{"id":4921,"date":"2021-09-28T15:14:03","date_gmt":"2021-09-28T14:14:03","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4921"},"modified":"2021-09-27T17:07:56","modified_gmt":"2021-09-27T16:07:56","slug":"defaire-la-police","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4921","title":{"rendered":"D\u00c9FAIRE LA POLICE"},"content":{"rendered":"<div id=\"post-body-2370784662474509034\" class=\"post-body entry-content\">\n<p style=\"text-align: left;\">Alors que deviennent de plus en plus visibles les violences polici\u00e8res et qu\u2019est d\u00e9sormais admis que, loin d\u2019\u00eatre au service du public, la police est surtout \u00ab <i>la garante d\u2019un certain ordre, d\u2019un certain r\u00e9gime de domination\u00a0<\/i>\u00bb, r\u00e9fl\u00e9chir encore \u00e0 des r\u00e9formes semble moins pertinent que de se demander comment la rendre ill\u00e9gitime et la neutraliser, comment s\u2019en passer, y compris dans les r\u00e9solution de conflits.\u00a0<a name=\"more\"><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/1.bp.blogspot.com\/-DUcrCQlqjSk\/YUiiJRJbqsI\/AAAAAAAAERo\/milQuOJVC0AjydD7LsfmstoukYk5Q2iagCLcBGAsYHQ\/s395\/DefaireLaPolice.png\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/1.bp.blogspot.com\/-DUcrCQlqjSk\/YUiiJRJbqsI\/AAAAAAAAERo\/milQuOJVC0AjydD7LsfmstoukYk5Q2iagCLcBGAsYHQ\/s320\/DefaireLaPolice.png\" width=\"193\" height=\"320\" border=\"0\" data-original-height=\"395\" data-original-width=\"238\" \/><\/a><\/p>\n<p>Avec une plaisante truculence, Serge Quadruppani et J\u00e9r\u00f4me Floch ne cachent pas leur joie et exultent en apportant leur part \u00e0 la critique, avec une ironie jubilatoire. \u00ab\u00a0<i>Indubitablement le mot d&rsquo;ordre qui de loin d\u00e9passe en popularit\u00e9 et en universalit\u00e9 n&rsquo;importe quelle expression d&rsquo;amour pour la patrie, n&rsquo;importe quel slogan publicitaire, c&rsquo;est celui qui proclame que tous les flics sont des b\u00e2tards.<\/i>\u00a0\u00bb Leurs explications s\u00e9mantiques rappellent qu\u2019appartenant aux couches populaires, la plupart des policiers renient cette origine et d\u00e9fendent \u00ab\u00a0<i>l\u2019ordre du monde, de l\u2019\u00e9conomie, de la bourgeoisie, des dominants<\/i>\u00a0\u00bb. Ils sont donc tous des b\u00e2tards dans le mesure o\u00f9 ils servent le pouvoir bien que leur l\u00e9gitimit\u00e9 soit cens\u00e9e \u00eatre populaire. \u00ab\u00a0<i>La police n&rsquo;est pas seulement le bras arm\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat et du gouvernement, elle est la garantie que chacun reste \u00e0 la place qui lui incombe.<\/i>\u00a0\u00bb Pas plus que la justice, elle n\u2019emp\u00eachera jamais aucun viol et ne fera pas reculer la culture qui les produit. Elle est le premier facteur de la \u00ab\u00a0<i>radicalisation \u201canti-flic\u201c comme disent ses partisans\u00a0<\/i>\u00bb et de la d\u00e9testation qu\u2019elle inspire. \u00ab\u00a0<i>En premi\u00e8re et en derni\u00e8re instance, la police ne d\u00e9fend ni le faible, ni la veuve, ni l\u2019orphelin, pas plus que la femme battue. La police d\u00e9fend par la brutalit\u00e9 le monde de l&rsquo;\u00e9conomie et sa condition sine qua non : l\u2019accaparement par quelques-uns du territoire et des efforts de toutes et chacun. Le besoin de police est une mystification, son existence une usurpation.\u00a0<\/i>\u00bb Notre acceptation de la police repose essentiellement sur notre \u00ab\u00a0d\u00e9sir\u00a0\u00bb d\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9s, \u00e9lev\u00e9s dans l\u2019id\u00e9e d\u2019une menace et d\u2019un danger permanents, dont elle seule saurait nous pr\u00e9server.