{"id":5134,"date":"2022-05-01T18:27:36","date_gmt":"2022-05-01T17:27:36","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5134"},"modified":"2022-04-16T18:33:32","modified_gmt":"2022-04-16T17:33:32","slug":"entretien-avec-louisa-yousfi-autour-de-rester-barbare","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5134","title":{"rendered":"Entretien avec  Louisa Yousfi autour de Rester barbare."},"content":{"rendered":"<header class=\"entry-header\">\n<h4 class=\"entry-title\">Louisa Yousfi :\u00a0\u00ab\u00a0Plus je me gavais de culture l\u00e9gitime, plus je ressentais une impuissance \u00e0 \u00e9crire\u00a0\u00bb\u00a0<em>(Rester Barbare)<\/em><\/h4>\n<h4><span class=\"posted-by\"><span class=\"author vcard\">Entretiens Johan Faerber\u00a0<\/span><\/span>\u00a0<span class=\"posted-on\"><time class=\"entry-date published\" datetime=\"2022-04-04T08:00:54+02:00\">4 avril 2022<\/time><\/span>\u00a0<span class=\"cat-links\">\u00a0<\/span><\/h4>\n<\/header>\n<div class=\"entry-content\" data-first_letter=\"A\">\n<p><span class=\"dropcap\">A<\/span>utant le dire tout de suite\u00a0: avec\u00a0<em>Rester barbare,\u00a0<\/em>Louisa Yousfi livre un texte important. Essai litt\u00e9raire, manifeste politique du d\u00e9colonial, force de l\u2019\u00e9criture devant un monde qui s\u2019effondre, r\u00e9flexion sur l\u2019int\u00e9gration et l\u2019assimilation,\u00a0<em>Rester barbare\u00a0<\/em>sonde l\u2019irr\u00e9ductible d\u2019une parole que l\u2019Occident voudrait faire taire. De Mohammed Dib \u00e0 PNL, de la litt\u00e9rature au rap, Louisa Yousfi pose la barbarie comme puissance esth\u00e9tique et politique positive contre la rh\u00e9torique macroniste, lep\u00e9niste et zemmouriste de l\u2019ensauvagement. Une nouvelle voie se dessine pour qui \u00e9crit : elle est ici. Autant de nouvelles perspectives sur lesquelles\u00a0<em>Diacritik<\/em>\u00a0a souhait\u00e9 interroger avec Louisa Yousfi le temps d\u2019un grand entretien.<span id=\"more-88128\"><\/span><\/p>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<div class=\"entry-content\" data-first_letter=\"A\">\n<p><strong>Ma premi\u00e8re question voudrait porter sur les origines de l\u2019\u00e9criture de votre vif et n\u00e9cessaire\u00a0<em>Rester barbare\u00a0<\/em>qui vient de para\u00eetre \u00e0 La Fabrique. Comment vous est venue l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9crire cet essai qui, de Mohammed Dib jusqu\u2019\u00e0 PNL, sonde \u00e0 partir d\u2019une r\u00e9flexion de Kateb Yacine ce qui \u00ab\u00a0reste barbare\u00a0\u00bb\u00a0? Comme s\u2019est \u00e9labor\u00e9 ce livre et comment s\u2019est impos\u00e9e \u00e0 vous sa composition par suite de saisies monographies\u00a0? Diriez-vous qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une mani\u00e8re de manifeste et, si oui, si vous pourriez le qualifier de d\u00e9colonial\u00a0? S\u2019agissait-il de la vis\u00e9e premi\u00e8re\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Tout a commenc\u00e9 avec cet \u00e9nonc\u00e9 de Kateb Yacine\u00a0: \u00ab\u00a0je sens que j\u2019ai tellement de choses \u00e0 dire qu\u2019il vaut mieux que je ne sois pas trop cultiv\u00e9. Il faut que je garde une esp\u00e8ce de barbare, il faut que je reste barbare.\u00a0\u00bb En \u00e9coutant cette formule pour la premi\u00e8re fois, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 travers\u00e9e par le sentiment qu\u2019elle allait me \u00ab\u00a0d\u00e9livrer\u00a0\u00bb. C\u2019\u00e9tait la formule d\u2019une condition \u2013 celle des populations issues de l\u2019immigration postcoloniale \u2013 et d\u2019un processus auquel elles \u00e9taient destin\u00e9es \u2013 tragiquement destin\u00e9es\u00a0: l\u2019int\u00e9gration. Pourquoi tragiquement\u00a0? Parce que cette int\u00e9gration repose tacitement sur l\u2019id\u00e9e que pour se tailler une place dans la soci\u00e9t\u00e9, il faut abandonner, sinon renier, tout ce qui fonde notre \u00eatre le plus \u00e9l\u00e9mentaire\u00a0: nos traditions, notre religion, notre langue, notre culture. En tant que fille