{"id":4914,"date":"2021-09-29T13:30:28","date_gmt":"2021-09-29T12:30:28","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4914"},"modified":"2021-09-27T13:37:58","modified_gmt":"2021-09-27T12:37:58","slug":"lart-colonisateur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4914","title":{"rendered":"L\u2019art colonisateur"},"content":{"rendered":"<div class=\"cartouche cartouche_vertical flex_conteneur\">\n<div class=\"cartouche_titres flex_bloc_66\">\n<div class=\"cartouche_titres_inner subcr\">\n<div class=\"descriptif\">\n<p class=\"selectionShareable\">A propos de\u00a0: Anne Lafont,<i>\u00a0L\u2019art et la race. L\u2019Africain (tout) contre l\u2019\u0153il des Lumi\u00e8res<\/i>, Les presses du r\u00e9el<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"cartouche_bis\">\n<div class=\"signature\"><span class=\"par\">par <span class=\"vcard author nom_auteur\">Guillaume Mazeau<\/span>\u00a0<\/span><span class=\"date\">, le 31 juillet 2020<\/span><\/div>\n<div><\/div>\n<div class=\"signature\">Dans un essai de grande ampleur sur la construction de la race dans les arts des Lumi\u00e8res, Anne Lafont traque de mani\u00e8re passionnante la responsabilit\u00e9 des images dans la naturalisation de la diff\u00e9rence raciale et la justification de la colonisation.<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<div class=\"entry-content texte\">\n<p><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/arton4800-2b265.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-4915 aligncenter\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/arton4800-2b265.jpg\" alt=\"\" width=\"286\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/arton4800-2b265.jpg 286w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/arton4800-2b265-215x300.jpg 215w\" sizes=\"(max-width: 286px) 100vw, 286px\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Ce livre est un des tout premiers gros essais r\u00e9dig\u00e9s en fran\u00e7ais sur la construction de la race dans les arts des Lumi\u00e8res. Il a d\u2019abord le m\u00e9rite de questionner notre regard\u00a0: contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pourrait penser, l\u2019\u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>Africain<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb est un motif omnipr\u00e9sent dans l\u2019art des m\u00e9tropoles imp\u00e9riales du\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span><sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Mais c\u2019est un motif qui assigne et invisibilise les Noirs, bien avant que les discours et les mus\u00e9es ne les neutralisent ou ne les f\u00e9tichisent \u00e0 l\u2019heure du tabou colonial.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">La m\u00e9thode suivie par Anne Lafont d\u00e9joue les pi\u00e8ges propres \u00e0 l\u2019histoire des minorit\u00e9s\u00a0: au lieu de raconter la \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>mont\u00e9e<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb d\u2019un proto-racisme pour d\u00e9montrer (et d\u00e9noncer) la stabilit\u00e9 de ses formes, l\u2019auteure cherche \u00e0 historiciser pr\u00e9cis\u00e9ment \u2013 et d\u2019autant plus implacablement \u2013 le processus buissonnant, discontinu et assez tardif de racialisation, dont les formes visuelles sont non seulement un vecteur, mais un laboratoire. Anne Lafont \u00e9chappe aussi aux conceptions classiques de l\u2019histoire de l\u2019art ou de l\u2019histoire des repr\u00e9sentations, qui isolent ou hi\u00e9rarchisent les images sans lien avec leur visibilit\u00e9, ou les r\u00e9duisent \u00e0 des illustrations. Le point de vue transnational contribue quant \u00e0 lui autant \u00e0 d\u00e9faire les romans nationaux et imp\u00e9riaux qu\u2019\u00e0 \u00e9viter les globalisations surplombantes. \u00c0 rebours des th\u00e8ses sur l\u2019autonomie de l\u2019art, Anne Lafont traque de mani\u00e8re passionnante la responsabilit\u00e9 des images dans la naturalisation de la diff\u00e9rence raciale, mais aussi sexuelle et sociale, qui suivent des trajectoires souvent voisines.