-Congo-a-Bruxelles#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span><\/p>\n<p><strong>La Banane Congolaise<\/strong><\/p>\n<p>En 1893 l\u2019arm\u00e9e coloniale belge, La Force Publique, fait la conqu\u00eate de la partie orientale du Congo o\u00f9 les Arabes de Zanzibar et les Swahili avaient leur capitale, Kasongo. Sydney Hinde, capitaine de la Force Publique d\u00e9crit la ville de Kasongo dans son livre \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>The Fall of the Congo Arabs<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb (1897). Il note\u00a0:\u00a0<i>\u201cthe gardens were luxurious and well planted\u2026 bananas abounded at every turn.\u201d<\/i>\u00a0Les Zanzibari stimulaient d\u00e9j\u00e0 la culture de la banane, car celle-ci \u00e9tait assez simple et le fruit avait beaucoup d\u2019utilisations\u00a0: la bi\u00e8re de banane avec laquelle on fabriquait aussi du sucre et du vinaigre, et la confection de savon \u00e0 partir des cendres des pelures. De plus, le jus est un excellent antiseptique.<\/p>\n<p>Les Belges d\u00e9siraient importer les bananes congolaises, mais ne savaient pas comment les transporter sans les ab\u00eemer. Le catalogue de l\u2019Exposition Universelle de 1897 \u00e0 Tervuren remarque \u00e0 ce sujet\u00a0:\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Quand le trajet du Congo \u00e0 Anvers se fera rapidement et sans escales, il sera possible d\u2019importer des r\u00e9gimes de bananes comme fruit comestible<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; d\u00e9j\u00e0 il nous en vient parfois de Mad\u00e8re, mais leur prix \u00e9lev\u00e9 en fait un dessert de luxe.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Guide, \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat Ind\u00e9pendant du Congo\u00a0\u00bb, Bruxelles, 1897, p. 350.\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-banane-son-tour-du-monde-et-son-arrivee-via-le-Congo-a-Bruxelles#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span><\/p>\n<p><strong>La Banane Congolaise arrive \u00e0 Bruxelles<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es 1920, les premi\u00e8res bananes arrivent \u00e0 Bruxelles. Elles ne sont pas encore m\u00fbres et les importateurs les font m\u00fbrir dans leurs entrep\u00f4ts. N\u00e9anmoins, le prix reste tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. L\u2019\u00e9crivain flamand Willem Elsschot nous donne un exemple dans son roman \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Het Been<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb (1938), o\u00f9 il d\u00e9crit une vente publique\u00a0: pendant les ench\u00e8res une dame ne participe pas, mais mange quatre bananes et \u00e0 la fin elle fait la plus haute offre. Avec la sc\u00e8ne des bananes, l\u2019auteur sugg\u00e8re \u00e0 ses lecteurs que la dame a du fric.<\/p>\n<p>En 1956, le Congo poss\u00e8de 17\u00a0936 hectares de plantations de bananes, une production annuelle de 40\u00a0942 tonnes dont 38\u00a0905 tonnes pour l\u2019exportation pour une valeur de 77\u00a0739\u00a0000 francs.<\/p>\n<p>Les importateurs bruxellois se trouvaient surtout autour du March\u00e9 aux Grains et du Vismet. Un des plus vieux \u00e9tait la firme Van Damme, fond\u00e9e en 1928. Au d\u00e9but elle se trouvait sur la Place Sainte-Catherine n\u00b011 (maintenant le restaurant la Belle Maraich\u00e8re, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du restaurant il y a un corridor qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019ancienne m\u00fbrisserie).<\/p>\n<p>Sur le coin de la rue Dansaert et du Vieux March\u00e9 au Grains se trouve un b\u00e2timent, datant de 1927, et construit par la firme G\u00e9rard Koninckx Fr\u00e8res (<span class=\"caps\">GKF<\/span>) qui importait des bananes du Congo. Les \u00e9tages sup\u00e9rieurs sont d\u00e9cor\u00e9s de bananiers, (une \u0153uvre de Paulis et Van Parijs). Les magasins et la m\u00fbrisserie se trouvaient sur le boulevard d\u2019Ypres et la fa\u00e7ade est \u00e9galement d\u00e9cor\u00e9e avec des bananes.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es trente, les bananes arrivaient en grande quantit\u00e9 \u00e0 Bruxelles et la firme Van Damme d\u00e9m\u00e9nageait de la place Sainte-Catherine vers le Nouveau March\u00e9 aux Grains, n\u00b031. La fa\u00e7ade est d\u00e9cor\u00e9e au niveau du premier \u00e9tage avec deux t\u00eates d\u2019Africaines entour\u00e9es de bananes.<\/p>\n<p>Sur le Vismet, on trouve l\u2019ancien b\u00e2timent (en ruine) de l\u2019importateur Spiers (devenu plus tard Chiquita). Spiers \u00e9tait le premier importateur qui commandait ses bananes, non au Congo, mais en Am\u00e9rique Latine. Des \u00e9v\u00e9nements \u00e9tranges eurent lieu\u00a0: plusieurs ouvriers mourraient. Ils avaient l\u2019habitude des bananes du Congo, pas de celles de l\u2019Am\u00e9rique, dans lesquelles se trouvaient des araign\u00e9es toxiques. La direction a ensuite construit une \u00e9tag\u00e8re dans le magasin avec des bocaux en verre qui contenaient les diff\u00e9rentes sortes d\u2019araign\u00e9es mortelles pour informer les travailleurs du danger. La firme a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Anvers par la suite.<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Lucas Catherine<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><i class=\"fa fa-envelope-o\" title=\"Contact\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\u00a0<a href=\"https:\/\/ieb.be\/_Lucas-Catherine_\">Lucas Catherine<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<p class=\"h2 pas_surlignable\">Notes<\/p>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-banane-son-tour-du-monde-et-son-arrivee-via-le-Congo-a-Bruxelles#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Les bananes sont appel\u00e9es\u00a0<i>muz<\/i>\u00a0en arabe, d\u2019o\u00f9 est d\u00e9riv\u00e9 le terme scientifique\u00a0<i>musa<\/i>, pour banane.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-banane-son-tour-du-monde-et-son-arrivee-via-le-Congo-a-Bruxelles#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>Guide, \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>L\u2019\u00c9tat Ind\u00e9pendant du Congo<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, Bruxelles, 1897, p. 350.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"extra\">\n<div class=\"cartouche\">\n<div class=\"cartouche\">\n<h2 class=\"h1 crayon article-titre-38544 \">Tervuren\u00a0: du mus\u00e9e empaill\u00e9 au mus\u00e9e des illusions<\/h2>\n<\/div>\n<p class=\"info-publi\">Publi\u00e9 le\u00a0<abbr class=\"published\" title=\"2018-11-20T14:20:00Z\">mardi 20 novembre 2018<\/abbr>,\u00a0<span class=\"auteurs\">par\u00a0<span class=\"vcard author\">Toma Muteba Luntumbue<\/span><\/span><\/p>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-38544 chapo\">\n<p>Le processus de d\u00e9colonisation annonc\u00e9 \u00e0 la faveur de la refonte du discours public et de la mus\u00e9ologie du Mus\u00e9e royal d\u2019Afrique centrale de Tervuren (<span class=\"caps\">MRAC<\/span>) devait passer par un dialogue avec la diaspora africaine. Mais la confrontation entre les experts issus des communaut\u00e9s africaines et les instances de l\u2019ancien Mus\u00e9e colonial a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de profonds antagonismes id\u00e9ologiques.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"infos\"><span class=\"crayon article-titre-38544 titre\"><strong>Tervuren\u00a0: du mus\u00e9e empaill\u00e9 au mus\u00e9e des illusions<\/strong><\/span>\u00a0\u00b7\u00a0<span class=\"crayon article-descriptif-38544 descriptif\">Le processus de d\u00e9colonisation annonc\u00e9 \u00e0 la faveur de la refonte du discours public et de la mus\u00e9ologie du Mus\u00e9e royal d\u2019Afrique centrale de Tervuren (<span class=\"caps\">MRAC<\/span>) devait passer par un dialogue avec la diaspora africaine. Mais la confrontation entre les experts issus des communaut\u00e9s africaines et les instances de l\u2019ancien Mus\u00e9e colonial a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de profonds antagonismes id\u00e9ologiques.<\/span><\/p>\n<div class=\"crayon article-texte-38544 texte\">\n<p>Ce simulacre de mus\u00e9ologie participative s\u2019est av\u00e9r\u00e9 \u00eatre un leurre m\u00e9diatique, destin\u00e9 \u00e0 masquer l\u2019\u00e9chec \u00e0 r\u00e9former un fossile institutionnel. Celui-ci est gangren\u00e9 par la crise contemporaine des mod\u00e8les, historiquement codifi\u00e9s pour repr\u00e9senter l\u2019Alt\u00e9rit\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle. Quand le Mus\u00e9e exploite \u00e0 son compte le concept de d\u00e9colonisation, en le d\u00e9naturant, n\u2019est-ce pas pour le d\u00e9politiser et entretenir la confusion dans l\u2019esprit du public, pour mieux l\u2019endoctriner?<\/p>\n<p><strong>Crise identitaire<\/strong><\/p>\n<p>Cons\u00e9quence de la d\u00e9gradation de la situation \u00e9conomique, les discours sur le p\u00e9ril migratoire font flor\u00e8s dans plusieurs pays europ\u00e9ens. L\u2019afflux continu de demandeurs d\u2019asile, r\u00e9fugi\u00e9s des pays en guerre (Syriens, Afghans, Somaliens, Irakiens, Erythr\u00e9ens) a profond\u00e9ment modifi\u00e9 le comportement envers les immigr\u00e9s et conduit au durcissement des politiques d\u2019accueil. Depuis l\u2019\u00e9pisode tragique des attaques terroristes des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies (New York, Madrid, Londres, Paris, Berlin, etc.), l\u2019islamophobie incarne le nouveau \u00abracisme respectable\u00bb. Il faut reconna\u00eetre que le mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle des pays europ\u00e9ens se trouve s\u00e9rieusement mis en perspective.<\/p>\n<p>Situ\u00e9 dans les faubourgs de Bruxelles, ville cosmopolite et capitale de l\u2019Europe, le Mus\u00e9e de Tervuren (<span class=\"caps\">MRAC<\/span>), vieux mus\u00e9e colonial en r\u00e9novation depuis 15 ans, est mobilis\u00e9 sur un front social turbulent, tenaill\u00e9 entre des commandos de contestations et des entreprises de r\u00e9cup\u00e9ration de la part du pouvoir. Il incarne \u00e0 sa fa\u00e7on une des facettes de la crise des repr\u00e9sentations de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 qui frappe l\u2019ensemble du monde occidental.<\/p>\n<p><strong>Un mus\u00e9e-m\u00e9dia<\/strong><\/p>\n<p>Cr\u00e9e par le roi des Belges, L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, le Mus\u00e9e de Tervuren constitue une des expressions architecturales de la toute-puissance de ce monarque m\u00e9galomane sur l\u2019espace bruxellois et ses environs. N\u00e9 des suites de l\u2019Exposition universelle de 1897, sa fonction premi\u00e8re fut d\u2019\u00eatre une sorte de \u00abm\u00e9dia\u00bb \u00e0 la solde d\u2019une propagande politique dont la cible premi\u00e8re \u00e9tait les milieux \u00e9conomiques et scientifiques li\u00e9s \u00e0 l\u2019entreprise coloniale. Parcourue par un tramway \u00e9lectrique, l\u2019avenue de Tervuren est la plus prestigieuse des r\u00e9alisations voulues par le roi, assurant la liaison avec Tervuren, o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e la section coloniale de l\u2019Exposition universelle. L\u2019expansion des faubourgs autour de Bruxelles, l\u2019am\u00e9nagement de boulevards et de plusieurs parcs prestigieux, \u00e0 la fin du\u00a0<span class=\"caps\">XIX<\/span><sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle et au d\u00e9but du\u00a0<span class=\"caps\">XX<\/span><sup>e<\/sup>, sont l\u2019\u0153uvre de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0qui financera la plupart des r\u00e9alisations avec sa cassette personnelle, aliment\u00e9e par ses revenus congolais. Noms de rues, monuments nationalistes glorifiant l\u2019h\u00e9ro\u00efsme colonial, st\u00e8les comm\u00e9moratives, statues, tout un appareil symbolique concr\u00e9tise la spatialisation h\u00e9g\u00e9monique de l\u2019imp\u00e9rialisme colonial. Les ambitions urbanistiques de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0s\u2019ancrent si profond\u00e9ment dans le sol bruxellois qu\u2019il est impossible d\u2019en faire abstraction.<\/p>\n<p><strong>Reconnaissance et r\u00e9parations<\/strong><\/p>\n<p>Depuis la fin du\u00a0<span class=\"caps\">XX<\/span><sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, les groupes sociaux soumis \u00e0 la domination coloniale et \u00e0 ses violences r\u00e9clament reconnaissance et r\u00e9parations. Dans les anciennes m\u00e9tropoles coloniales, ces revendications mettent en lumi\u00e8re les d\u00e9fauts de participation active \u00e0 une citoyennet\u00e9 r\u00e9elle et de l\u2019int\u00e9gration des populations issues des pays colonis\u00e9s, au pr\u00e9sent comme au pass\u00e9, dans les r\u00e9cits nationaux. Les institutions culturelles sont devenues les terrains d\u2019une guerre id\u00e9ologique et esth\u00e9tique dans lesquelles l\u2019enjeu primordial tourne autour de la gestion symbolique des espaces de repr\u00e9sentations dans les politiques publiques. La probl\u00e9matique du regard sur l\u2019autre s\u2019articule autour des questions de la m\u00e9moire et de la crise des Mus\u00e9es d\u2019ethnographie en tant que moyen de repr\u00e9sentations de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 culturelle dans une soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle. La pr\u00e9sence dans l\u2019espace public de certains artefacts ou des signes t\u00e9moins de l\u2019histoire coloniale complexifie un d\u00e9bat houleux\u00a0: quels personnages et quels \u00e9v\u00e9nements sont en droit d\u2019\u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9s dans l\u2019espace public, surtout lorsque ceux-ci contribuent \u00e0 perp\u00e9tuer symboliquement les rapports de domination ou d\u2019exploitation coloniale?<\/p>\n<p><strong>\u00c9chec de la mus\u00e9ologie participative?<\/strong><\/p>\n<p>La probl\u00e9matique de la restitution des objets culturels occupe l\u2019actualit\u00e9 mus\u00e9ale depuis trois d\u00e9cennies au Canada, aux \u00c9tats-Unis, en Australie et en Nouvelle-Z\u00e9lande, o\u00f9 les \u00abcommunaut\u00e9s autochtones\u00bb luttent juridiquement pour faire valoir leurs droits sur les objets de leur patrimoine, voire m\u00eame la possibilit\u00e9 d\u2019y avoir acc\u00e8s. Mais de fa\u00e7on pr\u00e9visible les grands mus\u00e9es rechignent \u00e0 se laisser d\u00e9poss\u00e9der des collections qui fondent leur notori\u00e9t\u00e9. Aux \u00c9tats-Unis (les mus\u00e9es am\u00e9ricains d\u00e9tiennent les restes humains d\u2019environ 500\u00a0000 \u00abIndiens\u00bb, ainsi que des millions d\u2019objets), les batailles autour de la restitution ont abouti \u00e0 une loi visant \u00e0 r\u00e9concilier deux syst\u00e8mes de valeurs radicalement diff\u00e9rents\u00a0: l\u2019un fond\u00e9 sur la primaut\u00e9 de la raison et de la science, l\u2019autre sur des valeurs spirituelles et religieuses. La Native American Graves Protection and Repatriation Act, loi sur la protection et la restitution des tombes des Indiens am\u00e9ricains (ou\u00a0<span class=\"caps\">NAGPRA<\/span>\u00a0de son sigle anglais) de 1990 a fait obligation aux collections et aux mus\u00e9es f\u00e9d\u00e9raux de restituer aux tribus am\u00e9rindiennes les restes de squelettes, les objets mortuaires et sacr\u00e9s qu\u2019ils poss\u00e8dent \u2013 et dont certains avaient \u00e9t\u00e9 exhum\u00e9s et collectionn\u00e9s d\u00e8s le milieu du\u00a0<span class=\"caps\">XIX<\/span><sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Dans une Europe de plus en plus tent\u00e9e de transformer ses mus\u00e9es d\u2019ethnographie en des lieux d\u2019\u00e9changes et d\u2019int\u00e9gration culturelle, on promeut un nouveau r\u00e9gime d\u2019expositions. Son contenu th\u00e9orique r\u00e9\u00e9tudie le colonialisme, tout en r\u00e9interpr\u00e9tant ses propres m\u00e9thodes d\u2019exposition, s\u2019engageant ainsi \u00e0 affronter toutes sortes de questions taboues, et \u00e0 tenter d\u2019y apporter des r\u00e9ponses, ou tout au moins \u00e0 les mettre en d\u00e9bat. Les mus\u00e9ologies participatives ou inclusives sont en vogue \u00e0 partir de l\u2019an 2000, la plupart des mus\u00e9es ethnographiques voulant int\u00e9grer le principe de consultation des groupes qui se d\u00e9finissent comme entit\u00e9s sociales ou culturelles, \u00e0 toute forme de repr\u00e9sentation cens\u00e9e leur correspondre dans l\u2019enceinte du mus\u00e9e. Globalement ces politiques ne produisent aucun changement notable. Rattrap\u00e9es par les rapports sociaux de domination politique et \u00e9conomique de la vie r\u00e9elle, elles n\u2019ont pas pu transformer les mus\u00e9es en \u00abespaces critiques\u00bb au service de la soci\u00e9t\u00e9 dans son enti\u00e8ret\u00e9.<\/p>\n<p>Le Mus\u00e9e national des cultures du monde (V\u00e4rldkulturmuseet) de G\u00f6teborg, en Su\u00e8de, a par exemple, en 2004, commenc\u00e9 \u00e0 exploiter les notions de \u00abForum pour la Rencontre\u00bb et \u00abForum pour l\u2019Int\u00e9gration\u00bb, qui envisagent l\u2019un, d\u2019aborder le V\u00e4rldkulturmuseet comme une plateforme de dialogue entre la soci\u00e9t\u00e9 su\u00e9doise et les Su\u00e9dois d\u2019origine immigr\u00e9e, et l\u2019autre, d\u2019affronter les questions de diversit\u00e9 culturelle qui se posent dans le pays en rendant visible une partie de la soci\u00e9t\u00e9 absente du discours des institutions culturelles su\u00e9doises. Mais, d\u00e8s 2013, le mod\u00e8le multiculturel su\u00e9dois, pourtant profond\u00e9ment \u00e9galitariste, va connaitre des soubresauts dramatiques, avec de violentes \u00e9meutes ciblant les immigr\u00e9s comme bouc \u00e9missaires. Ces \u00e9v\u00e9nements indiquent les limites de la c\u00e9l\u00e9bration de la diversit\u00e9 culturelle dans certains pays, conduisant in\u00e9vitablement \u00e0 l\u2019exacerbation des st\u00e9r\u00e9otypes qui hantent les esprits populistes.