{"id":4956,"date":"2021-10-06T20:27:00","date_gmt":"2021-10-06T19:27:00","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4956"},"modified":"2021-11-01T20:29:29","modified_gmt":"2021-11-01T19:29:29","slug":"race-racisme-racialisation-penser-ensemble-lantisemitisme-et-lislamophobie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4956","title":{"rendered":"Race, racisme, racialisation. Penser ensemble l\u2019antis\u00e9mitisme et l\u2019islamophobie"},"content":{"rendered":"<p><em>On sait depuis longtemps que la \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb n\u2019est pas une donn\u00e9e biologique mais une construction sociopolitique, historiquement situ\u00e9e. Dans son livre r\u00e9cemment paru aux \u00e9ditions Amsterdam, Reza Zia-Ebrahimi propose une histoire crois\u00e9e de l\u2019antis\u00e9mitisme et de l\u2019islamophobie. Il analyse notamment les strat\u00e9gies de racialisation sur lesquelles reposent ces deux formes de racisme.<\/em><\/p>\n<p class=\"auteur\">Contretemps<em>\u00a0vous propose un extrait du livre (tir\u00e9 de l\u2019introduction).<\/em><!--more--><\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Amsterdam-couv-antisemitisme-et-islamophobie-394x569-355x512-1.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-4952 aligncenter\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Amsterdam-couv-antisemitisme-et-islamophobie-394x569-355x512-1.jpg\" alt=\"\" width=\"355\" height=\"512\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Amsterdam-couv-antisemitisme-et-islamophobie-394x569-355x512-1.jpg 355w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Amsterdam-couv-antisemitisme-et-islamophobie-394x569-355x512-1-208x300.jpg 208w\" sizes=\"(max-width: 355px) 100vw, 355px\" \/><\/a><\/h2>\n<h2>Th\u00e9orie de la race et de la racialisation<\/h2>\n<p>Il est essentiel de d\u00e9finir les concepts de race et de racisme qui seront employ\u00e9s dans cet ouvrage<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. En guise d\u2019introduction, consid\u00e9rons le syllogisme principal du d\u00e9ni d\u2019islamophobie\u00a0: 1\/ l\u2019islamophobie critique l\u2019islam\u2009; 2\/ l\u2019islam n\u2019est pas une race\u2009; donc 3\/ l\u2019islamophobie n\u2019est pas un racisme<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Cet argument est plus que contestable \u2013 et c\u2019est un euph\u00e9misme. Tout d\u2019abord, il existe un consensus scientifique quasi universel sur le fait qu\u2019aucune race n\u2019a d\u2019existence externe et objective. D\u00e8s 1911, l\u2019anthropologue Franz Boas, de l\u2019universit\u00e9 Columbia, a d\u00e9montr\u00e9 que la suppos\u00e9e appartenance raciale d\u2019un individu ne d\u00e9termine pas son comportement ou ses capacit\u00e9s intellectuelles. Les conclusions de Boas, confirm\u00e9es par les travaux du psychologue canadien Otto Klineberg, n\u2019ont pas emp\u00each\u00e9 le racisme de prosp\u00e9rer et d\u2019atteindre son paroxysme au cours du xxe\u00a0si\u00e8cle<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Mais la recherche a poursuivi son cheminement. Par exemple, dans les ann\u00e9es 1960, Michael Banton a soutenu que la race est un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab\u00a0socialement construit\u00a0\u00bb ou un simple \u00ab\u00a0discours\u00a0\u00bb, au sens foucaldien du terme. De leur c\u00f4t\u00e9, les anthropologues sont arriv\u00e9s \u00e0 la conclusion qu\u2019on ne peut d\u00e9limiter objectivement des groupes raciaux en se basant sur des diff\u00e9renciations morphologiques ou m\u00eame g\u00e9n\u00e9tiques, qui sont toutes progressives et irr\u00e9guli\u00e8res\u00a0: d\u00e9finir les limites g\u00e9ographiques ou culturelles d\u2019une \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb est d\u00e8s lors un acte arbitraire et subjectif<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. La r\u00e9ponse au raisonnement islamophobe est donc simple\u00a0: bien que les races n\u2019existent pas objectivement, elles existent dans l\u2019esprit du raciste. C\u2019est ce dernier ph\u00e9nom\u00e8ne qui constitue aujourd\u2019hui l\u2019objet d\u2019\u00e9tude des sp\u00e9cialistes des questions raciales.