{"id":5327,"date":"2023-01-15T10:31:30","date_gmt":"2023-01-15T09:31:30","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5327"},"modified":"2022-10-15T10:43:52","modified_gmt":"2022-10-15T09:43:52","slug":"5327","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5327","title":{"rendered":"Extrait du livre\u00a0 \u00abPlanter du blanc \u00bb de Sa\u00efd Bouamama"},"content":{"rendered":"<p>Nous avons le plaisir de publier en exclusivit\u00e9 un extrait du livre\u00a0 <i>\u00abPlanter du blanc<\/i> \u00bb de <a title=\"Sa\u00efd Bouamama\" href=\"https:\/\/www.syllepse.net\/said-bouamama-_r_35_lettre_S_c_1003.html\">Sa\u00efd Bouamama<\/a><\/p>\n<div>\n<p>Au nom de quoi la France poss\u00e8de-t-elle toujours, en 2019, et en violant ostensiblement certaines r\u00e9solutions de l\u2019ONU, des territoires en Am\u00e9rique latine, au large de Madagascar et en plein Oc\u00e9an pacifique ? Comment s\u2019y prennent nos gouvernements pour endiguer, le plus discr\u00e8tement possible, les vell\u00e9it\u00e9s ind\u00e9pendantistes des populations ultra-marines ? Pourquoi huit pays africains utilisent-ils encore une monnaie portant le nom de l\u2019ancien occupant, le franc CFA ? En quoi la philosophie des Lumi\u00e8res peut-elle s\u2019av\u00e9rer le corolaire, et non le rem\u00e8de, de discriminations raciales ? Dans <strong><em>\u00ab Planter du Blanc \u00bb. Chroniques du (n\u00e9o)colonialisme fran\u00e7ais<\/em><\/strong> (Syllepse, 2019), un livre incroyablement document\u00e9 sur le plan historique et factuel, le sociologue <strong>Sa\u00efd Bouamama<\/strong> apporte des r\u00e9ponses \u00e9difiantes.<\/p>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<div class=\"clk-row\">\n<div class=\"col-s-1 flex titre-detail\">\n<div>\n<p>Ce livre a de nombreuses vertus. D\u2019abord, pour paraphraser Aim\u00e9 C\u00e9saire, il montre que le colonialisme fran\u00e7ais n\u2019est pas mort. Il excelle \u00e0 se renouveler pour mieux se maintenir ; par exemple en substituant un racisme culturel \u00e0 un racisme biologique, ou en accordant aux anciennes colonies une ind\u00e9pendance corset\u00e9e et une souverainet\u00e9 mutil\u00e9e. Par ailleurs, cet ouvrage ambitieux s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la mani\u00e8re dont le n\u00e9ocolonialisme fran\u00e7ais se d\u00e9ploie dans trois espaces diff\u00e9rents : les anciennes colonies africaines ; les d\u00e9partements et r\u00e9gions d\u2019outre-mer ; le territoire m\u00e9tropolitain et ses quartiers populaires. Chaque espace a ses particularit\u00e9s mais il existe aussi des logiques transversales, qui font le propre de la domination coloniale. Sa\u00efd Bouamama met en \u00e9vidence ces invariants : traitement d\u2019exception, hi\u00e9rarchies raciales, extraversion de l\u2019\u00e9conomie au service des besoins de l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise, expropriation terrienne.<\/p>\n<p>En puisant dans la pens\u00e9e marxiste, mon invit\u00e9 montre combien l\u2019entreprise coloniale est indissociable de l\u2019histoire du capitalisme. L\u2019accumulation primitive de richesses par la bourgeoisie europ\u00e9enne f\u00fbt rendue possible par la conqu\u00eate des Am\u00e9riques, l\u2019extermination de ses populations, le pillage de ses ressources et la traite n\u00e9gri\u00e8re. Deux si\u00e8cles plus tard, la colonisation de l\u2019Afrique et de l\u2019Asie permit la r\u00e9volution industrielle en apportant \u00e0 l\u2019Europe les nouveaux espaces dont elle avait besoin. Enfin, malgr\u00e9 la vague de d\u00e9colonisations cons\u00e9cutive \u00e0 la Seconde Guerre mondiale, les pays industrialis\u00e9s anciennement coloniaux maintiennent leur domination sur le reste du monde gr\u00e2ce \u00e0 la structure in\u00e9galitaire du march\u00e9 mondial. Au cours de l\u2019\u00e9mission, Sa\u00efd Bouamama revient en d\u00e9tails sur cette histoire, avec une grande clart\u00e9 didactique, et le souci de donner \u00e0 son auditoire des cl\u00e9s pour poursuivre la d\u00e9colonisation de nos institutions, de nos pratiques, ainsi que de nos imaginaires.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.hors-serie.net\/Aux-Sources\/2019-07-20\/Planter-du-Blanc-le-neocolonialisme-francais-id366\">Manuel Cervera-Marzal<\/a><\/p>\n<\/div>\n<p><strong>Avec l\u2019aimable autorisation des Editions Syllepse.\u00a0\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u2009Je le r\u00e9p\u00e8te\u2009: le colonialisme n\u2019est point mort. Il excelle pour se survivre, \u00e0 renouveler ses formes\u2009; apr\u00e8s les temps brutaux de la politique de domination, on a vu les temps plus hypocrites, mais non moins n\u00e9fastes, de la politique dite d\u2019Association ou d\u2019Union. Maintenant, nous assistons \u00e0 la politique dite d\u2019int\u00e9gration, celle qui se donne pour but la constitution de l\u2019Eurafrique. Mais de quelque masque que s\u2019affuble le colonialisme, il reste nocif. Pour ne parler que de sa derni\u00e8re trouvaille, l\u2019Eurafrique, il est clair que ce serait la substitution au vieux colonialisme national d\u2019un nouveau colonialisme plus virulent encore, un colonialisme international, dont le soldat allemand serait le gendarme vigilant\u2009\u00bb, Aim\u00e9 C\u00e9saire<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Le r\u00e9f\u00e9rendum de novembre\u202f2018 en Kanaky est venu rappeler que le colonialisme fran\u00e7ais \u00e9tait encore une r\u00e9alit\u00e9 vivante. Le r\u00e9sultat, qui refl\u00e8te l\u2019\u00e9tat d\u2019un rapport de forces \u00e0 un moment