d\u2019immigr\u00e9s alg\u00e9riens, musulmans, ouvriers, analphab\u00e8tes, ce processus d\u2019\u00ab\u00a0effacement\u00a0\u00bb de soi, de \u00ab\u00a0domestication\u00a0\u00bb, qu\u2019on appelle aussi \u00ab\u00a0acculturation\u00a0\u00bb, se rejouait \u00e0 tous les endroits, et notamment \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019\u00e9criture. Plus je me gavais de culture l\u00e9gitime, plus je ressentais une impuissance \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 dire, moins j\u2019avais \u00ab\u00a0de choses \u00e0 dire\u00a0\u00bb. Quoi de plus normal\u00a0? Ne dit-on pas que pour \u00e9crire, il faut pouvoir se tenir au plus pr\u00e8s de soi, de sa v\u00e9rit\u00e9 intime, qu\u2019il faut \u00eatre \u00ab\u00a0authentique\u00a0\u00bb\u00a0?\u00a0<img decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-88131 jetpack-lazy-image jetpack-lazy-image--handled\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?resize=419%2C640&amp;ssl=1\" sizes=\"(max-width: 419px) 100vw, 419px\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?w=419&amp;ssl=1 419w, https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?resize=196%2C300&amp;ssl=1 196w, https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?resize=98%2C150&amp;ssl=1 98w, https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?resize=393%2C600&amp;ssl=1 393w\" alt=\"\" width=\"419\" height=\"640\" data-attachment-id=\"88131\" data-permalink=\"https:\/\/diacritik.com\/2022\/04\/04\/louisa-yousfi-plus-je-me-gavais-de-culture-legitime-plus-je-ressentais-une-impuissance-a-ecrire-rester-barbare\/yousfi-barbare\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?fit=419%2C640&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"419,640\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"Yousfi \u2013 Barbare\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?fit=196%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?fit=419%2C640&amp;ssl=1\" data-recalc-dims=\"1\" data-lazy-loaded=\"1\" \/>Mais comment \u00e9crire lorsqu\u2019on a pass\u00e9 sa vie \u00e0 emp\u00eacher pr\u00e9cis\u00e9ment cette \u00ab\u00a0authenticit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e0 la refouler, parce que le syst\u00e8me dans lequel nous sommes condamn\u00e9s \u00e0 vivre exige de se conformer \u00e0 des normes qui s\u2019imposent comme les seules dignes d\u2019\u00eatre embrass\u00e9es\u00a0? En dehors de la civilisation occidentale, point de salut. C\u2019est la jungle, la zone du non-\u00eatre. Comment on \u00e9crit \u00e0 partir de \u00e7a\u00a0? Avec cette formule \u00ab\u00a0rester barbare\u00a0\u00bb, un nouvel horizon s\u2019ouvrait. En cela, je crois que oui, on peut parler de \u00ab\u00a0manifeste d\u00e9colonial\u00a0\u00bb parce qu\u2019il pose un horizon esth\u00e9tique radical\u00a0: aller chercher ce qui, en nous, r\u00e9siste \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019int\u00e9gration, cette \u00ab\u00a0friche\u00a0\u00bb, ce \u00ab\u00a0fond d\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb, que j\u2019appelle \u00ab\u00a0notre barbarie intime\u00a0\u00bb et dont Mohammed Dib parle comme d\u2019un \u00ab\u00a0grand soleil\u00a0\u00bb, \u00e0 la fois douloureux \u00e0 regarder en face et propice \u00e0 des fulgurances de sens lib\u00e9r\u00e9es de la pr\u00e9tention civilisationnelle de l\u2019Occident ou des passions tristes de nos r\u00e9cits de \u00ab\u00a0mal-int\u00e9gr\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Pour en venir au c\u0153ur de votre propos,\u00a0<em>Rester barbare\u00a0<\/em>d\u00e9ploie la question de la barbarie en deux sens que l\u2019ensemble de l\u2019essai va successivement sinon simultan\u00e9ment sonder\u00a0: un sens esth\u00e9tique auquel vient s\u2019ajouter une signification politique. Le sens esth\u00e9tique, tout d\u2019abord. D\u2019embl\u00e9e, vous liez la barbarie telle que Kateb Yacine l\u2019\u00e9voque \u00e0 une puissance d\u2019authenticit\u00e9, de vitalit\u00e9 et de v\u00e9rit\u00e9. Vous dites ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0La barbarie, une vitalit\u00e9 primitive qui permet l\u2019\u00e9criture vraie, le geste pur, la po\u00e9sie.