{"id":5128,"date":"2022-04-16T18:15:40","date_gmt":"2022-04-16T17:15:40","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5128"},"modified":"2022-04-16T18:17:52","modified_gmt":"2022-04-16T17:17:52","slug":"extrait-du-livre-comme-un-gout-de-revolution-autobiographie-d-elaine-brown-black-panther","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5128","title":{"rendered":"Extrait du livre \u00a0\u00bb COMME UN GO\u00dbT DE R\u00c9VOLUTION \u00a0\u00bb\u00a0 Autobiographie d&rsquo; Elaine Brown ( Black Panther )\u00a0"},"content":{"rendered":"<p>Nous avons le plaisir de publier en exclusivit\u00e9 un extrait du livre \u00a0\u00bb COMME UN GO\u00dbT DE R\u00c9VOLUTION \u00a0\u00bb\u00a0 Autobiographie d&rsquo; Elaine Brown ( Black Panther )<\/p>\n<p><strong>Avec l\u2019aimable autorisation des Editions Syllepse.\u00a0<\/strong><\/p>\n<div class=\"col-m-1-4 col-mb2\">\n<p class=\"titre-box\">PR\u00c9SENTATION<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"col-s-1 col-mb2\">\n<p class=\"western\">Enfant des ghettos de Philadelphie, adolescente noire dans un monde violent, militante r\u00e9volutionnaire, chanteuse, cheffe du Black Panther Party\u00a0: dans ce r\u00e9cit captivant, Elaine Brown revient sur sa vie, ses engagements, ses d\u00e9chirements.<br \/>\nN\u00e9e en 1943, Elaine Brown\u00a0s\u2019engage en politique progressivement,\u00a0puis, en avril\u202f1968, apr\u00e8s l\u2019assassinat de Martin Luther King, rejoint le Black Panther Party, cr\u00e9\u00e9 deux ans plus t\u00f4t \u00e0 Oakland. Chanteuse, elle enregistre deux albums pour le parti. En 1971, elle entre au comit\u00e9 central et en devient le ministre de l\u2019information. Elle accepte la direction du Black Panther Party en 1974, quand Huey P. Newton part en exil \u00e0 Cuba.<br \/>\nCette plong\u00e9e\u00a0vibrante\u00a0dans le parcours et l\u2019exp\u00e9rience d\u2019Elaine Brown ne passe sous silence ni ses erreurs, ni ses trahisons \u00e0 ses propres engagements, ni les errements de cette formidable aventure collective, qui demeure un grand moment de l&rsquo;histoire des mouvements de lib\u00e9ration.\u00a0<span lang=\"fr-FR\">Avec ce r\u00e9cit,<\/span>\u00a0Elaine Brown nous invite \u00e0 repenser l&rsquo;\u00e9mancipation, la r\u00e9volution, l&rsquo;intime et le politique.<\/p>\n<p>Autobiographie d&rsquo;une Black Panther<br \/>\nCollection :\u00a0<em>\u00ab\u00a0Avant-premi\u00e8re \u00bb<\/em><br \/>\nAuteur-e :\u00a0<a href=\"https:\/\/www.syllepse.net\/elaine-brown-_r_35_lettre_E_c_1153.html\">Elaine Brown<\/a><br \/>\nParution :\u00a0mai 2022<br \/>\nPages :\u00a0496<br \/>\nFormat :\u00a0150 x 210<br \/>\nISBN :\u00a0978-2-84950-959-3<\/p>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/elaine-brown-an-american-prison-activist-writer-singer-and-former-black-panther-party-v2-taurungka-graphic-design.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-5131 alignleft\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/elaine-brown-an-american-prison-activist-writer-singer-and-former-black-panther-party-v2-taurungka-graphic-design-288x300.jpg\" alt=\"\" width=\"288\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/elaine-brown-an-american-prison-activist-writer-singer-and-former-black-panther-party-v2-taurungka-graphic-design-288x300.jpg 288w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/elaine-brown-an-american-prison-activist-writer-singer-and-former-black-panther-party-v2-taurungka-graphic-design-768x801.jpg 768w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/elaine-brown-an-american-prison-activist-writer-singer-and-former-black-panther-party-v2-taurungka-graphic-design.jpg 863w\" sizes=\"(max-width: 288px) 100vw, 288px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Chapitre 1<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Ascension<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Toutes les armes et le fric sont entre mes mains. Je ferai face \u00e0 tout ce qui peut venir de l\u2019ext\u00e9rieur comme de l\u2019int\u00e9rieur. Est-ce clair, camarades\u2009?\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Right on\u2009!\u2009\u00bb, lan\u00e7a Larry en r\u00e9ponse \u00e0 ma question rh\u00e9torique. Son corps muscl\u00e9 s\u2019inclina doucement alors qu\u2019il ajustait sous sa veste son pistolet automatique .45.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais sur la sc\u00e8ne avec Larry \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. Plusieurs des membres principaux des \u00e9quipes de s\u00e9curit\u00e9 se tenaient derri\u00e8re nous. \u00c0 ma gauche, je pouvais sentir la pr\u00e9sence de Big Bob, le garde du corps personnel de Huey Newton, et sa masse de 1,83\u202fm pour 180\u202fkg. Devant moi, jusqu\u2019au fin fond de l\u2019auditorium, s\u2019\u00e9tendait une salle remplie de plusieurs centaines des membres du Black Panther Party. Cet oc\u00e9an n\u2019\u00e9tait constitu\u00e9 pratiquement que de visages masculins. Il y avait des hommes et des femmes du comit\u00e9 central et plusieurs cadres dirigeants locaux, venus des quartiers Ouest de Chicago, et des quartiers Nord de Philadelphie, de Harlem, de La Nouvelle-Orl\u00e9ans, de Los Angeles, de Washington DC, et encore d\u2019ailleurs. Ils \u00e9taient venus \u00e0 Oakland \u00e0 la suite de mon appel en ce mois d\u2019ao\u00fbt\u202f1974.<\/p>\n<p>Je les observais avec attention, remarquant que personne n\u2019avait r\u00e9agi. Voici qu\u2019une femme, moi, proclamait un pouvoir supr\u00eame sur l\u2019association la plus militante des \u00c9tats-Unis. Et cela me semblait normal. J\u2019avais pass\u00e9 ces sept derni\u00e8res ann\u00e9es enti\u00e8rement d\u00e9vou\u00e9e au Black Panther Party, et les quatre derni\u00e8res en tant que bras droit de Huey.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Je ne vous ai pas fait venir pour vous menacer, camarades, continuai-je, j\u2019ai organis\u00e9 cette assembl\u00e9e simplement pour que vous preniez conscience de la r\u00e9alit\u00e9 de notre situation. Le fait est que le camarade Huey est en exil. Par cons\u00e9quent, je vais prendre sa place jusqu\u2019\u00e0 ce que nous rendions possible son retour.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Je leur accordai un moment afin qu\u2019ils prennent la pleine mesure de ce que je venais de leur dire. \u00ab\u2009Je vous fais part de tout cela car il est possible que certains rechignent \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019une femme prenne la t\u00eate du Black Panther Party.\u2009\u00bb Je fis une pause et pris une grande inspiration. \u00ab\u2009Si tel est votre avis, vous feriez mieux de quitter le Black Panther Party. Maintenant.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Je le pr\u00e9cise car il se peut qu\u2019il y ait des individus dans nos rangs qui aient des ambitions personnelles et qui, en l\u2019absence du camarade Huey, se croient capables de prendre le pouvoir.