<\/p>\n<p>Les d\u00e9finitions de la race abondent dans la litt\u00e9rature, mais pour le pr\u00e9sent travail, nous la d\u00e9finirons de la mani\u00e8re suivante\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>La race est un groupe socialement construit, et l\u2019appartenance \u00e0 ce groupe est per\u00e7ue \u00e0 tort comme d\u00e9terminant les caract\u00e9ristiques psychologiques, comportementales et morales de tous les individus qui en sont membres.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le racisme ne constitue pas le simple fait d\u2019\u00e9pouser une vision raciale des groupes humains\u2009; en d\u2019autres termes, il ne s\u2019agit pas uniquement d\u2019un ensemble de pr\u00e9jug\u00e9s. Ces pr\u00e9jug\u00e9s ne deviennent structurellement op\u00e9rants que dans le cas o\u00f9 il existe un rapport de domination entre une majorit\u00e9 et une ou plusieurs minorit\u00e9s. Nous d\u00e9finirons donc le racisme de la mani\u00e8re suivante\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Le racisme est une structure sociale dans laquelle des id\u00e9es raciales sont employ\u00e9es afin de perp\u00e9tuer la domination \u00e9conomique, sociale et culturelle exerc\u00e9e par une majorit\u00e9 sur un ou plusieurs groupes minoritaires.<\/p><\/blockquote>\n<p>Par cons\u00e9quent, l\u2019antis\u00e9mitisme et l\u2019islamophobie peuvent se d\u00e9finir simplement comme des racismes ciblant les juifs et les musulmans, les deux groupes \u00e9tant socialement construits \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une structure sociale qui domine \u00e9conomiquement, socialement et culturellement les individus pr\u00e9sum\u00e9s membres.<\/p>\n<p>On nomme \u00ab\u00a0racialisation\u00a0\u00bb (ou racisation) le processus de \u00ab\u00a0construction sociale\u00a0\u00bb par lequel une population vient \u00e0 \u00eatre vue comme une race \u00e0 part. Ce concept, qui sera au c\u0153ur du pr\u00e9sent travail, peut \u00eatre d\u00e9fini ainsi\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>La racialisation est une strat\u00e9gie discursive qui postule l\u2019existence d\u2019une race sur la base de certaines caract\u00e9ristiques per\u00e7ues comme essentielles.<\/p><\/blockquote>\n<p>Il n\u2019est pas inhabituel de pr\u00e9sumer que ces caract\u00e9ristiques sont des diff\u00e9rences suppos\u00e9es biologiques ou aff\u00e9rentes au corps, comme la couleur de la peau, la texture des cheveux, la stature, etc. Autrement dit, on racialise uniquement les groupes dont l\u2019apparence est diff\u00e9rente ou parce que l\u2019on croit que la diff\u00e9rence raciale se situe au niveau g\u00e9n\u00e9tique. Notre apriori biologique s\u2019explique par le poids du racisme de couleur dans l\u2019histoire des structures racistes, allant de l\u2019esclavage transatlantique aux soci\u00e9t\u00e9s coloniales et postcoloniales. En tant que pratique de la supr\u00e9matie blanche, le racisme de couleur a engendr\u00e9 des structures socio-\u00e9tatiques qui soumettent les Noirs \u00e0 une domination sociale, politique et \u00e9conomique et \u2013 dans les cas extr\u00eames \u2013 les rel\u00e8guent au rang d\u2019objets<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Les colonies europ\u00e9ennes en Afrique et aux Cara\u00efbes, l\u2019Am\u00e9rique esclavagiste et plus tard s\u00e9gr\u00e9gationniste, le r\u00e9gime de l\u2019apartheid en Afrique du Sud sont les exemples les plus flagrants de ce racisme de couleur. L\u2019h\u00e9ritage du racisme ainsi con\u00e7u continue \u00e9galement \u00e0 affecter l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances et de traitement de certains groupes racialis\u00e9s dans des soci\u00e9t\u00e9s post-esclavagistes comme les \u00c9tats\u2013Unis (o\u00f9 il existe une litt\u00e9rature scientifique consid\u00e9rable sur le sujet, la\u00a0<em>Critical Race Theory<\/em>) et postcoloniales comme la France.