{"id":5186,"date":"2022-07-18T19:31:49","date_gmt":"2022-07-18T18:31:49","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5186"},"modified":"2022-08-03T12:26:50","modified_gmt":"2022-08-03T11:26:50","slug":"5186","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5186","title":{"rendered":"La matrice coloniale de la fronti\u00e8re maroco-espagnole : Ceuta &#038; Melilla"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">Massacre raciste \u00e0 la fronti\u00e8re de Melilla<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">par Elsa Tyszler<\/p>\n<p><em>Le 24 juin 2022, des ressortissant\u00b7e\u00b7s d\u2019Afrique centrale, de l\u2019Ouest et de l\u2019Est ont tent\u00e9 de franchir les barri\u00e8res de l\u2019enclave espagnole de Melilla<strong><a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/strong>. La violence de la r\u00e9pression op\u00e9r\u00e9e par les garde-fronti\u00e8res espagnols et marocains en charge d\u2019emp\u00eacher ces entr\u00e9es a provoqu\u00e9 la mort d\u2019au moins 37 personnes et plus de 300 bless\u00e9s<a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>Ce massacre est une nouvelle manifestation de la guerre qui est men\u00e9e aux migrant\u00b7e\u00b7s racis\u00e9\u00b7e\u00b7s noir\u00b7e\u00b7s depuis trois d\u00e9cennies aux fronti\u00e8res maroco-espagnoles, o\u00f9 l\u2019Europe \u2013 et en particulier ici l\u2019Espagne \u2013 d\u00e9l\u00e8gue aux autorit\u00e9s marocaines la fonction de repousser les personnes cherchant \u00e0 migrer et accorde pour cette d\u00e9fense de la fronti\u00e8re europ\u00e9enne un v\u00e9ritable permis de tuer.\u00a0<\/em><!--more--><\/p>\n<figure style=\"width: 790px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/wp-content\/uploads\/Vallas_de_Melilla.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"457\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Illustration : No Border Network \/\u00a0https:\/\/www.flickr.com\/photos\/noborder\/2494704433\/<\/figcaption><\/figure>\n<p>C\u2019est notamment le travail des militant\u00b7e\u00b7s de l\u2019Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) \u00e0 Nador \u2013 r\u00e9gion marocaine voisine de Melilla \u2013 qui a permis de documenter, une fois encore, un massacre raciste perp\u00e9tr\u00e9 \u00e0 cette fronti\u00e8re, orchestr\u00e9 par les autorit\u00e9s espagnoles et marocaines, avec le soutien de l\u2019Union europ\u00e9enne, comme c\u2019est le cas depuis plusieurs d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s les informations collect\u00e9es c\u00f4t\u00e9 espagnol, les agents de la Guardia civil auraient tir\u00e9 des balles \u00e0 propulsion, des balles en caoutchouc et des fumig\u00e8nes<a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>\u00a0contre les personnes qui se trouvaient sur les barri\u00e8res, provoquant le chaos et des mises en danger imm\u00e9diate, incluant des chutes. C\u00f4t\u00e9 marocain, l\u2019AMDH-Nador a fait \u00e9tat de la r\u00e9pression physique \u2013 coups, usage de matraques et de gourdins en bois \u2013 \u00e0 la barri\u00e8re-fronti\u00e8re et d\u2019un proc\u00e9d\u00e9 d\u2019entassement des personnes arr\u00eat\u00e9es, m\u00ealant les bless\u00e9s avec les cadavres des morts.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s l\u2019association, cet amoncellement des personnes apr\u00e8s les arrestations et le d\u00e9faut d\u2019intervention rapide des secours \u2013 plus de neuf heures apr\u00e8s \u2013 auraient alourdi le bilan macabre. Deux policiers marocains auraient \u00e9galement perdu la vie ce jour-l\u00e0. Seules la r\u00e9alisation d\u2019autopsies et d\u2019enqu\u00eates s\u00e9rieuses des deux c\u00f4t\u00e9s de la fronti\u00e8re permettraient d\u2019\u00e9claircir les faits et d\u2019imputer des responsabilit\u00e9s pr\u00e9cises, mais les personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9es rapidement c\u00f4t\u00e9 marocain et les rescap\u00e9s, parfois gravement bless\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s de force loin de la fronti\u00e8re, vers le sud du Royaume.<\/p>\n<p>Ce nouveau massacre, incarne de fa\u00e7on paroxystique la guerre aux migrant\u00b7e\u00b7s racis\u00e9\u00b7e\u00b7s noir\u00b7e\u00b7s men\u00e9e depuis les ann\u00e9es 1990 aux fronti\u00e8res maroco-espagnoles, et t\u00e9moigne une nouvelle fois du permis de tuer donn\u00e9 \u00e0 la Guardia civil espagnole et aux forces auxiliaires marocaines, pour \u00ab d\u00e9fendre \u00bb les fronti\u00e8res espagnole et europ\u00e9enne de certaines personnes en qu\u00eate de mobilit\u00e9 ou d\u2019exil. Pour tenter de comprendre cette violence extr\u00eame, qui perdure en toute impunit\u00e9, il faut contextualiser les \u00e9v\u00e9nements actuels et les inscrire dans l\u2019histoire longue de cette fronti\u00e8re.<\/p>\n<p>Il est essentiel de revenir sur l\u2019histoire des territoires de Sebta et Mliliya, leurs noms originels, pour percevoir la colonialit\u00e9 (Quijano, 2000) de la violence d\u00e9coulant du contr\u00f4le migratoire. Il s\u2019agit de prendre en compte les mani\u00e8res dont ces deux territoires, et plus g\u00e9n\u00e9ralement les fronti\u00e8res maroco-espagnoles, ont \u00e9t\u00e9 structur\u00e9es par le colonialisme et comment des dynamiques coloniales continuent d\u2019irriguer des pens\u00e9es et des pratiques.<\/p>\n<blockquote><p><em>\u00ab L\u2019objectif de la Guardia civil est de sauver l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la fronti\u00e8re espagnole et celle de l\u2019Europe (\u2026). C\u2019est l\u2019Europe qui doit aller \u00e0 l\u2019Afrique, et pas l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019Europe. Il faut leur apprendre \u00e0 s\u2019organiser. Il faut leur enseigner la d\u00e9mocratie, l\u2019\u00e9ducation, et presque par la force s\u2019il le faut. Les barri\u00e8res symbolisent l\u2019\u00e9chec de nombreux pays d\u2019Afrique, elles sont n\u00e9cessaires aujourd\u2019hui. \u00bb\u00a0<\/em>Entretien avec le colonel de la Guardia civil de Ceuta en 2015.