\u2009\u00bb Je marquai une pause \u00e0 nouveau. Personne ne disait mot.<\/p>\n<p>En penchant ma t\u00eate sur le c\u00f4t\u00e9, je continuai de la mani\u00e8re attendue. \u00ab\u2009Si vous \u00eates de ces individus-l\u00e0, d\u00e9guerpissez\u2002\u2013\u2002et vite\u2009! En tant que pr\u00e9sidente, c\u2019est moi qui dirige ce parti, d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent. Ce fait ne pourra \u00eatre contest\u00e9. Je prends les commandes du parti officiel, comme du clandestin. Je le m\u00e8nerai selon les objectifs que nous nous sommes donn\u00e9s, je le d\u00e9fendrai \u00e9galement par tous les moyens n\u00e9cessaires.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Ils comprirent. Deux mois auparavant, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9e pr\u00e9sidente, et donc propuls\u00e9e au deuxi\u00e8me rang dans le comit\u00e9 central. Devant moi, le ministre de la d\u00e9fense, Huey. En r\u00e9alit\u00e9 Huey \u00e9tait le chef absolu du Black Panther Party. Je prenais sa place. Ils comprirent.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Ensemble nous allons faire avancer cette r\u00e9volution en repoussant nos limites, mais avec pr\u00e9caution, bien s\u00fbr\u2009; il se peut que nous devions reculer d\u2019un pas pour avancer de deux. Comme nous avions commenc\u00e9 avant l\u2019exil forc\u00e9 du camarade Huey, nous allons continuer \u00e0 consolider nos efforts plus particuli\u00e8rement dans une ville, cette ville. Oakland est le berceau de ce parti. Oakland sera le berceau de la r\u00e9volution aux \u00c9tats-Unis. Malgr\u00e9 les porcs. Malgr\u00e9 les despotes ridicules se disant nos camarades. Malgr\u00e9 les critiques des gauchistes infantiles, qui n\u2019ont jamais rien r\u00e9alis\u00e9. Malgr\u00e9 les tambours vaudous des soi-disant nationalistes noirs.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Je regardais les quelques fr\u00e8res qui applaudissaient pour m\u2019encourager. Marquant leur accord, un rire d\u2019approbation gagna doucement l\u2019auditorium. J\u2019arpentais la sc\u00e8ne, appuyant expr\u00e8s chacun de mes mots avec le son des talons de mes bottes de cuir noir. Je ponctuais chaque phrase avec un regard vers un des soldats assurant mes arri\u00e8res sur la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Ils peuvent exiler un chef r\u00e9volutionnaire mais ils ne peuvent pas exiler la r\u00e9volution. Nous avancerons \u00e0 la vitesse n\u00e9cessaire\u2009!\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Je le r\u00e9p\u00e8te, j\u2019ai entre les mains toutes les armes et tout le fric de ce parti. Je ferai face et vaincrai toute opposition interne ou externe. Je traiterai comme il se doit quiconque ou tout obstacle qui se mettra sur notre route. Si cela vous d\u00e9pla\u00eet, si le fait que je sois une femme vous contrarie, voici votre derni\u00e8re chance de partir. Et vous feriez mieux de partir car nous ne le tol\u00e9rerons pas\u2009!\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Je fis un geste en direction de Larry. \u00ab\u2009Le camarade Larry Henson est notre nouveau chef d\u2019\u00e9quipe. Il remplace June Hilliard, qui a \u00e9t\u00e9 exclu. Il suivait de trop pr\u00e8s les pas de notre ancien porte-parole, Bobby Seale. N\u2019ayez pas peur de ces changements, camarades. Apr\u00e8s tout, c\u2019est le changement que nous cherchons. Comme le disait Mao\u2009: \u201cQu\u2019un million de r\u00e9volutions fleurissent\u2009!\u201d Le changement est bon. Nous devons accueillir le changement. Ceux qui y r\u00e9sistent seront balay\u00e9s avec les poussi\u00e8res insignifiantes de l\u2019histoire\u2009!\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Des \u00ab\u2009Right on\u2009!\u2009\u00bb clam\u00e9s \u00e0 l\u2019unisson se firent entendre.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Ensemble nous allons prendre cette ville. Nous en ferons la base de la r\u00e9volution. Les porcs nous regarderont et seront troubl\u00e9s. Ils nous verront mais ne pourront rien faire. Nous \u00e9tablirons ici un mod\u00e8le r\u00e9volutionnaire. Et l\u2019exemple que nous d\u00e9ploierons \u00e0 Oakland sera l\u2019\u00e9tincelle qui enflammera la prairie. Nous porterons notre flambeau dans une autre ville, puis une autre. \u00c0 chaque fois, dans chaque lieu, les gens nous suivront, nous, l\u2019avant-garde de la r\u00e9volution. Tout comme les gens ont demand\u00e9 et institutionnalis\u00e9 notre programme des petit d\u00e9jeuners gratuits<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> pour les enfants et les programmes contre la dr\u00e9panocytose<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, ils demanderont des programmes de soins m\u00e9dicaux gratuits et des logements d\u00e9cents. Et ainsi ils prendront en main le syst\u00e8me politique local. Ensuite, ils attaqueront le syst\u00e8me \u00e9conomique qui structure chaque ville. Petit \u00e0 petit, ville par ville, nous taillerons en pi\u00e8ces le syst\u00e8me capitaliste dans ses fondements. \u00c0 la fin, le temps viendra\u2002\u2013\u2002pas de notre vivant, camarades\u2002\u2013\u2002mais le temps viendra o\u00f9 le peuple reconna\u00eetra sa puissance et le syst\u00e8me policier ne sera plus en mesure de contenir ses revendications\u2009; le temps o\u00f9 le peuple\u2002\u2013\u2002Noirs et Blancs pauvres, opprim\u00e9s de toute l\u2019Am\u00e9rique\u2002\u2013\u2002se l\u00e8vera telle une puissante mar\u00e9e et balaiera d\u00e9finitivement les rives du capitalisme et du racisme, et fera la r\u00e9volution\u2009!\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Ils se mirent \u00e0 applaudir bruyamment, de plus en plus fort, et soudain ils \u00e9taient debout. Les s\u0153urs et les fr\u00e8res s\u2019\u00e9taient lev\u00e9s. Quand l\u2019ovation se termina et qu\u2019ils s\u2019assirent, je repris mon souffle et continuai. \u00ab\u2009Maintenant, camarades, passons \u00e0 l\u2019\u00e9tape suivante. Nous devons faire d\u2019Oakland la base de notre r\u00e9volution. C\u2019est pour cette raison que nous ne pouvons nous permettre des luttes internes. Il nous faut avancer.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Alors, mettons-nous au travail, camarades. Retournez dans vos branches et vos chapitres<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, \u00e0 travers tout le pays, avec une d\u00e9termination nouvelle. Le comit\u00e9 central \u00e9mettra bient\u00f4t des ordres et des rapports \u00e0 suivre concernant chaque chapitre. La plupart d\u2019entre vous et des v\u00f4tres seront rappel\u00e9s \u00e0 la base.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Mettons-nous au travail pour le retour du camarade Huey. Mettons-nous au travail pour faire place \u00e0 la r\u00e9volution\u2009!\u2009\u00bb Je levai mon poing en l\u2019air et criai\u2009: \u00ab\u2009Tout le pouvoir au peuple\u2009! Le pouvoir des Panth\u00e8res \u00e0 l\u2019avant-garde\u2009!