donn\u00e9, souligne que pour la grande majorit\u00e9 des Kanak, leur pays reste une colonie qu\u2019il convient de lib\u00e9rer par l\u2019horizon d\u2019une ind\u00e9pendance nationale. Si dans d\u2019autres colonies fran\u00e7aises, euph\u00e9miquement appel\u00e9es DROM (d\u00e9partements et r\u00e9gions d\u2019outre-mer) et TOM (territoires d\u2019outre-mer), une telle majorit\u00e9 n\u2019existe pas encore, un simple regard sur les \u00e9conomies permet de conclure au maintien du rapport colonial entre l\u2019Hexagone et cet Outre-mer. De la m\u00eame fa\u00e7on, les manifestations publiques contre la monnaie coloniale qu\u2019est le franc CFA dans une dizaine de pays africains en 2018 mettent en exergue que derri\u00e8re le discours de la \u00ab\u2009coop\u00e9ration\u2009\u00bb se cache une autre forme de la d\u00e9pendance, le n\u00e9ocolonialisme. En d\u00e9pit des professions de foi de chaque nouveau Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise sur la fin de la Fran\u00e7afrique, les pancartes et slogans des manifestants indiquent une nouvelle prise de conscience anticolonialiste. Colonialisme et n\u00e9ocolonialisme ne sont, selon nous, que deux formes historiquement dat\u00e9es de la mise en d\u00e9pendance. Ils s\u2019inscrivent dans une histoire dans laquelle la premi\u00e8re forme a \u00e9t\u00e9 majoritaire pendant toute une p\u00e9riode, avant de c\u00e9der ce caract\u00e8re majoritaire \u00e0 la seconde sous les coups de boutoir des luttes populaires et des rapports de force mondiaux. La s\u00e9rie d\u2019articles qui compose cet ouvrage tente de synth\u00e9tiser pour chaque colonie fran\u00e7aise les raisons et m\u00e9canismes de cette mise en d\u00e9pendance d\u2019une part, et de r\u00e9sumer les outils et processus du n\u00e9ocolonialisme fran\u00e7ais en Afrique d\u2019autre part. Comme le souligne C\u00e9saire dans la citation qui ouvre ce texte, il est essentiel de saisir les invariants de la mise en d\u00e9pendance au-del\u00e0 de la mutation de ses formes.<\/p>\n<p>Le premier \u00e2ge du Colonialisme comme \u00ab\u2009\u00e2ge pr\u00e9historique du capitalisme\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Avec le d\u00e9barquement le 12\u202foctobre 1492 d\u2019une centaine de soldats dirig\u00e9s par Christophe Colomb sur l\u2019\u00eele de Guanahani (l\u2019actuelle San Salvador) l\u2019histoire mondiale entre dans une nouvelle \u00e8re, incomparable \u00e0 toutes celles qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Certes, l\u2019histoire humaine avait connu pr\u00e9c\u00e9demment des empires, des conqu\u00eates et des asservissements. Bien s\u00fbr, des \u00ab\u2009colonies\u2009\u00bb avaient d\u00e9j\u00e0 exist\u00e9 avec des mises en d\u00e9pendance plus ou moins importantes de p\u00e9riph\u00e9ries vis-\u00e0-vis d\u2019un centre. Bien entendu, des peuplements par la force avaient d\u00e9j\u00e0 eu lieu et produit leurs lots d\u2019expropriation des peuples indig\u00e8nes. Toutefois, d\u00e9sormais ce sont toutes les parties du monde qui sont mises en contact par le biais d\u2019une Europe o\u00f9 un nouveau mode de production \u00e9conomique, le capitalisme, tente d\u2019\u00e9merger, sans y parvenir par manque de capitaux.<\/p>\n<p>Le manque sera, en grande partie, combl\u00e9 par le pillage des ressources, et en particulier de l\u2019or, des civilisations injustement appel\u00e9es \u00ab\u2009indiennes\u2009\u00bb par une histoire encore largement eurocentr\u00e9e. Ce que Karl Marx \u00e9voque sous le nom d\u2019\u00ab\u2009accumulation primitive\u2009\u00bb, repose en effet, selon lui, sur deux piliers\u2009: l\u2019expropriation de la paysannerie europ\u00e9enne et le pillage des civilisations des Am\u00e9riques (mais aussi du Bengale). C\u2019est donc dans une Europe encore caract\u00e9ris\u00e9e par une \u00e9conomie pr\u00e9capitaliste que se d\u00e9ploie l\u2019accumulation primitive dont le colonialisme sera une des facettes essentielles. \u00ab\u2009La production capitaliste pr\u00e9suppose la pr\u00e9existence de masses consid\u00e9rables de capitaux et de forces ouvri\u00e8res d\u00e9j\u00e0 accumul\u00e9es entre les mains des producteurs marchands<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>\u2009\u00bb, souligne Marx. Andr\u00e9 Gunder Franck r\u00e9sume pour sa part comme suit la \u00ab\u2009contribution\u2009\u00bb des peuples colonis\u00e9s \u00e0 cette \u00ab\u2009accumulation primitive\u2009\u00bb encore appel\u00e9e par Marx \u00ab\u2009\u00e2ge pr\u00e9historique du capitalisme\u2009\u00bb\u2009:<\/p>\n<p>Les \u00ab\u2009sept ann\u00e9es utiles\u2009\u00bb d\u2019une vie d\u2019esclave dans les diverses parties du Nouveau Monde, la chute brutale du chiffre de la population indienne (de 25\u2009000\u2009000 \u00e0 1\u2009500\u2009000), la d\u00e9cimation totale de la population indig\u00e8ne des Antilles en un demi-si\u00e8cle, les ravages de la famine au Bengale \u00e0 la suite du pillage du pays par les Britanniques et les baisses non moins massives dans la reproduction des populations apr\u00e8s leur incorporation dans le proc\u00e8s d\u2019accumulation du capital, t\u00e9moignent partout de la surexploitation, caract\u00e9ristique des rapports de production au sein de ces formations sociales lors du proc\u00e8s d\u2019accumulation \u00e0 son \u00e9tape pr\u00e9industrielle<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Sur un plan quantitatif, quelques travaux se sont attach\u00e9s \u00e0 \u00e9valuer cette \u00ab\u2009contribution\u2009\u00bb du continent nouvellement colonis\u00e9 \u00e0 