{"id":4994,"date":"2021-12-10T10:38:11","date_gmt":"2021-12-10T09:38:11","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4994"},"modified":"2021-11-26T10:41:52","modified_gmt":"2021-11-26T09:41:52","slug":"une-voix-decoloniale-en-flandre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4994","title":{"rendered":"Une voix d\u00e9coloniale en Flandre"},"content":{"rendered":"<p>Nadia Nsayi, Belgo-congolaise, politologue, activiste et auteure du livre \u2019Dochter van de dekolonisatie\u2019 &#8211; fille de la d\u00e9colonisation &#8211; , s\u2019exprime sur l\u2019origine de son engagement pour le d\u00e9colonial, ses exp\u00e9riences dans le secteur de la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement, l\u2019exposition \u00ab\u00a0100 x Congo\u00a0\u00bb au MAS \u00e0 Anvers, o\u00f9 elle est curatrice, la politique et le mouvement d\u00e9colonial en Flandre.<!--more--><\/p>\n<div class=\"contenu_texte\">\n<div class=\"texte\">\n<p><strong>La (re)naissance d\u2019une fille de la d\u00e9colonisation<\/strong><\/p>\n<p>Je suis arriv\u00e9e en Belgique en 1989, apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de mon p\u00e8re. J\u2019avais cinq ans. J\u2019ai grandi \u00e0 Bruxelles avec ma m\u00e8re, mais aussi chez ma marraine et mon parrain \u00e0 Landen, en Flandre. Ce n\u2019\u00e9tait pas toujours \u00e9vident d\u2019alterner ces deux milieux de vie\u00a0: un milieu tr\u00e8s \u2018flamand et blanc\u2019 et un milieu tr\u00e8s \u2018africain-za\u00efrois\u2019.<\/p>\n<p>C\u2019est pendant mes \u00e9tudes de Sciences Po \u00e0 Louvain que j\u2019ai rencontr\u00e9 d\u2019autres personnes d\u2019origine congolaise. Nous avons cr\u00e9\u00e9 une association qui s\u2019appelait \u2019Bana Leuven\u2019 &#8211; les enfants de Louvain. C\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019int\u00e9resser davantage \u00e0 l\u2019histoire belgo-congolaise.<\/p>\n<p>Quelques mois avant de commencer mes \u00e9tudes, j\u2019ai fait un voyage d\u2019immersion au S\u00e9n\u00e9gal. Ce voyage m\u2019a boulevers\u00e9e en tant que femme de couleur de dix-neuf ans dans un groupe de \u2019blancs\u2019. Suite \u00e0 cette exp\u00e9rience, j\u2019ai pu convaincre ma m\u00e8re de faire un voyage au Congo. Ce voyage m\u2019a permis de me reconnecter \u00e0 mon identit\u00e9 congolaise, ma famille et mon histoire. Il m\u2018a \u00e9galement permis de constater les in\u00e9galit\u00e9s et la pauvret\u00e9. J\u2019ai pris conscience que j\u2019avais pu \u00e9tudier en Belgique, que je pouvais profiter de ces privil\u00e8ges, et que j\u2019avais ma propre histoire familiale. Il fallait que j\u2019en fasse quelque chose.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s mes \u00e9tudes, j\u2019ai travaill\u00e9 pendant un an au Parlement f\u00e9d\u00e9ral comme conseill\u00e8re de Els Schelfaut du CD&amp;V. Ensuite, de 2010 jusqu\u2019\u00e0 2019, j\u2019ai eu en charge le plaidoyer politique sur le Congo et l\u2019Afrique Centrale en g\u00e9n\u00e9ral au sein de l\u2019ONG \u2019Broederlijk Delen\u2019 et du mouvement pour la paix \u201cPax Christi\u201d.<\/p>\n<p>Depuis 2019, je travaille comme curatrice au mus\u00e9e MAS \u00e0 Anvers. J\u2019y suis co-cr\u00e9atrice de l\u2019exposition \u201c100 X Congo\u201d, qui retrace un si\u00e8cle d\u2019art congolais \u00e0 Anvers. C\u2019est \u00e0 cette occasion que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 porter une attention particuli\u00e8re au pass\u00e9 colonial de la Belgique et au m\u00e9canisme qui a influenc\u00e9 les regards port\u00e9s en Belgique sur le Congo, jusqu\u2019\u00e0 maintenant.<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e, j\u2019ai publi\u00e9 mon premier livre \u2019Dochter van de dekolonisatie\u2019 &#8211; fille de la d\u00e9colonisation\u00a0-, livre qui retrace l\u2019histoire de ma vie familiale, l\u2019histoire du Congo et des relations belgo-congolaises depuis la colonisation et la d\u00e9colonisation.