\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Tous se dress\u00e8rent d\u2019un bond, les poings lev\u00e9s en salut\u2009: \u00ab\u2009Le pouvoir au peuple\u2009! Le pouvoir au peuple\u2009! Le pouvoir au peuple\u2009!\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Pendant que je parlais, j\u2019avais l\u2019impression de rena\u00eetre. Ce moment-l\u00e0 fut pour moi comme une r\u00e9paration pour toute la rage et la souffrance que j\u2019avais endur\u00e9es dans ma vie. Ironie du sort, j\u2019y \u00e9tais arriv\u00e9e apr\u00e8s le profond d\u00e9sespoir des deux semaines pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n<p>Charles Garry, l\u2019avocat de Huey, et moi-m\u00eame \u00e9tions all\u00e9s ensemble attendre \u00e0 la prison d\u2019Alameda pour ramener Huey \u00e0 la maison. Gwen, celle qu\u2019\u00e0 mon grand d\u00e9pit Huey s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 consid\u00e9rer comme sa femme, attendait l\u00e0, elle aussi. Nous observions Huey. Il faisait les cent pas dans sa cellule situ\u00e9e dans le coin du commissariat. Il endurait sans tr\u00eave les sorties sous cautions. On lisait cet air familier de satisfaction arrogante sur son visage. Son l\u00e9ger sourire voulait dire \u00ab\u2009Callins peut aller se faire foutre\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Callins \u00e9tait un tailleur noir qui avait boss\u00e9 pour Huey. Il voulait faire des costumes pour lui et d\u2019autres fr\u00e8res du parti. Pourtant, il avait refus\u00e9 les demandes de rabais que Huey lui avait demand\u00e9es pour les costumes. Callins avait tenu t\u00eate \u00e0 Huey au sujet de ses probl\u00e8mes financiers, dans son propre appartement. Cela se termina avec les poings. Huey fut arr\u00eat\u00e9 et accus\u00e9 d\u2019avoir frapp\u00e9 Callins avec une arme. C\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 un peu plus t\u00f4t dans la soir\u00e9e. Et \u00e0 pr\u00e9sent, nous en \u00e9tions \u00e0 payer la caution de Huey.<\/p>\n<p>Alors que j\u2019observais l\u2019attitude insolente de Huey \u00e0 propos de cette histoire, Callins m\u2019apparut tout aussi insignifiant. Il n\u2019\u00e9tait ni un homme ni une victime \u00e0 mes yeux. Il me semblait qu\u2019\u00e0 la fin, la r\u00e9volution r\u00e9\u00e9quilibrerait tout. Je savais aussi que me soucier de Callins me co\u00fbterait bien trop, au vu de ma situation dans le parti. Oui, pensai-je, que Callins aille se faire foutre. D\u2019autre part, je n\u2019\u00e9tais pas press\u00e9e de voir Huey sortir de prison. J\u2019avais besoin d\u2019un peu de r\u00e9pit.<\/p>\n<p>Toutefois, dire que j\u2019aimais Huey, m\u00eame \u00e0 ce moment-l\u00e0, aurait \u00e9t\u00e9 un euph\u00e9misme. J\u2019aimais \u00eatre aim\u00e9 de lui. J\u2019aimais la protection qu\u2019il m\u2019offrait avec ses bras puissants et ses r\u00eaves t\u00e9m\u00e9raires. J\u2019aimais sa beaut\u00e9, \u00e0 la fois tendue et \u00e9touffante. J\u2019aimais son g\u00e9nie et comment il en faisait usage. J\u2019aimais le voir comme le cauchemar cach\u00e9 que l\u2019homme blanc se refusait \u00e0 admettre, sauf lorsqu\u2019il lui faisait face, et s\u2019opposait \u00e0 ses lois, \u00e0 son monde. J\u2019aimais ses hanches \u00e9troites, ses \u00e9paules larges et sa peau bien nette. J\u2019aimais \u00eatre la reine de son monde, car il en avait model\u00e9 un nouveau pour ceux qui oseraient y vivre. Pourtant j\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9tester la vie avec lui. Sa folie \u00e9tait devenue explosive comme son g\u00e9nie. Les nombreux \u00ab\u2009petits cons\u2009\u00bb qui se pavanaient autour de lui, avaient mis au d\u00e9fi ce h\u00e9ros de prouver sa virilit\u00e9, et ils avaient finalement gagn\u00e9. \u00c0 pr\u00e9sent, il \u00e9tait devenu encore pire qu\u2019eux.<\/p>\n<p>Cette lib\u00e9ration prenait un temps fou. Garry, Gwen et moi-m\u00eame sommes rest\u00e9s des heures \u00e0 \u00e9changer des banalit\u00e9s, jetant r\u00e9guli\u00e8rement des coups d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019horloge murale, qui affichait bient\u00f4t deux heures du matin. Ce n\u2019\u00e9tait pas normal que les flics d\u2019Oakland cherchent des noises \u00e0 Huey Newton, bien qu\u2019ils aient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme les forces de police les plus brutales de Californie. Cette r\u00e9putation datait cependant de plusieurs ann\u00e9es\u2002\u2013\u2002avant m\u00eame le proc\u00e8s de Huey pour le meurtre d\u2019un des leurs, l\u2019officier Frey. La campagne \u00ab\u2009Lib\u00e9rez Huey\u2009\u00bb qui avait suivi cette accusation avait tenu en haleine les unes de journaux du pays et accabl\u00e9 la police locale. Pendant que Huey devenait un h\u00e9ros national, la police d\u2019Oakland devenait, elle, une petite arm\u00e9e en d\u00e9route.<\/p>\n<p>Lorsque Huey sortit finalement de sa cellule, je le regardai traverser la pi\u00e8ce dans toute sa beaut\u00e9 nocturne. Comme d\u2019habitude je pouvais consciemment me sentir c\u00e9der en le voyant. J\u2019oubliais toute la folie pour me souvenir d\u2019autres temps. Son visage s\u2019\u00e9veillait doucement comme lorsqu\u2019il m\u2019enla\u00e7a de toute sa force. Il prit dans ses bras Garry pendant que Gwen le couvrait d\u2019un manteau. Je fis signe \u00e0 Gwen de sortir pour dire \u00e0 Larry et \u00e0 Big Bob d\u2019amener la voiture de Huey devant le commissariat. C\u2019est alors que la police d\u2019Oakland nous fit savoir ce qui les avait retenus si longtemps. Le capitaine Machin-Truc dit, dans un souffle\u2009: \u00ab\u2009M.\u202fNewton, attendez s\u2019il vous pla\u00eet.\u2009\u00bb Il avait deux adjoints \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Tout le monde dans le bureau se retourna vers lui, m\u00eame les autres officiers.<\/p>\n<p>Huey d\u00e9visageait le capitaine, se pr\u00e9parant au combat.<\/p>\n<p>Garry, protecteur, fit un pas en avant\u2009: \u00ab\u2009Que voulez-vous\u2009? M.\u202fNewton est assez \u00e9puis\u00e9. Il\u2026\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0M.\u202fNewton, vous \u00eates accus\u00e9 de violation du Code p\u00e9nal californien pour la tentative d\u2019homicide de\u2026 la nuit du\u2026\u2009\u00bb, formula le capitaine en langage policier. Il y avait une note de jouissance dans sa voix qui disait combien ils avaient attendu ce moment depuis que Huey leur avait \u00e9chapp\u00e9 avec succ\u00e8s une premi\u00e8re fois. Les adjoints du capitaine menott\u00e8rent l\u2019anti-h\u00e9ros.