{"id":4975,"date":"2006-04-01T20:59:21","date_gmt":"2006-04-01T19:59:21","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4975"},"modified":"2021-11-15T21:54:49","modified_gmt":"2021-11-15T20:54:49","slug":"pour-une-politique-de-la-racaille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4975","title":{"rendered":"Pour une politique de la racaille"},"content":{"rendered":"<div class=\"cartouche\">\n<h5 class=\"my-3 text-center\" style=\"text-align: center;\">Pour une politique de la racaille &#8211; Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes et jeunes de banlieues<\/h5>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"img-fluid mx-auto d-block mb-3 z-depth-4 aligncenter\" src=\"https:\/\/products-images.di-static.com\/image\/sadri-khiari-pour-une-politique-de-la-racaille\/9782845971868-200x303-1.jpg\" alt=\"Histoiresdenlire.be Pour une politique de la racaille - Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes et jeunes de banlieues Image\" \/><\/p>\n<h4 class=\"text-center\">DESCRIPTION<\/h4>\n<p class=\"text-center my-2\"><em>Pour une politique de la racaille &#8211; Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes et jeunes de banlieues PDF. D\u00e9couvrez de nouveaux livres avec histoiresdenlire.be. T\u00e9l\u00e9charger un livre Pour une politique de la racaille &#8211; Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes et jeunes de banlieues en format PDF est plus facile que jamais.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-center\">Sadri Khiari propose ici une r\u00e9flexion sans tabous sur le legs colonial, l&rsquo;insertion des populations issues de l&rsquo;immigration, la place de l&rsquo;Islam dans la R\u00e9publique&#8230; Et ce dans l&rsquo;esprit des th\u00e8ses d\u00e9velopp\u00e9es par l&rsquo;Appel des indig\u00e8nes de la R\u00e9publique. Ces questions sont au c\u0153ur de l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;une nouvelle identit\u00e9 de gauche en France. S&rsquo;inspirant d&rsquo;Albert Memmi, de Frantz Fanon ou encore de Malcolm X, l&rsquo;auteur revient de mani\u00e8re critique sur l&rsquo;histoire des luttes de l&rsquo;immigration et des mouvements antiracistes. Il \u00e9bauche alors les contours d&rsquo;une \u00a0\u00bb politique de la racaille \u00a0\u00bb fond\u00e9e sur la contestation des logiques postcoloniales toujours \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, ins\u00e9r\u00e9e dans une dynamique plus large d&rsquo;\u00e9mancipation.<\/p>\n<\/div>\n<p><!--more--> <span class=\"vcard author\">Sadri Khiari<\/span><\/p>\n<div class=\"cartouche\">\n<p class=\"info-publi\"><abbr class=\"published\" title=\"2006-03-06T23:00:00Z\">7 mars 2006<\/abbr><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-521 chapo\">\n<p><strong>Le texte qui suit reprend l\u2019essentiel de l\u2019introduction du dernier livre de Sadri Khiari\u00a0:\u00a0<i>Pour une politique de la racaille. Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes, jeunes de banlieue<\/i>.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>L\u2019Appel dit\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Le traitement des populations issues de la colonisation prolonge, sans s\u2019y r\u00e9duire, la politique coloniale. (&#8230;) La figure de l\u2019\u00ab\u00a0indig\u00e8ne\u00a0\u00bb continue \u00e0 hanter l\u2019action politique, administrative et judiciaire\u00a0; elle innerve et s\u2019imbrique \u00e0 d\u2019autres logiques d\u2019oppression, de discrimination et d\u2019exploitation sociale. (&#8230;) La R\u00e9publique de l\u2019Egalit\u00e9 est un mythe.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>L\u2019Appel&#8230;\u00a0? Je veux parler de L\u2019Appel des indig\u00e8nes de la r\u00e9publique, rendu public en janvier 2005 \u00e0 l\u2019initiative de plusieurs associations et de militants engag\u00e9s dans les luttes de l\u2019immigration et des quartiers<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"On trouvera en annexe le texte de l\u2019\u00ab Appel pour des Assises de\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Pour-une-politique-de-la-racaille#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>. A sa mani\u00e8re, Dominique de Villepin n\u2019a rien dit d\u2019autre en d\u00e9cr\u00e9tant l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence pour briser la r\u00e9volte des cit\u00e9s populaires. Cette loi d\u2019exception est, en effet, directement puis\u00e9e dans l\u2019arsenal l\u00e9gislatif colonial. Adopt\u00e9e en 1955 en pleine guerre d\u2019Alg\u00e9rie, elle est \u00e0 l\u2019origine du couvre-feu instaur\u00e9 \u00e0 Paris en 1961 qui a d\u00e9bouch\u00e9 sur le massacre de centaines de manifestants alg\u00e9riens. En 1984, Laurent Fabius, alors Premier ministre, l\u2019impose \u00e0 son tour en Nouvelle-Cal\u00e9donie pour mater la r\u00e9bellion kanak. Le 23 f\u00e9vrier 2005, quelques mois avant le grand fracas des quartiers populaires, le parlement votait massivement &#8211; droite et gauche<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Fin novembre, au lendemain de la r\u00e9volte des cit\u00e9s, la loi a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Pour-une-politique-de-la-racaille#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span>\u00a0&#8211; une loi r\u00e9affirmant\u00a0<i>\u00ab\u00a0le r\u00f4le positif de la pr\u00e9sence fran\u00e7aise outre-mer notamment en Afrique du nord\u00a0\u00bb<\/i>. Il ne s\u2019agit gu\u00e8re de co\u00efncidences. L\u2019instauration de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence couronne une politique profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans l\u2019histoire coloniale.<\/p>\n<p>Je plante rapidement le d\u00e9cor. La sc\u00e8ne se d\u00e9roule dans un quartier \u00ab\u00a0sensible\u00a0\u00bb, \u00e0 forte concentration de populations issues de l\u2019immigration\u00a0: Clichy-sous-bois.\u00a0<i>Personnages principaux et \u00ab\u00a0de couleur\u00a0\u00bb\u00a0<\/i>\u00a0: trois adolescents &#8211; Muttin, Zyed et Bouna. L\u2019un d\u2019entre eux est sans-papiers.\u00a0<i>Personnage principal sans couleur\u00a0:<\/i>\u00a0un ministre de l\u2019Int\u00e9rieur &#8211; Nicolas\u00a0-, candidat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 2007. Figurants\u00a0: une brigade de police.\u00a0<i>Accessoires\u00a0:<\/i>\u00a0matraques et autres objets contondants. Probablement, des menottes.\u00a0<i>L\u2019action\u00a0:<\/i>\u00a0poursuivis par des policiers, alors qu\u2019ils retournent tranquillement chez eux apr\u00e8s un match de football, les trois adolescents se r\u00e9fugient dans un transformateur EDF. L\u2019un d\u2019entre eux &#8211; Muttin &#8211; est gri\u00e8vement br\u00fbl\u00e9\u00a0; les deux autres &#8211; Zyed et Bouna &#8211; meurent \u00e9lectrocut\u00e9s. Le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur les pr\u00e9sente d\u2019abord comme des d\u00e9linquants, apr\u00e8s avoir parl\u00e9 de \u00ab\u00a0racailles\u00a0\u00bb. Quelques mois plus t\u00f4t, il avait \u00e9galement lanc\u00e9 cette autre provocation\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0Il faut nettoyer les quartiers au K\u00e4rcher\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019\u00e9meute qui embrase les cit\u00e9s pendant plus de trois semaines, la machine r\u00e9pressive se d\u00e9ploie. Gendarmes et CRS investissent l\u2019espace des quartiers. Plus de quatre mille interpellations, des centaines de jeunes condamn\u00e9s \u00e0 des peines de prison ferme et l\u2019expulsion annonc\u00e9e des \u00e9trangers (la \u00ab\u00a0double peine\u00a0\u00bb). Le lexique politique retrouve des accents guerriers. On parle de \u00ab\u00a0reconqu\u00eate\u00a0\u00bb du territoire, de \u00ab\u00a0pacification\u00a0\u00bb des banlieues. Quelques manifestants men\u00e9s par un maire UMP entonnent la Marseillaise. Une mani\u00e8re de dire \u00ab\u00a0la patrie est en danger\u00a0\u00bb face aux jeunes issues de l\u2019immigration. La gauche socialiste n\u2019est pas en reste. Assimilant, la r\u00e9volte \u00e0\u00a0<i>\u00ab\u00a0une gu\u00e9rilla urbaine d\u2019un genre nouveau\u00a0\u00bb<\/i>, Julien Dray et Delphine Batho craignent une\u00a0<i>\u00ab\u00a0reddition de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb<\/i>.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Julien Dray et Delphine Batho (respectivement porte-parole et secr\u00e9taire\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Pour-une-politique-de-la-racaille#nb3\" rel=\"appendix\">3<\/a>]<\/span><\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0racaille\u00a0\u00bb est musulmane, pr\u00e9suppose-t-on. Pour ramener la \u00ab\u00a0paix civile\u00a0\u00bb, les imams sont invit\u00e9s \u00e0 la table de la R\u00e9publique la\u00efque. La loi de Dieu est convoqu\u00e9e au secours du code p\u00e9nal. Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosqu\u00e9e de Paris, arrive \u00e0 la rescousse\u00a0; l\u2019UOIF<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Le contenu des sigles est donn\u00e9 en annexe.\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Pour-une-politique-de-la-racaille#nb4\" rel=\"appendix\">4<\/a>]<\/span>\u00a0accourre une\u00a0<i>fatwa<\/i>\u00a0\u00e0 la main\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Il est interdit \u00e0 tout musulman recherchant la gr\u00e2ce divine de participer \u00e0 quelque action qui frappe de fa\u00e7on aveugle des biens priv\u00e9s ou publics ou qui peuvent attenter \u00e0 la vie d\u2019autrui. Contribuer \u00e0 ces exactions est un acte illicite.\u00a0\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"Cit\u00e9 dans Le Monde du 9 novembre 05.\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Pour-une-politique-de-la-racaille#nb5\" rel=\"appendix\">5<\/a>]<\/span><\/p>\n<p>S\u2019il n\u2019est ni arabe ni musulman, le \u00ab\u00a0casseur\u00a0\u00bb est suppos\u00e9 noir\u00a0; et, s\u2019il est noir, c\u2019est que son p\u00e8re est polygame\u00a0! La polygamie est directement responsable des \u00ab\u00a0violences urbaines\u00a0\u00bb assurent ministres et d\u00e9put\u00e9s de droite\u00a0; elle ne permet pas d\u2019\u00e9duquer les enfants selon les normes de la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0organis\u00e9e\u00a0\u00bb &#8211; comprendre \u00ab\u00a0civilis\u00e9e\u00a0\u00bb &#8211;\u00a0; il faut abandonner le laxisme du regroupement familial.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la politique que d\u00e9non\u00e7ait l\u2019Appel des indig\u00e8nes de la r\u00e9publique\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Discrimin\u00e9s \u00e0 l\u2019embauche, au logement, \u00e0 la sant\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9cole et aux loisirs, les personnes issues des colonies, anciennes ou actuelles, et de l\u2019immigration post-coloniale sont les premi\u00e8res victimes de l\u2019exclusion sociale et de la pr\u00e9carisation. Ind\u00e9pendamment de leurs origines effectives, les populations des \u201cquartiers\u201d sont \u201cindig\u00e9nis\u00e9e\u201d, rel\u00e9gu\u00e9es aux marges de la soci\u00e9t\u00e9. Les \u201cbanlieues\u201d sont dites \u201czones de non-droit\u201d que la R\u00e9publique est appel\u00e9e \u00e0 \u201creconqu\u00e9rir\u201d. Contr\u00f4les au faci\u00e8s, provocations diverses, pers\u00e9cutions de toutes sortes se multiplient tandis que les brutalit\u00e9s polici\u00e8res, parfois extr\u00eames, ne sont que rarement sanctionn\u00e9es par une justice qui fonctionne \u00e0 deux vitesses. Pour exon\u00e9rer la R\u00e9publique, on accuse nos parents de d\u00e9mission alors que nous savons les sacrifices, les efforts d\u00e9ploy\u00e9s, les souffrances endur\u00e9es. Les m\u00e9canismes coloniaux de la gestion de l\u2019islam sont remis \u00e0 l\u2019ordre du jour avec la constitution du Conseil fran\u00e7ais du Culte Musulman sous l\u2019\u00e9gide du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Les m\u00eames raisons qui ont provoqu\u00e9 la r\u00e9volte des quartiers populaires expliquent l\u2019impact de l\u2019Appel des indig\u00e8nes aupr\u00e8s de nombreux jeunes issus de l\u2019immigration. En quelques semaines, trois mille signatures, individuelles ou associatives, ont \u00e9t\u00e9 recueillies, parmi lesquelles quelques \u00e9lus courageux et des militants \u00ab\u00a0minoritaires\u00a0\u00bb du Parti communiste, de la LCR ou de la CNT (seuls, en tant que parti, les Verts ont soutenu l\u2019Appel). Des collectifs se sont form\u00e9s en Ile de France et dans diff\u00e9rentes villes (Lyon, Marseille, Tours, Lille, Toulouse, Nantes&#8230;). Des enseignants ont constitu\u00e9 un \u00ab\u00a0Collectif des profs indig\u00e8nes\u00a0\u00bb. Le 8 mai 2005, malgr\u00e9 l\u2019hostilit\u00e9 de la plupart des appareils politiques, des syndicats et des m\u00e9dias, plusieurs milliers de personnes ont d\u00e9fil\u00e9 \u00e0 Paris de la Place de la R\u00e9publique \u00e0 l\u2019Eglise Saint Bernard. Deux espaces symboliques\u00a0: la R\u00e9publique de l\u2019in\u00e9galit\u00e9, pour point de d\u00e9part, et le centre d\u2019un combat majeur pour l\u2019\u00e9galit\u00e9, la lutte des sans-papiers, pour d\u00e9bouch\u00e9. Issus dans leur grande majorit\u00e9 de l\u2019immigration, originaires d\u2019Afrique noire, du Maghreb, des Antilles et d\u2019ailleurs, jeunes et chibanis, femmes et hommes, associations aussi diverses que l\u2019ATMF, le CMF, la FTCR, la Coordination nationale des sans papiers, les comit\u00e9s de solidarit\u00e9 avec la Palestine ou le Togo, les r\u00e9sidents des foyers Sonacotra et tant d\u2019autres, se sont rassembl\u00e9s pour protester contre la politique coloniale, post-coloniale et n\u00e9o-coloniale de la France et, plus largement, contre toutes les formes de domination d\u2019un peuple par un autre (&#8230;).<\/p>\n<p>De m\u00eame que l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence policier a \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9 \u00e0 la r\u00e9volte des cit\u00e9s, un \u00e9tat d\u2019urgence intellectuel, m\u00e9diatique et politique a \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019Appel des indig\u00e8nes. Avec les mots de la politique, les indig\u00e8nes sont sortis de leurs r\u00e9serves. Au double sens du terme. Ils n\u2019ont br\u00fbl\u00e9 aucune voiture\u00a0; ils ont incendi\u00e9 l\u2019antiracisme consensuel et paternaliste. Ils ont parl\u00e9 pour eux-m\u00eames. Acte impardonnable. Aventurisme irresponsable. Immaturit\u00e9. Transgression irraisonn\u00e9e. Mettre la R\u00e9publique au banc des accus\u00e9s suscite stupeur et col\u00e8re. La gauche nationale-r\u00e9publicaine, la gauche sociale lib\u00e9rale, la gauche de la gauche, tr\u00e9pignent\u00a0: \u00ab\u00a0Les indig\u00e8nes divisent\u00a0!\u00a0\u00bb hurlent-ils \u00e0 l\u2019unisson, quand les indig\u00e8nes se contentent de ramener au jour des clivages refoul\u00e9s. Les indig\u00e8nes ne divisent pas\u00a0; ils\u00a0<i>sont<\/i>\u00a0la division. Ils sont divis\u00e9s entre une histoire qui n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus la leur et une histoire qui ne veut pas d\u2019eux. Leur existence m\u00eame divise la France. On d\u00e9nonce le \u00ab\u00a0nouveau racisme\u00a0\u00bb des Indig\u00e8nes de la r\u00e9publique, leur \u00ab\u00a0antis\u00e9mitisme\u00a0\u00bb, leur \u00ab\u00a0islamo-gauchisme\u00a0\u00bb, leur \u00ab\u00a0communautarisme\u00a0\u00bb, leur \u00ab\u00a0violence\u00a0\u00bb. Les moins frileux, \u00e0 gauche, sont afflig\u00e9s par les \u00ab\u00a0exc\u00e8s\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0maladresses\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0amalgames\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0confusion\u00a0\u00bb des notions employ\u00e9es, le caract\u00e8re \u00ab\u00a0victimaire\u00a0\u00bb de l\u2019Appel. On s\u2019inqui\u00e8te de son manque de clart\u00e9 sur la question sociale, le racisme anti-Juif, le sexisme, l\u2019universalisme. Pourquoi ne pas nous avoir \u00ab\u00a0consult\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0? Pourquoi ne pas nous avoir associ\u00e9s\u00a0? Pourquoi, en v\u00e9rit\u00e9, ne pas nous avoir laisser parler \u00e0 votre place\u00a0!?\u00a0<i>Vous exag\u00e9rez\u00a0!<\/i><i>\u00ab\u00a0On dit toujours de quelqu\u2019un qu\u2019il exag\u00e8re quand il d\u00e9crit une injustice \u00e0 des gens qui ne veulent pas en entendre parler\u00a0\u00bb<\/i>, \u00e9crit Albert Memmi dans sa pr\u00e9face au livre &#8211; splendide &#8211; de James Baldwin,\u00a0<i>La Prochaine fois le feu<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh6\" class=\"spip_note\" title=\"James Baldwin, La Prochaine fois le feu, Folio, 1996 (premi\u00e8re \u00e9dition\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Pour-une-politique-de-la-racaille#nb6\" rel=\"appendix\">6<\/a>]<\/span>. La prochaine fois le feu&#8230;<\/p>\n<p>L\u2019affaire du voile avait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les lignes de fracture\u00a0; l\u2019Appel r\u00e9cidive. Il met le doigt l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a fait mal et farfouille dans la plaie en jubilant\u00a0: la R\u00e9publique est coloniale. Il ne se contente pas de regretter les discriminations et le racisme\u00a0; il dit\u00a0: le racisme est\u00a0<i>dans<\/i>\u00a0la R\u00e9publique. Il ne lance pas un SOS \u00e0 la gauche\u00a0; il lui r\u00e9v\u00e8le ses propres cul-de-sac. Mais, la gauche a mieux \u00e0 faire\u00a0: mobiliser en faveur ou contre la constitution europ\u00e9enne, tisser et retisser des passerelles dans la perspective des \u00e9lections de 2007. Les indig\u00e8nes, eux, n\u2019ont gu\u00e8re le choix. Ils ne peuvent entrer en politique que par effraction. S\u2019ils parlent, c\u2019est pour dire l\u2019indicible. Ils n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 bousculer les calculs politiciens des uns et des autres\u00a0; ils refusent de subordonner leurs propres revendications aux enjeux des \u00ab\u00a0recompositions\u00a0\u00bb \u00e9lectoralistes. Cette conjoncture n\u2019est pas notre conjoncture. Votre \u00ab\u00a0agenda\u00a0\u00bb n\u2019est pas notre \u00ab\u00a0agenda\u00a0\u00bb. Nous aussi avons mieux \u00e0 faire\u00a0:\u00a0<i>inventer une politique de la racaille\u00a0!