la r\u00e9union des conditions de possibilit\u00e9 de la r\u00e9volution industrielle en Europe. \u00c9tudiant l\u2019histoire des prix dans l\u2019Espagne m\u00e9di\u00e9vale, \u00adl\u2019historien et \u00e9conomiste \u00e9tats-unien Earl J. Hamilton souligne par exemple qu\u2019entre\u202f1503 et\u202f1660 se sont 185\u2009000\u202fkg d\u2019or et 16\u202fmillions de kg d\u2019argent qui arrivent dans la seule ville de S\u00e9ville<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. \u00ab\u2009Comme le feraient les singes, ils soul\u00e8vent l\u2019or, ils s\u2019assoient avec des gestes qui manifestent leur jubilation [\u2026]. Tout leur corps se dilate \u00e0 cette id\u00e9e. Ils montrent \u00e0 cet \u00e9gard un app\u00e9tit furieux. Ils convoitent l\u2019or comme des porcs affam\u00e9s<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>\u2009\u00bb, t\u00e9moigne un indig\u00e8ne nahuatl cit\u00e9 dans l\u2019ouvrage d\u00e9sormais classique d\u2019Eduardo Galeano, Les Veines ouvertes de l\u2019Am\u00e9rique latine. Ces ressources irrigu\u00e8rent l\u2019ensemble des fortunes bancaires europ\u00e9ennes par un processus que Galeano restitue comme suit\u2009:<\/p>\n<p>Les m\u00e9taux arrach\u00e9s aux nouveaux territoires coloniaux stimul\u00e8rent le d\u00e9veloppement \u00e9conomique europ\u00e9en et m\u00eame, peut-on dire, le rendirent possible. [\u2026] Les Espagnols poss\u00e9daient la vache, mais d\u2019autres buvaient son lait. Les cr\u00e9anciers du royaume, en majorit\u00e9 \u00e9trangers, vidaient syst\u00e9matiquement les coffres de la Casa de Contrataci\u00f3n de S\u00e9ville, destin\u00e9e \u00e0 garder enferm\u00e9 \u00e0 double tour et sous double surveillance le tr\u00e9sor provenant d\u2019Am\u00e9rique. La Couronne \u00e9tait hypoth\u00e9qu\u00e9e. Elle c\u00e9dait \u00e0 titre d\u2019avance presque toutes les cargaisons d\u2019argent aux banquiers allemands, g\u00e9nois, flamands et espagnols<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Les massacres de la conqu\u00eate, la mise en esclavage et les \u00e9pid\u00e9mies (rougeole, variole, grippe, maladies v\u00e9n\u00e9riennes, etc.) amen\u00e9es par les Europ\u00e9ens conduisent \u00e0 un v\u00e9ritable g\u00e9nocide<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Tr\u00e8s vite le besoin de main-d\u2019\u0153uvre d\u00e9bouche sur le crime contre l\u2019humanit\u00e9 qu\u2019est la traite n\u00e9gri\u00e8re. L\u2019apport de cette derni\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00ab\u2009accumulation primitive\u2009\u00bb a admirablement \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9 par Eric Williams dans son livre Capitalisme et esclavage<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Il y d\u00e9crit le r\u00f4le de la traite des Noirs dans le financement de la r\u00e9volution industrielle par son effet multiplicateur dans la constitution du capital bancaire et industriel. Il illustre et estime quantitativement ce que Marx avait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9sum\u00e9 de la fa\u00e7on suivante\u2009:<\/p>\n<p>La d\u00e9couverte des contr\u00e9es aurif\u00e8res et argentif\u00e8res de l\u2019Am\u00e9rique, la r\u00e9duction des indig\u00e8nes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conqu\u00eate et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l\u2019Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voil\u00e0 les proc\u00e9d\u00e9s idylliques d\u2019accumulation primitive qui signalent l\u2019\u00e8re capitaliste \u00e0 son aurore<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>Concernant la France, la traduction coloniale de cette \u00e8re de l\u2019accumulation primitive prend la forme de ce qui est appel\u00e9 \u00ab\u2009premier espace colonial fran\u00e7ais\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009vieilles colonies\u2009\u00bb. Tous les territoires encore aujourd\u2019hui colonis\u00e9s par la R\u00e9publique fran\u00e7aise appartiennent \u00e0 cet espace. Toutes les caract\u00e9ristiques d\u00e9crites plus haut se retrouvent dans l\u2019histoire de ces nations\u2009: g\u00e9nocide des peuples indig\u00e8nes, pillage rendant possible l\u2019accumulation primitive et r\u00e9unissant les conditions de l\u2019industrialisation de l\u2019Hexagone, traite n\u00e9gri\u00e8re, etc. Ce premier \u00e2ge colonial appelle, bien s\u00fbr, une id\u00e9ologie de l\u00e9gitimation qui se formalisera dans le racisme biologique qui commence ainsi son histoire pluris\u00e9culaire. Les \u00ab\u2009confettis de l\u2019empire<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>\u2009\u00bb qui constituent les DROM et TOM aujourd\u2019hui restent profond\u00e9ment marqu\u00e9s par l\u2019ensemble des caract\u00e9ristiques du rapport colonial\u2009: expropriation terrienne, extraversion de l\u2019\u00e9conomie en fonction des besoins de l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise, traitement d\u2019exception et hi\u00e9rarchies raciales, etc.