{"id":5342,"date":"2020-06-29T19:16:46","date_gmt":"2020-06-29T18:16:46","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5342"},"modified":"2022-10-16T19:29:35","modified_gmt":"2022-10-16T18:29:35","slug":"lumumba-et-le-peche-originel-du-roi-baudouin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5342","title":{"rendered":"Lumumba et le p\u00e9ch\u00e9 originel du roi Baudouin"},"content":{"rendered":"<div class=\"field field-type-nodereference field-field-source\">\n<div class=\"field-items\">\n<div class=\"field-item odd\">LUDO DE WITTE<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"field field-type-date field-field-date\">\n<div class=\"field-items\">\n<div class=\"field-item odd\"><span class=\"date-display-single\">29 juin, 2010<\/span><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"alignleft\"><a title=\"Ludo De Witte\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/image\/ludo-de-witte\"><img decoding=\"async\" title=\"Ludo De Witte\" src=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/sites\/default\/files\/imagecache\/medium\/DownloadedFile_2.jpeg\" alt=\"Ludo De Witte\" width=\"83\" height=\"121\" \/><\/a><\/div>\n<p>[Sociologue et historien flamand, Ludo De Witte est n\u00e9 en 1956. Il est sp\u00e9cialiste de l&rsquo;histoire de la d\u00e9colonisation du Congo belge. Il est, notamment, l&rsquo;auteur de L&rsquo;assassinat de Lumumba (Karthala, Paris, 2000). Cet article est paru sous le forme d&rsquo;une \u00ab\u00a0carte blanche\u00a0\u00bb dans\u00a0<strong>Le Soir\u00a0<\/strong>du 23 juin 2010 et est reproduit ici avec l&rsquo;aimable autorisation de son auteur.]<\/p>\n<p>L&rsquo;anniversaire des 50 ans de l&rsquo;ind\u00e9pendance congolaise \u00e0 Kinshasa promet de laisser un arri\u00e8re-go\u00fbt d&rsquo;amertume. C&rsquo;est comme si, \u00e0 des noces d&rsquo;or, il y avait un terrible secret de famille dont on ne parlera pas, m\u00eame si tout le monde le conna\u00eet, parce que \u00ab cela n&rsquo;a plus d&rsquo;importance \u00bb, puisque, entre-temps, l&rsquo;oncle que ce secret concerne est d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Au cours de ces festivit\u00e9s, personne ne dira rien de la camisole de force dans laquelle les Belges, les Am\u00e9ricains, les Fran\u00e7ais ont maintenu le Congo au cours des ann\u00e9es qui ont suivi l&rsquo;ind\u00e9pendance. Il faut donc analyser les donn\u00e9es qui restituent le contexte dans lequel se sont produites la d\u00e9liquescence de l&rsquo;Etat congolais et les souffrances de sa population : la dislocation du premier gouvernement congolais et l&rsquo;assassinat de ses principaux leaders ; cinq ann\u00e9es de r\u00e9pression de toute r\u00e9sistance, au prix de centaines de milliers de morts ; l&rsquo;aide fournie \u00e0 Mobutu pour qu&rsquo;il s&#8217;empare du pouvoir ; et les dizaines d&rsquo;ann\u00e9es de soutien \u00e0 son r\u00e9gime dictatorial.<!--more--><\/p>\n<h2><strong>Kabila rend hommage \u00e0 L\u00e9opold II<\/strong><\/h2>\n<p>Le gouvernement de Kabila ne comm\u00e9morera pas ces m\u00e9faits. Le r\u00e9gime est affaibli et d\u00e9stabilis\u00e9 par des guerres et des incursions de bandes arm\u00e9es. L&rsquo;Occident a d&rsquo;\u00e9normes responsabilit\u00e9s dans tout cela. Les Fran\u00e7ais n&rsquo;ont-ils pas exfiltr\u00e9 les g\u00e9nocidaires hutus avec un demi-million de leurs compatriotes dans l&rsquo;est du Congo ? L&rsquo;ONU n&rsquo;est-elle pas rest\u00e9e au balcon lorsque ces milices hutues terrorisaient le Rwanda ? Elle est rest\u00e9e passive parce que la position de la France \u00e9tait diam\u00e9tralement oppos\u00e9e \u00e0 celle des Am\u00e9ricains : Paris soutenait les Hutus ; Washington, le Rwanda. Ensuite, les Etats-Unis ont donn\u00e9 le feu vert \u00e0 l&rsquo;attaque, par le Rwanda et l&rsquo;Ouganda, de Kabila et de leurs ennemis dans l&rsquo;est du Congo, ce qui a provoqu\u00e9 une \u00ab guerre mondiale \u00bb africaine (1998-2006). Des ann\u00e9es durant, les sous-traitants du Rwanda et de l&rsquo;Ouganda continu\u00e8rent \u00e0 piller tranquillement le Congo et \u00e0 terroriser la population &#8211; \u00ab tranquillement \u00bb, parce que les Etats-Unis et l&rsquo;Europe maintinrent leur soutien \u00e0 Kigali et Kampala. A la fin, l&rsquo;Occident a oblig\u00e9 Kabila d&rsquo;int\u00e9grer \u00e0 son r\u00e9gime les plus importants seigneurs de la guerre (l&rsquo;accord \u00ab 1 + 4 \u00bb, 2003-2006), ce qui a permis \u00e0 un certain nombre de ces bandes arm\u00e9es de poursuivre leurs raids de pillards comme \u00ab troupes r\u00e9guli\u00e8res congolaises \u00bb.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, gr\u00e2ce aux Chinois venus concurrencer les soci\u00e9t\u00e9s occidentales pour l&rsquo;exploitation des mati\u00e8res premi\u00e8res, Kabila a forc\u00e9 l&rsquo;espace d&rsquo;une certaine marge de man\u0153uvre. Car il lui est possible maintenant &#8211; ce qui suscite l&rsquo;agacement de beaucoup d&rsquo;Occidentaux qui se plaignent du \u00ab colonialisme chinois \u00bb &#8211; de jouer un peu l&rsquo;est contre l&rsquo;ouest. Cependant, le r\u00e9gime reste singuli\u00e8rement faible. Il continue \u00e0 d\u00e9pendre dans une large mesure de l&rsquo;Occident, et c&rsquo;est la raison pour laquelle il ne remet pas en cause ses pr\u00e9tentions n\u00e9ocoloniales.<\/p>\n<p>Le 10 f\u00e9vrier 2004, le pr\u00e9sident congolais prit la parole au S\u00e9nat de Belgique. Ce fut un agenouillement symbolique de dimension. Kabila y salua les pionniers de la colonisation\u00a0<em>\u00ab qui crurent au r\u00eave du Roi L\u00e9opold II de b\u00e2tir, au centre de l&rsquo;Afrique, un Etat. \u00bb\u00a0<\/em>Il ajouta imm\u00e9diatement qu&rsquo;il vaut mieux que le pass\u00e9 reste le pass\u00e9 :\u00a0<em>\u00ab A chaque g\u00e9n\u00e9ration le devoir d&rsquo;assumer ses erreurs. Le pass\u00e9, m\u00eame s&rsquo;il peut, en quelque sorte, influer sur l&rsquo;avenir, ne le d\u00e9termine cependant pas. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, pour Kabila, au grand soulagement des \u00e9lites belges, pour ce qui est du pass\u00e9 &#8211; le contentieux, dans tous les sens du terme -, la page est tourn\u00e9e.<\/p>\n<h2><strong>Baudouin re\u00e7oit une lettre<\/strong><\/h2>\n<p>A Laeken, ces d\u00e9clarations seront bien accueillies. Albert II, fin juin \u00e0 la tribune d&rsquo;honneur \u00e0 Kinshasa, se retrouve sur le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;une crise dans laquelle il a jou\u00e9 personnellement un bout de r\u00f4le il y a 50 ans. D\u00e9but octobre 1960, le fr\u00e8re de Baudouin Ier r\u00e9suma bri\u00e8vement la vision belge dominante, lorsqu&rsquo;il fit reposer sur le seul Premier ministre congolais la responsabilit\u00e9 de toute la crise. Le Prince, alors \u00e2g\u00e9 de 26 ans, d\u00e9clarait alors :\u00a0<em>\u00ab La crise du Congo incombe \u00e0 un seul homme, Patrice Lumumba. \u00bb<\/em>\u00a0Il y a plus fort : le 30 juin, Albert II est envoy\u00e9 sur le lieu d&rsquo;un crime dont son fr\u00e8re porte une part de responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Un expert de la commission Lumumba du Parlement belge, qui si\u00e9gea de 2000 \u00e0 2001, a retrouv\u00e9 en effet dans les archives du Palais un \u00e9change de lettres entre le chef de cabinet du roi et le major Guy Weber, un des chefs de la petite arm\u00e9e s\u00e9cessionniste katangaise. Avec l&rsquo;aide de la Belgique, le Katanga avait rompu avec le pouvoir central, peu de temps apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance congolaise. Le but de la Belgique \u00e9tait d&rsquo;affaiblir le gouvernement Lumumba et, finalement, de provoquer sa chute. Dans l&rsquo;une de ces lettres qui date du 19 octobre 1960, Weber parle d&rsquo;un accord entre Mobutu et Tshomb\u00e9. A l&rsquo;\u00e9poque, Lumumba est r\u00e9voqu\u00e9 et le pouvoir central est entre les mains du tandem Kasa Vubu &#8211; Mobutu, mais l&rsquo;ex-Premier ministre conserve une forte popularit\u00e9, et ses adversaires redoutent son retour au pouvoir. Dans sa lettre, Weber annonce que Mobutu et Tshomb\u00e9 \u00e9limineraient compl\u00e8tement Lumumba,\u00a0<em>\u00ab si possible physiquement \u00bb<\/em>. Derri\u00e8re Mobutu, il y avait le g\u00e9n\u00e9ral onusien Kettani, le chef de l&rsquo;antenne de la CIA Devlin et le colonel belge Marli\u00e8re. Derri\u00e8re Tshomb\u00e9, il y avait des officiers belges, comme Weber.