<\/i><\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019objectif du Mouvement des indig\u00e8nes de la r\u00e9publique. Il voudrait, avec d\u2019autres, contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une expression politique et organis\u00e9e de la col\u00e8re des populations issues de l\u2019immigration. Le pari ne sera peut \u00eatre pas tenu tant les \u00e9cueils sont nombreux et puissantes les forces de r\u00e9sistance de la soci\u00e9t\u00e9 postcoloniale. Une ann\u00e9e \u00e0 peine apr\u00e8s la publication de l\u2019Appel, il est bien trop t\u00f4t pour faire le moindre pronostic. Le Mouvement des indig\u00e8nes r\u00e9sistera-t-il \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de sa \u00ab\u00a0structuration\u00a0\u00bb\u00a0? Saura-t-il faire de sa diversit\u00e9 &#8211; et de ses contradictions &#8211; une richesse ou se perdra-t-il dans la \u00ab\u00a0gestion\u00a0\u00bb infinie de ses propres conflits\u00a0? Parviendra-t-il \u00e0 pr\u00e9server sa radicalit\u00e9 initiale ou succombera-t-il aux forces de normalisation du champ politique\u00a0? Je ne saurais le dire. Mouvement improbable et indispensable \u00e0 la fois, il faut pourtant le faire. Cette id\u00e9e, je vais m\u2019attacher, ici, \u00e0 la d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>Si je parle de l\u2019int\u00e9rieur du Mouvement des Indig\u00e8nes de la r\u00e9publique<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh7\" class=\"spip_note\" title=\"Dans la suite du texte, je distingue le \u00ab Mouvement des Indig\u00e8nes de la\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Pour-une-politique-de-la-racaille#nb7\" rel=\"appendix\">7<\/a>]<\/span>, je ne pr\u00e9tends nullement me faire le porte-parole de l\u2019ensemble de ses membres. Il s\u2019agit pour moi de contribuer \u00e0 la controverse indig\u00e8ne tout en r\u00e9agissant aux critiques qu\u2019a suscit\u00e9 l\u2019Appel, sans chercher cependant \u00e0 masquer les lacunes et les tensions qui traversent ma propre r\u00e9flexion. On remarquera aussi que je n\u2019emploie pas le \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb impersonnel ou de \u00ab\u00a0majest\u00e9\u00a0\u00bb, ni le \u00ab\u00a0ils\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0elles\u00a0\u00bb du sociologue (que je ne suis pas &#8211; comme Aim\u00e9 C\u00e9saire, \u00ab\u00a0j\u2019ai une sp\u00e9cialit\u00e9\u00a0: je suis N\u00e8gre\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh8\" class=\"spip_note\" title=\"Aim\u00e9 C\u00e9saire, N\u00e8gre je suis, n\u00e8gre je resterai, Entretien avec Fran\u00e7oise\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Pour-une-politique-de-la-racaille#nb8\" rel=\"appendix\">8<\/a>]<\/span>). J\u2019utilise alternativement \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ils\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0elles\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0eux\u00a0\u00bb, parce que j\u2019\u00e9cris de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0; j\u2019\u00e9cris de l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame des paradoxes de la politique antiraciste\u00a0; j\u2019\u00e9cris, selon l\u2019expression \u00e0 la mode, sur la fronti\u00e8re.<\/p>\n<p>Mais, \u00e0 propos de fronti\u00e8res, je me dois d\u2019ajouter ceci\u00a0: je suis en France depuis peu. Issu d\u2019un Etat d\u00e9sormais ind\u00e9pendant mais toujours puissamment d\u00e9termin\u00e9 par son ancienne m\u00e9tropole en termes \u00e9conomiques, politiques et culturels, j\u2019ai franchi, il y a \u00e0 peine trois ans, la fronti\u00e8re tuniso-fran\u00e7aise. Comme on pourra le constater, soit dit en passant, j\u2019ai emport\u00e9 dans mes bagages mes archa\u00efsmes politiques et mon lexique \u00e9cul\u00e9. Je viens d\u2019un pays o\u00f9 la citoyennet\u00e9 n\u2019existe pas. A l\u2019instar de l\u2019ensemble de mes compatriotes &#8211; cette \u00ab\u00a0poussi\u00e8re d\u2019individus\u00a0\u00bb disait Bourguiba, form\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole de la R\u00e9publique\u00a0! &#8211; j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de ces droits \u00e9l\u00e9mentaires qui en sont constitutifs\u00a0: la libert\u00e9 d\u2019expression, la garantie de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique, le droit d\u2019association et d\u2019organisation, le droit de vote. Vuln\u00e9rables et sans droits sont les Tunisiens, sinon celui de risquer l\u2019enfermement ou de demander, la honte aux tripes, la protection des \u00ab\u00a0D\u00e9mocraties\u00a0\u00bb contre le dictateur qu\u2019elles&#8230; prot\u00e8gent. Si le sort me destinait \u00e0 demeurer durablement au \u00ab\u00a0pays des droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb, l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre priv\u00e9, encore et toujours, de ces m\u00eames droits ou d\u2019une partie d\u2019entre eux me fait horreur. Sur cette rive de la M\u00e9diterran\u00e9e, comme sur l\u2019autre,\u00a0<i>je suis un indig\u00e8ne<\/i>\u00a0; sur cette rive comme sur l\u2019autre, je n\u2019ai pas d\u2019autre choix que de participer au combat contre l\u2019indig\u00e9nat.\u00a0<i>D\u2019o\u00f9, ce livre&#8230;<\/i><\/p>\n<div class=\"contenu-principal\">\n<div class=\"cartouche\">\n<h1 class=\"h1 crayon article-titre-519 \" style=\"text-align: center;\">fragments sur le champ politique blanc<\/h1>\n<p class=\"crayon article-soustitre-519 soustitre\">Introduction\u00a0: Le PS, un \u00ab\u00a0parti blanc\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p class=\"info-publi\"><span class=\"auteurs\">par\u00a0<span class=\"vcard author\">Sadri Khiari<\/span><\/span><br \/>\n<abbr class=\"published\" title=\"2006-03-07T23:00:00Z\">8 mars 2006<\/abbr><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-519 chapo\">\n<p><strong>Le texte qui suit est le premier d\u2019une s\u00e9rie de quatre extraits du livre de Sadri Khiari,\u00a0<i>Pour une politique de la racaille.Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes, jeunes de banlieue<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"S.Khiari, Pour une politique de la racaille. Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes, jeunes\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Fragments-sur-le-champ-politique,519#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>, que nous recommandons vivement. Il est extrait, comme les trois textes suivants, du chapitre III, intitul\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Le champ politique blanc\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"crayon article-texte-519 texte\">\n<p>Un militant du MRAP a eu la malencontreuse id\u00e9e d\u2019employer la formule \u00ab\u00a0PS blanc\u00a0\u00bb, d\u00e9cha\u00eenant une gigantesque campagne de d\u00e9nonciation au sein de l\u2019association antiraciste. Il n\u2019y a pourtant nulle trace de racisme dans cette formule. Elle se contente de prendre acte de la nature postcoloniale du syst\u00e8me politique et de ses diff\u00e9rentes composantes. Le PS est blanc, comme est blanc l\u2019ensemble du champ politique dont est exclue cette frange de la population qui a pour stigmate de n\u2019\u00eatre pas blanche ou de n\u2019\u00eatre pas consid\u00e9r\u00e9e comme telle du fait de son origine coloniale.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>On pourrait, avec les m\u00eames pr\u00e9cautions, parler de partis masculins. Dans un num\u00e9ro r\u00e9cent de\u00a0<i>Politis,<\/i>\u00a0Joan Scott cite une formule tout \u00e0 fait pertinente de l\u2019historienne Michelle Perrot\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0L\u2019universel est un cache-sexe qui ne recouvre le plus souvent que du masculin et qui a servi \u00e0 exclure les femmes du gouvernement de la cit\u00e9\u00a0\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Politis du 20 octobre 2005\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Fragments-sur-le-champ-politique,519#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>Dire cela ne choque plus grand monde aujourd\u2019hui &#8211; du moins, \u00e0 gauche. Il est d\u00e9sormais largement admis que les institutions constitutives du champ politiques sont domin\u00e9es par des hommes &#8211; ce qui est difficilement contestable &#8211; et qu\u2019elles reproduisent des logiques de domination masculine. De mani\u00e8re similaire, comme on parle de partis bourgeois et qu\u2019on pourrait parler de partis masculins, il est parfaitement l\u00e9gitime de d\u00e9finir comme blancs des mouvements qui contribuent \u00e0 la reproduction des hi\u00e9rarchisations ethniques de la soci\u00e9t\u00e9 postcoloniale.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Aux Etats-Unis, non plus, la nationalit\u00e9 am\u00e9ricaine ne fait gu\u00e8re de sens pour de nombreux Noirs. Malgr\u00e9 la conqu\u00eate des droits civiques, ils savent bien qu\u2019ils n\u2019ont qu\u2019une place subordonn\u00e9e dans le syst\u00e8me politique. Malcolm X l\u2019exprime parfaitement bien\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Je ne suis pas d\u00e9mocrate, je ne suis pas r\u00e9publicain et je ne me tiens pas m\u00eame pour un Am\u00e9ricain. (&#8230;) Ces Hongrois qui viennent de d\u00e9barquer, ils sont d\u00e9j\u00e0 des Am\u00e9ricains\u00a0; les Polonais sont d\u00e9j\u00e0 des Am\u00e9ricains\u00a0; les \u00e9migrants italiens sont d\u00e9j\u00e0 des Am\u00e9ricains. Tout ce qui est venu d\u2019Europe, tout ce qui a les yeux bleus, est d\u00e9j\u00e0 am\u00e9ricain. Et depuis le temps que nous sommes dans ce pays, vous et moi, nous ne sommes pas encore des Am\u00e9ricains.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Ou encore\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0L\u2019 \u201chomme\u201d (blanc) lui dit et lui r\u00e9p\u00e8te\u00a0: \u201cvous \u00eates am\u00e9ricain\u201d. Mais mon vieux, comment pouvez-vous vous prendre pour un Am\u00e9ricain, alors que jamais vous n\u2019avez \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 en Am\u00e9ricain dans ce pays\u00a0? (&#8230;) Supposons que dix hommes soient \u00e0 table, en train de d\u00eener, et que j\u2019entre et aille m\u2019asseoir \u00e0 leur table. Ils mangent\u00a0; mais devant moi il y a une assiette vide. Le fait que nous soyons tous assis \u00e0 la m\u00eame table suffit-il \u00e0 faire de nous tous des d\u00eeneurs\u00a0? Je ne d\u00eene pas tant qu\u2019on ne me laisse pas prendre ma part du repas. Il ne suffit pas d\u2019\u00eatre assis \u00e0 la m\u00eame table que les d\u00eeneurs pour d\u00eener.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Comment les Fran\u00e7ais issus de l\u2019immigration pourraient-ils se reconna\u00eetre dans les institutions politiques fran\u00e7aises alors que celles-ci les invitent au mieux \u00e0 s\u2019asseoir \u00e0 leur table mais que leurs assiettes restent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment vides\u00a0? Le reproche qui leur est fait de ne pas participer au syst\u00e8me politique n\u2019est en v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019une expression suppl\u00e9mentaire de l\u2019injonction paradoxale \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0int\u00e9gration\u00a0\u00bb. On vous exclut et on vous somme en m\u00eame temps de vous int\u00e9grer. Comme vous ne le faites pas, c\u2019est bien vous le coupable et non pas le syst\u00e8me politique. Et comme vous \u00eates coupables, cela prouve bien que celui-ci a raison de vous exclure\u00a0!<\/p>\n<p><i>Second extrait\u00a0:\u00a0<a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/article.php3?id_article=520&amp;recalcul=oui\" rel=\"external\">\u00ab\u00a0M\u00eame patron, m\u00eame combat\u00a0\u00bb\u00a0?<\/a><\/i><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"ps\">\n<h2 class=\"h2\">p.-s.<\/h2>\n<div class=\"crayon article-ps-519 surlignable\">\n<p>Le livre de Sadri Khiari,\u00a0<i>Pour une politique de la racaille. Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes, jeunes de banlieue<\/i>, est publi\u00e9 aux Editions Textuel.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<h2 class=\"h2 pas_surlignable\">notes<\/h2>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Fragments-sur-le-champ-politique,519#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>S.Khiari,\u00a0<i>Pour une politique de la racaille. Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes, jeunes de banlieue<\/i>, Editions Textuel, 2006.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Fragments-sur-le-champ-politique,519#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span><i>Politis<\/i>\u00a0du 20 octobre 2005<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"contenu-principal\">\n<div class=\"cartouche\">\n<h1 class=\"h1 crayon article-titre-520 \" style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0m\u00eame patron, m\u00eame combat\u00a0\u00bb\u00a0?<\/h1>\n<p class=\"crayon article-soustitre-520 soustitre\">Remarques sur les limites d\u2019un slogan<\/p>\n<p class=\"info-publi\"><span class=\"auteurs\">par\u00a0<span class=\"vcard author\">Sadri Khiari<\/span><\/span><br \/>\n<abbr class=\"published\" title=\"2006-03-07T23:00:00Z\">8 mars 2006<\/abbr><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-520 chapo\">\n<p><strong>Le slogan \u00ab\u00a0Travailleurs fran\u00e7ais-immigr\u00e9s, m\u00eame patron, m\u00eame combat\u00a0\u00bb masque une r\u00e9alit\u00e9\u00a0: les travailleurs immigr\u00e9s ne sont pas seulement des travailleurs\u00a0; ils sont aussi des postcolonis\u00e9s. Les travailleurs fran\u00e7ais ne sont pas seulement des travailleurs\u00a0; ils sont des travailleurs blancs.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"crayon article-texte-520 texte\">\n<p>Qu\u2019ils le veuillent ou non, ceux qui ne sont pas issus de la colonisation, s\u2019ils sont exploit\u00e9s, en tirent tout de m\u00eame quelques avantages mat\u00e9riels, politiques, symboliques ou autres. Ne serait-ce que le fait de n\u2019\u00eatre pas au bas de l\u2019\u00e9chelle et quand bien m\u00eame ils subissent \u00e0 leur tour les effets indirects de la persistance du rapport postcolonial.\u00a0<i>\u00ab\u00a0Ainsi, aujourd\u2019hui, comme le pr\u00e9cise l\u2019Appel des indig\u00e8nes, dans le contexte du n\u00e9o-lib\u00e9ralisme, on tente de faire jouer aux travailleurs immigr\u00e9s le r\u00f4le de d\u00e9r\u00e9gulateurs du march\u00e9 du travail pour \u00e9tendre \u00e0 l\u2019ensemble du salariat encore plus de pr\u00e9carit\u00e9 et de flexibilit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Dans son\u00a0<i>Portrait du colonis\u00e9<\/i>, Albert Memmi \u00e9crit, \u00e0 juste titre\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Je ne crois pas qu\u2019une mystification puisse reposer sur une compl\u00e8te illusion, puisse gouverner totalement le comportement humain. Si le petit colonisateur d\u00e9fend le syst\u00e8me colonial avec tant d\u2019\u00e2pret\u00e9, c\u2019est qu\u2019il en est peu ou prou b\u00e9n\u00e9ficiaire. La mystification r\u00e9side en ceci que, pour d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats tr\u00e8s limit\u00e9s, il en d\u00e9fend d\u2019autres infiniment plus importants, et dont il est par ailleurs la victime. Mais, dupe et victime, il y trouve aussi son compte.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Ainsi, ce sont les privil\u00e8ges (pas n\u00e9cessairement mat\u00e9riels mais aussi politiques et symboliques) qui forment le colonisateur et non pas son \u00ab\u00a0id\u00e9ologie\u00a0\u00bb. Tout ce qui est discrimination pour le colonis\u00e9 est privil\u00e8ge pour le colonisateur &#8211; m\u00eame \u00ab\u00a0petit\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Se trouve-t-il en difficult\u00e9 avec les lois\u00a0? La police et m\u00eame la justice lui seront plus cl\u00e9mentes. A-t-il besoin des services de l\u2019administration\u00a0? Elle lui sera moins tracassi\u00e8re\u00a0; lui abr\u00e9gera les formalit\u00e9s\u00a0; lui r\u00e9servera un guichet, o\u00f9 les postulants \u00e9tant moins nombreux, l\u2019attente sera moins longue. Cherche-t-il un emploi\u00a0? Lui faut-il passer un concours\u00a0? Des places, des postes lui seront d\u2019avance r\u00e9serv\u00e9s\u00a0; les \u00e9preuves se passeront dans sa langue, occasionnant des difficult\u00e9s \u00e9liminatoires au colonis\u00e9.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>J\u2019ai mentionn\u00e9 plus haut<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Cf. S. Khiari, Pour une politique de la racaille. Indig\u00e8nes, immigr\u00e9s, jeunes\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Meme-patron-meme-combat#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>\u00a0les privil\u00e8ges relatifs dont b\u00e9n\u00e9ficiaient les ouvriers fran\u00e7ais de Renault par rapport \u00e0 leurs coll\u00e8gues immigr\u00e9s. Cette in\u00e9galit\u00e9 se refl\u00e8te dans les priorit\u00e9s du mouvement syndical m\u00eame si celles-ci proc\u00e8dent de multiples logiques. On ne peut, certes, nier que les syndicats et la gauche se sont mobilis\u00e9s en faveur des travailleurs immigr\u00e9s (de m\u00eame qu\u2019il serait abusif d\u2019occulter le r\u00f4le de certaines fractions de la gauche dans la lutte anticoloniale), on pourrait, cependant, donner \u00e9galement de multiples exemples de l\u2019exclusion ou de la relativisation des revendications des travailleurs immigr\u00e9s par le mouvement syndical et la gauche, tout au long des derni\u00e8res d\u00e9cennies &#8211; sans oublier la politique de la gauche gouvernementale. Mais, ce qui importe ici est de souligner que les logiques immanentes au champ politique blanc peuvent se d\u00e9ployer dans le cours m\u00eame de la solidarit\u00e9 avec les luttes des travailleurs immigr\u00e9s.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sidents des foyers Sonacotra ont pu ainsi s\u2019appuyer sur un tr\u00e8s large mouvement de solidarit\u00e9 au sein de la gauche<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Le PS reste \u00e0 l\u2019\u00e9cart.\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Meme-patron-meme-combat#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span>\u00a0qui leur permettra d\u2019organiser de grandes manifestation (25 000 personnes \u00e0 Paris, le 24 avril 1976). D\u00e8s le d\u00e9part, pourtant, leur volont\u00e9 de garder le contr\u00f4le de leur propre lutte se heurte \u00e0 de s\u00e9rieux obstacles. Pour la plupart inexp\u00e9riment\u00e9s, ne ma\u00eetrisant pas tous le fran\u00e7ais, ignorants les m\u00e9andres du champ politique fran\u00e7ais, ils sont oblig\u00e9s de s\u2019en remettre \u00e0 des militants \u00ab\u00a0plus qualifi\u00e9s\u00a0\u00bb et \u00e0 des \u00ab\u00a0experts\u00a0\u00bb. L\u2019exemple des conf\u00e9rences de presse que relate Assana Ba, ancien porte-parole des r\u00e9sidents en lutte, est particuli\u00e8rement significatif\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Nous \u00e9tions quatre ou cinq des foyers. Deux seulement parlaient bien fran\u00e7ais. Mustapha ouvre les d\u00e9bats (on comprend \u00e0 moiti\u00e9 ce qu\u2019il dit). Moi, je positionne. Puis nous donnons la parole \u00e0 \u00ab\u00a0notre\u00a0\u00bb architecte (Yannis Thiomis), \u00ab\u00a0notre\u00a0\u00bb expert-comptable (Jean-Yves Doucet), \u00ab\u00a0notre\u00a0\u00bb \u00e9conomiste (Jean-Yves Barr\u00e8re). Et ils expliquent tout.\u00a0\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Entretien \u00e0 Vacarme, \u00e9t\u00e9 2001, n\u00b0 16, \u00ab Vingt ans apr\u00e8s - Entretien avec Assane\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Meme-patron-meme-combat#nb3\" rel=\"appendix\">3<\/a>]<\/span><\/p>\n<p>Ils sont confront\u00e9s en outre \u00e0 la pr\u00e9tention de la CGT et du PCF de s\u2019emparer de la direction du mouvement en invoquant la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas diviser la classe ouvri\u00e8re. Ainsi, alors que les locataires des foyers exigeaient le\u00a0<i>\u00ab\u00a0renvoi des g\u00e9rants racistes\u00a0\u00bb<\/i>,\u00a0<i>\u00ab\u00a0le PC et la CGT nous r\u00e9pondaient, se souvient encore Assana Ba\u00a0: \u201c Impossible\u00a0! Certains de ces g\u00e9rants sont syndiqu\u00e9s chez nous. C\u2019est l\u2019unit\u00e9 des travailleurs qui va \u00eatre bris\u00e9e.