<\/p>\n<p><strong>La Coop\u00e9ration au D\u00e9veloppement (CAD) au Congo \u2013 h\u00e9ritage de la colonisation et de l\u2019id\u00e9ologie coloniale, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent<\/strong><\/p>\n<p>En qualit\u00e9 de responsable du plaidoyer \u00e0 Broederlijk Delen et Pax Christi, pendant dix ans, j\u2019ai tent\u00e9 de mettre le Congo \u00e0 l\u2019agenda politique. Cette p\u00e9riode m\u2019a permis de rencontrer des parlementaires, des d\u00e9put\u00e9s, l\u2019administration de la CAD, l\u2019\u00c9glise, les organisations internationales, les ONG tant internationales que locales, etc. J\u2019ai fait pas mal de voyages de service, et des voyages priv\u00e9s au Congo et dans la r\u00e9gion de l\u2019Afrique Centrale. Ceci m\u2019a permis de complexifier mon analyse de la situation et de la CAD. Si je me positionne aujourd\u2019hui, c\u2019est \u00e0 partir de mon exp\u00e9rience et de ma connaissance du terrain. Il ne s\u2019agit pas d\u2019un positionnement purement id\u00e9ologique et th\u00e9orique, pr\u00e9sent chez certains de mes contacts d\u2019origine congolaise. Je suis critique, mais il n\u2019y a pas que du n\u00e9gatif. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, je crois sinc\u00e8rement \u00e0 l\u2019importance de la solidarit\u00e9 internationale, et ce dans les deux sens. Quant \u00e0 l\u2019aide humanitaire, elle sera toujours n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>J\u2019ai pu observer que la CAD continue \u00e0 v\u00e9hiculer une mentalit\u00e9 coloniale d\u2019assistanat. La coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement au Congo a 60 ans. Pour r\u00e9aliser quoi\u00a0? Pour l\u2019instant, malgr\u00e9 tous les discours existant, il s\u2019agit d\u2019un chaos total. Tout le monde fait ce qu\u2019il veut et sans coordination. J\u2019ai vu de tr\u00e8s beau projets, mais ils sont trop \u00e9parpill\u00e9s et le gouvernement local ou national n\u2019y est souvent pas impliqu\u00e9.<br class=\"autobr\" \/>Aujourd\u2019hui, pas mal d\u2019ONG congolaises ne tiennent plus compte de leur gouvernement mais font appel \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur pour obtenir des fonds.<\/p>\n<p>M\u00eame moi, en tant que repr\u00e9sentante de plaidoyer pour une ONG, quand j\u2019arrivais sur le terrain, je me demandais s\u2019ils ne me percevaient pas uniquement comme repr\u00e9sentante du bailleur de fonds. Personnellement, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s mal \u00e0 l\u2019aise. Les gens travaillent dans une ONG parce que \u00e7a leur permet de vivre. Souvent ils n\u2019ont pas d\u2019esprit critique par rapport \u00e0 tout ce qui se passe. Cet \u00e9tat de fait cr\u00e9e une relation de d\u00e9pendance qui n\u2019est pas accompagn\u00e9e d\u2019une strat\u00e9gie de sortie. Cette situation nuit \u00e0 la dignit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Actuellement je n\u2019observe aucune r\u00e9flexion profonde sur le sens et l\u2019impact de la CAD dans le secteur. Il est plut\u00f4t question d\u2019un renouvellement des m\u00eames programmes et formules, exprim\u00e9s diff\u00e9remment, avec les beaux mots du moment. Pourquoi la Coop\u00e9ration Belge veut-elle absolument rester au Congo\u00a0? Certains vont parler d\u2019une responsabilit\u00e9 historique. Pour la Belgique, il est tr\u00e8s difficile de quitter le pays, m\u00eame quand le gouvernement est corrompu.