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Politiques du dessin<\/h3>\n<p class=\"selectionShareable\">Dans le premier chapitre, consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>art de la blancheur<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb, l\u2019historienne montre que le motif du jeune page noir appara\u00eet avec les premi\u00e8res politiques de s\u00e9gr\u00e9gation par la couleur dans les colonies am\u00e9ricaines\u00a0: ex\u00e9cut\u00e9 en 1682 par Pierre Mignard, le portrait de la duchesse de Portsmouth, dont la blancheur est soulign\u00e9e par la pr\u00e9sence d\u2019une jeune noire, pr\u00e9c\u00e8de d\u2019un an les mesures fiscales visant les non-Blancs aux Antilles (1683), et de trois ans la mise en place du Code Noir (1685). Dans les arts graphiques, les Noirs sont r\u00e9duits \u00e0 des attributs sociaux, leur couleur ne prenant valeur que pour faire contraste avec la blancheur du sujet principal. Dans la seconde moiti\u00e9 du\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span><sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, la rel\u00e9gation du Noir ou du sang-m\u00eal\u00e9 ne vient plus seulement des strat\u00e9gies de distinction poursuivies par les catholiques et les nobles depuis la fin du\u00a0<span class=\"caps\">XV<\/span><sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0: le pr\u00e9jug\u00e9 de couleur participe d\u00e9sormais d\u2019une nouvelle logique, plus radicale, de racialisation. Les discours contemporains sur l\u2019art participent de ces dynamiques\u00a0: \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>Le blanc [sert] \u00e0 exprimer la lumi\u00e8re et le noir [\u00e0 en] exprimer la privation<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb, affirme le c\u00e9l\u00e8bre amateur Claude-Henri Watelet, justifiant la soumission des Noirs en les assignant \u00e0 une obscurit\u00e9 qui, dans le langage des Lumi\u00e8res, est l\u2019autre nom de l\u2019obscurantisme. Le clair-obscur n\u2019est donc pas seulement une esth\u00e9tique\u00a0: c\u2019est aussi une politique de la supr\u00e9matie blanche, au sein d\u2019empires expos\u00e9s aux nombreux m\u00e9tissages.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Vus comme les preuves d\u2019une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de la blancheur (on aurait peut-\u00eatre ici attendu un dialogue avec les th\u00e8ses r\u00e9centes de Claude-Olivier Doron<button id=\"lf-nh1\" class=\"littlefoot-footnote__button littlefoot-footnote__button__number\" title=\"Voir la note 1\" aria-controls=\"fncontent:1\" aria-expanded=\"false\" aria-label=\"Footnote 1\" data-footnote-button-id=\"1\" data-footnote-number=\"1\"><\/button>), les albinos et \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>N\u00e8gres-pie<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb (atteints d\u2019albinisme partiel) suscitent alors une curiosit\u00e9 dont Anne Lafont retrace les enjeux. Ces pages t\u00e9moignent de l\u2019\u0153uvre r\u00e9paratrice d\u2019une histoire capable d\u2019\u00eatre prudemment empathique, probante et engag\u00e9e. En d\u00e9montant les dispositifs coloniaux concupiscents qui maltraitent le corps de Genevi\u00e8ve, jeune dominguoise albinos, l\u2019historienne ne peut d\u00e9sactiver la violence des images, mais permet de percevoir son existence par-del\u00e0 les \u00e9crans de l\u2019art colonial. Elle transmet ainsi les outils d\u2019une possible r\u00e9appropriation. Cette d\u00e9marche nuanc\u00e9e et r\u00e9flexive lui permet d\u2019\u00e9viter les f\u00e2cheuses imprudences commises par le livre\u00a0<i>Sexe, race et colonies<\/i>\u00a0: insuffisamment mises \u00e0 distance, les images coloniales peuvent continuer d\u2019exercer une forme de violence<button id=\"lf-nh2\" class=\"littlefoot-footnote__button littlefoot-footnote__button__number\" title=\"Voir la note 2\" aria-controls=\"fncontent:2\" aria-expanded=\"false\" aria-label=\"Footnote 2\" data-footnote-button-id=\"2\" data-footnote-number=\"2\"><\/button>.