<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour faire un lien entre ces propos racistes et colonialistes r\u00e9cents et le pass\u00e9 des enclaves, il faut donc replonger dans l\u2019histoire, \u00e0 partir du XVe si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h4><strong>La matrice coloniale de la fronti\u00e8re maroco-espagnole : Ceuta &amp; Melilla, un demi-si\u00e8cle de fronti\u00e9risation raciale<\/strong><\/h4>\n<p>Apr\u00e8s plusieurs guerres contre la r\u00e9sistance rifaine, un double protectorat espagnol et fran\u00e7ais est \u00e9tabli au Maroc au d\u00e9but du 20<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Ceuta et Melilla sont progressivement peupl\u00e9es de civils originaires de la p\u00e9ninsule espagnole et du Maroc. Hormis quelques exceptions de cat\u00e9gories d\u2019indig\u00e8nes utiles \u00e0 l\u2019arm\u00e9e ou au commerce espagnol, la population musulmane est bannie des enclaves jusqu\u2019\u00e0 la fin du 19<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc en 1956, les deux villes restent espagnoles, devenant aux yeux des Marocains et jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, des territoires occup\u00e9s, les derni\u00e8res colonies europ\u00e9ennes en Afrique.<\/p>\n<p>La population d\u2019origine marocaine pr\u00e9sente dans les enclaves suscite, encore aujourd\u2019hui, les craintes de certains autour de la perte d\u2019\u00ab\u00a0espagnolit\u00e9\u00a0\u00bb de ces territoires. Une s\u00e9gr\u00e9gation raciste perdure et est r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9nonc\u00e9e \u00e0 Ceuta comme \u00e0 Melilla. Les \u00e9crits sur la discrimination raciste dans les enclaves et les d\u00e9nonciations de r\u00e9sidant\u00b7e\u00b7s musulman\u00b7e\u00b7s quant \u00e0 leur condition de citoyen\u00b7ne\u00b7s de \u00ab seconde classe \u00bb l\u2019illustrent : \u00ab\u00a0<em>Notre vie dans la ville est une constante lutte contre la discrimination<\/em>\u00a0\u00bb d\u00e9clarait en 2016 un repr\u00e9sentant d\u2019association \u00e0 Melilla<a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 1990, une autre figure d\u2019envahisseur a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e : celle du migrant originaire de l\u2019Afrique dite Subsaharienne \u00ab\u00a0assaillant\u00a0\u00bb \u2013 selon les termes des autorit\u00e9s \u2013 les enclaves de Ceuta et Melilla, constituant les seules fronti\u00e8res terrestres entre l\u2019Europe et l\u2019Afrique. Les arriv\u00e9es de ces personnes, nationales d\u2019Afrique centrale et de l\u2019Ouest, aux fronti\u00e8res de Ceuta et Melilla sont concomitantes de l\u2019instauration du r\u00e9gime des visas et ainsi de difficult\u00e9s croissantes pour ces personnes des ex-colonies \u00e0 se rendre l\u00e9galement en Europe.<\/p>\n<p>S\u2019inscrivant dans le cadre de la lutte europ\u00e9enne contre l\u2019immigration dite clandestine et de son externalisation vers le continent africain, la production d\u2019une figure noire du danger migratoire r\u00e9active une d\u00e9fense violente de ces territoires, notamment par des pratiques de refoulements \u00e0 chaud aux barri\u00e8res-frontali\u00e8res et d\u2019enfermement \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e dans les enclaves.<\/p>\n<h4><\/h4>\n<h4><strong>Depuis les ann\u00e9es 1990\u00a0: l\u2019\u00e9rection d\u2019une figure noire du danger migratoire<\/strong><\/h4>\n<p>Les politiques migratoires mises en \u0153uvre aux fronti\u00e8res de Ceuta et Melilla sont souvent appr\u00e9hend\u00e9es \u00e0 travers le prisme de leur suppos\u00e9e exceptionnalit\u00e9 (Ferrer-Gallardo &amp; Gabrielli, 2018). Pourtant, l\u2019histoire coloniale comme les recherches de terrain (Tyszler, 2019) incitent \u00e0 prendre de la distance avec la rh\u00e9torique de l\u2019exceptionnalisme qui occulte l\u2019institutionnalisation de pratiques discr\u00e9tionnaires et mortif\u00e8res au nom de la d\u00e9fense de cette fronti\u00e8re hispano-europ\u00e9enne et la colonialit\u00e9 de la violence qui s\u2019y d\u00e9ploie.<\/p>\n<p>Le double contr\u00f4le migratoire mis en place depuis les ann\u00e9es 1990 par les militaires marocains et espagnols affecte les ressortissants d\u2019Afrique centrale et de l\u2019Ouest de mani\u00e8re particuli\u00e8rement violente. \u00c0 cette fronti\u00e8re, les n\u00e9cropolitiques (Mbembe, 2006) migratoires et leurs effets donnent \u00e0 voir la l\u00e9gitimation de la violence exerc\u00e9e sur les corps noirs. L\u2019expression \u00ab Subsahariens \u00bb r\u00e9v\u00e8le la construction d\u2019une cat\u00e9gorie racialis\u00e9e d\u2019ind\u00e9sirables, associant une couleur de peau \u2013 noire \u2013 a\u0300 un statut d\u2019ill\u00e9galit\u00e9\u0301.<\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 2000 et l\u2019intensification de la collaboration du Maroc \u2013 entre contraintes et opportunit\u00e9s (El Qadim, 2015) \u2013 dans la lutte europ\u00e9enne contre certaines migrations, les processus de racisation se mat\u00e9rialisent, dans le nord marocain et notamment dans la r\u00e9gion de Nador, sous la forme d\u2019une \u00ab\u00a0<em>chasse \u00e0 l\u2019homme noir<\/em>\u00a0\u00bb comme l\u2019expriment les personnes harcel\u00e9es par les militaires d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la traque des cat\u00e9goris\u00e9s Subsahariens. Les processus de racisation se mat\u00e9rialisent \u00e9galement par des campements auto-construits dans les for\u00eats \u00e0 la fronti\u00e8re o\u00f9 ne se trouvent que des personnes d\u2019Afrique centrale et de l\u2019Ouest puisqu\u2019elles sont oblig\u00e9es de se cacher et ainsi \u00ab\u00a0bestialis\u00e9es\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0animalis\u00e9es\u00a0\u00bb, selon leurs termes.