\u201d\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Soucieux de pr\u00e9server l\u2019unit\u00e9 des travailleurs, le couple CGT-PCF n\u2019h\u00e9site cependant pas \u00e0 diviser les comit\u00e9s de r\u00e9sidents. D\u00e8s la fin de l\u2019ann\u00e9e 1975, en effet, les relations sont quasiment rompues entre les repr\u00e9sentants du foyer Salvador-Allende, li\u00e9s aux PCF par l\u2019interm\u00e9diaire de ses \u00e9lus locaux et de la CGT, et les repr\u00e9sentants du foyer Romain-Rolland de Saint-Denis qui affirment leur autonomie. Assana Ba relate ainsi l\u2019attitude des principales organisations ouvri\u00e8res\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Les premi\u00e8res frictions ont concern\u00e9 la question de l\u2019autonomie. Le Parti communiste souhaitait s\u2019immiscer dans la d\u00e9signation des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s. \u00c0 Montreuil, par exemple, ils voulaient mettre un militant du PC qui travaillait \u00e0 la mairie et un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 CGT de chez Renault. A priori, cela ne me d\u00e9rangeait pas, mais quand j\u2019ai vu qu\u2019on proposait la m\u00eame chose \u00e0 Saint-Denis ou \u00e0 Bagnolet, j\u2019ai compris qu\u2019on risquait d\u2019avoir des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s qui seraient des repr\u00e9sentants du Parti plus que des repr\u00e9sentants des foyers.\u00a0\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"\u00ab Mais un dimanche, alors qu\u2019on \u00e9tait en r\u00e9union pour pr\u00e9parer les\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Meme-patron-meme-combat#nb4\" rel=\"appendix\">4<\/a>]<\/span><\/p>\n<p>Les communistes, ajoute-t-il,\u00a0<i>\u00ab\u00a0avaient \u00f4t\u00e9 de la plate-forme de revendications notre exigence essentielle\u00a0: les n\u00e9gociations directes avec la Sonacotra\u00a0\u00bb<\/i>. Consid\u00e9rant que\u00a0<i>\u00ab\u00a0les travailleurs avaient d\u00e9j\u00e0 des repr\u00e9sentants &#8211; les syndicats\u00a0\u00bb<\/i>, le PCF tentait ainsi d\u2019\u00e9vincer le Comit\u00e9 de coordination, \u00e9manation directe des r\u00e9sidents. De fait, sur cette question, il se trouvait avoir la m\u00eame position que le gouvernement qui refusait de reconna\u00eetre la l\u00e9gitimit\u00e9 du Comit\u00e9 de coordination. Assana Ba y voit le r\u00e9sultat de l\u2019insertion institutionnelle du parti communiste\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0La Sonacotra et le PCF &#8211; dont les repr\u00e9sentants locaux et nationaux se connaissent bien, ayant eu \u00e0 n\u00e9gocier ensemble l\u2019implantation des foyers lors de leur construction.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>L\u2019autonomie se heurte \u00e9galement aux enjeux et \u00e0 la comp\u00e9tition au sein m\u00eame de la gauche. Le PCF para\u00eet d\u2019autant plus d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 imposer son contr\u00f4le au mouvement qu\u2019il y d\u00e9c\u00e8le une influence mao\u00efste, effectivement non-n\u00e9gligeable<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"Ceux-ci n\u2019ayant effectivement pas m\u00e9nag\u00e9 leur soutien et \u00e9tant parvenu \u00e0 \u00ab\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Meme-patron-meme-combat#nb5\" rel=\"appendix\">5<\/a>]<\/span>. Pour ces derniers, l\u2019occasion semble trop belle d\u2019affaiblir le \u00ab\u00a0social-imp\u00e9rialisme\u00a0\u00bb dont le PCF est, \u00e0 leurs yeux, le relais en France. Mais, au-del\u00e0 des enjeux qui les opposent, toutes les formations de gauche, mobilis\u00e9es en faveur des locataires de la Sonacotra, partagent un paradigme commun\u00a0: le caract\u00e8re central de la lutte des classes et de l\u2019unit\u00e9 des travailleurs\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0les \u00e9tudiants de Vincennes nous disaient que notre lutte avait d\u2019autant plus de chance d\u2019aboutir qu\u2019elle \u00e9tait partag\u00e9e par le mouvement ouvrier fran\u00e7ais et ses repr\u00e9sentants. C\u2019est aussi ce que disait la LCR. Ce n\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs pas faux.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas faux \u00e0 condition, pr\u00e9cise l\u2019ancien porte-parole des r\u00e9sidents en lutte, qu\u2019ils n\u2019en fassent pas\u00a0<i>\u00ab\u00a0un pr\u00e9alable pour nous soutenir.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Or, justement, dans le contexte sp\u00e9cifique fran\u00e7ais, le mouvement ouvrier institutionnalis\u00e9, partie prenante de la soci\u00e9t\u00e9 postcoloniale, ne peut pas soutenir le combat immigr\u00e9 sans lui imposer sa direction et ses propres enjeux.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"ps\">\n<h2 class=\"h2\">p.-s.<\/h2>\n<div class=\"crayon article-ps-520 surlignable\">\n<p>Ce texte est extrait du livre de Sadri Khiari,\u00a0<i>Pour une politique de la racaille. Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes, jeunes de banlieue<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh6\" class=\"spip_note\" title=\"S. Khiari, Pour une politique de la racaille. Indig\u00e8nes, immigr\u00e9s, jeunes de\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Meme-patron-meme-combat#nb6\" rel=\"appendix\">6<\/a>]<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<h2 class=\"h2 pas_surlignable\">notes<\/h2>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Meme-patron-meme-combat#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Cf. S. Khiari,\u00a0<i>Pour une politique de la racaille. Indig\u00e8nes, immigr\u00e9s, jeunes de banlieue<\/i>, Editions Textuel, 2006<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Meme-patron-meme-combat#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>Le PS reste \u00e0 l\u2019\u00e9cart.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Meme-patron-meme-combat#nh3\" rev=\"appendix\">3<\/a>]\u00a0<\/span>Entretien \u00e0 Vacarme, \u00e9t\u00e9 2001, n\u00b0\u00a016, \u00ab\u00a0Vingt ans apr\u00e8s &#8211; Entretien avec Assane Ba\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Meme-patron-meme-combat#nh4\" rev=\"appendix\">4<\/a>]\u00a0<\/span><i>\u00ab\u00a0Mais un dimanche, alors qu\u2019on \u00e9tait en r\u00e9union pour pr\u00e9parer les revendications et exiger une rencontre avec la Sonacotra, on apprend par L\u2019Humanit\u00e9 qu\u2019un comit\u00e9 de coordination a \u00e9t\u00e9 form\u00e9. Or les responsables de ce comit\u00e9 \u00e9taient justement membres du PC ou d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s syndicaux.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Assana Ba, Ibidem.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Meme-patron-meme-combat#nh5\" rev=\"appendix\">5<\/a>]\u00a0<\/span>Ceux-ci n\u2019ayant effectivement pas m\u00e9nag\u00e9 leur soutien et \u00e9tant parvenu \u00e0\u00a0<i>\u00ab\u00a0retourner un certains nombre de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s interm\u00e9diaires\u00a0\u00bb<\/i>.Ibid.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb6\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 6\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Meme-patron-meme-combat#nh6\" rev=\"appendix\">6<\/a>]\u00a0<\/span>S. Khiari,\u00a0<i>Pour une politique de la racaille. Indig\u00e8nes, immigr\u00e9s, jeunes de banlieue<\/i>, Editions Textuel, avril 2006<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"contenu-principal\">\n<div class=\"cartouche\">\n<div class=\"contenu-principal\">\n<div class=\"cartouche\">\n<h1 class=\"h1 crayon article-titre-522 \" style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0tous ensemble\u00a0\u00bb\u00a0?<\/h1>\n<p class=\"crayon article-soustitre-522 soustitre\">R\u00e9flexions sur les ambivalences de \u00ab\u00a0l\u2019internationalisme prol\u00e9tarien\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"info-publi\"><span class=\"auteurs\">par\u00a0<span class=\"vcard author\">Sadri Khiari<\/span><\/span><br \/>\n<abbr class=\"published\" title=\"2006-03-08T23:00:00Z\">9 mars 2006<\/abbr><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-522 chapo\">\n<p><strong>L\u2019universalisme peut \u00eatre raciste en ce que, d\u00e9termin\u00e9 par l\u2019histoire de l\u2019expansion occidentale, il a pu justifier la \u00ab\u00a0mission civilisatrice\u00a0\u00bb et les horreurs qui l\u2019ont accompagn\u00e9e. Mais l\u2019internationalisme prol\u00e9tarien, lui, peut-il \u00eatre raciste\u00a0?<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"crayon article-texte-522 texte\">\n<p>Oui, l\u2019internationalisme prol\u00e9tarien peut \u00eatre raciste. De m\u00eame que le slogan<br class=\"autobr\" \/>\u00ab\u00a0Travailleurs fran\u00e7ais-immigr\u00e9s\u00a0: m\u00eame patron, m\u00eame combat\u00a0\u00bb est faux et juste \u00e0 la fois, le mot d\u2019ordre\u00a0<i>\u00ab\u00a0Prol\u00e9taires de tous les pays, unissez-vous\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0est lourd d\u2019ambivalences. Il est vrai qu\u2019il a pour finalit\u00e9 l\u2019abolition de toutes les formes d\u2019exploitations de l\u2019homme par l\u2019homme<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Il n\u2019envisage pas, soulignons-le, les diff\u00e9rentes formes de domination et\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Tous-ensemble#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>\u00a0mais, outre qu\u2019il plonge ses racines dans un certain universalisme id\u00e9aliste, il pr\u00e9suppose une homog\u00e9n\u00e9isation de l\u2019espace et du temps par la domination capitaliste, con\u00e7ue comme la forme ultime de la soci\u00e9t\u00e9 de classes et, par l\u00e0, la plus progressive, toutes les autres formes sociales n\u2019\u00e9tant que les r\u00e9sidus destin\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre des anciennes soci\u00e9t\u00e9s de classes. Si Marx a soutenu le mouvement national en Irlande, ce n\u2019\u00e9tait sans doute pas tant pour d\u00e9fendre les droits nationaux des Irlandais que pour affaiblir le capital anglais, consid\u00e9r\u00e9 comme la pointe avanc\u00e9e de la domination bourgeoise. Dans les articles o\u00f9 il analyse la Guerre de s\u00e9cession aux Etats-Unis, il prend naturellement parti contre l\u2019esclavage.\u00a0<i>\u00ab\u00a0Le travail sous peau blanche ne peut s\u2019\u00e9manciper l\u00e0 o\u00f9 le travail sous peau noire est stigmatis\u00e9 et fl\u00e9tri\u00a0\u00bb<\/i>, \u00e9crit-il dans\u00a0<i>Le Capital<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Marx, Le Capital, livre I, Gallimard, La pl\u00e9iade, Paris, 1965,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Tous-ensemble#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span>\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Tant que les travailleurs (am\u00e9ricains blancs) se glorifi\u00e8rent de jouir &#8211; par rapport aux Noirs, qui avaient un ma\u00eetre et \u00e9taient vendus sans \u00eatre consult\u00e9s &#8211; du privil\u00e8ge d\u2019\u00eatre libres de se vendre eux-m\u00eames et de choisir leur patron, ajoute-t-il plus loin, ils furent incapables de combattre pour la v\u00e9ritable \u00e9mancipation du travail, ou d\u2019appuyer la lutte d\u2019\u00e9mancipation de leurs fr\u00e8res europ\u00e9ens. Toute vell\u00e9it\u00e9 d\u2019ind\u00e9pendance de la part des ouvriers est rest\u00e9e paralys\u00e9e aussi longtemps que l\u2019esclavage souillait une partie du sol de la R\u00e9publique.\u00a0\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Marx, Le capital, livre I, tome I, Editions sociales, Paris, 1962, pp.19,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Tous-ensemble#nb3\" rel=\"appendix\">3<\/a>]<\/span><\/p>\n<p>Marx n\u2019appelle pas les esclaves \u00e0 se joindre aux travailleurs privil\u00e9gi\u00e9s<i>\u00a0\u00ab\u00a0d\u2019\u00eatre libres de ne pas se vendre\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0dans une lutte commune contre le capital, comme l\u2019auraient fait de nombreux gauchistes fran\u00e7ais. Il consid\u00e8re au contraire que le devoir r\u00e9volutionnaire des travailleurs am\u00e9ricains blancs est de soutenir la lutte de lib\u00e9ration des esclaves noirs pour leur lib\u00e9ration. Reste que, ind\u00e9pendamment des convictions humanistes anti-esclavagistes qui sont les siennes, il appr\u00e9hende la lutte contre l\u2019esclavage \u00e0 travers le prisme d\u2019une histoire confondue avec la lutte des classes et fl\u00e9ch\u00e9e par l\u2019\u00e9mancipation des travailleurs.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, l\u2019 \u00ab\u00a0\u00e9mancipation\u00a0\u00bb dite universelle, pens\u00e9e comme la mise au jour de relations sociales d\u00e9barrass\u00e9es de toutes formes d\u2019ali\u00e9nation individuelle, n\u2019est pas seulement illusoire, elle est lourde d\u2019ambivalences. La revendication universaliste peut, en effet, facilement se d\u00e9voyer en ruse des dominants. L\u2019histoire du colonialisme et de l\u2019imp\u00e9rialisme occidental en a montr\u00e9 maints exemples. Un ethnocentrisme &#8211; au sens donn\u00e9 par Claude L\u00e9vi-Strauss consistant\u00a0<i>\u00ab\u00a0\u00e0 r\u00e9pudier purement et simplement les formes culturelles\u00a0: morales, religieuses, sociales, esth\u00e9tiques, qui sont les plus \u00e9loign\u00e9es de celles auxquelles nous nous identifions\u00a0\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Dans Race et histoire (1e \u00e9d. : 1952), Paris, Deno\u00ebl\/Gallimard, coll. \u00ab\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Tous-ensemble#nb4\" rel=\"appendix\">4<\/a>]<\/span>\u00a0&#8211; peut se nicher dans la pr\u00e9tention universaliste. Elle devient raciste lorsqu\u2019elle disqualifie comme archa\u00efque, r\u00e9actionnaire, retardataire, la recherche t\u00e2tonnante, par des peuples occidentalis\u00e9s malgr\u00e9 eux, de formes sociales o\u00f9, tout simplement, on se sente bien. Elle devient aveugle \u00e0 ses propres apories lorsqu\u2019elle refuse de s\u2019interroger sur elle-m\u00eame \u00e0 partir des r\u00e9sistances des peuples qu\u2019elle veut soumettre \u00e0 ses pr\u00e9suppos\u00e9s\/finalit\u00e9s. Un certain fondamentalisme universaliste parlant au nom de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9mancipation\u00a0\u00bb a davantage d\u2019analogies avec l\u2019int\u00e9grisme islamique qu\u2019il ne le croit.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"ps\">\n<h2 class=\"h2\">p.-s.<\/h2>\n<div class=\"crayon article-ps-522 surlignable\">\n<p>Ce texte est extrait du livre de Sadri Khiari,\u00a0<i>Pour une politique de la racaille. Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes, jeunes de banlieue<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"S. Khiari, Pour une politique de la racaille. Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes, jeunes\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Tous-ensemble#nb5\" rel=\"appendix\">5<\/a>]<\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<h2 class=\"h2 pas_surlignable\">notes<\/h2>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Tous-ensemble#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Il n\u2019envisage pas, soulignons-le, les diff\u00e9rentes formes de domination et d\u2019oppression qui ne sont pas constitutives en tant que telles du \u00ab\u00a0mode de production capitaliste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Tous-ensemble#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>Marx,\u00a0<i>Le Capital<\/i>, livre I, Gallimard, La pl\u00e9iade, Paris, 1965, p.835<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Tous-ensemble#nh3\" rev=\"appendix\">3<\/a>]\u00a0<\/span>Marx,\u00a0<i>Le capital<\/i>, livre I, tome I, Editions sociales, Paris, 1962, pp.19, 294-295.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Tous-ensemble#nh4\" rev=\"appendix\">4<\/a>]\u00a0<\/span>Dans\u00a0<i>Race et histoire<\/i>\u00a0(1e \u00e9d.\u00a0: 1952), Paris, Deno\u00ebl\/Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio-essais\u00a0\u00bb, 1987, p.19.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Tous-ensemble#nh5\" rev=\"appendix\">5<\/a>]\u00a0<\/span>S. Khiari,\u00a0<i>Pour une politique de la racaille. Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes, jeunes de banlieue<\/i>, \u00e0 para\u00eetre aux \u00e9ditions Editions Textuel, avril 2006<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<h1 class=\"h1 crayon article-titre-523 \" style=\"text-align: center;\">y a-t-il un \u00ab\u00a0racisme anti-blanc\u00a0\u00bb\u00a0?<\/h1>\n<p class=\"crayon article-soustitre-523 soustitre\">Oppression raciste et \u00ab\u00a0racisme\u00a0\u00bb des opprim\u00e9s\u00a0: une diff\u00e9rence de nature<\/p>\n<p class=\"info-publi\"><span class=\"auteurs\">par\u00a0<span class=\"vcard author\">Sadri Khiari<\/span><\/span><br \/>\n<abbr class=\"published\" title=\"2006-03-10T22:19:07Z\">10 mars 2006<\/abbr><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-523 chapo\">\n<p><strong>Bien des \u00ab\u00a0Fran\u00e7ais d\u2019origine fran\u00e7aise\u00a0\u00bb &#8211; des Blancs &#8211; peuvent se sentir agress\u00e9s par mon propos. Et je le regrette. Il n\u2019est nullement dans mon intention, pas plus que dans celle du Mouvement des indig\u00e8nes, de sugg\u00e9rer une culpabilit\u00e9 collective. Cependant, le fait de se sentir ainsi agress\u00e9s ne r\u00e9v\u00e8le-t-il pas un probl\u00e8me\u00a0?<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"crayon article-texte-523 texte\">\n<p>Lorsqu\u2019il est dit qu\u2019un individu qui consomme et travaille, participe \u00e0 la reproduction du capital, qu\u2019il le veuille ou non, qu\u2019il soit de droite ou de gauche, cet individu se sent-il agress\u00e9\u00a0? Quand il est enseignant, responsable dans l\u2019administration, journaliste, chercheur dans un laboratoire pharmaceutique, se sent-il agress\u00e9 si on lui fait remarquer les incidences de son activit\u00e9 professionnelle en termes de reproduction d\u2019un syst\u00e8me in\u00e9galitaire\u00a0? Soup\u00e7onne-t-il chez le sociologue de la domination une volont\u00e9 d\u2019instaurer une sorte de culpabilit\u00e9 collective\u00a0? Non. Il para\u00eet donc int\u00e9ressant de se demander pourquoi le reproche d\u2019 \u00ab\u00a0agressivit\u00e9\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9 au discours indig\u00e8ne.