{"id":4888,"date":"2021-08-08T19:01:27","date_gmt":"2021-08-08T18:01:27","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4888"},"modified":"2021-08-08T19:02:11","modified_gmt":"2021-08-08T18:02:11","slug":"le-racisme-et-lillusion-de-legalite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4888","title":{"rendered":"Le racisme et l\u2019illusion de l\u2019\u00e9galit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>La Fondation Frantz Fanon partage ce texte \u00e9crit par Tommy J Curry, \u00ab Racism and the equality delusion \u00bb traduit par Norman Ajari, membre du bureau de la Fondation.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Nous avons tendance \u00e0 croire qu\u2019un jour, nous parviendrons \u00e0 d\u00e9passer le racisme. Mais de nombreux chercheurs noirs ne partagent pas cette croyance en un changement progressif. Souvent calomni\u00e9 et mal compris, Derrick Bell, le fondateur de la Th\u00e9orie Critique de la Race, comprenait le racisme comme un aspect permanent de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine. Son argument selon lequel les fondations m\u00eames de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale aux \u00c9tats-Unis rendent impossible l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre Blancs et Noirs peut \u00eatre difficile \u00e0 accepter, mais il demeure valide, \u00e9crit Tommy Curry.<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"text-align: center;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a style=\"text-align: center;\" href=\"https:\/\/iai.tv\/articles\/racism-and-the-equality-delusion-auid-1836\">Version originale<\/a><\/p>\n<p>Le d\u00e9bat r\u00e9cent \u00e0 propos de la Critical Race Theory (Th\u00e9orie Critique de la Race ou CRT) aux \u00c9tats-Unis est une preuve de plus du caract\u00e8re irr\u00e9m\u00e9diable du racisme anti-Noirs des d\u00e9mocraties contr\u00f4l\u00e9es et g\u00e9r\u00e9es par les blancs. \u00c0 la suite de l\u2019ancien Pr\u00e9sident Donald Trump, de nombreux \u00c9tats ont fait adopter une l\u00e9gislation visant \u00e0 bannir, de l\u2019\u00e9cole primaire jusqu\u2019\u00e0 l\u2019universit\u00e9, toute conversation sur la n\u00e9grophobie et la violence blanche. Ces politiques ne visent pas seulement \u00e0 r\u00e9duire au silence les critiques \u00e9mises par les chercheurs Noirs et non-blancs au cours des trois derniers si\u00e8cles, mais \u00e9galement \u00e0 r\u00e9parer les dommages que le radicalisme noir aurait caus\u00e9 \u00e0 l\u2019ethos et aux vertus de la civilisation blanche.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, la Th\u00e9orie Critique de la Race a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e et gentrifi\u00e9e par des universitaires d\u00e9pourvus de toute formation et de tout engagement avec les travaux fondateurs de cette tradition intellectuelle. En cons\u00e9quence, la Th\u00e9orie Critique de la Race a \u00e9t\u00e9 frelat\u00e9e au moment m\u00eame o\u00f9 la droite la diabolisait. Il est donc important de rappeler son approche unique du rapport entre race, pouvoir et institutions de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale : \u00ab Au contraire des droits civiques traditionnels, qui embrassent une approche progressive, o\u00f9 le changement se fait pas \u00e0 pas, la th\u00e9orie critique de la race questionne les fondements m\u00eames de l\u2019ordre lib\u00e9ral, y compris la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9galit\u00e9, le raisonnement juridique, le rationalisme des Lumi\u00e8res et la neutralit\u00e9 des principes du droit constitutionnel. \u00bb (Richard Delgado &amp; Jean Stefancic, Critical Race Theory: An Introduction, 2001, p. 2-3) L\u2019une des th\u00e8ses-clefs de la Th\u00e9orie Critique de la Race est que l\u2019\u00e9galit\u00e9 raciale est impossible au sein du syst\u00e8me actuel de la d\u00e9mocratie constitutionnelle am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p><strong>Les