\u00a0\u00bb Comment se manifeste ainsi, selon vous, esth\u00e9tiquement cet effort pour rester barbare\u00a0? Vous dites notamment qu\u2019il s\u2019agit, pour rester barbare, de lutter contre ce que vous nommez les \u00ab\u00a0bien-parlants\u00a0\u00bb\u00a0? \u00ab\u00a0Barbare\u00a0\u00bb serait-il alors la recherche d\u2019une mani\u00e8re de parler au sens \u00e9tymologique du terme\u00a0: parler une langue autre\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Le barbare est une figure qui m\u2019int\u00e9resse parce qu\u2019elle nous arrive du futur. Il ne vient pas de ce pass\u00e9 qu\u2019on reproche souvent aux descendants de l\u2019immigration de fantasmer ou de ruminer, p\u00e9tris que nous serions de ressentiments et de pr\u00e9tentions \u00ab\u00a0identitaires\u00a0\u00bb. Le barbare est toujours appel\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0venir\u00a0\u00bb, il est une menace\u2026 ou un espoir, selon o\u00f9 l\u2019on se situe. Comme il a \u00e9t\u00e9 exclu de la civilisation, il en est son produit et en m\u00eame temps quelque chose d\u2019autre qui a \u00ab\u00a0pouss\u00e9\u00a0\u00bb dans les confins, sous le contr\u00f4le d\u2019aucun empire. Il est un \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0bug dans la matrice\u00a0\u00bb. On touche ici \u00e0 la bizarrerie de la condition postcoloniale\u00a0: des barbares qui parlent la langue de l\u2019Empire, en ma\u00eetrisent parfaitement les codes mais qui ont de s\u00e9rieux comptes \u00e0 r\u00e9gler avec elle. La barbarie serait effectivement une \u00ab\u00a0langue autre\u00a0\u00bb mais qui se ferait entendre \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un grand saccage, d\u2019un \u00ab\u00a0attentat\u00a0\u00bb. C\u2019est \u00e0 \u00e7a qu\u2019on doit reconna\u00eetre le barbare\u00a0: quand il arrive en litt\u00e9rature, quelque chose se passe. Il faut ajouter\u00a0: enfin\u00a0! Qu\u2019est-ce qu\u2019on s\u2019emmerdait avant, qu\u2019est-ce qu\u2019on \u00e9touffait. Dans le po\u00e8me c\u00e9l\u00e8bre de Constantin Cavafy \u00ab\u00a0En attendant les barbares\u00a0\u00bb, j\u2019aime l\u2019id\u00e9e que l\u2019inqui\u00e9tude supr\u00eame, ce n\u2019est pas que les barbares arrivent mais qu\u2019il n\u2019y ait plus de barbares, qu\u2019ils puissent ne pas exister pas et que tout demeurera ainsi. Comme si la possibilit\u00e9 de leur surgissement nous retenait d\u2019\u00eatre tout \u00e0 fait foutus. \u00ab\u00a0Qu\u2019allons-nous devenir sans les barbares\u00a0?\u00a0\u00bb dit le po\u00e8me. Je reconduis l\u2019inqui\u00e9tude \u00e0 un niveau plus intime\u00a0: que vais-je devenir sans ma barbarie\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Le second sens que rev\u00eat l\u2019injonction \u00ab\u00a0Rester barbare\u00a0\u00bb se fait plus clairement politique. Dans des pages fortes et vives, vous posez ce rester barbare comme cette part \u00ab\u00a0d\u2019inassimilable en nous\u00a0\u00bb, posant \u00e9galement d\u2019embl\u00e9e une\u00a0<em>parole situ\u00e9e.\u00a0<\/em>Cette situation de la parole se fait \u00e9minemment politique car \u00e0 qui, sinon \u00e0 quelle communaut\u00e9, renvoie-t-elle ? Ma question suivante voudrait porter plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur le sens politique lui-m\u00eame et violemment contemporain par lequel on doit comprendre votre usage de la \u00ab barbarie \u00bb. En effet, si ce mot prend un sens, c\u2019est contre l\u2019usage d\u2019un autre terme : \u00ab ensauvagement \u00bb qui inonde le discours politique. En quoi ainsi poser le terme de \u00ab barbarie \u00bb, c\u2019est lutter, selon vous, contre la notion d\u2019extr\u00eame droite, celle d\u2019\u00ab ensauvagement \u00bb ?