<\/p>\n<p>L\u2019apriori biologique a de bonnes raisons d\u2019exister, notamment parce qu\u2019une partie consid\u00e9rable des textes \u00e0 caract\u00e8re racial abordent la question de la diversit\u00e9 humaine dans une perspective biologique et naturaliste. Et, bien que l\u2019on s\u2019imagine que la racialisation biologique constitue un ph\u00e9nom\u00e8ne assez r\u00e9cent, on la trouve dans des textes tr\u00e8s anciens, \u00e9crits entre le Moyen \u00c2ge et le xviiie\u00a0si\u00e8cle. Les travaux de Geraldine Heng ont par exemple d\u00e9montr\u00e9 que le corps \u00e9tait au centre des pr\u00e9occupations m\u00e9di\u00e9vales\u00a0: la couleur de la peau, les qualit\u00e9s du sang, la physiologie, les humeurs et surtout les modalit\u00e9s selon lesquelles les corps h\u00e9ritent de ces caract\u00e9ristiques ont jou\u00e9 un r\u00f4le primordial dans la naissance des id\u00e9es raciales. Dans la chr\u00e9tient\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale, on pense que le corps des juifs \u00e9met une odeur f\u00e9tide (<em>foetor judaicus<\/em>), que les parties g\u00e9nitales des hommes juifs saignent \u2013 une forme de menstruation masculine \u2013 et que ces qualit\u00e9s sont transmises \u00e0 leurs descendants<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Aux XVIIe et XVIIIe\u00a0si\u00e8cles, certains naturalistes sont convaincus que le sang des Africains est noir<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>Cependant, la conceptualisation des races n\u2019est pas uniquement biologique. On peut \u00e9galement racialiser sur la base de diff\u00e9rences culturelles, y compris religieuses, r\u00e9elles ou per\u00e7ues. L\u2019exemple classique de racialisation religio\u2013culturelle est celui des juifs d\u2019Europe, qui ne pr\u00e9sentaient globalement pas de traits biologiques discernables de la population majoritaire. Pourtant, ils furent racialis\u00e9s au point de subir des r\u00e9gimes de domination raciale stricts, comme dans la Russie du xixe\u00a0si\u00e8cle, sans parler de la p\u00e9riode nazie, qui constitua la tentative de g\u00e9nocide la plus \u00e9labor\u00e9e et la plus industrialis\u00e9e de l\u2019histoire humaine. Des th\u00e9ories biologiques furent \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 leur \u00e9gard, en particulier pendant l\u2019\u00e8re nazie, mais m\u00eame les nazis, malgr\u00e9 leur foi in\u00e9branlable en la phr\u00e9nologie et la raciologie biologique, ne r\u00e9ussirent jamais \u00e0 mettre au point une m\u00e9thode fiable pour identifier les juifs sans recourir \u00e0 des indices religio\u2013culturels et \u00e0 des techniques h\u00e9rit\u00e9es du Moyen \u00c2ge et de l\u2019Inquisition, comme la g\u00e9n\u00e9alogie, l\u2019ou\u00ef\u2013dire et le port de signes distinctifs<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. En outre, la d\u00e9finition nazie du juif, malgr\u00e9 sa dimension biologique, ne s\u2019est jamais affranchie de la figure du juif d\u00e9finie culturellement (comme parasitique, dominateur, usurier, cosmopolite, etc.)\u00a0: il s\u2019agit de fait d\u2019une racialisation hybride.<\/p>\n<p>Dans la majorit\u00e9 des cas, ces deux \u00e9l\u00e9ments, biologique et religio-culturel, se combinent et fonctionnent conjointement. La race est une relation structur\u00e9e toujours compos\u00e9e de plusieurs facettes, non mutuellement exclusives. La discrimination que peuvent subir un juif ou une musulmane dans une situation sp\u00e9cifique, par exemple lors d\u2019un entretien d\u2019embauche, peut \u00eatre due \u00e0 un patronyme typique (Mosh\u00e9, Fatima), \u00e0 une identit\u00e9 religieuse visible (une \u00e9toile de David, un hijab), \u00e0 une origine nationale ou r\u00e9gionale trahie par un accent (Russie, Maghreb) ou \u00e0 des caract\u00e9ristiques biologiques (nez pr\u00e9tendument pro\u00e9minent, peau basan\u00e9e). C\u2019est, d\u00e8s lors, un m\u00e9lange de pr\u00e9jug\u00e9s et d\u2019indices d\u2019identification \u00e0 la fois religio-culturels et biologiques qui constitue le support de la discrimination. Nasar Meer et Tariq Modood ajoutent que, dans le cas plus sp\u00e9cifique de l\u2019islamophobie, m\u00eame en l\u2019absence d\u2019un profil ethnique musulman, une personne racialis\u00e9e peut \u00eatre physiquement identifi\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 des indices biologiques et culturels<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. En voici un exemple\u00a0: en 2016, \u00e0 bord d\u2019un train arrivant \u00e0 la gare de mon quartier londonien, un forcen\u00e9 arm\u00e9 d\u2019un couteau se mit soudain \u00e0 crier\u00a0: \u00ab\u00a0Je vais me [sic] tuer un musulman<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>\u2009!