<\/p>\n<p>Baudouin re\u00e7oit la lettre en mains propres le 26 octobre. Il r\u00e9agit rapidement : le 27, il fait r\u00e9diger un projet de r\u00e9ponse ; et le jour suivant, la version d\u00e9finitive de cette lettre est sign\u00e9e et exp\u00e9di\u00e9e. La r\u00e9ponse de Baudouin doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une approbation implicite du plan con\u00e7u pour tuer Lumumba. Dans sa lettre, Baudouin r\u00e9agit en fait officiellement \u00e0 un message de Tshomb\u00e9 datant du 6 octobre ; et le Roi ne traite \u00e9videmment pas de l&rsquo;assassinat de Lumumba. Mais c&rsquo;est une lettre \u00e9mue, chaleureuse, o\u00f9 le souverain est tout \u00e9loge pour le r\u00e9gime de Tshomb\u00e9 et condamne Lumumba sans la moindre \u00e9quivoque. Baudouin donne \u00e0 Tshomb\u00e9 du\u00a0<em>\u00ab Monsieur le Pr\u00e9sident \u00bb<\/em>\u00a0comme s&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait agi du chef l\u00e9gitime d&rsquo;un Etat reconnu internationalement. Le Roi se dit<em>\u00a0\u00ab tr\u00e8s sensible (&#8230;) aux sentiments d&rsquo;attachement que vous continuez \u00e0 \u00e9prouver pour la Belgique et sa dynastie \u00bb<\/em>. Il avoue \u00e0 Tshomb\u00e9 \u00e0 quel point l&rsquo;imbroglio congolais le fait souffrir :\u00a0<em>\u00ab Le drame qui a endeuill\u00e9 une grande partie de ce territoire est pour moi une source constante de tristesse \u00bb.<\/em><\/p>\n<h2>\u00ab Plausible deniability \u00bb<\/h2>\n<p>Il est \u00e9vident que le souverain s&rsquo;attend \u00e0 quelque chose de concret venant du Katanga : \u00ab Une oasis de paix, une t\u00eate de pont \u00e0 partir de laquelle il sera possible d&rsquo;arr\u00eater l&rsquo;expansion du communisme en Afrique. \u00bb Ensuite, Baudouin d\u00e9signe la racine du mal : \u00ab une association de quatre-vingts ann\u00e9es comme celle qui a uni nos deux peuples cr\u00e9e des liens affectifs trop \u00e9troits pour qu&rsquo;ils puissent \u00eatre dissous par la politique d&rsquo;un seul homme. \u00bb Dans le brouillon de lettre, il \u00e9tait \u00e9crit \u00ab par la politique haineuse d&rsquo;un seul homme \u00bb, mais ces mots furent finalement biff\u00e9s. Il \u00e9tait clair ainsi que ces mots d\u00e9signaient Lumumba. A la suite de quoi, le souverain conclut par une approbation \u00e0 peine d\u00e9guis\u00e9e de l&rsquo;accord entre Mobutu et Tshomb\u00e9, y compris l&rsquo;assassinat de Lumumba, le Premier ministre du gouvernement l\u00e9gal : \u00ab C&rsquo;est ce qui me permet de vous dire ici combien j&rsquo;appr\u00e9cie les efforts que vous poursuivez inlassablement en vue d&rsquo;une politique d&rsquo;entente entre les divers leaders de l&rsquo;ancien Congo, telle que vous l&rsquo;avez d\u00e9finie \u00e0 plusieurs reprises. \u00bb Y a-t-il une fa\u00e7on plus claire de signifier son accord sans que la chose ne puisse vous \u00eatre formellement imput\u00e9e ?<\/p>\n<p>La lettre de Baudouin est un cas d&rsquo;\u00e9cole de ce que la CIA nomme un message d\u00e9livr\u00e9 avec une \u00ab plausible deniability \u00bb (un d\u00e9ni plausible, une possibilit\u00e9 de d\u00e9n\u00e9gation cr\u00e9dible) : l&rsquo;usage dissimulateur de formules langagi\u00e8res \u00e0 propos d&rsquo;activit\u00e9s condamnables ou ill\u00e9gales, dont la signification r\u00e9elle n&rsquo;\u00e9chappe pas au destinataire, mais qui, si n\u00e9cessaire, au cas o\u00f9 l&rsquo;affaire est \u00e9vent\u00e9e, peut \u00eatre d\u00e9mentie de la mani\u00e8re la plus digne de foi.<\/p>\n<p>Il est probable que le major Weber, le 17 janvier 1961, dix semaines plus tard, quand il d\u00e9cida de ne pas faire obstacle \u00e0 ce que se poursuive le calvaire de l&rsquo;ex-Premier ministre, a pens\u00e9 \u00e0 la lettre de Baudouin Ier, durant les heures interminables au cours desquelles Lumumba et ses compagnons d&rsquo;infortune, aux mains de personnes sous ses ordres, \u00e9taient martyris\u00e9s puis assassin\u00e9s. Devant la Commission Lumumba, Weber d\u00e9clara qu&rsquo;il avait inform\u00e9 le chef de cabinet du roi de l&rsquo;assassinat de Lumumba presque tout de suite apr\u00e8s qu&rsquo;il eut \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9. Peu de temps apr\u00e8s, le chef de cabinet du roi re\u00e7ut du ministre d&rsquo;Aspremont-Lynden le conseil de ne plus correspondre avec Tshomb\u00e9 &#8211; il faut comprendre : avec Weber. Nous n&rsquo;en connaissons pas les raisons. Il est permis de supposer que l&rsquo;\u00e9pilogue dramatique de la crise congolaise et l&rsquo;implication du Palais inqui\u00e9t\u00e8rent le ministre et qu&rsquo;il voulut \u00e9viter que la monarchie n&rsquo;en soit \u00ab contamin\u00e9e \u00bb un peu plus.<\/p>\n<h2><strong>Visite au Cardinal<\/strong><\/h2>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 cette \u00e9poque que Baudouin parcourt le pays avec sa fianc\u00e9e Fabiola pour les traditionnelles Joyeuses Entr\u00e9es. Une p\u00e9riode sans audiences officielles : tout est centr\u00e9 sur le mariage royal, qui aura lieu le 15 d\u00e9cembre. La visite des deux fianc\u00e9s \u00e0 Malines marque cette p\u00e9riode durant laquelle les Belges font la connaissance de leur future reine. Ils y rencontrent le cardinal Van Roey, assist\u00e9 de son secr\u00e9taire Leclef et de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque coadjuteur Suenens. C&rsquo;\u00e9tait le&#8230; 28 octobre, le jour m\u00eame o\u00f9 Baudouin appose sa signature au bas de la lettre compromettante \u00e0 Tshomb\u00e9.<\/p>\n<p>Il est peu probable qu&rsquo;il ait \u00e9t\u00e9 question de la lettre durant la visite elle-m\u00eame et en pr\u00e9sence de Fabiola. Cependant, il est tr\u00e8s tentant d&rsquo;imaginer que le Roi n&rsquo;ait pas seulement \u00e9voqu\u00e9 sa visite dans ses contacts avec le palais archi\u00e9piscopal et qu&rsquo;il l&rsquo;ait entretenu de ce tr\u00e8s p\u00e9nible dilemme sur le plan moral : peut-on pousser \u00e0 un assassinat si celui-ci, dans la vision \u00e9loign\u00e9e des r\u00e9alit\u00e9s et alambiqu\u00e9e du Roi et de son entourage, peut lib\u00e9rer un peuple des griffes de Belz\u00e9buth ? Aujourd&rsquo;hui, on sait \u00e0 quel point l&rsquo;\u00e9v\u00eaque coadjuteur Suenens \u00e9tait proche de Baudouin : le futur cardinal l&rsquo;avait aid\u00e9 \u00e0 rencontrer son \u00e9pouse espagnole, ce qui fut le d\u00e9but d&rsquo;une amiti\u00e9 qui dura toute la vie.