Fondements de la Th\u00e9orie Critique de la Race<\/strong><\/p>\n<p>Depuis la d\u00e9cision de justice sur Brown v. Board of Education en 1954 [1] et la fin de la Guerre Froide, les conversations sur la place des Noirs au sein des empires et des colonies ont quitt\u00e9 l\u2019avant-sc\u00e8ne de la recherche. De nombreuses institutions d\u2019enseignement sup\u00e9rieur ont appliqu\u00e9 le mod\u00e8le du Harvard\u2019s Core Curriculum Report, qui encourageait la fondation de cursus d\u2019arts lib\u00e9raux centr\u00e9s sur le triomphe et la sup\u00e9riorit\u00e9 de la philosophie et de la civilisation occidentales afin de conjurer la contestation raciale et anticoloniale des ann\u00e9es 1960 et 1970. Il n\u2019est pas surprenant que le d\u00e9bat autour de la Th\u00e9orie Critique de la Race ne repr\u00e9sente pas fid\u00e8lement la tradition intellectuelle initi\u00e9e par Derrick Bell \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 en r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019\u00e9chec du mouvement des droits civiques et au projet int\u00e9grationniste, mais insiste au contraire sur le danger que repr\u00e9senterait le fait d\u2019\u00e9duquer la jeunesse des soci\u00e9t\u00e9s blanches aux \u00e9checs de la d\u00e9mocratie et \u00e0 la tyrannie impos\u00e9e par les populations blanches sur les races plus sombres au cours des derniers si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Derrick Bell est largement reconnu comme le fondateur de la Th\u00e9orie Critique de la Race. En 1976, il affirmait que Brown v. Board of Education avait \u00e9chou\u00e9 \u00e0 apporter l\u2019\u00e9galit\u00e9 et la gouvernance d\u00e9mocratique aux Noirs am\u00e9ricains. Son argument, comme celui de son mentor, le Juge Robert L. Carter, mettait l\u2019accent sur le fait que la cause des effets sociaux et psychologiques du racisme ne r\u00e9sidait pas dans la s\u00e9gr\u00e9gation, mais dans la supr\u00e9matie blanche, c\u2019est-\u00e0-dire la croyance erron\u00e9e selon laquelle les Blancs sont vou\u00e9s \u00e0 poss\u00e9der et \u00e0 g\u00e9rer les vies et le travail des Noirs aux \u00c9tats-Unis, comme ce fut aussi le cas dans les colonies \u00e0 travers le monde. Bell \u00e9tait cat\u00e9gorique : les politiques de r\u00e9forme raciale \u00ab sont toujours bas\u00e9es sur l\u2019id\u00e9e, qui n\u2019est pas crue moins fermement lorsqu\u2019elle est inconsciente, que l\u2019Am\u00e9rique est une nation blanche et que la domination des Blancs sur les Noirs est naturelle, juste et n\u00e9cessaire, autant que profitable et satisfaisante. Cette croyance omnipr\u00e9sente, qui est l\u2019essence m\u00eame du racisme, demeure une ressource nationale viable et pr\u00e9cieuse. \u00bb (Derrick Bell, \u201cRacial Remediation: An Historical Perspective on Current Conditions,\u201d Notre Dame Lawyer 52.5 (1976\/77) : 5-29) Influenc\u00e9 par le militantisme de la tradition radicale noire et l\u2019analyse des semi-colonies, Derrick Bell \u00e9tait convaincu que le racisme \u00e9tait un aspect permanent et immuable de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine. Pour Bell, la l\u00e9gislation sur les droits civiques \u00e9tait essentiellement symbolique et \u00ab m\u00eame ces efforts hercul\u00e9ens dont nous applaudissons le succ\u00e8s ne produiront gu\u00e8re plus que des \u201cpics de progr\u00e8s\u201d temporaires, des victoires fugaces vou\u00e9es \u00e0 perdre toute pertinence \u00e0 mesure que s\u2019adaptent les sch\u00e9mas raciaux de mani\u00e8re \u00e0 pr\u00e9server la domination blanche \u00bb (Derrick Bell, Faces at the bottom of the well : The permanence of racism, 1992).