<\/p>\n<p>Les processus de racisation s\u2019observent aussi via la technique du saut des barri\u00e8res de Ceuta et Melilla en raison de l\u2019impossibilit\u00e9 pour les personnes \u00e0 la peau noire de s\u2019approcher des portes normales des enclaves, alors que d\u2019autres y parviennent avec plus ou moins de difficult\u00e9s. En effet, les ressortissant\u00b7e\u00b7s d\u2019Afrique centrale et de l\u2019Ouest ne sont pas les seul\u00b7e\u00b7s \u00e0 tenter d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019Europe par cette voie\u00a0: des ressortissant\u00b7e\u00b7s du Maroc, de l\u2019Alg\u00e9rie, d\u2019Asie (notamment d\u2019Inde et du Bangladesh) et du Moyen-Orient (de Syrie, de Palestine et du Y\u00e9men, entre autres) ont pu tenter\/tentent de passer par-l\u00e0.<\/p>\n<p>Mais, \u00ab<em>\u00a0la fronti\u00e8re est un syst\u00e8me raciste\u00a0<\/em>\u00bb, analyse en 2015 un ressortissant guin\u00e9en rencontr\u00e9 \u00e0 Nador, \u00e0 propos de l\u2019impossibilit\u00e9 pour les Africains noirs d\u2019acc\u00e9der au bureau espagnol d\u2019asile \u00e0 la fronti\u00e8re de Melilla, alors que les Syrien\u00b7ne\u00b7s y parviennent. Les rapports sociaux de race structurent les modalit\u00e9s de tentatives de franchissement de la fronti\u00e8re, comme l\u2019illustrent \u00e9galement les propos du colonel de la Guardia civil a\u0300 Melilla dans un entretien men\u00e9 en 2015 :<\/p>\n<blockquote><p><em>\u00ab Il y a des voies d\u2019entre\u0301e utilise\u0301es par les Subsahariens : le saut de la barrie\u0300re, les embarcations en mer, se cacher dans des ve\u0301hicules. A\u0300 la diffe\u0301rence des Syriens qui passent par le poste de contro\u0302le a\u0300 la frontie\u0300re, en ge\u0301ne\u0301ral avec des passeports falsifie\u0301s ou usurpe\u0301s. Ici, oui, il y a des Blancs et des Noirs, les Subsahariens ne peuvent pas venir en marchant \u00bb.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c0 cette fronti\u00e8re, la fonction officielle de la Guardia Civil est d\u2019emp\u00eacher l\u2019entr\u00e9e en dehors des points de passage autoris\u00e9s et en particulier de surveiller les barri\u00e8res cens\u00e9es s\u00e9parer Ceuta et Melilla du Maroc \u2013 et du reste de l\u2019Afrique. Aux barri\u00e8res, les agents de la Guardia civil effectuent des \u00ab\u00a0refoulements \u00e0 chaud\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils interceptent des personnes et op\u00e8rent syst\u00e9matiquement leur refoulement imm\u00e9diat vers le Maroc en les remettant aux militaires marocains. Lors de ces refoulements, les personnes consid\u00e9r\u00e9s comme migrants ill\u00e9gaux peuvent \u00eatre frapp\u00e9es, voire tu\u00e9es. La pr\u00e9valence de ressortissant\u00b7e\u00b7s d\u2019Afrique centrale et de l\u2019Ouest parmi les morts en route vers l\u2019Espagne r\u00e9v\u00e8le les effets de la racisation en termes de pertes de vies humaines (Tyszler, 2019).<\/p>\n<p>Si certaines personnes parviennent tout de m\u00eame \u00e0 franchir la fronti\u00e8re militaris\u00e9e, elles se retrouvent ind\u00e9finiment pi\u00e9g\u00e9es dans des centres de s\u00e9jour dits \u00ab\u00a0temporaires\u00a0\u00bb \u2013 les CETI \u2013 les enclaves retrouvant alors l\u2019une de leurs fonctions historiques. Comme l\u2019a montr\u00e9 l\u2019historienne Romy S\u00e1nchez avec l\u2019exemple de Ceuta, il y a une continuit\u00e9 entre la fonction de cette enclave comme prison coloniale destin\u00e9es aux Cubains bannis au 19<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle et sa fonction contemporaine comme espace-barri\u00e8re de l\u2019Europe. Dans les deux cas, Ceuta est utilis\u00e9e comme \u00ab\u00a0territoire-prison\u00a0\u00bb (S\u00e1nchez, 2018) pour des personnes racis\u00e9es (ex)colonis\u00e9es d\u00e9fiant l\u2019ordre social impos\u00e9.<\/p>\n<p>Depuis environ deux ans, des ressortissants d\u2019Afrique de l\u2019Est, et notamment du Soudan, ont commenc\u00e9 \u00e0 tenter le passage par Melilla, pour \u00e9viter la route Libyenne, comme le documente l\u2019AMDH Nador. La violence de leur traitement, identique \u00e0 celle d\u00e9ploy\u00e9e pour r\u00e9primer les personnes d\u2019Afrique centrale et de l\u2019Ouest, d\u00e9montre encore la dimension raciste anti-noire du contr\u00f4le migratoire en place. Le massacre du 24 juin dernier l\u2019a bien montr\u00e9\u00a0: les Soudanais sont nombreux parmi les personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es, disparues et rescap\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h4><strong>Le massacre du 24 juin 2022 comme paroxysme de la violence du contr\u00f4le migratoire \u00e0 la fronti\u00e8re maroco-espagnole<\/strong><\/h4>\n<p>Si la violence physique et symbolique d\u00e9ploy\u00e9e et les chiffres des morts en font certainement l\u2019un des pires drames \u00e0 cette fronti\u00e8re, il faut rappeler qu\u2019il est le dernier d\u2019une longue liste de mises \u00e0 mort depuis les ann\u00e9es 2000. Les plus m\u00e9diatis\u00e9es ont \u00e9t\u00e9\u00a0: les massacres d\u2019octobre 2005 aux fronti\u00e8res de Ceuta et Melilla, qui avaient fait au moins 13 morts par balles et des centaines de bless\u00e9s\u00a0; le massacre de Tarajal (Ceuta) en f\u00e9vrier 2014, qui avait fait au moins 15 morts et des dizaines de disparus et bless\u00e9s. Mais au-del\u00e0 de ces cas, la violence, souvent l\u00e9tale, de la r\u00e9pression aux fronti\u00e8res de Ceuta et Melilla \u00e9clate dans les r\u00e9cits quotidiens des personnes racis\u00e9es noires qui tentent le passage depuis pr\u00e8s de 20 ans, faute d\u2019acc\u00e8s \u00e0 des voies l\u00e9gales.<\/p>\n<p><em>\u00ab Les bords des barri\u00e8res, si on faisait des enqu\u00eates l\u00e0-bas, on trouverait beaucoup de corps enterr\u00e9s.\u00a0<\/em>\u00bb d\u00e9clarait en 2015 Brice O., un ressortissant camerounais rencontr\u00e9 au Maroc, ayant tent\u00e9 pendant plusieurs ann\u00e9es de franchir les barri\u00e8res de Ceuta et Melilla, avant d\u2019arr\u00eater d\u00e9finitivement \u00e0 la suite de la mort de quatre de ses amis lors du massacre de Tarajal en 2014.