<\/p>\n<p><strong>Restitutions<\/strong><\/p>\n<p>En France, la r\u00e9action face aux d\u00e9bats intenses issus de la critique concernant l\u2019h\u00e9ritage colonial des institutions culturelles en Europe, aboutit \u00e0 la cr\u00e9ation de nouvelles institutions en prise avec la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine. Le Mus\u00e9e national de l\u2019histoire de l\u2019immigration, est cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Paris en 2007, dans le Palais de la Porte Dor\u00e9e. Cette institution s\u2019installe dans un b\u00e2timent construit pour l\u2019Exposition coloniale internationale de 1931, anciennement Mus\u00e9e des colonies puis Mus\u00e9e des arts africains et Oc\u00e9aniens.Elle y na\u00eetra de la n\u00e9cessit\u00e9 de faire \u00e9voluer le regard sur l\u2019immigration en France, en travaillant sur les repr\u00e9sentations n\u00e9gatives dont les immigr\u00e9s et leurs descendants sont les victimes ce qui constitue un frein \u00e0 leur int\u00e9gration.<\/p>\n<p>Lors d\u2019un discours tenu le 28\u00a0novembre 2017 \u00e0 Ouagadougou, au Burkina Faso, Emmanuel Macron, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Fran\u00e7aise, a os\u00e9 briser un tabou en d\u00e9clarant qu\u2019il refusait d\u2019<i>\u00abaccepter qu\u2019une large part du patrimoine culturel de plusieurs pays africains soit en France\u00bb<\/i>. Il s\u2019est du coup engag\u00e9 publiquement \u00e0 r\u00e9unir, dans les cinq prochaines ann\u00e9es, les conditions n\u00e9cessaires \u00abpour des restitutions temporaires ou d\u00e9finitives du patrimoine africain en Afrique\u00bb. C\u2019est en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce discours du pr\u00e9sident fran\u00e7ais que le Collectif \u00abNo Humboldt 21\u00bb, soutenu par de nombreux signataires, a demand\u00e9 dans une lettre ouverte \u00e0 la Chanceli\u00e8re Allemande Angela Merkel, la suspension des travaux du projet d\u2019un tout nouveau Mus\u00e9e consacr\u00e9 aux cultures extraeurop\u00e9ennes, \u00e0 Berlin, le Forum Humboldt, dont l\u2019ouverture est pr\u00e9vue fin 2019. Le Collectif a demand\u00e9 l\u2019organisation d\u2019un grand d\u00e9bat public, estimant que ce projet \u00abeuro-centrique, r\u00e9trograde\u00bb \u00e9tait non conforme \u00e0 \u00abl\u2019id\u00e9e d\u2019une cohabitation \u00e9galitaire au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de migrations\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Malentendus<\/strong><\/p>\n<p>Revenons en Belgique, pays \u00e0 l\u2019identit\u00e9 fragile o\u00f9, en comparaison avec les exp\u00e9riences en cours dans les autres pays, la question de la restitution des biens culturels vient de faire timidement son apparition. Cette exceptionnalit\u00e9 tient pour une part au refoul\u00e9 de l\u2019histoire coloniale belge et aussi aux conditions du dialogue entam\u00e9 avec des repr\u00e9sentants des communaut\u00e9s africaines autour de la r\u00e9novation et la r\u00e9ouverture du Mus\u00e9e de Tervuren. \u00c0 l\u2019instar de ses nombreux homologues \u00e9trangers, le Mus\u00e9e de Tervuren a voulu faire de l\u2019implication de la diaspora africaine une priorit\u00e9 en cr\u00e9ant, en 2003, le Conseil consultatif des associations africaines, Comraf. En 2014, six experts d\u2019origine africaine sont d\u00e9sign\u00e9s par le Comraf pour collaborer \u00e9troitement avec l\u2019\u00e9quipe de projet charg\u00e9e de la mise en place de l\u2019exposition de r\u00e9f\u00e9rence. Mais une suite ininterrompue de malentendus au fil des mois, un climat de m\u00e9fiance et de rigidit\u00e9 aggrav\u00e9 par des tensions intestines au sein du Mus\u00e9e, vont rapidement dynamiter le processus. \u00c0 l\u2019\u00e9vidence, il semble impossible de concilier deux visions\u00a0: celle d\u2019une direction dont l\u2019empressement \u00e0 vouloir respecter la date de r\u00e9ouverture, initialement pr\u00e9vue en octobre 2017, rend les actions totalement incoh\u00e9rentes, et celle des interlocuteurs africains qui, d\u00e9couvrant le vide th\u00e9orique du projet, en r\u00e9clament une refonte int\u00e9grale. Le sch\u00e9ma directeur de la future exposition leur semble totalement flou, d\u2019autant plus que les sc\u00e9nographes paraissent unanimement contest\u00e9s par l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9quipe du Mus\u00e9e. Le manque d\u2019un parti pris novateur dans la pr\u00e9sentation des artefacts, l\u2019opacit\u00e9 fonctionnelle et d\u00e9cisionnelle au Mus\u00e9e, la part ridicule d\u00e9volue aux propositions des experts convoqu\u00e9s, l\u2019absence dans les r\u00e9cits narratifs d\u2019une pens\u00e9e africaine sont r\u00e9v\u00e9lateurs du malaise entourant la r\u00e9novation du Mus\u00e9e.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Le didactisme, l\u2019encyclop\u00e9disme sont des \u00e9cueils qui semblent impossibles \u00e0 surmonter au Mus\u00e9e de Tervuren.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Fa\u00e7adisme et taxidermie<\/strong><\/p>\n<p>Les choix architecturaux faits \u00e0 l\u2019occasion de la restauration du vieux b\u00e2timent, \u00e9difi\u00e9 de 1905 \u00e0 1908 sur les plans de l\u2019architecte fran\u00e7ais Charles Girault, se r\u00e9sument en un compromis associant fa\u00e7adisme patrimonial et taxidermie mus\u00e9ale. L\u2019objectif l\u00e9gitime \u00e9tant que le Mus\u00e9e b\u00e9n\u00e9fice de plus d\u2019espace pour ses expositions permanentes\u00a0: un pavillon d\u2019accueil se dresse d\u00e9sormais entre le b\u00e2timent de la Direction et le palais des colonies. Une billetterie, une boutique et un restaurant y ont \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9s. Outre le creusement de la cour int\u00e9rieure pour cr\u00e9er un puits de lumi\u00e8re au sous-sol, transformable en th\u00e9\u00e2tre de plein air, un couloir souterrain (des expositions temporaires y seront pr\u00e9sent\u00e9es) a \u00e9t\u00e9 construit pour mener le public de ce nouveau pavillon \u00e0 l\u2019ancien b\u00e2timent.<\/p>\n<p>Conform\u00e9ment \u00e0 la vision de la R\u00e9gie des b\u00e2timents, responsable des travaux, le nouveau programme mus\u00e9al doit s\u2019incliner devant un volume architectural class\u00e9, \u00e0 haute valeur historique, construit selon la tradition n\u00e9oclassique du\u00a0<span class=\"caps\">XIX<\/span><sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, avec sa fa\u00e7ade \u00e0 colonnes, ses fresques d\u2019origines, ses vitrines originales, sans flexibilit\u00e9, ni extension possible.<\/p>\n<p><strong>Ethnographie renvers\u00e9e?<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, la nouvelle sc\u00e9nographie ne proposera aucun renversement de perspective. Pas \u00abd\u2019ethnographie renvers\u00e9e\u00bb capable de d\u00e9passer les mythes coloniaux de l\u2019ethnie, de la puret\u00e9 et de l\u2019origine. Une rectitude politique est affich\u00e9e dans l\u2019\u00e9vocation des sujets qui f\u00e2chent. Le pass\u00e9 est pr\u00e9tendument abord\u00e9 sans tabou par l\u2019\u00e9quipe du Mus\u00e9e\u00a0: la violence coloniale, l\u2019exploitation des ressources, l\u2019\u00e9cart paradoxal entre les richesses du Congo et l\u2019extr\u00eame pauvret\u00e9 de sa population. Toute une salle sera m\u00eame consacr\u00e9e \u00e0 la diaspora. Des \u0153uvres contemporaines ont \u00e9t\u00e9 commandit\u00e9es pour tenter de fissurer le r\u00e9gime visuel des anciennes salles, abandonn\u00e9es \u00e0 l\u2019identique pour attester de l\u2019audace critique de la nouvelle sc\u00e9nographie. Statuettes d\u00e9contextualis\u00e9es, masques \u00e9barb\u00e9s, artefacts pos\u00e9s sur des socles d\u2019art, astiqu\u00e9s, surpatin\u00e9s, asticot\u00e9s\u00a0: l\u2019esth\u00e9tisation fun\u00e8bre des objets culturels a trouv\u00e9 de nouveaux alibis dans le concept de \u00abd\u00e9colonisation\u00bb dont le Mus\u00e9e s\u2019est r\u00e9cemment opportun\u00e9ment appropri\u00e9 dans sa campagne de communication. Pour sa narration visuelle, le Mus\u00e9e recours \u00e0 des photographies et des images en mouvement afin de recr\u00e9er le contexte d\u2019usages de certains artefacts. Si les dioramas des sciences naturelles o\u00f9 les animaux taxidermis\u00e9s se d\u00e9tachaient sur des paysages artificiels ont \u00e9t\u00e9 globalement remis\u00e9s, les interf\u00e9rences visuelles nocives sont nombreuses dans les pr\u00e9sentations con\u00e7ues dans la douleur par des am\u00e9nageurs inexp\u00e9riment\u00e9s, insensibles au programme conceptuel global.<\/p>\n<p>Le didactisme, l\u2019encyclop\u00e9disme sont des \u00e9cueils qui semblent impossible \u00e0 surmonter au Mus\u00e9e de Tervuren, qui ne r\u00e9ussit pas \u00e0 se d\u00e9partir d\u2019une sacralisation d\u00e9vote des objets de sa collection et de son \u00e9difice. Ainsi, les objets choisis pour l\u2019exposition permanente l\u2019ont \u00e9t\u00e9 souvent en fonction de leurs dimensions qui doivent correspondre aux vitrines d\u2019origines, class\u00e9es avec le b\u00e2timent. La surexploitation de peintures dites \u00abpopulaires\u00bb, expos\u00e9es dans la plupart des salles pour scander le parcours du visiteur, sans rapport \u00e9vident avec les th\u00e9matiques des salles, incarnent la pr\u00e9cipitation et l\u2019improvisation ayant pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 cette r\u00e9novation d\u2019envergure.<\/p>\n<p><strong>Vive les Flamands!<\/strong><\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 2011 plus d\u2019un millier de personnes, des congolais et des belges d\u2019origine congolaise, manifestaient \u00e0 Bruxelles \u2013 en Belgique \u2013 contre la r\u00e9\u00e9lection de Joseph Kabila \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo. Le plus surprenant n\u2019\u00e9tait pas que ces manifestants s\u2019opposent dans les rues de Bruxelles aux r\u00e9sultats officiels de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e \u00e0 pr\u00e8s de dix milles kilom\u00e8tres de l\u00e0, mais le fait qu\u2019ils reprochaient aux leaders politiques belges francophones du\u00a0<span class=\"caps\">PS<\/span>\u00a0(Parti socialiste),\u00a0<span class=\"caps\">MR<\/span>\u00a0(Parti lib\u00e9ral),\u00a0<span class=\"caps\">CDH<\/span>\u00a0(ancien Parti social-chr\u00e9tien) et Ecolo (Parti \u00e9cologiste) d\u2019interf\u00e9rer dans les affaires politiques de leur pays, et surtout de soutenir Joseph Kabila au lieu de celui qu\u2019ils consid\u00e9raient comme le pr\u00e9sident r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9lu, l\u2019opposant \u00c9tienne Tshisekedi. Leur strat\u00e9gie, d\u2019une extr\u00eame agressivit\u00e9, (d\u00e9gradation du mobilier urbain, bris de vitrines commerciales, violence envers les forces de l\u2019ordre (arriv\u00e9es en faibles effectifs), visait \u00e0 d\u00e9tourner des symboles, sans rapport apparent avec l\u2019objet de leur revendication. De nombreux manifestants brandissaient, par pure provocation, des drapeaux nationalistes flamands ainsi que le portrait du chef de la droite ind\u00e9pendantiste, s\u00e9paratiste et nationaliste flamande, Bart De Wever (N-<span class=\"caps\">VA<\/span>). Un homme d\u00e9clarait \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision publique flamande\u00a0<span class=\"caps\">VRT<\/span>\u00a0que, d\u00e9sormais,\u00a0<i>\u00abtous les Congolais devaient voter pour la N-<span class=\"caps\">VA<\/span>\u00a0s\u2019ils veulent le changement en Belgique\u00bb<\/i>, en exhibant une affiche sur laquelle \u00e9tait \u00e9crit\u00a0: \u00abVive les Flamands. Les Wallons sont des voleurs\u00bb, \u00abTous les Africains voteront pour la N-<span class=\"caps\">VA<\/span>\u00bb. La r\u00e9\u00e9lection truqu\u00e9e de Joseph Kabila venait d\u2019\u00e9largir le foss\u00e9 \u00e9norme existant entre la diaspora congolaise et son pays d\u2019origine, mais aussi avec la Belgique. Paradoxalement, une large partie de la communaut\u00e9 congolaise prenait, par cet \u00e9v\u00e9nement, la mesure de son \u00abinvisibilit\u00e9\u00bb politique, jusqu\u2019\u00e0 ce jour d\u2019\u00e9meute urbaine.<\/p>\n<p><strong>Diaspora congolaise<\/strong><\/p>\n<p>Partant du d\u00e9sir de voir leurs membres reconnus comme citoyens \u00e0 part enti\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire jouissant des m\u00eames droits que tous, les \u00e9meutiers voulaient \u00e9galement que soit socialement valoris\u00e9 ce qui les distingue des autres citoyens belges. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, ils souhaitaient assumer le lien extr\u00eamement puissant avec leur culture et pays d\u2019origine et d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, ils comptaient d\u00e9sormais peser sur le plan \u00e9lectoral, dans la vie politique d\u00e9mocratique de leur pays d\u2019accueil. L\u2019anthropologue Arjun Appadurai a \u00e9voqu\u00e9 ces multiples mondes constitu\u00e9s par les imaginaires historiquement situ\u00e9s des groupes dispers\u00e9s sur toute la plan\u00e8te. Des personnes qui, aujourd\u2019hui, vivent dans des mondes imagin\u00e9s (et non pas seulement dans des communaut\u00e9s imagin\u00e9es), au point qu\u2019elles sont capables de contester et de subvertir les mondes imagin\u00e9s de l\u2019esprit officiel et de la mentalit\u00e9 qui les entoure. Dans ce contexte, les manifestants de la diaspora congolaise se sont appropri\u00e9 des symboles, en puisant dans un r\u00e9servoir de signes et d\u2019images qu\u2019ils jugeaient suffisamment d\u00e9rangeants et efficaces (les drapeaux flamands, le portrait de l\u2019homme politique, sans doute le plus ha\u00ef par les belges francophones \u00e0 cette \u00e9poque) pour \u00eatre compris du reste de la population belge.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Il n\u2019y a pas de d\u00e9colonisation possible sans dialogues entre partenaires \u00e9gaux, sans une v\u00e9ritable alliance politique entre les groupes sociaux.<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette strat\u00e9gie de d\u00e9tournement d\u00e9montre l\u2019importance pour ces personnes d\u2019imaginer leurs propres espaces symboliques et de subvertir les normes de repr\u00e9sentation impos\u00e9es par les m\u00e9dias officiels. La distorsion de sens produite par la fusion des symboles du s\u00e9paratisme flamand, avec la d\u00e9nonciation de l\u2019ing\u00e9rence n\u00e9ocoloniale des milieux politiques belges francophones, constitue une r\u00e9appropriation des instruments discursifs habituels du groupe dominant. Plus qu\u2019une diaspora, les Congolais forment une communaut\u00e9 transnationale, pour laquelle seul existe vraiment le pays d\u2019origine vers lequel l\u2019individu est tout entier orient\u00e9, alors que son lieu d\u2019installation est plus ou moins provisoire, toujours per\u00e7u comme tel, comme un lieu de passage, jamais comme un lieu d\u2019investissement personnel, de reterritorialisation d\u00e9finitive. La position de ces groupes aux marges du pouvoir se situe entre plusieurs mondes, dans ces espaces ind\u00e9termin\u00e9s, o\u00f9 les identit\u00e9s se r\u00e9inventent sans arr\u00eat, o\u00f9 se construisent par cons\u00e9quent de nouvelles formes de r\u00e9sistances.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9coloniser le regard<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas de d\u00e9colonisation possible sans dialogues entre partenaires \u00e9gaux, sans une v\u00e9ritable alliance politique entre les groupes sociaux. Si pour les cultures dominantes montrer l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 des autres cultures sans la folkloriser, sans la transformer, sans la manipuler, sans la trahir, semble impossible, il convient d\u2019allumer des contrefeux contre la machine de guerre id\u00e9ologique et esth\u00e9tique que repr\u00e9sente le mus\u00e9e dans la globalisation lib\u00e9rale. Parler de \u00abd\u00e9colonisation\u00bb du regard \u00e0 propos du Mus\u00e9e de Royal d\u2019Afrique central de Tervuren, et encore plus d\u2019un \u00abmus\u00e9e post-ethnographique ou postcolonial\u00bb, est pure imposture. Autant, comme le disait Aim\u00e9 C\u00e9saire, se mettre devant une pierre et attendre qu\u2019une fleur pousse dessus. Dans un contexte o\u00f9 les groupes humains et les lieux qui sont l\u2019objet de la repr\u00e9sentation \u00e9voluent, changent, se multiplient ou se d\u00e9placent, les institutions culturelles ne doivent plus se d\u00e9finir comme des conservatoires de traces culturelles, mais des observatoires de notre soci\u00e9t\u00e9 en mouvement.<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Toma Muteba Luntumbue<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><a href=\"https:\/\/ieb.be\/_Toma-Muteba-Luntumbue_\">Toma Muteba Luntumbue<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"cartouche\">\n<h2 class=\"h1 crayon article-titre-38545 \">Empreintes du Congo belge dans l\u2019espace public bruxellois<\/h2>\n<\/div>\n<p class=\"info-publi\">Publi\u00e9 le\u00a0<abbr class=\"published\" title=\"2018-11-20T14:25:00Z\">mardi 20 novembre 2018<\/abbr>,\u00a0<span class=\"auteurs\">par\u00a0<span class=\"vcard author\">Thibault Jacobs<\/span><\/span><\/p>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-38545 chapo\">\n<p>L\u2019empreinte du Congo belge et de la colonisation dans les rues bruxelloises est forte. De nombreux noms de rues et monuments honorent des hommes, des lieux et des \u00e9v\u00e8nements li\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019ancienne colonie.