<\/p>\n<p>Les blancs sont sid\u00e9r\u00e9s d\u2019apprendre que les chercheurs Noirs qui ont b\u00e2ti la Th\u00e9orie Critique de la Race ne souscrivent pas aux promesses de la d\u00e9mocratie occidentale, ni aux illusions selon lesquelles l\u2019\u00e9galit\u00e9 raciale serait possible au sein des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques blanches. Depuis le XIXe si\u00e8cle, les chercheurs noirs ont insist\u00e9 sur la permanence du racisme blanc, aux \u00c9tats-Unis comme dans d\u2019autres empires blancs. Contrairement aux repr\u00e9sentations universitaires de figures noires am\u00e9ricaines pleines d\u2019espoir et engag\u00e9es dans l\u2019exp\u00e9rience d\u00e9mocratique am\u00e9ricaine, de nombreux penseurs noirs ont insist\u00e9 sur la n\u00e9grophobie qui souille perp\u00e9tuellement les Noirs am\u00e9ricains. Au cours des ann\u00e9es 1800, les figures historiques noires ont associ\u00e9 la lib\u00e9ration des leurs \u00e0 la r\u00e9volution (ha\u00eftienne), non \u00e0 l\u2019incorporation au sein des \u00c9tats-Unis. En Am\u00e9rique et en Europe, l\u2019id\u00e9al lib\u00e9ral d\u00e9mocratique dicte que le \u00ab probl\u00e8me racial \u00bb entre Noirs et Blancs, s\u2019il demeure, conduit lentement les populations blanches vers davantage de conscience sociale et de compr\u00e9hension raciale. Cet optimisme \u00e0 l\u2019\u00e9gard du racisme anti-Noirs, ou de la myriade d\u2019antipathies assimilant noirceur et africanit\u00e9 \u00e0 l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9, la sauvagerie et l\u2019indignit\u00e9 d\u00e9pendent en derni\u00e8re instance de la capacit\u00e9 des d\u00e9mocraties blanches \u00e0 g\u00e9rer la col\u00e8re et la contestation des populations am\u00e9ricaines et europ\u00e9ennes noires lorsqu\u2019elles comparent leur mortalit\u00e9, leurs pr\u00e9judices et leur pauvret\u00e9 \u00e0 la citoyennet\u00e9 blanche.<\/p>\n<p><strong>L\u2019attrait de l\u2019\u00e9galit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019incorporation au sein des d\u00e9mocraties lib\u00e9rales blanches exige l\u2019acceptation de l\u2019id\u00e9ologie lib\u00e9rale par les citoyens. Le caract\u00e8re scandaleux de la CRT, c\u2019est qu\u2019elle fait du racisme une force permanente et dynamique qui cohabite avec les pr\u00e9tentions aux valeurs et \u00e0 l\u2019expression d\u00e9mocratiques. Alors que la pens\u00e9e lib\u00e9rale blanche se situe comme une posture \u00e9thique en faveur de r\u00e9formes sociales oppos\u00e9es aux (pal\u00e9o) conservatismes d\u00e9cadents des diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s, la CRT sugg\u00e8re que la distinction des lib\u00e9raux et des conservateurs est une illusion, un simple d\u00e9saccord portant sur la strat\u00e9gie de gouvernement racial la plus efficace. Pour maintenir leur pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 raciale, les lib\u00e9raux exigent que le racisme demeure abstrait et substituable \u00e0 d\u2019autres formes de marginalisation, \u00e9conomique ou sexuelle. Comme l\u2019a expliqu\u00e9 Gary Peller, \u00ab l\u2019id\u00e9ologie int\u00e9grationniste lib\u00e9rale est structur\u00e9e de telle fa\u00e7on que certaines pratiques sociales soient soustraites \u00e0 l\u2019\u00e9conomie des rapports de race et con\u00e7us comme non affect\u00e9s par la domination raciale. \u00bb (Gary Peller, Critical Race Consciousness: Reconsidering American Ideologies of Racial Justice, Boulder, Paradigm Publishers, 2012, p. 14) Ainsi, le lib\u00e9ralisme d\u00e9mocratique nie l\u2019exceptionnalit\u00e9 de la race et du racisme en faisant de l\u2019int\u00e9gration\/inclusion le fondement universel du progr\u00e8s social. En cons\u00e9quence, toute r\u00e9flexion qui justifie l\u2019exclusion ou ressemble \u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation est tenue pour raciste. Pour les lib\u00e9raux, le nationalisme noir qui r\u00e9pond \u00e0 la violence raciste de la police, du Ku Klux Klan ou m\u00eame des f\u00e9ministes blanches, est tenu pour tout aussi raciste, sinon plus oppressif encore, que les initiateurs blancs de la violence raciale. Par exemple, le Black Panther Party est souvent