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Un tournant visuel des sciences de l\u2019homme<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>?<\/h3>\n<p class=\"selectionShareable\">Dans le chapitre 2, Anne Lafont montre que la banalisation des st\u00e9r\u00e9otypes raciaux est principalement v\u00e9hicul\u00e9e par les images scientifiques des Lumi\u00e8res. Bien connues, les s\u00e9ries horizontales de profils de Pierre Camper d\u00e9gagent des formes immuables des caract\u00e8res, d\u00e9finis par la mesure de l\u2019angle facial. Mais il ne s\u2019agit encore en 1768 que de montrer les transformations d\u2019une esp\u00e8ce dont Camper, trop souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme un des p\u00e8res de l\u2019anthropologie raciale, ne conteste pas l\u2019unit\u00e9. Il faut donc porter le regard plus loin, vers 1804, si l\u2019on veut situer le tournant raciste de la culture visuelle occidentale. Alors que dans les Cara\u00efbes, les anciens esclaves c\u00e9l\u00e8brent l\u2019ind\u00e9pendance d\u2019Ha\u00efti, dans la m\u00e9tropole fran\u00e7aise, la dissolution de la Soci\u00e9t\u00e9 des Observateurs de l\u2019Homme, fond\u00e9e dans le sillage des utopies universalistes du Directoire, ent\u00e9rine le virage fixiste et diff\u00e9rencialiste de l\u2019observation anthropologique\u00a0: guid\u00e9s par les instructions de Cuvier leur demandant de pr\u00eater attention \u00e0 la \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>saillie du museau<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb ou \u00e0 la \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>forme des orbites<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb des \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>Naturels<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb (les Aborig\u00e8nes de Nouvelle-Hollande, actuelle Australie), les dessinateurs de l\u2019exp\u00e9dition Baudin dans les terres australes (1800-1804) esquissent les bases d\u2019une anthropologie visuelle qui ne repose pas sur l\u2019objectivit\u00e9 du croquis \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>d\u2019apr\u00e8s nature<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb, mais sur l\u2019interpr\u00e9tation raciste qu\u2019ils en font. Une interpr\u00e9tation biais\u00e9e par la volont\u00e9 d\u2019isoler des caract\u00e8res propres et de d\u00e9finir la grammaire visuelle de ce qui allait devenir la craniom\u00e9trie. Ce tournant est tardif par rapport aux autres histoires de la racialisation. Et selon Anne Lafont, rien n\u2019est encore jou\u00e9. Ce ne sont pas les images r\u00e9alis\u00e9es sur le terrain qui posent probl\u00e8me, mais bien leurs reproductions post\u00e9rieures. Retouch\u00e9 en 1824 par Jacques-G\u00e9rard Milbert, le portrait de\u00a0<i>Moror\u00e9\u00a0<\/i>initialement r\u00e9alis\u00e9 par Nicolas Martin Petit (1802-1803) est devenu une planche d\u2019anthropologie accumulant les st\u00e9r\u00e9otypes racistes. Le souhait de Cuvier, selon lequel un \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>N\u00e8gre<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb ne peut \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 comme un simple \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>Blanc barbouill\u00e9 de suie<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb (p. 117), est alors pleinement r\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">R\u00e9volutions et droit \u00e0 la repr\u00e9sentation<\/h3>\n<p class=\"selectionShareable\">Toutefois, les Lumi\u00e8res