<\/p>\n<\/div>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"img-responsive\" src=\"https:\/\/ieb.be\/IMG\/png\/cartographie-bruxelloise-des-traces-coloniales-ca48e.png?1592994027\" alt=\"\" width=\"658\" height=\"441\" \/><\/p>\n<p class=\"infos\"><span class=\"crayon article-titre-38545 titre\"><strong>Empreintes du Congo belge dans l\u2019espace public bruxellois<\/strong><\/span>\u00a0\u00b7<\/p>\n<div class=\"crayon article-texte-38545 texte\">\n<p>Sur le plan qui suit, nous avons cartographi\u00e9 chacune de ces mentions. L\u2019emploi de ces noms au quotidien peut avoir tendance \u00e0 leur \u00f4ter tout caract\u00e8re humain. Les patronymes deviennent simples toponymes, une statue simple point de rep\u00e8re ou lieu de rendez-vous. Ils sont pourtant r\u00e9v\u00e9lateurs d\u2019un \u00e9tat d\u2019esprit et d\u2019une vision particuli\u00e8re de l\u2019histoire. De quelle histoire parle-t-on en effet<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Celle, \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>belgo-centr\u00e9e<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, \u00e9crite par le pouvoir dominant au moment de leur \u00e9rection, bien entendu, qui occulte l\u2019oppression et tait la violence. Ces toponymes et ses statues doivent donc \u00eatre replac\u00e9s dans une vision plus actuelle de l\u2019histoire et entrer pleinement dans la r\u00e9\u00e9valuation du dossier colonial belge.<\/p>\n<dl class=\"spip_document_13952 spip_documents spip_documents_center\">\n<dt><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/ieb.be\/local\/cache-vignettes\/L658xH795\/cartographie-bruxelloise-des-traces-coloniales-ca48e.png?1574262972\" alt=\"\" width=\"658\" height=\"795\" \/><\/dt>\n<\/dl>\n<p>Nous avons donc r\u00e9parti ces mentions en huit cat\u00e9gories. Elles sont chacune accompagn\u00e9es d\u2019une notice qui resitue bri\u00e8vement ces noms dans l\u2019histoire de la Belgique et du Congo.<\/p>\n<p><strong>1. L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Le \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>roi b\u00e2tisseur<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb a fait usage de sa cassette et de sa fortune accumul\u00e9e au Congo pour lancer de grands am\u00e9nagements \u00e0 Bruxelles et la fa\u00e7onner \u00e0 la hauteur de ses ambitions m\u00e9galomanes. Si de nombreuses avenues et espaces portent sa marque, les r\u00e9f\u00e9rences directes \u00e0 son nom se manifestent surtout dans des bustes et statues.<\/p>\n<table class=\"spip\">\n<tbody>\n<tr class=\"row_odd odd\">\n<td>\n<ul class=\"spip\">\n<li>1-5.\u00a0<strong>L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0de Belgique<sup>(1835-1909)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Une statue \u00e9questre sur la place du Tr\u00f4ne, trois bustes dans les communes du sud-est de Bruxelles et un tunnel\/boulevard rendent hommage au deuxi\u00e8me roi des Belges et colonisateur du Congo.<\/li>\n<\/ul>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong>2. Explorateurs et agents de l\u2019\u00c9tat Ind\u00e9pendant du Congo<\/strong><\/p>\n<p>Afin d\u2019\u00e9tablir sa souverainet\u00e9 sur le territoire du bassin du fleuve Congo, L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0commandite une s\u00e9rie d\u2019exp\u00e9ditions. L\u2019Association Internationale Africaine (<span class=\"caps\">A.I.<\/span>A.), fond\u00e9e en 1878 par le monarque, chapeaute ces exp\u00e9ditions sous le couvert d\u2019une mission philanthropique et antiesclavagiste. La prise de possession de ces territoires est consacr\u00e9e par la conf\u00e9rence de Berlin en 1885 et la fondation cons\u00e9cutive de l\u2019\u00c9tat Ind\u00e9pendant du Congo (<span class=\"caps\">E.I.<\/span>C.). Possession personnelle de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, l\u2019<span class=\"caps\">E.I.C.<\/span>\u00a0emploie de nombreux agents belges et europ\u00e9ens qui encadrent l\u2019exploitation du territoire confi\u00e9e \u00e0 de grandes compagnies concessionnaires.<\/p>\n<table class=\"spip\">\n<tbody>\n<tr class=\"row_odd odd\">\n<td>\n<ul class=\"spip\">\n<li><strong>6. J\u00e9r\u00f4me Becker<sup>(1850-1912)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Explorateur, militaire et chef de poste au Congo, il m\u00e8ne plusieurs exp\u00e9ditions pour le compte de l\u2019<span class=\"caps\">A.I.<\/span>A.. Il fait dans ses \u00e9crits l\u2019apologie de l\u2019esclavage des Africains.<\/li>\n<li><strong>7-8. Ernest Cambier\u00a0<sup>(1844-1909)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Explorateur, membre de la premi\u00e8re exp\u00e9dition de l\u2019<span class=\"caps\">A.I.A.<\/span>\u00a0fondateur du premier poste colonial belge \u00e0 Karema, cartographe au service de la ligne de chemin de fer Matadi-L\u00e9opoldville.<\/li>\n<li><strong>9. Camille Coquilhat\u00a0<sup>(1853-1891)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Explorateur, il participe \u00e0 l\u2019exp\u00e9dition men\u00e9e par Stanley. En engageant des soldats africains, il forme le noyau de la Force Publique, arm\u00e9e coloniale de l\u2019<span class=\"caps\">E.I.C.<\/span>\u00a0Il devient par la suite vice-gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019<span class=\"caps\">E.I.C.<br class=\"autobr\" \/><\/span>-*\u00a0<strong>10-11. Capitaine Louis Crespel\u00a0<sup>(1838-1878)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Explorateur et capitaine d\u2019infanterie. Il prend la direction de la premi\u00e8re exp\u00e9dition de l\u2019<span class=\"caps\">A.I.<\/span>A., mais meurt d\u00e8s son arriv\u00e9e sur le continent, \u00e0 Zanzibar, en 1878.<\/li>\n<li><strong>12. Charles Lemaire\u00a0<sup>(1863-1926)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Explorateur engag\u00e9 d\u00e8s 1889 par l\u2019<span class=\"caps\">A.I.<\/span>A., il devient commissaire du district de l\u2019\u00c9quateur o\u00f9 il r\u00e8gne d\u2019une main de fer. De retour en Belgique, il organise le transport des \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>indig\u00e8nes<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb congolais pour les zoos humains des expositions coloniales et est nomm\u00e9 premier directeur de l\u2019\u00e9cole coloniale d\u2019Anvers.<\/li>\n<li><strong>13. Paul Le Marinel\u00a0<sup>(1858-1912)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Explorateur et militaire belge au Congo, il est charg\u00e9 en 1890 par L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0d\u2019occuper le Katanga.<\/li>\n<li><strong>14. Henry Morton Stanley\u00a0<sup>(1841-1904)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Explorateur et journaliste gallois renomm\u00e9. Il est engag\u00e9 par L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0pour l\u2019\u00e9tablissement de son \u00c9tat Ind\u00e9pendant dans le bassin du Congo.<\/li>\n<li><strong>15. G\u00e9n\u00e9ral \u00c9mile Storms\u00a0<sup>(1846-1918)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Explorateur, chef de la quatri\u00e8me exp\u00e9dition de l\u2019<span class=\"caps\">A.I.<\/span>A., il s\u2019installe en potentat sanguinaire au poste de Mpala. Il se fait collectionneur de cr\u00e2nes \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>indig\u00e8nes<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/li>\n<li><strong>16-17. G\u00e9n\u00e9ral Albert Thys\u00a0<sup>(1849-1915)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Officier d\u2019ordonnance de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, industriel, il fonde de nombreuses compagnies coloniales dont la Compagnie du Congo pour le Commerce et l\u2019Industrie et la Compagnie du Chemin de fer du Congo. Il peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le maitre d\u2019oeuvre du syst\u00e8me d\u2019exploitation colonial. Les conditions de travail inhumaines sur le chantier du chemin de fer Matadi-L\u00e9opoldville, notamment, dont il est le promoteur feront des centaines de victimes.<\/li>\n<li><strong>18. Colonel Alphonse van Gele\u00a0<sup>(1848-1939)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Explorateur du Congo et officier d\u2019ordonnance de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>.<\/li>\n<li><strong>19. G\u00e9n\u00e9ral Th\u00e9ophile Wahis\u00a0<sup>(1844-1921)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019\u00c9tat Ind\u00e9pendant du Congo puis du Congo belge de 1892 \u00e0 1912.<\/li>\n<li><strong>20. G\u00e9n\u00e9ral \u00c9mile Wangerm\u00e9e\u00a0<sup>(1855-1924)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Vice gouverneur du Congo, fondateur d\u2019\u00c9lisabethville.<\/li>\n<li><strong>21. \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Monument au Congo<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/strong>\u00a0sculpt\u00e9 par Thomas Vin\u00e7otte (1921) d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre des premiers colons belges au Congo et c\u00e9l\u00e9brant la cession de la colonie \u00e0 la Belgique.<\/li>\n<li><strong>22. V\u00e9t\u00e9rans coloniaux\u00a0:<\/strong>\u00a0Association d\u2019anciens agents coloniaux de l\u2019\u00c9tat Ind\u00e9pendant du Congo (1876-1908).<\/li>\n<li><strong>23. \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Monument aux pionniers coloniaux d\u2019Ixelles<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/strong>\u00a0de Marcel Rau (1933) d\u00e9di\u00e9 aux Ixellois qui ont particip\u00e9 \u00e0 la colonisation de l\u2019<span class=\"caps\">E.I.C.<\/span>\u00a0entre 1876 et 1908.<\/li>\n<\/ul>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong>3. Militaires<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tablissement de l\u2019\u00e9tat colonial de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0et la mise en \u0153uvre de l\u2019exploitation du territoire doivent \u00e9videmment \u00eatre impos\u00e9s par la force et la contrainte aux populations africaines. De nombreux officiers belges et europ\u00e9ens sont donc envoy\u00e9s au Congo afin d\u2019y prendre les commandes d\u2019une arm\u00e9e coloniale compos\u00e9e de soldats africains mercenaires ou conscrits. Ce sera la Force publique.<\/p>\n<p>Cette arm\u00e9e s\u2019engage dans les ann\u00e9es 1890 dans une guerre contre les \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Arabo-Swahilis<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb\u00a0<sup>(des Bantous musulmans)<\/sup>\u00a0qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 les Europ\u00e9ens dans l\u2019occupation du territoire et la mise en esclavage des populations vivant \u00e0 proximit\u00e9 du fleuve. La propagande en fait une guerre philanthropique et salvatrice contre l\u2019esclavage. Elle permet surtout d\u2019assoir le pouvoir colonial sur le territoire du Congo.<\/p>\n<p>La Force publique est confront\u00e9e p\u00e9riodiquement \u00e0 des r\u00e9voltes et mutineries face au r\u00e9gime d\u2019exploitation ou \u00e0 l\u2019arbitraire colonial. Elle est engag\u00e9e dans les conflits europ\u00e9ens des deux Guerres Mondiales.<\/p>\n<table class=\"spip\">\n<tbody>\n<tr class=\"row_odd odd\">\n<td>\n<ul class=\"spip\">\n<li><strong>24-25. Henri-Alexis Brialmont\u00a0<sup>(1821-1903)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Architecte militaire du fort de Shinkakasa, pr\u00e8s de Boma.<\/li>\n<li><strong>26-27. Colonel Louis Napol\u00e9on Chaltin\u00a0<sup>(1857-1933)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Officier de la Force Publique de l\u2019<span class=\"caps\">E.I.<\/span>C., conqu\u00e9rant de Redjaf et Lado au Soudan (son buste est l\u2019\u0153uvre d\u2019Arthur Dupagne, voir num\u00e9ro 70).<\/li>\n<li><strong>28. Sergent Henri-Auguste De Bruyne\u00a0<sup>(1868-1892)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Militaire belge tu\u00e9 dans la guerre contre les \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Arabes<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/li>\n<li><strong>29. Baron Francis Dhanis\u00a0<sup>(1862-1909)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Officier vainqueur des \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Arabes<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb nomm\u00e9 vice-gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019<span class=\"caps\">E.I.C.<br class=\"autobr\" \/><\/span>-*\u00a0<strong>30. G\u00e9n\u00e9ral Gaspard Fiv\u00e9\u00a0<sup>(1849-1909)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Officier des forces \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>pacificatrices<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb contre les \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Arabes<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb au sein de l\u2019<span class=\"caps\">E.I.C.<br class=\"autobr\" \/><\/span>-*\u00a0<strong>31. G\u00e9n\u00e9ral Josu\u00e9 Henry \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>de la Lindi<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb\u00a0<sup>(1869-1957)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Officier belge dans la campagne contre les \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Arabes<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, mate la r\u00e9volte des Batetela \u00e0 la bataille de la Lindi.<\/li>\n<li><strong>32. G\u00e9n\u00e9ral Alphonse Jacques\u00a0<sup>(1858-1928)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Militaire, chef d\u2019exp\u00e9dition contre les \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>esclavagistes<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, fondateur d\u2019Albertville, dirigeant d\u2019exploitation de caoutchouc.<\/li>\n<li><strong>33. Capitaine L\u00e9opold Joubert\u00a0<sup>(1842-1927)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Officier fran\u00e7ais, ancien membre de l\u2019arm\u00e9e papale, mercenaire catholique radical, engag\u00e9 dans les guerres contre les \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Arabes<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/li>\n<li><strong>34. Lieutenant Joseph Lippens\u00a0<sup>(1855-1892)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Militaire belge tu\u00e9 dans la guerre contre les \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Arabes<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/li>\n<li><strong>35. Commandant Hubert Lothaire\u00a0<sup>(1865-1929)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Officier belge dans la guerre contre les \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Arabes<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, commissaire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019<span class=\"caps\">E.I.C.<br class=\"autobr\" \/><\/span>-*\u00a0<strong>36. G\u00e9n\u00e9ral Philippe Molitor\u00a0<sup>(1869-1952)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Commandant des Forces publiques congolaises au cours de la Premi\u00e8re Guerre Mondiale.<\/li>\n<li><strong>37. Major Arthur P\u00e9tillon\u00a0<sup>(1855- 1909)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Major d\u2019artillerie, responsable de l\u2019\u00e9dification du fort de Shinkakassa, pr\u00e8s de Boma.<\/li>\n<li><strong>38. Commandant Pierre Ponthier\u00a0<sup>(1858-1893)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Militaire belge tu\u00e9 dans la guerre contre les \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Arabes<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/li>\n<li><strong>39. G\u00e9n\u00e9ral Charles Tombeur \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>de Tabora<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb\u00a0<sup>(1867-1947)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Commandant en chef de la Force Publique de 1912 \u00e0 1916 et la victoire de Tabora, Administrateur de la province du Katanga, vice-gouverneur du Congo belge.<\/li>\n<\/ul>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong>4. Diplomates, industriels et soutiens belges \u00e0 la colonisation<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, l\u2019opinion publique belge est majoritairement oppos\u00e9e \u00e0 l\u2019entreprise coloniale de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>. Il faudra toute la force de persuasion et de propagande de plusieurs soutiens de poids pour que le Parlement acc\u00e8de au r\u00eave imp\u00e9rialiste du souverain. Des industriels et de grands financiers flairent par ailleurs la bonne affaire et d\u00e9pensent sans compter pour favoriser la politique l\u00e9opoldienne et recevoir en retour une part des immenses b\u00e9n\u00e9fices de l\u2019exploitation du territoire. Apr\u00e8s la reprise en main du Congo par l\u2019\u00c9tat belge en 1908, l\u2019administration de la colonie est chapeaut\u00e9e par un ministre au sein du gouvernement belge. De grandes compagnies priv\u00e9es belges continuent alors d\u2019exploiter les richesses naturelles du pays, faisant les fortunes de nombreux bourgeois bruxellois.<\/p>\n<table class=\"spip\">\n<tbody>\n<tr class=\"row_odd odd\">\n<td>\n<ul class=\"spip\">\n<li><strong>40. \u00c9mile Banning\u00a0<sup>(1836-1898)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Conseiller du roi L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0pour les questions coloniales et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 belge \u00e0 la conf\u00e9rence de Berlin en 1884.