<\/p>\n<p>De plus, il est \u00e9vident que l&rsquo;entourage de Baudouin s&rsquo;\u00e9tait fort occup\u00e9 de cette affaire d\u00e9licate. La r\u00e9\u00e9criture du brouillon de sa lettre n&rsquo;est pas de la main du Roi lui-m\u00eame, ni de son plut\u00f4t affable chef de cabinet. Il contient quelques passages ratur\u00e9s comme la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0\u00a0<em>\u00ab la politique haineuse \u00bb<\/em>, ce qui laisse supposer que quelqu&rsquo;un de plus ultra aurait \u00e9crit la version originale. Peut-\u00eatre est-ce la m\u00eame main qui, dans le projet de discours royal, le jour de l&rsquo;ind\u00e9pendance, \u00e9crivit le chant de louange au \u00ab lib\u00e9rateur L\u00e9opold II \u00bb &#8211; un passage que le Premier ministre Gaston Eyskens fit supprimer du texte du discours.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas absurde de penser que l&rsquo;auteur de tout ceci doive \u00eatre cherch\u00e9 dans l&rsquo;entourage ultraconservateur de son p\u00e8re, le roi L\u00e9opold III. Apr\u00e8s l&rsquo;abdication \u00e0 laquelle L\u00e9opold III fut contraint, Baudouin succ\u00e9da \u00e0 son p\u00e8re, mais sans jamais vraiment l&rsquo;accepter. Le Roi &#8211; devenu roi \u00e0 son corps d\u00e9fendant &#8211; se cramponna \u00e0 la Maison de son p\u00e8re, une Cour qui lui inocula sa vision du monde. C&rsquo;est ce que le journaliste d&rsquo;investigation et observateur de la monarchie Walter De Bock appela un jour \u00ab le p\u00e9ch\u00e9 originel de Baudouin \u00bb. Un p\u00e9ch\u00e9 originel qui se concr\u00e9tisa dans cette camarilla, re\u00e7ue en h\u00e9ritage, d&rsquo;exalt\u00e9s d&rsquo;un ancien r\u00e9gime, avec des ramifications dans le monde des affaires (la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale) et dans le haut clerg\u00e9. Ce milieu \u00e9litaire et \u00e9nergique mit facilement le grappin sur le jeune Baudouin \u00e0 la vision d\u00e9connect\u00e9e du monde et le poussa sur la ligne de front de la bataille livr\u00e9e au gouvernement Lumumba.<\/p>\n<h2><strong>Evasion religieuse<\/strong><\/h2>\n<p>Cela peut expliquer la raison pour laquelle le Roi intervint d&rsquo;une mani\u00e8re tr\u00e8s \u00e9nergique au plus fort de la crise congolaise. Ne songeons qu&rsquo;\u00e0 sa tentative, en ao\u00fbt 1960, de forcer le Premier ministre Eyskens \u00e0 d\u00e9missionner et d&rsquo;aider \u00e0 la constitution d&rsquo;un cabinet d&rsquo;affaires qui aurait remis de l&rsquo;ordre au Congo. Et lorsque Eyskens tint bon et ne consentit pas \u00e0 s&rsquo;effacer, Baudouin poussa \u00e0 la nomination d&rsquo;un de ses familiers, le comte Harold d&rsquo;Aspremont-Lynden, au poste de ministre des Affaires africaines. Il y eut en plus quelques initiatives diplomatiques o\u00f9 il n&rsquo;en faisait qu&rsquo;\u00e0 sa t\u00eate, comme son souhait de d\u00e9corer Tshomb\u00e9, contre la volont\u00e9 du gouvernement, qui craignait des complications internationales&#8230; Finalement, il y a la lettre du 28 octobre qui implique Baudouin dans le complot visant \u00e0 l&rsquo;assassinat de Lumumba, le pas de trop d&rsquo;un Roi \u00e0 qui, dans cette crise, on fit jouer un r\u00f4le autoritaire, bonapartiste. Car, au cours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1960, alors que la Belgique semblait perdre le Congo, l&rsquo;appel dans l&rsquo;opinion \u00e0 un leader \u00e9clair\u00e9 qui s&rsquo;entremette avec \u00e9nergie fut constant et puissant.<\/p>\n<p>On est tent\u00e9 de penser que le fr\u00eale et p\u00e2le jeune homme de 30 ans coup\u00e9 du monde qu&rsquo;\u00e9tait Baudouin en 1960, n&rsquo;avait pas les \u00e9paules assez larges pour porter le fardeau d&rsquo;une telle politique. Ces jours-l\u00e0, Paul-Henri Spaak, alors secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Otan, observait\u00a0<em>\u00ab le c\u00f4t\u00e9 path\u00e9tique et d\u00e9sempar\u00e9 du Roi qui voit que tout s&rsquo;\u00e9croule sans pouvoir rien faire. \u00bb<\/em>\u00a0La lettre de Weber lui donna l&rsquo;occasion, m\u00eame si ce n&rsquo;\u00e9tait que sur papier, de prendre la t\u00eate de ses officiers et de les mener au combat. Dans ce trop grand palais dont il \u00e9tait prisonnier, sous la coupe de l&rsquo;entourage de son p\u00e8re, il outrepassa les bornes du raisonnable.<\/p>\n<p>Cela nous am\u00e8ne \u00e0 oser une hypoth\u00e8se. Est-ce que ce faux pas ne jetterait pas quelque lumi\u00e8re sur sa fuite ult\u00e9rieure dans un mysticisme religieux ? Une \u00e9vasion qui aurait comme origine les difficiles journ\u00e9es d&rsquo;octobre et qui se serait renforc\u00e9e avec l&rsquo;arriv\u00e9e au Palais d&rsquo;une catholique ultra comme Fabiola ? La foi du Roi \u00e9tait celle d&rsquo;une soumission aveugle &#8211; ne se qualifie-t-il pas dans son journal intime d&rsquo;\u00ab insecte \u00bb qui voudrait devenir un \u00ab beau cheval \u00bb et qui, pour cette raison, implore le pardon de Dieu ? Si cette hypoth\u00e8se est juste, sa soumission fut \u00e9galement toute sa vie une expiation, qui l&rsquo;enferma dans un pacte du silence avec les complices du crime, des nobles comme d&rsquo;Aspremont-Lynden et des officiers comme Weber, qui devint plus tard aide de camp de L\u00e9opold III.<\/p>\n<h3>R\u00e9f\u00e9rences<\/h3>\n<p>Traduit du n\u00e9erlandais par Jos\u00e9 Fontaine.<\/p>\n<p><strong>Sources :<\/strong>\u00a0L. J. Cardinal Suenens,\u00a0<strong>Le Roi Baudouin. Une vie qui nous parle<\/strong>, Editions Fiat, Ertvelde, 1995 ; Ludo De Witte,\u00a0<strong>L&rsquo;assassinat de Lumumba,\u00a0<\/strong>Karthala, Paris, 2000 ; Jean Stengers<strong>, La reconnaissance de jure de l&rsquo;ind\u00e9pendance du Katanga<\/strong>, in\u00a0<strong>Cahiers d&rsquo;Histoire du Temps Pr\u00e9sent<\/strong>, n\u00ba 11, 2003 ; Andr\u00e9 de Staercke,\u00a0<strong>M\u00e9moires<\/strong>, Lannoo, Tielt, 2003 ; Luc De Vos, et al.,\u00a0<strong>Lumumba. De complotten ? De moord<\/strong>, Davidsfonds, Leuven,\u00a0, 2004 ; les journaux\u00a0<strong>Le Soir<\/strong>,\u00a0<strong>La Libre Belgique<\/strong>,\u00a0<strong>Le Peuple<\/strong>\u00a0d&rsquo;octobre 1960.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lumumba-et-le-p%C3%A9ch%C3%A9-originel-du-roi-baudouin\">SOURCE<\/a><\/p>\n<div id=\"main\">\n<div id=\"main-inner\" class=\"clear-block with-navbar\">\n<div id=\"content\">\n<div id=\"content-inner\">\n<div id=\"content-header\">\n<h2 class=\"title\" style=\"text-align: center;\">L&rsquo;assassinat de Lumumba<\/h2>\n<\/div>\n<div id=\"content-area\">\n<div id=\"node-557\" class=\"node node-type-story\">\n<div class=\"node-inner\">\n<div class=\"field field-type-nodereference field-field-source\">\n<div class=\"field-items\">\n<div class=\"field-item odd\">LUC SCHOLLEN<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"field field-type-text field-field-parution\">\n<div class=\"field-items\">\n<div class=\"field-item odd\">Toudi mensuel n\u00b042-43, d\u00e9cembre-janvier 2001-2002<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<h4>Retour sur le livre-\u00e9v\u00e9nement\u00a0de Ludo De Witte<\/h4>\n<p>Qui a tu\u00e9 Patrice Lumumba? Pr\u00e8s de quarante ans apr\u00e8s la mort du leader congolais, le sociologue Ludo De Witte entreprenait de revisiter les faits \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;une documentation minutieusement rassembl\u00e9e et interrog\u00e9e<a id=\"footnoteref1_4ba3zeb\" class=\"see_footnote\" title=\"Le livre a d'abord \u00e9t\u00e9 publie en n\u00e9erlandais sous le titre:\u00a0De moord op Lumumba, Louvain, Uitgeverij van Halewyck, 1999. Ludo De Witte a notamment pu consulter les archives des Nations Unies (New York) ainsi que celles du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res (Bruxelles).