{"id":4688,"date":"2021-02-05T14:10:21","date_gmt":"2021-02-05T13:10:21","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4688"},"modified":"2021-02-25T14:13:00","modified_gmt":"2021-02-25T13:13:00","slug":"pourquoi-la-race-compte-encore-entretien-avec-alana-lentin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4688","title":{"rendered":"Pourquoi la race compte encore : entretien avec Alana Lentin"},"content":{"rendered":"<div class=\"entry-content\">\n<p class=\"selectionShareable\"><em>Dans cet entretien avec le \u00ab\u00a0QG D\u00e9colonial\u00a0\u00bb, Alana Lentin revient sur les id\u00e9es phares de son dernier livre\u00a0<\/em>Why Race Still Matters\u00a0<em>(Polity, 2020), soulignant ainsi les enjeux politiques pos\u00e9s par les d\u00e9bats th\u00e9oriques sur la question raciale. \u00c9voquant notamment les limites du concept de \u00ab privil\u00e8ge blanc \u00bb et les enjeux li\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e selon laquelle la race est une construction sociale, Lentin propose une lecture rigoureuse et plus complexe de la r\u00e9alit\u00e9 raciale.\u00a0<\/em><\/p>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"attachment-pixelwars_theme_image_size_2 size-pixelwars_theme_image_size_2 wp-post-image aligncenter\" title=\"\" src=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/livre-Alana1.jpg\" sizes=\"(max-width: 333px) 100vw, 333px\" srcset=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/livre-Alana1.jpg 333w, https:\/\/qgdecolonial.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/livre-Alana1-200x300.jpg 200w\" alt=\"Pourquoi la race compte encore : entretien avec Alana Lentin\" width=\"333\" height=\"500\" \/><\/p>\n<p class=\"selectionShareable\"><strong>Dans l\u2019introduction de ton livre, tu d\u00e9finis la race comme \u00ab\u2009une technologie pour la gestion de la diff\u00e9rence humaine, dont le principal objectif est la production, la reproduction et le maintien de la supr\u00e9matie blanche \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale et plan\u00e9taire\u2009\u00bb (p.\u00a05). Cependant, la question de la raison pour laquelle il est important que les sujets non-blancs ne soient pas consid\u00e9r\u00e9s comme pleinement humains demeure. Comment consid\u00e8res-tu le concept de \u00ab\u2009privil\u00e8ge blanc\u2009\u00bb par exemple\u2009? Est-ce qu\u2019il te semble pertinent\u2009?<\/strong><\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Il me semble que cette question contient diff\u00e9rentes choses. On pourrait peut-\u00eatre la reformuler de la mani\u00e8re suivante\u00a0: quel est le rapport entre la race en tant que \u00ab\u2009technologie de pouvoir\u2009\u00bb, la blanchit\u00e9 et la cat\u00e9gorie de l\u2019Humain\u2009? Cela me permettra d\u2019en venir \u00e0 la question du \u00ab\u2009privil\u00e8ge blanc\u2009\u00bb. Tout au long de mon travail, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 guid\u00e9e par une approche critique de la race dans laquelle on consid\u00e8re qu\u2019il est n\u00e9cessaire d\u2019ancrer historiquement et contextuellement celle-ci, tout en prenant en compte sa nature relationnelle et interactive, comme l\u2019a montr\u00e9 David Goldberg (Goldberg, 2015), ainsi que le fait qu\u2019il s\u2019agit forc\u00e9ment d\u2019un concept mobile. En suivant cela, alors qu\u2019il existe un d\u00e9bat f\u00e9cond sur le moment o\u00f9 doit se situer historiquement la race, il y a un consensus g\u00e9n\u00e9ral sur le fait que celle-ci entre en vigueur comme une fonction de la modernit\u00e9, et en particulier de l\u2019expansion de l\u2019Europe dans le contexte des invasions coloniales et de la domination imp\u00e9riale. Cela n\u2019\u00e9carte aucunement le fait que, comme Cedric Robinson et d\u2019autres l\u2019ont montr\u00e9, elle s\u2019infiltre en Europe et s\u2019av\u00e8re fondamentale dans le d\u00e9veloppement du premier capitalisme au sein m\u00eame de l\u2019Europe (Robinson, 1983).<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">L\u2019id\u00e9e selon laquelle la construction id\u00e9ologique du racisme a engendr\u00e9 l\u2019\u00ab\u00a0invention de la race\u00a0\u00bb me pose probl\u00e8me. Cette vision tend \u00e0 confiner la race dans l\u2019id\u00e9e d\u2019une hi\u00e9rarchie taxonomique de groupes au sein de la population, g\u00e9n\u00e9ralement sur la base de diff\u00e9rences biologiques ou g\u00e9n\u00e9tiques suppos\u00e9es. N\u00e9anmoins, cette it\u00e9ration assez tardive de la pens\u00e9e raciale, qui n\u2019a vraiment pris son essor qu\u2019\u00e0 la fin du XVIII<sup>e<\/sup>-d\u00e9but XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par des formes de dominations raciales qui ne reposaient pas sur une description syst\u00e9matis\u00e9e de la race comme \u00e9tant confin\u00e9e au domaine biologique. L\u2019id\u00e9e d\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 \u00e9tait certainement pr\u00e9sente, et les notions concernant la puret\u00e9 ou l\u2019impuret\u00e9 du sang, etc., \u00e9taient intrins\u00e8ques aux \u00e9v\u00e9nements majeurs de l\u2019histoire de la race, notamment \u00e0 l\u2019expulsion ou la conversion forc\u00e9e des Juifs et des Musulmans en Espagne. Toutefois, d\u2019autres pratiques de d\u00e9marcation cartographiant les pratiques culturelles et religieuses, le genre et la sexualit\u00e9 tout comme la localisation g\u00e9ographique sur le corps existaient \u00e9galement. Ainsi, c\u2019est parce que la race est la mieux d\u00e9crite par ce qu\u2019Alexander Weheliye nomme une s\u00e9rie d\u2019assemblages racialisants \u2013 tirant dans nombre de directions diff\u00e9rentes \u2013 qu\u2019il n\u2019est pas pertinent de la confiner \u00e0 la sph\u00e8re de l\u2019id\u00e9ologique\/du biologique (Weheliye 2014). La race est d\u2019abord et avant tout un ensemble de pratiques qui se d\u00e9veloppent et s\u2019institutionnalisent comme une fonction de \u00ab\u00a0l\u2019\u00eatre fait\u2009\u00bb (<em>being done<\/em>)\u00a0<em>in situ<\/em>. La race est mise en \u0153uvre dans les contextes de l\u2019invasion coloniale, de l\u2019esclavage, de la consolidation des \u00c9tats-nations et des pratiques de d\u00e9limitation (<em>bordering<\/em>), etc., et r\u00e9gul\u00e9e et institutionnalis\u00e9e dans la loi et la politique au fil du temps\u2009; elle n\u2019arrive pas comme un pr\u00e9-bagage id\u00e9ologique qui serait ensuite d\u00e9ploy\u00e9. Cela ne signifie pas que la race(isme) n\u2019est pas id\u00e9ologique, mais simplement qu\u2019elle n\u2019arrive pas dans les contextes o\u00f9 elle est utilis\u00e9e, \u00ab\u2009pr\u00eate \u00e0 l\u2019emploi\u2009\u00bb. C\u2019est pour cela que je pr\u00e9f\u00e8re parler de technologie de domination ou de pouvoir, une id\u00e9e que je tire de l\u2019important article de Wendy Hui Kyong Chun \u00ab\u2009Race and\/as technology\u2009\u00bb (Chun, 2012).