<\/strong><\/p>\n<p>Kateb Yacine \u00e9tait un \u00ab\u00a0barbare\u00a0\u00bb parce qu\u2019il \u00e9tait Alg\u00e9rien. Le terme est donc d\u2019abord une offense, une insulte lanc\u00e9e par la civilisation occidentale \u00e0 l\u2019ensemble des peuples colonis\u00e9s et que Kateb Yacine se r\u00e9approprie, par le truchement d\u2019un retournement du stigmate. Aujourd\u2019hui, les barbares\u00a0sont entr\u00e9s, du moins certains d\u2019entre eux. Malgr\u00e9 cela, ils demeurent des barbares, des \u00eatres mal assimil\u00e9s qui font peser sur l\u2019Empire la menace constante d\u2019une s\u00e9dition \u2013 le s\u00e9paratisme \u2013 ou d\u2019une contamination morale. C\u2019est le sens du mot \u00ab\u00a0ensauvagement\u00a0\u00bb, formul\u00e9 par l\u2019extr\u00eame-droite, repris au sein m\u00eame du gouvernement Macron, pour \u00e9voquer \u00ab\u00a0l\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb dans les banlieues fran\u00e7aises, visant les hommes noirs et arabes des quartiers. C\u2019est eux la figure de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 radicale, les \u00ab\u00a0irr\u00e9cup\u00e9rables\u00a0\u00bb. Plut\u00f4t que de se lancer dans une d\u00e9monstration inverse en prouvant notre respectabilit\u00e9, notre humanit\u00e9 \u2013 attitude o\u00f9 l\u2019on risque de s\u2019\u00e9puiser sans grand succ\u00e8s \u2013 il est pr\u00e9f\u00e9rable de lire le stigmate autrement. \u00ab\u00a0Barbare\u00a0\u00bb, ce qui a \u00e9t\u00e9 ainsi nomm\u00e9 par le civilisateur, c\u2019est notre part d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et d\u2019inassimilable, c\u2019est-\u00e0-dire cette part qu\u2019il craint parce qu\u2019elle menace ses ambitions totalitaires, v\u00e9ritablement \u00ab\u00a0identitaires\u00a0\u00bb, qui n\u2019acceptent pas qu\u2019on puisse habiter ce monde autrement et en \u00e9gale dignit\u00e9. Cette approche permet de sortir de la posture d\u00e9fensive qui impose de montrer pattes blanches, de rassurer ceux qui estiment qu\u2019il y a mati\u00e8re \u00e0 douter de notre humanit\u00e9. Elle dit \u00ab\u00a0oui et alors\u00a0?\u00a0\u00bb. C\u2019est une strat\u00e9gie de la rupture, \u00e0 partir de laquelle il devient possible de cr\u00e9er une r\u00e9sistance en pure positivit\u00e9. En ce sens, on pourrait effectivement dire que la \u00ab\u00a0barbarie\u00a0\u00bb est le pendant positif de la rh\u00e9torique raciste de l\u2019ensauvagement.<\/p>\n<p><strong>S\u2019agissant toujours de l\u2019usage politique du \u00ab\u00a0rester barbare\u00a0\u00bb que vous invoquez, son usage permet de mieux distinguer le fonctionnement du racisme dont vous souligner le socle discursif, parlant du racisme comme d\u2019un discours de haine qui s\u2019auto-r\u00e9alise dans la haine et le meurtre. En quoi \u00ab\u00a0rester barbare\u00a0\u00bb permet de lutter contre le racisme\u00a0? Plus largement, faut-il lire votre titre comme une injonction militante\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai une conviction intime\u00a0: le v\u00e9ritable sens des choses est cach\u00e9 dans leur envers. C\u2019est pourquoi je proc\u00e8de successivement \u00e0 des retournements discursifs, comme celui qui consiste \u00e0 affirmer que \u00ab\u00a0l\u2019ensauvagement est un processus int\u00e9grationniste\u00a0\u00bb. Cela signifie que l\u2019int\u00e9gration nous ab\u00eeme non pas seulement parce qu\u2019elle nous oblige \u00e0 abandonner une partie de notre identit\u00e9, mais parce qu\u2019elle nous fait endosser le crime dont nous souffrons nous-m\u00eames. S\u2019int\u00e9grer dans ce syst\u00e8me racial, pyramidal, c\u2019est forc\u00e9ment chercher \u00e0 ne pas se retrouver tout en bas, chercher quelqu\u2019un sur le dos duquel on va pouvoir n\u00e9gocier un privil\u00e8ge. Endosser le crime de l\u2019Europe, c\u2019est \u00e7a le sens de l\u2019int\u00e9gration. Au moment de passer la fronti\u00e8re symbolique de l\u2019Empire, comment ne pas la reconduire derri\u00e8re soi\u00a0? Comment ne pas trahir cette communaut\u00e9 de destin que constituent tous les peuples du Sud dont nous sommes issus\u00a0? Ce sont l\u00e0 des questions qui doivent nous emp\u00eacher de consid\u00e9rer la question de l\u2019int\u00e9gration comme allant de soi, comme un processus