<\/p>\n<p>Nous avons vu plus haut que certains Blancs ont pu trouver inconvenant de se r\u00e9clamer d\u2019un \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb qui revendique une filiation d\u2019oppression et de lutte avec les anciens esclaves et les colonis\u00e9s<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Ecartons tout de suite l\u2019argument \u00e9trange formul\u00e9 maintes fois selon lequel,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>\u00a0; d\u2019autres se sont sentis \u00ab\u00a0agress\u00e9s\u00a0\u00bb par la formule\u00a0<i>\u00ab\u00a0Nous, Noirs, Arabes, Musulmans etc&#8230;\u00a0\u00bb<\/i>. Pourtant, les gens de gauche qui ont entre les mains un tract o\u00f9 figure la formule\u00a0<i>\u00ab\u00a0Nous, les ouvriers&#8230;\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0ne se sentent nullement agress\u00e9s m\u00eame s\u2019ils ne sont pas ouvriers. Ce sont les bourgeois et les personnes qui en partagent les valeurs, pr\u00e9cis\u00e9ment ceux qui sont dans l\u2019autre camp, qui se sentent agress\u00e9s. De m\u00eame, depuis peu (et comme r\u00e9sultat des luttes men\u00e9es par les homosexuels), un h\u00e9t\u00e9rosexuel non-homophobe ne se sentira pas agress\u00e9 par un tract intitul\u00e9\u00a0<i>\u00ab\u00a0nous les homo\u00a0\u00bb<\/i>. C\u2019est peut-\u00eatre finalement que ces combats semblent plus l\u00e9gitimes. Non pas que l\u2019antiracisme le soit moins dans l\u2019esprit des personnes dont je parle, mais il ne l\u2019est qu\u2019\u00e0 la condition de s\u2019inscrire dans le cadre d\u2019un combat consid\u00e9r\u00e9 comme vraiment l\u00e9gitime par les Blancs, c\u2019est-\u00e0-dire une lutte sociale et universaliste. On comprend donc que les Noirs, les Arabes, les Musulmans, etc. se sentent eux-m\u00eames agress\u00e9s par ceux qui se sentent agress\u00e9s par leur auto-affirmation en tant que Noirs, Arabes ou Musulmans. Oui, nous sommes noirs, comme Aim\u00e9 C\u00e9saire revendiquait sa couleur noire. Oui, bien que magnifique sp\u00e9cimen de type caucasien,\u00a0<i>je suis Noir<\/i>\u00a0!<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Soit, nous dira-t-on sans grande conviction, admettons que le syst\u00e8me dans son ensemble soit s\u00e9gr\u00e9gationniste, on ne peut de toute fa\u00e7on consid\u00e9rer que tous les Fran\u00e7ais blancs soient racistes, quand bien m\u00eame &#8211; admettons-le aussi &#8211; ils b\u00e9n\u00e9ficieraient indirectement et involontairement du r\u00e9gime postcolonial. Pourquoi ne pas parler d\u2019un champ politique postcolonial mais d\u2019un champ politique blanc qui est une cat\u00e9gorie raciale\u00a0? Vous ne dites pas seulement les \u201cpartis blancs\u201d, vous dites aussi les \u201cBlancs\u201d, le \u201cBlanc\u201d. Peut-on parler de \u201cBlancs\u201d sans sombrer dans l\u2019ethnicisme, le racial et le biologique\u00a0? Ne risque-t-on pas ainsi d\u2019alimenter une forme de racisme anti-Blanc\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais qui sont les populations exclues du champ politique sinon celles qui ne sont pas blanches ou consid\u00e9r\u00e9es comme telles\u00a0? Parler de Blancs, ce n\u2019est pas essentialiser le Blanc en tant que blanc, ce n\u2019est pas dire le Blanc est mauvais, intrins\u00e8quement mauvais, coupable \u00e0 jamais des crimes de ses anc\u00eatres.\u00a0<i>\u00ab\u00a0Humainement, personnellement, la couleur n\u2019existe pas. Politiquement elle existe.\u00a0\u00bb<\/i>(James Baldwin)<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"James Baldwin, La prochaine fois le feu, op.cit., p.134\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span>\u00a0Politiquement, c\u2019est-\u00e0-dire comme rapport social. Le Blanc est un rapport social et non un fait naturel. Il n\u2019existe en tant que tel que comme moment d\u2019un rapport social d\u2019oppression et de lutte contre cette oppression. Il ne leur est pas ant\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Lorsque nous parlons de Blancs, c\u2019est pour pointer la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me politique au sein duquel la s\u00e9gr\u00e9gation d\u2019origine coloniale est toujours active et auquel, malgr\u00e9 eux souvent, les individus ne peuvent \u00e9chapper. Car si tout le monde subit, d\u2019une certaine fa\u00e7on, le legs colonial, celui-ci est fond\u00e9 sur une discrimination ethnique ou culturelle. De ce point de vue, les personnes qui ne sont pas issues de la colonisation font partie de la soci\u00e9t\u00e9 dominante m\u00eame si elles y sont int\u00e9gr\u00e9es dans une position subalterne. Elles appartiennent au monde des dominants m\u00eame si elles ont fait le choix individuel de nier subjectivement leur propre situation. La capacit\u00e9 de certains Blancs \u00e0 s\u2019arracher \u00e0 cette d\u00e9termination est sans doute pr\u00e9cieuse\u00a0; elle doit assur\u00e9ment \u00eatre encourag\u00e9e mais ne peut fonder ni l\u2019analyse du r\u00e9el ni une strat\u00e9gie politique, au sens d\u2019en \u00eatre l\u2019axe privil\u00e9gi\u00e9.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Le racisme, on ne le r\u00e9p\u00e9tera jamais assez, est un syst\u00e8me de domination. Il produit la stigmatisation de l\u2019Autre dans le m\u00eame temps o\u00f9 il instaure hi\u00e9rarchisations et discriminations. La notion de racisme, comme h\u00e9t\u00e9rophobie, est une notion abstraite qui identifie des r\u00e9alit\u00e9s historiques trop diff\u00e9rentes et conduit, sur le plan politique, \u00e0 l\u2019impasse de l\u2019antiracisme comme gadget \u00e9thique. L\u2019\u00eatre humain se m\u00e9fie comme de la peste de tout ce qui lui para\u00eet diff\u00e9rent\u00a0:\u00a0<i>et alors\u00a0?<\/i>\u00a0S\u2019il s\u2019agit d\u2019un comportement quasiment inn\u00e9 ou naturel, il n\u2019y a rien \u00e0 y faire et ce ne sont pas des campagnes \u00e9ducatives pour l\u2019\u00e9l\u00e9vation morale du genre humain qui y changeront grand chose. S\u2019il s\u2019agit de relations sociales et politiques bien sp\u00e9cifiques, alors, si l\u2019on veut combattre la d\u00e9testation de l\u2019Autre qui en proc\u00e8de, on se doit de d\u00e9finir pr\u00e9cis\u00e9ment ces relations sociales et politiques. De ce point de vue, on ne peut \u00e9videmment identifier dans une m\u00eame cat\u00e9gorie la haine raciale du dominant \u00e0 l\u2019encontre du domin\u00e9 et la haine raciale du domin\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre du dominant. Toutes deux sont produites par le m\u00eame syst\u00e8me raciste mais l\u2019une en est un agent actif tandis que l\u2019autre constitue une r\u00e9action voire une forme de r\u00e9sistance au syst\u00e8me raciste. L\u2019une est arm\u00e9e, l\u2019autre est d\u00e9sarm\u00e9e. C\u2019est pourquoi, lorsqu\u2019il analyse la condition sp\u00e9cifique du colonis\u00e9, Albert Memmi parle d\u2019un \u00ab\u00a0racisme \u00e9dent\u00e9\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"Albert Memmi, Le Racisme.\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nb3\" rel=\"appendix\">3<\/a>]<\/span>. Ce racisme n\u2019est pas une modalit\u00e9 de la domination et toute la diff\u00e9rence est l\u00e0. Quand un commer\u00e7ant blanc refuse d\u2019employer un indig\u00e8ne, c\u2019est du racisme m\u00eame si ce refus proc\u00e8de d\u2019une simple logique commerciale\u00a0: pr\u00e9server sa client\u00e8le habituelle qui, elle, pourrait \u00eatre raciste\u00a0; quand un commer\u00e7ant marocain refuse d\u2019employer un Blanc et lui pr\u00e9f\u00e8re un Marocain, ce n\u2019est pas du racisme\u00a0; c\u2019est un acte de soutien \u00e0 un opprim\u00e9 m\u00eame si la motivation r\u00e9elle est tout simplement d\u2019\u00eatre entre-soi (le fameux \u00ab\u00a0communautarisme\u00a0\u00bb) et m\u00eame si le commer\u00e7ant marocain n\u2019aime pas les Blancs.<\/p>\n<p>Quand nous employons la notion g\u00e9n\u00e9rique de racisme, il faut constamment avoir \u00e0 l\u2019esprit cette distinction fondamentale entre le racisme \u00e0 proprement parl\u00e9, indissociable de la domination, du \u00ab\u00a0racisme \u00e9dent\u00e9\u00a0\u00bb propre aux domin\u00e9s. Sur le plan de l\u2019analyse comme sur le plan de la lutte politique, on ne saurait les assimiler.<\/p>\n<p>Lorsque des domin\u00e9s renoncent \u00e0 cette forme de racisme contre eux-m\u00eames &#8211; r\u00e9verb\u00e9ration du racisme dont ils sont l\u2019objet\u00a0-, qui consiste \u00e0 se croire r\u00e9ellement inf\u00e9rieurs aux dominants et \u00e0 vouloir leur ressembler \u00e0 tout prix, et s\u2019affirment au contraire sup\u00e9rieurs, c\u2019est bien une nouvelle illusion puisque nul n\u2019est sup\u00e9rieur \u00e0 personne, c\u2019est une d\u00e9marche ambivalente certes, comme l\u2019est la vie r\u00e9elle, mais cela peut \u00eatre en m\u00eame temps un moment de leur lutte contre la domination qu\u2019ils subissent. Le mouvement d\u2019\u00e9mancipation des Noirs aux Etats-Unis a \u00e9t\u00e9 et demeure travers\u00e9 par un racisme anti-Blanc, il n\u2019en demeure pas moins un mouvement d\u2019\u00e9mancipation. On peut consid\u00e9rer qu\u2019une telle id\u00e9ologie ne peut conduire \u00e0 terme qu\u2019\u00e0 une impasse du point de vue des objectifs de lib\u00e9ration du peuple noir et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, du point de vue des id\u00e9aux \u00e9galitaires\u00a0; pour autant, peut-on appr\u00e9hender ce racisme dans l\u2019absolu, ind\u00e9pendamment du contexte historique pr\u00e9cis de son \u00e9mergence\u00a0? Ne faut-il pas plut\u00f4t en comprendre les ressorts et pointer les contradictions\u00a0?\u00a0<i>\u00ab\u00a0Toute th\u00e8se affirmant la sup\u00e9riorit\u00e9 d\u2019une race est condamnable\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0\u00e9crit Claude Julien<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Cl. Julien, pr\u00e9face \u00e0 Malcolm X, op.cit., p.25\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nb4\" rel=\"appendix\">4<\/a>]<\/span>\u00a0mais, ajoute-t-il aussit\u00f4t,\u00a0<i>\u00ab\u00a0elle obtient le prodigieux r\u00e9sultat de rendre aux Black Muslims la fiert\u00e9 et la dignit\u00e9 humaines que le racisme des Blancs leur refuse\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0En exaltant la n\u00e9gritude, les Black Muslims lib\u00e8rent le Noir de la honte et du sentiment d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 qui lui ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9s par des si\u00e8cles d\u2019esclavage, de m\u00e9pris, d\u2019injustices.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Mis en perspective historique, contextualis\u00e9, ce \u00ab\u00a0racisme \u00e9dent\u00e9\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 en m\u00eame temps que r\u00e9actionnaire du point de vue des valeurs d\u2019\u00e9galit\u00e9, un moment progressiste de la lutte pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des Noirs et des Blancs aux Etats-Unis. Dans le m\u00eame esprit, Albert Memmi \u00e9crivait\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Le racisme du colonis\u00e9 n\u2019est en somme ni biologique ni m\u00e9taphysique, mais social et historique. Il n\u2019est pas bas\u00e9 sur la croyance \u00e0 l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 du groupe d\u00e9test\u00e9, mais sur la conviction, et dans une grande mesure sur un constat, qu\u2019il est d\u00e9finitivement agresseur et nuisible. Plus encore, si le racisme europ\u00e9en moderne d\u00e9teste et m\u00e9prise plus qu\u2019il ne craint, celui du colonis\u00e9 craint et continue d\u2019admirer. Bref, ce n\u2019est pas un racisme d\u2019agression, mais de d\u00e9fense. (&#8230;) C\u2019est pourquoi on peut soutenir cette apparente \u00e9normit\u00e9\u00a0: si la x\u00e9nophobie et le racisme du colonis\u00e9 contiennent, assur\u00e9ment, un immense ressentiment et une \u00e9vidente n\u00e9gativit\u00e9, ils peuvent \u00eatre le pr\u00e9lude d\u2019un mouvement positif\u00a0: la reprise en main du colonis\u00e9 par lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Redire Memmi, aujourd\u2019hui, dans un contexte id\u00e9ologique marqu\u00e9 par l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de l\u2019antiracisme abstrait, conduit au pilori, une plaque d\u2019infamie clou\u00e9e au front\u00a0: \u00ab\u00a0Coupable de hi\u00e9rarchiser les racismes\u00a0\u00bb\u00a0! Bien plut\u00f4t, il s\u2019agit, pour nous, de ne pas confondre dans une m\u00eame \u00ab\u00a0haine de l\u2019autre\u00a0\u00bb des ph\u00e9nom\u00e8nes diff\u00e9rents, de saisir leurs dynamiques historiques et les paradoxes des luttes des domin\u00e9s, domin\u00e9s \u00e9galement par les valeurs des dominants qu\u2019ils combattent.<\/p>\n<p>Son rejet du racisme, Malcolm l\u2019attribue \u00e0 son p\u00e8lerinage \u00e0 la Mecque et \u00e0 ses voyages en Afrique durant les mois qui suivent sa rupture avec les Black Muslim. Durant ces voyages, explique-t-il, il a pu rencontrer de nombreux blancs, blonds, aux yeux bleus compl\u00e8tement d\u00e9nu\u00e9s de racisme anti-Noir\u00a0; il a pu voir, en Alg\u00e9rie et au Maroc, d\u2019autres blancs, eux-m\u00eames trait\u00e9s en Noirs, et qui avaient \u00e9t\u00e9 violemment colonis\u00e9s\u00a0; il a pu surtout constater que d\u2019autres peuples \u00e9taient en lutte contre l\u2019Am\u00e9rique qui dominait le monde comme elle dominait les Noirs en son propre sein\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Auparavant, j\u2019ai permis que l\u2019on se serv\u00eet de moi pour condamner en bloc tous les Blancs, et ces g\u00e9n\u00e9ralisations ont injustement bless\u00e9 certains d\u2019entre eux. (&#8230;) je me refuse dor\u00e9navant \u00e0 condamner en bloc toute une race (&#8230;). Je ne suis pas raciste et je ne souscris \u00e0 aucun des dogmes du racisme.\u00a0\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"Malcom X, op.cit., p.96\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nb5\" rel=\"appendix\">5<\/a>]<\/span><\/p>\n<p>Il ne cessera de le r\u00e9p\u00e9ter par la suite<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh6\" class=\"spip_note\" title=\"Un mois avant son assassinat, il d\u00e9clarait au journal Young Socialiste,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nb6\" rel=\"appendix\">6<\/a>]<\/span>, tout en continuant \u00e0 parler de \u00ab\u00a0l\u2019homme blanc\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Tous nous avons subi, dans ce pays, l\u2019oppression politique impos\u00e9e par l\u2019homme blanc, l\u2019exploitation \u00e9conomique impos\u00e9e par l\u2019homme blanc et la d\u00e9gradation sociale impos\u00e9e par l\u2019homme blanc. Lorsque nous nous exprimons ainsi, cela ne veut pas dire que nous sommes anti-Blancs, mais que nous sommes oppos\u00e9s \u00e0 l\u2019exploitation, oppos\u00e9s \u00e0 la d\u00e9gradation, oppos\u00e9s \u00e0 l\u2019oppression. Et si l\u2019homme blanc ne veut pas que nous soyons ses ennemis, qu\u2019il cesse de nous opprimer, de nous exploiter, de nous d\u00e9grader.\u00a0\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh7\" class=\"spip_note\" title=\"Malcolm X, op.cit., p.59\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nb7\" rel=\"appendix\">7<\/a>]<\/span><\/p>\n<p>Malcolm X met en cause le syst\u00e8me s\u00e9gr\u00e9gationniste mais, sans faire du Blanc un coupable \u00e9ternel. Il souligne sa participation \u00e0 ce syst\u00e8me car, dans les conditions de l\u2019Am\u00e9rique, seule une petite minorit\u00e9 des Blancs parvient elle-m\u00eame \u00e0 se d\u00e9tacher du racisme anti-Noir.<\/p>\n<p>Les indig\u00e8nes sont opprim\u00e9s en tant qu\u2019Arabes ou que Noirs dans une soci\u00e9t\u00e9 qui privil\u00e9gie les Blancs, comment pourraient-ils lire la r\u00e9alit\u00e9 de cette soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 travers une autre grille que la grille ethnique ou raciale\u00a0? \u00ab\u00a0C\u2019est habituellement le raciste blanc qui a cr\u00e9\u00e9 le raciste noir.\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh8\" class=\"spip_note\" title=\"Malcolm X, ibidem, p.234\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nb8\" rel=\"appendix\">8<\/a>]<\/span>\u00a0Il ne s\u2019agit certes pas de\u00a0<i>\u00ab\u00a0refaire \u00e0 rebours le chemin de Malcolm X\u00a0\u00bb<\/i>, comme le craint Daniel Bensa\u00efd<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh9\" class=\"spip_note\" title=\"Daniel Bensa\u00efd formule cette crainte dans son livre Fragments m\u00e9cr\u00e9ants, qui\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nb9\" rel=\"appendix\">9<\/a>]<\/span>, mais de\u00a0<i>ne pas rejeter indistinctement ceux qui commencent l\u00e0 o\u00f9 il a commenc\u00e9<\/i>. Supprimer le postcolonialisme, c\u2019est reconna\u00eetre, pour les supprimer, les fronti\u00e8res qui clivent une soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur les discriminations ethniques. Ce combat se m\u00e8ne dans la dur\u00e9e mais sans c\u00e9der \u00e0 la tentation ultimatiste (poser la fin comme pr\u00e9condition), sans craindre les situations paradoxales, il constitue\u00a0<i>d\u00e8s l\u2019abord\u00a0<\/i>un axe majeur.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"ps\">\n<h2 class=\"h2\">p.-s.<\/h2>\n<div class=\"crayon article-ps-523 surlignable\">\n<p>Ce texte est extrait du livre de Sadri Khiari,\u00a0<i>Pour une politique de la racaille. Indig\u00e8nes, immigr\u00e9s, jeunes de banlieue<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh10\" class=\"spip_note\" title=\"S. Khiari, Pour une politique de la racaille. Indig\u00e8nes, immigr\u00e9s, jeunes de\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nb10\" rel=\"appendix\">10<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<h2 class=\"h2 pas_surlignable\">notes<\/h2>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Ecartons tout de suite l\u2019argument \u00e9trange formul\u00e9 maintes fois selon lequel, il serait \u00ab\u00a0ind\u00e9cent\u00a0\u00bb pour des Blancs de pr\u00e9tendre s\u2019identifier \u00e0 un \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb qui renvoie aux descendants d\u2019esclaves et de colonis\u00e9s. Je ne peux que r\u00e9p\u00e9ter ici ce que nous avions \u00e9crit Alix H\u00e9ricord, Laurent Levy et moi-m\u00eame\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Ainsi de m\u00eame qu\u2019il y a plein de bonnes raisons de participer \u00e0 une manifestation de d\u00e9fense de l\u2019avortement sans \u00eatre une femme ou sans \u00eatre une femme qui a avort\u00e9, de m\u00eame qu\u2019il y a plein de bonnes raisons de participer \u00e0 une gaypride sans avoir de pratiques homosexuelles, de m\u00eame qu\u2019on peut participer \u00e0 un mouvement de pr\u00e9caires sans l\u2019\u00eatre (ou du moins pas encore) ou \u00e0 une manif de sans-papiers tout en ayant sa carte d\u2019identit\u00e9 dans la poche, il n\u2019est pas besoin de brandir son arbre g\u00e9n\u00e9alogique pour participer \u00e0 un mouvement des \u00ab\u00a0indig\u00e8nes de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb. L\u2019usage expansif de la 1\u00e8re personne du pluriel depuis les ann\u00e9es 70 dans les luttes pour l\u2019\u00e9mancipation a fait \u00e9merger des sujets politiques complexes dont nous ne comprenons pas pourquoi les \u201cindig\u00e8nes\u201d seraient exclus.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>On pourrait ajouter qu\u2019il n\u2019a jamais sembl\u00e9 ridicule aux militants d\u2019organisations d\u2019extr\u00eame-gauche de se d\u00e9finir comme \u00ab\u00a0militants ouvriers\u00a0\u00bb du simple fait qu\u2019ils s\u2019identifiaient au combat ouvrier\u00a0; leur position sociale r\u00e9elle n\u2019entrant aucunement en ligne de compte dans cette auto-d\u00e9finition.