<\/p>\n<p>Selon le discours mainstream des acteurs classiques de la CAD, tout va bien. Pourtant, il suffit d\u2019aller sur le terrain pour se rendre compte de ce qui se passe. L\u2019\u00e9cart entre tous ces beaux textes et la r\u00e9alit\u00e9 du terrain est flagrante et nuit gravement \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 du secteur de la CAD. Est-ce qu\u2019on a vraiment envie de r\u00e9fl\u00e9chir de mani\u00e8re critique sur notre fa\u00e7on de penser, de travailler et d\u2019agir, notre fa\u00e7on d\u2019\u00eatre dans le secteur de la CAD\u00a0? Pour regagner de la l\u00e9gitimit\u00e9, il faut que le secteur soit form\u00e9 \u00e0 nouveau, en commen\u00e7ant par quitter cette mentalit\u00e9. Pour parler franchement, le concept de \u00ab\u00a0l\u2019Afrique qui a besoin du blanc pour \u00eatre sauv\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est termin\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>Id\u00e9alement, il faudrait que le Congo commence par d\u00e9velopper ses propres plans de d\u00e9veloppement par d\u00e9partement, et aille en un second temps chercher ses partenaires. L\u2019existence de projets, tels que par exemple ceux de la coop\u00e9ration bilat\u00e9rale, peut toujours trouver sa place, mais la r\u00e9flexion doit \u00eatre bas\u00e9e sur un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement \u00e0 partir du Congo qui choisira ses partenaires. Il faut abandonner l\u2019approche \u201cprojet d\u2019assistanat\u201d, qui n\u2019est finalement pas durable, tout comme des approches \u2019passe-partout\u2019 telles que celles ax\u00e9es sur le genre. Allons-nous encore aller dans un village pour indiquer aux habitants quels comportements une femme et un homme doivent adopter pour \u00eatre \u00e9galitaires\u00a0?<\/p>\n<p>La solidarit\u00e9 internationale du futur devrait \u00eatre bidirectionnelle. C\u2019est une relation d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal, tant au Sud qu\u2019au Nord\u00a0; un \u00e9change d\u2019expertise et de comp\u00e9tences. Prenons pour exemple la crise sanitaire actuelle en Belgique et dans le Monde. Beaucoup de pays du Sud ont connu des crises similaires. Ces pays sont porteurs d\u2019expertise en ce domaine, tant au niveau m\u00e9dical qu\u2019au niveau de la communication et de la mobilisation des citoyens. Pourquoi ne pas faire appel \u00e0 des experts de ces pays et les inviter ici pour r\u00e9fl\u00e9chir ensemble \u00e0 la crise en Belgique\u00a0? Il y a d\u2019autres domaines d\u2019intervention imaginables au Nord. Mais tout \u00e7a implique un changement de mentalit\u00e9 et une reconnaissance de l\u2019expertise venant du Sud.<\/p>\n<p>Pour le reste, selon moi, le r\u00f4le des acteurs de la CAD se situe principalement au niveau de l\u2019\u00e9ducation, de la sensibilisation et du plaidoyer politique. Informer la population europ\u00e9enne sur ce qui se passe au Sud, mais aussi analyser de mani\u00e8re critique les interd\u00e9pendances, comme par exemple le lien entre les conflits ailleurs et notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><strong>L\u2019exposition \u2018100 X Congo\u2019 au MAS\u00a0: l\u2019implication coloniale sous-expos\u00e9e de la ville d\u2019Anvers, symbolis\u00e9e par sa grande collection d\u2019Art Congolais.<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0100 X Congo\u00a0\u00bb est une exposition qui comm\u00e9more l\u2019existence de collections d\u2019objets d\u2019art et d\u2019objets utilitaires d\u2019origine congolaise de la ville d\u2019Anvers depuis cent ans. Par le biais de cette exposition, nous voulons informer le public sur la pr\u00e9sence de cette collection, mais aussi au niveau du pass\u00e9 colonial d\u2019Anvers. Beaucoup de gens ne sont pas conscients du r\u00f4le important de la ville d\u2019Anvers et de la Flandre en g\u00e9n\u00e9ral par rapport au pass\u00e9 colonial, et \u00e0 la pr\u00e9sence de cette vaste collection qui compte environ 5000 objets congolais.