\u00a0\u00bb Selon les t\u00e9moins, il traversa le train en scrutant les passagers avant d\u2019en s\u00e9lectionner un et, sans \u00e9changer un mot, de lui planter son couteau dans le corps. La victime, un p\u00e8re de trois enfants dont le poumon fut perfor\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, \u00e9tait effectivement un musulman d\u2019origine bangladaise. L\u2019agresseur l\u2019avait identifi\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019indice biologique que repr\u00e9sentait la couleur brune de sa peau et \u00e0 des indices culturels (ses v\u00eatements et le fait que sa compagne \u00e9tait voil\u00e9e). Le racisme religio-culturel de l\u2019agresseur s\u2019est donc manifest\u00e9 sur la base d\u2019une appr\u00e9ciation visuelle de l\u2019appartenance de la victime au groupe racialis\u00e9.<\/p>\n<p>Les n\u00e9gateurs des racismes religieux pr\u00e9tendront que la profession d\u2019une religion est un choix et qu\u2019un individu peut se soustraire aux pr\u00e9jug\u00e9s religieux par un simple acte d\u2019apostasie. Le postulat est douteux \u00e0 plusieurs \u00e9gards. D\u2019abord, il exag\u00e8re l\u2019\u00e9l\u00e9ment volontaire d\u2019appartenance \u00e0 un groupe religieux, car un individu est socialis\u00e9 dans un contexte culturel sp\u00e9cifique\u00a0: on ne choisit pas la famille ou l\u2019environnement socio-culturel dans lesquels on na\u00eet, et il n\u2019est pas toujours ais\u00e9, possible ou d\u00e9sirable de les quitter<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Deuxi\u00e8mement, il pr\u00e9sume que le changement sera accept\u00e9 par le groupe majoritaire, ce qui n\u2019est pas toujours le cas. Pendant l\u2019Inquisition espagnole, le fait d\u2019avoir des anc\u00eatres juifs, pour les marranes, ou musulmans, pour les morisques, cr\u00e9ait \u00e0 leur encontre une pr\u00e9somption d\u2019h\u00e9r\u00e9sie, m\u00eame s\u2019ils \u00e9taient convertis au christianisme depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. La -pr\u00e9somption d\u2019h\u00e9r\u00e9sie \u00e9tant absolument d\u00e9terministe, ni la profession sinc\u00e8re du christianisme, ni aucun autre comportement individuel n\u2019aurait pu effacer le pr\u00e9jug\u00e9 raciste dont ils faisaient l\u2019objet. De la m\u00eame fa\u00e7on, lorsque les \u00c9tats allemands \u00e9mancip\u00e8rent les juifs au XIXe\u00a0si\u00e8cle, ni l\u2019assimilation, ni la conversion ne r\u00e9duisit l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019antis\u00e9mitisme dont ils \u00e9taient victimes, bien au contraire. Dans un cas encore plus tranch\u00e9, le bapt\u00eame n\u2019aurait pas pu sauver Anne Frank de la d\u00e9portation, car l\u2019identit\u00e9 raciale qui lui \u00e9tait assign\u00e9e par l\u2019ordre nazi \u00e9tait fixe et sans appel. Troisi\u00e8mement, si l\u2019argument de l\u2019identit\u00e9 religieuse volontaire implique qu\u2019exercer une pression sur ces minorit\u00e9s est b\u00e9n\u00e9fique car cela permet de les \u00ab\u00a0d\u00e9juda\u00efser\u00a0\u00bb ou de les \u00ab\u00a0d\u00e9sislamiser\u00a0\u00bb, il faut reconna\u00eetre qu\u2019il n\u2019y a pas beaucoup de pr\u00e9c\u00e9dents historiques o\u00f9 ce type d\u2019assimilation forc\u00e9e a r\u00e9ussi. Spinoza nous apprend qu\u2019au XVIIe\u00a0si\u00e8cle, la haine universelle des juifs n\u2019a pas du tout conduits ces derniers\u00e0 renoncer \u00e0 leur foi\u2009; au contraire, elle les a incit\u00e9s \u00e0 pr\u00e9server une identit\u00e9 distincte. Au vu de tout cela, il est probable que, pour revenir \u00e0 notre exemple, Mosh\u00e9 et Fatima seraient dans la plupart des cas discrimin\u00e9s en tant que juif et musulmane, m\u00eame en l\u2019absence de signes religieux, voire de toute croyance religieuse.<\/p>\n<p>Il est n\u00e9anmoins possible de soutenir, dans le cas de l\u2019islamophobie actuelle, qu\u2019une personne peut, en reniant l\u2019islam, se soustraire en partie aux r\u00e9gimes de domination et m\u00eame rejoindre ou \u00eatre adul\u00e9e par des mouvements explicitement islamophobes, comme le montrent les exemples d\u2019Ayaan Hisi Ali et de Salman Rushdie<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Mais la barre est particuli\u00e8rement haute\u00a0: cela requiert un rejet explicite et militant de l\u2019islam. Bien que cette possibilit\u00e9 indique peut\u2013\u00eatre que les formes actuelles du racisme sont moins rigides et d\u00e9terministes que les exemples