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>La barri\u00e8re symbolise l\u2019\u00e9chec de nombreux pays africains, elle est n\u00e9cessaire aujourd\u2019hui<\/em>\u00a0\u00bb d\u00e9clarait en entretien le colonel de la Guardia civil \u00e0 Ceuta en 2015. Pour d\u00e9construire les discours dominants, il faut voir que la fin est d\u00e9j\u00e0 dans les moyens. Face aux moyens militaris\u00e9s utilis\u00e9s pour d\u00e9shumaniser, voire tuer, et \u00ab\u00a0d\u00e9fendre\u00a0\u00bb les fronti\u00e8res de Ceuta et Melilla, il est n\u00e9cessaire de comprendre le sens de cette violence ; une violence tacitement autoris\u00e9e et perp\u00e9tu\u00e9e dans le temps pour d\u00e9fendre la fronti\u00e8re, au-del\u00e0 des consid\u00e9rations l\u00e9gales et administratives.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des autorit\u00e9s et des forces de l\u2019ordre, la violence aux fronti\u00e8res est pr\u00e9sent\u00e9e comme n\u00e9cessaire pour \u00ab\u00a0sauvegarder la civilisation espagnole\u00a0\u00bb et continuer \u00e0 d\u00e9fendre ce qui reste de l\u2019Empire. Les personnes confront\u00e9es \u00e0 cette violence l\u2019analysent en se r\u00e9f\u00e9rant au racisme, au colonialisme et \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme tels qu\u2019ils se manifestent dans les relations Europe\/Afrique. Les propos des plus haut-grad\u00e9s de la Guardia civil confirment que la violence particuli\u00e8re inflig\u00e9e aux personnes racis\u00e9es noires depuis les ann\u00e9es 1990, s\u2019inscrit dans un ordre social raciste et dans une histoire coloniale.<\/p>\n<p>L\u2019impunit\u00e9 des gardes-fronti\u00e8res, hier comme aujourd\u2019hui, r\u00e9v\u00e8le la continuit\u00e9 d\u2019une domination violente sur des personnes qui tentent de p\u00e9n\u00e9trer dans ces bastions coloniaux. La figure noire du danger migratoire \u00e9rig\u00e9e \u00e0 cette fronti\u00e8re permet de redonner un sens aux forces militaires casern\u00e9es dans ces enclaves \u00e9loign\u00e9es de la p\u00e9ninsule espagnole, ainsi que de nourrir le march\u00e9 florissant de l\u2019industrie du contr\u00f4le migratoire et de la s\u00e9curisation des fronti\u00e8res ext\u00e9rieures de l\u2019Europe<a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Les rapports sociaux de race cristallis\u00e9s dans les pratiques de r\u00e9pression \u00e0 la fronti\u00e8re maroco-espagnole sont ainsi imbriqu\u00e9s \u00e0 des enjeux sociaux, politiques et \u00e9conomiques, anciens et r\u00e9cents.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><strong>Au-del\u00e0 du spectacle militaris\u00e9 des barri\u00e8res\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Nous sommes les pions d\u2019un jeu de dame<\/em>\u00a0\u00bb<\/strong><\/h4>\n<blockquote><p><em>\u00ab Parfois, nous \u00e9tions fatigu\u00e9s, nous restions plusieurs jours, parfois plusieurs semaines dans les campements sans faire une seule tentative \u00e0 la barri\u00e8re. Je me souviens que, de temps \u00e0 autre, les militaires\u00a0<\/em>[marocains]<em>\u00a0venaient nous trouver l\u00e0-bas et nous disaient \u2018Mais qu\u2019est-ce qu\u2019il se passe les gars, vous \u00eates fatigu\u00e9s ou quoi ? Il faut aller \u00e0 la barri\u00e8re !\u2019 Ces m\u00eames militaires qui d\u2019habitude nous pourchassaient, nous tabassaient quand nous faisions des tentatives. L\u00e0 ils nous incitaient. (\u2026) Nous sommes les pions d\u2019un jeu de dame ! \u00bb.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Cet extrait de discussion avec Brice O., en 2017, r\u00e9v\u00e8le que si les d\u00e9nomm\u00e9s \u00ab\u00a0Subsahariens\u00a0\u00bb sont officiellement consid\u00e9r\u00e9s comme ind\u00e9sirables, leur pr\u00e9sence sur le territoire r\u00e9pond \u00e0 des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et politiques multiples, des deux c\u00f4t\u00e9s de la fronti\u00e8re. Au-del\u00e0 du spectacle militaris\u00e9 de la fronti\u00e8re, un ensemble de r\u00e8gles officieuses, rod\u00e9es dans le temps, institutionnalisent le recours \u00e0 la violence mortif\u00e8re comme m\u00e9thode de gouvernement des \u00ab\u00a0Subsahariens\u00a0\u00bb. Face \u00e0 une suppos\u00e9e invasion noire-africaine, qui durerait depuis pr\u00e8s de vingt ans maintenant, un jeu morbide s\u2019est install\u00e9 autour de cette fronti\u00e8re euro-africaine.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un jeu diplomatique entre \u00c9tats ; d\u2019un jeu de pratiques administratives et juridiques, mais aussi s\u00e9curitaires faisant souvent fi de la loi \u2013 voire l\u00e9galisant l\u2019ill\u00e9gal comme le montre le cas des refoulements \u00e0 chaud rebaptis\u00e9s \u00ab\u00a0renvois \u00e0 la fronti\u00e8re\u00a0\u00bb en 2015<a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>\u00a0\u2013 un jeu s\u00e9mantique aussi donc, mais \u00e9galement de chiffres, soit un \u00ab jeu de v\u00e9rit\u00e9s \u00bb (Foucault, 2014). Enfin et surtout, il s\u2019agit d\u2019un jeu se basant sur des vies humaines en qu\u00eate de mobilit\u00e9 ou d\u2019exil. La situation de violence structurelle est maintenue et tacitement institutionnalis\u00e9e \u00e0 des fins diverses.<\/p>\n<p>Ladite \u00ab pression migratoire \u00bb qu\u2019exerce les d\u00e9nomm\u00e9s \u00ab Subsahariens \u00bb est n\u00e9cessaires aux \u00c9tats espagnol et marocain, \u00e0 certains politiciens, \u00e0 certains professionnels, aux industries de la s\u00e9curit\u00e9, au march\u00e9 informel du passage, pour n\u00e9gocier, maintenir ou faire fructifier leurs int\u00e9r\u00eats \u00e0 diff\u00e9rents niveaux. L\u2019alt\u00e9risation radicale des noir\u00b7e\u00b7s africain\u00b7e\u00b7s des deux c\u00f4t\u00e9s de la fronti\u00e8re cristallisent des enjeux diplomatiques, politiques et \u00e9conomiques, qui vont au-del\u00e0 de l\u2019objectif officiel de contr\u00f4le migratoire.