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me \u00e2ge du colonialisme et la r\u00e9volution industrielle<\/p>\n<p>Dans son \u00ab\u2009Discours sur le colonialisme\u2009\u00bb, C\u00e9saire rappelle deux caract\u00e9ristiques intriqu\u00e9es du capitalisme d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9es auparavant par Marx ou L\u00e9nine\u2009: son caract\u00e8re concurrentiel et sa tendance \u00e0 l\u2019expansion dans de nouvelles aires g\u00e9ographiques, c\u2019est-\u00e0-dire sa tendance \u00e0 la mondialisation. Le capitalisme ne peut fonctionner qu\u2019en s\u2019\u00e9tendant\u2009:<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce en son principe que la colonisation\u2009? [\u2026] d\u2019admettre une fois pour toutes, sans volont\u00e9 de broncher aux cons\u00e9quences, que le geste d\u00e9cisif est ici de l\u2019aventurier et du pirate, du chercheur d\u2019or et du marchand, de l\u2019app\u00e9tit et de la force, avec, derri\u00e8re, l\u2019ombre port\u00e9e, mal\u00e9fique, d\u2019une forme de civilisation qui, \u00e0 un moment de son histoire, se constate oblig\u00e9e, de fa\u00e7on interne, d\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale la concurrence de ses \u00e9conomies antagonistes<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 maturit\u00e9, le capitalisme tenaill\u00e9 par la concurrence entre les diff\u00e9rentes puissances industrielles a besoin de nouveaux espaces pour assurer sa reproduction \u00e9largie. La colonisation des continents africain et asiatique fournira ces nouveaux espaces. Si la destruction des civilisations indig\u00e8nes am\u00e9ricaines et l\u2019esclavage cr\u00e9ent les conditions de l\u2019accumulation primitive, la colonisation de l\u2019Afrique et de l\u2019Asie permettent la r\u00e9volution industrielle europ\u00e9enne. La colonisation peut ainsi se d\u00e9crire \u00e9galement comme l\u2019exportation et la g\u00e9n\u00e9ralisation des rapports marchands et capitalistes \u00e0 des aires jusque-l\u00e0 caract\u00e9ris\u00e9es par une \u00e9conomie communautaire.<\/p>\n<p>Le rapport social caract\u00e9ristique de ce nouvel \u00e2ge n\u2019est plus l\u2019esclavage. Celui-ci est rendu obsol\u00e8te sous les coups de boutoir des r\u00e9voltes d\u2019esclaves et des progr\u00e8s technologiques. Un changement de forme du rapport de d\u00e9pendance est \u00e0 l\u2019ordre du jour. L\u2019indig\u00e9nat sera la nouvelle version de ce rapport social au service de la reproduction de la d\u00e9pendance qui garde, elle, les caract\u00e9ristiques essentielles de la phase ant\u00e9rieure (colonisation des Am\u00e9riques et son corollaire en termes de rapport social, l\u2019esclavage)\u2009: expropriation terrienne, extraversion \u00e9conomique et traitement d\u2019exception.<\/p>\n<p>De m\u00eame que les r\u00e9sistances indig\u00e8nes puis des esclaves n\u2019ont jamais cess\u00e9, les r\u00e9sistances \u00e0 la conqu\u00eate puis \u00e0 la mise en d\u00e9pendance caract\u00e9risent l\u2019ensemble de l\u2019\u00e8re coloniale. Si les formes varient en fonction des rapports de force, le refus de la d\u00e9pendance ne cesse jamais et prend des formes multiples. Ces r\u00e9sistances constituent un des facteurs essentiels qui contraindront le rapport de d\u00e9pendance \u00e0 muter une nouvelle fois apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale et le changement du rapport de forces qu\u2019elle signifie. Apr\u00e8s avoir tent\u00e9 de r\u00e9instaurer tel quel le mod\u00e8le d\u2019avant-guerre, les puissances coloniales sont contraintes de s\u2019adapter en pr\u00e9tendant r\u00e9former le rapport colonial pour le rendre plus acceptable. La premi\u00e8re cons\u00e9quence en sera une mutation des formes du racisme qui passe d\u2019un argumentaire biologique \u00e0 un argumentaire culturaliste. Frantz Fanon r\u00e9sume comme suit cette mutation\u2009:<\/p>\n<p>Ce racisme qui se veut rationnel, individuel, d\u00e9termin\u00e9 g\u00e9notypique et ph\u00e9notypique se transforme en racisme culturel. L\u2019objet du racisme n\u2019est plus l\u2019homme particulier mais une certaine forme d\u2019exister. [\u2026] Le souvenir du nazisme, la commune mis\u00e8re d\u2019hommes diff\u00e9rents, le commun asservissement de groupes sociaux importants, l\u2019apparition de \u00ab\u2009colonies europ\u00e9ennes\u2009\u00bb c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019institution d\u2019un r\u00e9gime colonial en pleine terre d\u2019Europe, [\u2026] tout cela a modifi\u00e9 profond\u00e9ment l\u2019aspect du probl\u00e8me<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p>La seconde cons\u00e9quence est politique et se traduit, s\u2019agissant du colonialisme fran\u00e7ais, par une s\u00e9rie de transformations\u2009: abolition du Code de l\u2019indig\u00e9nat en 1946, instauration de la loi-cadre et de l\u2019Union fran\u00e7aise en 1956 instaurant une \u00ab\u2009autonomie\u2009\u00bb et mise en place de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise en 1958 reconnaissant aux diff\u00e9rentes colonies un statut d\u2019\u00c9tat, sans cependant disposer des pouvoirs li\u00e9s \u00e0 plusieurs minist\u00e8res r\u00e9galiens. Tout ceci, selon Fanon, ressortissait \u00e0 une tentative de laisser entrevoir une ind\u00e9pendance possible sans remise en cause du pacte colonial, c\u2019est-\u00e0-dire des rapports de d\u00e9pendance \u00e9conomiques. D\u00e9non\u00e7ant la communaut\u00e9 fran\u00e7aise promue par de Gaulle, il posait la question suivante\u2009: \u00ab\u2009Comment la France esp\u00e8re-t-elle concilier \u00e0 la fois le maintien du pacte colonial et l\u2019existence nationale des \u00c9tats africains<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>\u2009?