<br \/>\n\u00ab\u00a0<i>Si l\u2019on a coutume de d\u00e9finir l\u2019\u00c9tat comme l\u2019institution d\u00e9tentrice du monopole de la violence publique l\u00e9gitime, cela signifie qu\u2019en charge de cette violence, il y a la police et l\u2019arm\u00e9e. D\u00e8s lors, tout \u00c9tat est fondamentalement policier. La seule marge qu\u2019il lui reste est de parvenir \u00e0 masquer plus ou moins efficacement la violence qui l\u2019a toujours constitu\u00e9, en faisant vivre les fictions d\u00e9mocratiques que l\u2019on conna\u00eet. \u00c0 mesure que ces fictions s\u2019effilochent ou perdent en cr\u00e9dibilit\u00e9, l\u2019appareil r\u00e9pressif se r\u00e9v\u00e8le.\u00a0<\/i>\u00bb C\u2019est pourquoi Serge Quadruppani et J\u00e9r\u00f4me Floch voient dans \u00ab\u00a0<i>l\u2019\u00e9v\u00e9nement COVID<\/i>\u00a0\u00bb, avec ses confinements et restrictions, \u00ab\u00a0un exercice d\u2019autodiscipline librement consenti mais comme un moment punitif dont il s&rsquo;agirait de sortir au plus vite pour retrouver la normalit\u00e9, c&rsquo;est \u00e0 dire l&rsquo;ali\u00e9nation ordinaire\u00a0\u00bb, de peur que l\u2019arr\u00eat de la machine \u00e9conomique ne fasse appara\u00eetre des comportements ingouvernables. Aussi, plut\u00f4t que de tomber dans le pi\u00e8ge de la \u00ab\u00a0sym\u00e9trie\u00a0\u00bb, ils proposent de rendre plus visible encore \u00ab\u00a0<i>le m\u00e9pris dans lequel ils et elles se sentent tenus\u00a0<\/i>\u00bb, de \u00ab\u00a0<i>leur foutre la honte\u00a0<\/i>\u00bb, citant l\u2019exemple de Christophe Dettinger qui a su leur montrer qu\u2019\u00e9tait de son c\u00f4t\u00e9 les vertus dont ils se targuent : le courage et le sang-froid, l\u2019usage raisonn\u00e9 de la violence au service de la protection des plus faibles. On vous l\u2019accorde, la proposition peinera sans doute \u00e0 convaincre. S\u2019ils sugg\u00e8rent aussi de faire exister des lieux o\u00f9 la police n\u2019aurait plus sa place, ils laissent \u00e0 d\u2019autres le soin de d\u00e9velopper, selon le principe d\u2019un ouvrage collectif.<\/p>\n<p>La police b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une importante \u00ab\u00a0<i>aura de l\u00e9gitimit\u00e9<\/i>\u00a0\u00bb. Aussi le collectif Matsuda commence par d\u00e9faire l&rsquo;\u00e9vidence selon laquelle elle serait indispensable pour garantir la vie en soci\u00e9t\u00e9, r\u00e9v\u00e8le les conditions de son invention moderne et son historicit\u00e9 afin de d\u00e9voiler ses effets actuels.<br \/>\nAux \u00c9tats-Unis, la police est n\u00e9e au XVIIIe si\u00e8cle de la professionnalisation des milices d&rsquo;hommes blancs charg\u00e9es de surveiller la population noire, les\u00a0<i>slave patrols<\/i>. Elle s&rsquo;inspirait aussi du mod\u00e8le britannique, port\u00e9 sur la surveillance et la r\u00e9pression des ouvriers et des immigr\u00e9s. \u00ab\u00a0<i>Que les polices am\u00e9ricaines fassent la guerre aux pauvres et aux diverses figures de l&rsquo;ennemi int\u00e9rieur (esclaves, vagabond, ouvriers, etc.) ne rel\u00e8ve donc pas d&rsquo;un accident de parcours : elles ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s pour \u00e7a.<\/i>\u00a0\u00bb La surrepr\u00e9sentation des noirs dans les prisons t\u00e9moigne de l\u2019h\u00e9ritage des plantations et de l\u2019esclavage, des lois s\u00e9gr\u00e9gationnistes. Le mouvement pour l\u2019abolition du syst\u00e8me carc\u00e9ral r\u00e9sonne en \u00e9cho \u00e0 l\u2019abolition de l\u2019esclavage. Les soul\u00e8vements survenus apr\u00e8s la mort de George Floyd, inventifs et multiples, ont balay\u00e9 les propositions de r\u00e9formes de l\u2019institution polici\u00e8re, qui ont toujours d\u00e9bouch\u00e9 sur le renforcement des forces de l\u2019ordre. Au lieu de diminuer leur violence sur le terrain, les formations destin\u00e9es aux agents de police (contre le contr\u00f4le de faci\u00e8s, pour la d\u00e9sescalade, etc.) leur donnent