<\/p>\n<p>Pour Nabil Driouch, journaliste sp\u00e9cialiste des relations hispano-marocaines : \u00ab qu\u2019on le veuille ou non, l\u2019immigration subsaharienne est une carte entre les mains du Maroc. Quand l\u2019Espagne sort des clous, qu\u2019elle organise des visites officielles \u00e0 Sebta ou qu\u2019elle \u00e9gratigne Rabat au sujet du Sahara, le Maroc ferme les yeux et laisse la pression migratoire s\u2019accentuer sur Sebta. En substance, le message est : \u2018Si vous m\u2019attaquez sur l\u2019affaire du Sahara aux Nations Unies, vous trouverez la r\u00e9ponse aux portes de Sebta\u2019. (\u2026) Car les \u00c9tats ont des int\u00e9r\u00eats \u00e0 d\u00e9fendre \u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>La collaboration s\u00e9curitaire autour de la fronti\u00e8re est en effet un des leviers de la strat\u00e9gie diplomatique migratoire du Maroc pour se positionner en tant que m\u00e9diateur euro-africain d\u2019un syst\u00e8me de gouvernement des migrations (El Qadim, 2015). Le \u00ab robinet \u00bb \u2013 comme il est appel\u00e9 m\u00e9taphoriquement \u2013 aux portes de Ceuta et Melilla, est une strat\u00e9gie r\u00e9guli\u00e8rement utilis\u00e9e par le Maroc lorsqu\u2019il y a des diff\u00e9rends avec l\u2019Espagne<a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>\u00a0ou l\u2019UE comme cela est observ\u00e9\u00a0<em>in situ<\/em>. Nadia M., r\u00e9sidente de Nador et assistante sociale dans une ONG, m\u2019explique en 2017 :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0<em>le Maroc, lorsqu\u2019il y a des probl\u00e8mes avec l\u2019Union europ\u00e9enne, s\u2019il y a quelque chose en ce qui concerne le Sahara, apr\u00e8s il le fait expr\u00e8s, il laisse passer les immigr\u00e9s\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>La tentative d\u2019entr\u00e9e de plus de 1000 personnes le 24 juin 2022 et le massacre qui s\u2019en suit se produisent justement dans un contexte post-crise diplomatique \u00e0 la suite d\u2019une prise de position du pr\u00e9sident S\u00e1nchez en faveur du Sahara Occidental<a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Des t\u00e9moignages indiquent que les personnes auraient \u00e9t\u00e9 incit\u00e9es par les forces s\u00e9curitaires marocaines \u00e0 aller \u00e0 la barri\u00e8re de Melilla ce jour-l\u00e0.<\/p>\n<p>Aux fronti\u00e8res de Ceuta et Melilla, les \u00ab Subsahariens \u00bb constituent une sorte de cible l\u00e9gitime de la violence de tous les acteurs dans un contexte de tensions diplomatiques, notamment maroco-espagnoles et maroco-europ\u00e9ennes. La figure noire du danger migratoire est co-produite et constamment reproduite, de fa\u00e7on consensuelle, permettant d\u2019organiser la violence de tous contre un (Tyszler 2019). On peut ainsi parler d\u2019une \u00ab structure des opportunit\u00e9s \u00bb favorable au recours \u00e0 la violence mortif\u00e8re contre les personnes noires. J\u2019emprunte ce concept \u00e0 la sociologie des massacres qui la consid\u00e8re comme une condition indispensable, bien que non suffisante, au d\u00e9clenchement des violences extr\u00eames.<\/p>\n<p>Xavier Crettiez d\u00e9finit la structure des opportunit\u00e9s du massacre comme \u00ab l\u2019ensemble des conditions structurelles ou conjoncturelles qui encouragent et rendent plausible le passage \u00e0 l\u2019acte ultra-violent \u00bb (Crettiez, 2008, p.70), il pointe notamment :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab \u2013 le soutien r\u00e9el ou ressenti des autorit\u00e9s politiques [qui] fonde un sentiment d\u2019impunit\u00e9 et parfois m\u00eame d\u2019encouragement pour les bras assassins. Ce point est essentiel et montre que les violences sont d\u2019autant plus terribles qu\u2019elles semblent l\u00e9gitim\u00e9es par le pouvoir institutionnel ou pour le moins non clairement condamn\u00e9es (\u2026)<\/p>\n<p>\u2013 le silence de la \u2018communaut\u00e9 internationale\u2019 (\u2026)<\/p>\n<p>\u2013 la cr\u00e9ation d\u2019un espace de huis clos : loin de la lumi\u00e8re et des cam\u00e9ras, les massacres \u00e0 grande \u00e9chelle deviennent plus faciles (\u2026) \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Le dernier massacre \u00e0 la fronti\u00e8re de Melilla, tout comme ceux qui ont eu lieu depuis les ann\u00e9es 2000 aux barri\u00e8res des deux enclaves confortent la validit\u00e9 de la structure des opportunit\u00e9s \u00e0 la fronti\u00e8re maroco-espagnole, qui permet une institutionnalisation tacite de la violence extr\u00eame contre les personnes \u00e0 la peau noire. Une violence qui suscite bien des formes de r\u00e9sistances.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h4><strong>Le franchissement des barri\u00e8res comme m\u00e9thode de r\u00e9sistance \u00e0 un ordre migratoire raciste et colonial<\/strong><\/h4>\n<p>Face \u00e0 la r\u00e9pression violente des forces espagnoles et marocaines, beaucoup d\u2019hommes tentant le passage des fronti\u00e8res de Ceuta et Melilla se r\u00e9fugient dans une repr\u00e9sentation de soi du \u00ab\u00a0vaillant soldat \u00bb risquant sa vie au front, dans un espace frontalier devenu un lieu de guerre contre eux. \u00ab\u00a0<em>Nous sommes les soldats d\u2019une guerre que nous n\u2019avons pas choisie\u00a0<\/em>\u00bb d\u00e9claraient certains lors de nos discussions. Les \u00ab guerriers \u00bb qui tentent de franchir les barri\u00e8res de Ceuta et Melilla sont surtout des hommes, ce mode de passage \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9, de fa\u00e7on genr\u00e9e, comme trop dangereux et difficile pour les femmes. Il est important de souligner que, dans la guerre asym\u00e9trique entre les migrants d\u2019Afrique centrale et de l\u2019Ouest, et les militaires espagnols et marocains, il est interdit aux premiers de se d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>Dans un chapitre intitul\u00e9 \u00ab La fabrique des corps d\u00e9sarm\u00e9s \u00bb, Elsa Dorlin (2017) indique qui a le droit de se d\u00e9fendre par le port d\u2019arme et qui, au contraire, est exclu de ce privil\u00e8ge. Elle rappelle comment, dans les colonies, le Code noir fran\u00e7ais de 1685 interdisait aux esclaves de porter une arme offensive, m\u00eame un b\u00e2ton, sous peine de coups de fouet ; et il en \u00e9tait de m\u00eame pour le Code noir espagnol de 1768 \u00e0 Saint-Domingue. Elle \u00e9crit que \u00ab cette interdiction de porter et de circuler en possession d\u2019armes trahit une inqui\u00e9tude permanente des colons qui atteste de l\u2019effectivit\u00e9 des pratiques de r\u00e9sistance esclaves \u00bb, et que \u00ab durant toute la p\u00e9riode esclavagiste, le d\u00e9sarmement des esclaves se double d\u2019une v\u00e9ritable discipline des corps pour les maintenir sans d\u00e9fense, ce qui impose de redresser le moindre geste de martialit\u00e9 \u00bb (Dorlin, 2017 : 24-26).<\/p>\n<p>Ces analyses sont utiles pour \u00e9tudier le contr\u00f4le migratoire \u00e0 la fronti\u00e8re maroco- espagnole. L\u2019analogie entre les esclaves noir\u00b7e\u00b7s d\u2019hier et les migrant\u00b7e\u00b7s noir\u00b7e\u00b7s d\u2019aujourd\u2019hui est r\u00e9guli\u00e8rement mobilis\u00e9e par les personnes r\u00e9prim\u00e9es \u00e0 la fronti\u00e8re. Aux portes de Ceuta et Melilla, m\u00eame s\u2019ils risquent leur vie, les personnes ne sont pas cens\u00e9es montrer des signes d\u2019agressivit\u00e9 envers les militaires. Si elles le font, elles sont consid\u00e9r\u00e9es encore plus criminelles et dangereuses qu\u2019en essayant \u00ab simplement \u00bb de franchir les barri\u00e8res.<\/p>\n<p>Des exemples r\u00e9cents montrent que des ressortissants d\u2019Afrique centrale et de l\u2019Ouest qui ont os\u00e9 se d\u00e9fendre \u2013 devant les forces arm\u00e9es \u2013 en utilisant des pierres, des b\u00e2tons ou d\u2019autres objets ont imm\u00e9diatement \u00e9t\u00e9 mis en prison pour \u00ab organisation criminelle\u00a0\u00bb. Les passages collectifs organis\u00e9s par des hommes aux barri\u00e8res, s\u2019ils constituent un moyen de renverser momentan\u00e9ment le rapport de pouvoir avec les militaires, sont \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9s comme symbole d\u2019\u00ab organisation mafieuse \u00bb selon les autorit\u00e9s espagnoles.<\/p>\n<p>En d\u2019autres termes, tout acte de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019ordre \u00e9tabli est consid\u00e9r\u00e9 comme un crime. L\u2019autod\u00e9fense n\u2019est pas autoris\u00e9e pour ces personnes. Seuls les militaires ont le droit de porter et d\u2019utiliser des armes, et parfois m\u00eame de tuer des migrants pour assurer la d\u00e9fense de la fronti\u00e8re. Cela fait \u00e9cho \u00e0 ce que Dorlin a conceptualis\u00e9 comme \u00ab l\u2019\u00e9conomie imp\u00e9riale de la violence \u00bb, qui \u00ab maintient la l\u00e9gitimit\u00e9 de certains sujets \u00e0 user de la force physique, leur conf\u00e8re un pouvoir de conservation et de juridiction (d\u2019autojustice), leur octroie des permis de tuer \u00bb (Dorlin, 2017 : 15). Le r\u00e9gime migratoire hispano-europ\u00e9en fait des hommes racis\u00e9s noirs \u00e0 la barri\u00e8re des corps supprimables, dans la continuit\u00e9 des r\u00e9gimes coloniaux et esclavagistes.<\/p>\n<p>Le massacre du 24 juin 2022 a tr\u00e8s vite \u00e9t\u00e9 suivi de d\u00e9clarations d\u00e9politisant les violences et les morts produites \u00e0 la fronti\u00e8re de Melilla, pointant la responsabilit\u00e9 des \u00ab\u00a0mafias\u00a0\u00bb. Ces d\u00e9clarations sont infond\u00e9es et hypocrites. Les tentatives de franchissement des barri\u00e8res-fronti\u00e8res de Ceuta et Melilla sont, depuis les ann\u00e9es 1990, des formes de r\u00e9sistance et d\u2019autod\u00e9fense collectives face \u00e0 un ordre migratoire raciste. Les sauteurs de barri\u00e8re sont toujours repr\u00e9sent\u00e9s, dans les discours politico-m\u00e9diatiques, comme une masse animalis\u00e9e qui utilise son corps de fa\u00e7on primitive pour \u00ab\u00a0assaillir\u00a0\u00bb les enclaves espagnoles. Or, ces tentatives sont le r\u00e9sultat d\u2019un travail organis\u00e9 de r\u00e9sistance collective, fruit d\u2019un savoir minutieux construit et transmis dans le temps, et en constante adaptation \u00e0 l\u2019\u00e9volution des mesures de contr\u00f4le. Les tentatives de sauts des barri\u00e8res sont des miroirs de l\u2019ordre migratoire raciste qui est impos\u00e9 par la violence, des deux c\u00f4t\u00e9s de la fronti\u00e8re.<\/p>\n<p>Mais la responsabilit\u00e9 du massacre de Melilla ne revient pas qu\u2019\u00e0 l\u2019Espagne et au Maroc. L\u2019ensemble des dirigeant\u00b7e\u00b7s des \u00c9tats membres de l\u2019Union et des institutions europ\u00e9ennes sont coupables d\u2019entretenir un r\u00e9gime migratoire qui produit cette violence raciste aux fronti\u00e8res. Loin des barri\u00e8res-fronti\u00e8res de Melilla, le choix op\u00e9r\u00e9 par Bruxelles et les capitales europ\u00e9ennes d\u2019exclure la grande majorit\u00e9 des ressortissant\u00b7e\u00b7s africain\u00b7e\u00b7s de la possibilit\u00e9 d\u2019entrer r\u00e9guli\u00e8rement sur le territoire europ\u00e9en cr\u00e9e les conditions structurelles de ce type de massacre qui se r\u00e9p\u00e8te depuis plus de 20 ans. Le contraste observ\u00e9 avec l\u2019accueil r\u00e9serv\u00e9 depuis mars 2022 aux personnes fuyant l\u2019Ukraine illustre encore davantage l\u2019aspect raciste de ces drames.