sanctionnent \u00e0 la fois l\u2019apog\u00e9e de la traite et la mont\u00e9e des critiques anticoloniales, l\u2019aggravation des s\u00e9gr\u00e9gations de couleur et l\u2019essor de l\u2019abolitionnisme. Les chapitres 3 et 4 s\u2019attardent sur cette p\u00e9riode contrast\u00e9e. Marqu\u00e9e par les r\u00e9volutions atlantiques de la fin du si\u00e8cle, elle semble promettre aux gens de couleur un nouveau droit \u00e0 la visibilit\u00e9 et \u00e0 la repr\u00e9sentation. Des artistes comme Carmontelle ou Maurice Quentin La Tour r\u00e9alisent des portraits d\u2019hommes noirs qui \u00e9chappent \u00e0 la r\u00e9ification et \u00e0 la suj\u00e9tion. Mais la br\u00e8che est \u00e9troite\u00a0: seuls quelques visages percent le brouillard des millions d\u2019anonymes, comme celui, fier, du d\u00e9put\u00e9 Jean-Baptiste Belley, expos\u00e9 par Girodet au Salon de 1797, ou celui de Yarrow Mamout, par Charles Willson Peale (1819). Car les r\u00e9volutions sont aussi un temps d\u2019invisibilisation des minorit\u00e9s exclues de la nouvelle citoyennet\u00e9\u00a0: Anne Lafont montre comment l\u2019Insurgent afro-am\u00e9rindien Crispus Attucks, une des premi\u00e8res victimes du Massacre de Boston (5\u00a0mars 1770) est effac\u00e9 des premi\u00e8res gravures de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Sauf exceptions, l\u2019h\u00e9ro\u00efsme r\u00e9volutionnaire atlantique est blanc et masculin, comme le confirme le sort de Toussaint-Louverture, \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>h\u00e9ros sans image<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb (p. 211). Anne Lafont s\u2019y \u00e9tend assez peu, et pourtant, les Noirs d\u00e9veloppent d\u2019ailleurs de nombreuses strat\u00e9gies pour \u00e9chapper aux stigmates auxquels les expose leur couleur de peau.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Le carcan visuel des gravures en noir et blanc stimule aussi l\u2019art du camouflage. Ainsi, Moses Williams, esclave affranchi au travail, d\u00e9guis\u00e9 en Indien dans le mus\u00e9e de Philadelphie de Charles Willson Peale, r\u00e9alise sa propre silhouette en ombre chinoise gr\u00e2ce au physionotrace qu\u2019il est cens\u00e9 manier pour la client\u00e8le\u00a0: un geste d\u2019appropriation gr\u00e2ce auquel le technicien \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>d\u00e9coupeur de profils<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb, choisit de faire passer son identit\u00e9 professionnelle avant son identit\u00e9 raciale, le fond noir du profil maquillant de fait sa couleur de peau<button id=\"lf-nh3\" class=\"littlefoot-footnote__button littlefoot-footnote__button__number\" title=\"Voir la note 3\" aria-controls=\"fncontent:3\" aria-expanded=\"false\" aria-label=\"Footnote 3\" data-footnote-button-id=\"3\" data-footnote-number=\"3\"><\/button>.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Le Noir, objet du d\u00e9cor<\/h3>\n<p class=\"selectionShareable\">Le chapitre 5 confirme la dignit\u00e9 que les \u00e9tudes visuelles ont fait gagner aux arts d\u00e9coratifs. Le motif de l\u2019\u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>Africain<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb ou du \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>N\u00e8gre<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb envahit les int\u00e9rieurs ais\u00e9s des m\u00e9tropoles atlantiques qui profitent \u00e0 plein de la traite. Par son exotisme, il donne m\u00eame une valeur marchande au mobilier du premier capitalisme colonial (p. 254). Expos\u00e9es comme signes de distinction dans les sc\u00e9nographies domestiques ou boutiqui\u00e8res, ces \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>africaneries<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb peu connues forment pourtant le pendant africain de l\u2019Orientalisme\u00a0: d\u00e9tach\u00e9s de leur