au contraire \u00ab\u00a0l<i>&lsquo;assurance d\u2019agresser, de mutiler ou de tuer \u201cdans le respect des proc\u00e9dures et des r\u00e8gles de d\u00e9ontologie en vigueur\u201c\u00a0<\/i>\u00bb. Derek Chauvin avait ainsi lui-m\u00eame form\u00e9 ses coll\u00e8gues qui l\u2019ont assist\u00e9 dans la mise \u00e0 mort de Georges Floyd. Non seulement la perspective de l&rsquo;abolition de la police apparait d\u00e8s lors r\u00e9aliste, mais \u00e9galement indispensable. Il s&rsquo;agit d&rsquo;attaquer ses ressources \u00e9conomiques pour diminuer son champ d\u2019intervention, d&rsquo;inventer des usages pour se d\u00e9faire de sa n\u00e9cessit\u00e9, d&rsquo;aborder les conflits ou les torts comme des\u00a0\u00ab\u00a0<i>situations-probl\u00e8mes<\/i>\u00a0\u00bb\u00a0plut\u00f4t que des infractions p\u00e9nales ou des fautes morales, de d\u00e9velopper des approches de \u00ab\u00a0<i>justice transformatrice<\/i>\u00a0\u00bb inspir\u00e9 de la justice r\u00e9paratrice pratiqu\u00e9e dans les communaut\u00e9s autochtones.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<i>Une large part de la classe politique tente de d\u00e9samorcer cette interpellation assourdissante en parlant de \u201chaine de la police\u201c, justifiant la chasse aux ind\u00e9sirables (\u201cs\u00e9paratistes\u201c, d\u00e9coloniaux, f\u00e9ministes, militant\u00b7e\u00b7s d\u2019 ultra-gauche, intersectionnels, syndicalistes, ill\u00e9galistes, \u00e9cologistes radicaux, etc.) pour mieux promouvoir une R\u00e9publique d\u00e9finitivement s\u00e9curitaire, un r\u00e9gime maximalement s\u00e9curis\u00e9.\u00a0<\/i>\u00bb Elsa Dorlin r\u00e9fute \u00ab\u00a0<i>l&rsquo;opinion fictionnaliste<\/i>\u00a0\u00bb qui confond le r\u00e9cit du contrat r\u00e9publicain avec la r\u00e9alit\u00e9 sociale, qui substitue l\u2019histoire id\u00e9elle des institutions \u00e0 l\u2019effectivit\u00e9 de leur fonctionnement ordinaire. Alors que la police est pratiquement la seule incarnation de ce qu&rsquo;il reste du service public, les victimes de ses violences seraient des \u00ab\u00a0<i>non-citoyenn\u00b7es\u00a0<\/i>\u00bb qui auraient rompu le contrat, menaceraient \u00ab\u00a0notre\u00a0\u00bb s\u00e9curit\u00e9, les institutions d\u00e9mocratiques et la d\u00e9mocratie. Si elle a longtemps b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9sir d&rsquo;ordre et de hi\u00e9rarchie, son arbitraire de plus en plus visible avec la radicalisation r\u00e9pressive, \u00ab\u00a0<i>nouvel art patriarcal gouverner<\/i>\u00a0\u00bb, la rend de plus plus en plus d\u00e9testable. \u00ab\u00a0<i>Historiquement, beaucoup ont appris depuis des ann\u00e9es, des d\u00e9cennies, voire des si\u00e8cles, \u00e0 \u00e9viter la police, \u00e0 la redouter, \u00e0 la fuir, \u00e0 se passer d&rsquo;elle et \u00e0 se d\u00e9fendre contre elle. En appeler \u00e0 r\u00e9former la police ou \u00e0 sanctionner les \u201cabus\u201c, les \u201cexc\u00e8s\u201c, les \u201cd\u00e9rapages\u201cracistes, sexistes, les \u201cbavures\u201c, les viols, c&rsquo;est l&rsquo;expression d&rsquo;une m\u00e9lancolie d\u00e9mocratique complaisante parce qu&rsquo;elle voile, nie, d\u00e9r\u00e9alise ce qu&rsquo;est la police, sa fonction sociale et id\u00e9ologique, ainsi que son action mortif\u00e8re pour un pan entier de la soci\u00e9t\u00e9 civile.\u00a0<\/i>\u00bb<br \/>\nDans la perspective patriarcale de l&rsquo;\u00c9tat contemporain, les violences polici\u00e8res sont \u00ab<i>\u00a0l&rsquo;expression paradigmatique d&rsquo;un gouvernement viriliste du peuple, peuple qu\u2019il assimile \u00e0 une entit\u00e9 infantilis\u00e9e, f\u00e9minis\u00e9e, animalis\u00e9e qu\u2019il faut battre, discipliner, mater, violer, subjuguer pas l&rsquo;inculcation du d\u00e9sir du ma\u00eetre, de chef, par la loi du P\u00e8re\u00a0<\/i>\u00bb. \u00ab\u00a0<i>La police n&rsquo;a pas tant pour vocation de maintenir l&rsquo;ordre social en r\u00e9gulant la conflictualit\u00e9 (en pacifiant la violence civile et sociale par la loi et donc par les tribunaux) : elle sert plut\u00f4t \u00e0 garantir la s\u00e9curit\u00e9 du Capital (et donc de l&rsquo;\u00c9tat, de l&rsquo;Empire, du march\u00e9 et de la famille h\u00e9t\u00e9ropatriarcale).