<\/li>\n<li><strong>41. Auguste Beernaert\u00a0<sup>(1829-1912)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Homme politique catholique ayant support\u00e9 sur demande de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0la motion lui permettant de devenir souverain de l\u2019<span class=\"caps\">E.I.C.<br class=\"autobr\" \/><\/span>-*\u00a0<strong>42. Georges Brugmann\u00a0<sup>(1829-1900)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Soutien financier de la premi\u00e8re heure \u00e0 l\u2019entreprise coloniale de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, fondateur et pr\u00e9sident de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s commerciales actives au Congo.<\/li>\n<li><strong>43. Henry Carton de Wiart\u00a0<sup>(1869-1951)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Homme politique catholique, grand d\u00e9fenseur de la politique de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0au Congo aupr\u00e8s du parlement, il minimise largement les conclusions du rapport Casement et de la commission d\u2019enqu\u00eate qui s\u2019en suit.<\/li>\n<li><strong>44. Baron L\u00e9on Lambert\u00a0<sup>(1887-1933)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Banquier de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, grand financier de l\u2019aventure et de la propagande coloniale, pr\u00e9sident de nombreuses entreprises qui organis\u00e8rent le pillage syst\u00e9matique de l\u2019\u00e9tat Ind\u00e9pendant du Congo.<\/li>\n<li><strong>45. Auguste Lambermont\u00a0<sup>(1819- 1905)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Homme politique catholique, pl\u00e9nipotentiaire de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0et rapporteur de la conf\u00e9rence de Berlin en 1884, pr\u00e9sident de la conf\u00e9rence antiesclavagiste de Bruxelles.<\/li>\n<li><strong>46. Omer Lepreux\u00a0<sup>(1856-1927)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Pr\u00e9sident de la Banque du Congo belge de 1909 \u00e0 sa mort.<\/li>\n<li><strong>47. Jules Renkin\u00a0<sup>(1862-1934)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Ministre des colonies de 1908 \u00e0 1918.<\/li>\n<li><strong>48-49. Henri Jaspar\u00a0<sup>(1870-1929)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Homme politique catholique, ministre des colonies en 1927-29 et 1930-31, fondateur du Comit\u00e9 national du Kivu et de l\u2019Institut Royal Colonial.<\/li>\n<li><strong>50. Alexandre Galopin\u00a0<sup>(1879-1944)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Gouverneur de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale de Belgique, pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 mini\u00e8re du B\u00e9c\u00e9ka et de l\u2019Union Mini\u00e8re du Haut-Katanga.<\/li>\n<\/ul>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong>5. Missionnaires<\/strong><\/p>\n<p>La mission \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>civilisatrice<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0est ins\u00e9parable d\u2019une volont\u00e9 d\u2019\u00e9vang\u00e9lisation des populations congolaises. La conversion des Congolais est un facteur essentiel du contr\u00f4le social qu\u2019exerce l\u2019\u00c9tat. Elle s\u2019inscrit aussi dans un contexte de concurrence avec les missionnaires protestants actifs dans les territoires voisins. L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0trouve un alli\u00e9 de poids en la personne du cardinal Lavigerie qui parcoure toute l\u2019Europe pour lancer une campagne contre l\u2019esclavage. Ses \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>p\u00e8res blancs<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb sont envoy\u00e9s partout en Afrique. L\u2019argument antiesclavagiste et catholique sera au centre de la propagande coloniale. D\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s de missionnaires participeront \u00e0 la christianisation, tels les scheutistes, une congr\u00e9gation fond\u00e9e \u00e0 Scheut, \u00e0 Anderlecht, pour l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation de la Chine et des autres continents.<\/p>\n<table class=\"spip\">\n<tbody>\n<tr class=\"row_odd odd\">\n<td>\n<ul class=\"spip\">\n<li><strong>51. Cardinal Charles Lavigerie\u00a0<sup>(1825-1892)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Fondateur de la soci\u00e9t\u00e9 des missionnaires d\u2019Afrique\u00a0<sup>(p\u00e8res blancs)<\/sup>, champion de la lutte antiesclavagiste aupr\u00e8s des catholiques europ\u00e9ens, r\u00eava de l\u2019instauration d\u2019un grand royaume catholique au coeur de l\u2019Afrique Centrale.<\/li>\n<li><strong>52. P\u00e8res Blancs\u00a0:<\/strong>\u00a0Missionnaires d\u2019Afrique charg\u00e9s par le pape L\u00e9on\u00a0<span class=\"caps\">XIII<\/span>\u00a0de l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation de l\u2019Afrique centrale.<\/li>\n<li><strong>53. Constant de Deken\u00a0<sup>(1852-1896)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0pr\u00eatre scheutiste et missionnaire dans l\u2019<span class=\"caps\">E.I.C.<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong>6. Autres<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019espace public bruxellois compte d\u2019autres personnages ayant jou\u00e9 un r\u00f4le actif sur le territoire congolais au cours de la p\u00e9riode coloniale. On y retrouve un autre explorateur europ\u00e9en de l\u2019Afrique centrale, des pionniers du progr\u00e8s technique au Congo ou encore un fonctionnaire de la Belgique coloniale.<\/p>\n<table class=\"spip\">\n<tbody>\n<tr class=\"row_odd odd\">\n<td>\n<ul class=\"spip\">\n<li><strong>54. Robert Goldschmidt\u00a0<sup>(1877-1935)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Scientifique ayant mis au point le premier r\u00e9seau de transmission sans fil (<span class=\"caps\">TSF<\/span>) du continent africain, au Congo belge.<\/li>\n<li><strong>55. David Livingstone\u00a0<sup>(1813-1873)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Explorateur \u00e9cossais et missionnaire protestant en Afrique Centrale. Ses exp\u00e9ditions le conduisirent notamment dans la r\u00e9gion des Grands Lacs et sur le cours sup\u00e9rieur du fleuve Congo.<\/li>\n<li><strong>56-57. Edmond Thieffry\u00a0<sup>(1892-1929)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Pionnier de l\u2019aviation. Avec le soutien de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, il op\u00e8re la premi\u00e8re liaison a\u00e9rienne entre Bruxelles et L\u00e9opoldville et meurt en tentant de relier les principales villes du Congo.<\/li>\n<li><strong>58. Andr\u00e9 Ryckmans\u00a0<sup>(1929-1960)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Fils du gouverneur g\u00e9n\u00e9ral Pierre Ryckmans et fonctionnaire colonial, tu\u00e9 quelques jours apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance par des soldats rebelles.<\/li>\n<\/ul>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong>7. Noms de lieux<\/strong><\/p>\n<p>De nombreuses rues bruxelloises font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des toponymes renvoyant au Congo belge.<\/p>\n<table class=\"spip\">\n<tbody>\n<tr class=\"row_odd odd\">\n<td>\n<ul class=\"spip\">\n<li><strong>59. Rue Africaine\u00a0:<\/strong>\u00a0\u00c0 la fin du\u00a0<span class=\"caps\">XIX<\/span><sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, le conseil communal d\u2019Ixelles baptise cette rue en souvenir \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>de la grande \u0153uvre coloniale<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb entreprise par L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>.<\/li>\n<li><strong>60. Rue Coloniale\u00a0:<\/strong>\u00a0r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la colonie belge.<\/li>\n<li><strong>61. Rue des Colonies\u00a0:<\/strong>\u00a0La plaque de rue indiquait autrefois \u00ab\u00a0En souvenir de l\u2019annexion du Congo\u00a0\u00bb.<\/li>\n<li><strong>62. Congo\u00a0:<\/strong>\u00a0Auparavant rue Madeleine, renomm\u00e9e en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la colonie belge.<\/li>\n<li><strong>63. Katanga\u00a0:<\/strong>\u00a0Province m\u00e9ridionale du Congo, riche en ressources mini\u00e8res largement exploit\u00e9es par des compagnies belges.<\/li>\n<li><strong>64. L\u00e9opoldville\u00a0:<\/strong>\u00a0Poste colonial fond\u00e9 en 1881 par Stanley, \u00e0 proximit\u00e9 de nombreux villages, et baptis\u00e9 en l\u2019honneur de son commanditaire. La ville devint le centre de l\u2019<span class=\"caps\">E.I.<\/span>C., renomm\u00e9 Kinshasa apr\u00e8s 1966.<\/li>\n<li><strong>65. Lisala\u00a0:<\/strong>\u00a0Ville de la province de la Mongala, lieu de naissance de Mobutu.<\/li>\n<li><strong>66. Lusambo\u00a0:<\/strong>\u00a0Ville de la province de Sankuru, premier poste colonial de l\u2019<span class=\"caps\">E.I.C.<\/span>\u00a0pour l\u2019administration du Katanga.<\/li>\n<li><strong>67. Tabora\u00a0:<\/strong>\u00a0Ville de Tanzanie prise par la Force Publique \u00e0 l\u2019arm\u00e9e coloniale allemande en 1916.<\/li>\n<li><strong>68. Tanganika\u00a0:<\/strong>\u00a0Lac situ\u00e9 \u00e0 la fronti\u00e8re du Congo et de la Tanzanie sur la rive duquel s\u2019installa le premier \u00e9tablissement colonial de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0en Afrique.<\/li>\n<\/ul>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong>8. Africains<\/strong><\/p>\n<p>En queue de ce cort\u00e8ge exclusivement blanc et masculin, qu\u2019en est-il enfin de la pr\u00e9sence de l\u2019homme noir et de l\u2019Africain dans l\u2019espace public bruxellois<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Le contraste est frappant. \u00c0 une toute neuve exception pr\u00e8s, les Africains sont totalement absents des noms de rue, et uniquement pr\u00e9sents dans la statuaire. L\u00e0 aussi, l\u2019image ne pourrait \u00eatre plus dichotomique\u00a0: l\u00e0 o\u00f9 les blancs triomphent en costumes militaires, les noirs sont anonymes, \u00e0 demi nus, sauvages, exotiques. Cette image \u00e0 elle seule est symptomatique et montre \u00e0 quel point une ville qui se d\u00e9finit volontiers cosmopolite et multiculturelle constitue encore un d\u00e9cor \u00e9minemment charg\u00e9 d\u2019une symbolique violente. La place Lumumba, nouvel hommage rendu apr\u00e8s des ann\u00e9es de combat associatif, ne vient que tr\u00e8s timidement att\u00e9nuer cette disproportion.<\/p>\n<table class=\"spip\">\n<tbody>\n<tr class=\"row_odd odd\">\n<td>\n<ul class=\"spip\">\n<li><strong>69. \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>N\u00e8gres marrons surpris par des chiens<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/strong>\u00a0de Louis Samain (1894), s\u2019inspire d\u2019un \u00e9pisode du roman\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>La case de l\u2019oncle Tom<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>.<\/li>\n<li><strong>70. \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le tireur \u00e0 l\u2019arc<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/strong>\u00a0d\u2019Arthur Dupagne (1962). L\u2019artiste est d\u2019abord ing\u00e9nieur dans les mines de diamant du Kasa\u00ef et se sp\u00e9cialise dans la sculpture de figures \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>indig\u00e8nes<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb et de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>h\u00e9ros<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb de la colonisation. Plusieurs groupes sculpt\u00e9s du Mus\u00e9e de Tervuren sont de sa main.<\/li>\n<li><strong>71. Deux sculptures monumentales en bois exotique<\/strong>\u00a0(sans nom) figurant un Africain et une Africaine v\u00eatus de peaux d\u2019animaux et de feuillage.<\/li>\n<li><strong>72. \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le joueur de tamtam<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb\u00a0:<\/strong>\u00a0Parmi les douze figures du carillon du Mont des Arts, mis en service en 1965, se trouve un joueur de tamtam africain symbolisant la colonisation belge du Congo.<\/li>\n<li><strong>73. \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>M\u00e9morial des campagnes d\u2019Afrique<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb\u00a0:<\/strong>\u00a0Monument de Willy Kreitz (1970) d\u00e9di\u00e9 aux troupes, majoritairement africaines, ayant particip\u00e9 aux campagnes militaires en Afrique de 1885 \u00e0 1960. Le monument a fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9appropriation par les associations d\u2019afrodescendants \u00e0 Bruxelles qui y rendent r\u00e9guli\u00e8rement un hommage au soldat inconnu congolais.<\/li>\n<li><strong>74. Patrice Lumumba\u00a0<sup>(1925-1961)<\/sup>\u00a0:<\/strong>\u00a0Figure de la lutte ind\u00e9pendantiste, premier Premier ministre de la R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo, l\u2019\u00c9tat belge collabore activement \u00e0 sa chute et son assassinat.<\/li>\n<\/ul>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p align=\"right\"><strong>Thibault Jacobs<\/strong><br \/>\nInter-Environnement Bruxelles<\/p>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><i class=\"fa fa-envelope-o\" title=\"Contact\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\u00a0<a href=\"https:\/\/ieb.be\/_Thibault-Jacobs_\">Thibault Jacobs<\/a><\/p>\n<div id=\"conteneur\">\n<div id=\"boudiner\">\n<div class=\"contenu\">\n<div class=\"cartouche\">\n<h2 class=\"h1 crayon article-titre-38546 \">La verdure de Bruxelles, don du peuple congolais<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<\/h2>\n<\/div>\n<p class=\"info-publi\">Publi\u00e9 le\u00a0<abbr class=\"published\" title=\"2018-11-20T14:30:00Z\">mardi 20 novembre 2018<\/abbr>,\u00a0<span class=\"auteurs\">par\u00a0<span class=\"vcard author\">Lucas Catherine<\/span><\/span><\/p>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-38546 chapo\">\n<p>Le roi L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0disait\u00a0:\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Une ville comme Bruxelles doit \u00eatre belle\u2026 Il faut, \u00e0 une grande cit\u00e9, de l\u2019air et de l\u2019espace. Il faut convier sa population \u00e0 jouir des avantages de la campagne sans l\u2019astreindre \u00e0 de trop grands d\u00e9placements\u2026 Il faut chercher \u00e0 embellir le centre du gouvernement<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>!<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"L\u00e9opold\u00a0II, \u00ab\u00a0Pens\u00e9es et R\u00e9flexions, recueillies par G. H. Dumont\u00a0\u00bb, Li\u00e8ge\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-verdure-de-Bruxelles-don-du-peuple-congolais#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>\u00a0Son probl\u00e8me \u00e9tait le financement.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"infos\"><span class=\"crayon article-titre-38546 titre\"><strong>La verdure de Bruxelles, don du peuple congolais<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<\/strong><\/span>\u00a0\u00b7\u00a0<span class=\"crayon article-descriptif-38546 descriptif\">Le roi L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0disait\u00a0:\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Une ville comme Bruxelles doit \u00eatre belle\u2026 Il faut, \u00e0 une grande cit\u00e9, de l\u2019air et de l\u2019espace. Il faut convier sa population \u00e0 jouir des avantages de la campagne sans l\u2019astreindre \u00e0 de trop grands d\u00e9placements\u2026 Il faut chercher \u00e0 embellir le centre du gouvernement<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>!<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0Son probl\u00e8me \u00e9tait le financement.<\/span><\/p>\n<div class=\"crayon article-texte-38546 texte\">\n<p>La solution vint du Congo et c\u2019est avec de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>l\u2019argent noir<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb qu\u2019il fit de Bruxelles une \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>ville verte<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, \u00e0 commencer par son propre parc priv\u00e9, le domaine de Laeken, dont il multiplia la superficie par deux. Co\u00fbt (avec les serres)\u00a0: 30\u00a0000\u00a0000 francs or, soit 150\u00a0000\u00a0000 euros. Vint ensuite son domaine \u00e0 Tervuren avec le bois des Capucins et de l\u2019Arboretum. Co\u00fbt\u00a0: 8\u00a0700\u00a0000 francs or, soit 45\u00a0000\u00a0000 euros.<\/p>\n<p><strong>Et finalement toute une s\u00e9rie de parcs \u00e0 Bruxelles m\u00eame\u00a0:<\/strong>\u00a0le parc Josaphat \u00e0 Schaerbeek, pay\u00e9 par ses hommes de paille\u00a0: 331\u00a0718 francs or, soit 1\u00a0600\u00a0000 euros. L\u2019am\u00e9nagement des parcs de Forest et de Saint-Gilles\u00a0: 500\u00a0000 francs or, soit 2\u00a0500\u00a0000 euros. La Tour Japonaise et le Pavillon Chinois\u00a0: 2\u00a0000\u00a0000 francs or, soit 10\u00a0000\u00a0000 euros<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Les chiffres viennent de\u00a0: Liane RANIERI, \u00ab\u00a0L\u00e9opold\u00a0II urbaniste\u00a0\u00bb, Bruxelles\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-verdure-de-Bruxelles-don-du-peuple-congolais#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span>\u2026 Merci les Congolais.