<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Selon Barnor Hesse, la race, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire, constitue v\u00e9ritablement une division entre europ\u00e9anit\u00e9 et non-europ\u00e9anit\u00e9 comme moyen non seulement d\u2019ordonner le monde, mais aussi de justifier la domination d\u2019une majorit\u00e9 du monde par les Europ\u00e9ens jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. C\u2019est ce qu\u2019il entend lorsqu\u2019il dit que la race est \u00ab\u2009constitu\u00e9e colonialement\u2009\u00bb (Hesse, 2016). Cette division du monde dans l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une gouvernance raciale-coloniale prend appui sur la th\u00e9orisation de l\u2019humanit\u00e9 comme \u00e9tant li\u00e9e \u00e0 l\u2019homme europ\u00e9en (et non, en premier lieu, avec la femme). Toutefois, l\u00e0 encore, j\u2019h\u00e9site \u00e0 affirmer que cette id\u00e9e sur l\u2019humanit\u00e9 et l\u2019europ\u00e9anit\u00e9 comme synonymes a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 les formes racialisantes de domination, car l\u2019invasion des Am\u00e9riques, par exemple, avait d\u00e9j\u00e0 eu lieu avant le d\u00e9veloppement des id\u00e9es des Lumi\u00e8res sur l\u2019universalisme comme constituant l\u2019\u00ab\u2009Homme\u2009\u00bb par opposition au \u00ab\u2009non-Homme\u2009\u00bb\u2009; en d\u2019autres termes, l\u2019id\u00e9e selon laquelle il est impossible de dire ce qu\u2019est l\u2019Humain sans dire ce qu\u2019il n\u2019est pas, sans opposer le mod\u00e8le exemplaire de l\u2019Homme \u2013 comme Europ\u00e9en \u2013 \u00e0 ce qui est per\u00e7u comme \u00e9tant son oppos\u00e9\u00a0: l\u2019indig\u00e8ne colonis\u00e9 et, plus tard, l\u2019Africain asservi (Balibar, 1994). En fait, le d\u00e9veloppement d\u2019id\u00e9es sur ce qui constitue l\u2019humanit\u00e9 universelle des peuples indig\u00e8nes a \u00e9t\u00e9 une r\u00e9ponse \u00e0, ou une extension de pr\u00e9c\u00e9dents d\u00e9bats religieux remettant en question l\u2019humanit\u00e9 des peuples indig\u00e8nes. Ce d\u00e9bat \u2013 sont-ils humains et donc susceptibles d\u2019\u00eatre sauv\u00e9s par le Christianisme, ou se situent-ils au-del\u00e0, dans la sph\u00e8re du non-Humain\u2009? \u2013 concernait le degr\u00e9 d\u2019exploitation permis au niveau des id\u00e9es. Toutefois, ce que l\u2019on sait de ce qui a suivi c\u2019est que le vol des terres, l\u2019esclavage et l\u2019exploitation de ressources et de la main-d\u2019\u0153uvre ont continu\u00e9, que les peuples qui y \u00e9taient assujettis et exploit\u00e9s soient consid\u00e9r\u00e9s ou non comme \u00e9tant assimilables \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, au niveau de la pratique. M\u00eame apr\u00e8s l\u2019\u00e9mancipation formelle des esclaves, par exemple, pendant la colonisation de l\u2019Afrique, l\u2019exploitation a all\u00e8grement persist\u00e9 m\u00eame lorsqu\u2019il existait une voie officielle pour les peuples colonis\u00e9s afin qu\u2019ils soient int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la culture, aux institutions et \u00e0 la gouvernance coloniale, etc.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Tandis que la race en tant que projet de domination se d\u00e9veloppe, Weheliye \u00e9crit qu\u2019un sch\u00e9ma hi\u00e9rarchique dans lequel la population mondiale est divis\u00e9e en \u00ab\u2009humain, pas tout \u00e0 fait humain et non-humain\u2009\u00bb entre en vigueur. Cette formulation contient les deux c\u00f4t\u00e9s de la race \u2013 les glissements qu\u2019elle comporte toujours, sa capacit\u00e9 \u00e0 glisser, comme l\u2019aurait dit Stuart Hall, ainsi que l\u2019immuabilit\u00e9 qu\u2019instaure la race. La race semble donc offrir la possibilit\u00e9 d\u2019un mouvement interne \u2013 l\u2019accessibilit\u00e9 tacite \u00e0 la blanchit\u00e9\/\u00e0 un statut racial sup\u00e9rieur par l\u2019assimilation\/l\u2019adaptation, etc. \u2013 tout comme la finalit\u00e9 et la fermeture de ce qui est pr\u00e9sent\u00e9 comme les limites ext\u00e9rieures de la flexibilit\u00e9 raciale. Pour de nombreux chercheurs noirs, cela est repr\u00e9sent\u00e9 par la\u00a0<em>blackness<\/em>, qui appara\u00eet comme l\u2019opposition absolue \u00e0 la blanchit\u00e9\/l\u2019europ\u00e9anit\u00e9\/l\u2019humanit\u00e9 et l\u2019endroit o\u00f9 la race est irr\u00e9vocable. Il est certain que l\u2019exp\u00e9rience \u00e9tasunienne de l\u2019esclavage et de ses vies ult\u00e9rieures semble \u00e9tayer cette perception et la totale \u00ab\u2009autrification\u2009\u00bb (<em>otherisation<\/em>) des personnes noires dans d\u2019autres contextes s\u2019y rattache \u00e9galement. N\u00e9anmoins, je pense que l\u2019on peut parler de la mani\u00e8re dont tous ceux qui sont racialis\u00e9s n\u00e9gativement peuvent, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, \u00eatre plac\u00e9s dans la zone du non-humain, ce qui signifie qu\u2019il existe toujours \u00e9galement une issue. Le fait est que cela fait plaisir au pouvoir racialisant blanc, c\u2019est pourquoi je pense que nous avons besoin de penser de mani\u00e8re plus relationnelle les diff\u00e9rentes positions raciales, et non pas de reproduire encore plus la division engendr\u00e9e par la race elle-m\u00eame.