pr\u00e9cit\u00e9s et qu\u2019elles peuvent se passer d\u2019un discours de diff\u00e9renciation radicale entre les races, cela reste un mince soulagement pour l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des sujets musulmans racialis\u00e9s. La victime du train londonien aurait \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9e, qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 un musulman pratiquant ou un membre de la tr\u00e8s islamophobe English Defence League. Plus largement, le fait de \u00ab\u00a0sortir de l\u2019islam\u00a0\u00bb n\u2019aura que peu d\u2019impact sur les structures de domination mises en place par l\u2019islamophobie. M\u00eame un musulman \u00ab\u00a0repenti\u00a0\u00bb pourra \u00eatre discrimin\u00e9 lors d\u2019entretiens d\u2019embauche, de contr\u00f4les de police, de passages de fronti\u00e8re, etc. Cette structure est suffisamment rigide pour qu\u2019on la qualifie de\u00a0raciste.<\/p>\n<p>\u00c0 ces deux formes, biologique et religio-culturelle, de racialisation, je voudrais ajouter une troisi\u00e8me, qui constitue une partie importante de ma r\u00e9flexion sur l\u2019histoire crois\u00e9e de l\u2019antis\u00e9mitisme et l\u2019islamophobie<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>\u00a0: la racialisation conspiratoire, dont les th\u00e9ories du complot forment l\u2019articulation conceptuelle. Depuis le d\u00e9but du XIXe\u00a0si\u00e8cle, de nombreuses th\u00e9ories attribuent des d\u00e9veloppements historiques f\u00e2cheux (du point de vue de l\u2019\u00e9nonciateur), comme la R\u00e9volution fran\u00e7aise, l\u2019av\u00e8nement du capitalisme ou encore le bolch\u00e9visme, \u00e0 l\u2019action souterraine des juifs. Ces th\u00e9ories tournent autour du th\u00e8me de la \u00ab\u00a0domination juive\u00a0\u00bb. Les Protocoles des sages de Sion en sont l\u2019expression la plus aboutie et la plus influente. En ce qui concerne l\u2019islamophobie, un genre similaire est apparu vers la fin du XXe\u00a0si\u00e8cle, mais surtout \u00e0 partir du d\u00e9but du XXIe\u00a0: il pr\u00e9tend r\u00e9v\u00e9ler que les musulmans nourrissent le projet secret d\u2019\u00ab\u00a0islamiser\u00a0\u00bb l\u2019Europe et d\u2019y imposer la charia (loi islamique). Ces th\u00e9ories du complot, loin d\u2019\u00eatre des manifestations accessoires du racisme, sont partie int\u00e9grante de ses strat\u00e9gies de racialisation, puisqu\u2019elles assignent des caract\u00e9ristiques comportementales aux juifs et aux musulmans, notamment un instinct inn\u00e9 et cong\u00e9nital de conspiration collective, instinct consid\u00e9r\u00e9 \u2013 dans certains cas que nous passerons en revue \u2013 si fondamental \u00e0 la nature de l\u2019individu qu\u2019il le conduit \u00e0 conspirer m\u00eame malgr\u00e9 lui. Ces complotismes repr\u00e9sentent le stade ultime de la racialisation, puisqu\u2019ils ne se contentent plus d\u2019alt\u00e9riser la population juive ou musulmane\u00a0: ils l\u2019\u00e9l\u00e8vent au statut de menace existentielle pour la \u00ab\u00a0civilisation occidentale\u00a0\u00bb. Ce stade de racialisation est essentiel pour justifier des violences physiques \u00e0 leur encontre, des violences qui se pr\u00e9sentent d\u00e8s lors comme une d\u00e9fense l\u00e9gitime contre un g\u00e9nocide civilisationnel. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tant aussi important que peu analys\u00e9, je lui consacrerai deux chapitres de cet ouvrage (chap.\u00a03 et 4).<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que, dans beaucoup de situations historiques, les trois formes de racialisation \u2013 biologique, religio-culturelle et conspiratoire \u2013 se sont combin\u00e9es de mani\u00e8re complexe. Le g\u00e9nocide des musulmans de Bosnie dans les ann\u00e9es 1990 constitue un bon cas d\u2019\u00e9cole. Rappelons que les musulmans de Bosnie \u2013 descendants des Serbes convertis \u00e0 l\u2019islam \u00e0 l\u2019\u00e9poque ottomane \u2013 sont indiscernables physiquement de leurs compatriotes serbes orthodoxes. Les deux groupes ont donc des anc\u00eatres communs, parlent la m\u00eame langue, vivent dans les m\u00eames localit\u00e9s, fr\u00e9quentent les m\u00eames \u00e9coles et cuisinent \u2013 \u00e0 quelques ingr\u00e9dients pr\u00e8s \u2013 les m\u00eames plats. Seule la religion les distingue, mais, \u00e0 la