contexte, int\u00e9gr\u00e9s au \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>th\u00e9\u00e2tre des objets<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb de la mondanit\u00e9 des Lumi\u00e8res<button id=\"lf-nh4\" class=\"littlefoot-footnote__button littlefoot-footnote__button__number\" title=\"Voir la note 4\" aria-controls=\"fncontent:4\" aria-expanded=\"false\" aria-label=\"Footnote 4\" data-footnote-button-id=\"4\" data-footnote-number=\"4\"><\/button>, ces motifs sont des troph\u00e9es d\u2019autant plus puissants qu\u2019ils sont neutralis\u00e9s comme objets du mobilier. Toutefois, les tapisseries et services \u00e0 porcelaine contribuent parfois \u00e0 diffuser d\u2019autres images\u00a0: Anne Lafont rappelle que l\u2019esclave \u00e0 genoux qui deviendra l\u2019embl\u00e8me des abolitionnistes britanniques et fran\u00e7ais est \u00e0 l\u2019origine un sceau cr\u00e9\u00e9 par Josiah Wedgwood, entrepreneur en fa\u00efence et porcelaine. Une dualit\u00e9 pr\u00e9sente dans le dernier chapitre, qui montre que si les images du\u00a0<span class=\"caps\">XVIII<\/span><sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle l\u00e9gitiment les violences coloniales, elles participent aussi parfois \u00e0 sensibiliser le public \u00e0 l\u2019abolition, comme les illustrations du chapitre 19 de\u00a0<i>Candide\u00a0<\/i>ou celles de William Blake sur la r\u00e9pression des esclaves de la Guyane hollandaise (1772-1774).<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Le pouvoir des formes en question<\/h3>\n<p class=\"selectionShareable\">\u00c0 l\u2019\u00e9gard des Noirs et de leur acc\u00e8s \u00e0 la repr\u00e9sentation, les Lumi\u00e8res, qu\u2019Antoine Lilti invite \u00e0 relire sous le jour de leurs ambivalences au-del\u00e0 des bilans \u00e0 charge ou \u00e0 d\u00e9charge<button id=\"lf-nh5\" class=\"littlefoot-footnote__button littlefoot-footnote__button__number\" title=\"Voir la note 5\" aria-controls=\"fncontent:5\" aria-expanded=\"false\" aria-label=\"Footnote 5\" data-footnote-button-id=\"5\" data-footnote-number=\"5\"><\/button>, auront donc \u00e9t\u00e9 pour le moins \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>paradoxales<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb, comme le souligne elle aussi Anne Lafont dans sa conclusion. Ces paradoxes des Lumi\u00e8res, par ailleurs d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9s par beaucoup de travaux anglophones li\u00e9s aux\u00a0<i>Black\u00a0<\/i>ou\u00a0<i>African-American Studies<\/i><button id=\"lf-nh6\" class=\"littlefoot-footnote__button littlefoot-footnote__button__number\" title=\"Voir la note 6\" aria-controls=\"fncontent:6\" aria-expanded=\"false\" aria-label=\"Footnote 6\" data-footnote-button-id=\"6\" data-footnote-number=\"6\"><\/button>, auraient peut-\u00eatre pu davantage servir de fil rouge pour clarifier le propos\u00a0: les redites et les retours de cette narration, tir\u00e9e d\u2019un travail acad\u00e9mique, sont la contrepartie de la volont\u00e9 d\u2019introduire du doute et de la complexit\u00e9 face au rouleau-compresseur t\u00e9l\u00e9ologique des romans nationaux \u2013 mais elle engendre aussi sa part de confusion. Stimulant, h\u00e9ritant des travaux montrant le r\u00f4le des images scientifiques des Lumi\u00e8res dans la recherche d\u2019une (introuvable) objectivit\u00e9 naturalisant les ph\u00e9nom\u00e8nes construits<button id=\"lf-nh7\" class=\"littlefoot-footnote__button littlefoot-footnote__button__number\" title=\"Voir la note 7\" aria-controls=\"fncontent:7\" aria-expanded=\"false\" aria-label=\"Footnote 7\" data-footnote-button-id=\"7\" data-footnote-number=\"7\"><\/button>, le second chapitre se pr\u00eate le plus \u00e0 la discussion. Habitu\u00e9e \u00e0 lutter contre le quasi (et trompeur) monopole des documents \u00e9crits dans les corpus des modernistes, Anne Lafont surestime et isole probablement le pouvoir des formes et de la culture visuelle dans la d\u00e9finition d\u2019une pseudo-science raciste, ainsi que le cr\u00e9dit dont elles disposent dans les politiques imp\u00e9riales \u2013 un cr\u00e9dit trop peu v\u00e9rifiable, faute de mener l\u2019enqu\u00eate aux \u00e9chelles imp\u00e9riales et transnationales sur leurs circulations et usages pr\u00e9cis.