<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Lucas Catherine<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><i class=\"fa fa-envelope-o\" title=\"Contact\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\u00a0<a href=\"https:\/\/ieb.be\/_Lucas-Catherine_\">Lucas Catherine<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<p class=\"h2 pas_surlignable\">Notes<\/p>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-verdure-de-Bruxelles-don-du-peuple-congolais#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Pens\u00e9es et R\u00e9flexions, recueillies par\u00a0<span class=\"caps\">G. H.<\/span>\u00a0Dumont<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, Li\u00e8ge 1948.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/ieb.be\/La-verdure-de-Bruxelles-don-du-peuple-congolais#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>Les chiffres viennent de\u00a0: Liane\u00a0<span class=\"caps\">RANIERI<\/span>, \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0urbaniste<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, Bruxelles 1973.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"extra\"><\/div>\n<div id=\"pied\">\n<div id=\"centre\">\n<div class=\"cartouche\">\n<h2 class=\"h1 crayon article-titre-38547 \">Le square Lumumba, une place avec une histoire (anti)coloniale<\/h2>\n<\/div>\n<p class=\"info-publi\">Publi\u00e9 le\u00a0<a href=\"https:\/\/www.ieb.be\/38547\"><abbr class=\"published\" title=\"2018-11-20T14:35:00Z\">mardi 20 novembre 2018<\/abbr><\/a>,\u00a0<span class=\"auteurs\">par\u00a0<span class=\"vcard author\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/_Lucas-Catherine_\">Lucas Catherine<\/a><\/span><\/span><\/p>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-38547 chapo\">\n<p>La place en honneur de Patrice Lumumba a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9e le 30\u00a0juin 2018. \u00c0 premi\u00e8re vue elle se trouve dans un coin un peu perdu entre la place du Champ de Mars et le Square du Bastion, un coin que beaucoup de gens croyaient \u00eatre territoire d\u2019Ixelles. Elle est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la petite ceinture, et quand m\u00eame territoire de la Ville de Bruxelles. Un caprice de l\u2019histoire.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"infos\"><span class=\"crayon article-titre-38547 titre\"><strong>Le square Lumumba, une place avec une histoire (anti)coloniale<\/strong><\/span>\u00a0\u00b7\u00a0<span class=\"crayon article-descriptif-38547 descriptif\">La place en honneur de Patrice Lumumba a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9e le 30\u00a0juin 2018. \u00c0 premi\u00e8re vue elle se trouve dans un coin un peu perdu entre la place du Champ de Mars et le Square du Bastion, un coin que beaucoup de gens croyaient \u00eatre territoire d\u2019Ixelles. Elle est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la petite ceinture, et quand m\u00eame territoire de la Ville de Bruxelles. Un caprice de l\u2019histoire.<\/span><\/p>\n<div class=\"crayon article-texte-38547 texte\">\n<p>Quand la seconde enceinte de la ville de Bruxelles fut d\u00e9molie disparaissait la vieille porte de Namur et il se cr\u00e9a un terrain vague. La Ville de Bruxelles s\u2019en appropriait une partie en 1851. Par arr\u00eat\u00e9 royal du 23\u00a0ao\u00fbt 1851, la limite territoriale entre Bruxelles et Ixelles \u00e9tait fix\u00e9e dans la longueur de la rue du Champ de Mars et de l\u2019Esplanade.<\/p>\n<p>L\u2019endroit \u00e9tait au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier connu pour son Caf\u00e9 de l\u2019Horloge. C\u2019\u00e9tait un caf\u00e9 tr\u00e8s exclusif\u00a0: on n\u2019y payait pas avec de l\u2019argent, mais avec des jetons. Les clients devaient en acheter pour un montant minimum, une astuce pour s\u00e9lectionner comme client\u00e8le des personnes fortun\u00e9es. Le Caf\u00e9 de l\u2019Horloge fonctionnait comme une sorte de club pour des industriels et politiciens qui \u00e9taient impliqu\u00e9s dans la colonisation du Congo, comme Albert Thys ou Jules Renkin. Le Caf\u00e9 disparut en 1957 en vue du r\u00e9am\u00e9nagement de la \u2019Petite Ceinture\u2019 en \u2019autoroute urbaine\u2019, mais l\u2019int\u00e9rieur du caf\u00e9 fut achet\u00e9 par le grand patron de la cha\u00eene d\u2019h\u00f4tel Hilton et reconstruit dans le Nile Hilton du Caire comme Taverne du Champ de Mars.<\/p>\n<p>Ceci pour la petite histoire de la colonisation, mais il y a plus. Le pacifiste et anarchiste Jean Van Lierde cr\u00e9a en 1958 les \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Amis de Pr\u00e9sence Africaine<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb. \u00c0 son arriv\u00e9e \u00e0 Zaventem en d\u00e9cembre 1959 o\u00f9 Jean Van Lierde est venu le chercher, Patrice Lumumba se rend au 220 de la rue Belliard, premier si\u00e8ge des Amis de Pr\u00e9sence Africaine avant de rejoindre la Table Ronde. L\u2019association Les Amis de Pr\u00e9sence Africaine, la librairie Le Livre Africain et le service de documentation furent transf\u00e9r\u00e9s, en juillet 1961, dans une maison de la rue du Champ de Mars, en face de l\u2019actuelle place Lumumba.<\/p>\n<p>Avec d\u2019autres, Van Lierde avait \u00e9labor\u00e9 une strat\u00e9gie non violente pour parvenir \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance du Congo. En 1959, lorsque le gouvernement belge voulut envoyer la troupe au Congo, il participa \u00e0 la mobilisation\u00a0:\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Pas un franc, pas un homme pour une guerre coloniale.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0Le gouvernement belge recule en moins de quinze jours. Van Lierde \u00e9tait l\u2019ami et le conseiller de Patrice Lumumba. Il encouragea d\u2019ailleurs Lumumba \u00e0 prononcer son fameux discours anticolonialiste de la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ind\u00e9pendance du Congo, r\u00e9ponse au discours d\u00e9goulinant de paternalisme du roi Baudouin. Van Lierde t\u00e9moigna, en juin 2001, devant la Commission d\u2019enqu\u00eate de la Chambre des Repr\u00e9sentants de Belgique charg\u00e9e de d\u00e9terminer les circonstances exactes et l\u2019implication des hommes politiques belges de l\u2019\u00e9poque dans l\u2019assassinat de P. Lumumba.<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Lucas Catherine<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><i class=\"fa fa-envelope-o\" title=\"Contact\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\u00a0<a href=\"https:\/\/ieb.be\/_Lucas-Catherine_\">Lucas Catherine<\/a><\/p>\n<div id=\"conteneur\">\n<div id=\"boudiner\">\n<div class=\"contenu\">\n<div class=\"cartouche\">\n<h2 class=\"h1 crayon article-titre-38548 \">Une saison au Congo\u00a0: souvenirs de la saga<\/h2>\n<\/div>\n<p class=\"info-publi\">Publi\u00e9 le\u00a0<abbr class=\"published\" title=\"2018-11-20T14:40:00Z\">mardi 20 novembre 2018<\/abbr>,\u00a0<span class=\"auteurs\">par\u00a0<span class=\"vcard author\">Rudi Barnet<\/span><\/span><\/p>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-38548 chapo\">\n<p>C\u2019est en 1965 que j\u2019ai d\u00e9couvert\u00a0<i>Une saison au Congo<\/i>, d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire, qui venait d\u2019\u00eatre \u00e9dit\u00e9e. Cette pi\u00e8ce racontait, dans un langage po\u00e9tique, la vie et la mort de Patrice Lumumba comme aucun media belge n\u2019en avait parl\u00e9. C\u2019\u00e9tait le temps o\u00f9 le nom de Lumumba, assassin\u00e9 en 1961, \u00e9tait synonyme de fou sanguinaire. Dans l\u2019hebdomadaire\u00a0<i>Pourquoi pas<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<\/i>, Serge Creuz excitait la population avec ses caricatures qui montraient un monstre martyrisant les braves colons belges et violant les bonnes s\u0153urs.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"infos\"><span class=\"crayon article-titre-38548 titre\"><strong>Une saison au Congo\u00a0: souvenirs de la saga<\/strong><\/span>\u00a0\u00b7\u00a0<span class=\"crayon article-descriptif-38548 descriptif\">C\u2019est en 1965 que j\u2019ai d\u00e9couvert\u00a0<i>Une saison au Congo<\/i>, d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire, qui venait d\u2019\u00eatre \u00e9dit\u00e9e. Cette pi\u00e8ce racontait, dans un langage po\u00e9tique, la vie et la mort de Patrice Lumumba comme aucun media belge n\u2019en avait parl\u00e9. C\u2019\u00e9tait le temps o\u00f9 le nom de Lumumba, assassin\u00e9 en 1961, \u00e9tait synonyme de fou sanguinaire. Dans l\u2019hebdomadaire\u00a0<i>Pourquoi pas<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<\/i>, Serge Creuz excitait la population avec ses caricatures qui montraient un monstre martyrisant les braves colons belges et violant les bonnes s\u0153urs.<\/span><\/p>\n<div class=\"crayon article-texte-38548 texte\">\n<p>Dans la presse, on pouvait lire qu\u2019il \u00e9tait heureux que des justiciers inconnus \u2013 on savait peu de choses sur les circonstances de sa fin \u2013 l\u2019aient \u00e9limin\u00e9. La m\u00e9moire est oublieuse\u00a0: Creuz est consid\u00e9r\u00e9 aujourd\u2019hui comme un peintre humaniste et progressiste et une \u00e9cole de la ville porte m\u00eame son nom. C\u00e9saire, d\u00e9put\u00e9 de la Martinique, avait acc\u00e8s \u00e0 des informations plus ou moins confidentielles sur les derniers jours de Lumumba aux mains de ses tortionnaires congolais\u2026 et belges.<\/p>\n<p>Quand, plus de cinquante ans apr\u00e8s, le gouvernement belge instaurera une commission d\u2019enqu\u00eate pour faire la lumi\u00e8re sur ces tragiques \u00e9v\u00e9nements, on verra que la quasi-totalit\u00e9 de l\u2019information sur la mort du leader africain se trouvait dans le texte de la pi\u00e8ce et dans\u00a0<i>Lumumba Patrice, les cinquante derniers jours de sa vie<\/i>, \u00e9dit\u00e9 en 1966 par le\u00a0<span class=\"caps\">CRISP<\/span>.<\/p>\n<p>Dans ma candeur, je pensais qu\u2019<i>Une saison au Congo<\/i>\u00a0concernait prioritairement les Belges, que ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 Paris ou \u00e0 New York que cela devait \u00eatre montr\u00e9, mais ici.<\/p>\n<p>D\u2019embl\u00e9e, une question essentielle se posait\u00a0: Aim\u00e9 C\u00e9saire serait-il d\u2019accord pour que sa pi\u00e8ce soit jou\u00e9e en premi\u00e8re \u00e0 Bruxelles<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? J\u2019entends encore son rire au t\u00e9l\u00e9phone\u00a0:\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Vous \u00eates compl\u00e8tement fou de vouloir montrer \u00e7a en Belgique, vous allez droit vers de gros ennuis. Mais je vous donne mon accord. Venez me voir \u00e0 Paris<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>!<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, nous d\u00e9barquions chez lui, un rez-de-chauss\u00e9e dans un\u00a0<span class=\"caps\">HLM<\/span>\u00a0de la porte Brancion, o\u00f9 \u00e9taient aussi pr\u00e9sents Jean-Marie Serreau et Paul Verg\u00e8s, \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u00e9put\u00e9 de La R\u00e9union. Serreau \u00e9tait metteur en sc\u00e8ne des pi\u00e8ces de Beckett, Genet, Ionesco, et envisageait de monter\u00a0<i>Une saison au Congo<\/i>\u00a0\u00e0 Paris. Il collaborait avec la Compagnie des griots de Robert Liensol, qui regroupait les meilleurs acteurs noirs de France. Sur l\u2019insistance de C\u00e9saire, Serreau promit de m\u2019aider \u00e0 monter la pi\u00e8ce. On verra plus tard comment il respecta sa promesse.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Vous \u00eates compl\u00e8tement fou de vouloir montrer \u00e7a en Belgique, vous allez droit vers de gros ennuis. Mais je vous donne mon accord. Venez me voir \u00e0 Paris<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>!<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Nous n\u2019avions pas un sou pour monter la pi\u00e8ce et n\u2019esp\u00e9rions pas la moindre aide du minist\u00e8re de la Culture ou des th\u00e9\u00e2tres conventionn\u00e9s. Roger Somville apporta la solution au probl\u00e8me\u00a0:\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Je t\u2019offre une litho ou un petit tableau. Si d\u2019autres artistes font pareil, tu peux exposer ce que tu auras r\u00e9colt\u00e9.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0Plus de soixante \u0153uvres furent collect\u00e9es\u00a0: Bury, Somville, Lorjou, Van Anderlecht, Broodthaers, Pasteels, Mandelbaum, Counhaye, Folon, Perot, D\u2019Haese, Claus, Delahaut, Lismonde, Dubrunfaut, Milo, Picart Le Doux, Masereel, Richez, Vandercam et tant d\u2019autres sans qui le spectacle n\u2019e\u00fbt jamais exist\u00e9.<\/p>\n<p>Magritte nous envoya une lettre tr\u00e8s violente, injuriant\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>ce tra\u00eetre de C\u00e9saire<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0(qui avait claqu\u00e9 la porte du mouvement surr\u00e9aliste). J\u2019aurais voulu l\u2019exposer et la vendre mais notre avocat m\u2019en dissuada\u2026 De son c\u00f4t\u00e9, Paul Delvaux me donna rendez-vous au caf\u00e9 Fourquet, place Flagey\u00a0:\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Ma femme refuse que je vous donne une \u0153uvre, elle dit que c\u2019est mauvais pour ma cote. Mais voici un ch\u00e8que de 10\u00a0000 francs\u2026<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0L\u2019argent ainsi r\u00e9colt\u00e9 permit de payer les frais du spectacle, o\u00f9 personne n\u2019\u00e9tait r\u00e9tribu\u00e9.<\/p>\n<p>Voulant v\u00e9rifier les r\u00e9v\u00e9lations de la pi\u00e8ce, je contactai certains qui avaient rencontr\u00e9 Lumumba. Jean Van Lierde avait \u00e9t\u00e9 son conseiller et me parla longuement de lui, avec tendresse et admiration.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Il participa \u00e0 la r\u00e9daction de \u00ab\u00a0Lumumba Patrice, les cinquante derniers jours\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-saison-au-Congo-souvenirs-de-la-saga#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>\u00a0Par contre, un journaliste nomm\u00e9 Davister et un ancien administrateur colonial n\u2019avaient pas de mots assez injurieux\u00a0:\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Un voleur, un fou, un arrogant qui a insult\u00e9 notre roi, etc.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Afin de soutenir l\u2019initiative, un comit\u00e9 de soutien fut lanc\u00e9. En Belgique, peu de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>notables<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb sign\u00e8rent \u2013 Maurice B\u00e9jart, Ren\u00e9 Hainaux, Georges Goriely, Henri Storck, Jules Chom\u00e9 et quelques autres \u2013 mais, \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, ce fut une r\u00e9ponse massive\u00a0: Jean-Paul Sartre, Claude Lelouch, Max-Pol Fouchet, Claude Roy, Fran\u00e7ois Truffaut, Arthur Adamov, Sin\u00e9, Alain Resnais, Joris Ivens, L\u00e9o Ferr\u00e9\u2026 Plus d\u2019une centaine<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>!<\/p>\n<p>Les \u00e9crivains Tone Brulin et Hugo Claus apport\u00e8rent soutien et contacts, Jo Dekmine (Th\u00e9\u00e2tre 140) procura un logement pour les com\u00e9diens \u00e9trangers, Jean Van Lierde, co-responsable du\u00a0<span class=\"caps\">CRISP<\/span>, apporta ses conseils chaleureux, Rudi Van Vlaenderen, fondateur du\u00a0<span class=\"caps\">RITCS<\/span>, m\u2019aidera pour la mise en sc\u00e8ne\u2026 Bien d\u2019autres qu\u2019on retrouvera plus loin.<\/p>\n<p>Il me faut ici t\u00e9moigner d\u2019un incident assez p\u00e9nible sur le plan \u00e9thique. Fin septembre 1966, C\u00e9saire m\u2019envoya une lettre d\u2019encouragement o\u00f9 il me demandait de modifier quelques passages, visant \u00e0 att\u00e9nuer l\u2019image n\u00e9gative de Mobutu. Jean Van Lierde et moi d\u00e9cid\u00e2mes de ne pas tenir compte de cette attitude du \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>C\u00e9saire politique<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb en totale contradiction avec la v\u00e9rit\u00e9 historique.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Aucun th\u00e9\u00e2tre ayant pignon sur rue ne voulant collaborer, nous nous tourn\u00e2mes vers les organisations militantes.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, il n\u2019y avait qu\u2019un seul acteur noir \u00e0 Bruxelles (Marcel Loma, qui jouera le r\u00f4le de Mobutu). Il \u00e9tait \u00e9vident que l\u2019aide des Griots de Paris \u00e9tait indispensable. Je pris donc contact avec Jean-Marie Serreau, qui avait promis de m\u2019aider. Chaque rendez-vous n\u00e9cessitait le long d\u00e9placement \u00e0 Paris, avec chaque fois des heures d\u2019attente, une br\u00e8ve conversation, mais pas la moindre aide concr\u00e8te<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>! Ces voyages ne furent pourtant pas inutiles. L\u2019un d\u2019eux me permit de passer une nuit m\u00e9morable avec Kateb Yacine et ses amis au c\u00e9l\u00e8bre Harry\u2019s Bar et de rencontrer des com\u00e9diens qui d\u00e9cid\u00e8rent de s\u2019impliquer. Ainsi, Darling L\u00e9gitimus et son fils Th\u00e9o, avec d\u2019autres com\u00e9diens martiniquais et l\u2019actrice camerounaise Lydia Ewande, d\u00e9barqu\u00e8rent \u00e0 Bruxelles. Peu \u00e0 peu, la troupe se constitua. Des acteurs professionnels (Christian Maillet, Rudi Van Vlaenderen, Bernard Graczyk\u2026) se joignirent aux com\u00e9diens venus de France et aux \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>amateurs<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb belges (Jo Dustin, Marc Baudoux, Claire Fievez, Roland Lespineux, Sam Ditalwa\u2026). Avec Fernand Schirren, qui r\u00e9alisera la musique en direct sur sc\u00e8ne, la distribution sera de vingt-deux personnes<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>!