d\u00e9crit comme une version noire du KKK, malgr\u00e9 son insistance sur l\u2019\u00e9ducation, les soins m\u00e9dicaux, et m\u00eame la cause des femmes. L\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019un activisme noir est assimil\u00e9e \u00e0 la tyrannie, \u00e0 la violence et \u00e0 la sauvagerie des hommes noirs, bien qu\u2019il ne soit qu\u2019une r\u00e9ponse aux milices et au terrorisme blancs. Cela contraste fortement avec un mouvement lib\u00e9ral tel que le f\u00e9minisme, qui a \u00e9t\u00e9 soutenu par l\u2019\u00c9tat, a historiquement encourag\u00e9 le meurtre d\u2019hommes et de gar\u00e7ons noirs ainsi que l\u2019\u00e9tat carc\u00e9ral, et est aujourd\u2019hui salu\u00e9 comme une r\u00e9ussite progressiste. \u00c0 travers de nombreuses disciplines, les origines racistes du lib\u00e9ralisme, des droits des femmes blanches ou m\u00eame de la d\u00e9cision de Brown v. Board of Education, demeurent dissimul\u00e9es sous le r\u00e9cit dominant du progr\u00e8s racial.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9galit\u00e9 est alors une aspiration \u00e0 l\u2019inclusion au sein de cette soci\u00e9t\u00e9, que l\u2019on dit offrir protection et reconnaissance aux Noirs, malgr\u00e9 la mort et l\u2019agonie des populations noires. Depuis les derni\u00e8res ann\u00e9es, les ex\u00e9cutions publiques d\u2019hommes et de gar\u00e7ons noirs aux \u00c9tats-Unis ont suscit\u00e9es des conversations autour du racisme aux \u00c9tats-Unis comme au Royaume-Uni. Alors que l\u2019Am\u00e9rique continue d\u2019affirmer que la mortalit\u00e9 des Noirs n\u2019indique aucun probl\u00e8me significatif dans la structure de cette soci\u00e9t\u00e9, la Grande Bretagne affirme que la race n\u2019est simplement pas un facteur fondamental d\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale dans ce pays. Malgr\u00e9 les preuves qui montrent que les citoyens noirs et les populations immigr\u00e9es connaissent des taux sup\u00e9rieurs de mortalit\u00e9, d\u2019interactions n\u00e9gatives avec la police, d\u2019incarc\u00e9ration et de discrimination, la position officielle des gouvernements am\u00e9ricain et britannique est que le racisme ne repr\u00e9sente plus un obstacle au succ\u00e8s et au progr\u00e8s des Noirs dans ces pays. Selon Anthony Farley, \u00ab le lib\u00e9ralisme ne les reconna\u00eetra pas, mais demeure perp\u00e9tuellement fascin\u00e9 par ses cr\u00e9ations. Le lib\u00e9ralisme fait de ses qualit\u00e9s abstraites un f\u00e9tiche et ne pr\u00eate aucune attention aux in\u00e9galit\u00e9s mat\u00e9rielles qui lui donnent le pouvoir de faire de ses fantasmes \u00e0 notre sujet [nous, les Noirs] une r\u00e9alit\u00e9 \u00bb (Anthony Paul Farley, \u201cThirteen Stories,\u201d Touro Law Review 15.2 (1998-1999) : 543-656.)<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9galit\u00e9 raciale aux \u00c9tats-Unis ou en Grande-Bretagne est un fantasme, un attrait de l\u2019imagination qui exige l\u2019indiff\u00e9rence des Noirs \u00e0 la violence et de la mort des leurs qui se d\u00e9roule sous leurs yeux, dans l\u2019espoir qu\u2019un jour ils ne seront plus tenus de payer de leurs propres vies le prix de la citoyennet\u00e9. Cela, malheureusement, n\u2019arrivera pas car le racisme est en son principe m\u00eame \u00ab la manifestation de processus sociaux et de logiques concurrentes qui facilitent la mort des populations assujetties \u00bb (Tommy J. Curry, The Man-Not : Race, Class, Genre, and the Dilemmas of Black Manhood, Philadelphie, Temple University Press, 2017, p. 4). Le racisme est un processus social qui exige l\u2019extinction de la vie noire. Le racisme est vorace de mort. Il s\u2019est construit, puis l\u00e9gitim\u00e9, par la complaisance culturelle et individuelle, et son processus de cr\u00e9ation et d\u2019adaptation de hi\u00e9rarchies de domination sociales ne saurait \u00eatre supprim\u00e9 par les seules pr\u00e9tentions du discours