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Attentive \u00e0 d\u00e9construire les cat\u00e9gories raciales des empires occidentaux, l\u2019autrice oublie au passage d\u2019abandonner l\u2019usage du qualificatif \u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>anglo-saxon<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb, pourtant issu de l\u2019anglo-saxonnisme du\u00a0<span class=\"caps\">XIX<\/span><sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0: une id\u00e9ologie notamment propag\u00e9e par les nationalistes britanniques et \u00e9tats-uniens affirmant l\u2019existence et la sup\u00e9riorit\u00e9 de la race saxonne. Le livre \u00e9carte enfin les puissants mod\u00e8les visuels de fabrication trans-imp\u00e9riale de la race que sont les peintures de caste de l\u2019empire espagnol<button id=\"lf-nh8\" class=\"littlefoot-footnote__button littlefoot-footnote__button__number\" title=\"Voir la note 8\" aria-controls=\"fncontent:8\" aria-expanded=\"false\" aria-label=\"Footnote 8\" data-footnote-button-id=\"8\" data-footnote-number=\"8\"><\/button>. Ces discussions ne font pourtant que refl\u00e9ter l\u2019impressionnante ampleur d\u2019un ouvrage qui permet au public francophone d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des questionnements banalis\u00e9s depuis longtemps dans le monde anglophone. Membre du comit\u00e9 scientifique de l\u2019exposition\u00a0<a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/www.laviedesidees.fr\/Joseph-Madeleine-Laure-et-Zita-les-visages-noirs-de-la-peinture-francaise.html\" rel=\"external\">\u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>Le mod\u00e8le noir. De G\u00e9ricault \u00e0 Matisse<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/a>, pr\u00e9sent\u00e9e au Mus\u00e9e d\u2019Orsay en 2019 , Anne Lafont montre ici qu\u2019il est possible de d\u00e9coloniser le regard sur l\u2019art, sans renoncer \u00e0 tenir les fils d\u2019une possible histoire commune, entre hier et aujourd\u2019hui.<\/p>\n<div class=\"recense\">Anne Lafont,\u00a0<i>L\u2019art et la race. L\u2019Africain (tout) contre l\u2019\u0153il des Lumi\u00e8res<\/i>, Dijon, les presses du r\u00e9el \u2013 \u0152uvres en soci\u00e9t\u00e9, 2019. 476 p., 32 \u20ac.<\/div>\n<\/div>\n<p class=\"signature signature_box selectionShareable\"><span class=\"par\">par\u00a0<span class=\"vcard author nom_auteur\"><a class=\"url fn spip_in\" href=\"https:\/\/laviedesidees.fr\/_Guillaume-Mazeau_.html\">Guillaume Mazeau<\/a><\/span><\/span><span class=\"date\">, le 31 juillet 2020<\/span><\/p>\n<div class=\"conteneur large_simple\">\n<div class=\"conteneur_inner\">\n<div id=\"contenu_article\" class=\"subc\">\n<div id=\"content_article_wrapper container-fluid\">\n<div id=\"content_article\">\n<div class=\"texte_wrapper\">\n<div class=\"ps\">\n<h2>Aller plus loin<\/h2>\n<div class=\"\">\n<p class=\"selectionShareable\">\u2022 Jean Benoist,\u00a0<a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/urmis\/2288\" rel=\"external\">\u00ab<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>Retour sur les propositions concernant les aspects biologiques de la race. Unesco, Moscou, 1964. Entretien avec Jean-Luc Bonniol<small class=\"fine d-inline\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/a>,\u00a0<i>Cahiers de l\u2019Urmis<\/i>, n\u00b020, juin 2021.