<\/p>\n<p>Quand, en 1885, L\u00e9opold II s\u2019est appropri\u00e9 le Congo comme propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, ses premiers alli\u00e9s se trouvaient \u00e0 Anvers. Par exemple, deux soci\u00e9t\u00e9s dont le si\u00e8ge est \u00e0 Anvers &#8211; \u2019Abir\u2019 et \u2019Anversoise\u2019 &#8211; ont \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9es dans le commerce du caoutchouc. L\u00e9opold II jouissait d\u2019un cercle d\u2019hommes de pouvoir, de politiciens et d\u2019hommes d\u2019affaires qui l\u2019ont soutenu dans son projet colonial, il s\u2019agissait bien d\u2019un projet purement capitaliste. Bien s\u00fbr, le port d\u2019Anvers allait jouer un r\u00f4le indispensable\u00a0: les bateaux y arrivaient et en partaient. \u00c0 cette \u00e9poque, et par la suite \u00e0 l\u2019\u00e9poque du Congo belge, l\u2019\u00e9lite de la ville d\u2019Anvers a \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9e dans ce projet. La premi\u00e8re communaut\u00e9 congolaise en Belgique a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Anvers. Ce n\u2019est pas par hasard que le pr\u00e9sident actuel de la R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo (RDC), Monsieur Felix Tshisekedi, a visit\u00e9 la ville d\u2019Anvers, son port et le secteur du diamant.<\/p>\n<p>Dans l\u2019exposition, nous retra\u00e7ons notamment l\u2019histoire des premi\u00e8res expositions universelles qui ont eu lieu \u00e0 Anvers. Nous essayons de susciter chez le visiteur une analyse critique \u00e0 propos du colonialisme et de ses cons\u00e9quences. Nous souhaitons contribuer au d\u00e9bat sur le futur et au processus de d\u00e9colonisation.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019\u00e9lite flamande au pouvoir politique et \u00e9conomique \u00e9tait majoritairement francophone. Par exemple Pierre Ryckmans, gouverneur du Congo Belge de 1934 \u00e0 1946, \u00e9tait un Flamand. Quand on analyse la base, les missions catholiques, par exemple, sont un socle important de la colonisation depuis L\u00e9opold II. On constate que la plupart des missionnaires \u00e9taient des Flamands. Les missions ont eu un impact important dans ce projet colonial et sur le peuple congolais. Elles avaient l\u2019enseignement et la sant\u00e9 dans leurs mains. Dans beaucoup de familles en Flandre, notamment dans des familles pauvres, il y avait un missionnaire dans une colonie. Il est donc inexact de dire qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une affaire du Roi et des Francophones.<\/p>\n<p>Dans cette exposition, le volet traitant de la communication des nouvelles implications de la ville d\u2019Anvers dans le projet colonial est d\u00e9licat. Dans le cadre de l\u2019exposition universelle de 1894, par exemple, il y a eu huit morts congolais. Cette histoire revient \u00e0 la surface, des \u00e9tudiants afro-descendants s\u2019impliquent et veulent que justice soit faite. Or, nous jouissons d\u2019une bonne collaboration avec la ville d\u2019Anvers. Tout d\u2019abord, cette exposition n\u2019aurait pas pu avoir lieu sans l\u2019autorisation de la ville. Ensuite, l\u2019\u00e9chevine de la culture \u2013 Madame Nabilla Ait Daoud (NV-A) a pris des engagements\u00a0: comm\u00e9morer les morts congolais \u00e0 Anvers, adopter une attitude ouverte vis-\u00e0-vis des demandes de restitution \u00e0 la ville d\u2019Anvers. Le fait que la Ville d\u2019Anvers se soit montr\u00e9e pr\u00eate \u00e0 ouvrir le d\u00e9bat est positif. L\u2019avenir nous dira ce qui se passera r\u00e9ellement.<\/p>\n<p>Le MAS est un mus\u00e9e de la ville d\u2019Anvers. Pour l\u2019instant c\u2019est donc le bourgmestre et le coll\u00e8ge des \u00e9chevins qui d\u00e9cident de la question de la restitution. Cette situation diff\u00e8re de celle de \u2019Africamuseum\u2019 \u00ab\u00a0Mus\u00e9e de l\u2019Afrique\u00a0\u00bb de Tervuren, qui lui d\u00e9pend du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral. Dans les pays voisins comme la France et les Pays-Bas, il se passe quelque chose de concret au niveau de la restitution, alors qu\u2019en Belgique il n\u2019y a pas encore de cadre politique. Au niveau des mus\u00e9es, il