salutaire et progressiste. Il faut r\u00e9sister \u00e0 ces chim\u00e8res et se permettre un horizon diff\u00e9rent qui conjure cette position uniquement \u00ab\u00a0protestataire\u00a0\u00bb consistant \u00e0 n\u00e9gocier notre part du g\u00e2teau. Rester barbare, c\u2019est dire\u00a0: nous portons en nous la possibilit\u00e9 d\u2019un projet qui d\u00e9racine les mauvaises herbes du monde. Un projet qui pourrait tous nous sauver, et qui appelle \u00e0 la fois sa traduction politique \u2013 que je situe personnellement du c\u00f4t\u00e9 du mouvement d\u00e9colonial \u2013 et esth\u00e9tique\u00a0: que j\u2019appelle de mes v\u0153ux.<\/p>\n<p><strong>Ce qui ne manque pas de frapper au c\u0153ur de vos brillantes pages, c\u2019est combien dans\u00a0<em>Rester barbare\u00a0<\/em>la litt\u00e9rature occupe pour vous une place centrale pour ne pas dire essentielle dans le rapport politique qui se tisse au monde. On comprend m\u00eame, partant le plus souvent d\u2019un \u00e9crivain, qu\u2019il s\u2019agisse de Kateb Yacine ou Mohammed Dib, que vous expliquez le monde par la litt\u00e9rature dans un effort consid\u00e9rable pour d\u00e9payser la litt\u00e9rature et s\u2019en servir de mani\u00e8re heuristique. En quoi existe-t-il selon vous une n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse \u00e0 proposer du monde une lecture politique par la litt\u00e9rature\u00a0? Qu\u2019est-ce la litt\u00e9rature offre de la saisie politique que la politique n\u2019offre pas notamment\u00a0?\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Une id\u00e9e comme \u00ab\u00a0l\u2019ensauvagement est un processus int\u00e9grationniste\u00a0\u00bb, il faut faire beaucoup d\u2019efforts d\u2019abstraction pour tenter de la saisir correctement. On a besoin de la d\u00e9ployer, d\u2019\u00e9laborer toutes les \u00e9tapes de sa formulation pour en comprendre la logique, en valider la coh\u00e9rence. Dans le roman de Chester Himes auquel je consacre un chapitre, on comprend l\u2019id\u00e9e d\u2019un seul morceau. Elle nous arrive comme un poing dans la gueule. C\u2019est le surgissement du r\u00e9el, sa v\u00e9rit\u00e9 nue. On est forc\u00e9 de l\u2019accepter. C\u2019est \u00e7a la force de la litt\u00e9rature, son esp\u00e8ce de barbarie. Habiter les id\u00e9es sans avoir \u00e0 les clarifier, \u00e0 les expliquer. Comme on se tient sur un point de basculement, on est saisi de vertige parce qu\u2019on a un acc\u00e8s direct \u00e0 ce que ces id\u00e9es engagent v\u00e9ritablement avec elles. C\u2019est l\u00e0 que la politique prend sens, que les lignes de fractures qu\u2019elle op\u00e8re se comprennent. Pas gr\u00e2ce \u00e0 une clarification mais au contraire \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un trouble qui permet ce que l\u2019analyse politique seule ne pourrait faire advenir\u00a0: une saisie du r\u00e9el par ses effets imm\u00e9diats, par l\u2019intranquilit\u00e9 qu\u2019il provoque en nous. N\u00e9anmoins, je ne suis pas convaincue par l\u2019id\u00e9e que la litt\u00e9rature serait un espace de libert\u00e9 absolue tandis que la politique constituerait un surmoi castrateur, qui brimerait la cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019\u00e9crivain en le soumettant \u00e0 un imp\u00e9ratif de justesse id\u00e9ologique. Nous sommes forc\u00e9ment p\u00e9tris d\u2019id\u00e9ologie et ne pas le savoir, c\u2019est simplement \u00eatre p\u00e9tri de l\u2019id\u00e9ologie dominante. Ce que permet une litt\u00e9rature \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb, c\u2019est une litt\u00e9rature qui incarne dans sa forme \u2013 pas seulement dans le contenu \u2013 un nouveau rapport au monde, qui t\u00e2che de ne pas reproduire certaines formes h\u00e9g\u00e9moniques tellement ancr\u00e9es en nous qu\u2019on ne les questionne pas. C\u2019est le souci constant du juste\u00a0\u2013 j\u2019allais dire de la justice\u00a0: le mot juste, la forme juste. \u00c0 condition bien s\u00fbr que par \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb, on n\u2019entende pas cette esp\u00e8ce de vitrine consensuelle des luttes pass\u00e9es \u00e0 la moulinette int\u00e9grationniste mais plut\u00f4t comme la capacit\u00e9 toujours renouvel\u00e9e d\u2019aff\u00fbter les antagonismes, d\u2019assumer les conflictualit\u00e9s, de cr\u00e9er de nouvelles lignes de fractures qui sont \u00e0 l\u2019origine de trouvailles formelles et litt\u00e9raires.