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Il est donc possible, je pense, de voir que lorsque je parle de blanchit\u00e9, je parle de pouvoir. Comme bien d\u2019autres l\u2019ont montr\u00e9, la blanchit\u00e9 est avant tout une formation institutionnelle qui est synonyme d\u2019op\u00e9rationnalisation du pouvoir racialisant qui, depuis la naissance du capitalisme qui ne peut \u00eatre analys\u00e9 sans comprendre son co-d\u00e9veloppement avec la race, signifie \u00e9galement pouvoir \u00e9conomique et politique. C\u2019est la mani\u00e8re dont le pouvoir s\u2019exprime dans la modernit\u00e9 qui, si l\u2019on suit l\u2019\u00e9cole d\u00e9coloniale, se comprend mieux en tant que modernit\u00e9-coloniale. Dans ces circonstances, la notion de privil\u00e8ge blanc confine la race et la supr\u00e9matie blanche \u2013 ce vaste et complexe syst\u00e8me d\u2019id\u00e9es et de pratiques qui dirige le monde depuis 500 ans \u2013 aux comportements d\u2019individus blancs. Je ne pr\u00e9tends pas ignorer le fait que ce que l\u2019on voit au quotidien, ce sont des personnes blanches s\u2019en tirer malgr\u00e9 des comportements tout \u00e0 fait inacceptables du point de vue purement humain\u2009; ils sont discriminants, injustes et parfois meurtriers. Mais r\u00e9duire les op\u00e9rations de la race \u00e0 une id\u00e9e facilement dig\u00e9rable comme le privil\u00e8ge blanc implique que les changements dans les comportements des blancs pourraient \u00e0 eux seuls mettre fin \u00e0 la domination raciale. Au contraire, je dirais que le changement comportemental et m\u00eame les changements institutionnels sont certes importants, mais que, seuls, ils ne peuvent changer la base du pouvoir. Ils peuvent, paradoxalement, donner du pouvoir aux personnes blanches afin qu\u2019elles soient les agents et arbitres du changement, alors que ce que nous devrions tous rechercher est un affaiblissement de ce pouvoir tel qu\u2019il s\u2019exprime dans des institutions locales, nationales et mondiales.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\"><strong>Stuart Hall constitue une r\u00e9f\u00e9rence importante dans ton travail. Qu\u2019a-t-il, selon toi, apport\u00e9 \u00e0 la compr\u00e9hension de la race\u2009?<\/strong><\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Bien qu\u2019ayant fait des \u00e9tudes au Royaume-Uni, je n\u2019ai rien \u00e9tudi\u00e9 qui ait \u00e0 voir avec la race, ni durant ma licence (en psychologie \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Manchester), ni durant mes \u00e9tudes de Master (en sociologie politique \u00e0 la\u00a0<em>London School of Economics<\/em>). C\u2019est au travers du militantisme antiraciste que j\u2019en suis venue \u00e0 \u00e9tudier le racisme, je suis donc r\u00e9ellement autodidacte. Je n\u2019ai pas eu l\u2019opportunit\u00e9 de croiser l\u2019\u0153uvre de Hall, comme le font de nombreux \u00e9tudiants de sociologie au Royaume-Uni au cours de leurs \u00e9tudes. Ainsi, j\u2019\u00e9tais en train de terminer mon doctorat \u00e0 l\u2019Institut Universitaire Europ\u00e9en, qui portait sur l\u2019antiracisme en Europe, quand Stuart Hall est venu \u00e0 Florence pour donner une conf\u00e9rence. Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 assez malade et marchait \u00e0 l\u2019aide d\u2019une canne. Il a fait une conf\u00e9rence brillante, durant laquelle il a \u00e9voqu\u00e9 la remarque de CLR James selon lequel il \u00e9tait \u00ab\u2009en Europe, mais pas d\u2019Europe\u2009\u00bb. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tellement touch\u00e9e, non seulement par son discours, mais \u00e9galement par le fait qu\u2019apr\u00e8s quatre ans \u00e0 l\u2019universit\u00e9 durant lesquelles il n\u2019y avait aucun professeur travaillant sur la race (mon directeur \u00e9tait un th\u00e9oricien social allemand) et seulement quelques \u00e9tudiants, il y avait enfin quelqu\u2019un qui parlait de ce qui me pr\u00e9occupait et me passionnait. J\u2019ai litt\u00e9ralement pleur\u00e9\u2009! Stuart Hall a donc toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s important pour moi et je dirais que je continue de d\u00e9couvrir son \u0153uvre, car elle est si vaste et il a abord\u00e9 tant de domaines.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Hall a \u00e9t\u00e9 important pour moi de quatre mani\u00e8res diff\u00e9rentes. 1) Il insiste \u00e9norm\u00e9ment sur le fait que la race ne d\u00e9bute pas par la biologie, que celle-ci n\u2019en est que la derni\u00e8re it\u00e9ration \u2013 la derni\u00e8re de ses formulations \u2013 et que pour comprendre la mani\u00e8re dont la race se d\u00e9veloppe, il faut regarder bien en amont du d\u00e9veloppement de la soi-disant science raciale, de l\u2019eug\u00e9nisme et du darwinisme social\u2009; 2) La race est un objet instable. Elle est ce qu\u2019il nomme un signifiant flottant ou glissant qui s\u2019attache \u00e0 de nombreux processus et projets diff\u00e9rents et qui est difficile \u00e0 cerner. C\u2019est pour cela qu\u2019elle peut sembler avoir perdu en importance alors qu\u2019en fait elle s\u2019incruste toujours plus dans nos structures sociales, politiques et \u00e9conomiques. Cette compr\u00e9hension de la race explique qu\u2019elle apparaisse sous de nombreuses configurations \u2013 par exemple le racisme \u00ab\u2009culturel\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009diff\u00e9rentialiste\u2009\u00bb qui semble moins concern\u00e9 par la biologie et qui passe donc sous le radar comme relevant du simple \u00ab\u2009sens commun\u2009\u00bb et ce que je d\u00e9cris dans mon livre comme du \u00ab\u2009non-racisme\u2009\u00bb. Toutefois, le premier point nous montre que la race a toujours \u00e9t\u00e9 ainsi \u2013 un assemblage, pour revenir \u00e0 Weheliye. Il est ainsi pratique pour ceux qui ont le pouvoir de pr\u00e9senter la race comme proc\u00e9dant par \u00e9tapes, de la plus s\u00e9v\u00e8re \u00e0 la plus banale, en allant vers une \u00e8re suppos\u00e9ment \u00ab\u2009postraciale\u2009\u00bb\u2009; 3) Hall nous apporte l\u2019id\u00e9e de la race en tant qu\u2019elle existe en articulation avec d\u2019autres structures de domination. Il parle de la race comme \u00e9tant \u00ab\u2009la modalit\u00e9 par laquelle est v\u00e9cue la classe\u2009\u00bb, mettant ainsi fin \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la gauche blanche selon laquelle la classe est r\u00e9elle alors que la race ne serait qu\u2019id\u00e9ologique et donc d\u2019une