\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote1_4ba3zeb\">1<\/a>. Ses conclusions \u00e9taient accablantes pour la Belgique, en particulier pour la monarchie, au point de susciter la mise sur pied d&rsquo;une commission d&rsquo;enqu\u00eate parlementaire. Aujourd&rsquo;hui, les experts charg\u00e9s par cette commission de d\u00e9terminer l&rsquo;implication \u00e9ventuelle des autorit\u00e9s politiques belges confirment les hypoth\u00e8ses du chercheur flamand. Pour ceux qui ne l&rsquo;auraient pas encore lu, TOUDI fait un retour sur ce livre- \u00e9v\u00e9nement.<strong>Un pr\u00e9alable indispensable:\u00a0le rappel des sept premiers mois du Congo ind\u00e9pendant<\/strong>La d\u00e9colonisation du Congo belge et les mois particuli\u00e8rement agit\u00e9s qui l&rsquo;ont suivie jusqu&rsquo;\u00e0 la mort de Patrice Lumumba ont, par leur complexit\u00e9, de quoi d\u00e9courager le lecteur profane. Aussi n&rsquo;est-il pas superflu de r\u00e9sumer \u00e0 son attention les principaux \u00e9v\u00e9nements qui ont \u00e9maill\u00e9 cette p\u00e9riode. Pour faciliter la compr\u00e9hension, ceux-ci sont regroup\u00e9s en\u00a0<em>trois temps forts<\/em>.Premier temps fort: la fin du r\u00e9gime colonial. Le 30 juin 1960, la Belgique accorde &#8211; dans la pr\u00e9cipitation &#8211; l&rsquo;ind\u00e9pendance \u00e0 sa colonie. Ce qui \u00e9tait encore impensable cinq ans auparavant, quand Jef Van Bilsen, professeur \u00e0 l&rsquo;Institut universitaire des Territoires d&rsquo;Outre-mer d&rsquo;Anvers, rendait public un<strong>\u00a0Plan de Trente Ans pour l&rsquo;\u00e9mancipation politique de l&rsquo;Afrique belge<\/strong><a id=\"footnoteref2_ag2nk8j\" class=\"see_footnote\" title=\"La publication de ce document jettera un pav\u00e9 dans la mare de la politique congolaise: d'une part, il suscitera la r\u00e9probation des Europ\u00e9ens du Congo qui voyaient en son auteur un utopiste et, d'autre part, il contribuera \u00e0 \u00e9veiller l'int\u00e9r\u00eat des milieux dits \u00ab\u00e9volu\u00e9s\u00bb congolais, tel le groupe\u00a0Conscience africaine\u00a0qui r\u00e9digera un manifeste r\u00e9clamant l'ind\u00e9pendance de la colonie.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote2_ag2nk8j\">2<\/a>! Mais les tensions provoqu\u00e9es par les \u00e9meutes de 1959 \u00e0 L\u00e9opoldville<a id=\"footnoteref3_mxs11om\" class=\"see_footnote\" title=\"Aujourd'hui Kinshasa.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote3_mxs11om\">3<\/a>\u00a0poussent les Belges \u00e0 r\u00e9unir une Table Ronde avec des repr\u00e9sentants congolais<a id=\"footnoteref4_ahw0m6h\" class=\"see_footnote\" title=\"43 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s congolais participent \u00e0 la conf\u00e9rence de la Table Ronde, repr\u00e9sentant 14 partis politiques.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote4_ahw0m6h\">4<\/a>\u00a0(janvier 1960). Sous la pression de ceux-ci, les autorit\u00e9s belges acceptent finalement d&rsquo;abandonner tous les pouvoirs sur la colonie aux Chambres et au gouvernement congolais. \u00c0 L\u00e9opoldville, le climat n&rsquo;en est pas redevenu plus serein pour autant. Lors de la c\u00e9r\u00e9monie officielle de transmission de la souverainet\u00e9, le jeune Premier Ministre Patrice Lumumba<a id=\"footnoteref5_3zhu1hm\" class=\"see_footnote\" title=\"Patrice Lumumba (dont le parti \u00e9tait le MNC) et Joseph Kasavubu (ABAKO) \u00e9taient politiquement rivaux. Les \u00e9lections destin\u00e9es \u00e0 constituer le premier gouvernement congolais n'ayant pas permis de d\u00e9gager de majorit\u00e9 incontestable au plan national, une solution de compromis donnera la pr\u00e9sidence \u00e0 Kasavubu et le pouvoir politique (comme Premier Ministre et chef du gouvernement) \u00e0 Lumumba.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote5_3zhu1hm\">5<\/a>\u00a0r\u00e9pond au discours paternaliste du roi Baudouin par le r\u00e9cit d\u00e9taill\u00e9 des souffrances inflig\u00e9es \u00e0 son peuple par le colonisateur. Se sentant offens\u00e9, le roi pr\u00e9cipite son retour \u00e0 Bruxelles.Deuxi\u00e8me temps fort: le d\u00e9but de la\u00a0<em>question congolaise<\/em>\u00a0et le temps des s\u00e9cessions. D\u00e8s le lendemain de l&rsquo;ind\u00e9pendance, le g\u00e9n\u00e9ral \u00c9mile Janssens, commandant en chef de la\u00a0<em>Force Publique<\/em><a id=\"footnoteref6_ploqsf5\" class=\"see_footnote\" title=\"H\u00e9rit\u00e9e du Congo de L\u00e9opold II, la Force publique compte 25.000 hommes au moment de l'ind\u00e9pendance. Elle est consid\u00e9r\u00e9e comme un instrument essentiel du futur Congo mais reste dirig\u00e9e par des Europ\u00e9ens. Les Congolais ne peuvent esp\u00e9rer d'avancement au-del\u00e0 du grade de sous-officier!\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote6_ploqsf5\">6<\/a>, s&rsquo;oppose \u00e0 l&rsquo;africanisation des cadres de l&rsquo;arm\u00e9e dans une sc\u00e8ne rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre. S&rsquo;adressant aux hommes du Quartier G\u00e9n\u00e9ral, il leur indique que, pour lui, la seule v\u00e9rit\u00e9 est celle qu&rsquo;il a inscrite au tableau noir: \u00abAvant l&rsquo;ind\u00e9pendance = apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance.\u00bb S&rsquo;ensuivent des journ\u00e9es de mutinerie \u00e0 L\u00e9opoldville et \u00e0 Thysville<a id=\"footnoteref7_5ddg2x8\" class=\"see_footnote\" title=\"Mbanza-Ngungu, au sud de Kinshasa.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote7_5ddg2x8\">7<\/a>. La Belgique intervient militairement au Katanga, \u00e0 Matadi et en d&rsquo;autres points strat\u00e9giques. Pour r\u00e9tablir le calme, le gouvernement congolais annonce la r\u00e9forme de l&rsquo;arm\u00e9e (8 juillet 1960): Lundula devient commandant en chef, alors que Mobutu est nomm\u00e9 colonel et chef d&rsquo;\u00c9tat-major. Trois jours plus tard, Mo\u00efse Tshombe, farouche opposant au gouvernement de Lumumba, proclame la s\u00e9cession du Katanga<a id=\"footnoteref8_rbjrj6r\" class=\"see_footnote\" title=\"L'actuelle province du Shaba.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote8_rbjrj6r\">8<\/a>. Il b\u00e9n\u00e9ficie du soutien des troupes belges. Le 10 ao\u00fbt, c&rsquo;est Albert Kalonji, lui aussi oppos\u00e9 \u00e0 Lumumba, qui proclame la cr\u00e9ation de l&rsquo;\u00c9tat autonome du Kasa\u00ef. Entre-temps, \u00e0 la demande de Patrice Lumumba, l&rsquo;ONU a d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9ployer des Casques bleus sur le territoire congolais. Le r\u00e9gime de Tshombe re\u00e7oit cependant la garantie que l&rsquo;ONU ne touchera pas \u00e0 la s\u00e9cession.Troisi\u00e8me temps fort: la mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart et l&rsquo;assassinat de Lumumba. Le 5 septembre 1960, le pr\u00e9sident Kasavubu, soutenu en coulisses par Bruxelles, l&rsquo;ONU et Washington, d\u00e9met de leurs fonctions Lumumba ainsi que six autres ministres. Cette d\u00e9cision est rejet\u00e9e par la Chambre et le S\u00e9nat congolais qui, r\u00e9unis le 13 septembre, accordent les pleins pouvoirs au gouvernement de Lumumba. Le jour d&rsquo;apr\u00e8s, le colonel Mobutu proclame son premier coup d&rsquo;\u00c9tat: il propose la mise en place d&rsquo;un coll\u00e8ge de commissaires appel\u00e9s \u00e0 pr\u00eater serment devant le pr\u00e9sident Kasavubu. Le 10 octobre, Lumumba est mis aux arr\u00eats \u00e0 domicile \u00e0 L\u00e9opoldville, ce qui n&rsquo;entame en rien sa grande popularit\u00e9. Le 27 novembre, il s&rsquo;enfuit de sa r\u00e9sidence pour tenter de rejoindre Stanleyville<a id=\"footnoteref9_x2zop8a\" class=\"see_footnote\" title=\"L'actuelle Kisangani.