<\/p>\n<p><strong>Pour demeurer sur l\u2019usage de la litt\u00e9rature, vous avancez une id\u00e9e neuve et forte qui consiste \u00e0 condamner l\u2019usage m\u00eame de la litt\u00e9rature comme outil de l\u00e9gitimation. La litt\u00e9rature serait l\u2019anti-barbarie, la preuve m\u00eame d\u2019une assimilation\u00a0: l\u2019usage bourgeois assimilationniste qui r\u00e9duit toute diff\u00e9rence et permet de compter de\u00a0<em>civiliser\u00a0<\/em>ceux qui ne le seraient pas selon eux. Vous en parlez notamment \u00e0 partir de Booba dont, bien \u00e9videmment, la critique litt\u00e9raire bourgeoise a tout de suite d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un po\u00e8te, ce qu\u2019a refus\u00e9 avec force Booba en r\u00e9ponse dans l\u2019une de ses chansons. En quoi assimiler Booba \u00e0 un po\u00e8te est-il une mani\u00e8re de nier son identit\u00e9 selon vous\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Va t\u2019faire niquer toi et tes livres\u00a0\u00bb, c\u2019est la r\u00e9ponse \u00e0 laquelle vous faites r\u00e9f\u00e9rence. C\u2019est important de le rappeler parce qu\u2019elle se suffit \u00e0 elle-m\u00eame\u00a0! On comprend tout ce qu\u2019elle veut dire\u00a0: qu\u2019on ne lui l\u2019a fait pas. Ceux qui pr\u00e9tendent le consacrer en le faisant entrer sous le giron de la litt\u00e9rature avec un grand L ne sont que des \u00ab\u00a0domesticateurs\u00a0\u00bb qui voudraient ainsi pouvoir l\u2019attraper dans leurs filets, en le for\u00e7ant \u00e0 entrer dans leurs cat\u00e9gories de jugement, leur grille d\u2019analyse. Certains gardiens du \u00ab\u00a0temple\u00a0\u00bb de la litt\u00e9rature ont toujours eu des vues sur les marges qui pr\u00e9tendaient la menacer. Ils y voient une occasion de se renouveler, de se \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer\u00a0\u00bb au contact de ses \u00e9meutiers. L\u2019objectif est li\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9lucidation\u00a0\u00bb du sujet barbare\u00a0: plus on en sait \u00e0 son sujet, plus il est cern\u00e9, plus il est neutralis\u00e9. Sa puissance est d\u00e9tourn\u00e9e \u00e0 l\u2019usage de l\u2019Empire. C\u2019est un point important dans mon exploration du \u00ab\u00a0rester-barbare\u00a0\u00bb. C\u2019est dans le rap que j\u2019ai trouv\u00e9 la traduction esth\u00e9tique de cette formule. Les rappeurs que j\u2019analyse ont su inventer une forme, un lieu d\u2019\u00e9nonciation \u00e0 partir duquel ils se sont soustraits \u00e0 l\u2019injonction de l\u2019exemplarit\u00e9, o\u00f9 ils se permettent de ravager la langue. On a alors l\u2019impression qu\u2019elle prend vie, qu\u2019elle va venir frapper la mati\u00e8re. Comment imaginer un destin litt\u00e9raire du rap\u00a0? C\u2019est le chantier qui nous attend.<\/p>\n<p><strong>En contrepoint \u00e0 l\u2019usage bourgeois et n\u00e9ocolonial de la po\u00e9sie tel qu\u2019on vient de l\u2019\u00e9voquer, vous consacrez de belles pages \u00e0 l\u2019analyse pr\u00e9cise et percutante du projet de PNL dont la vie, la carri\u00e8re et les textes entrent selon vous dans le c\u0153ur m\u00eame du projet de\u00a0<em>Rester barbare.\u00a0<\/em>Vous dites ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Se raconter en barbare devient une fa\u00e7on paradoxale de se raconter en humain sans se livrer aux bons sentiments de la civilisation, \u00e0 son mis\u00e9rabilisme pervers.\u00a0\u00bb En quoi rester barbare comme le montre PNL, c\u2019est \u00eatre pour toujours\u00a0<em>irr\u00e9cup\u00e9rable\u00a0<\/em>?