<\/i>\u00a0\u00bb Les critiques de l&rsquo;institution polici\u00e8re constituent \u00ab\u00a0<i>une biblioth\u00e8que d&rsquo;autod\u00e9fense intellectuelle<\/i>\u00a0\u00bb, alors que l&rsquo;abolition de la police devient une revendication cardinale \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale. Pourtant, \u00ab\u00a0<i>du fait de la difficult\u00e9 \u00e0 renoncer \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d\u2019\u00c9tat, nous consid\u00e9rons souvent comme acquis que seule la forme-\u00c9tat est en mesure de pacifier la vie en commun. Pourtant, la possibilit\u00e9 de vivre sans police ne signifie pas vivre sans institution r\u00e9gulatrice du conflit, et n&rsquo;\u00e9quivaut certainement pas \u00e0 vivre sans r\u00e8gle, sans norme.<\/i>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ir\u00e8ne rel\u00e8ve que nombre de revendications f\u00e9ministes sont adress\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00c9tat, en contradiction avec le mot d\u2019ordre d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0<i>\u00e9mancipation<\/i>\u00a0\u00bb. Or, \u00ab\u00a0<i>l&rsquo;\u00c9tat et le Patriarcat ne font qu&rsquo;un. La domination masculine n&rsquo;est que la continuation de l&rsquo;oppression d\u2019\u00c9tat.<\/i>\u00a0\u00bb Les demandes d\u2019aide sont le plus souvent adress\u00e9es \u00e0 la police, \u00ab\u00a0<i>une des plus importantes repr\u00e9sentations de la virilit\u00e9 toxique\u00a0<\/i>\u00bb,\u00a0\u00ab\u00a0<i>un\u00a0<\/i>boys club\u00a0<i>financ\u00e9 par nos imp\u00f4ts encourageant la masculinit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique\u00a0<\/i>\u00bb, comme si la prison \u00e9tait \u00ab\u00a0<i>la solution pour lutter contre les pr\u00e9judices que les hommes font subir aux personnes sexis\u00e9es<\/i>\u00a0\u00bb. L&rsquo;existence du \u00ab\u00a0<i>syst\u00e8me policier, judiciaire et carc\u00e9ral raciste, classiste, validiste et patriarcal\u00a0<\/i>\u00bb est justifi\u00e9 par la perp\u00e9tuation d&rsquo;agressions sexuelles. La plupart des agresseurs sexuels sont en libert\u00e9 et les menaces de sanctions p\u00e9nales ne dissuadent pas les hommes de commettre des crimes. Aussi juge-t-elle plus utopiste de r\u00e9former une institution par essence oppressive que de \u00ab\u00a0<i>r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des alternatives autonomes et autog\u00e9r\u00e9es\u00a0<\/i>\u00bb pour apporter des r\u00e9ponses efficaces aux agressions tout en s&rsquo;\u00e9mancipant de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Guy Lerouge, chercheur et membre du collectif Technopolice et de La Quadrature du Net propose un \u00e9tat des lieux des d\u00e9ploiements technologiques dans la police, notamment en terme de \u00ab\u00a0<i>police pr\u00e9dictive<\/i>\u00a0\u00bb, qu\u2019il a contribu\u00e9 \u00e0 documenter et \u00e0 d\u00e9noncer, et qui semblaient se limiter \u00e0 la Chine il y a encore peu puis se sont tr\u00e8s rapidement banalis\u00e9s en Europe. \u00ab\u00a0<i>En ces temps de n\u00e9olib\u00e9ralisme autoritaire d\u00e9brid\u00e9 et face aux contestations qui enflent, la priorit\u00e9 est bien de raffermir la \u201cmain droite de l\u2019\u00c9tat\u201c. La prolif\u00e9ration des technologies de surveillance s&rsquo;inscrit en effet dans un pragmatique multis\u00e9culaire du pouvoir consistant \u00e0 prot\u00e9ger l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;un corps-\u00e0-corps avec la populace.