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote9_x2zop8a\">9<\/a>\u00a0et les nationalistes d&rsquo;Antoine Gizenga. En d\u00e9cembre, il est finalement arr\u00eat\u00e9 et d\u00e9tenu, sur ordre de Mobutu, dans le camp militaire de Thysville. Les casques bleus ghan\u00e9ens ne sont pas intervenus pour le prot\u00e9ger, conform\u00e9ment aux instructions qui leur avaient \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es par la direction de l&rsquo;ONU. Le 17 janvier de l&rsquo;ann\u00e9e suivante, l&rsquo;ex-Premier Ministre congolais sera emmen\u00e9 au Katanga dans un avion pilot\u00e9 par des Belges. Les dirigeants katangais n&rsquo;avaient jamais cach\u00e9 que si Lumumba venait \u00e0 tomber entre leurs mains, il serait un homme mort. Et effectivement, quelques heures apr\u00e8s avoir d\u00e9barqu\u00e9 \u00e0 \u00c9lisabethville<a id=\"footnoteref10_genwq3c\" class=\"see_footnote\" title=\"Alors capitale du Katanga. La ville se nomme aujourd'hui Lubumbashi.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote10_genwq3c\">10<\/a>, il est assassin\u00e9.<strong>La mort de Lumumba\u00a0r\u00e9duite officiellement\u00a0\u00e0 \u00ab<em>une affaire de Congolais<\/em>\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>D&#8217;embl\u00e9e, les \u00e9v\u00e9nements qui composent cette trag\u00e9die seront agenc\u00e9s dans une version officielle que Ludo De Witte d\u00e9nonce dans son livre comme \u00ab<em>un mythe r\u00e9calcitrant<\/em>\u00bb<a id=\"footnoteref11_a985cab\" class=\"see_footnote\" title=\"L. DE WITTE,\u00a0L'assassinat de Lumumba, p.14.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote11_a985cab\">11<\/a>\u00a0. En effet, d&rsquo;apr\u00e8s cette \u00abl\u00e9gende noire de Lumumba\u00bb, celui-ci n&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un anticolonialiste d\u00e9cha\u00een\u00e9, sans vision politique claire mais proche de Moscou, dont l&rsquo;extr\u00e9misme aura contribu\u00e9 \u00e0 renforcer le chaos dont il sera finalement lui-m\u00eame la victime. Sa mort serait l&rsquo;aboutissement d&rsquo;un r\u00e8glement de comptes entre Congolais &#8211; entre \u00abBantous\u00bb, au pire sous le patronage de la CIA<a id=\"footnoteref12_5x9lzh4\" class=\"see_footnote\" title=\"Par exemple Manu RUYS dans\u00a0Achter de maskerade. Over macht, schijnmacht en onmacht, Kapellen, Uitg. Pelckmans, 1996.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote12_5x9lzh4\">12<\/a>, sans que les Belges y aient pris une quelconque part active. Cette version s&rsquo;\u00e9tale d\u00e8s le lendemain des \u00e9v\u00e9nements dans une certaine presse bruxelloise<a id=\"footnoteref13_0dlw5aa\" class=\"see_footnote\" title=\"La Libre Belgique\u00a0\u00e9crit dans son \u00e9dition du 14\/02\/1961 que \u00abce qui survient d\u00e9montre, h\u00e9las! qu'en Afrique et dans certains pays ayant connu une \u00e9volution comparable, l'accession \u00e0 la d\u00e9mocratie demeure une affaire de meurtres\u00bb.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote13_0dlw5aa\">13<\/a>, et elle continuera \u00e0 se renforcer au fil des ans gr\u00e2ce \u00e0 une historiographie officielle<a id=\"footnoteref14_k8bqcod\" class=\"see_footnote\" title=\"\u00c0 l'appui du constat de Ludo De Witte, on fera remarquer que cette version officielle est reprise en Belgique par les manuels d'histoire. \u00c0 propos de la p\u00e9riode allant de 1960 \u00e0 1965, la plupart d\u00e9gagent totalement la responsabilit\u00e9 de Bruxelles dans la crise congolaise. Lire \u00e0 ce sujet Beno\u00eet VERHAEGEN,\u00a0La colonisation et la d\u00e9colonisation dans les manuels d'histoire en Belgique, dans QUAGHEBEUR (M.) &amp; VAN BALBERGHE (E.) (\u00e9d.),\u00a0Papier blanc, encre noire. Cent ans de culture francophone en Afrique centrale\u00a0(Za\u00efre, Rwanda et Burundi), t.2, Bruxelles, Labor, 1992, pp. 333 \u00f1 379.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote14_k8bqcod\">14<\/a>.Ainsi, elle est une nouvelle fois reprise et \u00e9toff\u00e9e dans la th\u00e8se de doctorat soutenue par Jacques Brassinne le 15 f\u00e9vrier 1991 \u00e0 la facult\u00e9 des sciences politiques et sociales de l&rsquo;ULB. Le jury lui accorde \u00ab<em>la plus grande distinction<\/em>\u00bb, soulignant \u00ab<em>l&rsquo;absolue rigueur<\/em>\u00bb qui caract\u00e9rise ce travail doctoral.En r\u00e9alit\u00e9, un minimum de sens critique aurait permis de relever l&rsquo;implication personnelle de cet universitaire dans le tissu d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;il pr\u00e9tend d\u00e9crire avec objectivit\u00e9. Car au moment du meurtre, le laur\u00e9at \u00e9tait \u00ab<em>charg\u00e9 de mission du gouvernement belge au Congo. Il \u00e9tait l&rsquo;un des collaborateurs du Bureau-conseil du Katanga, c&rsquo;est-\u00e0-dire du centre du pouvoir belge au Katanga, dont la Belgique avait planifi\u00e9 et maintenu la s\u00e9cession<\/em>\u00bb<a id=\"footnoteref15_tggtedn\" class=\"see_footnote\" title=\"L. DE WITTE, op. cit., p. 20.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote15_tggtedn\">15<\/a>. D\u00e9tail plus r\u00e9v\u00e9lateur: sa th\u00e8se de doctorat est d\u00e9di\u00e9e au comte Harold d&rsquo;Aspremont Lynden, ministre des Affaires africaines en 1961!Manifestement, cette th\u00e8se r\u00e9pond \u00e0 des objectifs non scientifiques mais id\u00e9ologiques et politiques. Elle intervient comme un plaidoyer \u00e0 d\u00e9charge des assassins de Lumumba. Un scandale, pour De Witte, qui se donne pour buts de d\u00e9monter l&rsquo;argumentaire de Brassinne et de jeter un \u00e9clairage nouveau sur les faits.<strong>Lumumba, sacrifi\u00e9 sur l&rsquo;autel\u00a0des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques\u00a0de la Belgique et de la Couronne<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;enqu\u00eate de Ludo De Witte tient en une double th\u00e8se: l&rsquo;assassinat de Patrice Lumumba a \u00e9t\u00e9 mont\u00e9 politiquement depuis Bruxelles, tandis que son ex\u00e9cution \u00e0 \u00c9lisabethville \u00e9tait enti\u00e8rement contr\u00f4l\u00e9e par les Belges. Si la CIA<a id=\"footnoteref16_hdob2mm\" class=\"see_footnote\" title=\"Sur ordre d'Eisenhower et par la main d'un certain Dr Gottlieb, charg\u00e9 de s'infiltrer aupr\u00e8s de Lumumba afin de lui inoculer un virus.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote16_hdob2mm\">16<\/a>\u00a0avait bel et bien tent\u00e9 de l&rsquo;\u00e9liminer \u00e0 plusieurs reprises parce qu&rsquo;elle voyait en lui un possible vecteur du communisme au Congo, les plans am\u00e9ricains \u00e9taient interrompus d\u00e8s le d\u00e9but du mois de d\u00e9cembre 1960. La Belgique avait entre-temps d\u00e9cid\u00e9 de prendre les choses en main.Pour quel mobile? L&rsquo;anticommunisme, bien s\u00fbr, mais surtout les richesses de l&rsquo;\u00c9tat du cuivre: le Katanga! Son sous-sol \u00e9tait g\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;<em>Union Mini\u00e8re du Haut-Katanga\u00a0<\/em>(UMHK), fond\u00e9e en 1906 par le\u00a0<em>Comit\u00e9 sp\u00e9cial du Katanga<\/em>\u00a0(o\u00f9 L\u00e9opold II avait de gros Int\u00e9r\u00eats), la\u00a0<em>Tanganyika Concessions<\/em>\u00a0et la\u00a0<em>Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale de Belgique<\/em>, dont elle deviendra le joyau. Dans les ann\u00e9es 50, l&rsquo;UMHK r\u00e9alisait des b\u00e9n\u00e9fices nets s&rsquo;\u00e9levant entre 2.5 et 4.5 milliards de francs belges par an, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;exploitation du cobalt, du cuivre, de l&rsquo;\u00e9tain, de l&rsquo;uranium et du zinc. Inutile de pr\u00e9ciser qu&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance du Congo, le contr\u00f4le de cet Eldorado et la sauvegarde des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques qu&rsquo;il repr\u00e9sentait seront l&rsquo;objectif prioritaire de la Belgique<a id=\"footnoteref17_qufpyrb\" class=\"see_footnote\" title=\"La veille de l'ind\u00e9pendance, le 29 juin 1960, l'U.M.H.K., en m\u00eame temps que d'autres soci\u00e9t\u00e9s congolaises, avait d'ailleurs \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en \u00absoci\u00e9t\u00e9 de droit belge\u00bb, son si\u00e8ge social \u00e9tant du m\u00eame coup transf\u00e9r\u00e9 d'\u00c9lisabethville \u00e0 Bruxelles. Lire \u00e0 ce propos M. CORNEVIN,\u00a0Histoire de l'Afrique contemporaine.