<\/p>\n<p>L\u2019accusation concernait une jeune fille noire de 17 ans, une prostitu\u00e9e d\u2019Oakland, qui avait re\u00e7u des coups de feu. Cela s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 quelques jours auparavant et elle \u00e9tait dans le coma depuis. Les mots \u00ab\u2009tentative d\u2019assassinat\u2009\u00bb avaient effac\u00e9 la suffisance du visage de Huey. Je crois avoir vu un \u00e9clair de v\u00e9ritable terreur dans ses yeux. Quelques secondes plus tard, il semblait frapp\u00e9 de d\u00e9sespoir. C\u2019\u00e9tait juste avant qu\u2019ils ne le ram\u00e8nent dans les tr\u00e9fonds du commissariat. Le d\u00e9sespoir flottait aussi dans l\u2019air. Personne d\u2019entre nous ne savait vraiment quoi faire.<\/p>\n<p>Quand ils nous laiss\u00e8rent enfin voir Huey, apr\u00e8s sa r\u00e9incarc\u00e9ration, la terreur s\u2019\u00e9tait \u00e9vanouie. De retour dans sa cellule et \u00e0 nouveau lui-m\u00eame, il s\u2019\u00e9tait rendu \u00e0 l\u2019\u00e9vidence qu\u2019il ne pourrait jamais affronter cette affaire de tentative de meurtre. Je sentais qu\u2019il avait mis au point un plan pour s\u2019en sortir.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009L\u00e8ve la caution pour ce matin\u2009\u00bb, commanda Huey. Il me parlait doucement mais avec intensit\u00e9, apr\u00e8s m\u2019avoir prise \u00e0 partie.<\/p>\n<p>Je soupirai et r\u00e9pondis prudemment\u2009: \u00ab\u2009Demain matin, tout de suite, c\u2019est impossible\u2026\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Ce sera demain alors.\u2009\u00bb Il sourit, satisfait. \u00ab\u2009Demain, nous pourrons \u00eatre au paradis.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Garry, pr\u00e9voyant une longue bataille judiciaire et les unes de journaux qui en d\u00e9couleraient, se rapprocha du coin o\u00f9 nous \u00e9tions Huey et moi. Il souffla des conseils en mati\u00e8re de strat\u00e9gie judiciaire \u00e0 Huey, qui regardait au loin. Gwen ne bougeait pas, le visage fig\u00e9 par le chagrin.<\/p>\n<p>Je me revoyais encore une semaine auparavant en train de pr\u00e9voir mon d\u00e9part d\u00e9finitif du parti. C\u2019\u00e9tait juste apr\u00e8s ce que Huey m\u2019avait fait subir, et qui n\u2019\u00e9tait pas rare dans nos rangs dangereux. Il m\u2019avait frapp\u00e9e. Il m\u2019avait donn\u00e9 une claque \u00e0 la suite d\u2019une simple remarque. Huey n\u2019avait auparavant pas m\u00eame lev\u00e9 la voix contre moi dans des moments de col\u00e8re, m\u00eame pendant ces derniers mois o\u00f9 sa folie en avait bless\u00e9 plus d\u2019un.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions dans son penthouse<em>,<\/em> o\u00f9 j\u2019\u00e9tais venue lui parler de ce qui n\u00e9cessairement ne pouvait passer par nos lignes t\u00e9l\u00e9phoniques plac\u00e9es sur \u00e9coute. Quand j\u2019arrivais, un fr\u00e8re \u00e9tait en train de se prendre une correction pour avoir vol\u00e9 dans les caisses du parti.<\/p>\n<p>Je passai sans voir le visage ensanglant\u00e9 du voleur comme j\u2019avais appris \u00e0 le faire. Je m\u2019\u00e9tais blind\u00e9e face \u00e0 ce genre de choses, tout comme un soldat qui apprend \u00e0 ne rien ressentir en tuant\u2009: en regardant des films d\u2019entra\u00eenement sur des meurtres brutaux \u00e0 la cha\u00eene, il ne recule plus ni devant le sang ni devant aucune brutalit\u00e9. J\u2019ignorai le sang d\u00e9goulinant de la bouche et du nez de l\u2019accus\u00e9 puni par les hommes de Huey. Je ne remarquai que le froid qui r\u00e9gnait dans l\u2019appartement de Huey. Le froid me fit r\u00e9fl\u00e9chir aux raisons que Huey pouvait avoir pour laisser toujours ses portes-fen\u00eatres grandes ouvertes du haut de son 25e \u00e9tage. Parfois j\u2019avais peur qu\u2019une personne puisse \u00eatre jet\u00e9e d\u2019un de ces nombreux balcons. Et ces derniers temps, je m\u2019\u00e9tais demand\u00e9 plus d\u2019une fois si ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 moi que cela arriverait.<\/p>\n<p>Huey arr\u00eata son interrogatoire pour me parler. Comme d\u2019habitude, il ne portait pas de chemise, seulement un pantalon. Son corps brillait de la sueur due \u00e0 l\u2019abus de coca\u00efne. Il n\u2019avait probablement pas dormi depuis quarante-huit heures. Pourtant sa force ressortait encore, toujours aussi fascinante. Je crois que je l\u2019aime trop, pensai-je.<\/p>\n<p>Avant que je ne r\u00e9alise pourquoi j\u2019\u00e9tais venue, Huey me glissa dans un chuchotement th\u00e9\u00e2tral. \u00ab\u2009Elaine, c\u2019est important que tu retournes \u00e0 ta musique. Je veux que tu \u00e9tudies s\u00e9rieusement. Le parti paiera ce qu\u2019il faudra.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Ses yeux \u00e9taient vitreux et ses pupilles se dilataient de mani\u00e8re incontr\u00f4l\u00e9e. Ce qu\u2019il me disait n\u2019avait aucun sens. J\u2019essayai de cacher ma confusion, ma peur.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Merci, Huey\u2009\u00bb, dis-je angoiss\u00e9e, ne cherchant qu\u2019\u00e0 partir.<\/p>\n<p>D\u2019un coup, il leva sa main et me frappa en plein visage. Puis il attrapa ma m\u00e2choire d\u2019une main et me tira contre lui de l\u2019autre, nos nez se touchant presque.<\/p>\n<p>D\u2019un ton appuy\u00e9, il pronon\u00e7a\u2009: \u00ab\u2009Ne me remercie jamais. Si tu me remercies, cela suppose que tu es \u00e0 distance de moi, or tu es avec moi.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>En quelques secondes, mon esprit composa une \u00e9chappatoire, loin de lui et du parti. Je connaissais les signes. Il y en avait eu bien assez. J\u2019irais prendre ma fille, Ericka, pour rendre visite \u00e0 ma m\u00e8re \u00e0 Los Angeles, comme je l\u2019avais d\u00e9j\u00e0 fait plusieurs fois. Nous nous enfuirions. Bient\u00f4t. Ma d\u00e9cision \u00e9tait prise.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est que quelques jours plus tard que Callins fut tabass\u00e9 et Huey arr\u00eat\u00e9. Cela m\u2019avait pris pas mal de temps. Rien n\u2019avait plus d\u2019importance maintenant, car tout semblait fini.<\/p>\n<p>Prise par un sentiment d\u2019inanit\u00e9, je rassemblai l\u2019argent d\u00e9pos\u00e9 sur les divers comptes et propri\u00e9t\u00e9s pour payer la seconde caution de 80\u2009000\u202fdollars pour Huey. Lorsqu\u2019il fut rel\u00e2ch\u00e9, je le retrouvai au bureau de l\u2019huissier de justice, o\u00f9 il devait s\u2019acquitter de plusieurs signatures. Gwen \u00e9tait \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, accroch\u00e9e \u00e0 son bras. Il vint vers moi et me serra tendrement, il souffla \u00e0 mon oreille\u2009: \u00ab\u2009Au revoir.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Mes yeux se referm\u00e8rent sur mes larmes. Il \u00e9tait possible que je ne le revoie jamais. Sa d\u00e9termination \u00e0 partir se laissait lire dans son \u00e9treinte. Il ne pouvait \u00e9mettre aucun son, aucun mot ou sentiment qu\u2019il puisse d\u00e9voiler que je ne ressente dans mon \u00e2me.