\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Ces mutations rapides interviennent par crainte d\u2019une radicalisation des contestations anticoloniales qui en Alg\u00e9rie et au Cameroun ont d\u00e9j\u00e0 pris la forme d\u2019une lutte arm\u00e9e. Le temps d\u2019une nouvelle mue des formes des rapports de d\u00e9pendance est arriv\u00e9 \u00e0 maturit\u00e9. Le \u00adcolonialisme c\u00e8de le pas au n\u00e9ocolonialisme par le biais d\u2019ind\u00e9pendances fortement corset\u00e9es par des \u00ab\u2009accords\u2009\u00bb \u00e9conomiques, culturels et militaires. Songeons \u00e0 nouveau \u00e0 Frantz Fanon qui, au moment de l\u2019assassinat de Lumumba, d\u00e9clarait \u00e0 propos des mutations du colonialisme\u2009: \u00ab\u2009Notre tort \u00e0 nous, Africains, est d\u2019avoir oubli\u00e9 que l\u2019ennemi ne recule jamais sinc\u00e8rement. Il ne comprend jamais. Il capitule, mais ne se convertit pas<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me \u00e2ge du capitalisme et l\u2019\u00e9change in\u00e9gal impos\u00e9<\/p>\n<p>Les anciennes colonies fran\u00e7aises d\u2019Afrique acc\u00e8dent \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance mais sont confront\u00e9es \u00e0 plusieurs obstacles entravant leur souverainet\u00e9. Le premier, qu\u2019ils partagent avec les \u00c9tats issus de tous les autres empires coloniaux, est celui de la structure du march\u00e9 mondial dans lequel sont ins\u00e9r\u00e9es leurs \u00e9conomies. Quelques ann\u00e9es plus tard, en 1969, l\u2019\u00e9conomiste Emmanuel Arghiri forgera la notion d\u2019\u00ab\u2009\u00e9change in\u00e9gal<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>\u2009\u00bb. Les \u00e9changes internationaux sont, selon cette approche, fondamentalement in\u00e9gaux du fait que les pays industrialis\u00e9s imposent une division internationale du travail, sp\u00e9cialisant les pays dits \u00ab\u2009sous-d\u00e9velopp\u00e9s\u2009\u00bb dans certaines productions et se r\u00e9servant les productions n\u00e9cessitant une technologie plus avanc\u00e9e. Le d\u00e9calage dans l\u2019industrialisation h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019histoire coloniale produit et reproduit ainsi la d\u00e9pendance en permanence par le simple jeu de la fixation des prix internationaux, poussant \u00e0 un \u00e9cart croissant entre les prix des produits issus des pays industrialis\u00e9s et ceux des pays dits \u00ab\u2009sous-d\u00e9velopp\u00e9s\u2009\u00bb. Un autre \u00e9conomiste, Samir Amin, forgera un peu plus tard les concepts de \u00ab\u2009centre\u2009\u00bb, fixant les r\u00e8gles du jeu, et de \u00ab\u2009p\u00e9riph\u00e9rie\u2009\u00bb, dont les richesses sont par l\u2019\u00e9change in\u00e9gal drain\u00e9es vers le centre<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Seules une revalorisation importante des prix des mati\u00e8res premi\u00e8res, une politique d\u2019industrialisation et un d\u00e9veloppement autocentr\u00e9 peuvent d\u00e8s lors permettre une sortie de la d\u00e9pendance structurelle. Le \u00ab\u2009d\u00e9veloppement\u2009\u00bb, se concentrant sur des activit\u00e9s d\u2019exportation (agricoles, mini\u00e8res ou en hydrocarbures) sans transformation dans lesquelles s\u2019investissent les capitaux du centre, devient ainsi un \u00ab\u2009d\u00e9veloppement du sous-d\u00e9veloppement\u2009\u00bb selon l\u2019expression d\u2019Amin.<\/p>\n<p>Pour les anciennes colonies fran\u00e7aises, les conditions impos\u00e9es pour les ind\u00e9pendances s\u2019ajoutent \u00e0 cette d\u00e9pendance structurelle vis-\u00e0-vis du march\u00e9 mondial. Ces conditions orientent les \u00e9conomies h\u00e9rit\u00e9es de la colonisation vers une d\u00e9pendance, non pas \u00e0 l\u2019\u00e9gard du march\u00e9 mondial seul, mais aussi et d\u2019abord vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise. Tous les leviers de mise en d\u00e9pendance ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vus et mis en \u0153uvre (\u00e9conomiques, mon\u00e9taires, culturels, militaires, etc.) pour faire syst\u00e8me. La premi\u00e8re \u00e9tape de mise en \u0153uvre du syst\u00e8me fut l\u2019organisation syst\u00e9matique de la balkanisation au moment des ind\u00e9pendances. D\u00e8s la loi-cadre de 1956, l\u2019\u00ab\u2009autonomie\u2009\u00bb propos\u00e9e concerne chacun des \u00c9tats et non les ensembles r\u00e9gionaux que constituaient depuis longtemps l\u2019Afrique occidentale fran\u00e7aise (AOF) et l\u2019Afrique \u00e9quatoriale fran\u00e7aise (AEF). De 1956 au milieu des ann\u00e9es 1960, l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais s\u2019\u00e9vertue \u00e0 d\u00e9truire toutes les initiatives et leaders s\u2019opposant \u00e0 la balkanisation de l\u2019ancien empire colonial\u2009: r\u00e9torsion contre l\u2019\u00c9tat guin\u00e9en en 1958 pour son refus de la commu\u00adnau\u00adt\u00e9 fran\u00e7aise, assassinat du Centrafricain Barth\u00e9l\u00e9my Boganda en mars\u202f1959, arrestation du S\u00e9n\u00e9galais Mamadou Dia en d\u00e9cembre\u202f1962, assassinat du Togolais Sylvanus Olympio en janvier\u202f1963, coup d\u2019\u00c9tat destituant le Malien Modibo Keita en novembre\u202f1968, etc. La balkanisation laisse d\u00e8s lors chacun des anciens territoires dans un face-\u00e0-face in\u00e9gal avec l\u2019ancienne puissance coloniale.<\/p>\n<p>La seconde \u00e9tape est constitu\u00e9e par les accords de coop\u00e9ration que le Premier ministre Michel Debr\u00e9 r\u00e9sume comme suit au futur Pr\u00e9sident de l\u2019\u00c9tat gabonais L\u00e9on Mba\u2009:<\/p>\n<p>On donne l\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 condition que l\u2019\u00c9tat s\u2019engage une fois ind\u00e9pendant \u00e0 respecter les accords de coop\u00e9ration sign\u00e9s an\u00adt\u00e9\u00adrieu\u00adrement\u2009: il y a deux syst\u00e8mes qui entrent en vigueur en m\u00eame temps\u2009: l\u2019ind\u00e9pendance et les accords de coop\u00e9ration. L\u2019un ne va pas sans l\u2019autre<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>.