suite de d\u00e9cennies de s\u00e9cularisation sous le r\u00e9gime socialiste, cet aspect doit lui\u2013m\u00eame \u00eatre relativis\u00e9. Dans les ann\u00e9es 1990, chez la majorit\u00e9 des islamophobes serbes de Bosnie le rejet de leurs compatriotes musulmans reposait sur la croyance en l\u2019imminence d\u2019un g\u00e9nocide serbe par les musulmans, th\u00e9orie du complot avanc\u00e9e notamment par les \u00e9crivains Dobrica \u0106osi\u0107 et Vuk Dra\u0161kovi\u0107 et promue par l\u2019\u00c9glise orthodoxe de Serbie<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. En d\u2019autres termes, le projet d\u2019extermination des musulmans fut \u00e9labor\u00e9 en partie dans le but d\u2019\u00e9viter un g\u00e9nocide imaginaire, celui des Serbes. Cela \u00e9tant, l\u2019islamophobie g\u00e9nocidaire serbe comporte \u00e9galement un aspect biologique, d\u00e9fini dans les th\u00e9ories de Biljana Plav\u0161i\u0107, une biologiste de formation qui dirigea la Republika Srpska de 1996 \u00e0 1998 et fut plus tard condamn\u00e9e pour g\u00e9nocide et crimes contre l\u2019humanit\u00e9. Dans ses travaux, Plav\u0161i\u0107 soutient que l\u2019islam produit des d\u00e9formations g\u00e9n\u00e9tiques chez ses fid\u00e8les, d\u00e9formations qui dictent ensuite la \u00ab\u00a0mani\u00e8re de penser et de se comporter\u00a0\u00bb des Bosniaques musulmans<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. Chose int\u00e9ressante, ce d\u00e9terminisme biologico-g\u00e9n\u00e9tique, pour populaire qu\u2019il f\u00fbt dans certains cercles, n\u2019\u00e9tait d\u2019aucune utilit\u00e9 sur le \u00ab\u00a0terrain\u00a0\u00bb g\u00e9nocidaire\u00a0: les soldats de la Republika Srpska n\u2019administraient pas de tests g\u00e9n\u00e9tiques avant de lancer leurs raids meurtriers contre les villages bosniaques. Ce qui leur permettait d\u2019identifier les musulmans \u00e0 abattre, c\u2019\u00e9taient leurs patronymes (parfois, cette m\u00e9thode d\u2019identification n\u2019\u00e9tait pas suffisante et devait \u00eatre corrobor\u00e9e par des d\u00e9nonciations de voisins extorqu\u00e9es sous la menace \u2013 ce qui souligne, si besoin \u00e9tait, l\u2019ambivalence de cette\u00a0appartenance raciale).<\/p>\n<p>L\u2019islamophobie g\u00e9nocidaire serbe racialise donc ses victimes musulmanes de mani\u00e8re biologique \u2013 les th\u00e9ories de Plav\u0161i\u0107 \u2013 et de mani\u00e8re conspiratoire \u2013 les croyances populaires en une conspiration musulmane contre les Serbes. Mais la pratique g\u00e9nocidaire, elle, a recours \u00e0 un marqueur culturel, \u00e0 savoir le patronyme. Dans cet exemple historique, les trois formes de racialisation sont profond\u00e9ment imbriqu\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un syst\u00e8me complexe de vases communicants. Cet exemple, qui montre que les diff\u00e9rentes formes de racialisation peuvent parfaitement cohabiter, permet de r\u00e9futer le r\u00e9cit classique de la naissance de l\u2019antis\u00e9mitisme moderne, propos\u00e9 notamment par Hannah Arendt et L\u00e9on Poliakov. Selon ces auteurs, les diff\u00e9rentes formes d\u2019antis\u00e9mitisme se sont historiquement succ\u00e9d\u00e9\u00a0: la haine religieuse du juif, le\u00a0<em>Judenhass<\/em>\u00a0fond\u00e9 sur le mythe du peuple d\u00e9icide, \u00e9labor\u00e9 au Moyen \u00c2ge, c\u00e8de la place, dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe\u00a0si\u00e8cle, \u00e0 l\u2019antis\u00e9mitisme moderne et racial (biologique)<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Du reste, les deux tomes de l\u2019<em>Histoire de l\u2019antis\u00e9mitisme<\/em>\u00a0de Poliakov s\u2019intitulent, respectivement, L\u2019\u00e2ge de la foi et L\u2019\u00e2ge de la science\u00a0: selon lui, la race est un concept issu de la science\u00a0moderne. Le pr\u00e9sent ouvrage soutient au contraire que les trois formes de racialisation d\u00e9crites ci\u2013dessus se c\u00f4toient en permanence, s\u2019entrem\u00ealent et s\u2019imbriquent. Une histoire crois\u00e9e de l\u2019antis\u00e9mitisme et de l\u2019islamophobie doit en tenir compte.