<\/p>\n<p>Il ne dirait rien sur les d\u00e9tails de son d\u00e9part, pour nous prot\u00e9ger tous. Il trouverait refuge au-del\u00e0 des fronti\u00e8res. Des Panth\u00e8res avaient d\u00e9j\u00e0 fait cela \u00e0 Cuba, en Alg\u00e9rie. Le tiers-monde r\u00e9volutionnaire accueillerait son fr\u00e8re c\u00e9l\u00e8bre qui arriverait du c\u0153ur de la b\u00eate. Il emm\u00e8nerait s\u00fbrement Gwen avec lui, elle que je consid\u00e9rais comme sa putain apolitique et sa servante loyale. Je ravalai mon ressentiment sur le coup, consciente que je n\u2019aurais jamais tenu dans le r\u00f4le d\u2019\u00e9pouse de Huey. Elle me regarda et nous \u00e9change\u00e2mes un sourire. Plus personne ne dit mot.<\/p>\n<p>Huey savait ce dont il avait besoin pour survivre. Au diable le parti, la politique, la rh\u00e9torique et les fid\u00e8les apeur\u00e9s, les \u00ab\u2009masses\u2009\u00bb comprises. Il se soulageait d\u2019un fardeau, tel un p\u00e8re abandonnant son enfant. Si jamais il revenait, il serait pardonn\u00e9.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res nuits apr\u00e8s le d\u00e9part de Huey d\u2019Oakland, Big Bob, Larry et moi-m\u00eame pass\u00e2mes tout notre temps \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la fa\u00e7on de faire face \u00e0 son absence, \u00e0 la fois pour le parti et pour la presse. Il \u00e9tait cens\u00e9 compara\u00eetre au tribunal dans les deux semaines \u00e0 venir. Nous d\u00e9battions si nous devions soutenir la folie du Divin P\u00e8re du peuple, qui avait su pendant des ann\u00e9es convaincre ses troupes, comme tout le monde du reste, que le \u00ab\u2009P\u00e8re\u2009\u00bb \u00e9tait bien vivant, alors qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mort. C\u2019est pendant l\u2019une de ces r\u00e9unions que la solution se pr\u00e9senta d\u2019elle-m\u00eame. Larry, Bob et moi \u00e9tions assis dans une cabine au Lamp Post, un bar-restaurant tenu par le parti. Un coup de fil sonna pour moi. J\u2019allai derri\u00e8re le bar. C\u2019\u00e9tait Huey.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Sauve mon parti\u2009\u00bb, commanda-t-il. Sa voix \u00e9tait faible, mais passionn\u00e9e. \u00ab\u2009Je ne reviendrai pas. Il n\u2019y a que toi qui peux le faire. Tu es mienne. Je ne peux faire confiance \u00e0 personne d\u2019autre dans mon parti.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Je ne peux pas le faire sans des appuis solides\u2009\u00bb, m\u2019entendis-je dire, la bouche s\u00e8che de peur et d\u2019excitation. \u00ab\u2009Tu le sais. Les fr\u00e8res n\u2019accepteront jamais\u2009\u00bb, continuai-je, tournant le dos au barman.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Laisse-moi parler \u00e0 mon gars\u2009\u00bb, dit Huey en pensant \u00e0 Big Bob.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009\u00c7a ne marchera jamais\u2009\u00bb, dis-je calmement, m\u2019\u00e9tonnant de la rapidit\u00e9 et de l\u2019assurance de ma r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009\u00c0 toi de d\u00e9cider.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Larry\u2009\u00bb, chuchotai-je.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Il est ici\u2009?\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Oui.\u2009\u00bb Je me tournai et fis signe \u00e0 Larry de venir derri\u00e8re le bar. Je lui passai le t\u00e9l\u00e9phone, en lui disant de qui il s\u2019agissait. Il le saisit avec d\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Oui, Monsieur, fr\u00e8re\u2009\u00bb, dit-il dans le combin\u00e9.<\/p>\n<p>Ensuite\u2009: \u00ab\u2009J\u2019ai bien compris, fr\u00e8re. Je te le promets.\u2009\u00bb Ensuite\u2009: \u00ab\u2009Avec ma vie, camarade. Tu as ma parole.\u2009\u00bb Il me rendit le t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Maintenant, tu prendras soin de mon parti\u2009? \u2009\u00bb, chuchota Huey.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Oui.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait fait. Pendant que Huey se ressourcerait, je maintiendrais et ferais rena\u00eetre ce qui semblait \u00e0 l\u2019agonie.<\/p>\n<p>Comme je me rendais compte de ce que cela impliquait, je comprenais que j\u2019avais pris cette d\u00e9cision cardinale de la mani\u00e8re la plus avis\u00e9e. J\u2019avais besoin de Larry. \u00ab\u2009La guerre et la politique sont indissociables dans un \u00c9tat fasciste\u2009\u00bb, disait le magnifique George Jackson. Nous ne pourrions mener aucune r\u00e9volution dans l\u2019\u00c9tat fasciste am\u00e9ricain sans avoir une arm\u00e9e. Notre arm\u00e9e \u00e9tait actuellement en d\u00e9route. Larry \u00e9tait un g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Big Bob avait \u00e9t\u00e9 le garde du corps de Huey, et en cela sa loyaut\u00e9 envers lui \u00e9tait assur\u00e9e. Il \u00e9tait vrai aussi que Big Bob avait d\u00e9j\u00e0 accept\u00e9 d\u2019\u00eatre dirig\u00e9 par une femme, Audrea Jones, lorsqu\u2019il \u00e9tait \u00e0 la section de Boston. Le gabarit de Bob, toutefois\u2002\u2013\u20021,83\u202fm pour 180\u202fkg\u2002\u2013\u2002le mettait mal \u00e0 l\u2019aise et son manque d\u2019autodiscipline rendait son \u00e9tat \u00e9motionnel instable. Il n\u2019avait simplement pas l\u2019\u00e9toffe d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Dans les semaines qui suivirent, la justesse de ma d\u00e9cision fut confirm\u00e9e. Nous \u00e9tions toujours tous les trois ensemble pendant tout le temps que nous mettions \u00e0 profit pour comprendre la situation du parti que Huey venait de l\u00e2cher.<\/p>\n<p>Nous d\u00e9cid\u00e2mes de repousser le plus longtemps possible la pr\u00e9paration d\u2019une n\u00e9cessaire assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de tous les chapitres. Nous devions d\u2019abord assurer les op\u00e9rations du parti \u00e0 Oakland, notre \u00e9tat-major national. Nous avions conclu en priorit\u00e9 qu\u2019il fallait \u00e9viter toute r\u00e9action potentiellement n\u00e9faste dans les rues de la ville \u00e0 la suite de la nouvelle de la disparition de Huey. Dans ces rues, Huey \u00e9tait une idole. La rumeur de son absence ne nous attirerait que des ennuis.<\/p>\n<p>Nous commen\u00e7\u00e2mes par la tourn\u00e9e chaque soir des avenues de l\u2019Oakland marginal, pour leur rappeler qu\u2019un changement de leader au sein du parti ne les affranchirait pas de leurs obligations\u2009: les tributs<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> devraient toujours \u00eatre vers\u00e9s. Les Noirs travaillant sur Oakland\u2002\u2013\u2002l\u00e9galement ou ill\u00e9galement\u2002\u2013\u2002savaient qu\u2019ils ne pouvaient pas \u00e9viter le parti. Dans notre r\u00e9volution, on \u00e9tait soit du c\u00f4t\u00e9 de la solution, soit du c\u00f4t\u00e9 du probl\u00e8me. Personne dans les rues d\u2019Oakland ne devait pouvoir choisir d\u2019\u00eatre de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, que ce soit avec ou sans Huey. Voil\u00e0 quel \u00e9tait notre message nocturne.