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>James Baldwin,\u00a0<i>La prochaine fois le feu,<\/i>\u00a0op.cit., p.134<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nh3\" rev=\"appendix\">3<\/a>]\u00a0<\/span>Albert Memmi, Le Racisme.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nh4\" rev=\"appendix\">4<\/a>]\u00a0<\/span>Cl. Julien, pr\u00e9face \u00e0 Malcolm X, op.cit., p.25<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nh5\" rev=\"appendix\">5<\/a>]\u00a0<\/span>Malcom X, op.cit., p.96<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb6\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 6\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nh6\" rev=\"appendix\">6<\/a>]\u00a0<\/span>Un mois avant son assassinat, il d\u00e9clarait au journal\u00a0<i>Young Socialiste,<\/i>\u00a0organe de l\u2019organisation de jeunesse du SWP (IV\u00e8me internationale)\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Tout d\u2019abord, je ne suis pas un raciste. Je suis ennemi de toutes les formes de racisme et de s\u00e9gr\u00e9gation, de toutes les formes de discrimination. Je crois aux droits de la personne humaine et au fait que toute personne doit \u00eatre respect\u00e9e, peu importe la couleur de sa peau.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb7\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 7\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nh7\" rev=\"appendix\">7<\/a>]\u00a0<\/span>Malcolm X, op.cit., p.59<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb8\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 8\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nh8\" rev=\"appendix\">8<\/a>]\u00a0<\/span>Malcolm X, ibidem, p.234<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb9\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 9\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nh9\" rev=\"appendix\">9<\/a>]\u00a0<\/span>Daniel Bensa\u00efd formule cette crainte dans son livre\u00a0<i>Fragments m\u00e9cr\u00e9ants<\/i>, qui reprend, en les d\u00e9veloppant, les reproches aterrants qu\u2019il avait adress\u00e9s au Mouvement des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique au printemps 2005 dans une tribune parue dans\u00a0<i>Lib\u00e9ration<\/i>. Pr\u00e9cision du collectif Les mots sont importants<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb10\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 10\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/Y-a-t-il-un-racisme-anti-blanc#nh10\" rev=\"appendix\">10<\/a>]\u00a0<\/span>S. Khiari,\u00a0<i>Pour une politique de la racaille. Indig\u00e8nes, immigr\u00e9s, jeunes de banlieue<\/i>, Editions Textuel, avril 2006<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>SOS Racisme\u2026 des potes qui nous voulaient du bien<\/strong><\/h4>\n<p>par <a class=\"external\" title=\"Afficher tous les articles par PIR\" href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/author\/mehdi\/\">Sadri Khiari<\/a><\/p>\n<p>Source\u00a0:\u00a0<b>ce texte est extrait du livre de Sadri Khiari,\u00a0<a class=\"external\" href=\"http:\/\/www.editionstextuel.com\/index.php?cat=020201&amp;id=294&amp;c=&amp;count=40\"><i>Pour une politique de la racaille.Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes, jeunes de banlieue<\/i><\/a>, que nous recommandons vivement.<\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s de SOS-Racisme a g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9t\u00e9 appr\u00e9hend\u00e9 comme une simple op\u00e9ration de \u00ab r\u00e9cup\u00e9ration \u00bb, concoct\u00e9e dans les cabinets de Mitterrand et favoris\u00e9e par \u00ab l\u2019immaturit\u00e9 \u00bb des mouvements \u00ab beurs \u00bb. Dans sa th\u00e8se sur le traitement m\u00e9diatique de l\u2019association anti-raciste, P. Juhem [1] a mis en lumi\u00e8re les multiples d\u00e9terminations qui ont rendu possible la \u00ab r\u00e9cup\u00e9ration \u00bb. Plut\u00f4t que de recourir \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se fantaisiste d\u2019une vaste manipulation engag\u00e9e par une sorte de \u00ab comit\u00e9 central \u00bb des m\u00e9dias domin\u00e9 par les socialistes, il a tent\u00e9 de rep\u00e9rer les logiques sp\u00e9cifiques au champ m\u00e9diatique, la pluralit\u00e9 des facteurs (enjeux internes, comp\u00e9titions, strat\u00e9gies commerciales, \u00e9volution du profil id\u00e9ologique des journalistes, etc.), qui ont converg\u00e9 pour aboutir \u00e0 une gigantesque campagne de promotion de SOS-Racisme, sans minimiser, pour autant, la volont\u00e9 politique de certains responsables socialistes \u2013 en premier lieu, Mitterrand \u2013 et l\u2019efficacit\u00e9 de leurs interventions dans un contexte favorable.<\/p>\n<p>Les \u00e9normes subventions re\u00e7ues, le soutien de plus en plus affirm\u00e9 de la gauche, des m\u00e9dias et de nombreux intellectuels ont incontestablement contribu\u00e9, en effet, au succ\u00e8s de SOS-Racisme. On doit y voir \u00e9galement l\u2019effet de dispositifs propres au syst\u00e8me postcolonial. La \u00ab r\u00e9cup\u00e9ration \u00bb appara\u00eet comme une menace inh\u00e9rente \u00e0 celui-ci \u2013 ce qui ne signifie pas in\u00e9vitable \u2013 et non pas comme le seul produit d\u2019int\u00e9r\u00eats politiques circonstanci\u00e9s et de strat\u00e9gies habilement men\u00e9es. On a parfaitement raison de condamner de ce point de vue la politique du PS mais il est tout aussi important de saisir pourquoi, malgr\u00e9 leur bonne volont\u00e9, de nombreux militants antiracistes ont pu jouer le jeu d\u2019une entreprise d\u2019exclusion\/inclusion.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, \u00ab les Beurs deviennent trop subversifs \u00bb [2]. La Marche pour l\u2019Egalit\u00e9 et les multiples formes d\u2019action qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 ou suivi donnent aux jeunes issus de l\u2019immigration une formidable visibilit\u00e9 qui inqui\u00e8te, dans un contexte politique mouvant. L\u2019abandon des promesses qui avaient conduit Mitterrand au pouvoir et l\u2019adoption d\u2019une politique de rigueur ne suscite pas la mobilisation sociale qu\u2019esp\u00e9rait l\u2019extr\u00eame gauche. La tendance politique dominante, notamment au sein de la jeunesse lyc\u00e9enne et \u00e9tudiante, n\u2019est plus \u00e0 la contestation mais plut\u00f4t \u00e0 la d\u00e9saffection vis-\u00e0-vis de l\u2019engagement politique tandis qu\u2019avec le recul des paradigmes marxistes s\u2019imposent les id\u00e9ologies molles de la d\u00e9fense des droits de l\u2019homme et du progr\u00e8s \u00ab soci\u00e9tal \u00bb. La droite, par contre, progresse. Elle remporte plusieurs \u00e9lections municipales partielles et repart \u00e0 l\u2019offensive comme en t\u00e9moignent les gigantesques manifestations pour \u00ab l\u2019\u00e9cole libre \u00bb. Le Front national conna\u00eet, quant \u00e0 lui, ses premi\u00e8res grandes victoires (\u00e9lections europ\u00e9ennes). La \u00ab b\u00eate immonde \u00bb resurgit, craignent de nombreux secteurs de la gauche, assimilant la nouvelle situation \u00e0 la mont\u00e9e du fascisme dans les ann\u00e9es 30. Pour beaucoup, la lutte antifasciste devient la priorit\u00e9 de l\u2019heure et l\u2019antiracisme devient l\u2019arme de cette lutte, d\u2019autant plus efficace leur semble-t-il qu\u2019un antiracisme moral et englobant peut permettre un large rassemblement de forces et remobiliser la jeunesse sur des \u00ab valeurs de gauche \u00bb.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, le mouvement \u00ab beur \u00bb pose incontestablement probl\u00e8me. L\u2019irruption des enfants de l\u2019immigration sur la sc\u00e8ne publique inqui\u00e8te. Il alimenterait le discours du Front national. Il embarrasse le pouvoir socialiste d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 restreindre l\u2019immigration, mais il peut constituer aussi une nouvelle ressource \u00e9lectorale pour la gauche. D\u2019une part, parce que de nombreux jeunes issus de l\u2019immigration ont le droit de vote mais \u00e9galement parce que la probl\u00e9matique antiraciste qui est la sienne suscite la sympathie de larges franges de la jeunesse. Il s\u2019agit d\u00e8s lors de l\u2019encadrer, de neutraliser ses tendances les plus contestataires et d\u2019aseptiser son discours. \u00ab Convergence 84 r\u00e9v\u00e9la, \u00e9crivent Ahmed Boubeker et Nicolas Beau, une r\u00e9elle capacit\u00e9 de mobilisation des cit\u00e9s. Personne pourtant pour canaliser cette r\u00e9volte. Une place \u00e9tait \u00e0 prendre ; message vite compris par Harlem D\u00e9sir et ses potes : le jour m\u00eame de l\u2019arriv\u00e9e de Convergence, 5000 badges \u00ab Touche pas \u00e0 mon pote \u00bb de SOS-Racisme \u00e9taient vendus. L\u2019id\u00e9e du m\u00e9lange, d\u00e9barrass\u00e9e de ses relents \u00e9galitaires, \u00e9tait reprise par Harlem D\u00e9sir : \u00ab Vivons avec nos ressemblances, quelles que soient nos diff\u00e9rences \u00bb : ce slogan de Convergence permettait \u00e0 chacun, fran\u00e7ais ou immigr\u00e9, de s\u2019exprimer, sans complexes, sur la soci\u00e9t\u00e9 multiraciale. Les beurs avaient perdu ce monopole. Avec SOS-Racisme, la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise reprenait la parole. Le relais \u00e9tait pass\u00e9. \u00bb [3] C\u2019est, en effet, \u00e0 l\u2019occasion de la seconde Marche, organis\u00e9e par \u00ab Convergence 84 \u00bb que le petit groupe constitu\u00e9 autour de Julien Dray, transfuge de la LCR au Parti socialiste, appara\u00eet sur la sc\u00e8ne publique en diffusant massivement la fameuse petite main jaune. Mogniss Abdallah y voit un \u00abtalisman, hybride de la main de Fatma et de l\u2019\u00e9toile jaune des Juifs sous le nazisme \u00bb [4]. Alors que les jeunes issus de l\u2019immigration avaient manifest\u00e9 contre le racisme particulier dont ils sont l\u2019objet, SOS met en avant une vision exclusivement moralisante et non politique du racisme, d\u00e9tach\u00e9e de l\u2019histoire sociale et politique concr\u00e8te. La r\u00e9f\u00e9rence implicite \u00e0 l\u2019\u00e9toile jaune n\u2019est pas non plus innocente. Elle n\u2019est pas sans lien avec le \u00ab choix exclusif de l\u2019UEJF comme co-fondatrice de l\u2019association \u00bb [5] suppose Mogniss Abdallah. En d\u00e9cembre 1983, de nombreux marcheurs \u00e9taient fiers de porter le Keffieh, symbole du peuple palestinien. Le \u00ab talisman \u00bb de SOS sugg\u00e8re, quant \u00e0 lui, que la question palestinienne ne serait qu\u2019un conflit entre juifs et arabes soluble dans l\u2019antiracisme. M.Abdallah d\u00e9crypte \u00e9galement le slogan \u00ab Touche pas \u00e0 mon pote \u00bb. Celui-ci met \u00ab en sc\u00e8ne un Fran\u00e7ais (anti-raciste) s\u2019adressant \u00e0 un autre Fran\u00e7ais (raciste, donc souvent suspect d\u2019accointance avec le FN) pour prot\u00e9ger son \u00ab pote \u00bb issu de l\u2019immigration. Le \u00ab pote \u00bb devient par un spectaculaire retournement de situation le spectateur passif d\u2019un enjeu politique franco-fran\u00e7ais o\u00f9 il est question de cordon sanitaire anti-FN ou d\u2019un \u00ab front r\u00e9publicain \u00bb pour des \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales et les \u00ab combinazzione \u00bb \u00e0 venir \u00bb [6]. Le racisme appara\u00eet ainsi comme un rapport inter-individuel, une forme d\u2019h\u00e9t\u00e9rophobie port\u00e9e par l\u2019extr\u00eame-droite. L\u2019antiracisme devient une posture \u00e9thique, un combat qui se d\u00e9roule entre Blancs.<\/p>\n<p>Si le discours de SOS \u00e9voluera progressivement au fur et \u00e0 mesure de l\u2019enracinement du mouvement et des nouveaux enjeux politiques qui se poseront \u00e0 lui, \u00e0 sa fondation, la nouvelle association s\u2019attache \u00e0 se pr\u00e9senter comme a-politique, ni trop de gauche ni de droite. \u00ab Alors que quelques ann\u00e9es auparavant un mouvement se proclamant \u00ab apolitique \u00bb aurait rencontr\u00e9 l\u2019opposition de toutes les organisations politiques et antiracistes \u00ab de gauche \u00bb, note P. Juhem (\u2026), au contraire en 1985, l\u2019affichage de \u00ab l\u2019apolitisme \u00bb du mouvement est la condition de sa r\u00e9ussite, \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019\u00e9gard de journalistes qui se r\u00e9jouissent de la \u00ab fin des id\u00e9ologies \u00bb et vis-\u00e0-vis de jeunes qui sont proportionnellement plus nombreux qu\u2019auparavant \u00e0 \u00eatre indiff\u00e9rents \u00e0 l\u2019\u00e9gard de \u00ab la politique \u00bb.\u00bb [7] SOS appara\u00eet ainsi comme le cadre id\u00e9al pour mobiliser la jeunesse et canaliser la r\u00e9volte des banlieues.<\/p>\n<p>La finalit\u00e9 de l\u2019association antiraciste est double. Il s\u2019agit d\u2019inclure les \u00ab beurs \u00bb dans des logiques politiques qui ne sont pas les leurs et d\u2019exclure du champ politique ceux qui d\u00e9veloppent une orientation en rupture avec le consensus antiraciste bas\u00e9 sur l\u2019int\u00e9gration individuelle. Cette exclusion se r\u00e9alise par diverses proc\u00e9dures. La premi\u00e8re est \u00e9videmment de donner \u00e0 SOS une l\u00e9gitimit\u00e9 qu\u2019elle n\u2019a pas en la pr\u00e9sentant comme l\u2019h\u00e9riti\u00e8re de la Marche de 1983[8]. La seconde consiste \u00e0 marginaliser les mouvements autonomes qui n\u2019ont gu\u00e8re d\u2019alli\u00e9s dans le champ politique blanc ni, \u00e9videmment, de subventions. Le soutien gigantesque dont b\u00e9n\u00e9ficie SOS lui permet alors d\u2019occuper tout l\u2019espace antiraciste. Les mouvements autonomes sont soumis, quant \u00e0 eux, \u00e0 une terrible injonction qui contribuera \u00e0 aggraver les dissensions en leur sein : se r\u00e9soudre \u00e0 une alliance avec SOS, c\u2019est-\u00e0-dire accepter son h\u00e9g\u00e9monie et les enjeux (blancs) qui sont les siens, ou prendre le risque de l\u2019isolement avec \u2013 d\u00e9j\u00e0 \u2013 l\u2019accusation de diviser le mouvement antiraciste. Ainsi, si SOS ne parvient pas \u00e0 s\u2019implanter r\u00e9ellement dans les cit\u00e9s, elle r\u00e9ussira n\u00e9anmoins \u00e0 gagner des militants comme Ka\u00efssa Titous et Malik Loun\u00e8s qui se r\u00e9signent \u00e0 y voir le seul cadre de regroupement possible et esp\u00e8rent avoir suffisamment d\u2019influence pour en changer l\u2019orientation. \u00ab Lors du premier congr\u00e8s de SOS-Racisme \u00e0 Epinay-sur-Seine en 1986, rapporte P. Juhem, le principal d\u00e9bat aura lieu entre, d\u2019une part, Julien Dray et la direction historique de l\u2019association et, d\u2019autre part, Ka\u00efssa Titous qui, soutenue par les militants de la LCR, tentera de constituer au sein de SOS une tendance \u00ab\u00a0beur\u00a0\u00bb, attach\u00e9e \u00e0 d\u00e9fendre la sp\u00e9cificit\u00e9 des \u00ab jeunes issus de l\u2019immigration maghr\u00e9bine \u00bb. D\u2019autres batailles seront men\u00e9es, notamment pour que l\u2019association antiraciste prenne partie en faveur du peuple palestinien ou s\u2019oppose \u00e0 l\u2019engagement des troupes fran\u00e7aises lors de la premi\u00e8re guerre du Golfe. Mais ces batailles, si elles n\u2019ont pas toujours \u00e9t\u00e9 sans r\u00e9sultats, ne pouvaient pas rendre la parole \u00e0 ceux qui en avaient \u00e9t\u00e9 exclus.<\/p>\n<p>Au principe de SOS, il y a en effet l\u2019exclusion des \u00ab Beurs \u00bb du champ politique ou leur implication dans des enjeux qui leur sont ext\u00e9rieurs. SOS n\u2019existe que comme cadre de mobilisation et de pression au sein du jeu des forces politiques blanches en instrumentalisant les probl\u00e9matiques de l\u2019immigration et du racisme. Les \u00ab beurs \u00bb sont appel\u00e9s \u00e0 y trouver leur place \u00e0 la condition de s\u2019ins\u00e9rer dans les enjeux du champ politique blanc et de ne pas en bousculer les r\u00e8gles. SOS n\u2019a pas \u00ab r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 \u00bb le mouvement pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 au sens o\u00f9 elle s\u2019est content\u00e9e d\u2019en prendre la direction ; en exploitant ses ambivalences, elle l\u2019a projet\u00e9 dans le plan politique blanc. Ce faisant, elle a retourn\u00e9 le mouvement contre lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Sadri Khiari<\/p>\n<p>Source\u00a0:\u00a0<b>ce texte est extrait du livre de Sadri Khiari,\u00a0<a class=\"external\" href=\"http:\/\/www.editionstextuel.com\/index.php?cat=020201&amp;id=294&amp;c=&amp;count=40\"><i>Pour une politique de la racaille.Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes, jeunes de banlieue<\/i><\/a>, que nous recommandons vivement.<\/b><\/p>\n<p>[1] Juhem, P., Th\u00e8se de science politique : \u00ab\u00a0SOS-Racisme, histoire d\u2019une mobilisation\u00a0\u00ab\u00a0apolitique\u00a0\u00bb. Contribution \u00e0 une analyse des transformations des repr\u00e9sentations politiques apr\u00e8s 1981\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>[2] Bouamama, S.,\u00a0<i>Dix ans de marche des Beurs. Histoire d\u2019un mouvement avort\u00e9<\/i>, Descl\u00e9e de Brouwer, 1994, p.4<\/p>\n<p>[3] Ibidem, p.91<\/p>\n<p>[4] Ibid., p.69<\/p>\n<p>[5] Ibid.<\/p>\n<p>[6] Ibid.<\/p>\n<p>[7] \u00ab SOS-Racisme est le premier mouvement de masse de l\u2019apr\u00e8s-guerre fond\u00e9 sur des r\u00e9solutions d\u2019ordre exclusivement \u00e9thique. Il ne propose aucun projet de soci\u00e9t\u00e9, ne nourrit aucune ambition politique. Ses adh\u00e9rents, pour la plupart des jeunes, ne se font gu\u00e8re d\u2019illusions sur l\u2019\u00e9tat du monde, [\u2026].Ils ne croient pas davantage aux promesses d\u2019un monde lointain \u00bb, Marek Halter, La main ouverte, Le Monde, 16 juin 1985 (cit\u00e9 par P. Juhem).<\/p>\n<p>[8] \u00ab \u00c0 la fin de 1984, il n\u2019y a pas d\u2019organisation nationale ou de porte-parole qui puisse revendiquer repr\u00e9senter l\u2019ensemble des \u00ab jeunes issus de l\u2019immigration \u00bb. Lorsque SOS-Racisme appara\u00eet les journalistes peuvent, sans risque d\u2019\u00eatre d\u00e9mentis, faire de l\u2019association l\u2019h\u00e9riti\u00e8re des \u00ab marches \u00bb et la repr\u00e9sentante naturelle des \u00ab beurs \u00bb. \u00bb Ibidem.<\/p>\n<div class=\"contenu-principal\">\n<div class=\"cartouche\">\n<h4 class=\"h1 crayon article-titre-748 \" style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a08 mai 1945\u00a0: jour de f\u00eate, jour de deuil\u00a0\u00bb<\/h4>\n<p class=\"crayon article-soustitre-748 soustitre\">Pass\u00e9\u00a0\/\u00a0Pr\u00e9sent,\u00a0M\u00e9moire\u00a0\/\u00a0Histoire<\/p>\n<p class=\"info-publi\"><span class=\"auteurs\">par\u00a0<span class=\"vcard author\">Sadri Khiari<\/span><\/span><br \/>\n<abbr class=\"published\" title=\"2008-05-02T23:22:00Z\">3 mai 2008<\/abbr><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"crayon article-chapo-748 chapo\">\n<p><strong>\u00c0 l\u2019occasion de la quatri\u00e8me\u00a0<a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/indigenes-republique.org\/spip.php?article1249\" rel=\"external\">Marche du 8 mai<\/a>, coorganis\u00e9e cette fois-ci par les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique et une quinzaine d\u2019autres associations, nous publions un nouvel extrait du livre de Sadri Khiari,\u00a0<a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/lmsi.net\/spip.php?article521\" rel=\"external\"><i>Pour une politique de la racaille. Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes et jeunes de banlieues<\/i><\/a>, consacr\u00e9 au rapports entre pass\u00e9, pr\u00e9sent, m\u00e9moire et histoire du point de vue des personnes\u00a0<i>indig\u00e9nis\u00e9es<\/i>, c\u2019est-\u00e0-dire issues de l\u2019immigration coloniale et postcoloniale, et trait\u00e9es comme des sous-citoyen-ne-s. \u00c0 tous les discours, de droite mais aussi de gauche, qui reprochent aux militant-e-s\u00a0<i>indig\u00e8nes<\/i>\u00a0leur\u00a0<i>\u00ab\u00a0manie de la repentance\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0ou leur\u00a0<i>\u00ab\u00a0enfermement m\u00e9moriel\u00a0\u00bb<\/i>, Sadri Khiari adresse cette cinglante r\u00e9ponse.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"crayon article-texte-748 texte\">\n<p><i>\u00ab\u00a0Le monde finira peut-\u00eatre par \u00e9touffer de ses vomissements, ou par crever d\u2019une overdose m\u00e9morielle. Comme s\u2019il oubliait l\u2019impossibilit\u00e9 de vivre sans oubli\u00a0\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Daniel Bensa\u00efd, Fragments m\u00e9cr\u00e9ants, \u00e9ditions Lignes, Paris, 2005,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nb1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>, \u00e9crit Daniel Bensa\u00efd. Va pour les vomissements\u00a0! L\u2019inqui\u00e9tude semble h\u00e9las plus que fond\u00e9e \u00e0 voir les horreurs que la \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb apporte au monde. Mais comment exiger de ceux qui ont tout oubli\u00e9, \u00e0 qui l\u2019on impose de tout oublier pour mieux les opprimer, de renoncer \u00e0 se souvenir\u00a0? Car, comme le remarquait Abdelmalek Sayad,<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0c\u2019est dans les moments de crise, dans les moments de plus grande rupture \u2013 et il n\u2019est pas de rupture plus grande, plus douloureuse, plus dramatique, que celle qui se traduit par l\u2019\u00e9migration hors de la terre natale et l\u2019immigration en quelque autre terre \u00e9trang\u00e8re \u2013, que l\u2019on a le plus besoin de l\u2019histoire de ses racines\u00a0; comme l\u2019histoire de la \u201cg\u00e9n\u00e9alogie\u201d ou, mieux, de l\u2019ancestralit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"A.Sayad, Histoire et recherche identitaire, \u00e9ditions Bouchene, 2002,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nb2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span><\/p>\n<p>Il s\u2019agit, pour nous indig\u00e8nes,\u00a0<i>non de magnifier<\/i>\u00a0mais de retrouver notre histoire pour nous reconna\u00eetre nous-m\u00eames. Juger le pass\u00e9 lointain avec les cat\u00e9gories juridiques et intellectuelles du pr\u00e9sent n\u2019a gu\u00e8re de sens, mais comment occulter les plaies profondes qui entaillent nos corps et nos esprits\u00a0; comment ne pas voir que ce pass\u00e9 d\u00e9termine encore nos histoires collectives et singuli\u00e8res\u00a0? Comment occulter que les si\u00e8cles d\u2019esclavage p\u00e8sent encore sur le destin du monde\u00a0?<\/p>\n<p>Le temps n\u2019est pas encore \u00e0 la\u00a0<i>\u00ab\u00a0cr\u00e9ation d\u2019une \u201cm\u00e9moire commune\u201d unificatrice\u00a0\u00bb<\/i>, comme le souhaite Alain Gresh\u00a0<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"A. Sayad, Histoire et recherche identitaire, \u00e9ditions Bouchene, 2002,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nb3\" rel=\"appendix\">3<\/a>]<\/span>, m\u00eame s\u2019il a peut \u00eatre raison d\u2019y voir la condition d\u2019une future\u00a0<i>\u00ab\u00a0r\u00e9invention d\u2019une identit\u00e9 fran\u00e7aise\u00a0\u00bb<\/i>. Il n\u2019est certainement pas au sommeil laiteux de la\u00a0<i>\u00ab\u00a0r\u00e9conciliation des c\u0153urs\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0ou \u00e0 l\u2019accouplement des\u00a0<i>\u00ab\u00a0m\u00e9moires meurtries\u00a0\u00bb<\/i>, comme peut l\u2019entendre ici et l\u00e0. Critiquant, dans\u00a0<i>Le Figaro<\/i>, l\u2019Appel des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique, Benjamin Stora affirme, quant \u00e0 lui, qu\u2019il s\u2019agit d\u00e9sormais d\u2019\u00a0<i>\u00ab\u00a0entrer dans la souffrance de l\u2019autre\u00a0\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Entrer dans la souffrance de l\u2019autre\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0!<\/p>\n<p>Pfff\u2026\u00a0!!!<\/p>\n<p>Nous n\u2019irons pas d\u00e9poser une gerbe sur la tombe des pauvres bougres que la R\u00e9publique a envoy\u00e9 se faire tuer en Indochine quand bien m\u00eame, en \u00e9change, des fleurs r\u00e9publicaines seraient offertes en hommage aux Vietnamiens morts au combat. Toutes les histoires ne se valent pas. \u00c0 la France d\u2019admettre enfin que Di\u00ean Bien Ph\u00fb est sa propre victoire puisqu\u2019elle est une victoire contre le colonialisme. Le v\u00e9ritable universalisme est l\u00e0.<\/p>\n<p><strong>Reconstruire nos identit\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p><span class=\"spip_document_109 spip_documents spip_documents_center\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lmsi.net\/local\/cache-vignettes\/L220xH314\/bonne_affiche-f650d.jpg?1551753567\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"314\" \/><\/span><\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019histoire coloniale que reproduit constamment la r\u00e9publique, une histoire excluante et stigmatisante, il s\u2019agit d\u2019opposer aujourd\u2019hui une autre lecture de l\u2019histoire qui reconnaisse l\u2019histoire des vaincus et nous r\u00e9ins\u00e8re dans l\u2019histoire du monde.\u00a0<i>\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire l\u00e9gitime est un pouvoir qu\u2019il s\u2019agit maintenant de s\u2019approprier\u00a0\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Abedellali Hajjat, \u00ab Les enjeux de la m\u00e9moire de l\u2019immigration en France\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nb4\" rel=\"appendix\">4<\/a>]<\/span>, \u00e9crit justement Abdelalli Hajjat qui anime le collectif lyonnais \u00ab\u00a0Ici et l\u00e0-bas\u00a0\u00bb. Contre la\u00a0<i>\u00ab\u00a0m\u00e9moire assimil\u00e9e, bris\u00e9e et ambivalente\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"Idem\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nb5\" rel=\"appendix\">5<\/a>]<\/span>, nos identit\u00e9s sont \u00e0 reconstruire non \u00e0 d\u00e9terrer ou \u00e0 \u00ab\u00a0purifier\u00a0\u00bb. La \u00ab\u00a0r\u00e9invention\u00a0\u00bb de l\u2019Islam \u00e0 laquelle certains s\u2019attachent, quitte \u00e0 en id\u00e9aliser l\u2019histoire, proc\u00e8de de cette m\u00eame volont\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019histoire \u00e0 reconqu\u00e9rir est aussi l\u2019histoire des parents immigr\u00e9s.\u00a0<i>\u00ab\u00a0La colonisation, c\u2019est le p\u00e8re vaincu et le moi humili\u00e9\u00a0\u00bb<\/i>, \u00e9crivait avec justesse Jacques Berque. Dans son bilan de la p\u00e9riode des Marches, Sa\u00efd Bouamama a montr\u00e9, quant \u00e0 lui, comment\u00a0<i>\u00ab\u00a0les m\u00e9dias et le monde politique, en s\u2019emparant du vocable \u201cbeur\u201d, l\u2019orientent vers une signification de rupture d\u2019avec la g\u00e9n\u00e9ration des parents.\u00a0\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh6\" class=\"spip_note\" title=\"S.Bouamama, op.cit., p.23\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nb6\" rel=\"appendix\">6<\/a>]<\/span>.\u00a0<i>\u00ab\u00a0L\u2019histoire de l\u2019immigration est frapp\u00e9e d\u2019indignit\u00e9\u00a0\u00bb<\/i>, note \u00e0 son tour Abdellali Hajjat<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh7\" class=\"spip_note\" title=\"Abedellali Hajjat, Immigration postcoloniale et m\u00e9moire, L\u2019Harmattan, 2005,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nb7\" rel=\"appendix\">7<\/a>]<\/span>\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Nos parents n\u2019existent pas historiquement. On a ainsi l\u2019impression d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne spontan\u00e9, ces indig\u00e8nes devenus immigr\u00e9s apparaissent quasiment de nulle part, pour travailler, et uniquement pour travailler (\u2026) Nous avons, tous, ces souvenirs de r\u00e9unions de famille au bled o\u00f9 l\u2019on ne conna\u00eet pas la moiti\u00e9 des membres tellement ils sont nombreux. On conna\u00eet rarement nos liens de parent\u00e9 avec un tel ou une telle. Qui d\u2019entre les h\u00e9ritiers conna\u00eet l\u2019histoire du pays d\u2019origine de leurs parents\u00a0? Pourquoi ceux-ci se sont exil\u00e9s (car il s\u2019agit bien d\u2019exil)\u00a0? Comment sont-ils venus en France\u00a0? Quel accueil ont-ils re\u00e7u\u00a0? Comment ont-ils v\u00e9cu les guerres d\u2019ind\u00e9pendance\u00a0? Il n\u2019est pas rare qu\u2019un enfant ne sache pas que sa m\u00e8re ou son p\u00e8re ait particip\u00e9 activement \u00e0 la lutte d\u2019ind\u00e9pendance. (\u2026) Chaque g\u00e9n\u00e9ration semble avoir v\u00e9cu une exp\u00e9rience propre, mais sans qu\u2019une transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle n\u2019ait r\u00e9ellement eu lieu.\u00a0\u00bb<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh8\" class=\"spip_note\" title=\"Abedellali Hajjat, \u00ab Les enjeux de la m\u00e9moire de l\u2019immigration en France \u00bb,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nb8\" rel=\"appendix\">8<\/a>]<\/span><\/p>\n<p>Abdellali Hajjat appelle \u00e0 restaurer la communication, \u00e0 remplir les vides de la m\u00e9moire, \u00e0\u00a0<i>\u00ab\u00a0construire ce qui est ni\u00e9, \u00e0 \u00e9clairer les zones d\u2019ombres (et il y en a) de l\u2019histoire de l\u2019immigration, et la restituer\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Pour que nous soyons fiers de nos parents. Ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 ces ouvriers qui baissent constamment la t\u00eate. Ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 des mis\u00e9rables. Ils se sont battus, pour leur pays d\u2019origine, pour leur vie, mais surtout, pour leurs enfants. Beaucoup nous disent que c\u2019est ce qu\u2019il leur reste. Les h\u00e9ritiers de l\u2019immigration post-coloniale doivent \u00eatre fiers d\u2019eux, et \u00eatre dignes de leur h\u00e9ritage.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Un imp\u00e9ratif incompr\u00e9hensible pour la gauche qui \u00ab\u00a0hait la famille\u00a0\u00bb. Elle reste perplexe devant cette formule inscrite sur l\u2019affiche des Indig\u00e8nes de la r\u00e9publique annon\u00e7ant la Marche du 8 mai 2005\u00a0:<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Nos p\u00e8res, nos m\u00e8res, ont \u00e9t\u00e9 humili\u00e9s\u2026\u00a0\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>Les indig\u00e8nes comm\u00e9morent d\u2019abord pour rendre hommage \u00e0 leurs morts. A tous ceux, de Madagascar, du S\u00e9n\u00e9gal, de Tunisie et d\u2019ailleurs, massacr\u00e9s par les troupes coloniales. Comm\u00e9morer, c\u2019est se rem\u00e9morer\u00a0; c\u2019est redonner vie \u00e0 ces morts\u00a0; c\u2019est r\u00e9habiliter leur combat\u00a0; c\u2019est rendre aux morts leur dignit\u00e9\u00a0; c\u2019est leur rendre justice. Comm\u00e9morer, c\u2019est effacer symboliquement leurs douleurs\u00a0; c\u2019est transformer les victimes en h\u00e9ros. Les indig\u00e8nes refusent d\u2019oublier parce qu\u2019oublier serait rendre inutiles ces morts. Oublier serait assassiner une seconde fois les manifestants du 17 octobre.<\/p>\n<p>Nous ne cultivons pas le culte des anc\u00eatres et des morts mais nous leur sommes attach\u00e9s. Du point de vue de la raison mat\u00e9rialiste et abstraite, rien ne le justifie\u00a0? Ce serait absurde\u00a0? Du point de vue de la raison sociale, morale, historique, affective, tout le rend n\u00e9cessaire au contraire. Le lien qui nous rattache \u00e0 ces morts, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 leur histoire, fait partie du lien qui nous rattache \u00e0 la vie, aux autres du temps pr\u00e9sent, et \u00e0 ceux qui viendront.<\/p>\n<p>Valeurs obsol\u00e8tes voire r\u00e9actionnaires et teint\u00e9es de religiosit\u00e9\u00a0? Peut-\u00eatre du point de vue de la civilisation capitaliste mat\u00e9rialiste et de ces gauches qui en proc\u00e8dent jusqu\u2019\u00e0 la caricature, croyant mener jusqu\u2019au bout le \u00ab\u00a0d\u00e9senchantement du monde\u00a0\u00bb. Mais les indig\u00e8nes ne pensent pas que les morts sont morts et \u00ab\u00a0qu\u2019ils cr\u00e8vent\u00a0!\u00a0\u00bb. Loin d\u2019\u00eatre un rite creux et a-politique, l\u2019hommage rendu aux morts est un rite (mais doit-on se d\u00e9barrasser des rites pour \u00eatre libres\u00a0?), un rite politique\u00a0<i>et<\/i>\u00a0spirituel\u00a0\u2013\u00a0oui, spirituel\u00a0! Le Myst\u00e8re\u00a0! Les indig\u00e8nes sont \u00e9mus quand ils pensent \u00e0 leurs morts et les morts sont \u00e9mus quand les indig\u00e8nes pensent \u00e0 eux\u00a0; tant pis pour ceux qui jugent que c\u2019est ridicule\u00a0!<\/p>\n<p>Rendre hommage \u00e0 ces morts, c\u2019est perp\u00e9tuer leur souvenir, c\u2019est les continuer\u00a0; c\u2019est transformer ces morts en acteurs des luttes actuelles qui sont le prolongement de leurs propres combats. Nul esprit de revanche. Ni \u00ab\u00a0paix des braves\u00a0\u00bb ni \u00ab\u00a0r\u00e9conciliation\u00a0\u00bb. Transformer le monde. Pour s\u2019y sentir bien, tout simplement.<\/p>\n<p>La Marche du 8 mai 2005 n\u2019a donc pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue comme une simple comm\u00e9moration des carnages de S\u00e9tif et Guelma. Il ne s\u2019agissait certainement pas d\u2019exiger une quelconque repentance de la r\u00e9publique mais de pointer le paradoxe r\u00e9publicain.\u00a0<i>\u00ab\u00a08 mai 1945. Jour de f\u00eate, jour de deuil\u00a0\u00bb<\/i>, pouvait-on lire sur la banderole des Indig\u00e8nes. Jour de f\u00eate, pour la France, lib\u00e9r\u00e9e enfin de l\u2019occupation nazie\u00a0; jour de deuil pour les colonis\u00e9s alg\u00e9riens, an\u00e9antis par milliers pour avoir manifest\u00e9 contre l\u2019occupation fran\u00e7aise. Jour de deuil pour l\u2019ensemble des colonis\u00e9s. L\u2019inf\u00e2me r\u00e9gime de Vichy balay\u00e9, les soldats de la R\u00e9publique retrouvent leur hargne colonialiste \u00e0 Madagascar et ailleurs.<\/p>\n<p>En sollicitant d\u2019autres mouvements de lutte de l\u2019immigration ou des mouvements engag\u00e9s contre le n\u00e9o-colonialisme dans leurs propres pays, les Indig\u00e8nes de la r\u00e9publique ont tent\u00e9 de mettre en lien ces \u00e9v\u00e9nements du pass\u00e9 et les \u00e9v\u00e9nements du pr\u00e9sent. Contre le m\u00e9moriel tremp\u00e9 dans le formol, il s\u2019agit d\u2019historiciser et de contextualiser le racisme sp\u00e9cifique dont sont victimes les personnes issues de l\u2019immigration, pour ouvrir la voie \u00e0 un futur o\u00f9 l\u2019on puisse affirmer\u00a0: l\u2019indig\u00e9nat n\u2019existe plus.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"ps\">\n<h2 class=\"h2\">p.-s.<\/h2>\n<div class=\"crayon article-ps-748 surlignable\">\n<p>La Marche 2008 contre la r\u00e9publique raciste et coloniale aura lieu le 8 mai prochain \u00e0 Paris, m\u00e9tro Barb\u00e8s.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<h2 class=\"h2 pas_surlignable\">notes<\/h2>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nh1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Daniel Bensa\u00efd, Fragments m\u00e9cr\u00e9ants, \u00e9ditions Lignes, Paris, 2005, p.10<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nh2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>A.Sayad,\u00a0<i>Histoire et recherche identitaire,<\/i>\u00a0\u00e9ditions Bouchene, 2002, p.11<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nh3\" rev=\"appendix\">3<\/a>]\u00a0<\/span>A. Sayad,\u00a0<i>Histoire et recherche identitaire,<\/i>\u00a0\u00e9ditions Bouchene, 2002, p.11<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nh4\" rev=\"appendix\">4<\/a>]\u00a0<\/span>Abedellali Hajjat,\u00a0<a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/icietlabas.lautre.net\/article.php3?id_article=44\" rel=\"external\">\u00ab\u00a0Les enjeux de la m\u00e9moire de l\u2019immigration en France\u00a0\u00bb<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nh5\" rev=\"appendix\">5<\/a>]\u00a0<\/span>Idem<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb6\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 6\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nh6\" rev=\"appendix\">6<\/a>]\u00a0<\/span>S.Bouamama, op.cit., p.23<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb7\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 7\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nh7\" rev=\"appendix\">7<\/a>]\u00a0<\/span>Abedellali Hajjat,\u00a0<i>Immigration postcoloniale et m\u00e9moire,<\/i>\u00a0L\u2019Harmattan, 2005, Paris, p. 90<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb8\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 8\" href=\"https:\/\/lmsi.net\/8-mai-1945-jour-de-fete-jour-de#nh8\" rev=\"appendix\">8<\/a>]\u00a0<\/span>Abedellali Hajjat, \u00ab\u00a0Les enjeux de la m\u00e9moire de l\u2019immigration en France\u00a0\u00bb, op.cit<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"notes surlignable\">\n<div id=\"nb10\">\n<blockquote>\n<h4 class=\"entry-title\" style=\"text-align: left;\">Note de lecture des livres : Pour une politique de la racaille : immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes et jeunes de banlieues; La contre-r\u00e9volution coloniale en France : de de Gaulle \u00e0 Sarkozy; Nous sommes les indig\u00e8nes de la R\u00e9publique<\/h4>\n<\/blockquote>\n<div class=\"entry-meta\"><span class=\"meta-prep meta-prep-author\">Publi\u00e9 le<\/span>\u00a0<a title=\"23 h 42 min\" href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/note-de-lecture-des-livres-pour-une-politique-de-la-racaille-immigre-e-s-indigenes-et-jeunes-de-banlieues-la-contre-revolution-coloniale-en-france-de-de-gaulle-a-sarkozy-nous-sommes-les-indig\/\" rel=\"bookmark\"><span class=\"entry-date\">3 mai 2013<\/span><\/a>\u00a0<span class=\"meta-sep\">par<\/span>\u00a0<span class=\"author vcard\"><a class=\"url fn n\" title=\"Afficher tous les articles par R\u00e9daction\" href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/author\/redaction\/\">Samia Moucharik<\/a><\/span><\/div>\n<div class=\"post-thumbnail\"><\/div>\n<p><em>Nous republions, avec l\u2019aimable autorisation de l\u2019auteure et de la revue Soci\u00e9t\u00e9 Migrations, une note de lecture de nos textes par Samia Moucharik initialement paru dans le<a href=\"http:\/\/www.revues-plurielles.org\/php\/index.php?nav=revue&amp;no=16&amp;sr=2&amp;no_dossier=146&amp;aff=sommaire.