certaine mani\u00e8re insignifiante (Hall, 1980). Son approche \u2013 qui est tr\u00e8s pratique et mobilise de nombreux exemples \u2013 enrichit ce que quelqu\u2019un comme Weheliye entend par assemblages racialisants ou ce que Goldberg veut dire par dimensions relationnelles et interactives de la race\u2009; 4) Le plus grand don de Hall est sa modestie. Je ne parle pas l\u00e0 de sa modestie personnelle, qui je pense \u00e9tait bien r\u00e9elle d\u2019apr\u00e8s ceux qui l\u2019ont connu, mais sa conviction selon laquelle il n\u2019y a pas de r\u00e9ponses d\u00e9finitives. Cela s\u2019exprime dans son id\u00e9e d\u2019une politique \u00ab\u2009sans garantie\u2009\u00bb. Il entendait cela de deux mani\u00e8res\u00a0: l\u2019une se r\u00e9f\u00e8re au simple fait que l\u2019on ne sait pas comment les choses vont tourner, mais qu\u2019il faut essayer malgr\u00e9 tout. Mais l\u2019autre signification a \u00e0 voir avec son ambivalence concernant l\u2019organisation sur la base de la race ou de l\u2019ethnicit\u00e9. Il sugg\u00e9rait l\u2019id\u00e9e selon laquelle on ne peut dire que quelque chose est bien simplement parce que c\u2019est produit par ceux qui sont comme nous, avec lesquels nous partageons une identit\u00e9 commune. C\u2019est l\u00e0 un argument contre le fait de racialiser la solidarit\u00e9 intra-ethnique. Dans le m\u00eame temps, Hall \u00e9vite les arguments obtus qui nient l\u2019importance des politiques de l\u2019identit\u00e9. Je le vois comme arguant en faveur d\u2019une politique du lieu et du mouvement. En d\u2019autres termes, une politique qui retrace fid\u00e8lement les racines et les trajectoires, d\u2019o\u00f9 nous venons et o\u00f9 nous allons, qui nous rencontrons en chemin, les structures qu\u2019on nous impose et qui cherche un futur de libert\u00e9 par rapport \u00e0 tout ce qui nous essentialise et nous domine.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\"><strong>Tu \u00e9cris que les id\u00e9es inspir\u00e9es de la science raciale refont surface aujourd\u2019hui. En quoi penses-tu que les discours sur la race en tant que construction sociale ont \u00e9chou\u00e9\u2009?<\/strong><\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Dans le premier chapitre de\u00a0<em>Why Race Still Matters<\/em>, je pars du fait que la science raciale profite d\u2019une nouvelle respectabilit\u00e9 sous la forme d\u2019un soi-disant \u00ab\u2009r\u00e9alisme racial\u2009\u00bb. Les arguments en faveur d\u2019eug\u00e9nismes racistes trouvent leur place au sein de l\u2019argument selon lequel tout devrait \u00eatre permis au nom de la libert\u00e9 d\u2019expression et de la \u00ab\u2009diversit\u00e9 des points de vue\u2009\u00bb. Les personnes qui d\u00e9fendent cette id\u00e9e comptent souvent parmi les plus puissantes au sein des milieux universitaire, politique et journalistique tandis qu\u2019ils se pr\u00e9sentent comme \u00e9tant censur\u00e9s par le \u00ab\u2009moralisme de gauche h\u00e9g\u00e9monique\u2009\u00bb, comme l\u2019affirme l\u2019un d\u2019entre eux, le Professeur de science politique Eric Kaufmann. J\u2019essaie de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que cette situation signifie pour la sociologie de la race qui a longtemps \u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur le principe, qui est au c\u0153ur de la th\u00e9orie critique de la race, selon lequel la race est une construction sociale. L\u2019anthropologue Jason Antrosio a appel\u00e9 cette id\u00e9e une \u00ab\u2009mine d\u2019or conservatrice\u2009\u00bb, car elle peut ais\u00e9ment \u00eatre r\u00e9fut\u00e9e par des arguments qui r\u00e9duisent la race aux d\u00e9bats en sciences g\u00e9n\u00e9tiques.\u00a0<a href=\"about:blank\">Il dit<\/a>\u00a0que pr\u00e9senter la race comme une construction sociale n\u2019a pas permis de faire \u00e9voluer le \u00ab\u2009racisme structurel socio-\u00e9conomique sous-jacent\u2009\u00bb.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Prenons la crise actuelle de la Covid-19\u00a0: de nombreux chercheurs et militants de la th\u00e9orie critique de la race ont montr\u00e9 que la pand\u00e9mie affecte bien plus les personnes noires, latino-am\u00e9ricaines, indig\u00e8nes ainsi que les migrants sans papiers que la population en g\u00e9n\u00e9rale. Le seul endroit o\u00f9 cela n\u2019est pas vrai en ce qui concerne les personnes indig\u00e8nes est l\u2019Australie, o\u00f9 les associations aborig\u00e8nes ont agi tr\u00e8s rapidement pour prot\u00e9ger leurs communaut\u00e9s (pour en savoir plus sur ce sujet, voir la web-s\u00e9rie que je coproduis\u00a0:\u00a0<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/channel\/UCAWr-U9xMOpOP9wNbDOBYBw?view_as=subscriber\">Race in Society<\/a>). Mais dans la sph\u00e8re dominante, beaucoup ont interpr\u00e9t\u00e9 cela comme le signe que ces populations racialis\u00e9es avaient une propension naturelle \u00e0 un taux plus \u00e9lev\u00e9 de morbidit\u00e9. Cela \u00e9lude le fait que, comme je l\u2019explique dans le livre, la race n\u2019est pas biologique, mais peut \u2013 comme le montre l\u2019anthropologue am\u00e9ricain Clarence Gravlee \u2013\u00a0<em>devenir<\/em>\u00a0biologique (Gravlee, 2009). En d\u2019autres termes, au fil du temps, l\u2019exposition de g\u00e9n\u00e9rations successives \u00e0 la pauvret\u00e9, au stress, \u00e0 un r\u00e9gime alimentaire pauvre et au logement allant avec peut rendre les personnes plus malades. C\u2019est l\u00e0 un exemple de la mani\u00e8re dont la race est construite socialement. Toutefois, \u00e0 moins de montrer aux gens toutes les \u00e9tapes \u2013 en d\u2019autres termes, \u00e0 moins que l\u2019on explique exactement comment et sous quelles circonstances la race est socialement construite \u2013 il ne nous reste que les explications naturalisantes qui enferment les gens dans la race en tant qu\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 et que destin. La construction sociale demeure \u00e9galement vague sans reconstruction historique. C\u2019est pour cela que j\u2019emprunte \u00e0 la notion de constitution coloniale de Hesse, afin d\u2019\u00eatre la plus pr\u00e9cise possible quant aux circonstances sous lesquelles la race se d\u00e9veloppe et les raisons de son invention. J\u2019utilise ensuite le tra\u00e7age de Patrick Wolfe des pratiques racialisantes, diff\u00e9rentes bien qu\u2019interconnect\u00e9es, qui ont exist\u00e9 en diff\u00e9rents contextes et ont affect\u00e9 les populations indig\u00e8nes diff\u00e9remment des esclaves africains et des Juifs dans le contexte de l\u2019antis\u00e9mitisme europ\u00e9en.