universitaire ou des aspirations \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9. La th\u00e9orie lib\u00e9rale suppose la capacit\u00e9 d\u2019individus rationnels, moraux et libres de choisir des principes abstraits cens\u00e9s rem\u00e9dier aux in\u00e9galit\u00e9s sociales. En pratique, cependant, ces abstractions d\u00e9bouchent rarement sur un changement mat\u00e9riel. Le principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9 pour contester la l\u00e9galit\u00e9 de la discrimination positive, tout accordant aux femmes blanches la part du lion des retomb\u00e9es \u00e9ducationnelles et \u00e9conomiques des programmes issus des droits civiques. Dans une soci\u00e9t\u00e9 supr\u00e9maciste blanche, les rem\u00e8des, les programmes de violence, et m\u00eame les abstractions contribuent \u00e0 pr\u00e9server et \u00e0 faire avancer les int\u00e9r\u00eats du groupe dominant.<\/p>\n<p><strong>La gentrification de la Th\u00e9orie Critique de la Race<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019assimilation de la CRT, au sein des d\u00e9partements de philosophie, des \u00e9coles d\u2019arts lib\u00e9raux et des conversations ordinaires, \u00e0 \u00ab toutes les recherches sur la race \u00bb a affaibli cette tradition intellectuelle au point de la rendre presque m\u00e9connaissable. La propension des lib\u00e9raux blancs \u00e0 se revendiquer, pour leur recherche et pour eux-m\u00eames, de l\u2019appellation de CRT a solidifi\u00e9 la qualit\u00e9 marchande des \u00ab th\u00e9ories critiques\/philosophies de la race \u00bb. Ce sont des d\u00e9riv\u00e9s de la CRT qui ne font pas mention des travaux de Derrick Bell, ni des critiques \u00e9conomiques des appareils n\u00e9ocoloniaux am\u00e9ricains. Le r\u00e9sultat de cette incorporation n\u2019est pas seulement la d\u00e9-radicalisation des id\u00e9es politiques et des motivations des Noirs, mais aussi un stratag\u00e8me visant \u00e0 rediriger le pessimisme de la critique noire envers la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine pour lui substituer un optimisme quant aux possibilit\u00e9s de r\u00e9formes d\u00e9mocratiques, en d\u00e9pit de la mort et de l\u2019agonie noires.<\/p>\n<p>La controverse entourant la CRT ne porte pas sur la v\u00e9rifiabilit\u00e9 de ses affirmations ou la pertinence de l\u2019attribution des in\u00e9galit\u00e9s sociales \u00e0 la n\u00e9grophobie. Le d\u00e9bat sur la CRT se r\u00e9sume \u00e0 l\u2019affirmation, par la censure et la punition, que les Noirs n\u2019ont pas, ou ne devraient pas avoir, la capacit\u00e9 de mettre en accusation l\u2019h\u00e9ritage historique de la civilisation blanche et les individus blancs. Dans la mesure o\u00f9 la contestation de la violence blanche par les Noirs et d\u2019autres victimes non-blanches se r\u00e9pand dans la population, les structures de gestion blanches des soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricaine et britannique posent une limite aux discussions sur le racisme et aux critiques de la soci\u00e9t\u00e9. Ainsi, les \u00e9checs des Noirs (leur pauvret\u00e9, leur mort et leur sous-repr\u00e9sentation) ne sauraient \u00eatre attribu\u00e9s \u00e0 une histoire d\u2019exclusion et d\u2019oppression, mais seulement \u00e0 leur inadaptation culturelle et \u00e0 leurs d\u00e9fauts personnels. En bref, les classes gestionnaires blanches ont d\u00e9cid\u00e9 que cette censure \u00e9tait n\u00e9cessaire pour endiguer, non seulement un discours ind\u00e9sirable, mais aussi une mont\u00e9e en puissance politique des Noirs, des autochtones et des autres non-blancs exigeant une redistribution du pouvoir et des ressources \u00e9conomiques. Malgr\u00e9 une rh\u00e9torique de l\u2019\u00e9galit\u00e9, les Noirs demeurent des sujets et non des citoyens au sein des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques blanches.