<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, il n\u2019y avait qu\u2019un seul acteur noir \u00e0 Bruxelles.<\/p><\/blockquote>\n<p>Aucun th\u00e9\u00e2tre ayant pignon sur rue ne voulant collaborer, nous nous tourn\u00e2mes vers les organisations militantes. Une compagnie mao\u00efste, le Th\u00e9\u00e2tre populaire, dirig\u00e9e par Herbert Rolland, acceptait de nous accueillir mais \u00e0 condition de modifier certains passages du texte. On retrouvera plus tard ce personnage manifestant contre le spectacle aux c\u00f4t\u00e9s des \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>katangais<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb (mercenaires) et nous accusant d\u2019\u00eatre pay\u00e9s par la\u00a0<span class=\"caps\">CIA<\/span>.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Plus tard, avec la R\u00e9volution culturelle et l\u2019arr\u00eat du financement du groupe\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-saison-au-Congo-souvenirs-de-la-saga#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span>\u00a0Finalement, Pierre Le Gr\u00e8ve, qui animait la Gauche socialiste, nous pr\u00eata une salle sans conditions. La p\u00e9riode de pr\u00e9paration fut assez chaotique. Pour la repr\u00e9sentation, nous d\u00fbmes nous rabattre sur le Centre culturel d\u2019Anderlecht, assez \u00e9loign\u00e9 du centre-ville.<\/p>\n<p><i>Une saison au Congo<\/i>\u00a0fut cr\u00e9\u00e9e, en premi\u00e8re mondiale, le 20\u00a0mars 1967, devant une salle comble. Un cordon de gendarmerie retenait les manifestants (extr\u00eame droite, mao\u00efstes, ex-colons\u2026) qui hurlaient devant le th\u00e9\u00e2tre. Contrairement \u00e0 la presse fran\u00e7aise, la presse belge fut (presque) unanime pour appliquer un silence total sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>! Le spectacle fut ensuite jou\u00e9 dans quelques salles et s\u2019arr\u00eata quand les caisses du Th\u00e9\u00e2tre vivant furent vides.<\/p>\n<p><strong>En guise d\u2019\u00e9pilogue<\/strong><\/p>\n<p>Quelques semaines apr\u00e8s la cr\u00e9ation du spectacle, mes ennuis personnels commenc\u00e8rent. La police me convoqua tous les jours pendant un mois, jusqu\u2019\u00e0 ce que je me pr\u00e9sente deux ou trois fois avec un ami avocat. Il \u00e9tait manifeste que la police cherchait \u00e0 provoquer un incident permettant de m\u2019inculper.<\/p>\n<p>Professionnellement, je jouais alors r\u00e9guli\u00e8rement au Rideau de Bruxelles. Au cours d\u2019une conf\u00e9rence de presse, son directeur, Claude \u00c9tienne, estima que j\u2019avais sali notre pays et que je n\u2019avais plus ma place dans son th\u00e9\u00e2tre. Ce qui l\u2019avait scandalis\u00e9 \u00e9tait un discours de Baudouin dans la pi\u00e8ce, o\u00f9 le roi des Belges \u00e9tait un peu ridicule. Et pour cause\u00a0: C\u00e9saire avait ins\u00e9r\u00e9 tel quel un extrait du discours du roi. Dans la foul\u00e9e, plus aucun th\u00e9\u00e2tre ne m\u2019engagea, idem pour la t\u00e9l\u00e9, et tous mes coll\u00e8gues com\u00e9diens \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>chang\u00e8rent de trottoir<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb. C\u2019est ce que j\u2019appelais le maccarthysme \u00e0 la belge. Pendant plus de deux ans, pour nourrir ma petite famille, je fis toutes sortes de m\u00e9tiers, mais c\u2019est une autre histoire.<\/p>\n<p>Un \u00e9v\u00e9nement singulier se produisit peu apr\u00e8s la cr\u00e9ation de la pi\u00e8ce\u00a0: Jean Van Lierde re\u00e7ut une proposition de Mobutu pour une tourn\u00e9e au Za\u00efre<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>! Ce n\u2019\u00e9tait pas si \u00e9tonnant car le dictateur avait lanc\u00e9 une campagne de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>lumumbisation<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb pour asseoir son r\u00e9gime en captant cyniquement la popularit\u00e9 de Lumumba au Congo et dans toute l\u2019Afrique. La proposition \u00e9tait financi\u00e8rement tr\u00e8s all\u00e9chante mais il fallait jouer dans les lieux choisis par le pouvoir et modifier certains passages. J\u2019ai \u00e9videmment refus\u00e9.<\/p>\n<p>Aim\u00e9 C\u00e9saire re\u00e7ut \u00e9galement une invitation pour faire une conf\u00e9rence \u00e0 Kinshasa. Malheureusement, le grand \u00e9crivain accepta et att\u00e9nua la critique envers Mobutu dans une nouvelle \u00e9dition de la pi\u00e8ce (celle qui est maintenant en librairie). Dommage<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>! Dernier souvenir\u00a0: Serreau me proposa d\u2019\u00eatre son assistant sur la pi\u00e8ce qu\u2019il allait monter quelques mois plus tard \u00e0 Paris.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Il embaucha plusieurs com\u00e9diens de notre groupe et annon\u00e7a que c\u2019\u00e9tait une\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-saison-au-Congo-souvenirs-de-la-saga#nb3\" rel=\"appendix\">3<\/a>]<\/span>\u00a0J\u2019ai refus\u00e9 et suis retourn\u00e9 \u00e0 mon taxi.<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Rudi Barnet<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><i class=\"fa fa-envelope-o\" title=\"Contact\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\u00a0<a href=\"https:\/\/ieb.be\/_Rudi-Barnet_\">Rudi Barnet<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<p>Notes<\/p>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-saison-au-Congo-souvenirs-de-la-saga#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Il participa \u00e0 la r\u00e9daction de\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Lumumba Patrice, les cinquante derniers jours de sa vie<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>, paru en 1966 (sous les pseudonymes de G.\u00a0<span class=\"caps\">HEINZ<\/span>\u00a0et H.\u00a0<span class=\"caps\">DONNAY<\/span>).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-saison-au-Congo-souvenirs-de-la-saga#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>Plus tard, avec la R\u00e9volution culturelle et l\u2019arr\u00eat du financement du groupe fond\u00e9 par Jacques Grippa, le \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Th\u00e9\u00e2tre populaire<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb disparut. Herbert Rolland, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 dans la multinationale Shell, cr\u00e9a le \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Th\u00e9\u00e2tre de la vie<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-saison-au-Congo-souvenirs-de-la-saga#nh3\" rev=\"appendix\">3<\/a>]\u00a0<\/span>Il embaucha plusieurs com\u00e9diens de notre groupe et annon\u00e7a que c\u2019\u00e9tait une premi\u00e8re mondiale.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"extra\">\n<div class=\"cartouche\">\n<div class=\"cartouche\">\n<h2 class=\"h1 crayon article-titre-38549 \">Une tentative de d\u00e9colonisation de la statue de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span><\/h2>\n<\/div>\n<p class=\"info-publi\">Publi\u00e9 le\u00a0<abbr class=\"published\" title=\"2018-11-20T14:45:00Z\">mardi 20 novembre 2018<\/abbr>,\u00a0<span class=\"auteurs\">par\u00a0<span class=\"vcard author\">Martin Vander Elst<\/span>,\u00a0<span class=\"vcard author\">V\u00e9ronique Clette-Gakuba<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"info-publi\">\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>[\u2026] monde de statues\u00a0: la statue du g\u00e9n\u00e9ral qui a fait la conqu\u00eate, la statue du g\u00e9n\u00e9ral qui a construit le pont. Monde s\u00fbr de lui, \u00e9crasant de ses pierres les \u00e9chines \u00e9corch\u00e9es par le fouet. Voil\u00e0 le monde colonial.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/p>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-38549 chapo\">\n<div align=\"right\">Frantz Fanon, Les damn\u00e9s de la terre<\/div>\n<\/div>\n<p class=\"infos\"><span class=\"crayon article-titre-38549 titre\"><strong>Une tentative de d\u00e9colonisation de la statue de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span><\/strong><\/span>\u00a0\u00b7\u00a0<span class=\"crayon article-descriptif-38549 descriptif\">\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>[\u2026] monde de statues\u00a0: la statue du g\u00e9n\u00e9ral qui a fait la conqu\u00eate, la statue du g\u00e9n\u00e9ral qui a construit le pont. Monde s\u00fbr de lui, \u00e9crasant de ses pierres les \u00e9chines \u00e9corch\u00e9es par le fouet. Voil\u00e0 le monde colonial.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/span><\/p>\n<div align=\"right\">Frantz Fanon, Les damn\u00e9s de la terre<\/div>\n<div class=\"crayon article-texte-38549 texte\">\n<p>Cet article vise \u00e0 effectuer un retour critique \u2013 \u00e0 l\u2019occasion de ce num\u00e9ro de\u00a0<i>Bruxelles en mouvements<\/i>\u00a0consacr\u00e9 aux \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>traces<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb coloniales dans la g\u00e9ographie bruxelloise \u2013 sur une tentative d\u2019instauration d\u2019un contre-monument \u00e0 la statue \u00e9questre de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0place du Tr\u00f4ne. Cette tentative a \u00e9t\u00e9 rendue possible gr\u00e2ce, entre autres, \u00e0 un travail collectif sur une ann\u00e9e men\u00e9 avec des \u00e9tudiants de l\u2019<span class=\"caps\">ERG<\/span>\u00a0(\u00c9cole de Recherche Graphique, Bruxelles). Nous avons pens\u00e9 int\u00e9ressant d\u2019y revenir pr\u00e9cis\u00e9ment aujourd\u2019hui, dans une p\u00e9riode o\u00f9 l\u2019on parle de plus en plus de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>d\u00e9coloniser l\u2019espace public<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, sans qu\u2019un contenu pr\u00e9cis ne puisse \u00eatre attach\u00e9 \u00e0 cette expression. Entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la restauration du mus\u00e9e de Tervuren et de l\u2019autre, l\u2019instauration d\u2019une place Lumumba \u00e0 Ixelles, les visites guid\u00e9es d\u00e9coloniales et le d\u00e9boulonnement du buste de L\u00e9opold au parc Duden, on sent bien que le signifiant \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>d\u00e9colonisation<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb change de sens et subsume des processus contradictoires, voire antagoniques. Dans ce m\u00eame num\u00e9ro, Toma Luntumbue parle d\u2019ailleurs, \u00e0 l\u2019occasion de la suppos\u00e9e d\u00e9colonisation du Mus\u00e9e royal de l\u2019Afrique centrale, d\u2019un\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>vide th\u00e9orique qui entoure (ce) projet<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>. En restituant les diff\u00e9rents moments du processus d\u2019instauration d\u2019un contre-monument, nous sommes en mesure d\u2019identifier certaines modalit\u00e9s d\u2019emprise du patrimoine colonial, \u00e0 la fois sur la ville et les imaginaires. En rendre compte dans ces lignes constitue pour nous l\u2019occasion de poursuivre la r\u00e9flexion sur la fa\u00e7on dont des rapports d\u2019h\u00e9g\u00e9monie continuent de se voir m\u00e9di\u00e9s par ces villes capitales comme Bruxelles, ancienne m\u00e9tropole coloniale.<\/p>\n<p><strong>Le jour o\u00f9 le mythe du \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>roi b\u00e2tisseur<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb a vacill\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Le processus de contestation de la statue de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0place du Tr\u00f4ne est d\u00e9j\u00e0 assez ancien<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Voir A. Chronologie partielle de la contestation des statues coloniales en\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>\u00a0et s\u2019inscrit dans un mouvement transnational plus vaste de contestation du patrimoine esclavagiste et colonial.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Voir B. Critique du patrimoine esclavagiste et colonial, une conjoncture\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span>\u00a0Nous partons ici d\u2019une action de contestation du patrimoine colonial en Belgique \u00e0 laquelle nous avons particip\u00e9, qui a eu lieu sous la statue de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0place du Tr\u00f4ne \u00e0 Bruxelles, le jeudi 17\u00a0d\u00e9cembre 2015.<\/p>\n<p>Au d\u00e9part de cette action r\u00e9side la volont\u00e9 de la Ville de Bruxelles de rendre hommage \u00e0 L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, et ceci \u00e0 l\u2019initiative de Geoffroy Coomans de Brach\u00e8ne (jeune \u00e9chevin\u00a0<span class=\"caps\">MR<\/span>\u00a0de l\u2019urbanisme et du patrimoine de la Ville de Bruxelles). Une conf\u00e9rence devait suivre \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville dont l\u2019intention \u00e9tait de mettre en \u00e9vidence\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>la marque urbanistique laiss\u00e9e par L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0sur Bruxelles<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>. Alert\u00e9 via les r\u00e9seaux sociaux, un certain nombre d\u2019acteurs et de collectifs concern\u00e9s par les enjeux coloniaux en Belgique ont rapidement fait part de leur indignation la plus vive quant \u00e0 la tenue de cette comm\u00e9moration et appel\u00e9 \u00e0 un contre-rassemblement.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Les gestes pos\u00e9s et la pr\u00e9gnance des expressions symboliques ont jet\u00e9 un d\u00e9fi \u00e0 la monstruosit\u00e9 du monument.<\/p><\/blockquote>\n<p>Inqui\u00e9t\u00e9es par cette action de contestation, les autorit\u00e9s de la Ville de Bruxelles ont, dans un premier temps, annul\u00e9 l\u2019hommage qui devait \u00eatre rendu devant la statue \u00e9questre place du Tr\u00f4ne pour ne maintenir que la conf\u00e9rence autour de l\u2019action urbanistique du \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>roi b\u00e2tisseur<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville. Comme pour rassurer l\u2019opinion sur la suppos\u00e9e neutralit\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e0 l\u2019\u00e9gard des crimes commis par L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0au Congo, les autorit\u00e9s de la Ville se sont empress\u00e9es d\u2019ajouter que l\u2019intention de la soir\u00e9e \u00e9tait \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>purement patrimoniale<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb. Finalement, cette conf\u00e9rence sera \u00e9galement annul\u00e9e. L\u2019indignation ne s\u2019\u00e9tant pas cantonn\u00e9e aux r\u00e9seaux sociaux, \u00e0 l\u2019appel du Collectif M\u00e9moire Coloniale et Lutte contre les Discriminations, de la Nouvelle Voix Anti-coloniale et de Change asbl, un contre-rassemblement s\u2019est rapidement mis sur pied en lieu et place de l\u2019hommage pr\u00e9vu.<\/p>\n<p>Le jeudi 17\u00a0d\u00e9cembre 2015, d\u00e9but de soir\u00e9e, un rassemblement appel\u00e9\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>pas d\u2019hommage \u00e0 L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, il a le sang des peuples du Congo sur les mains<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0s\u2019est donc tenu. En pleine semaine une cent cinquantaine de personnes, adultes et enfants, pour beaucoup afrodescendants mais pas uniquement, se sont r\u00e9unis \u00e0 la fois pour contester le r\u00e9cit h\u00e9ro\u00efque du roi b\u00e2tisseur, pour rendre hommage aux victimes du colonialisme tout en \u00e9tablissant \u00e0 travers les discours les continuit\u00e9s avec le racisme structurel contemporain. Une plaque au nom du premier premier ministre du Congo Patrice \u00c9mery Lumumba a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9e sur le pi\u00e9destal. Le Collectif M\u00e9moire Coloniale a entre autres appel\u00e9 \u00e0 un v\u00e9ritable enseignement de l\u2019histoire coloniale\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00e0 partir d\u2019une perspective non euro-centr\u00e9e<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0afin de d\u00e9faire la\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>propagande coloniale et esclavagiste qui porte les fondements fallacieux du racisme structurel qui pr\u00e9vaut jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>. De la peinture rouge a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9e sur le buste de la statue et des mains rouges ont \u00e9t\u00e9 appos\u00e9es sur le socle en\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>signe de respect pour toutes ces mains qui ont \u00e9t\u00e9 coup\u00e9es<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>. Une multitude de bougies ont \u00e9t\u00e9 allum\u00e9es en\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>hommage \u00e0 toutes les victimes de la colonisation<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>. Apr\u00e8s plusieurs prises de paroles, le chanteur \u00c9ric Labat a repris \u00e0 capella le chant negro-spiritual,\u00a0<i>Wade in the Water<\/i>\u00a0qui, comme le rappelle la m\u00e9moire orale, \u00e9tait chant\u00e9 \u00e0 la fois comme un appel \u00e0 la lib\u00e9ration et comme un message cod\u00e9 avertissant les Africains d\u00e9port\u00e9s et r\u00e9duits en esclavage aux \u00c9tats-Unis de quitter la terre ferme et de se rendre dans l\u2019eau afin que les chiens et les ma\u00eetres esclavagistes ne puissent les retrouver\u00a0:\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Wade in the water, wade in the water children, God\u2019s a-gonna trouble the water<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>. Rassemblement hybride, entre manifestation politique et rem\u00e9moration d\u2019anc\u00eatres d\u00e9funts, les gestes pos\u00e9s et la pr\u00e9gnance des expressions symboliques ont jet\u00e9 un d\u00e9fi \u00e0 la monstruosit\u00e9 du monument.