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\"><strong>Comment caract\u00e9riserais-tu le r\u00f4le de l\u2019argument du \u00ab\u2009non-racisme\u2009\u00bb dans le racisme contemporain\u2009?<\/strong><\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Dans le deuxi\u00e8me chapitre, je d\u00e9ploie un argumentaire sur ce que j\u2019appelle le \u00ab\u2009non-racisme\u2009\u00bb. Ce \u00ab\u2009non-racisme\u2009\u00bb va au-del\u00e0 du d\u00e9ni, ou de ce que Gavan Titley nomme la \u00ab\u2009discutabilit\u00e9\u2009\u00bb (Titley, 2019) du racisme. C\u2019est la (re)d\u00e9finition du racisme depuis une perspective blanche qui consid\u00e8re les personnes racialis\u00e9es comme \u00e9tant incapables de d\u00e9finir le racisme en raison de leur manque d\u2019objectivit\u00e9. J\u2019appelle cela une forme de violence discursive raciste. Je pense que toutes les personnes racialis\u00e9es exp\u00e9rimentent et peuvent s\u2019identifier avec cela. Le \u00ab\u2009non racisme\u2009\u00bb est d\u00e9sormais visible \u00e0 une grande \u00e9chelle. Je donne de multiples exemples dans le livre de la mani\u00e8re dont le racisme ne peut pas \u00eatre nomm\u00e9 alors que dans le m\u00eame temps, la fiction du racisme \u00ab\u2009anti-blanc\u2009\u00bb est pleinement entr\u00e9e dans le domaine de l\u2019acceptable. Mais ce que je veux souligner concernant cette question c\u2019est que, plut\u00f4t que de voir cela comme quelque chose de nouveau, il faudrait consid\u00e9rer ce ph\u00e9nom\u00e8ne comme immanent \u00e0 l\u2019id\u00e9e m\u00eame de racisme. L\u2019invention du racisme comme terme servant \u00e0 englober la dimension id\u00e9ologique de la race, qui n\u2019a \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9e par les racistes comme par les antiracistes qu\u2019\u00e0 partir du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, pose d\u00e9j\u00e0 les conditions qui rendent le \u00ab\u2009non-racisme\u2009\u00bb possible. Je d\u00e9montre, suivant en cela \u00e0 nouveau Barnor Hesse, que le racisme est avant tout une formulation eurocentrique qui s\u2019int\u00e9resse surtout au racisme intra-europ\u00e9en dans le contexte de la mont\u00e9e du fascisme et de l\u2019antis\u00e9mitisme. Mais les personnes qui s\u2019inqui\u00e9taient de cela dans les ann\u00e9es\u00a01920 et 1930 \u00e9taient le plus souvent totalement \u00e0 l\u2019aise avec le racisme le plus \u00e9l\u00e9mentaire en contextes coloniaux, et participaient m\u00eame \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation de la science raciale sur les personnes africaines par exemple. Je m\u2019appuie pour cela sur l\u2019\u00e9tude de Caroline Reynaud-Paligot sur le r\u00f4le des anthropologues \u00ab\u2009antiracistes\u2009\u00bb de la race en France,\u00a0<em>La R\u00e9publique raciale<\/em>. Cela conduit au fait qu\u2019il n\u2019y a que tr\u00e8s peu de compr\u00e9hension du public du rapport entre la race et le racisme, ce qui signifie que le racisme est d\u00e9connect\u00e9 de la domination raciale de longue dur\u00e9e et peut ais\u00e9ment devenir une question de pathologie individuelle ou d\u2019aberration extr\u00e9miste.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">On peut percevoir l\u2019h\u00e9ritage de cet antiracisme dominant qui vend l\u2019id\u00e9e selon laquelle il est possible de faire changer les attitudes et comportements individuels, sans toucher aux pratiques institutionnelles, cr\u00e9ant une situation compl\u00e8tement paradoxale dans laquelle les \u00c9tats coloniaux-raciaux deviennent les arbitres de ce qui est et ce qui n\u2019est pas raciste, et de ce \u00e0 quoi devrait ressembler une politique antiraciste, ignorant ceux-l\u00e0 m\u00eames qui vivent le racisme. Cette vision ouvre la porte \u00e0 \u2013 et, en fait, rend plausible \u2013 l\u2019id\u00e9e d\u2019un racisme \u00ab\u00a0invers\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u2009anti-blanc\u2009\u00bb \u2013 car le racisme est per\u00e7u comme p\u00e9renne et universel, d\u00e9tach\u00e9 de sa sp\u00e9cificit\u00e9 historique et r\u00e9duit \u00e0 un ensemble de comportements auquel tout un chacun peut se livrer. De cette perspective, les migrants venant en Europe menaceraient d\u00e9sormais ceux qui sont construits comme \u00ab\u2009indig\u00e8nes\u2009\u00bb avec un racisme contre \u00ab\u2009leur culture\u2009\u00bb et leur \u00ab\u2009mani\u00e8re de vivre\u2009\u00bb.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\"><strong>Que penses-tu des critiques adress\u00e9es aujourd\u2019hui aux \u00ab\u2009politiques de l\u2019identit\u00e9\u2009\u00bb\u2009? Dans ton livre, tu discutes de l\u2019ouvrage d\u2019Asad Haider,\u00a0<em>Mistaken Identity<\/em>\u00a0qui, selon moi souligne des points pertinents, mais qui reste trop centr\u00e9 sur les \u00c9tats-Unis et dont la validit\u00e9 en dehors des \u00c9tats-Unis, en France par exemple, me semble plus discutable.<\/strong><\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Le plus dr\u00f4le concernant Asad Haider, depuis une perspective fran\u00e7aise, est, comme je l\u2019explique dans le livre, que son interpr\u00e9tation de l\u2019islamophobie fran\u00e7aise est totalement erron\u00e9e. C\u2019est un bon exemple des raisons pour lesquelles une perspective \u00e9tasunienne sur la race peut parfois \u00eatre tout \u00e0 fait inappropri\u00e9e pour analyser d\u2019autres contextes, pas seulement parce que la grammaire de la race est propre \u00e0 chaque contexte, mais aussi parce que la confrontation avec des militants et chercheurs non-am\u00e9ricains est insuffisante. Cela r\u00e9sulte en partie d\u2019un probl\u00e8me de langage, mais je ressens \u00e9galement une certaine arrogance dans la conviction selon laquelle il serait possible d\u2019analyser quelque chose dont on n\u2019a aucune exp\u00e9rience ou sans aucun ancrage. Mis \u00e0 part cela, je pense qu\u2019Haider est l\u2019un des critiques les plus clairvoyants de la race et de la classe aux \u00c9tats-Unis et il est, en fait, l\u2019auteur de plusieurs textes qui sont bien meilleurs que son livre\u00a0<em>Mistaken Identity,<\/em>\u00a0qu\u2019il a \u00e9crit en 2018.