\u00a0<\/i>\u00bb il ne s&rsquo;agit plus de mettre\u00a0\u00ab\u00a0<i>l&rsquo;accent sur l&rsquo;explicabilit\u00e9 et l&rsquo;intentionnalit\u00e9 des actions d\u2019autrui<\/i>\u00a0\u00bb, mais en rupture avec l&rsquo;histoire de la police, de \u00ab<i>\u00a0g\u00e9rer le d\u00e9sordre<\/i>\u00a0\u00bb. Si l\u2019adoption de nouvelles technologies doit pr\u00e9tendument contribuer \u00e0 rendre la police plus objective, plus transparente, plus rigoureuse dans l&rsquo;application des r\u00e8gles, plus juste, plus respectueuse des droits, elle contribue \u00e0 incorporer dans les pratiques polici\u00e8res des instruments du champ militaire et de celui du renseignement, domaines centraux de la violence d&rsquo;\u00c9tat et de l&rsquo;exception \u00e0 la loi.<\/p>\n<p>Enfin, J\u00e9r\u00f4me Baschet pr\u00e9sente la mise en pratique d&rsquo;une conception de la justice (et de la police) r\u00e9int\u00e9gr\u00e9e dans le tissu d&rsquo;une vie communale auto-organis\u00e9e, visant la m\u00e9diation plut\u00f4t que la punition carc\u00e9rale, dans les territoires zapatistes. \u00ab\u00a0<i>Outre sa compl\u00e8te gratuit\u00e9 et l&rsquo;absence de corruption, la justice autonome repose sur des logiques radicalement diff\u00e9rentes de celles de la justice constitutionnelle : il s&rsquo;agit d&rsquo;une justice de m\u00e9diation.\u00a0<\/i>\u00bb<\/p>\n<p>Textes profond\u00e9ment inspirants, ne serait-ce que pour d\u00e9passer le pr\u00e9suppos\u00e9 qu\u2019il est impossible de se passer de police, puis pour nourrir et prolonger les critiques que celle-ci g\u00e9n\u00e8re, pour envisager et b\u00e2tir un monde sans elle.<\/p>\n<p>Ernest London<br \/>\n<a href=\"http:\/\/bibliothequefahrenheit.blogspot.com\/2021\/09\/defaire-la-police.html#more\">Le biblioth\u00e9caire-armurier<\/a><\/p>\n<p><strong>D\u00c9FAIRE LA POLICE<\/strong><br \/>\nJ\u00e9r\u00f4me Bachet, Elsa Dorlin, Ir\u00e8ne, Guy Lerouge, Collectif Matsuda et Serge Quadruppani<br \/>\n138 pages \u2013 13 euros<br \/>\n\u00c9ditions Divergences \u2013 Paris \u2013 Septembre 2021<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.editionsdivergences.com\/livre\/defaire-la-police\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.editionsdivergences.com\/livre\/defaire-la-police<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que deviennent de plus en plus visibles les violences polici\u00e8res et qu\u2019est d\u00e9sormais admis que, loin d\u2019\u00eatre au service du public, la police est surtout \u00ab la garante d\u2019un certain ordre, d\u2019un certain r\u00e9gime de domination\u00a0\u00bb, r\u00e9fl\u00e9chir encore \u00e0 des r\u00e9formes semble moins pertinent que de se demander comment la rendre ill\u00e9gitime et la &#8230; <a title=\"D\u00c9FAIRE LA POLICE\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4921\" aria-label=\"En savoir plus sur D\u00c9FAIRE LA POLICE\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3201,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[371],"class_list":["post-4921","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-violence-policiere","tag-elsa-dorlin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4921","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4921"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4921\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4922,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4921\/revisions\/4922"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3201"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4921"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4921"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4921"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}