<\/p>\n<p>La violence aux fronti\u00e8res de l\u2019Europe est structurelle et elle se re-produit, avec des variations, en fonction des espaces et des histoires locales. Mais comme l\u2019\u00e9crit Ida Danewid (2017), toute r\u00e9flexion s\u00e9rieuse sur ce qui se cache derri\u00e8re \u00ab l\u2019arriv\u00e9e massive de migrants en Europe \u00bb doit tenir compte de l\u2019histoire coloniale et de la mani\u00e8re dont elle continue \u00e0 structurer le pr\u00e9sent ; ou encore comme le formule Gurminder Bhambra (2015), de nos histoires connect\u00e9es. Cinq si\u00e8cles apr\u00e8s la\u00a0<em>Reconquista\u00a0<\/em>[\u00ab\u00a0Reconqu\u00eate\u00a0\u00bb par les monarques castillans des territoires arabo-musulmans de la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique], les territoires de Ceuta et Melilla semblent avoir retrouv\u00e9 leur r\u00f4le historique, celui d\u2019avant-postes pour la d\u00e9fense d\u2019une Espagne, et plus largement d\u2019une Europe se voulant blanche et chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>La fronti\u00e8re hispano-marocaine, d\u00e8s ses pr\u00e9mices et jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, constitue une fronti\u00e8re raciale, d\u00e9fendue localement par des militaires. La colonialit\u00e9 du contr\u00f4le migratoire \u00e0 cette fronti\u00e8re est frappante. Mais loin d\u2019\u00eatre une exception, elle peut nous amener \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir de mani\u00e8re plus globale \u00e0 la colonialit\u00e9 du r\u00e9gime migratoire europ\u00e9en (Guti\u00e9rrez-Rodriguez, 2018) et de ses effets, \u00e9galement hors de ses fronti\u00e8res, dans les pays qui collaborent comme le Maroc. Aux fronti\u00e8res de Ceuta et Melilla, une partie de la violence provient du c\u00f4t\u00e9 marocain.<\/p>\n<p>La violence physique inflig\u00e9e par les militaires marocains est dans tous les r\u00e9cits des personnes r\u00e9prim\u00e9es \u00e0 ces fronti\u00e8res, et cela a encore \u00e9t\u00e9 le cas dans le cadre du massacre du 24 juin dernier. Cette violence particuli\u00e8re d\u00e9ploy\u00e9e contre les migrants dits Subsahariens et maintenant Soudanais en outre, peut renvoyer \u00e0 un racisme anti-noir aux racines pr\u00e9coloniales (El Hamel, 2012) qui a \u00e9t\u00e9 exacerb\u00e9 dans le cadre de l\u2019externalisation de la lutte europ\u00e9enne contre l\u2019immigration dite clandestine \u00e0 laquelle est somm\u00e9e de collaborer le Maroc depuis pr\u00e8s de 30 ans.<\/p>\n<p>L\u2019\u00ab\u00a0espace de mort\u00a0\u00bb (Kobelinsky, 2019) que constitue la fronti\u00e8re maroco-espagnole, est structur\u00e9 par des rapports de race ancr\u00e9s et sans cesse red\u00e9ploy\u00e9s dans le cadre de la colonialit\u00e9 du pouvoir. Il faut rappeler que les morts des guerres coloniales, et notamment celles des r\u00e9sistant\u00b7e\u00b7s rifain\u00b7e\u00b7s, ont \u00e9t\u00e9 largement invisibilis\u00e9es. Aujourd\u2019hui ce sont les morts des r\u00e9sistant\u00b7e\u00b7s aux r\u00e9gimes migratoires racistes qui sont invisibilis\u00e9es, m\u00eame dissimul\u00e9es dans la zone. L\u2019impunit\u00e9 de la violence raciste \u00e0 cette fronti\u00e8re n\u2019a que trop dur\u00e9. Comme nous l\u2019avons \u00e9crit collectivement en tant que r\u00e9seau Migreurop (2022)\u00a0: \u00ab\u00a0Les fronti\u00e8res militaris\u00e9es \u00e0 des fins anti-migratoires tuent\u00a0: les massacres racistes des personnes exil\u00e9es, engendr\u00e9s par les politiques migratoires des \u00c9tats europ\u00e9ens et de leurs partenaires, doivent cesser.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>*<\/p>\n<h4><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h4>\n<p>Bhambra, Gurminder K. (2015). \u201cEurope Won\u2019t Resolve the \u2018Migrant Crisis\u2019 until It Faces Its Own past.\u201d The Conversation, 01\/09\/2015.<\/p>\n<p>Crettiez, Xavier (2008).\u00a0<i>Les formes de la violence<\/i>. Paris, La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p>Danewid, Ida (2017). White innocence in the Black Mediterranean: Hospitality and the erasure of history.\u00a0<em>Third World Quarterly<\/em>, 38(7), 1674-1689.<\/p>\n<p>Dorlin, Elsa (2017)\u00a0<em>Se d\u00e9fendre. Une philosophie de la violence<\/em>. Paris, La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p>El Hamel, Chouki (2012)\u00a0<em>Black Morocco. A history of Slavery, Race, and Islam<\/em>, Cambridge: Cambridge University Press.<\/p>\n<p>El Qadim, Nora (2015)\u00a0<em>Le gouvernement asym\u00e9trique des migrations. Maroc\/Union europ\u00e9enne<\/em>, Paris, Dalloz.<\/p>\n<p>GADEM\/Migreurop\/APDHA\/la Cimade (2015)\u00a0<em>Ceuta et Melilla, centre de tri \u00e0 ciel ouvert aux portes de l\u2019Afrique\u00a0?<\/em>\u00a0Rapport conjoint. En ligne\u00a0:\u00a0<a href=\"https:\/\/www.gadem-asso.org\/ceuta-et-melilla-centres-de-tri-a-ciel-ouvert-aux-portes-de-lafrique-2\/\">https:\/\/www.gadem-asso.org\/ceuta-et-melilla-centres-de-tri-a-ciel-ouvert-aux-portes-de-lafrique-2\/<\/a><\/p>\n<p>Quijano, Anibal (2000) \u2018Coloniality of Power, Eurocentrism, and Latin America\u2019,\u00a0<em>Nepantla: Views from South<\/em>, Vol. 1, No. 3, pp. 533-580.<\/p>\n<p>Ferrer-Gallardo, Xavier y Gabrielli, Lorenzo (eds.) (2018)\u00a0<em>Estados de excepci\u00f3n en la excepci\u00f3n del Estado :\u00a0<i>Ceuta y Melilla<\/i><\/em>, Barcelona, Icaria.<\/p>\n<p>Guti\u00e9rrez-Rodriguez, Encarnaci\u00f3n (2018) \u2018Conceptualizing the coloniality of Migration\u2019, In: Doris Bachmann-Medick and Jens Kugele (Eds)\u00a0<em>Migration.\u00a0<\/em><em>Changing Concepts, Critical Approaches<\/em>. De Gruyter.<\/p>\n<p>Kobelinsky, Carolina (2019) \u00ab\u00a0Les traces des morts\u202f: gestion des corps retrouv\u00e9s et traitement des corps absents \u00e0 la fronti\u00e8re hispano-marocaine\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Critique internationale<\/em>\u00a0N\u00b0 83 (2): 21\u201139.<\/p>\n<p>Mbembe, Achille (2006) \u00ab\u00a0N\u00e9cropolitique\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Raisons politiques<\/em>\u00a021 (1): 29\u201160.<\/p>\n<p>Migreurop (2022) \u00ab\u00a0Un nouveau charnier aux barri\u00e8res-fronti\u00e8res de Melilla : les massacres racistes et l\u2019impunit\u00e9 doivent cesser aux fronti\u00e8res maroco-espagnoles\u00a0\u00bb, communiqu\u00e9\u00a0:\u00a0<a href=\"https:\/\/migreurop.org\/article3110.html?lang_article=fr\">https:\/\/migreurop.org\/article3110.html?lang_article=fr<\/a><\/p>\n<p>S\u00e1nchez, Romy (2018) Ceuta : quand la barri\u00e8re de l\u2019Europe \u00e9tait un bagne colonial.