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Toutefois, dans le livre, il tente de montrer les limites des\u00a0<em>identity politics<\/em>\u00a0\u00e0 partir trois perspectives, dont aucune n\u2019est totalement convaincante selon moi. Premi\u00e8rement, il extrapole \u00e0 partir d\u2019une exp\u00e9rience singuli\u00e8re qu\u2019il a eue \u00e0 lors d\u2019une occupation de son universit\u00e9 et utilise celle-ci pour ass\u00e9ner une affirmation g\u00e9n\u00e9rale quant \u00e0 l\u2019association de la politique de classe aux militants blancs et de la politique de race aux militants noirs, laissant peu de place \u00e0 l\u2019interaction entre les deux. Je pense que c\u2019est l\u00e0 une g\u00e9n\u00e9ralisation bas\u00e9e sur un cas sp\u00e9cifique dans une universit\u00e9 d\u2019\u00e9lite qui ne peut \u00eatre utilis\u00e9e pour parler du militantisme antiraciste en g\u00e9n\u00e9ral, et certainement pas en dehors des \u00c9tats-Unis. Deuxi\u00e8mement, il \u00e9tablit une curieuse association entre ce qu\u2019il per\u00e7oit comme un cul-de-sac de l\u2019organisation sur une base raciale et l\u2019afro-pessimisme dans les \u00e9tudes noires, dont il dit qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 popularis\u00e9 par les r\u00e9seaux sociaux. Plus r\u00e9cemment, il y a eu des discussions int\u00e9ressantes organis\u00e9es sur l\u2019afro-pessimisme, d\u00e9clench\u00e9es par la publication du dernier livre de Frank Wilderson sur le sujet, par exemple sur la cha\u00eene YouTube \u00ab\u2009<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/channel\/UCFv2oqtZPO3uKMbcq-ihs2g\/videos\">Black as In Revolution\u2009<\/a>\u00bb, anim\u00e9e par Annie Olaloku-Teriba. L\u2019argument est que l\u2019afro-pessimisme m\u00e9rite d\u2019\u00eatre discut\u00e9 du point de vue de ceux qui sont en d\u00e9saccord avec ses fondations th\u00e9oriques, car il a un impact tr\u00e8s important sur le militantisme. Encore une fois, bien que je trouve ces d\u00e9bats int\u00e9ressants en tant que \u00ab\u2009geek de la race\u2009\u00bb, je me questionne quant au degr\u00e9 d\u2019influence de l\u2019afro-pessimisme au-del\u00e0 d\u2019un certain cercle d\u2019\u00e9tudiants militants et des cercles sur les r\u00e9seaux sociaux. Est-il, par exemple, pertinent au sein des communaut\u00e9s se mobilisant dans les quartiers contre la brutalit\u00e9 polici\u00e8re ou parmi les sans-papiers\u2009? Par cons\u00e9quent, je trouve l\u2019afro-pessimisme surestim\u00e9 dans le livre de Haider. Je pense qu\u2019il voulait insister sur sa frustration avec les\u00a0<em>identity politics<\/em>\u00a0et l\u2019afro-pessimisme \u00e9tait un moyen d\u2019arriver \u00e0 cela, car il voulait \u00e9galement s\u2019en prendre \u00e0 celui-ci. Mais je ne pense pas qu\u2019il soit possible de d\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e selon laquelle le militantisme antiraciste a \u00e9t\u00e9 irr\u00e9parablement l\u00e9s\u00e9 par cette petite parcelle des \u00e9tudes noires. Je trouve l\u2019argument plut\u00f4t born\u00e9.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Le troisi\u00e8me probl\u00e8me que j\u2019ai avec ce livre est sa tendance \u00e0 romantiser le radicalisme noir des ann\u00e9es\u00a01960, qui vient en opposition \u00e0 ce qui est pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00e9tant les limites du militantisme d\u2019aujourd\u2019hui, enlis\u00e9 dans les probl\u00e8mes des\u00a0<em>identity politics<\/em>\u00a0et de la mauvaise pens\u00e9e sur la race. Je pense que chaque moment de l\u2019histoire du militantisme doit \u00eatre envisag\u00e9 \u00e0 l\u2019aune du contexte dans lequel il a \u00e9volu\u00e9\u00a0: qu\u2019\u00e9taient les mouvements mondiaux \u2013 par exemple, dans les ann\u00e9es\u00a01950 et 1960, l\u2019anticolonialisme et le mouvement des non-align\u00e9s, dont l\u2019antiracisme pourrait s\u2019inspirer \u2013 et \u00e0 quoi sommes-nous confront\u00e9s aujourd\u2019hui\u2009? Quand je regarde le terrain qui s\u2019\u00e9tend devant nous, je vois une offensive des plus de quarante ans contre les mouvements antiracistes autonomes, les mouvements anticoloniaux dirig\u00e9s par des noirs dans le Nord global, la destruction sem\u00e9e par la n\u00e9olib\u00e9ralisation rampante, l\u2019augmentation de la s\u00e9curisation et de la criminalisation d\u2019\u00c9tat, l\u2019att\u00e9nuation de la radicalit\u00e9 par le multiculturalisme d\u2019\u00c9tat et la \u00ab\u2009diversit\u00e9\u2009\u00bb, ainsi que l\u2019effondrement du dialogue interg\u00e9n\u00e9rationnel. C\u2019est \u00e0 tout cela que font face les militants plus jeunes, qui sont d\u00e9sormais accus\u00e9s d\u2019\u00eatre trop sectaires, de diviser et de manquer d\u2019un potentiel \u00ab\u2009universaliste radical\u2009\u00bb. Je pense qu\u2019il est formidable que les plus jeunes continuent d\u2019agir et d\u2019inventer malgr\u00e9 tout ce \u00e0 quoi ils sont confront\u00e9s. M\u00eame aujourd\u2019hui, en pleine pand\u00e9mie mondiale, nous voyons l\u2019\u00e9nergie d\u00e9ploy\u00e9e par le mouvement\u00a0<em>Black Lives Matter<\/em>. Cela ne devrait pas \u00eatre ignor\u00e9.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\"><strong>Il y a quelque temps, l\u2019\u00e9crivain fran\u00e7ais Yann Moix accusait la d\u00e9put\u00e9e de la France Insoumise Dani\u00e8le Obono et Houria Bouteldja d\u2019\u00eatre antis\u00e9mites \u2013 ce qui est assez \u00ab\u00a0ironique\u2009\u00bb \u00e9tant donn\u00e9 que lui-m\u00eame a publi\u00e9 des dessins antis\u00e9mites dans sa jeunesse. Comment d\u00e9finirais-tu l\u2019antis\u00e9mitisme moderne\u2009? Comment se manifeste-t-il\u2009? Pourrais-tu revenir sur ce que tu entends par \u00ab\u2009d\u00e9coloniser l\u2019antis\u00e9mitisme\u2009\u00bb\u2009?