y a une certaine concertation, mais nous attendons les r\u00e9sultats du premier rapport de la commission parlementaire sur la colonisation. Ce rapport comportera certainement un chapitre sur la restitution. Nous esp\u00e9rons que le politique va prendre des initiatives une fois ce rapport publi\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9colonial et la politique\u00a0: une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, de nouvelles opportunit\u00e9s\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Tant en Belgique n\u00e9erlandophone que francophone, il y a une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration politique. Elle est compos\u00e9e de personnes qui n\u2019ont pas v\u00e9cu la colonisation et qui sont plus ouvertes par rapport \u00e0 la question d\u00e9coloniale. Citons pour exemple le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat Thomas Dermine (PS) et m\u00eame le premier Ministre Alexander Decroo (VLD). Son p\u00e8re a encore des liens forts avec la colonisation mais lui est beaucoup plus rationnel au niveau de certains dossiers comme celui de la restitution. L\u2019ancienne g\u00e9n\u00e9ration \u00e9tait trop impliqu\u00e9e dans des relations, parfois familiales ou \u00e9conomiques, ce qui compliquait une approche critique.<\/p>\n<p>\u00c0 Bruxelles, Pascal Smet (SP.A) a initi\u00e9 un groupe de travail sur la question de la d\u00e9colonisation de l\u2019espace public. Cette nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019hommes politiques r\u00e9alise qu\u2019il faut \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute des citoyens sur la d\u00e9colonisation. Ils sont pr\u00eats \u00e0 travailler pour transformer la soci\u00e9t\u00e9, ils veulent s\u2019impliquer. Il s\u2019agit de dossiers sur les collections d\u2019art, l\u2019enseignement, le r\u00f4le de la CAD, le commerce international, la lutte contre le racisme. Ce que je dis dans mon livre c\u2019est \u201cAyons d\u2019abord le courage de reconna\u00eetre l\u2019h\u00e9ritage colonial pr\u00e9sent dans notre soci\u00e9t\u00e9 et aussi parfois dans notre t\u00eate, et ouvrons le d\u00e9bat. R\u00e9fl\u00e9chissons ensemble sur la mani\u00e8re d\u2019\u00e9voluer vers une soci\u00e9t\u00e9 beaucoup plus juste et \u00e9galitaire\u00a0; une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 chaque citoyen compte.<\/p>\n<p>Chez Broederlijk Delen, j\u2019ai beaucoup travaill\u00e9 avec les d\u00e9put\u00e9s de la NV-A. C\u2019\u00e9tait, quelque part, des alli\u00e9s politiques, parce qu\u2019ils avaient une vision tr\u00e8s critique sur la politique belge au Congo. Une tension historique existe entre le nationalisme flamand et l\u2019\u00e9lite francophone et la Maison Royale. La NV-A est un parti nationaliste, critique par rapport au r\u00f4le du Roi par exemple. Lors d\u2019une visite d\u2019un groupe d\u2019experts des Nations Unies en 2019, Bart De Wever a \u00e9t\u00e9 un des premiers politiciens qui a publiquement appel\u00e9 au pardon historique qui doit \u00eatre prononc\u00e9 par le Roi. En 2011, beaucoup de Congolais se sont rapproch\u00e9s de la NV-A parce qu\u2019ils ont d\u00e9nonc\u00e9 la fraude pendant les \u00e9lections. C\u2019est vrai qu\u2019au sein de ce parti des positionnements pourraient \u00eatre probl\u00e9matiques, comme par exemple celui sur l\u2019immigration. Par contre, en ce qui concerne les collaborations au niveau des dossiers traitant de d\u00e9colonisation et des relations belgo-congolaises, je ne peux qu\u2019attester du fait que nous avons pu y travailler ensemble.<\/p>\n<p><strong>Le mouvement d\u00e9colonial en Flandre<\/strong><\/p>\n<p>En Flandre, il n\u2019y a pas encore de structures fortes autour de la d\u00e9colonisation comme on peut trouver Bamko ou Collectif M\u00e9moire Coloniale en Belgique francophone. C\u2019est peut-\u00eatre parce que la diaspora y est structur\u00e9e diff\u00e9remment\u00a0: j\u2019y vois plut\u00f4t des faiseurs d\u2019opinion, souvent des jeunes afro-descendants, qui s\u2019expriment sur certains dossiers.