\u00a0<em>M\u00e9langes de la Casa de Vel\u00e1zquez<\/em>,\u00a0<em>48<\/em>\u2011<em>1<\/em>, 331\u2011339.<\/p>\n<p>Tyszler, Elsa (2019)\u00a0<em>Derri\u00e8re les barri\u00e8res de Ceuta &amp; Melilla. Rapports sociaux de sexe, de race et colonialit\u00e9 du contr\u00f4le migratoire \u00e0 la fronti\u00e8re maroco-espagnole<\/em>, th\u00e8se de doctorat en sociologie, Universit\u00e9 Paris 8.<\/p>\n<p>Zurlo, Yves (2005)\u00a0<em>Ceuta et Melilla. Histoire, repr\u00e9sentations et devenir de deux enclaves espagnoles<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<h4>Notes<\/h4>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0Ce texte reprend des \u00e9l\u00e9ments d\u2019analyse issus d\u2019un travail de th\u00e8se en sociologie sur les violences aux fronti\u00e8res de Ceuta et Melilla (Tyszler, 2019) et de missions d\u2019enqu\u00eates men\u00e9es dans un cadre associatif (GADEM et al., 2015) au Maroc et dans les enclaves espagnoles entre 2015 et 2017.<\/p>\n<p>Je remercie Shira Havkin pour sa relecture attentive de la premi\u00e8re version de ce texte.<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0D\u2019apr\u00e8s le d\u00e9compte \u2013 partiel \u2013 qu\u2019ont pu \u00e9tablir les associations sur place. Le 7 juillet 2022, la section de Nador de l\u2019association marocaine des droits humains recensait 58 morts ou disparus \u00e0 la suite du massacre\u00a0:\u00a0<a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/AmdhNador\/photos\/a.1693125780899690\/3247554572123462\/\">https:\/\/www.facebook.com\/AmdhNador\/photos\/a.1693125780899690\/3247554572123462\/<\/a><\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0Voir\u00a0: Melilla Hoy, \u00ab\u00a0El diputado Jon I\u00f1arritu recoge restos de material antidisturbios utilizado en el \u00faltimo salto a la valla\u00a0\u00bb, 06\/07\/2021<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0El Faro, Molina : \u201cLos musulmanes soportamos ser ciudadanos de segunda en Melilla\u201d, 20\/08\/2016<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0Voir par exemple\u00a0: PorCausa,\u00a0<em>La industria del control migratorio.\u00a0<\/em><em>\u00bfQui\u00e9n gana con las pol\u00edticas fronterizas de la Uni\u00f3n Europea?<\/em>\u00a0en ligne, 2017\u00a0; Transnational Institute &amp; Stop Wapenhande,\u00a0<em>Expanding the fortress. The policies, the profiteers and the people shaped by EU\u2019s border externalisation programme<\/em>. Report. Amsterdam, en ligne, 2018.<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0Les \u00ab refoulements a\u0300 chaud \u00bb ont e\u0301te\u0301 l\u00e9galis\u00e9s le 1er avril 2015 par un amendement a\u0300 la l\u00e9gislation espagnole sur les \u00e9trangers et renomm\u00e9s \u00ab renvois a\u0300 la fronti\u00e8re \u00bb. Voir\u00a0: Disposicio\u0301n adicional de\u0301cima, Re\u0301gimen especial de Ceuta y Melilla, Ley Orga\u0301nica 4\/2000, Ley de Extranjeri\u0301a.<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>\u00a0Entretien de Nabil Driouch dans le magazine TelQuel n\u00b0795 du 19 au 25 janvier 2018, p.34.<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a>\u00a0Par exemple, en 2014, une entr\u00e9e importante par les barri\u00e8res de Ceuta se produit \u00e0 la suite d\u2019un incident : celui du contr\u00f4le du yacht du roi Mohamed VI par la Guardia civil. Voir : El Mundo, \u00ab Mohamed VI llam\u00f3 a Felipe VI para quejarse de que la Guardia Civil le diese el alto frente a Ceuta \u00bb, 25\/08\/2014.<\/p>\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/4BF3A910-64D7-4AC2-B375-D7E852C9DC3C#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a>\u00a0Sonia Moreno, \u00ab As\u00ed Caza y Deporta la Gendarmer\u00eda de Mohamed VI a los Migrantes desde Que S\u00e1nchez Cedi\u00f3 Sobre el S\u00e1hara \u00bb, El Espa\u00f1ol, 02\/07\/2022<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/massacre-racisme-migrants-exil-maroc-espagne-frontiere-melilla\/?fbclid=IwAR2H_JZawjkzHSvDZXUful4IuvGAT2kheGBowRtO-OQgTalMn_ILI5XThpg\">SOURCE<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Massacre raciste \u00e0 la fronti\u00e8re de Melilla par Elsa Tyszler Le 24 juin 2022, des ressortissant\u00b7e\u00b7s d\u2019Afrique centrale, de l\u2019Ouest et de l\u2019Est ont tent\u00e9 de franchir les barri\u00e8res de l\u2019enclave espagnole de Melilla[1]. La violence de la r\u00e9pression op\u00e9r\u00e9e par les garde-fronti\u00e8res espagnols et marocains en charge d\u2019emp\u00eacher ces entr\u00e9es a provoqu\u00e9 la mort &#8230; <a title=\"La matrice coloniale de la fronti\u00e8re maroco-espagnole : Ceuta &#038; Melilla\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5186\" aria-label=\"En savoir plus sur La matrice coloniale de la fronti\u00e8re maroco-espagnole : Ceuta &#038; Melilla\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5168,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,21,36,4,7,28,5],"tags":[248,432,30,410],"class_list":["post-5186","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-anti-imperialisme","category-europe","category-islamophobie","category-negrophobie","category-racismes","category-violence-policiere","tag-espagne","tag-frontex","tag-maroc","tag-migrants"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5186","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5186"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5186\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5194,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5186\/revisions\/5194"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5168"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5186"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5186"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5186"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}