\u00a0De la deuxi\u00e8me guerre mondiale \u00e0 nos jours, troisi\u00e8me \u00e9dition, Paris, Payot PBP, 1978, pp. 228-229.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote17_qufpyrb\">17<\/a>.Sur le terrain, les choses s&rsquo;organisent rapidement. N&rsquo;ayant pas r\u00e9ussi \u00e0 inf\u00e9oder comme elle le souhaitait le nouveau pouvoir de L\u00e9opoldville, Bruxelles se tourne en juillet 1960 vers le Katanga pour y cr\u00e9er un \u00c9tat stable, future t\u00eate de pont de la reconstruction du Congo et dont les dirigeants seront contr\u00f4l\u00e9s par ses soins. Le comte Harold d&rsquo;Aspremont Lynden y est envoy\u00e9 pour organiser, avec le major Guy Weber et d&rsquo;autres officiers belges, la s\u00e9cession de la province. Celle-ci devient alors une construction centralis\u00e9e et militaris\u00e9e enti\u00e8rement belge: derri\u00e8re le paravent africain que constituaient le pr\u00e9sident Tshombe et son gouvernement, le\u00a0<em>Bureau-conseil<\/em>\u00a0&#8211; compos\u00e9 de \u00ab<em>conseillers<\/em>\u00bbbelges &#8211; tirait en effet toutes les ficelles du jeu politique. La constitution katangaise \u00e9tait par ailleurs l&rsquo;oeuvre du professeur Cl\u00e9mens, sur la base d&rsquo;une note confidentielle d&rsquo;un professeur de l&rsquo;universit\u00e9 de Gand. Les Belges assuraient \u00e9galement le maintien de l&rsquo;ordre et la survie de la s\u00e9cession: via les troupes belges d&rsquo;occupation, puis gr\u00e2ce \u00e0 la Gendarmerie katangaise, la police militaire d&rsquo;\u00c9lisabethville, les services de police et les services de renseignement. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9 de cette politique, le programme de Patrice Lumumba faisait figure d&rsquo;\u00e9pouvantail. La popularit\u00e9 de ce dernier ainsi que sa volont\u00e9 explicite de r\u00e9examiner toutes les lois de l&rsquo;\u00e9poque coloniale, d&rsquo;africaniser les cadres et de r\u00e9clamer le transfert des avoirs congolais dans l&rsquo;ex-m\u00e9tropole le d\u00e9signaient comme l&rsquo;homme \u00e0 abattre<a id=\"footnoteref18_src4pdj\" class=\"see_footnote\" title=\"Dans le courant du mois d'octobre 1960, les propos du prince Albert, actuel roi des Belges, illustrent parfaitement la \u00ablumumbophobie\u00bb belge: \u00abLa crise du Congo incombe \u00e0 un seul homme, Patrice Lumumba.\u00bb Cit\u00e9 par L. DE WITTE, op.cit., p. 123.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote18_src4pdj\">18<\/a>.A Bruxelles, plusieurs acteurs travailleront \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;une strat\u00e9gie en vue de son \u00e9limination. Au premier rang de ces acteurs, il faut bien s\u00fbr \u00e9pingler le gouvernement catholique lib\u00e9ral de Gaston Eyskens. Un comit\u00e9 permanent avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en son sein pour g\u00e9rer la crise congolaise. Ce \u00ab<em>Comit\u00e9 Congo<\/em>\u00bb \u00e9tait compos\u00e9 du Premier Ministre Gaston Eyskens, du Ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Pierre Wigny et du nouveau Ministre des Affaires africaines Harold d&rsquo;Aspremont Lynden &#8211; rappel\u00e9 \u00e0 Bruxelles le 2 septembre 1960. Ce comit\u00e9 restreint, \u00e0 majorit\u00e9 PSC, \u00e9tait \u00ab<em>soustrait au maximum aux regards ext\u00e9rieurs<\/em>\u00bb. Sa volont\u00e9 d&rsquo;en finir physiquement avec Patrice Lumumba ne fait, pour Ludo De Witte, aucun doute. Car, alors qu&rsquo;une op\u00e9ration nomm\u00e9e \u00ab<em>Barracuda<\/em>\u00bb a \u00e9t\u00e9 planifi\u00e9e en vue d&rsquo;enlever le leader africain, Harold d&rsquo;Aspremont Lynden t\u00e9l\u00e9graphie le 6 octobre 1960 \u00e0 ses collaborateurs de Brazzaville et d&rsquo;\u00c9lisabethville que \u00ab<em>l&rsquo;objectif principal \u00e0 poursuivre dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du Congo, du Katanga et de la Belgique est \u00e9videmment l&rsquo;\u00e9limination d\u00e9finitive de Lumumba<\/em>\u00bb. L&rsquo;op\u00e9ration\u00a0<em>Barracuda<\/em>\u00a0sera annul\u00e9e suite \u00e0 l&rsquo;arrestation de Lumumba par les troupes de Mobutu, mais les mots du ministre belge &#8211; \u00ab<em>\u00e9limination d\u00e9finitive<\/em>\u00bb &#8211; en disent long sur ses intentions homicides!Autre personnage dont l&rsquo;intervention s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e pr\u00e9pond\u00e9rante: le jeune roi Baudouin. Celui-ci avait pris comme une gifle l&rsquo;allocution de Lumumba le 30 juin 1960. Toutefois, Ludo De Witte exclut que le simple ressentiment du roi ait suffi \u00e0 motiver l&rsquo;assassinat. Dans le chef du monarque, l&rsquo;\u00e9limination du Congolais r\u00e9pond \u00e0 un imp\u00e9ratif plus important qu&rsquo;un conflit de personnes. Le palais est en effet \u00ab<em>au centre d&rsquo;un r\u00e9seau \u00e9conomico-financier<\/em>\u00bb<a id=\"footnoteref19_rrnbztw\" class=\"see_footnote\" title=\"Le r\u00e9seau s'organise comme suit: Gobert d'Aspremont Lynden, Grand Mar\u00e9chal de la Cour, est commissaire de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale de Belgique et administrateur de la Compagnie Maritime Belge et de la Compagnie du Katanga. En outre, il repr\u00e9sente la maison royale, avec le Grand Mar\u00e9chal honoraire prince Amaury de M\u00e9rode, au sein du coll\u00e8ge des douze commissaires, organe supr\u00eame de la\u00a0Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale de Belgique. Le neveu de Gobert n'est autre que Harold d'Aspremont Lynden, ancien directeur de la Mission technique belge au Katanga (Mistebel) devenu ministre des Affaires africaines. Le comte Robert Capelle, ancien secr\u00e9taire de L\u00e9opold III, et Jean-Pierre Paulus, ancien chef de cabinet adjoint du roi Baudouin, cumulent des mandats d'administrateur de l'Union mini\u00e8re et de diverses autres soci\u00e9t\u00e9s coloniales. Lilar, le vice-Premier ministre de Gaston Eyskens, est quant \u00e0 lui un ancien pr\u00e9sident du Titan anversois et des Ateliers de L\u00e9opoldville. Le pr\u00e9sident de la Chambre belge, le baron Kronacker, et les ministres Scheyven, Wigny et De Vleeschauwer sont administrateurs de toute une s\u00e9rie d'entreprises coloniales. Dans L. DE WITTE, op.cit., pp. 90-91.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote19_rrnbztw\">19<\/a>, qui tisse des liens entre la dynastie et l&rsquo;\u00e9lite en Belgique autour de la d\u00e9fense du portefeuille colonial. \u00abIl ne faut pas s&rsquo;en \u00e9tonner\u00bb, \u00e9crit De Witte, \u00abcar l&rsquo;histoire de la Belgique, la dynastie, la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale et le Congo sont \u00e9troitement imbriqu\u00e9s\u00bb<a id=\"footnoteref20_5x0b2oc\" class=\"see_footnote\" title=\"ID., Ibidem.