<\/p>\n<p>La d\u00e9nonciation des crimes coloniaux pass\u00e9s fit \u00e9galement signe vers la dimension coloniale qui sous-tend l\u2019urbanisme bruxellois. Et de fait, en faisant vaciller la figure du \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>roi b\u00e2tisseur<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb cette action aura r\u00e9uni les deux faces de la pi\u00e8ce coloniale\u00a0: la monnaie (les grands boulevards imp\u00e9riaux, les statues, les squares, les parcs coloniaux, le Cinquantenaire, Tervuren, etc.) et sa part maudite (l\u2019exploitation des richesses et le sang des Congolais). Dans un article qui fit suite \u00e0 cette action, Kalvin Soiresse rappelle justement les propos du Roi Albert 1<sup>er<\/sup>\u00a0(propos rapport\u00e9 par Anicet Mob\u00e9) \u00e9crit dans ses carnets de voyage au Congo en 1909\u00a0:\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le travail en Afrique, l\u2019or \u00e0 Bruxelles<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>. \u00c0 d\u00e9faut de pouvoir d\u00e9boulonner la statue de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, cette action a donc eu comme effet principal de faire voler en \u00e9clat le mythe du \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>roi b\u00e2tisseur<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, ultime refuge des d\u00e9fenseurs de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, premier urbaniste et \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>visionnaire<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb qui aurait transform\u00e9 de fa\u00e7on grandiose la physionomie de Bruxelles pour l\u2019\u00e9riger en capitale moderne.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Le travail en Afrique, l\u2019or \u00e0 Bruxelles.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019instar des mouvements pour destituer les statues de\u00a0<span class=\"caps\">R.E.<\/span>\u00a0Lee aux \u00c9tats-Unis et de J.Rhodes en Afrique du Sud, ce rassemblement de contestation a fait prise dans l\u2019actualit\u00e9 postcoloniale belge \u00e0 partir des effets contemporains du colonialisme en termes de racisme structurel, d\u2019invisibilisation, d\u2019in\u00e9galit\u00e9s et de discriminations. D\u00e8s lors si cette action a pu prendre forme \u00e0 Bruxelles c\u2019est dans la mesure o\u00f9 elle a su s\u2019articuler avec\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>quantit\u00e9 d\u2019autres revendications et initiatives positives impuls\u00e9es par les afro-descendants \u00e0 travers toute l\u2019Europe<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0(Manifeste). Ces diff\u00e9rents exemples montrent que la contestation du patrimoine esclavagiste et colonialiste se situe \u00e0 partir d\u2019enjeux qui sont bel et bien contemporains. Si ces enjeux actuels s\u2019expriment si facilement \u00e0 partir d\u2019un pass\u00e9 non r\u00e9solu, c\u2019est qu\u2019il existe, comme le disait le philosophe Walter Benjamin \u00e0 propos d\u2019autres vaincus de l\u2019histoire,\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>un rendez-vous myst\u00e9rieux entre les g\u00e9n\u00e9rations d\u00e9funtes et celle dont nous faisons partie nous-m\u00eames<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>. Sous le pi\u00e9destal des figures colonialistes, la rem\u00e9moration des souffrances apparemment d\u00e9finitive des victimes du pass\u00e9 ouvre alors vers une forme de r\u00e9paration active dont l\u2019importance se mesure \u00e0 l\u2019aune de possibles nouvelles lignes de force porteuses de justice face aux formes contemporaines du racisme. Ainsi l\u2019action politique dans laquelle se trouve enr\u00f4l\u00e9e la destitution du potentat colonial ne fut pas simple restitution du pass\u00e9. Elle fut tout autant transmission des luttes \u00e9mancipatrices et transformation active du pr\u00e9sent.<\/p>\n<p><strong>Le manifeste pour un contre-monument<\/strong><\/p>\n<p>Quelques mois apr\u00e8s ce jeudi 17\u00a0d\u00e9cembre 2015 nous nous sommes r\u00e9unis \u00e0 quelques-uns qui \u00e9tions pr\u00e9sents le soir du rassemblement, car nous souhaitions en prolonger les effets. Nous nous sommes lanc\u00e9s dans la r\u00e9daction d\u2019un appel \u00e0 projet artistique par le biais d\u2019un manifeste paru sous forme de carte blanche et parue dans\u00a0<i>Le Soir<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Le Manifeste\u00a0: \u00ab\u00a0Comment d\u00e9coloniser la statue de L\u00e9opold\u00a0II\u00a0?\u00a0\u00bb, paru dans Le\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nb3\" rel=\"appendix\">3<\/a>]<\/span>\u00a0en faveur de la r\u00e9alisation d\u2019une \u0153uvre capable de partir de la statue et de son environnement pour en d\u00e9tourner les effets en termes d\u2019emprise coloniale. D\u2019embl\u00e9e, nous avons \u00e9cart\u00e9 la perspective d\u2019une\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>simple plaque comm\u00e9morative en forme de mot d\u2019excuse<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>. Au contraire, dans le manifeste nous avons essay\u00e9 de prendre au s\u00e9rieux la mat\u00e9rialit\u00e9 de la colonialit\u00e9 inscrite dans ce monument\u00a0: la pierre, la stature, le cuivre et l\u2019\u00e9tain<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Sur l\u2019arri\u00e8re du socle de la statue, une petite plaque (20 sur 15 cm environ)\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nb4\" rel=\"appendix\">4<\/a>]<\/span>, la monumentalit\u00e9 et le r\u00e9cit colonial-imp\u00e9rial que cette mat\u00e9rialit\u00e9 (re)produit. La proposition originale du manifeste \u00e9tait donc de partir de cette mat\u00e9rialit\u00e9 pour\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>faire cro\u00eetre la port\u00e9e du monument en y adjoignant une intervention artistique porteuse de vision, de m\u00e9moire, de contradiction<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>Le \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>nous<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb du manifeste est avant tout h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne\u00a0: un \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>nous<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb compos\u00e9 de membres actifs de l\u2019associatif africain, d\u2019artistes et d\u2019universitaires. Majoritairement, il s\u2019agissait d\u2019un groupe afrodescendant, mais pas exclusivement. La question de la convergence avec d\u2019autres luttes urbaines minoritaires (notamment celle contre l\u2019islamophobie) a pris une place importante s\u2019agissant pour nous de relier la question (post) coloniale \u00e0 celle de l\u2019(in)hospitalit\u00e9 de la ville moderne travers\u00e9e de part en part par des ph\u00e9nom\u00e8nes de gentrification et de racialisation. Le manifeste tente ainsi d\u2019articuler les deux faces de l\u2019action de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0\u2013 \u00e0 la fois potentat extractiviste au Congo et urbaniste expropriateur \u00e0 Bruxelles \u2013 dans leurs cons\u00e9quences contemporaines, c\u2019est-\u00e0-dire entre autres\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>les formes contemporaines d\u2019exploitations des richesses en Afrique<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>. De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale encore, il s\u2019agit dans ce manifeste de s\u2019opposer radicalement \u00e0 la monumentalit\u00e9 de la statue qui reconduit une posture supr\u00e9matiste contenant\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>un m\u00e9pris structurel pour les vies humaines racis\u00e9es<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>. D\u00e8s lors, un point central du manifeste consistait \u00e0 refuser de se focaliser sur la statue de la place du Tr\u00f4ne comme unique probl\u00e8me, mais plut\u00f4t de comprendre que son efficacit\u00e9 et son pouvoir lui proviennent de son inscription dans la g\u00e9ographie colonial-imp\u00e9riale de la ville. La statue serait ainsi appr\u00e9hend\u00e9e en tant que\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>symbole d\u2019une ville qui se d\u00e9ploie en broyant sur son passage les vies et les expressions jug\u00e9es inappropri\u00e9es<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>La proposition qui commen\u00e7ait ainsi \u00e0 s\u2019esquisser en filigrane des exigences du manifeste s\u2019articulait autour du geste de\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>faire vaciller le point de vue sur le monde que cette statue repr\u00e9sente<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0qui\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>plonge les victimes de la colonisation dans l\u2019indiff\u00e9rence et le m\u00e9pris<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>. En effet, les monuments coloniaux racontent une histoire, un r\u00e9cit qui\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>en m\u00eame temps qu\u2019il \u00e9difie le roi b\u00e2tisseur, l\u00e9gitime la conqu\u00eate coloniale et occulte sa nature destructrice<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>. Nous en appelions ainsi \u00e0 une\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>transformation substantielle<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0du monument existant afin de\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>donner prise aux voix \u00e9touff\u00e9es<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb et ainsi \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>sortir de l\u2019eurocentrisme<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, le manifeste interpellait les autorit\u00e9s publiques en vue de souligner la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un financement pour le projet. \u00c0 ce stade, en termes de contraintes pour les projets-\u00e0-venir nous avions sp\u00e9cifi\u00e9 que notre attente ne r\u00e9sidait pas seulement dans la condamnation de\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>l\u2019entreprise coloniale, mais bien plus (dans la fa\u00e7on) de puiser dans d\u2019autres r\u00e9cits (en se reconnectant) \u00e0 d\u2019autres forces<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>. C\u2019est pourquoi, dans le manifeste, le projet de contre-monument s\u2019inscrit en r\u00e9sonance avec le combat qui se m\u00e8ne non loin de l\u00e0, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du boulevard, pour l\u2019obtention de la place Lumumba \u00e0 Matonge\u00a0:\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>quels sont les anc\u00eatres que nous nous choisissons et qu\u2019ont-ils \u00e0 nous appendre<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9preuve\u00a0: les propositions des \u00e9tudiants de l\u2019<span class=\"caps\">ERG<\/span><\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 travers le manifeste nous ne proposions pas de solution d\u00e9coloniale toute faite, nous savions que nous faisions un pari risqu\u00e9 et que pour le relever nous aurions besoin d\u2019\u00e9laborer un cahier des charges afin de parvenir \u00e0 formuler des contraintes activantes. Par contrainte, nous n\u2019entendons rien de particuli\u00e8rement formel, mais plut\u00f4t des contraintes pragmatiques permettant d\u2019\u00e9viter les pi\u00e8ges d\u2019une critique facile ne nous engageant pas assez loin dans des transformations, voire faisant illusion. Ceci \u00e9tant, au stade du manifeste, nous ne connaissions pas encore ces pi\u00e8ges que nous pressentions cependant. \u00c0 ce jour, nous n\u2019avons toujours pas r\u00e9dig\u00e9 de tel cahier, mais nous avons eu l\u2019occasion de tester la demande aupr\u00e8s d\u2019\u00e9tudiants de l\u2019<span class=\"caps\">ERG<\/span>. Nous nous sommes donc transform\u00e9s, pour un temps, en un collectif-commanditaire en vue de demander \u00e0 ces \u00e9tudiants\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>de r\u00e9aliser un monument original int\u00e9grant l\u2019existant<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0sur base des principes avanc\u00e9s dans le manifeste. \u00c0 la place d\u2019un cahier des charges, un court \u00e9nonc\u00e9 ouvrait sur quelques possibilit\u00e9s\u00a0: l\u2019intervention pouvait prendre n\u2019importe quelle forme, pouvait prendre place n\u2019importe o\u00f9 dans l\u2019environnement de la statue, nous ne voulions pas n\u00e9cessairement focaliser sur la figure historique du roi L\u00e9opold, etc. \u00c0 l\u2019issue de cette premi\u00e8re exp\u00e9rimentation, via cette r\u00e9flexion critique \u00e0 partir des projets d\u2019\u00e9tudiants, nous pourrions alors envisager d\u2019affiner un cahier des charges pour le futur.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Faire vaciller le point de vue sur le monde que cette statue repr\u00e9sente\u2026<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette \u00e9tape interm\u00e9diaire a eu lieu avec des \u00e9tudiants de l\u2019<span class=\"caps\">ERG<\/span>\u00a0inscrits au Master \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>R\u00e9cits et exp\u00e9rimentation, narration sp\u00e9culative<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb. Par le biais de leurs diff\u00e9rentes disciplines artistiques (illustration, vid\u00e9o, performance, sculpture, etc.), une trentaine d\u2019\u00e9tudiants ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 penser \u00e0 des moyens de transformer la place du Tr\u00f4ne, dans ses relations avec la ville, et la statue contest\u00e9e qu\u2019elle porte. Avec les deux titulaires, Yvan Flasse et Fabrizio Terranova, nous avons encadr\u00e9 les \u00e9tudiants durant l\u2019ann\u00e9e 2016-17, faisant le pari qu\u2019une intervention artistique \u00e9tait susceptible de faire entendre les voix r\u00e9duites au silence et relier les atrocit\u00e9s du pass\u00e9 aux luttes du pr\u00e9sent. Les projets des \u00e9tudiants ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s sous forme de maquettes ou de projets lors de deux expositions s\u2019\u00e9tant tenues en mai 2017 (au Brass\u2019art Digital Caf\u00e9, Bruxelles et au centre culturel Het Bos, \u00e0 Gand).<\/p>\n<p>Activant diff\u00e9rents types d\u2019artifice, plusieurs travaux produisaient un m\u00eame effet de disparition de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, ce qui n\u2019a jamais manqu\u00e9 d\u2019apporter une certaine satisfaction. Le recouvrement progressif de la statue de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0par des plantes intrusives aux vertus soit gu\u00e9risseuses soit empoisonneuses, son encastrement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un \u00e9chafaudage rouill\u00e9 en clin d\u2019oeil au Palais de justice de Bruxelles (monument construit sous le r\u00e8gne de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0qui est depuis 35 ans derri\u00e8re les \u00e9chafaudages) ou encore la mutation du visage de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0en t\u00eate de pigeon sont trois des principes actifs ayant permis de penser la disparition de la statue.<\/p>\n<p>D\u2019autres projets ont eu comme effet de faire trembler la forme en faisant ressortir \u00e0 la fois le simulacre de grandeur que repr\u00e9sente le monument de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0et sa duplicit\u00e9. Par exemple, un projet de sculpture actualise un L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0SuperStar ovationn\u00e9 par une foule de mains lev\u00e9es qui ne sont en r\u00e9alit\u00e9 que des mains coup\u00e9es, symbole par excellence de la cruaut\u00e9 du r\u00e9gime l\u00e9opoldien.