<\/p>\n<p>En visite dans un bar de nuit tenu par un Noir, nous \u00e9tions assis \u00e0 une table jouxtant celle d\u2019un individu tr\u00e8s influent. Cet individu se lan\u00e7a aussit\u00f4t dans une conversation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment sonore avec ses amis, o\u00f9 il surnommait Big Bob le \u00ab\u2009gros lard\u2009\u00bb. Deux femmes de sa table se mirent \u00e0 ricaner. Bob se leva. Larry et moi nous lev\u00e2mes aussi. Bob se dirigea vers l\u2019individu et le frappa avec le dos de sa main d\u00e9mesur\u00e9e, l\u2019envoyant rouler au travers de la pi\u00e8ce, renversant tables, verres de scotch et de vodka avec leurs gla\u00e7ons. Les cohortes de grandes gueules saut\u00e8rent sur leurs pieds alors que Larry sortait son colt 45, et que je cherchais dans mon sac \u00e0 main mon .38 \u00e0 canon court. Nous d\u00fbmes reculer hors du bar comme des gangsters dans un film de s\u00e9rie B. C\u2019est l\u00e0 que je sus que Bob \u00e9tait un nid \u00e0 embrouilles que je ne pourrais jamais contr\u00f4ler.<\/p>\n<p>La justesse de ma d\u00e9cision de placer Larry \u00e0 la place vacante de chef de la s\u00e9curit\u00e9 me fut par la suite confirm\u00e9e de multiples fois. Je pris la mesure, par exemple, que les fr\u00e8res de l\u2019\u00e9quipe de s\u00e9curit\u00e9 avaient bien plus de respect pour Larry qu\u2019ils n\u2019avaient pu en avoir pour d\u2019autres chefs\u2002\u2013\u2002Huey inclus, que peu d\u2019entre eux connaissaient d\u2019ailleurs. De plus, Larry avait l\u2019esprit d\u2019initiative. Il avait un sens inn\u00e9 pour mettre au point des plans et pour organiser l\u2019h\u00e9bergement, la maintenance et l\u2019entretien de notre inventaire militaire, qui avait \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 en chantier depuis le d\u00e9part du fr\u00e8re de David Hilliard, June, l\u2019ancien chef de la s\u00e9curit\u00e9. De plus, Larry semblait savoir aussi bien que nos v\u00e9t\u00e9rans du Vietnam comment faire bon usage du large choix d\u2019armes dont nous disposions.<\/p>\n<p>Chaque propri\u00e9t\u00e9 des Panth\u00e8res h\u00e9bergeait des armes. C\u2019\u00e9tait notre engagement de base. Certaines maisons \u00e9taient de v\u00e9ritables arsenaux. Alors que nous passions en revue avec Larry et Bob les diff\u00e9rentes op\u00e9rations dans la Bay Area<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>, en Californie du Nord, je fus frapp\u00e9e par la richesse des armureries du parti.<\/p>\n<p>Nous avions de nombreuses planques \u00e0 Richmond, Berkeley, San Francisco, San Jos\u00e9, comme \u00e0 Oakland et dans d\u2019autres villes de la r\u00e9gion. Nous avions r\u00e9ellement des milliers d\u2019armes. Un grand nombre d\u2019AR-18 et des fusils automatiques \u00e0 canon court, des fusils \u00e0 lunettes 308, des Winchesters .3030, des Magnums 375 et des fusils \u00e0 gros calibre, des gros calibres 30, des M15 et des M16 ainsi qu\u2019un assortiment de fusils semi-automatiques, un nombre incalculable de fusils \u00e0 pompe, et des lance-grenades M79. Nous avions des valises, des remorques, des placards remplis de pistolets, d\u2019Astra et de Browning 9\u202fmm, des .45 automatiques, des .38, des 357 Magnum, .41 et .44 Magnum. Nous avions des centaines de bo\u00eetes de munitions, et un large stock d\u2019accessoires, comme des lunettes pour fusil (certains infrarouges), des silencieux, des tr\u00e9pieds, et des chargeurs de rechange. Nous avions des caches remplies d\u2019arcs et de fl\u00e8ches, de grenades, d\u2019explosifs et de divers dispositifs.<\/p>\n<p>C\u2019est en regardant l\u2019habilit\u00e9 et la pr\u00e9cision avec laquelle Larry organisait les fr\u00e8res des \u00e9quipes de s\u00e9curit\u00e9 pour recenser, classifier, nettoyer et relocaliser le moindre outil, que ma conviction d\u2019avoir pris correctement ma premi\u00e8re et plus importante d\u00e9cision fut renforc\u00e9e.<\/p>\n<p>Il y avait toutefois d\u2019autres probl\u00e8mes qui devaient \u00eatre r\u00e9solus avant d\u2019annoncer publiquement l\u2019exil de Huey et mon arriv\u00e9e aux commandes. La plupart de ces probl\u00e8mes tournaient autour du fait que le Black Panther Party avait \u00e9t\u00e9 le parti de Huey depuis trop longtemps. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 trop proche de lui pour le r\u00e9aliser avant. M\u00eame Bobby Seale ou June ou David Hilliard ou d\u2019autres membres du comit\u00e9 central, qui avaient d\u00e9missionn\u00e9 un mois plus t\u00f4t par col\u00e8re, ne pouvaient pas m\u2019aider. Huey, seul, avait gard\u00e9 le contr\u00f4le et les savoirs n\u00e9cessaires. Il avait manipul\u00e9 le parti de mani\u00e8re que personne ne puisse tout savoir, except\u00e9 lui-m\u00eame. C\u2019est pourquoi, pendant que Larry faisait l\u2019inventaire de chaque arme et \u00e9quipement, je cherchais \u00e0 recenser les divers comptes en banques, propri\u00e9t\u00e9s et autres titres du parti, j\u2019\u00e9pluchais tous les bureaux de nos quartiers g\u00e9n\u00e9raux et de nos d\u00e9pendances.<\/p>\n<p>En derni\u00e8re instance, je dus me r\u00e9soudre \u00e0 envisager notre probl\u00e8me principal, la probabilit\u00e9 de conflits internes du fait de ma direction. Et \u00e0 ce titre, je pressentais qu\u2019il y aurait des soucis avec Chicago, comme il y en avait d\u00e9j\u00e0, je le savais, avec Los Angeles.<\/p>\n<p>Le sud de la Californie, l\u00e0 o\u00f9 j\u2019avais rejoint le parti, n\u2019avait plus de chapitre officiel. L\u00e0-bas, tout se passait dans la clandestinit\u00e9. C\u2019est-\u00e0-dire que les Panth\u00e8res locales n\u2019avaient aucun lien officiel avec le parti. Ils vivaient en tout bien tout honneur, comme des gens ordinaires. Pourtant, ils abritaient une grande partie de l\u2019arsenal militaire du parti, avec lequel ils soutenaient ill\u00e9galement nos arri\u00e8res et permettaient de renforcer nos d\u00e9cisions politiques. Le chef de cette puissante et fid\u00e8le section \u00e9tait un n\u00e9vrotique imbu de lui-m\u00eame, avec qui je m\u2019\u00e9tais s\u00e9rieusement disput\u00e9e quelque temps auparavant. Ayant flair\u00e9 l\u2019absence de Huey, il s\u2019\u00e9tait rendu \u00e0 Oakland \u00e0 peine une semaine apr\u00e8s son d\u00e9part, accompagn\u00e9 de trois de ses hommes bien arm\u00e9s.<\/p>\n<p>Comme un charognard, Steve entra avec un air important dans le Lamp Post sans crier gare. Je le regardais de loin. J\u2019observais le spectacle absurde de cet homme retirant son manteau, commandant son cognac pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 et avisant les hommes de s\u00e9curit\u00e9. Cet homme \u00e9tait mon cauchemar.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait venu trop t\u00f4t. Je savais que fuir \u00e9tait impossible, mais ce test \u00e9tait un peu pr\u00e9matur\u00e9. Je ne savais pas encore si Larry me serait fid\u00e8le, et plus particuli\u00e8rement face \u00e0 un pr\u00e9tendant de l\u2019envergure de Steve, un fr\u00e8re et un homme lui aussi.