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote20_5x0b2oc\">20<\/a>. En d&rsquo;autres termes: le palais, \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;une partie du monde politique belge, avait un int\u00e9r\u00eat mat\u00e9riel direct en jeu dans la crise congolaise. Il n&rsquo;est donc pas surprenant que la pr\u00e9f\u00e9rence du roi soit all\u00e9e \u00e0 Mo\u00efse Tshombe plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 Lumumba.La tournure prise par les \u00e9v\u00e9nements du Congo conduit Baudouin \u00e0 adopter une attitude radicale. Vis-\u00e0-vis du gouvernement Eyskens, d&rsquo;abord, qu&rsquo;il juge trop faible et responsable de l&rsquo;\u00e9chec de la d\u00e9colonisation. Le roi demande son remplacement par un cabinet d&rsquo;affaires compos\u00e9 de personnalit\u00e9s plus enclines \u00e0 une politique africaine \u00ab<em>muscl\u00e9e<\/em>\u00bb (Paul Van Zeeland, Ganshof van der Meersch &#8230;). Gaston Eyskens refuse de d\u00e9missionner mais accepte le remplacement du ministre des Affaires africaines De Schrijver par le comte Harold d&rsquo;Aspremont Lynden, rappel\u00e9 du Katanga et plus conforme aux attentes royales. Vis-\u00e0-vis de Lumumba, ensuite, qu&rsquo;il condamne dans son discours du 21 juillet 1960 alors qu&rsquo;il y fait l&rsquo;\u00e9loge de Tshombe. Pour l\u00e9gitimer la s\u00e9cession katangaise, Baudouin traite en effet la province mini\u00e8re comme n&rsquo;importe quel \u00c8tat reconnu. Il d\u00e9cerne m\u00eame \u00e0 son pr\u00e9sident &#8211; re\u00e7u en audience officielle &#8211; le grand cordon de l&rsquo;ordre de la couronne. Cette attitude profite \u00c9videmment au gouvernement Eyskens qui s&rsquo;assure, gr\u00e2ce \u00e0 ce patronage, le soutien de l&rsquo;opinion publique. Quant \u00e0 \u00ab<em>l&rsquo;\u00e9limination d\u00e9finitive<\/em>\u00bb de l&rsquo;ex-Premier ministre congolais, il ne fait pas de doute, pour Ludo De Witte, qu&rsquo;elle \u00e9tait cautionn\u00e9e par le palais. Car, comment comprendre autrement que comme un geste de gratitude les marques de reconnaissance qui seront accord\u00e9es par Baudouin aux protagonistes belges de l&rsquo;affaire? Ce ne sont ni plus ni moins que les portes de la noblesse qui leur seront ouvertes apr\u00e8s l&rsquo;assassinat! En effet, \u00ab<em>le colonel Paul Perrad, ancien commandant de l&rsquo;arm\u00e9e secr\u00e8te, chef d&rsquo;\u00c9tat-Major de l&rsquo;arm\u00e9e katangaise et l&rsquo;un des officiers, qui, le 17 janvier 1961, n&rsquo;ont pas emp\u00each\u00e9 le meurtre, devient chevalier de l&rsquo;ordre de l&rsquo;\u00c9toile africaine. Gaston Eyskens est nomm\u00e9 vicomte, Pierre Wigny est fait baron, Guy Weber devient aide de camp de L\u00e9opold III et est toujours, actuellement, secr\u00e9taire de la princesse Lilian. Jacques Brassinne, ex-membre du Bureau-conseil au Katanga, est anobli chevalier en 1988<\/em>\u00bb<a id=\"footnoteref21_s3p0mwp\" class=\"see_footnote\" title=\"ID.,\u00a0Pour le roi et la patrie\u00a0(in\u00a0Le Vif \/ L'Express, 20\/10\/2000, p.34).\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote21_s3p0mwp\">21<\/a>, soit \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 il travaille \u00e0 la th\u00e8se de doctorat qui d\u00e9douane la Belgique de toute implication dans l&rsquo;assassinat de Lumumba.<strong>Une ex\u00e9cution\u00a0organis\u00e9e par les Belges<\/strong><\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me volet de la th\u00e8se de De Witte porte sur la complicit\u00e9 des Belges dans l&rsquo;acte d&rsquo;assassinat. Contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;avance Jacques Brassinne, il semble que ce meurtre ne soit pas r\u00e9ductible \u00e0 un r\u00e8glement de compte entre Africains auquel les Belges auraient assist\u00e9 impuissants.Les t\u00e9moignages qu&rsquo;il a recueillis permettent \u00e0 Ludo De Witte de proposer une autre lecture des faits. Fin 1960, les partisans nationalistes de Lumumba &#8211; incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 Thysville et rest\u00e9 tr\u00e8s populaire malgr\u00e9 ses d\u00e9boires &#8211; lancent une offensive au d\u00e9part de Stanleyville: ils s&#8217;emparent de pr\u00e8s de la moiti\u00e9 du territoire congolais. Une r\u00e9volte \u00e9clate dans le camp o\u00f9 Lumumba est d\u00e9tenu: son retour politique semble imminent. La panique s&rsquo;installe dans les rangs occidentaux qui craignent un renversement du rapport de forces en leur d\u00e9faveur. Les Am\u00e9ricains n&rsquo;ayant plus d&rsquo;agent sur place capable d&rsquo;en finir avec lui, ce sont les Belges qui prennent les choses en main. Mais pas \u00e0 n&rsquo;importe quelles conditions! En effet, la mise \u00e0 mort du chef d&rsquo;un gouvernement \u00e9tranger par la Belgique serait jug\u00e9e inacceptable par la communaut\u00e9 internationale. Il fallait donc agir sans piti\u00e9 mais en conservant les mains propres.Bruxelles savait qu&rsquo;un transfert de l&rsquo;ex-Premier ministre vers les provinces s\u00e9cessionnistes lui serait fatal<a id=\"footnoteref22_bdqtutm\" class=\"see_footnote\" title=\"Munongo, ministre de Tshombe, avait d\u00e9clar\u00e9 au journal\u00a0La Cit\u00e9\u00a0le 12 septembre 1960: \u00abS'il\u00a0[Lumumba]\u00a0vient chez nous, nous ferons ce que les Belges n'ont pas su faire, nous le tuerons.\u00bb En outre, un document du r\u00e9gime katangais relatif au sort que subirait Lumumba s'il d\u00e9barquait dans la province du cuivre a \u00e9t\u00e9 comment\u00e9 au d\u00e9but du mois de janvier 1961 dans la commission des Affaires \u00e9trang\u00e8res de la Chambre, en pr\u00e9sence des ministres Wigny et d'Aspremont Lynden. Voir L. DE WITTE,\u00a0L'assassinat de Lumumba, p. 206.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote22_bdqtutm\">22<\/a>. Fallait-il choisir Bakwanga, capitale du Kasa\u00ef, pour le livrer \u00e0 Kalonji, ou Elisabethville, au Katanga, pour confier son sort \u00e0 Tshombe? La derni\u00e8re solution pr\u00e9sentait de s\u00e9rieux avantages: d&rsquo;une part, elle soulageait le r\u00e9gime officiel de L\u00e9opoldville dont la Belgique allait avoir besoin &#8211; Kasavubu \u00e9tant le pr\u00e9sident l\u00e9galement \u00e9lu du Congo &#8211; et, d&rsquo;autre part, elle impliquait une collaboration prometteuse entre \u00c9lisabethville et L\u00e9opoldville dans la perspective de la restructuration du Congo. Au contraire, Bakwanga posait un \u00abprobl\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9\u00bb, dans la mesure o\u00f9 son a\u00e9roport \u00e9tait contr\u00f4l\u00e9 par des casques bleus ghan\u00e9ens toujours susceptibles de d\u00e9fendre Patrice Lumumba. Le 16 janvier 1961, le ministre d&rsquo;Aspremont Lynden envoie au consul g\u00e9n\u00e9ral Cr\u00e9ner et au Bureau-conseil un t\u00e9l\u00e9gramme destin\u00e9 \u00e0 influencer le cours des \u00e9v\u00e9nements. Le message est clair: \u00abMinaf [ministre des Affaires africaines] Aspremont insiste personnellement aupr\u00e8s pr\u00e9sident Tshombe pour que Lumumba soit transf\u00e9r\u00e9 au Katanga dans les d\u00e9lais les plus brefs. Fin citation. Pri\u00e8re me tenir au courant. Minaf.\u00bb<a id=\"footnoteref23_byxsfau\" class=\"see_footnote\" title=\"ID., Ibidem, p.217.