<br class=\"autobr\" \/>Cependant, on assiste \u00e0 la naissance, dans des villes universitaires, de mouvements d\u2019\u00e9tudiants afro-descendants\u00a0: Karibu \u00e0 Louvain, Umoja \u00e0 Gand et Ayo \u00e0 Anvers. Il s\u2019agit d\u2019organisations cr\u00e9\u00e9es r\u00e9cemment et qui essaient de s\u2019impliquer dans le d\u00e9bat sur le d\u00e9colonial. Il y a aussi \u2019Black History Month Belgium\u2019, initiative inspir\u00e9e par le m\u00eame mouvement aux \u00c9tats-Unis, port\u00e9 par Aminata Ndow et Mohamed Barrie. Il a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 en Flandre \u00e0 partir d\u2019Anvers, mais en lien avec la Belgique francophone.<\/p>\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019en Flandre, ces activistes ont plus facilement acc\u00e8s aux m\u00e9dias mainstream qu\u2019en Belgique francophone, o\u00f9 ils ont du mal \u00e0 affirmer leur pr\u00e9sence dans le d\u00e9bat. L\u2019activisme flamand, m\u00eame si il est jeune, a tr\u00e8s vite pu marquer quelques points \u00e0 l\u2019agenda politique.<\/p>\n<p>En 2020, avec la manifestation \u2019Black Lives Matter\u2019 une alliance int\u00e9ressante est n\u00e9e, une volont\u00e9 de travailler ensemble au del\u00e0 des fronti\u00e8res linguistiques, un peu comme on pouvait observer auparavant. Le nouvel activisme afro-descendant essaie de plus en plus de travailler ensemble, au del\u00e0 des fronti\u00e8res linguistiques, ce qui est difficile au niveau politique et dans la soci\u00e9t\u00e9 civile classique. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne ne peut que renforcer le mouvement d\u00e9colonial. D\u2019ailleurs, cette manifestation a \u00e9t\u00e9 historique. L\u2019histoire va nous l\u2019apprendre.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"auteurs\">par\u00a0<a class=\" auteur auteur337\" title=\"0000 \" href=\"http:\/\/www.iteco.be\/auteur\/joris-de-beer\">Joris De Beer<\/a><\/div>\n<div><em>[Cet article a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans la<\/em>\u00a0<a href=\"http:\/\/www.iteco.be\/revue-antipodes\/de-la-decolonisation-prelude\/\">Revue Antipodes<\/a>\u00a0<em>ITECO]<\/em><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nadia Nsayi, Belgo-congolaise, politologue, activiste et auteure du livre \u2019Dochter van de dekolonisatie\u2019 &#8211; fille de la d\u00e9colonisation &#8211; , s\u2019exprime sur l\u2019origine de son engagement pour le d\u00e9colonial, ses exp\u00e9riences dans le secteur de la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement, l\u2019exposition \u00ab\u00a0100 x Congo\u00a0\u00bb au MAS \u00e0 Anvers, o\u00f9 elle est curatrice, la politique et le &#8230; <a title=\"Une voix d\u00e9coloniale en Flandre\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=4994\" aria-label=\"En savoir plus sur Une voix d\u00e9coloniale en Flandre\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4995,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,7,28],"tags":[479],"class_list":["post-4994","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-islamophobie","category-negrophobie","category-racismes","tag-nadia-nsayi"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4994","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4994"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4994\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4996,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4994\/revisions\/4996"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4995"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4994"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4994"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4994"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}