<\/p>\n<p>En avan\u00e7ant vers la table de Steve, je pris une inspiration et ordonnai \u00e0 Larry de m\u2019\u00e9pauler. J\u2019esp\u00e9rais qu\u2019il suive.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Alors comme \u00e7a, le fr\u00e8re est parti\u2009\u00bb, dit Steve, un sourire affect\u00e9 sur ses l\u00e8vres. Il leva son verre de cognac en ma direction, portant un toast ironique alors que nous nous asseyions \u00e0 sa table.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Nous allons parler seul \u00e0 seul, Steve\u2009\u00bb, dis-je d\u2019un ton ferme, masquant comme je le pouvais ma nervosit\u00e9. Je fixais l\u2019autre Panth\u00e8re, qui se leva pour partir.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009\u00c7a fait un bail qu\u2019on s\u2019est pas vus, ma s\u0153ur.\u2009\u00bb Un sourire d\u00e9couvrit ses dents parfaitement blanches et brillantes. Il s\u2019enfon\u00e7a dans le luxueux cuir rouge du canap\u00e9, parfaitement assorti \u00e0 l\u2019\u00e9paisse moquette du bar.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Qu\u2019est-ce que tu viens faire ici\u2009? dis-je. Tu n\u2019as rien \u00e0 faire ici, et tu le sais. Tu dois partir.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Je voulais savoir ce qui se passait, ma s\u0153ur. J\u2019ai entendu dire que personne n\u2019avait vu Notre Serviteur depuis sa sortie sous caution\u2009\u00bb, dit-il en se r\u00e9f\u00e9rant par l\u00e0 Huey.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Ce n\u2019est pas une raison, fr\u00e8re<em>,<\/em> dit Larry. La camarade vient de te dire que tu n\u2019as rien \u00e0 faire ici. D\u00e9gage.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Huey m\u2019a fait un legs, fr\u00e8re, prof\u00e9ra-t-il avec un geste ample, comme s\u2019il tenait un sceptre. J\u2019ai mon business. Personne ne me dit ce que je dois faire.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Tout se passa tr\u00e8s vite. Larry mit sa main sous sa veste en avan\u00e7ant vers les fr\u00e8res dans le Lamp Post et en faisant signe. Big Bob arriva.<\/p>\n<p>Passant son colt .45 sous la table de Steve, Larry cracha \u00ab\u2009Ok, N\u00e9gro. Tu vas d\u00e9guerpir. Imm\u00e9diatement\u2009! Et te clouer le cul \u00e0 Los Angeles. T\u2019as pig\u00e9\u2009?\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u2009C\u2019est des conneries. Je veux parler directement au Serviteur\u2009! O\u00f9 est-ce qu\u2019il est\u2009? Il est vraiment parti\u2009?\u2009!\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Tu es en train de lui parler en ce moment, fr\u00e8re, dit Larry. Quand tu parles \u00e0 la s\u0153ur ici, tu parles \u00e0 Huey Newton.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Cela aurait pu \u00eatre pire, mais Steve le savait d\u00e9j\u00e0. Ses hommes le savaient. Larry l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 fait savoir. Steve se retira avec sa bande du Lamp Post cette nuit-l\u00e0. Quelques jours plus tard, il quittait Oakland pour retourner \u00e0 la clandestinit\u00e9 \u00e0 Los Angeles.<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait l\u00e0 qu\u2019une partie du d\u00e9lire dont j\u2019avais h\u00e9rit\u00e9. Le Black Panther Party \u00e9tait la cible de la plus violente agression des forces de police am\u00e9ricaines. Mais m\u00eame en mordant la poussi\u00e8re, son souffle restait br\u00fblant. C\u2019\u00e9tait aussi bien un lion \u00e0 dompter que le terrible glaive de la libert\u00e9 qu\u2019il nous fallait aff\u00fbter. En ao\u00fbt\u202f1974, au moment o\u00f9 je prenais la responsabilit\u00e9 du pouvoir, le Black Panther Party \u00e9tait le seul mouvement arm\u00e9 qui op\u00e9rait sur le sol des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Nous avions plusieurs milliers de troupes pr\u00eates \u00e0 mourir \u00e0 Oakland, en Californie, et dans presque tous les \u00c9tats de l\u2019Union.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions dot\u00e9s, bien s\u00fbr, d\u2019un riche arsenal militaire, et de branches clandestines en activit\u00e9 dans chaque chapitre, des fr\u00e8res entra\u00een\u00e9s au Vietnam et dans les rues mis\u00e9rables des \u00c9tats-Unis, qui pouvaient et n\u2019h\u00e9siteraient pas \u00e0 faire usage de la violence pour poursuivre nos objectifs politiques.<\/p>\n<p>Nous avions quasiment un million de dollars dans nos coffres. Nous avions un stock ahurissant de titres de propri\u00e9t\u00e9 du parti et des stocks massifs de mat\u00e9riel et de v\u00e9hicules. Nous touchions une taxe de la part des partis reconnus et des rues du ghetto, et les nouvelles contributions de la communaut\u00e9 des travailleurs noirs nous rapprochaient plus que jamais des objectifs fix\u00e9s par le parti. Nous avions aussi les contributions financi\u00e8res des membres du parti qui le pouvaient, gr\u00e2ce \u00e0 leur salaire ou \u00e0 d\u2019autres rentes, en plus des revenus de vente des produits du parti, tels que notre journal.<\/p>\n<p>L\u2019histoire du parti \u00e9tait charg\u00e9e d\u2019audace et de puissance, et elle avait suscit\u00e9 un soutien national et international chez des millions de personnes noires ou autres. Des centaines de milliers de personnes, noires, latinas, asiatiques, blanches, participaient ou \u00e9taient b\u00e9n\u00e9ficiaires des programmes de repas gratuits, de nos cliniques m\u00e9dicales gratuites<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>, de nos programmes d\u2019aide juridique, de nos programmes pour les prisons, pour les \u00e9coles ou pour l\u2019\u00e9ducation, de nos programmes de service pour les personnes \u00e2g\u00e9es, les adolescents, les enfants maltrait\u00e9s et les femmes battues comme pour les personnes sans abri. Des milliers d\u2019autres participaient \u00e0 notre programme d\u2019aide aux v\u00e9t\u00e9rans de la guerre de Vietnam, et au projet de droits des travailleurs. Plein d\u2019autres encore, dans tous les \u00c9tats-Unis, lisaient notre journal hebdomadaire, avec des abonnements individuels ou pris par des \u00e9coles ou des biblioth\u00e8ques. Des milliers d\u2019autres encore y souscrivaient en dehors des \u00c9tats-Unis, en Chine, en Cor\u00e9e du Nord, en Allemagne de l\u2019Est, \u00e0 Cuba, et ailleurs. De nombreux groupes de soutien aux Panth\u00e8res s\u2019\u00e9taient form\u00e9s \u00e0 l\u2019initiative de Blancs aux \u00c9tats-Unis, et par des habitants du Japon, d\u2019Italie, de France, de Su\u00e8de, du Danemark, et dans d\u2019autres pays, Isra\u00ebl compris. Nous avions aussi de nombreuses alliances avec des organisations progressistes au sein des \u00c9tats-Unis et avec des mouvements r\u00e9volutionnaires dans le monde entier, plus particuli\u00e8rement en Afrique, au nord comme au sud du Sahara.