<\/p>\n<p>Ces fameux accords de coop\u00e9ration, auxquels nous consacrons dans cet ouvrage une s\u00e9rie de chapitres, sont quasi similaires pour l\u2019ensemble des nouveaux \u00c9tats\u2009: la zone franc reste intacte et la France conserve un droit de v\u00e9to sur les instituts \u00ab\u2009africains\u2009\u00bb d\u2019\u00e9mission mon\u00e9taire\u2009; les avoirs financiers restent contr\u00f4l\u00e9s par le Tr\u00e9sor fran\u00e7ais\u2009; les entreprises fran\u00e7aises conservent les privil\u00e8ges douaniers, le monopole d\u2019acc\u00e8s aux minerais strat\u00e9giques, les exon\u00e9rations de longue dur\u00e9e, la libert\u00e9 de transfert des b\u00e9n\u00e9fices et obtiennent des garanties contre la nationalisation\u2009; le maintien de la pr\u00e9sence militaire est garanti, etc.<\/p>\n<p>Les accords de coop\u00e9ration mutilent gravement la souverainet\u00e9 des nouveaux \u00c9tats et encore plus dangereusement celle des populations, comme le r\u00e9sume fort justement Fran\u00e7ois-Xavier Verschave en soulignant que \u00ab\u2009les pays francophones au sud du Sahara ont \u00e9t\u00e9, \u00e0 leur ind\u00e9pendance, emmaillot\u00e9s dans un ensemble d\u2019accords de coop\u00e9ration politique, militaire et financi\u00e8re qui les ont plac\u00e9s sous tutelle<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab\u2009n\u00e9ocolonialisme\u2009\u00bb exprime ad\u00e9quatement la nature de ce nouvel \u00e2ge du capitalisme aboutissant aux m\u00eames cons\u00e9quences de mises en d\u00e9pendances avec des moyens et une forme renouvel\u00e9s. Les trois caract\u00e9ristiques essentielles soulign\u00e9es plus haut pour les \u00e2ges pr\u00e9c\u00e9dents sont de nouveau au rendez-vous\u2009: expropriation terrienne, extraversion \u00e9conomique et traitement d\u2019exception. Une diff\u00e9rence de taille est cependant \u00e0 noter\u2009: les acteurs politiques en charge de garantir ces trois caract\u00e9ristiques, du moins officiellement et publiquement, sont d\u00e9sormais des nationaux et non plus des Europ\u00e9ens. Le rapport social qui caract\u00e9rise ce n\u00e9ocolonialisme est \u00e9galement nouveau. Apr\u00e8s le lien de propri\u00e9t\u00e9 esclavagiste et le lien de d\u00e9pendance colonial de l\u2019indig\u00e9nat, le temps de l\u2019\u00e9galit\u00e9 formelle est arriv\u00e9. Officiellement, les liens se tissent entre \u00c9tats et peuples souverains mais au sein d\u2019un dispositif dont les r\u00e8gles de fonctionnement in\u00e9gales produisent in\u00e9vitablement de la d\u00e9pendance syst\u00e9mique. Enfin, le visage du racisme mute \u00e9galement. Tout en restant dans un registre culturaliste, il se centre d\u00e9sormais sur certaines caract\u00e9ristiques pr\u00e9sent\u00e9es comme \u00ab\u2009culturelles\u2009\u00bb et cens\u00e9es expliquer le caract\u00e8re durable de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de d\u00e9veloppement et de niveau de vie\u2009: tribalisme, client\u00e9lisme, n\u00e9potisme, fatalisme, rapport aux temporalit\u00e9s, statut de la femme, etc. Ces h\u00e9ritages et productions de la d\u00e9pendance sont ainsi transmut\u00e9s en causes du fameux \u00ab\u2009sous-d\u00e9veloppement\u2009\u00bb. L\u2019ensemble de ces mutations permettent la persistance de la d\u00e9pendance sans laquelle le processus d\u2019\u00e9mergence de grands groupes multinationaux industriels et financiers fran\u00e7ais n\u2019aurait pas pu se d\u00e9ployer. Si l\u2019asservissement du continent am\u00e9ricain et l\u2019esclavage ont permis l\u2019accumulation primitive, si la colonisation de l\u2019Afrique et de l\u2019Asie a financ\u00e9 la r\u00e9volution industrielle, le n\u00e9ocolonialisme et ses accords de coop\u00e9ration ont fourni les fonds permettant la construction des multinationales fran\u00e7aises.<\/p>\n<p>Le rappel trop rapide de cette histoire des invariances et des mutations de la mise en d\u00e9pendance \u00e9tait n\u00e9cessaire pour saisir les enjeux du discours dominant pr\u00e9sentant le colonialisme et le n\u00e9ocolonialisme comme \u00e9tant une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9sormais r\u00e9volue. De mani\u00e8re r\u00e9currente, l\u2019accusation d\u2019un ressassement morbide d\u2019une histoire d\u00e9pass\u00e9e est brandie \u00e0 l\u2019encontre de ceux qui refusent ce discours. Tout aussi fr\u00e9quemment, on leur impute une politique du ressentiment caricaturant le pass\u00e9, le projetant abusivement sur le pr\u00e9sent et produisant des haines au sein de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise qui menacerait son avenir. Certes, les appr\u00e9ciations sur le pass\u00e9 colonial ont \u00e9t\u00e9 contraintes de prendre en compte, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, les ind\u00e9pendances du si\u00e8cle dernier, mais avec, ne l\u2019oublions pas, des retours r\u00e9guliers d\u2019une tentation r\u00e9visionniste, \u00e0 l\u2019image de la loi du 23\u202ff\u00e9vrier 2005 mentionnant \u00ab\u2009l\u2019\u0153uvre positive de la colonisation\u2009\u00bb. Depuis, de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re, nos chefs d\u2019\u00c9tat ne cessent de s\u2019illustrer par des repr\u00e9sentations et grilles de lecture datant de cette phase particuli\u00e8re de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 qu\u2019a \u00e9t\u00e9 la colonisation succ\u00e9dant, elle aussi, \u00e0 une phase, tout aussi sp\u00e9cifique, celle de la mise en esclavage sur