<\/strong><\/p>\n<p>Chez PNL, il y a une sophistication de la formule \u00ab\u00a0rester barbare\u00a0\u00bb, qui touche \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 de la domination raciale, domination pas seulement structurelle mais intime. En s\u2019immis\u00e7ant dans tous les recoins de l\u2019existence, le racisme fait de tout ce que nous sommes une terre de conqu\u00eate. Face \u00e0 cela, le geste \u00e9mancipateur, paradoxalement, c\u2019est de cl\u00f4turer, de fermer la porte, de s\u00e9curiser un lieu, pour prot\u00e9ger nos derniers tr\u00e9sors. Mais d\u00e8s lors que la porte est ferm\u00e9e, tout devient possible. On peut \u00eatre tout ce qu\u2019on veut. Chez PNL, c\u2019est tr\u00e8s clair. Il faut d\u2019abord poser le QLF (Que la famille), qui d\u00e9limite un cercle tr\u00e8s restreint, pour se permettre de vivre enfin, se permettre de pleurer, de s\u2019aimer. Ce \u00ab\u00a0sectarisme esth\u00e9tique\u00a0\u00bb est passionnant \u00e0 analyser notamment parce qu\u2019il parvient \u00e0 toucher des millions d\u2019\u00e2mes. Il est construit sur une tension que tout \u00e9crivain r\u00eave de tenir : la volont\u00e9 d\u2019atteindre les masses tout en prot\u00e9geant son \u0153uvre de la pr\u00e9dation du monde moderne qui engloutit tout sur son passage.<\/p>\n<p><strong>Ma derni\u00e8re question voudrait enfin porter sur vos tr\u00e8s fortes pages de conclusion. Notamment sur une phrase qui me para\u00eet synth\u00e9tiser la puissance esth\u00e9tique et politique que le rester barbare suppose et entend d\u00e9ployer\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne marcherons pas dans la combine.\u00a0\u00bb De quelle combine s\u2019agit-il et pourquoi rester barbare consiste \u00e0 s\u2019en soustraire\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai voulu effacer ma position d\u2019\u00e9nonciation, \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 on m\u2019attendait\u00a0: que j\u2019\u00e9crive en tant que femme issue de l\u2019immigration\u2026\u00a0<img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-88131 jetpack-lazy-image jetpack-lazy-image--handled\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?resize=419%2C640&amp;ssl=1\" sizes=\"(max-width: 419px) 100vw, 419px\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?w=419&amp;ssl=1 419w, https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?resize=196%2C300&amp;ssl=1 196w, https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?resize=98%2C150&amp;ssl=1 98w, https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?resize=393%2C600&amp;ssl=1 393w\" alt=\"\" width=\"419\" height=\"640\" data-attachment-id=\"88131\" data-permalink=\"https:\/\/diacritik.com\/2022\/04\/04\/louisa-yousfi-plus-je-me-gavais-de-culture-legitime-plus-je-ressentais-une-impuissance-a-ecrire-rester-barbare\/yousfi-barbare\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?fit=419%2C640&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"419,640\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"Yousfi \u2013 Barbare\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?fit=196%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/diacritik.com\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Yousfi-Barbare.jpeg?fit=419%2C640&amp;ssl=1\" data-recalc-dims=\"1\" data-lazy-loaded=\"1\" \/>C\u2019est une position pi\u00e9g\u00e9e, min\u00e9e, parce qu\u2019elle trimballe avec elle toute une histoire malheureuse\u00a0: ce que j\u2019appelle le r\u00e9cit de \u00ab\u00a0la Beurette contre les Barbares\u00a0\u00bb. Ce dont je me f\u00e9licite, c\u2019est qu\u2019\u00e0 la faveur d\u2019une politisation intense et d\u2019une radicalisation de la lutte antiraciste, cette \u00e8re est finie. Il n\u2019est plus question de d\u00e9tourner nos int\u00e9r\u00eats de genre sur le dos de notre communaut\u00e9, de faire de nous des grandes pr\u00eatresses de l\u2019int\u00e9gration r\u00e9publicaine. Mais en m\u00eame temps, je rep\u00e8re un loup. Ce geste qui accompagne un \u00e9lan \u00e9mancipateur rejoue toujours la dichotomie du bien et du mal en fonction de nos degr\u00e9s d\u2019int\u00e9gration, en valorisant notamment les aspects les plus avenants, plut\u00f4t exemplaires de nos vies. Par ailleurs, il s\u2019inscrit \u00e9galement dans une forme tr\u00e8s classique. En tentant de r\u00e9parer nos repr\u00e9sentations, on s\u2019est rendus inoffensifs aux yeux du pouvoir qui constate ceci\u00a0: si nous d\u00e9testons le mot \u00ab\u00a0int\u00e9gration\u00a0\u00bb, ce n\u2019est pas que nous r\u00e9pugnions au projet politique qui le porte, c\u2019est que l\u2019on s\u2019offense d\u2019avoir encore \u00e0 prouver une loyaut\u00e9 dont nous avons d\u00e9j\u00e0 d\u00e9ploy\u00e9 toutes les manifestations.