\"> num\u00e9ro 146 de la revue Migrations Soci\u00e9t\u00e9\u00a0<\/a><\/em><\/p>\n<p><em>La R\u00e9daction<\/em><\/p>\n<div class=\"entry-content\">\n<p>La publication \u00e0 l\u2019automne 2012 de l\u2019ouvrage\u00a0<em>Nous sommes les indig\u00e8nes de la R\u00e9publique<\/em>\u00a0nous donne l\u2019occasion de nous plonger dans les textes publi\u00e9s depuis 2005, date de sa cr\u00e9ation, par le Mouvement des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique (MIR), devenu le Parti des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique (PIR) apr\u00e8s la modification de ses statuts en 2010. L\u2019ensemble des textes r\u00e9unis dans ce recueil \u00e9mane d\u2019une organisation qui se veut une expression politique des \u00e9trangers et des Fran\u00e7ais li\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire des immigrations postcoloniales<em>([Maghr\u00e9bines, africaines, antillaises.)<\/em>]. Cette expression politique se constitue \u00e0 partir de la critique de la pens\u00e9e \u00e9labor\u00e9e par l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais \u2013 qu\u2019elle soit formul\u00e9e ou implicite \u2013 \u00e0 l\u2019endroit de ces populations. Les deux th\u00e8ses fondatrices de la pens\u00e9e du MIR\/PIR(<em>Le rappel du double sigle sera utilis\u00e9 lorsqu\u2019il sera question de l\u2019organisation depuis sa cr\u00e9ation, ind\u00e9pendamment de son statut. En revanche, le sigle simple correspondra \u00e0 la s\u00e9-quence propre \u00e0 l\u2019organisation.<\/em>) posent, d\u2019une part, l\u2019existence d\u2019un racisme d\u2019\u00c9tat qui irriguerait toutes ses politiques et, d\u2019autre part, le caract\u00e8re consubstantiel de ce racisme \u00e0 la R\u00e9publique, \u00e0 son histoire, son id\u00e9ologie, ses institutions. Le nom que les fondateurs du MIR\/PIR ont choisi pour leur organisation rend compte pr\u00e9cis\u00e9ment, tant par le nom \u201cindig\u00e8ne\u201d que par la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la \u201cR\u00e9publique\u201d, de leur subjectivation politique singuli\u00e8re, qui se constitue clairement dans un face \u00e0 face avec l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>La publication de ce recueil de textes \u2013 aussi bien de nature th\u00e9orique que relatifs \u00e0 des interventions portant sur une situation ou un d\u00e9bat \u2013 rappelle le nombre important d\u2019\u00e9crits du MIR\/PIR depuis sa cr\u00e9ation. C\u2019est ainsi que le geste fondateur du MIR, qui lui a permis de faire effraction dans le champ politique fran\u00e7ais, a justement \u00e9t\u00e9 la r\u00e9daction d\u2019un appel, d\u2019ailleurs repris comme titre de cet ouvrage collectif. Celui-ci reprend des textes publi\u00e9s depuis 2005, entre autres, dans le journal\u00a0<em>L\u2019Indig\u00e8ne de la R\u00e9publique<\/em>\u00a0ou sur le site internet de l\u2019organisation, \u00e9crits au nom du MIR\/PIR ou par des membres et sympathisants en leur nom propre. Outre cet ensemble de textes, Sadri Khiari, membre fondateur, a lui-m\u00eame publi\u00e9 deux ouvrages en 2006 et 2009, certes en son nom propre, mais qui participent \u00e9galement \u00e0 la r\u00e9flexion politique de l\u2019organisation : il s\u2019agit respectivement de\u00a0<em>Pour une politique de la racaille : immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes et jeunes de banlieues et de La contre-r\u00e9volution coloniale en France : de de Gaulle \u00e0 Sarkozy.<\/em><\/p>\n<p>S\u2019int\u00e9resser \u00e0 une organisation politique suppose pr\u00e9alablement de saisir la pens\u00e9e qu\u2019elle forge et qu\u2019elle met en \u0153uvre, et cela \u00e0 partir de ses cat\u00e9gories et de ses \u00e9nonc\u00e9s. Ce pr\u00e9 requis s\u2019impose davantage concernant le MIR\/PIR, car l\u2019\u00e9laboration et la syst\u00e9matisation d\u2019une pens\u00e9e politique constituent l\u2019enjeu majeur, voire prioritaire, de cette organisation. L\u2019importance num\u00e9rique des textes t\u00e9moigne du fait que son activit\u00e9 principale consiste justement \u00e0 produire une pens\u00e9e politique qui se d\u00e9ploie dans l\u2019ensemble de ses \u00e9crits. Cette production constitue \u00e0 nos yeux la sp\u00e9cificit\u00e9 de cette organisation, mais nous reviendrons sur ce point d\u00e9terminant.<\/p>\n<p>Une note de lecture sur ces trois ouvrages constitue justement un cadre, certes limit\u00e9 mais exigeant, permettant de saisir la pens\u00e9e du PIR. Les deux ouvrages de Sadri Khiari \u2013 proposant une coh\u00e9rence interne \u2013 ainsi que les textes th\u00e9oriques publi\u00e9s dans\u00a0<em>Nous sommes les indig\u00e8nes de la R\u00e9publique<\/em>\u00a0en constituent le mat\u00e9riau. Enfin, nous serons amen\u00e9e au pr\u00e9alable \u00e0 discuter des interpr\u00e9tations sociologiques sur le MIR\/PIR formul\u00e9es par d\u2019autres chercheurs.<\/p>\n<p><b>Les \u00e9cueils \u00e9vitables : le travail de lecture comme rempart \u00e0 toute analyse d\u00e9politisante<\/b><\/p>\n<p>Outre l\u2019enjeu mentionn\u00e9 consistant \u00e0 saisir la pens\u00e9e politique du PIR, notre analyse vise \u00e0 entamer un travail de lecture jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent manquant. Les \u00e9crits du PIR sont en effet tenus dans l\u2019ombre par des chercheurs travaillant pourtant sur des questions trait\u00e9es politiquement par cette organisation \u2013 les politiques \u00e9tatiques concernant les \u201cimmigr\u00e9s\u201d, les \u201cjeunes des banlieues\u201d, les \u201csans-papiers\u201d<em>([Termes que nous pla\u00e7ons entre guillemets car ils correspondent \u00e0 des cat\u00e9gories, certes se pr\u00e9sentant comme descriptives, mais investies par des discours de l\u2019\u00c9tat.)<\/em>] \u2013 ou bien encore sur les subjectivit\u00e9s de ceux d\u00e9sign\u00e9s par ces cat\u00e9gories(<em>Sans doute subjectiv\u00e9es autrement ou pas du tout par ceux-l\u00e0 m\u00eames qui sont d\u00e9sign\u00e9s par ces cat\u00e9gories.<\/em>) . Une telle ignorance n\u2019appara\u00eet pas l\u00e9gitime au regard tant de l\u2019ensemble des textes publi\u00e9s que de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 porter \u00e0 une subjectivation politique singuli\u00e8re des ann\u00e9es 2000-2010, issue de militants se r\u00e9clamant de l\u2019immigration postcoloniale<em>([Il ne s\u2019agit pas de soutenir que le PIR est repr\u00e9sentatif des subjectivit\u00e9s des \u00e9trangers et des Fran\u00e7ais issus des immigrations postcoloniales.)<\/em>] .<\/p>\n<p>L\u2019ignorance des textes ne signifie pas que le MIR\/PIR n\u2019ait pas donn\u00e9 lieu \u00e0 des analyses d\u00e9velopp\u00e9es par des chercheurs en sciences sociales. Simplement, l\u2019absence d\u2019une lecture conjugu\u00e9e \u00e0 l\u2019inscription des analyses dans des probl\u00e9matiques plus larges conduit \u00e0 des interpr\u00e9tations qui sont enti\u00e8rement sous la coupe de ces probl\u00e9matiques. Nous avons ainsi pu rep\u00e9rer des lectures r\u00e9ductrices, abusives, voire des contresens. Ce que nous discutons n\u2019est nullement le fait que les chercheurs, abordant cette organisation politique \u00e0 partir de leurs probl\u00e9matiques, puissent aboutir \u00e0 leurs propres conclusions, disjointes de l\u2019intellectualit\u00e9 du MIR\/PIR, mais en revanche, il nous semble discutable que leurs conclusions n\u2019aient pas donn\u00e9 lieu \u00e0 une confrontation avec les cat\u00e9gories et les \u00e9nonc\u00e9s du PIR, ce qui aurait suppos\u00e9 leur analyse pr\u00e9alable(<em>C\u2019est le cas des interpr\u00e9tations donn\u00e9es par Emmanuel Jovelin ou par Romain Bertrand. Voir JOVELIN, Emmanuel, \u201cAmbigu\u00eft\u00e9s de l\u2019antiracisme. Retour sur quelques associations mili-tantes\u201d, Le Sociographe, n\u00b0 34, janvier 2011, pp. 25-35 ; BERTRAND, Romain, M\u00e9moires d\u2019empire : la controverse autour du \u201cfait colonial\u201d, Bellecombe-en-Bauges : \u00c9d. du Croquant, 2006, 221 p., et plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u201cLes \u2018collectifs m\u00e9moriels\u2019. La d\u00e9finition inachev\u00e9e des identit\u00e9s victimaires\u201d, pp. 147-166. En opposition avec ce que soutient le MIR\/PIR sur lui-m\u00eame, Emmanuel Jovelin qualifie cette organisation de \u00ab groupe ethnique \u00bb, alors que Romain Bertrand la r\u00e9duit \u00e0 un \u00ab collectif m\u00e9moriel \u00bb.<\/em>) . \u00c0 notre sens, ces analyses renseignent bien plus sur les projections des chercheurs que sur la pens\u00e9e du MIR\/PIR elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Cette absence de lecture t\u00e9moigne, certes, de peu de rigueur intellectuelle, mais elle manifeste surtout une approche des organisations politiques g\u00e9n\u00e9ralement admise, qui consiste \u00e0 minorer, voire \u00e0 n\u00e9gliger leur pens\u00e9e politique. Dans le cas pr\u00e9cis du MIR\/PIR, cette approche d\u00e9politisante prend deux formes : une approche sociologique centr\u00e9e sur les militants et une focalisation exclusive sur la rh\u00e9torique, toutes deux pr\u00e9sentes dans un article d\u2019Abdellali Hajjat(<em>Cf. HAJJAT, Abdellali, \u201cR\u00e9volte des quartiers populaires, crise du militantisme et post-colonialisme\u201d, in : BOUBEKER, Ahmed ; HAJJAT, Abdellali (sous la direction de), Histoire poli-tique des immigrations (post)coloniales en France, 1920-2008, Paris : \u00c9d. Amsterdam, 2008, pp. 249-264. A. Hajjat s\u2019interroge sur les facteurs politiques et sociaux ayant emp\u00each\u00e9 la structuration d\u2019un espace politique dans les quartiers populaires \u00e0 la suite des r\u00e9voltes de 2005.<\/em>) . Du point de vue de celui-ci, l\u2019\u00e9mergence du MIR s\u2019op\u00e8re alors que l\u2019organisation ne dispose d\u2019aucun ancrage dans les quartiers populaires et que la construction de sa l\u00e9gitimit\u00e9 rel\u00e8ve principalement de logiques m\u00e9diatiques. Ainsi, si A. Hajjat note que les activit\u00e9s publiques du MIR sont essentiellement la production d\u2019\u00e9crits et de discours, il ne les consid\u00e8re pas pour eux-m\u00eames comme point de d\u00e9part d\u2019une analyse de leurs propositions. L\u2019auteur \u00e9vacue les textes en les consid\u00e9rant comme le r\u00e9sultat de la conversion d\u2019un fort capital scolaire et culturel<em>([Ainsi qu\u2019un sentiment de d\u00e9classement.)<\/em>] de la part de militants, appr\u00e9hend\u00e9s comme des \u201centrepreneurs\u201d.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas pour nous d\u2019invalider une telle approche sociologique, mais de la critiquer si elle se pr\u00e9sente, comme c\u2019est le cas en l\u2019occurrence, de mani\u00e8re exclusive, donc se passant d\u2019un travail de lecture de ces textes. Cette approche sociologisante centr\u00e9e sur les militants fondateurs s\u2019accompagne de la focalisation sur la dimension rh\u00e9torique de leurs productions intellectuelles et politiques. Consid\u00e9rant la seule existence de discours, A. Hajjat interpr\u00e8te les termes \u201cindig\u00e8ne\u201d, \u201ccontinuum colonial\u201d, \u201cchamp politique blanc\u201d comme relevant de la n\u00e9cessit\u00e9 de faire \u00ab\u00a0<em>preuve d\u2019innovation discursive pour \u201cse maintenir dans la radicalit\u00e9\u201d, en inventant des n\u00e9ologismes\u00a0(\u2026)\u00a0et de nouveaux slogans<\/em>(<em>HAJJAT, Abdellali, \u201cR\u00e9volte des quartiers populaires, crise du militantisme et post-colonialisme\u201d, art. cit\u00e9, p. 258.<\/em>)\u00bb . La production de discours et ce qu\u2019il identifie comme une surench\u00e8re lexicale ne se comprennent que dans la vis\u00e9e de \u201cmilitants entrepreneurs\u201d cherchant \u00e0 se distinguer dans le champ politique en exploitant leurs ressources et comp\u00e9tences. La pr\u00e9sence et l\u2019importance de la dimension rh\u00e9torique dans les textes du MIR\/PIR ne peuvent certes \u00eatre n\u00e9glig\u00e9es ; en revanche, sont contestables aussi bien la focalisation sur le seul discours qu\u2019op\u00e8re A. Hajjat que son interpr\u00e9tation quant au r\u00f4le que ce discours rev\u00eatirait pour l\u2019organisation, \u00e0 savoir se distinguer dans le champ politique. Une lecture des textes suffirait pour comprendre qu\u2019\u201cindig\u00e8ne\u201d ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une \u201cinvention rh\u00e9torique\u201d, mais \u00e0 un statut de cat\u00e9gorie relevant d\u2019une pens\u00e9e, de m\u00eame qu\u2019elle permettrait de saisir le r\u00f4le du discours chez le MIR\/PIR.<\/p>\n<p>La production d\u2019une rh\u00e9torique politique a sa propre logique : pour le PIR, il s\u2019agit de la volont\u00e9 manifeste de se pr\u00e9senter insolent, provocateur. Pour ce faire, la rh\u00e9torique repose sur un vocabulaire et un ton ad\u00e9quats. L\u2019insolence revendiqu\u00e9e par le PIR et soulign\u00e9e par ses commentateurs trouve sa raison d\u2019\u00eatre tout d\u2019abord dans la volont\u00e9 de d\u00e9roger \u00e0 la politesse et \u00e0 la r\u00e9serve attendues des \u00e9trangers<em>([\u00c9voqu\u00e9e par Abdelmalek Sayad.)<\/em>]. Elle se pr\u00e9sente surtout en coh\u00e9rence avec la pens\u00e9e \u00e9labor\u00e9e par le PIR, qui se veut en rupture avec la pens\u00e9e et les cat\u00e9gories d\u2019\u00c9tat<em>([Il ne s\u2019agit pas de nier le lien qu\u2019elle entretient avec les id\u00e9es, mais dans le cadre de cette note de lecture, son \u00e9tude n\u2019est pas n\u00e9cessaire. Sans compter le fait qu\u2019elle exige des m\u00e9thodes et des outils sp\u00e9cifiques.)<\/em>] . De ce fait, un nouveau vocabulaire est mis en circulation, qui peut para\u00eetre alors provocateur. De plus, il faut reconna\u00eetre, que du fait de la double dimension des mots \u2013 supports d\u2019une pens\u00e9e et d\u2019une rh\u00e9torique -la rh\u00e9torique invent\u00e9e par le MIR\/PIR constitue un \u00e9cran emp\u00eachant d\u2019identifier des id\u00e9es, l\u2019exemple le plus frappant \u00e9tant celui du mot \u201cindig\u00e8ne\u201d comportant ind\u00e9niablement une charge de provocation ; or, sous peine de contre-sens et d\u2019oblit\u00e9rer son statut de cat\u00e9gorie, il doit \u00e9galement \u00eatre analys\u00e9. Seule une lecture pr\u00eatant attention aux mots, aux \u00e9nonc\u00e9s et d\u00e9pourvue d\u2019a priori quant au sens des mots autorise ce travail. Il ne suffit pas de constater \u2013 le plus souvent pour le juger \u2013 le r\u00e9investissement d\u2019une cat\u00e9gorie historique et d\u2019y voir une charge provocatrice. Ce qui nous semble le plus int\u00e9ressant \u2013 et le plus rigoureux \u2013 est de saisir sa profondeur intellectuelle et politique, qui ne peut \u00eatre exhum\u00e9e que par une analyse \u201cen int\u00e9riorit\u00e9\u201d supposant de saisir le sens des cat\u00e9gories en les mettant en rapport les unes avec les autres. C\u2019est ce que nous proposons ici, en nous int\u00e9ressant aux cat\u00e9gories \u201cIndig\u00e8ne\u201d, \u201cBlanc\u201d et \u201cpostcolonialisme\u201d.<\/p>\n<p><b>Quelques caract\u00e9ristiques sur l\u2019\u00e9criture<\/b><\/p>\n<p>Au pr\u00e9alable, nous aimerions rendre compte de quelques caract\u00e9ristiques des textes th\u00e9oriques r\u00e9unis dans\u00a0<em>Nous sommes les indig\u00e8nes de la R\u00e9publique<\/em>\u00a0du PIR, ainsi que des ouvrages\u00a0<em>Pour une politique de la racaille<\/em>\u00a0et\u00a0<em>La contre-r\u00e9volution coloniale<\/em>\u00a0en France de Sadri Khiari, caract\u00e9ristiques qui tiennent \u00e0 leur nature politique. Ces remarques concernent davantage l\u2019\u00e9criture. Si elles n\u2019\u00e9puisent pas la pr\u00e9sentation des textes, elles en donnent n\u00e9anmoins un aper\u00e7u.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, coexistent une profondeur r\u00e9flexive et la dimension rh\u00e9torique d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9e. \u00c0 notre avis, cette coexistence rend d\u2019ailleurs la lecture parfois jubilatoire, en tout cas stimulante. Ainsi, tout en ayant le souci d\u2019exposer clairement une pens\u00e9e et des points de vue, le ton se pr\u00e9sente libre, v\u00e9h\u00e9ment, ironique, l\u2019humour \u00e9tant extr\u00eamement pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Une autre caract\u00e9ristique : de tr\u00e8s nombreux textes, singuli\u00e8rement ceux de S. Khiari, rendent compte de multiples et h\u00e9t\u00e9roclites lectures effectu\u00e9es au service des r\u00e9flexions sur des situations ou des questions politiques. Nous lisons ainsi des auteurs qui ont beaucoup lu(<em>Ce qui est frappant est pr\u00e9cis\u00e9ment le reproche d\u2019intellectualisme utilis\u00e9 \u00e0 l\u2019endroit des mi-litants comme argument de disqualification politique. Comme si faire de la politique ne n\u00e9-cessitait pas de produire de la pens\u00e9e.<\/em>). Les analyses politiques s\u2019appuient sur de tr\u00e8s nombreuses r\u00e9f\u00e9rences universitaires, historiques ou sociologiques<em>([Le sociologue de r\u00e9f\u00e9rence \u00e9tant Abdelmalek Sayad.)<\/em>]. Quant \u00e0 la \u201cbiblioth\u00e8que politique\u201d, elle est constitu\u00e9e d\u2019ouvrages, parmi d\u2019autres, de Frantz Fanon, d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire, de James Baldwin ou de Malcolm X(<em>Contre la lecture r\u00e9ductrice d\u2019un plaquage d\u2019une situation sur une autre et d\u2019une r\u00e9importation infond\u00e9e de concepts afro-am\u00e9ricains, voir KHIARI, Sadri, Malcolm X : strat\u00e8ge de la dignit\u00e9 noire, Paris : \u00c9d. Amsterdam, 2013, 128 p.<\/em>) .<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9criture de ces textes est pens\u00e9e par l\u2019organisation comme un enjeu \u00e0 lui tout seul. Les textes th\u00e9oriques constituent en effet le lieu d\u2019\u00e9laboration des r\u00e9flexions et des strat\u00e9gies politiques. Outre la th\u00e9orisation, il s\u2019agit \u00e9galement de constituer au pr\u00e9sent une m\u00e9moire \u00e9crite des luttes ainsi que de leurs bilans et critiques, con\u00e7ue au service des g\u00e9n\u00e9rations futures. La m\u00e9moire des luttes politiques de l\u2019immigration est un enjeu d\u2019autant plus crucial qu\u2019elle fait d\u00e9faut lorsque le MIR\/PIR entend s\u2019appuyer sur l\u2019analyse d\u2019organisations et d\u2019exp\u00e9riences pass\u00e9es comme le Mouvement des travailleurs arabes (MTA), le Mouvement pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 et contre le racisme de 1983 ou le Mouvement immigration banlieues (MIB).<\/p>\n<p>Une autre caract\u00e9ristique de l\u2019\u00e9criture tient au fait que les auteurs ne cessent depuis le premier texte \u00e9crit \u00e0 la suite de l\u2019appel de 2005 d\u2019int\u00e9grer dans leurs analyses les r\u00e9ponses aux contradictions et critiques que les textes ou les d\u00e9clarations de l\u2019organisation ont suscit\u00e9 et continuent de susciter. Ainsi, la pens\u00e9e du MIR\/PIR ne cesse de s\u2019affiner de fa\u00e7on argument\u00e9e au fil des textes(<em>Ce dont la lecture de l\u2019ouvrage collectif permet de rendre compte puisque les textes re-group\u00e9s couvrent la p\u00e9riode 2005-2012.<\/em>).