<\/strong><\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">\u00c0 la lumi\u00e8re de la r\u00e9cente d\u00e9mission d\u2019Houria Bouteldja et de la plupart des membres fondateurs du Parti des indig\u00e8nes de la R\u00e9publique, je pense qu\u2019il faut consid\u00e9rer les constantes accusations d\u2019antis\u00e9mitisme qu\u2019elle a d\u00fb affronter pendant des ann\u00e9es comme odieuses. Bien \u00e9videmment ceux qui, comme Yann Moix, l\u2019ont accus\u00e9e \u2013 ainsi que Dani\u00e8le Obono \u2013, sont hypocrites, mais cela n\u2019importe pas vraiment si l\u2019on se place de la perspective de ceux qui sont au pouvoir, la soci\u00e9t\u00e9\u00a0<em>mainstream<\/em>\u00a0ou les organisations officielles de la communaut\u00e9 juive. On se trouve dans une situation o\u00f9 des organisations comme le\u00a0<em>Board of Deputies of British Jews<\/em>\u00a0ainsi que le journal\u00a0<em>Jewish Chronicle<\/em>\u00a0fr\u00e9quentent r\u00e9guli\u00e8rement des personnes exprimant des id\u00e9es supr\u00e9macistes blanches, notamment contre les Musulmans et les immigr\u00e9s. Pire encore, aux \u00c9tats-Unis, Stephen Miller, un Juif dont le propre oncle l\u2019a condamn\u00e9 comme fasciste, est responsable de la s\u00e9paration d\u2019enfants migrants d\u2019avec leurs familles sous le r\u00e9gime de Trump.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Dans mon livre, j\u2019essaie de th\u00e9oriser l\u2019antis\u00e9mitisme en le divisant en deux parties \u2013 le bon et le mauvais \u2013 tout comme il y a deux types de Juifs\u00a0: les bons et les mauvais. Les \u00ab\u2009bons Juifs\u2009\u00bb sont au service de ce que Bouteldja a appel\u00e9 l\u2019\u00c9tat \u00ab\u2009philos\u00e9mite\u2009\u00bb, tandis que les \u00ab\u2009mauvais Juifs\u2009\u00bb sont les antisionistes et les antiracistes, qui sont le caillou dans la chaussure de l\u2019\u00c9tat racial-colonial. C\u2019est pourquoi on se retrouve d\u00e9sormais dans une situation dans laquelle les soutiens non-juifs d\u2019Isra\u00ebl peuvent accuser les \u00ab\u2009mauvais Juifs\u2009\u00bb, tels que moi, d\u2019\u00eatre antis\u00e9mites. La confusion totale de l\u2019antis\u00e9mitisme avec l\u2019antisionisme est une forme d\u2019antis\u00e9mitisme en ce qu\u2019elle force tous les Juifs \u00e0 s\u2019identifier \u00e0 un r\u00e9gime racial-colonial. J\u2019affirme que, bien qu\u2019il s\u2019agisse principalement d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne venant de la droite, celui-ci existe \u00e9galement \u00e0 gauche. Souvent, lorsque je dis \u00eatre antisioniste, des personnes de gauche m\u2019accusent de mentir, car elles associent \u00e9galement tous les Juifs au sionisme.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Ainsi, le mauvais antis\u00e9mitisme est assimil\u00e9 \u00e0 l\u2019antisionisme. Seuls les pires des extr\u00e9mistes sont appel\u00e9s antis\u00e9mites et ils sont mis au m\u00eame niveau que les antisionistes\u2009; les pires g\u00e9nocidaires et n\u00e9gationnistes sont mis au m\u00eame niveau que ceux qui s\u2019opposent au racisme et au fascisme\u2009! Les personnes qui sont contre le \u00ab\u2009mauvais antis\u00e9mitisme\u2009\u00bb sont les m\u00eames qui d\u00e9fendent Alain Finkielkraut lorsqu\u2019il accuse les Gilets Jaunes d\u2019\u00eatre antis\u00e9mites parce qu\u2019ils seraient pro-Palestiniens.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, on trouve le \u00ab\u2009bon antis\u00e9mitisme\u2009\u00bb. C\u2019est ce qui permet que des personnes comme moi soient d\u00e9sign\u00e9es comme des \u00ab\u2009Juifs qui se d\u00e9testent\u2009\u00bb (<em>self-hating Jews<\/em>) et qui excuse des attaques contre les juifs de gauche, antifascistes et antisionistes, car ce serait des \u00ab\u00a0islamogauchistes\u2009\u00bb, etc.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">La seule solution que je vois pour les Juifs est de d\u00e9fier ouvertement la tentation du supr\u00e9macisme blanc, par laquelle trop de Juifs blancs se sont fait avoir via un processus visant \u00e0 nous rapprocher du pouvoir afin de mieux nous contr\u00f4ler et de briser la solidarit\u00e9 antiraciste. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par l\u2019appel de Santiago Slabodsky \u00e0 un juda\u00efsme d\u00e9colonial qui signifie, dit-il, de s\u2019identifier \u00e0 notre \u00ab\u2009pass\u00e9 barbare\u2009\u00bb\u2009; en d\u2019autres mots se lier \u00e0 d\u2019autres personnes assujetties par la race (Slabodsky 2015). D\u00e9coloniser l\u2019antis\u00e9mitisme signifie alors de refuser que celui-ci soit manipul\u00e9 au service de l\u2019agenda eurocentrique qui consid\u00e8re l\u2019Holocauste comme le premier crime raciste, par rapport auquel toutes les autres formes de racisme sont jug\u00e9es et consid\u00e9r\u00e9es comme insuffisants. Les Juifs devraient refuser le calice empoisonn\u00e9 de \u00ab\u2009meilleures victimes\u2009\u00bb et nous devrions faire tout ce qui est en notre pouvoir afin de resituer l\u2019antis\u00e9mitisme et l\u2019Holocauste dans la longue histoire du pouvoir colonial-racial. Tout en r\u00e9sistant \u00e0 l\u2019analogie entre l\u2019antis\u00e9mitisme et d\u2019autres formes de racisme, qui doivent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es dans le contexte de leurs propres histoires, nous devons n\u00e9anmoins parler de la myriade de fa\u00e7ons dont les diverses formes de racisme sont imbriqu\u00e9es et co-constitutives, dans le but de mieux les combattre ensemble.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\"><strong>Quel est l\u2019\u00e9tat actuel du racisme et de l\u2019antiracisme en Australie\u2009?