\u00a0<em>Ne nous parlez plus d\u2019int\u00e9gration, puisque nous sommes d\u00e9j\u00e0 int\u00e9gr\u00e9s\u00a0!<\/em>\u00a0C\u2019est l\u00e0 notre seule ligne de d\u00e9fense\u00a0! L\u2019Empire nous a gob\u00e9s comme des mouches, nous en sommes devenus ses serviteurs z\u00e9l\u00e9s tout en se convaincant d\u2019\u00eatre \u00e0 la pointe d\u2019une d\u00e9marche lib\u00e9ratrice. Ce que j\u2019appelle \u00ab\u00a0la voie du bl\u00e2me\u00a0\u00bb, ce n\u2019est pas seulement une voie par laquelle nous revendiquerons notre droit \u00e0 la laideur. C\u2019est une invitation \u00e0 \u00ab\u00a0se m\u00e9fier des apparences\u00a0\u00bb pour le dire simplement\u00a0: ce qui nous appara\u00eet laid et indigne ne l\u2019est qu\u2019\u00e0 partir d\u2019un certain regard. Il suffit d\u2019enfiler ces nouvelles lunettes du \u00ab\u00a0rester barbare\u00a0\u00bb pour voir cette barbarie sous un jour nouveau. Derri\u00e8re chacune de nos barbaries, il y a toujours quelque chose qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre sauv\u00e9, qui pourrait nous sauver. Et ce quelque chose \u00ab\u00a0fait monde\u00a0\u00bb\u00a0: il est l\u2019utopie qui manque \u00e0 nos imaginaires pour se raconter avec puissance dans un monde qui nous ratatine.<\/p>\n<p><strong>Louisa Yousfi,\u00a0<em>Rester Barbare,\u00a0<\/em>La Fabrique, mars 2022, 112 p., 10 \u20ac<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/diacritik.com\/2022\/04\/04\/louisa-yousfi-plus-je-me-gavais-de-culture-legitime-plus-je-ressentais-une-impuissance-a-ecrire-rester-barbare\/?fbclid=IwAR2vtvdi_LSl09o9YAh9ooBBGKdcjR5mzESxrFUM9RFfhHf7zHNG8-0MFm4\">SOURCE\u00a0<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Louisa Yousfi :\u00a0\u00ab\u00a0Plus je me gavais de culture l\u00e9gitime, plus je ressentais une impuissance \u00e0 \u00e9crire\u00a0\u00bb\u00a0(Rester Barbare) Entretiens Johan Faerber\u00a0\u00a04 avril 2022\u00a0\u00a0 Autant le dire tout de suite\u00a0: avec\u00a0Rester barbare,\u00a0Louisa Yousfi livre un texte important. Essai litt\u00e9raire, manifeste politique du d\u00e9colonial, force de l\u2019\u00e9criture devant un monde qui s\u2019effondre, r\u00e9flexion sur l\u2019int\u00e9gration et l\u2019assimilation,\u00a0Rester barbare\u00a0sonde &#8230; <a title=\"Entretien avec  Louisa Yousfi autour de Rester barbare.\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5134\" aria-label=\"En savoir plus sur Entretien avec  Louisa Yousfi autour de Rester barbare.\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5135,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,21,36,4,7,18,28,39,5],"tags":[102,340],"class_list":["post-5134","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-anti-imperialisme","category-europe","category-islamophobie","category-negrophobie","category-resistance-bruxelles","category-racismes","category-sans-papier","category-violence-policiere","tag-decolonial","tag-louisa-yousfi"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5134","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5134"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5134\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5136,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5134\/revisions\/5136"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5135"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5134"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5134"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5134"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}