<\/p>\n<p>Du fait de ce dialogue avec leurs contradicteurs, mais pas seulement, les textes portent en eux les marques de l\u2019adresse. En l\u2019occurrence, le MIR\/PIR s\u2019adresse \u00e0 un certain nombre d\u2019interlocuteurs. Les contradictions qui leur sont apport\u00e9es proviennent d\u2019organisations militantes, elles-m\u00eames engag\u00e9es contre le racisme. Il s\u2019agit ici d\u2019une premi\u00e8re interlocution, directe dira-t-on. Le MIR\/PIR engage \u00e9galement, en particulier, une interlocution avec le monde de la recherche, les chercheurs travaillant \u00e0 partir de probl\u00e9matiques relevant du post-colonialisme. Une troisi\u00e8me interlocution nous semble la plus d\u00e9terminante : celle avec l\u2019\u00c9tat, du moins avec la \u00ab\u00a0<em>pens\u00e9e d\u2019\u00c9tat<\/em>(<em>Au sens o\u00f9 elle est d\u00e9finie par Abdelmalek Sayad dans \u201cImmigration et \u2018pens\u00e9e d\u2019\u00c9tat\u2019\u201d, Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n\u00b0 129, septembre 1999, pp. 5-14.<\/em>) \u00bb. Or distinguer les diff\u00e9rentes interlocutions permet d\u2019affiner l\u2019analyse des cat\u00e9gories utilis\u00e9es.<\/p>\n<p><b>La pens\u00e9e du Parti des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique appr\u00e9hend\u00e9e \u00e0 partir de quelques cat\u00e9gories<\/b><\/p>\n<p>Nous proposons donc d\u2019\u00e9clairer et d\u2019analyser s\u00e9par\u00e9ment quelques cat\u00e9gories, et cela pour des raisons de clart\u00e9 de l\u2019expos\u00e9. Mais ces cat\u00e9gories entretiennent entre elles des liens logiques, voire ins\u00e9cables, puisqu\u2019elles participent de la syst\u00e9matisation d\u2019une pens\u00e9e coh\u00e9rente.<\/p>\n<p>\u2022\u00a0<b>La cat\u00e9gorie \u201cIndig\u00e8ne\u201d<\/b><\/p>\n<p>Toute pens\u00e9e politique contemporaine se voulant \u00eatre un appui pour un projet d\u2019\u00e9mancipation doit produire une r\u00e9flexion sur la ou les cat\u00e9gorie(s) permettant de construire la subjectivation politique de ceux qui sont concern\u00e9s par ce projet. Le MIR\/PIR formule une r\u00e9flexion qui nous appara\u00eet pouss\u00e9e et stimulante quant aux cat\u00e9gories permettant de se d\u00e9signer et donc d\u2019identifier son point de vue, sa place dans un pays, son rapport au monde, ce qui est v\u00e9ritablement un premier probl\u00e8me politique.<\/p>\n<p>De ce point de vue, sans pouvoir les r\u00e9soudre d\u00e9finitivement, la cat\u00e9gorie \u201cIndig\u00e8ne\u201d permet de r\u00e9unir en son sein des contradictions in\u00e9vitables : se penser dans une autonomie intellectuelle et politique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00c9tat et de ses cat\u00e9gories, tout en n\u2019occultant pas la sp\u00e9cificit\u00e9 de la domination combattue. Ainsi la cat\u00e9gorie \u201cIndig\u00e8ne\u201d trouve-t-elle une premi\u00e8re raison d\u2019\u00eatre dans la n\u00e9cessit\u00e9 de subjectiver la politique de l\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019endroit des \u00e9trangers et des Fran\u00e7ais li\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire des immigrations postcoloniales. La requalification politique d\u2019un concept juridique et historique h\u00e9rit\u00e9 du colonialisme permet justement de sp\u00e9cifier le racisme d\u2019\u00c9tat, enracin\u00e9 dans la R\u00e9publique et sa politique coloniale. En m\u00eame temps qu\u2019elle permet de qualifier la politique de l\u2019\u00c9tat, la cat\u00e9gorie \u201cIndig\u00e8ne\u201d assure la fonction de d\u00e9voilement de cette politique qui ne se formule pas comme telle. Cette cat\u00e9gorie permet de qualifier \u00ab\u00a0<em>le statut de ceux qui ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s officiellement et r\u00e9ellement ni nationaux (avec les droits qui en d\u00e9coulent) ni \u00e9trangers([BOUTELDJA, Houria ; KHIARI, Sadri (sous la direction de), Nous sommes les indig\u00e8nes de la R\u00e9publique, op. cit., p. 83.)]\u00a0<\/em>\u00bb . Loin d\u2019\u00eatre une autod\u00e9signation reposant sur un retournement d\u2019un stigmate<em>([Avec les risques de voir confort\u00e9e la stigmatisation ou de basculer dans une essentialisation du statut de victime.)<\/em>], sa mise au jour t\u00e9moigne d\u2019une distanciation par rapport \u00e0 l\u2019\u00c9tat, puisque ce mot n\u2019appartient ni au champ politique ni m\u00eame \u00e0 celui des sciences sociales. Le r\u00e9investissement de la cat\u00e9gorie \u201cIndig\u00e8ne\u201d rend compte de la subjectivation singuli\u00e8re effectu\u00e9e par le MIR, d\u00e9prise du vocabulaire admis.<\/p>\n<p>Outre la fonction de d\u00e9voilement, cette cat\u00e9gorie permet \u00e9galement d\u2019en subvertir d\u2019autres qui, elles, circulent aussi bien dans le champ politique que dans le champ universitaire. La cat\u00e9gorie \u201cIndig\u00e8ne\u201d oblige en effet \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019usage de cat\u00e9gories qui se pr\u00e9sentent comme descriptives mais qui sont en fait politiques. Elle se pose contre les cat\u00e9gories \u201ctravailleurs immigr\u00e9s\u201d, \u201cFran\u00e7ais issus de l\u2019immigration\u201d, \u201cjeunes des banlieues\u201d, qui sont \u00ab<em>\u00a0autant de cat\u00e9gories qui nous fractionnent et, surtout, expriment notre ext\u00e9riorit\u00e9 par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise o\u00f9 nous vivons\u00a0<\/em>\u00bb . Ces cat\u00e9gories sont \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9es par le MIR\/PIR comme relevant d\u2019une probl\u00e9matisation classiste, minorant ou ignorant la dimension raciale de la domination combattue. Pr\u00e9cis\u00e9ment, la cat\u00e9gorie \u201cIndig\u00e8ne\u201d permet de rappeler la dimension racialisante de la stigmatisation. De plus, elle entend s\u2019opposer aux divisions port\u00e9es par l\u2019ensemble des cat\u00e9gories cit\u00e9es afin de construire une identification politique qui ne repose nullement sur une identit\u00e9 en tant que telle, mais sur un rapport social et politique produit par la politique de l\u2019\u00c9tat. Ce rapport qualifi\u00e9 d\u2019\u201cindig\u00e9nat\u201d se caract\u00e9rise par \u00ab\u00a0<em>l\u2019exclusion en dehors de la nation. Pas seulement de la citoyennet\u00e9, mais de la nation. La nation qui est au fondement de la R\u00e9publique est \u00e0 la fois politique et ethnico-raciale<\/em><em>([Ibidem, p. 244.)<\/em>] \u00bb . Enfin, la cat\u00e9gorie \u201cIndig\u00e8ne\u201d affirme \u00e9galement le refus de l\u2019injonction r\u00e9publicaine \u00e0 l\u2019assimilation, incarn\u00e9e par la figure du \u201ccitoyen\u201d, l\u2019envers de l\u2019\u201cindig\u00e8ne\u201d. Pour cela, cette cat\u00e9gorie rappelle, comme les cat\u00e9gories \u201cArabe\u201d, \u201cNoir\u201d ou \u201cmusulman\u201d, que si elles sont impos\u00e9es, r\u00e9ductrices, stigmatisantes, elles sont \u00e9galement porteuses de ce que le MIR\/PIR nomme la \u201cdignit\u00e9\u201d, \u00e0 savoir le refus de voir sa culture, son histoire d\u00e9valoris\u00e9es, minor\u00e9es, voire attaqu\u00e9es au nom d\u2019une conception nationale-raciale qui ne dit pas son nom.<\/p>\n<p>La cat\u00e9gorie \u201cIndig\u00e8ne\u201d qualifie donc \u00e0 la fois la politique de l\u2019\u00c9tat et les subjectivit\u00e9s de ceux qui justement refusent ce statut.<\/p>\n<p>\u2022\u00a0<b>La cat\u00e9gorie \u201cBlanc\u201d<\/b><\/p>\n<p>La cat\u00e9gorie \u201cBlanc\u201d a suscit\u00e9 autant, si ce n\u2019est davantage, de r\u00e9actions, de critiques et, en retour, de justifications dans les textes. Cette charge s\u2019explique sans doute par le fait que cette cat\u00e9gorie ne permet pas seulement de qualifier la politique de l\u2019\u00c9tat, mais d\u00e9signe la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise et les organisations politiques y compris de \u201cgauche\u201d.<\/p>\n<p>Pas plus que la cat\u00e9gorie \u201cIndig\u00e8ne\u201d, la cat\u00e9gorie \u201cBlanc\u201d n\u2019est pens\u00e9e comme une identit\u00e9. Sadri Khiari reconna\u00eet la pertinence de s\u2019interroger sur ce terme et sur les risques d\u2019ethnicisme. \u00ab\u00a0<em>Parler de Blancs, ce n\u2019est pas essentialiser le Blanc en tant que blanc\u00a0(\u2026). Le Blanc est un rapport social et non un fait naturel. Il n\u2019existe en tant que tel que comme moment d\u2019un rapport social d\u2019oppression et de lutte contre cette oppression<\/em><em>([KHIARI, Sadri, Pour une politique de la racaille, op. cit., p. 90.)<\/em>] \u00bb . \u00c0 ce titre, il appara\u00eet en totale homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 avec les cat\u00e9gories \u201cNoir\u201d ou \u201cArabe\u201d, d\u00e9signant un rapport politique. \u00ab\u00a0<em>C\u2019est bien en tant qu\u2019Arabes, que Noirs ou que musulmans que les populations issues des anciennes colonies sont discrimin\u00e9es et stigmatis\u00e9es. Ce qu\u2019il y a en face\u00a0(\u2026)\u00a0tend \u00e0 \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 dans un vocabulaire ethniciste<\/em>\u00a0\u00bb<em>([Ibidem.)<\/em>] . Cette cat\u00e9gorie t\u00e9moigne de la subversion des cat\u00e9gories admises, puisque le MIR\/PIR impose une cat\u00e9gorie qui refl\u00e8te le point de vue des \u201cIndig\u00e8nes\u201d.<\/p>\n<p>La cat\u00e9gorie \u201cBlanc\u201d, plus pr\u00e9cis\u00e9ment la cat\u00e9gorie \u201cpouvoir blanc\u201d, permet de qualifier la politique de l\u2019\u00c9tat, aussi bien celle qu\u2019il exerce dans le pays que dans le reste du monde et dans ses rapports avec les anciennes puissances coloniales et les anciennes colonies(<em>Cf. KHIARI, Sadri, La contre-r\u00e9volution coloniale en France, op. cit.<\/em>) . Elle permet aussi au MIR\/PIR d\u2019int\u00e9grer la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise et les organisations politiques \u201cde gauche\u201d dans ses ana-lyses. Ainsi, la cat\u00e9gorie \u201cBlanc\u201d d\u00e9signe le fait de faire \u00ab\u00a0<em>partie int\u00e9grante du monde blanc et \u00eatre reconnu comme tel ; c\u2019est jouir de privil\u00e8ges statutaires garantis par l\u2019\u00c9tat\u00a0<\/em>\u00bb<em>([Ibidem, p. 91.)<\/em>] .<\/p>\n<p>Cette cat\u00e9gorie permet \u00e9galement de penser le rapport avec les organisations politiques luttant contre le racisme, qui rel\u00e8vent de ce qui est nomm\u00e9 \u201cchamp politique blanc\u201d. Celui-ci, selon le MIR\/PIR, probl\u00e9matise le racisme de mani\u00e8re sociale, ce dont t\u00e9moignent les cat\u00e9gories \u201ctravailleur immigr\u00e9\u201d et \u201csans-papiers\u201d. Il peut \u00eatre alors con\u00e7u comme des r\u00e9sidus du racisme colonial ou abord\u00e9 en des termes moraux. Le MIR\/PIR s\u2019oppose \u00e0 ce racisme dit \u201cconsensuel\u201d qui est homog\u00e8ne \u00e0 la conception dite universelle de la citoyennet\u00e9 d\u00e9fendue par l\u2019\u00c9tat<em>([Pour lire une th\u00e9orisation du rapport avec le \u201cchamp politique blanc\u201d, nous renvoyons particuli\u00e8rement \u00e0 KHIARI, Sadri, Pour une politique de la racaille, op. cit.)<\/em>] . Il nous semble que cette cat\u00e9gorie permet \u00e9galement de penser l\u2019existence d\u2019une homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 subjective entre l\u2019\u00c9tat et les organisations politiques relevant de l\u2019espace parlementaire, y compris de la part de celles qui cherchent \u00e0 s\u2019en distancier au maximum.<\/p>\n<p>La cat\u00e9gorie \u201cBlanc\u201d permet donc de penser les rapports avec l\u2019\u00c9tat, mais \u00e9galement avec la soci\u00e9t\u00e9 et le champ politique.<\/p>\n<p>\u2022\u00a0<b>La cat\u00e9gorie \u201cpostcolonialisme\u201d<\/b><\/p>\n<p>Sans doute qu\u2019\u00e0 la diff\u00e9rence des deux cat\u00e9gories pr\u00e9c\u00e9dentes, celle de \u201cpostcolonialisme\u201d est moins critiqu\u00e9e, peut-\u00eatre m\u00eame est-elle consensuelle aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Pour le MIR\/PIR, elle permet de qualifier le contexte politique \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale et mondiale, qui se caract\u00e9rise par une \u00ab\u00a0<em>contre-r\u00e9volution coloniale \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale<\/em>\u00a0\u00bb, une \u00ab\u00a0<em>offensive raciale, dite r\u00e9publicaine et la\u00efque\u00a0<\/em>\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9chelle fran\u00e7aise, une \u00ab\u00a0<em>extension et radicalisation des r\u00e9sistances des populations indig\u00e9nis\u00e9es\u00a0<\/em>\u00bb<em>([BOUTELDJA, Houria ; KHIARI, Sadri (sous la direction de), Nous sommes les indig\u00e8nes de la R\u00e9publique, op. cit., p. 13.)<\/em>] . La cat\u00e9gorie \u201cpostcolonialisme\u201d permet de qualifier l\u2019\u00c9tat et sa politique, qui puise donc dans l\u2019histoire du colonialisme, tout en pr\u00e9sentant des ruptures. La domination raciale puise ses origines et son intellectualit\u00e9 dans le racisme colonial en le r\u00e9actualisant. La th\u00e8se du MIR\/PIR est que le racisme d\u2019\u00c9tat ne rel\u00e8ve pas de r\u00e9sidus de racisme qui se nicheraient dans l\u2019imaginaire et les repr\u00e9sentations collectives. Des rapports coloniaux persistent dans la pens\u00e9e au sein m\u00eame de l\u2019\u00c9tat et \u00e9galement de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. De ce fait, la cat\u00e9gorie \u201cIndig\u00e8ne\u201d prend toute sa raison d\u2019\u00eatre en lieu et place de cat\u00e9gories ne rendant pas compte de la nature de ce racisme. La cat\u00e9gorie \u201cpostcolonialisme\u201d permet \u00e9galement de revendiquer une filiation avec l\u2019histoire des luttes anticoloniales(<em>M\u00eame si, comme le note Sadri Khiari, les r\u00e9f\u00e9rences en vue de nourrir les r\u00e9flexions th\u00e9o-riques et strat\u00e9giques sont souvent en lien avec les luttes des Afro-Am\u00e9ricains.<\/em>).<\/p>\n<p>\u00c9voquer un \u00ab\u00a0<em>ordre postcolonial\u00a0<\/em>\u00bb, c\u2019est d\u00e9signer un syst\u00e8me de \u00ab<em>\u00a0s\u00e9gr\u00e9gation\u00a0<\/em>\u00bb, de \u00ab\u00a0<em>hi\u00e9rarchisation\u00a0<\/em>\u00bb, d\u2019\u00ab\u00a0<em>oppression\u00a0<\/em>\u00bb \u00e0 la fois sociales, politiques et culturelles.<\/p>\n<p>Son analyse pourrait \u00eatre encore poursuivie en \u00e9voquant l\u2019interlocution men\u00e9e par le MIR\/PIR avec les chercheurs ayant adopt\u00e9 des probl\u00e9matiques dites \u201cpostcoloniales\u201d.<\/p>\n<p>Notre conclusion servira \u00e0 sugg\u00e9rer des pistes de lecture et des questionnements qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9s dans la pr\u00e9sente note, qui se veut une invitation \u00e0 poursuivre le travail par une analyse plus approfondie des cat\u00e9gories trait\u00e9es ici et \u00e0 l\u2019\u00e9tendre \u00e0 d\u2019autres cat\u00e9gories comme celles de \u201cdignit\u00e9\u201d et d\u2019\u201cautonomie\u201d(<em>La cat\u00e9gorie \u201cpouvoir\u201d est trait\u00e9e par Matthieu Renault sur le site de Contretemps, http:\/\/www.contretemps.eu\/auteurs\/matthieu-renault<\/em>). Nous consid\u00e9rons que cette derni\u00e8re est essentielle et qu\u2019elle ne doit pas \u00eatre entendue comme une simple autonomie \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autres organisations politiques<em>([ni\u00e8re est essentielle et qu\u2019elle ne doit pas \u00eatre entendue comme une simple autonomie \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autres organisations politiques)<\/em>].<\/p>\n<p>L\u2019ensemble des textes publi\u00e9s par le MIR\/PIR pourrait donner lieu \u00e0 une lecture diachronique r\u00e9v\u00e9lant les \u00e9volutions d\u2019une pens\u00e9e en train de se constituer depuis 2005. Il serait aussi possible d\u2019analyser les prises de position sur des d\u00e9bats ou des situations pr\u00e9cises, qu\u2019ils concernent la politique fran\u00e7aise ou la politique internationale. Ce sont des pistes parmi d\u2019autres qui r\u00e9v\u00e8lent la richesse du mat\u00e9riau.<\/p>\n<p>Faire ce travail sans faire la grossi\u00e8re erreur de postuler que le PIR est repr\u00e9sentatif des subjectivit\u00e9s des \u00e9trangers et des Fran\u00e7ais li\u00e9s par la m\u00eame histoire permettrait de ne plus circonscrire le rapport \u00e0 la politique de ces derniers de mani\u00e8re norm\u00e9e et consubstantielle \u00e0 l\u2019espace politique parlementaire. Ainsi, en vue de saisir les subjectivit\u00e9s politiques des \u201cimmigr\u00e9s\u201d et de leurs descendants, les \u00e9tudes sur le rapport au vote, aux partis politiques, aux discours sont souvent privil\u00e9gi\u00e9es. Lorsque les recherches portent sur les engagements politiques, elles se limitent dans la plupart des cas \u00e0 l\u2019\u00e9tude des militants ou des \u00e9lus(<em>\u00c0 titre d\u2019exemple, \u201cRepr\u00e9sentants et repr\u00e9sent\u00e9s : \u00e9lus de la diversit\u00e9 et minorit\u00e9s visibles\u201d (dossier), Revue Fran\u00e7aise de Science Politique, vol. 60, n\u00b0 4, 2010, pp. 655-768.<\/em>). \u00c0 notre connaissance, tr\u00e8s peu d\u2019investigations sont men\u00e9es sur les subjectivit\u00e9s, \u00e0 distance des dispositifs \u00e9lectoraux, ne r\u00e9duisant pas les subjectivit\u00e9s politiques \u00e0 des r\u00e9actions aux discours et aux politiques men\u00e9es par les partis politiques. Or, le PIR propose une probl\u00e9matisation singuli\u00e8re de la politique de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019endroit des \u201cimmigr\u00e9s\u201d et de leurs descendants, en m\u00eame temps qu\u2019une \u00e9nonciation subjective construisant un \u201cnous\u201d politique \u2013 et non identitaire \u2013 in\u00e9dit. Et \u00e0 ce titre, elle ne peut \u00eatre \u00e9lud\u00e9e.<\/p>\n<p><em>Samia MOUCHARIK<\/em><\/p>\n<p>Doctorante en anthropologie<\/p>\n<p><em>Universit\u00e9 Paris 8<\/em><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour une politique de la racaille &#8211; Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes et jeunes de banlieues DESCRIPTION Pour une politique de la racaille &#8211; Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes et jeunes de banlieues PDF. D\u00e9couvrez de nouveaux livres avec histoiresdenlire.be. T\u00e9l\u00e9charger un livre Pour une politique de la racaille &#8211; Immigr\u00e9-e-s, indig\u00e8nes et jeunes de banlieues en format PDF est plus &#8230; <a title=\"Pour une politique de la racaille\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4975\" aria-label=\"En savoir plus sur Pour une politique de la racaille\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4976,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,35,21,22,25,36,4,20,7,6,8,28,37,39,5],"tags":[149],"class_list":["post-4975","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-amerique-du-sud","category-anti-imperialisme","category-emploi","category-enseignement","category-europe","category-islamophobie","category-logement","category-negrophobie","category-palestine-moyen-orient","category-prisons","category-racismes","category-romophobie","category-sans-papier","category-violence-policiere","tag-sadri-khiari"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4975","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4975"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4975\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4980,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4975\/revisions\/4980"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4976"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4975"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4975"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4975"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}