plusieurs si\u00e8cles, avec une syst\u00e9mie et une ampleur industrielle in\u00e9dite. De l\u2019\u00ab\u2009homme africain [\u2026] pas assez entr\u00e9 dans l\u2019histoire\u2009\u00bb de Sarkozy \u00e0 Dakar en 2007 au \u00ab\u2009sept \u00e0 huit enfants par femme\u2009\u00bb de Macron en 2017, cens\u00e9s expliquer la pauvret\u00e9 des habitants du continent, le m\u00eame imaginaire culturaliste continue de faire irruption r\u00e9guli\u00e8rement pour expliquer le scandale de la paup\u00e9risation maintenue six d\u00e9cennies apr\u00e8s les ind\u00e9pendances. Cet imaginaire ne peut pas, selon nous, se r\u00e9duire \u00e0 une simple persistance du pass\u00e9. Il n\u2019est pas une survivance d\u2019une \u00e9poque r\u00e9volue ou une trace h\u00e9rit\u00e9e vou\u00e9e \u00e0 dispara\u00eetre par l\u2019\u00e9puisement du temps. Il constitue une production du pr\u00e9sent en tant que reflet id\u00e9ologique et traduction id\u00e9elle, produit et producteur, des rapports de dominations que les anciennes puissances coloniales entretiennent et imposent \u00e0 leurs colonies actuelles ou anciennes et \u00e0 leurs peuples. En pr\u00e9sentant la situation des derni\u00e8res colonies fran\u00e7aises d\u2019une part et les m\u00e9canismes de la d\u00e9pendance n\u00e9ocoloniale qu\u2019impose l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais \u00e0 ses anciennes colonies d\u2019autre part, ce livre ne poursuit qu\u2019un objectif\u2009: contribuer modestement aux prises de conscience et aux mobilisations permettant d\u2019\u00e9br\u00e9cher l\u2019ordre injuste du monde avant de pouvoir le transformer radicalement dans le sens de l\u2019\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Aim\u00e9 C\u00e9saire, \u00ab\u2009Le colonialisme n\u2019est pas mort\u2009\u00bb, La Nouvelle Critique, n\u00b0\u202f51, janvier\u202f1954, p.\u202f29.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Karl Marx, Le Capital, Livre 1, chap. 26, dans \u0152uvres compl\u00e8tes, t. 1, Paris, La Pl\u00e9iade, 1963, p.\u202f1167.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Andr\u00e9 Gunder Franck, \u00ab\u2009Sur l\u2019accumulation qu\u2019on appelle primitive\u2009\u00bb, L\u2019Homme et la Soci\u00e9t\u00e9, n\u00b0\u202f39-40, 1976, p.\u202f49.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Earl J. Hamilton, American Treasure and the Price Revolution in Spain (1501-1650), Harvard University Press, Cambridge, 1934, p.\u202f70.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Eduardo Galeano, Les Veines ouvertes de l\u2019Am\u00e9rique latine, Plon-Pocket, Paris, 1981, p.\u202f31.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Ibid., p.\u202f37.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . F\u00e9lix Reichlen, Les Am\u00e9rindiens et leur extermination d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, Paris, Pierre-Marcel Favre, 1987.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Eric Williams, Capitalisme et esclavage, Paris, Pr\u00e9sence africaine, 1968.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Karl Marx, Le Capital, Livre 1, chap. 31, dans \u0152uvres compl\u00e8tes, t. 1, Paris, La Pl\u00e9iade, 1963, p.\u202f1212-1213.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Jean-Claude Guillebaud, Les Confettis de l\u2019empire\u2009: Martinique, Guadeloupe, Guyane fran\u00e7aise, La R\u00e9union, Paris, Le Seuil, 1976.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Aim\u00e9 C\u00e9saire, Discours sur le colonialisme, Paris, Pr\u00e9sence africaine, 2004, p.\u202f9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Frantz Fanon, \u00ab\u2009Racisme et culture\u2009\u00bb, dans Pour la r\u00e9volution africaine, Paris, La D\u00e9couverte, 2001, p.\u202f40-41.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Fanon, \u00ab\u2009Appel aux Africains\u2009\u00bb, dans ibid., p.\u202f156.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Fanon, \u00ab\u2009La mort de Lumumba\u2009: Pouvions-nous faire autrement\u2009?\u2009\u00bb, dans ibid., p.\u202f222.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Emmanuel Arghiri, L\u2019\u00c9change in\u00e9gal\u2009: Essai sur les antagonismes dans les rapports internationaux, Paris, Fran\u00e7ois Maspero, 1978.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Samir Amin, L\u2019Accumulation \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, Paris, Anthropos, 1970.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Michel Debr\u00e9, \u00ab\u2009Lettre adress\u00e9 \u00e0 L\u00e9on Mba\u2009\u00bb, dat\u00e9e du 15\u202fjuillet 1960, cit\u00e9 dans Alfred Grosser, La Politique ext\u00e9rieure de la 5e\u00a0R\u00e9publique, Paris, FNSP, 1965, p.\u202f74.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 . Fran\u00e7ois-Xavier Verschave, La Fran\u00e7afrique\u2009: Le plus grand scandale de la R\u00e9publique, Paris, Stock, 1998, p.\u202f86.