<\/strong><\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">L\u2019Australie est la quintessence de l\u2019\u00c9tat racial-colonial. L\u2019expansion du pouvoir racialisant dans ce pays est trop vaste pour pouvoir l\u2019expliquer en profondeur ici. En un sens, l\u2019Australie est un laboratoire pour l\u2019\u00e9tude de la race, mais elle est consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9tant trop p\u00e9riph\u00e9rique et n\u2019est que rarement mise \u00e0 l\u2019agenda des recherches sur la race qui restent domin\u00e9es par les \u00c9tats-Unis. Les mouvements aborig\u00e8nes et des indig\u00e8nes du d\u00e9troit de Torr\u00e8s (<em>Torres Strait Islander<\/em>) sont tr\u00e8s forts ici. On a r\u00e9cemment pu constater cela avec les manifestations\u00a0<em>Black Lives Matter\u00a0<\/em>qui ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es contre le ph\u00e9nom\u00e8ne massif des d\u00e9c\u00e8s des aborig\u00e8nes en d\u00e9tention qui, proportionnellement, d\u00e9passe celui contre les morts des africains-am\u00e9ricains aux \u00c9tats-Unis. L\u2019Australie emprisonne des enfants d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 10 ans et tous les enfants en d\u00e9tention juv\u00e9nile dans le territoire du Nord, par exemple, sont aborig\u00e8nes. La pratique visant \u00e0 retirer les enfants aborig\u00e8nes \u00e0 leurs familles, souvent d\u00e8s la naissance, est plus r\u00e9pandue qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait m\u00eame pendant ce qu\u2019on a appel\u00e9 les \u00ab\u2009g\u00e9n\u00e9rations vol\u00e9es\u2009\u00bb. Il y a donc beaucoup de choses contre quoi r\u00e9sister et les organisations populaires aborig\u00e8nes, comme\u00a0<em>les Warriors of the Aboriginal Resistance<\/em>, sont tr\u00e8s fortes. Une fois dit cela, il existe des divisions autour de questions telles que celle de la reconnaissance constitutionnelle et les trait\u00e9s\u2009; certains militants qui mettent en avant la souverainet\u00e9 aborig\u00e8ne affirment que toute reconnaissance par l\u2019\u00c9tat colonial signifie une reconnaissance r\u00e9ciproque de la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, tandis que ceux en faveur d\u2019une telle reconnaissance d\u00e9fendent une approche plus pragmatique dont ils pensent qu\u2019elle am\u00e9liorera les conditions de vie des gens tout en am\u00e9liorant leur repr\u00e9sentation politique et l\u2019assurance d\u2019avoir plus de droits.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">D\u2019autre part, les politiques anti-migrants en Australie sont en train de nous ramener rapidement \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la politique australienne blanche. Non seulement les demandeurs d\u2019asile qui arrivent en bateau sont emprisonn\u00e9s dans des centres de d\u00e9tention \u00ab\u2009offshore\u2009\u00bb dans des nations insulaires anciennement colonis\u00e9es avec lesquels l\u2019Australie conserve un rapport n\u00e9ocolonial, mais les migrants ayant un visa temporaire de diff\u00e9rentes sortes sont expos\u00e9s \u00e0 des conditions qui rel\u00e8vent de plus en plus de l\u2019exploitation, qui ont empir\u00e9 avec la Covid-19. Cela inclut les \u00e9tudiants \u00e9trangers qui ont longtemps servi de \u00ab\u2009vaches \u00e0 lait\u2009\u00bb pour l\u2019\u00e9conomie australienne. Le soi-disant \u00ab\u2009secteur des r\u00e9fugi\u00e9s\u2009\u00bb est bris\u00e9\u2009; un bon exemple en est le complexe industriel associatif, dont les organisateurs sont dans un rapport paternaliste avec leurs \u00ab\u00a0clients\u2009\u00bb r\u00e9fugi\u00e9s et migrants. Des associations comme\u00a0<em>Rise Refugee<\/em>, un mouvement autonome d\u2019anciens d\u00e9tenus de Melbourne est l\u2019un des seuls exemples d\u2019organisation existant hors des structures officielles de l\u2019industrie des \u00ab\u2009services aux r\u00e9fugi\u00e9s\u2009\u00bb. Autour de tout cela a \u00e9merg\u00e9 une sorte \u00ab\u2009d\u2019\u00e9conomie politique du t\u00e9moignage\u2009\u00bb que j\u2019ai pu observer, mise en place par des r\u00e9alisateurs, \u00e9crivains, po\u00e8tes, chercheurs, etc., qui produisent des travaux parlant de l\u2019exp\u00e9rience de la migration et des crimes de la fronti\u00e8re australienne, mais qui reposent sur la position continuellement soumise des r\u00e9fugi\u00e9s, que je trouve probl\u00e9matique.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Au niveau local, les luttes indig\u00e8nes et migrantes se rejoignent,\u00a0<a href=\"https:\/\/m.facebook.com\/watch\/?v=262943831722489&amp;_rdr\">comme nous l\u2019avons vu<\/a>\u00a0durant les manifestations\u00a0<em>Black Lives Matters<\/em>, mais ce n\u2019est pas un mouvement de masse au niveau national. Selon moi, la jonction entre les luttes immigr\u00e9es et aborig\u00e8nes est la seule chose pouvant remettre v\u00e9ritablement en cause l\u2019\u00c9tat raciste.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\"><em>Alana Lentin est Professeure agr\u00e9g\u00e9e d\u2019Analyse culturelle et sociale \u00e0 la Western Sydney University en Australie.\u00a0<\/em>Why Race Still Matters<em>\u00a0est son dernier ouvrage publi\u00e9.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/2021\/02\/04\/17019\/\">SOURCE<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans cet entretien avec le \u00ab\u00a0QG D\u00e9colonial\u00a0\u00bb, Alana Lentin revient sur les id\u00e9es phares de son dernier livre\u00a0Why Race Still Matters\u00a0(Polity, 2020), soulignant ainsi les enjeux politiques pos\u00e9s par les d\u00e9bats th\u00e9oriques sur la question raciale. \u00c9voquant notamment les limites du concept de \u00ab privil\u00e8ge blanc \u00bb et les enjeux li\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e selon laquelle &#8230; <a title=\"Pourquoi la race compte encore : entretien avec Alana Lentin\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4688\" aria-label=\"En savoir plus sur Pourquoi la race compte encore : entretien avec Alana Lentin\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,36,4,7,18,28,37,39],"tags":[452],"class_list":["post-4688","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-anti-imperialisme","category-europe","category-islamophobie","category-negrophobie","category-resistance-bruxelles","category-racismes","category-romophobie","category-sans-papier","tag-alana-lentin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4688","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4688"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4688\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4690,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4688\/revisions\/4690"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4688"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4688"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4688"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}