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me type de projet tente d\u2019opposer au r\u00e9cit h\u00e9ro\u00efque que veut raconter la statue d\u2019autres formes de r\u00e9cits mineurs. C\u2019est le cas du recouvrement de la statue avec un tissu wax fait de motifs racontant l\u2019histoire de ce tissu tr\u00e8s populaire en Afrique, mais totalement d\u00e9pendant d\u2019une industrie post-coloniale hollandaise. Un autre projet consistait \u00e0 disposer dans l\u2019abribus \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la statue un dispositif d\u2019enregistrement, pour r\u00e9colter les r\u00e9cits des passants suppos\u00e9s contrevenir \u00e0 une histoire \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>d\u2019en haut<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Quels sont les anc\u00eatres que nous nous choisissons et qu\u2019ont-ils \u00e0 nous appendre<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<\/p><\/blockquote>\n<p>Chaque projet travaille un probl\u00e8me et est en soi int\u00e9ressant. Cet article n\u2019a pas pr\u00e9tention \u00e0 \u00e9valuer ces projets. Nous voudrions cependant \u00e9pingler une r\u00e9currence qui,\u00a0<i>a posteriori<\/i>, nous est apparue traverser l\u2019ensemble des projets\u00a0: la quasi-totalit\u00e9 des travaux articulaient une proposition artistique tournant autour de la figure de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0exclusivement. Aucune proposition ne performait r\u00e9ellement quelque chose de plus \u00e9tendu exc\u00e9dant sa seule figure pour aller se ramifier ailleurs dans la ville ou ailleurs dans le temps. Cela e\u00fbt comme effet, comme l\u2019aura fait sentir un visiteur, de saturer l\u2019espace d\u2019exposition de la pr\u00e9sence de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>, de le survisibiliser, voire de le surench\u00e9rir. Le collectif-commanditaire a ses propres responsabilit\u00e9s dans l\u2019affaire. Nous n\u2019avons pas senti \u00e0 temps \u00e0 quel point il convenait d\u2019arriver \u00e0 dramatiser une cartographie coloniale de la ville plus vaste que la seule statue, au risque de f\u00e9tichiser L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>. Un autre probl\u00e8me, en lien avec le premier, se r\u00e9v\u00e8le par l\u2019absence dans les projets de toutes traces \u00e9voquant l\u2019existence des forces historiques qui aujourd\u2019hui rendent possible \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration-ci de penser la disparition de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9faire la ruse du temps colonial<\/strong><\/p>\n<p>Faire retour sur la tentative de d\u00e9colonisation de la statue de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0nous am\u00e8ne \u00e0 prendre acte de la r\u00e9manence de la colonialit\u00e9 \u00e0 travers le \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>processus m\u00eame de d\u00e9colonisation<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb que nous avons tent\u00e9 de mettre en marche. La frontalit\u00e9 du principe de monstration de la puissance coloniale semble avoir satur\u00e9 les imaginaires des \u00e9tudiants, et le n\u00f4tre \u00e0 certains moments, au point de rendre tr\u00e8s difficile voire impossible le branchement \u00e0 d\u2019autres lieux et \u00e0 d\u2019autres temporalit\u00e9s.<\/p>\n<p>Cet effet de redondance de la frontalit\u00e9 de la figure de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0dans la perspective critique, voire morale, sur la d\u00e9colonisation de l\u2019espace public s\u2019explique, peut-\u00eatre, par le pr\u00e9suppos\u00e9 d\u2019une sup\u00e9riorit\u00e9 de la conscience (post-coloniale) sur la mat\u00e9rialit\u00e9 de la colonialit\u00e9, pr\u00e9suppos\u00e9 sur lequel cette critique s\u2019appuie pour se formuler. Pour cette raison, selon nous, elle ne parvient pas \u00e0 prendre suffisamment en compte la grammaire coloniale qui passe (encore) \u00e0 travers la pierre. Pourtant, les monuments \u00e0 la gloire du colonialisme fonctionnent comme une sorte de ruse de la raison coloniale, une ruse \u00e0 travers laquelle le temps colonial lui-m\u00eame refuse de s\u2019\u00e9puiser et se met \u00e0 nous pi\u00e9ger. Pour Achille Mbembe,\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette fonction de pi\u00e8ge que jouent les statues, effigies et monuments coloniaux [\u2026] il n\u2019y a gu\u00e8re de statue coloniale qui ne renvoie \u00e0 une mani\u00e8re de remonter le temps<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"A. MBEMBE, \u00ab\u00a0Critique de la raison n\u00e8gre \u2013 Les petits secret de la race\u00a0\u00bb,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nb5\" rel=\"appendix\">5<\/a>]<\/span>. Pour illustrer cette relation entre mat\u00e9rialit\u00e9 et temporalit\u00e9 coloniale, on pourrait reprendre l\u2019image que forge Toma Luntumbue, \u00e0 propos de l\u2019espace du Mus\u00e9e, du \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>livre de pierre<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb qui\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>occupe un r\u00f4le capital, car il fait signe, lui-m\u00eame, influence la perception des visiteurs et interagit avec les autres types de signes [\u2026]<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh6\" class=\"spip_note\" title=\"T. LUNTUMBUE, 2015, \u00ab\u00a0R\u00e9novation au Mus\u00e9e de Tervuren\u00a0: questions, d\u00e9fis et\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nb6\" rel=\"appendix\">6<\/a>]<\/span>. Faisant office de gardienne du temps colonial, ces statues y parviennent d\u2019autant mieux qu\u2019elles font l\u2019objet d\u2019entretiens assidus de la part de toute une s\u00e9rie de services de la ville (soin du parterre de fleurs, nettoyage instantan\u00e9 des graffitis, restaurations, etc.).<\/p>\n<p>Cette persistance de la colonialit\u00e9 au c\u0153ur du processus de d\u00e9colonisation lui-m\u00eame peut ainsi \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e \u00e0 partir de ce que Achille Mbembe appelle la\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>vie psychique du pouvoir colonial<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh7\" class=\"spip_note\" title=\"A. MBEMBE, op. cit.\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nb7\" rel=\"appendix\">7<\/a>]<\/span>, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 partir des fonctions de terreurs de la colonisation et des fonctions fantasmatiques de la colonialit\u00e9<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh8\" class=\"spip_note\" title=\"Idem.\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nb8\" rel=\"appendix\">8<\/a>]<\/span>. Cette double fonction se trouve cristallis\u00e9e dans la frontalit\u00e9 du principe de monstration de la puissance ainsi que dans l\u2019esprit de conqu\u00eate et de massacres mat\u00e9rialis\u00e9s par la statue. D\u2019un point de vue g\u00e9n\u00e9alogique, il importe donc peut-\u00eatre de se rappeler qu\u2019avant m\u00eame l\u2019\u00e9rection de la statue en 1926, les objets pill\u00e9s, extorqu\u00e9s ou vol\u00e9s au Congo et envoy\u00e9s ou donn\u00e9s par les agents de l\u2019\u00c9tat du Congo \u00e9taient entass\u00e9s dans un des greniers \u00e0 foin des \u00e9curies du Roi, situ\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment Place du Tr\u00f4ne.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh9\" class=\"spip_note\" title=\"\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e premi\u00e8re d\u2019un Mus\u00e9e du Congo Belge date de 1895. \u00c0 cette \u00e9poque dans un\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nb9\" rel=\"appendix\">9<\/a>]<\/span>\u00a0Et de fait, les statues et monuments coloniaux sont des manifestations de l\u2019arbitraire absolu dont les pr\u00e9mices se trouvent d\u00e9j\u00e0 dans la mani\u00e8re dont sont men\u00e9es les guerres de conqu\u00eate, les guerres dites de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>pacification<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb. Ils font en sorte que le principe du meurtre et de la cruaut\u00e9 qu\u2019ils ont personnifi\u00e9 \u2013 on pense \u00e9videmment aussi ici \u00e0 \u00c9mile Storms dont la statue se trouve \u00e0 quelques pas de l\u00e0, square Mee\u00fbs \u2013 continue de hanter la m\u00e9moire des sujets post-coloniaux, de saturer leur imaginaire et leurs espaces de vie.<\/p>\n<p>Par ce retour r\u00e9flexif, nous avons voulu mettre en exergue une tension \u00e0 l\u2019oeuvre entre la volont\u00e9 du Manifeste de d\u00e9coloniser la statue de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span>\u00a0en sortant de l\u2019euro-centrisme (\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>en puisant dans d\u2019autres r\u00e9cits, en se reconnectant \u00e0 d\u2019autres forces<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb) et la r\u00e9alit\u00e9 des projets travaill\u00e9s par et avec les \u00e9tudiants de l\u2019<span class=\"caps\">ERG<\/span>. Cette tension devient peut-\u00eatre pensable \u00e0 partir de l\u2019<i>historicit\u00e9<\/i>\u00a0de la colonisation elle-m\u00eame qui en son principe a consist\u00e9 \u00e0 faire de la vie m\u00eame des colonis\u00e9s une r\u00e9alit\u00e9 spectrale<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh10\" class=\"spip_note\" title=\"A. MBEMBE, op. cit.\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nb10\" rel=\"appendix\">10<\/a>]<\/span>. D\u00e8s lors, se d\u00e9faire de l\u2019emprise coloniale, en tant que probl\u00e8me situ\u00e9 ne pourra pour les Blancs s\u2019accomplir dans la continuation de cette indiff\u00e9rence vis-\u00e0-vis de vies sacrifi\u00e9es et du \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>comment<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb elles le sont. Cette indiff\u00e9rence entre ainsi en r\u00e9sonance avec les formes les plus contemporaines d\u2019accumulations, de spoliations et d\u2019expropriations \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. La d\u00e9colonisation comprend des enjeux crois\u00e9s et suppose alors pour les Blancs d\u2019aller chercher dans des traditions de pens\u00e9es critiques des ressources qui contrarient cette hi\u00e9rarchisation des vies. Pour les Noirs, quand bien m\u00eame ceux-ci ne seraient pas \u00e0 l\u2019abri de cette indiff\u00e9rence paradigmatique, l\u2019enjeu est autre. Faisant face \u00e0 la conception du temps impos\u00e9e par la modernit\u00e9 coloniale, l\u2019enjeu se situe plut\u00f4t pour les Noirs d\u2019arriver malgr\u00e9 tout \u00e0 prolonger les multitudes d\u2019affirmations faisant exister des pr\u00e9sences non spectrales.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9faire le pi\u00e8ge du temps colonial fig\u00e9 dans la pierre et l\u2019\u00e9tain, nous voudrions \u00e9galement poser que suivre le fil de l\u2019emprise coloniale au pr\u00e9sent, et non pas en ranimer les figures embl\u00e9matiques, c\u2019est parvenir \u00e0 se d\u00e9placer dans les articulations entre les lieux depuis lesquels la colonialit\u00e9 agit. On ne saurait la prendre \u00e0 revers, cette emprise, si l\u2019on n\u2019\u00e9tablit pas de continuit\u00e9 entre des temporalit\u00e9s pouvant appara\u00eetre comme disjointe alors qu\u2019elles forment l\u2019histoire des successions et des transmissions en mati\u00e8re de r\u00e9sistances. Ce que peuvent venir nous indiquer les exemples de Charlottesville, de l\u2019Universit\u00e9 du Cap ou l\u2019action ayant eu lieu \u00e0 Bruxelles le 17\u00a0d\u00e9cembre 2015, a tout \u00e0 voir avec le\u00a0<i>retour<\/i>\u00a0de ces autres colonis\u00e9s au c\u0153ur m\u00eame des anciennes m\u00e9tropoles, et de la\u00a0<i>praxis<\/i>\u00a0politique \u00e9manant de l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019immigration postcoloniale. De cette\u00a0<i>praxis<\/i>, plus que de toute autre th\u00e9orie de l\u2019\u00e9mancipation qui parvient \u00e0 articuler enjeux de discriminations, d\u2019in\u00e9galit\u00e9s et de racisme structurel avec les questions d\u2019h\u00e9ritage et de continuit\u00e9 de la colonialit\u00e9 dans notre pr\u00e9sent d\u00e9pendrait, selon nous, les conditions capables de produire un sens politique \u00e0 ce mouvement de d\u00e9colonisation.<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>V\u00e9ronique Clette-Gakuba<\/strong>\u00a0et\u00a0<strong>Martin\u00a0Vander\u00a0Elst<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p><i class=\"fa fa-envelope-o\" title=\"Contact\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\u00a0<a href=\"https:\/\/ieb.be\/_Veronique-Clette-Gakuba_\">V\u00e9ronique Clette-Gakuba<\/a>\u00a0&#8211;\u00a0<a href=\"https:\/\/ieb.be\/_Martin-Vander-Elst_\">Martin Vander Elst<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<p class=\"h2 pas_surlignable\">Notes<\/p>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Voir\u00a0<i><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/A-Chronologie-partielle-de-la-contestation-des-statues-coloniales-en-Belgique\">A. Chronologie partielle de la contestation des statues coloniales en Belgique<\/a><\/i>.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>Voir\u00a0<i><a class=\"spip_in\" href=\"https:\/\/ieb.be\/B-Critique-du-patrimoine-esclavagiste-et-colonial-une-conjoncture\">B. Critique du patrimoine esclavagiste et colonial, une conjoncture internationale<\/a><\/i>.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nh3\" rev=\"appendix\">3<\/a>]\u00a0<\/span>Le Manifeste\u00a0:\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Comment d\u00e9coloniser la statue de L\u00e9opold\u00a0<span class=\"caps\">II<\/span><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>, paru dans\u00a0<i>Le Soir<\/i>\u00a0le 15\/06\/2016 (<a class=\"spip_out\" href=\"https:\/\/plus.lesoir.be\/45761\/article\/2016-06-15\/comment-decoloniser-la-statue-de-leopold-ii\" rel=\"external\">https:\/\/plus.lesoir.be<\/a>.). Lisible dans son int\u00e9gralit\u00e9 sur\u00a0<a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/www.cadtm.org\/Comment-decoloniser-la-statue-de\" rel=\"external\">www.cadtm.org<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nh4\" rev=\"appendix\">4<\/a>]\u00a0<\/span>Sur l\u2019arri\u00e8re du socle de la statue, une petite plaque (20 sur 15 cm environ) en bronze indique l\u2019information suivante\u00a0:\u00a0<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le cuivre et l\u2019\u00e9tain de cette statue proviennent du Congo Belge. Ils ont \u00e9t\u00e9 fournis gracieusement par l\u2019Union Mini\u00e8re du Haut-Katanga.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nh5\" rev=\"appendix\">5<\/a>]\u00a0<\/span>A.\u00a0<span class=\"caps\">MBEMBE<\/span>, \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Critique de la raison n\u00e8gre \u2013 Les petits secret de la race<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, Paris, La D\u00e9couverte, 2013.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb6\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 6\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nh6\" rev=\"appendix\">6<\/a>]\u00a0<\/span>T.\u00a0<span class=\"caps\">LUNTUMBUE<\/span>, 2015, \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>R\u00e9novation au Mus\u00e9e de Tervuren\u00a0: questions, d\u00e9fis et perspectives<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, L\u2019Art m\u00eame, n\u00b065, 2<sup>e<\/sup>\u00a0trimestre 2015, pp. 15-17.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb7\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 7\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nh7\" rev=\"appendix\">7<\/a>]\u00a0<\/span>A.\u00a0<span class=\"caps\">MBEMBE<\/span>,\u00a0<i>op. cit.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb8\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 8\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nh8\" rev=\"appendix\">8<\/a>]\u00a0<\/span><i>Idem.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb9\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 9\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nh9\" rev=\"appendix\">9<\/a>]\u00a0<\/span><i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>L\u2019id\u00e9e premi\u00e8re d\u2019un Mus\u00e9e du Congo Belge date de 1895. \u00c0 cette \u00e9poque dans un des greniers \u00e0 foin des \u00e9curies du Roi, Place du Tr\u00f4ne, \u00e0 Bruxelles, l\u2019administration de l\u2019\u00c9tat du Congo avait fait d\u00e9poser les objets envoy\u00e9s ou donn\u00e9s par ses agents d\u2019Afrique et aussi quelques collections venant de l\u2019Exposition d\u2019Anvers en 1894. \u00c0 l\u2019occasion de l\u2019Exposition de Bruxelles en 1897, on r\u00e9solut de faire un grand effort pour donner un important accroissement \u00e0 ce d\u00e9p\u00f4t et pour mettre sous les yeux du grand public les preuves des progr\u00e8s accomplis par le jeune \u00c9tat.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u00a0(Baron A. de Haulleville, directeur du Mus\u00e9e).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb10\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 10\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Une-tentative-de-decolonisation-de-la-statue-de-Leopold-II#nh10\" rev=\"appendix\">10<\/a>]\u00a0<\/span>A.\u00a0<span class=\"caps\">MBEMBE<\/span>,\u00a0<i>op. cit.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire coloniale belge \u00e9maille la vie quotidienne des Bruxellois : dans le m\u00e9tro, les parcs bruxellois, les mus\u00e9es, mais aussi plus simplement au supermarch\u00e9 ou sur la table. \u00c0 l\u2019heure de l\u2019imminente r\u00e9ouverture du mus\u00e9e royal d\u2019Afrique centrale, ce dossier propose une lecture de Bruxelles, ancienne capitale coloniale, parsem\u00e9e de lieux, de places, de statues, &#8230; <a title=\"DOSSIER Bruxelles ville congolaise\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4509\" aria-label=\"En savoir plus sur DOSSIER Bruxelles ville congolaise\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2754,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,21,36,7,18,28],"tags":[80,307,306,72,427,428,424],"class_list":["post-4509","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-anti-imperialisme","category-europe","category-negrophobie","category-resistance-bruxelles","category-racismes","tag-congo","tag-leopold-ii","tag-martin-vander-elst","tag-patrice-lumumba","tag-tervuren","tag-toma-muteba-luntumbue","tag-veronique-clette-gakuba"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4509","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4509"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4509\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4511,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4509\/revisions\/4511"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2754"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4509"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4509"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4509"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}