<\/p>\n<p>Enfin, je voudrais dire un mot de la m\u00e9thode adopt\u00e9e dans cet ouvrage. Les ph\u00e9nom\u00e8nes que j\u2019y aborde sont diffus\u00a0: ils s\u2019ins\u00e8rent dans des r\u00e9seaux id\u00e9els et id\u00e9ologiques qui ne connaissent ni fronti\u00e8res ni cadre chronologique pr\u00e9cis et peuvent \u00eatre exprim\u00e9s par des personnages influents ou inconnus. Mon aire g\u00e9ographique et culturelle, \u00ab\u00a0l\u2019Europe occidentale\u00a0\u00bb, est d\u00e9finie de mani\u00e8re souple, pour me donner la libert\u00e9 de traiter \u00e9galement de constructions id\u00e9ologiques d\u00e9velopp\u00e9es dans les Balkans et en Am\u00e9rique du Nord. Il en va de m\u00eame pour la chronologie\u00a0: bien que la partie la plus cons\u00e9quente du livre se concentre sur la p\u00e9riode contemporaine, du XIXe\u00a0si\u00e8cle \u00e0 nos jours, je me permets de remonter au Moyen \u00c2ge pour examiner les racines historiques profondes de l\u2019antis\u00e9mitisme et de l\u2019islamophobie. Il me semble par ailleurs tout \u00e0 fait appropri\u00e9 de parler d\u2019antis\u00e9mitisme et d\u2019islamophobie \u00e0 propos d\u2019une \u00e9poque aussi recul\u00e9e, car, comme d\u2019autres historiens, je ne consid\u00e8re pas que ces constructions discursives sont exclusivement modernes<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>. Une certaine souplesse s\u2019impose \u00e9galement dans la s\u00e9lection des auteurs\u00a0: puisque mon travail vise \u00e0 mettre en \u00e9vidence les r\u00e9seaux de circulation, de s\u00e9lection et de brassage d\u2019id\u00e9es raciales dans un cadre global, il est in\u00e9vitablement amen\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier des hommes d\u2019\u00c9glise comme des savants, des dirigeants politiques comme des pamphl\u00e9taires, des journalistes comme des romanciers et des intellectuels, certains tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bres, d\u2019autres totalement obscurs. Les id\u00e9es raciales ne connaissent pas ce genre de distinctions mais circulent librement des livres aux projets politiques, et les interm\u00e9diaires les plus influents ne sont pas toujours les plus connus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Notes<\/h2>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>.\u2003Sur les d\u00e9bats autour du terme en France, voir Sarah Mazouz,\u00a0<em>Race<\/em>, Paris, Anamosa, 2020.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.\u2003Voir, pour un exemple\u2013type, Pascal Bruckner,\u00a0<em>Un racisme imaginaire. Islamophobie et culpabilite\u0301<\/em>, Paris, Grasset, 2017.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>.\u2003George M. Fredrickson,\u00a0<em>Racisme, une histoire<\/em>, Paris, Liana Levi, 2007.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref4\" name=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>.\u2003\u00ab\u00a0American Anthropological Association (AAA)\u00a0Statement on \u201cRace\u201d, May 17, 1998\u00a0\u00bb,\u00a0 americananthro.org.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref5\" name=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>.\u2003Pour une excellente \u00e9tude g\u00e9n\u00e9rale, voir George M. Fredrickson,\u00a0<em>Racisme, une histoire<\/em>, op.\u00a0cit.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref6\" name=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>.\u2003Geraldine Heng,\u00a0<em>The Invention of Race in the European Middle Ages,<\/em>\u00a0Cambridge, Cambridge University Press, 2018, p.\u200915-16.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref7\" name=\"_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>.\u2003Cf. par exemple le Nouveau dictionnaire d\u2019histoire naturelle de Jean-Joseph Virey (cit\u00e9 dans L\u00e9on Poliakov, Le Mythe aryen. Essai sur les sources du racisme et des nationalismes, Bruxelles, Complexe, 1987, p.\u2009206).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref8\" name=\"_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>.\u2003Francisco Bethencourt, Racisms: From the Crusades to the Twentieth Century, Princeton, Princeton University Press, 2013, p.\u2009444.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref9\" name=\"_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>.\u2003Nasar Meer et Tariq Modood, \u00ab\u00a0The Racialisation of Muslims\u00a0\u00bb, in S. Sayyid et A. Vakil (dir.), Thinking through Islamophobia, op.\u00a0cit.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref10\" name=\"_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>.