<br class=\"autobr\" \/>\u2022 Elsa Dorlin,\u00a0<i>La matrice de la race\u00a0: g\u00e9n\u00e9alogie sexuelle et coloniale de la nation fran\u00e7aise<\/i>, Paris, La D\u00e9couverte, 2006<br class=\"autobr\" \/>\u2022 Claude-Olivier Doron,\u00a0<i>L\u2019homme alt\u00e9r\u00e9. Races et d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence (<span class=\"caps\">XVII<\/span><sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup>&#8211;<span class=\"caps\">XIX<\/span><sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup>\u00a0si\u00e8cles)<\/i>, Ceyz\u00e9rieu, Champ Vallon, 2016.<br class=\"autobr\" \/>\u2022 Daniel Foliard,\u00a0<i>Combattre, Punir, Photographier. Empires coloniaux 1890-1914<\/i>, Paris, La D\u00e9couverte, 2020.<br class=\"autobr\" \/>\u2022 Terence Keel,\u00a0<i>Divine Variations\u00a0: How Christian Thought Became Racial Science,<\/i>\u00a0Stanford, Stanford University Press, 2018.<br class=\"autobr\" \/>\u2022 Anne Lafont,\u00a0<i>L\u2019art et la race. L\u2019Africain (tout) contre l\u2019\u0153il des Lumi\u00e8res<\/i>, Paris, Les presses du r\u00e9el, 2019.<br class=\"autobr\" \/>\u2022 Ann Laura Stoler,\u00a0<i>La chair de l\u2019empire\u00a0: Savoirs intimes et pouvoirs raciaux en r\u00e9gime colonial<\/i>, Paris, La D\u00e9couverte, 2013.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"texte_plus_container\">\n<div class=\"pourciter\">\n<h2>Pour citer cet article :<\/h2>\n<p class=\"selectionShareable\">\u00c9lodie Edwards-Grossi, \u00ab M\u00e9decine et race sous l\u2019Empire fran\u00e7ais \u00bb,\u00a0<em>La Vie des id\u00e9es\u00a0<\/em>, 16 septembre 2021. ISSN\u00a0:\u00a02105-3030. URL\u00a0:\u00a0https:\/\/laviedesidees.fr\/Medecine-et-race-sous-l-Empire-francais.html<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"proposer\">\n<h2>Nota bene :<\/h2>\n<p class=\"selectionShareable\">Si vous souhaitez critiquer ou d\u00e9velopper cet article, vous \u00eates invit\u00e9 \u00e0 proposer un texte au comit\u00e9 de r\u00e9daction (<a title=\"redaction..\u00e5t..laviedesidees.fr\" href=\"https:\/\/laviedesidees.fr\/Medecine-et-race-sous-l-Empire-francais.html#redaction#mc#laviedesidees.fr#\">redaction<span class=\"mcrypt\">@<\/span>laviedesidees.fr<\/a>). Nous vous r\u00e9pondrons dans les meilleurs d\u00e9lais.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"nettoyeur\"><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"nettoyeur\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"conteneur large_gray\">\n<div class=\"conteneur_inner\"><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A propos de\u00a0: Anne Lafont,\u00a0L\u2019art et la race. L\u2019Africain (tout) contre l\u2019\u0153il des Lumi\u00e8res, Les presses du r\u00e9el par Guillaume Mazeau\u00a0, le 31 juillet 2020 Dans un essai de grande ampleur sur la construction de la race dans les arts des Lumi\u00e8res, Anne Lafont traque de mani\u00e8re passionnante la responsabilit\u00e9 des images dans la naturalisation &#8230; <a title=\"L\u2019art colonisateur\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4914\" aria-label=\"En savoir plus sur L\u2019art colonisateur\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4499,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,21,36,7,18,28],"tags":[468,379,467],"class_list":["post-4914","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-anti-imperialisme","category-europe","category-negrophobie","category-resistance-bruxelles","category-racismes","tag-anne-lafont","tag-art","tag-race"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4914","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4914"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4914\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4916,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4914\/revisions\/4916"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4499"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4914"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4914"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4914"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}