<\/p>\n<p>Se fondant sur les strat\u00e9gies militantes et r\u00e9volutionnaires du radicalisme noir des XIXe et XXesi\u00e8cles, la Th\u00e9orie Critique de la Race invite les opprim\u00e9s \u00e0 s\u2019engager dans des pratiques cr\u00e9atives de lutte contre les syst\u00e8mes d\u2019oppression racistes et n\u00e9ocoloniaux. Lorsque Bell invoque les mots de Mme Biona MacDonald, \u00ab je vis pour harceler les Blancs \u00bb, il offre au lecteur un aper\u00e7u de la lutte perp\u00e9tuelle des Noirs, quelle que soit l\u2019\u00e9poque. Pour de nombreux penseurs lib\u00e9raux blancs, une vie consacr\u00e9e au destin tragique d\u2019une lutte contre la nature sempiternelle de la supr\u00e9matie blanche est un fardeau trop lourd \u00e0 porter. En cons\u00e9quence, la th\u00e9orie blanche stoppe sa marche quand elle distingue la pens\u00e9e noire \u00e0 l\u2019horizon. Autrement dit, la th\u00e9orie et la philosophie blanche ont refus\u00e9 cat\u00e9goriquement de se demander comment penser, \u00e9laborer une th\u00e9orie politique, dans un contexte de permanence du racisme n\u00e9grophobe. Dans mon propre travail, je me suis concentr\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e d\u2019impouvoir et sur la logique culturelle comme base pour penser un programme politique positif, mais ce d\u00e9fi \u2013 le besoin de penser la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019oppression raciste et de la violence \u2013 n\u2019est pas relev\u00e9 par le canon et les chercheurs blancs du fait de leur insistance sur la vertu blanche et les principes lib\u00e9raux, con\u00e7us comme la panac\u00e9e de la lutte contre le racisme au sein des d\u00e9mocraties blanches.<\/p>\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Tommy. J. Curry, Professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00c9dimbourg, titulaire de la chaire en Africana philosophy and Black male studies.<\/strong><\/p>\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n<p><a href=\"https:\/\/fondation-frantzfanon.com\/le-racisme-et-lillusion-de-legalite\/?fbclid=IwAR2iV04ih9C4LuCtMsSvffegEnCrCRwjuVj5_7D3vQJOSGNb8MaE7gAu9Yo#_ftnref1\">[1]<\/a>\u00a0Cette d\u00e9cision de justice mis fin \u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation raciale au sein des \u00e9coles publiques, NDT.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/fondation-frantzfanon.com\/le-racisme-et-lillusion-de-legalite\/?fbclid=IwAR2iV04ih9C4LuCtMsSvffegEnCrCRwjuVj5_7D3vQJOSGNb8MaE7gAu9Yo\">SOURCE<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Fondation Frantz Fanon partage ce texte \u00e9crit par Tommy J Curry, \u00ab Racism and the equality delusion \u00bb traduit par Norman Ajari, membre du bureau de la Fondation. Nous avons tendance \u00e0 croire qu\u2019un jour, nous parviendrons \u00e0 d\u00e9passer le racisme. Mais de nombreux chercheurs noirs ne partagent pas cette croyance en un changement &#8230; <a title=\"Le racisme et l\u2019illusion de l\u2019\u00e9galit\u00e9\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4888\" aria-label=\"En savoir plus sur Le racisme et l\u2019illusion de l\u2019\u00e9galit\u00e9\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2887,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,18,28],"tags":[384],"class_list":["post-4888","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-anti-imperialisme","category-resistance-bruxelles","category-racismes","tag-tommy-curry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4888","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4888"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4888\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4890,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4888\/revisions\/4890"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2887"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4888"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4888"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4888"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}