\u2003\u00ab\u00a0Forest Hill Station Stabbing: Knifeman Shouted \u201cI Want to Kill Me a Muslim\u201d\u00a0\u00bb, Sky News, 13 d\u00e9cembre 2016.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref11\" name=\"_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>.\u2003Pour un point de vue similaire, voir Salman Sayyid, \u00ab\u00a0Out of the Devil\u2019s Dictionary\u00a0\u00bb,\u00a0 in S. Sayyid et A. Vakil (dir.),\u00a0<em>Thinking through Islamophobia<\/em>, op.\u00a0cit., p.\u200913.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref12\" name=\"_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>.\u2003Nesrine Malik, \u00ab\u00a0Islam\u2019s New Native Informants\u00a0\u00bb,\u00a0<em>New York Review of Books<\/em>, 7 juin 2018.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref13\" name=\"_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>.\u2003Reza Zia\u2013Ebrahimi, \u00ab\u00a0When the Elders of Zion Relocated to\u00a0Eurabia\u00a0\u00bb, art. cit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref14\" name=\"_ftn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>.\u2003Michael A. Sells, \u00ab\u00a0The Construction of Islam in Serbian Religious Mythology and its Consequences\u00a0\u00bb, in M. Schatzmiller (dir.), Islam and Bosnia: Conflict Resolution and Foreign Policy in Multi\u2013Ethnic States, Montr\u00e9al, McGill\u2013Queen\u2019s University Press, 2002, p.\u200965-66.Voir aussi Jacques S\u00e9melin,\u00a0<em>Purifier et d\u00e9truire. Usages politiques des massacres et g\u00e9nocides<\/em>, Paris, Le Seuil, 2009.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref15\" name=\"_ftn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>.\u2003Cit\u00e9 dans Michael A. Sells,\u00a0<em>The Bridge Betrayed: Religion and Genocide in Bosnia<\/em>, University of California Press, Berkeley, 1996, p.\u2009xv.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref16\" name=\"_ftn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>.\u2003Hannah Arendt,\u00a0<em>Les Origines du totalitarisme<\/em>, Paris, Gallimard, 2002 [1951]\u2009; L\u00e9on Poliakov,<em>\u00a0Histoire de l\u2019antis\u00e9mitisme<\/em>, Paris, Le Seuil, 1991 [1956-77].<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/antisemitisme-islamophobie-racisme-histoire-zia-ebrahimi\/?fbclid=IwAR20PzLuvNREkMydQmoTSXQx6Jq4hi1N_S4t_iJ3Vw4DbemSdwLHoob92Zg#_ftnref17\" name=\"_ftn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>.\u2003Cf. Geraldine Heng,<em>\u00a0The Invention of Race in the European Middle Ages<\/em>, op.\u00a0cit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On sait depuis longtemps que la \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb n\u2019est pas une donn\u00e9e biologique mais une construction sociopolitique, historiquement situ\u00e9e. Dans son livre r\u00e9cemment paru aux \u00e9ditions Amsterdam, Reza Zia-Ebrahimi propose une histoire crois\u00e9e de l\u2019antis\u00e9mitisme et de l\u2019islamophobie. Il analyse notamment les strat\u00e9gies de racialisation sur lesquelles reposent ces deux formes de racisme. Contretemps\u00a0vous propose un &#8230; <a title=\"Race, racisme, racialisation. Penser ensemble l\u2019antis\u00e9mitisme et l\u2019islamophobie\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4956\" aria-label=\"En savoir plus sur Race, racisme, racialisation. Penser ensemble l\u2019antis\u00e9mitisme et l\u2019islamophobie\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4953,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[36,4,28],"tags":[474],"class_list":["post-4956","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-europe","category-islamophobie","category-racismes","tag-reza-zia-ebrahimi"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4956","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4956"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4956\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4958,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4956\/revisions\/4958"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4953"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4956"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4956"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4956"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}