<\/p>\n<h1>\u00ab\u2009Planter du blanc\u2009\u00bb<\/h1>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"clk-row\">\n<div class=\"col-l-8-24\">\n<div class=\"clk-wrap-img h100pct imglarge \"><a class=\"imglarge fancybox\" title=\"\u00ab\u2009Planter du blanc\u2009\u00bb \/ Points cardinaux\" href=\"https:\/\/www.syllepse.net\/syllepse_images\/produits\/planter_du_blanc.jpg\" rel=\"syllepse\"> <img decoding=\"async\" id=\"limg\" src=\"https:\/\/www.syllepse.net\/syllepse_images\/produits\/planter_du_blanc.jpg?2\" alt=\"\u00ab\u2009Planter du blanc\u2009\u00bb Points cardinaux\" \/> <\/a><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"col-l-16-24\">\n<div class=\"bg-edito edito-produit\">\n<div class=\"edito\">\n<h4>CHRONIQUES DU (N\u00c9O)COLONIALISME FRAN\u00c7AIS<\/h4>\n<p><strong>Collection :<\/strong> <i>\u00ab <a title=\"Points cardinaux\" href=\"https:\/\/www.syllepse.net\/points-cardinaux-_r_69.html\">Points cardinaux<\/a> \u00bb<\/i><\/p>\n<p><strong>Auteur-e :<\/strong> <a title=\"Sa\u00efd Bouamama\" href=\"https:\/\/www.syllepse.net\/said-bouamama-_r_35_lettre_S_c_1003.html\">Sa\u00efd Bouamama<\/a><\/p>\n<p><strong>Parution :<\/strong> Avril 2019<br \/>\n<strong>Pages :<\/strong> 224<br \/>\n<strong>Format :<\/strong> 150 x 210<br \/>\n<strong>ISBN :<\/strong> 978-2-84950-730-8<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"tabs-panier ui-tabs ui-corner-all ui-widget ui-widget-content\">\n<ul class=\"ui-tabs-nav ui-corner-all ui-helper-reset ui-helper-clearfix ui-widget-header\" role=\"tablist\">\n<li class=\"ui-tabs-tab ui-corner-top ui-state-default ui-tab ui-tabs-active ui-state-active\" tabindex=\"0\" role=\"tab\" aria-controls=\"tabs\" aria-labelledby=\"ui-id-2\" aria-selected=\"true\" aria-expanded=\"true\"><a id=\"ui-id-2\" class=\"ui-tabs-anchor\" tabindex=\"-1\" role=\"presentation\" href=\"https:\/\/www.syllepse.net\/-planter-du-blanc--_r_69_i_760.html#tabs\">Version papier<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<div id=\"tabs\" class=\"tabs-wrapper ui-tabs-panel ui-corner-bottom ui-widget-content\" role=\"tabpanel\" aria-labelledby=\"ui-id-2\" aria-hidden=\"false\">\n<div class=\"col-m-1-2 tabs-content\">\n<p class=\"prix\">16,00\u00a0\u20ac<\/p>\n<form id=\"AddForm\" action=\"index.phtml\" method=\"post\" name=\"AddForm\"><\/form>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"clk-row\">\n<div class=\"col-l-16-24\">\n<div class=\"tabs-panier ui-tabs ui-corner-all ui-widget ui-widget-content\">\n<div id=\"tabs\" class=\"tabs-wrapper ui-tabs-panel ui-corner-bottom ui-widget-content\" role=\"tabpanel\" aria-labelledby=\"ui-id-2\" aria-hidden=\"false\">\n<div class=\"col-m-1-2 tabs-content\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.syllepse.net\/syllepse_images\/sitev2\/cart-visa.png\" \/> <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.syllepse.net\/syllepse_images\/sitev2\/cart-paypal.png\" \/> <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.syllepse.net\/syllepse_images\/sitev2\/cart-cic.png\" \/><\/div>\n<div class=\"clear\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"clk-row clearfix\">\n<div class=\"col-m-1-4 col-mb2\">\n<p class=\"titre-box\">Pr\u00e9sentation<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"clear\"><\/div>\n<div class=\"col-s-1 col-mb2\">\n<p>Du r\u00e9f\u00e9rendum pour l&rsquo;ind\u00e9pendance en Kanaky de 2018 aux explosions sociales qui secouent Mayotte \u00e9pisodiquement, en passant par l&#8217;empoisonnement des populations antillaises au chlord\u00e9cone ou encore la d\u00e9vastation pr\u00e9vue de la Guyane par le projet minier Montagne d&rsquo;or, Sa\u00efd Bouamama explore, \u00e0 travers une s\u00e9rie de textes incisifs et didactiques, le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent coloniaux de la France.<\/p>\n<p>Naviguant dans cette histoire, des g\u00e9nocides coloniaux aux accords de coop\u00e9ration, aux coups d&rsquo;\u00c9tat militaires de la Fran\u00e7afrique, au franc CFA, en passant par le racisme d&rsquo;\u00c9tat, ce livre contribue \u00e0 rappeler que la France a \u00e9t\u00e9 et reste une puissance coloniale.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;ouvre ainsi par cette citation d&rsquo;Aim\u00e9 C\u00e9saire\u00a0: \u00ab\u00a0Je le r\u00e9p\u00e8te : le colonialisme n\u2019est point mort. Il excelle pour se survivre, \u00e0 renouveler ses formes ; apr\u00e8s les temps brutaux de la politique de domination, on a vu les temps plus hypocrites [&#8230;]. Mais de quelque masque que s\u2019affuble le colonialisme, il reste nocif.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous avons le plaisir de publier en exclusivit\u00e9 un extrait du livre\u00a0 \u00abPlanter du blanc \u00bb de Sa\u00efd Bouamama Au nom de quoi la France poss\u00e8de-t-elle toujours, en 2019, et en violant ostensiblement certaines r\u00e9solutions de l\u2019ONU, des territoires en Am\u00e9rique latine, au large de Madagascar et en plein Oc\u00e9an pacifique ? Comment s\u2019y prennent &#8230; <a title=\"Extrait du livre\u00a0 \u00abPlanter du blanc \u00bb de Sa\u00efd Bouamama\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5327\" aria-label=\"En savoir plus sur Extrait du livre\u00a0 \u00abPlanter du blanc \u00bb de Sa\u00efd Bouamama\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5328,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,35,21,36,4,7,28],"tags":[124],"class_list":["post-5327","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-amerique-du-sud","category-anti-imperialisme","category-europe","category-islamophobie","category-negrophobie","category-racismes","tag-bouamama-said"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5327","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5327"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5327\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5331,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5327\/revisions\/5331"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5328"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5327"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5327"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5327"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}