<\/p>\n<p>Comme je me pr\u00e9parais au discours de l\u2019apr\u00e8s-midi o\u00f9 j\u2019allais annoncer publiquement que je prenais la direction du parti, je m\u2019apercevais de l\u2019\u00e9tendue de la folie dont j\u2019h\u00e9ritais. Le Black Panther Party, dont Huey m\u2019avait confi\u00e9 la charge, restait une force \u00e0 ne pas sous-estimer. Nul doute qu\u2019il devait \u00eatre sauv\u00e9.<\/p>\n<p>En m\u2019adressant \u00e0 mes camarades, mon seul objectif \u00e9tait de faire avancer notre lutte pour la lib\u00e9ration totale du peuple noir aux \u00c9tats-Unis. Je d\u00e9diais ma vie au parti, afin de r\u00e9aliser l\u2019accomplissement d\u2019une r\u00e9volution socialiste aux \u00c9tats-Unis, que Huey revienne ou non. Je croyais au fond de moi-m\u00eame que c\u2019\u00e9tait possible, et je me sentais capable de le faire.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Le Black Panther Party, se coordonnant avec les \u00c9glises locales et des commerces, d\u00e9buta son Programme de petit d\u00e9jeuners gratuits pour les enfants (Free Breakfast for Children Program, FBCP) en janvier\u202f1969. \u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, ils avaient nourri 10\u2009000 enfants dans diff\u00e9rentes villes du pays en leur offrant un petit d\u00e9jeuner gratuit chaque jour avant qu\u2019ils n\u2019aillent \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. La dr\u00e9panocytose est une maladie g\u00e9n\u00e9tique apparue initialement en Afrique, en Inde mais \u00e9galement en Am\u00e9rique du Sud. Elle se caract\u00e9rise par une anomalie des globules rouges provoquant an\u00e9mie et douleurs. Cette pathologie touche aux \u00c9tats-Unis principalement la population noire et les traitements \u00e9taient alors peu d\u00e9velopp\u00e9s.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. Le Black Panther Party \u00e9tait organis\u00e9 en \u00ab\u2009chapitres\u2009\u00bb. Voici l\u2019explication que donne Elaine Brown de ce fonctionnement dans le chapitre 7 de cet ouvrage\u2009: \u00ab\u2009Les chapitres du parti \u00e9taient organis\u00e9s par \u00c9tats, \u00e0 part la Californie, o\u00f9 il y avait deux chapitres, un pour le nord et un pour le sud, dont nous \u00e9tions membres. Au sein de chaque chapitre, il y avait des branches pour chaque ville. Chaque branche \u00e9tait divis\u00e9e en sections, divis\u00e9es en sous-sections, elle-m\u00eame divis\u00e9es en escouades.\u2009\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. Cotisations per\u00e7ues par le parti.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. La San Francisco Bay Area, souvent appel\u00e9e Bay Area ou The Bay, la r\u00e9gion de la baie de San Francisco, s\u2019\u00e9tend sur neuf comt\u00e9s en Californie du Nord, avec pour villes principales San Francisco, San Jos\u00e9 et Oakland.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. Ce programme est connu sous le nom de Free Clinics. Leur objectif visant \u00e0 cr\u00e9er un service de soins \u00ab\u2009communautaires\u2009\u00bb ou de quartier. Le Black Panther Party, constatant que le syst\u00e8me de soins public \u00e9tait d\u00e9bord\u00e9 et peu accessible, des cliniques hors de prix, fit de la sant\u00e9 le sixi\u00e8me point de son programme\u2009: \u00ab\u2009People\u2019s Free Medical Research Clinics\u2009\u00bb. Ces consid\u00e9rations \u00e9taient partag\u00e9es par une grande partie des mouvements de l\u2019\u00e9poque. Le parti r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9tablir treize lieux dans le pays. Ces lieux de soins fond\u00e9s dans les ann\u00e9es 1970 \u00e0 la suite des Community Health Centers, sans aide de l\u2019\u00c9tat, cette fois, se tournaient vers l\u2019acc\u00e8s r\u00e9el dans les quartiers aux soins et \u00e0 l\u2019appropriation de sa sant\u00e9. Plusieurs restent encore ouverts aujourd\u2019hui.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5129\" aria-describedby=\"caption-attachment-5129\" style=\"width: 673px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/une-comme-un-gout-de-revolution.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-5129 size-large\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/une-comme-un-gout-de-revolution-683x1024.jpg\" alt=\"Autobiographie d'une Black Panther Collection :\u00a0\u00ab\u00a0Avant-premi\u00e8re \u00bb Auteur-e :\u00a0Elaine Brown Parution :\u00a0mai 2022 Pages :\u00a0496 Format :\u00a0150 x 210 ISBN :\u00a0978-2-84950-959-3\" width=\"683\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/une-comme-un-gout-de-revolution-683x1024.jpg 683w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/une-comme-un-gout-de-revolution-200x300.jpg 200w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/une-comme-un-gout-de-revolution-768x1152.jpg 768w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/une-comme-un-gout-de-revolution.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-5129\" class=\"wp-caption-text\">Autobiographie d&rsquo;une Black Panther Collection :\u00a0\u00ab\u00a0Avant-premi\u00e8re \u00bb Auteur-e :\u00a0Elaine Brown Parution :\u00a0mai 2022 Pages :\u00a0496 Format :\u00a0150 x 210 ISBN :\u00a0978-2-84950-959-3<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous avons le plaisir de publier en exclusivit\u00e9 un extrait du livre \u00a0\u00bb COMME UN GO\u00dbT DE R\u00c9VOLUTION \u00a0\u00bb\u00a0 Autobiographie d&rsquo; Elaine Brown ( Black Panther ) Avec l\u2019aimable autorisation des Editions Syllepse.\u00a0 PR\u00c9SENTATION Enfant des ghettos de Philadelphie, adolescente noire dans un monde violent, militante r\u00e9volutionnaire, chanteuse, cheffe du Black Panther Party\u00a0: dans ce &#8230; <a title=\"Extrait du livre \u00a0\u00bb COMME UN GO\u00dbT DE R\u00c9VOLUTION \u00a0\u00bb\u00a0 Autobiographie d&rsquo; Elaine Brown ( Black Panther )\u00a0\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5128\" aria-label=\"En savoir plus sur Extrait du livre \u00a0\u00bb COMME UN GO\u00dbT DE R\u00c9VOLUTION \u00a0\u00bb\u00a0 Autobiographie d&rsquo; Elaine Brown ( Black Panther )\u00a0\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5129,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,7,8,28,5],"tags":[355,500],"class_list":["post-5128","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-anti-imperialisme","category-negrophobie","category-prisons","category-racismes","category-violence-policiere","tag-black-panthers","tag-elaine-brown"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5128","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5128"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5128\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5133,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5128\/revisions\/5133"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5129"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5128"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5128"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5128"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}