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote23_byxsfau\">23<\/a>. Rapidement, les pr\u00e9sidents du Katanga et du Congo se mettent d&rsquo;accord pour que cette suggestion soit suivie d&rsquo;effets.Victor Nendaka, en charge de la S\u00fbret\u00e9 \u00e0 L\u00e9opoldville, s&rsquo;occupe des modalit\u00e9s pratiques du transfert. Il agit vraisemblablement avec l&rsquo;aide des conseillers belges du r\u00e9gime de Mobutu Andr\u00e9 Lahaye et Louis Marli\u00e8re. Deux autres prisonniers accompagnent le convoi: il s&rsquo;agit de Maurice Mpolo et de Joseph Okito, deux anciens dirigeants du parti de Lumumba (MNC), jug\u00e9s dangereux parce que susceptibles d&rsquo;encourager la r\u00e9bellion nationaliste. L&rsquo;ex-Premier ministre et ses compagnons d&rsquo;infortune sont transport\u00e9s \u00e0 bord d&rsquo;un DC-4 vers Elisabethville. l&rsquo;\u00e9quipage de l&rsquo;avion est, pour moiti\u00e9, compos\u00e9 de Belges &#8211; dont le commandant de bord. Durant le vol, les prisonniers sont brutalis\u00e9s par les hommes de Nendaka. A leur arriv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport, ils le seront encore par les hommes de la Gendarmerie katangaise, sous le regard des officiers belges et des conseillers de Tshombe. Le trio est ensuite conduit \u00e0 la maison Brouwez o\u00f9 des Belges attendent. Le colonel Vandewalle, chef de la Gendarmerie, reconna\u00eet que l&rsquo;ex\u00e9cution de l&rsquo;ex-Premier ministre \u00ab<em>n&rsquo;est alors plus qu&rsquo;une question d&rsquo;heures<\/em>\u00bb. Et de fait, les trois hommes seront pass\u00e9s par les armes dans un endroit mar\u00e9cageux, \u00e0 50 km d&rsquo;\u00c9lisabethville (Lubumbashi). Le peloton \u00e9tait compos\u00e9 de policiers et de militaires Balunda et Bayeke. Quant aux Belges, ils ne devaient officiellement pas avoir de sang sur les mains: le commissaire Verscheure (conseiller du commissaire en chef de la police d&rsquo;\u00c9lisabethville, Pius Sapwe) et le capitaine Gat (Police militaire du Katanga) se \u00ab<em>content\u00e8rent<\/em>\u00bb de diriger la man\u0153uvre et de placer les prisonniers devant leurs bourreaux!Bruxelles se m\u00e9fie de l&rsquo;impact qu&rsquo;aurait la r\u00e9v\u00e9lation de son implication dans ce crime. Au plan diplomatique, celle-ci susciterait des protestations violentes qui risqueraient de fragiliser la position de la Belgique de m\u00eame que celle de l&rsquo;ONU. En effet, les casques bleus, pourtant appel\u00e9s par Lumumba, ne sont pas intervenus non plus pour emp\u00eacher le cours des \u00e9v\u00e9nements. La strat\u00e9gie la plus s\u00fbre pour les Belges est donc d&rsquo;\u00e9touffer l&rsquo;affaire. Tous s&rsquo;y mettent, tant \u00e0 L\u00e9opoldville qu&rsquo;\u00e0 \u00c9lisabethville ou \u00e0 Bruxelles. Dans ce contexte, De Witte souligne, t\u00e9moignages \u00e0 l&rsquo;appui, le r\u00f4le particuli\u00e8rement macabre jou\u00e9 par les fr\u00e8res Soete, alors membres de la police militaire du Katanga. Ceux-ci furent en effet charg\u00e9s, deux jours apr\u00e8s l&rsquo;assassinat, de d\u00e9terrer les cadavres, de les d\u00e9couper \u00e0 la scie et d&rsquo;en dissoudre les morceaux dans un bain d&rsquo;acide sulfurique provenant de l&rsquo;Union Mini\u00e8re. G\u00e9rard Soete ira jusqu&rsquo;\u00e0 reconna\u00eetre avoir gard\u00e9 longtemps des dents du leader congolais en souvenir de cette nuit d&rsquo;\u00e9pouvante! Le \u00ab<em>sale boulot<\/em>\u00bb effectu\u00e9 par les fr\u00e8res Soete sera ult\u00e9rieurement compl\u00e9t\u00e9 par un travail de manipulation de l&rsquo;opinion: des discours l\u00e9nifiants, comme celui de Jacques Brassinne, mettront sur le compte de la \u00ab<em>haine tribale<\/em>\u00bb la cause de la mort de Patrice Lumumba.<strong>Le rapport pr\u00e9liminaire des experts de la commission d&rsquo;enqu\u00eate confirme la responsabilit\u00e9 de la Belgique<\/strong><\/p>\n<p>Les r\u00e9v\u00e9lations explosives contenues dans le livre de Ludo De Witte sont \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une commission d&rsquo;enqu\u00eate parlementaire<a id=\"footnoteref24_6tgzhg2\" class=\"see_footnote\" title=\"Geert Versnick (VLD) a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 comme pr\u00e9sident, les vice-pr\u00e9sidences revenant \u00e0 Claude Eerdekens (PS) et Herman van Rompuy (CVP). Ferdy Willems (VU), Daniel Bacquelaine (PRL) et Marie-Th\u00e9r\u00e8se Coenen (Ecolo) ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9s comme rapporteurs.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote24_6tgzhg2\">24<\/a>\u00a0charg\u00e9e de pr\u00e9ciser l&rsquo;\u00e9ventuelle implication de la Belgique. Aujourd&rsquo;hui, les experts mandat\u00e9s par cette commission ont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pos\u00e9 leur rapport pr\u00e9liminaire. Ce rapport, accablant pour les Belges et la monarchie, confirme la th\u00e8se du sociologue flamand sur plusieurs points<a id=\"footnoteref25_0u5rmjr\" class=\"see_footnote\" title=\"Colette Braeckman en fait une synth\u00e8se dans le journal\u00a0Le Soir\u00a0des 20 et 21 octobre 2001.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote25_0u5rmjr\">25<\/a>:- sur la strat\u00e9gie belge de morcellement du Congo en provinces semi-autonomes en vue de sa reconstruction \u00ab<em>made in Belgium<\/em>\u00bb\u00e0 partir du Katanga. C&rsquo;est le ministre d&rsquo;Aspremont Lynden qui est d\u00e9sign\u00e9 comme la cheville ouvri\u00e8re de l&rsquo;op\u00e9ration de stabilisation de la s\u00e9cession katangaise et de celle du Kasa\u00ef. Fait nouveau par rapport au d\u00e9veloppement de Ludo De Witte: les experts soulignent \u00e9galement le r\u00f4le anti-lumumbiste jou\u00e9 par le syndicat chr\u00e9tien (ACV-CSC), propri\u00e9taire du journal\u00a0<strong>Le Courrier d&rsquo;Afrique<\/strong>;- sur l&rsquo;appui accord\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but par Bruxelles au colonel Mobutu et \u00e0 son \u00ab<em>coll\u00e8ge de commissaires<\/em>\u00bb. La Belgique finan\u00e7a notamment la publication des textes de la destitution de Lumumba dans le \u00ab<em>Moniteur<\/em>\u00bb congolais. Un fonds secret de plus de 50 millions de francs belges existait d&rsquo;ailleurs aux Affaires africaines, destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9 dans des circonstances exceptionnelles. Plus grave: les experts confirment l&rsquo;existence du plan d&rsquo;\u00e9limination physique de l&rsquo;ex-Premier ministre &#8211; le 14 janvier, le lieutenant-colonel Marli\u00e8re recevra l&rsquo;ordre du major Loos (conseiller militaire de d&rsquo;Aspremont Lynden) d&rsquo;activer le plan \u00ab<em>Brazza<\/em>\u00bb (nom de code du transfert de Lumumba au Katanga);- sur les tentatives d&rsquo;\u00e9touffement de l&rsquo;affaire. Les experts ont mis \u00e0 jour dans les papiers de Gaston Eyskens dat\u00e9s du 22 janvier 1961 des indices que le Premier ministre belge s&rsquo;\u00e9tait entretenu de la mort de Lumumba avec le chef du groupe lib\u00e9ral. Or, apr\u00e8s coup, Eyskens allait officiellement demander que le prisonnier soit bien trait\u00e9!- sur l&rsquo;implication du roi Baudouin. Les experts constatent l&rsquo;existence, entre le Palais et \u00c9lisabethville, d&rsquo;un r\u00e9seau d&rsquo;information parall\u00e8le et non contr\u00f4l\u00e9 par le gouvernement. C&rsquo;est par ce circuit que le roi aurait appris en octobre 60 l&rsquo;accord entre Tshombe et Mobutu sur l&rsquo;\u00e9limination physique de Lumumba. Ce point est d&rsquo;ailleurs confirm\u00e9 par les journalistes Guy Polspoel et Pol Van den Driessche dans leur livre\u00a0<strong>Koning en onderkoning<\/strong>. Ceux-ci font \u00e9tat d&rsquo;une lettre du major Guy Weber (chef de cabinet de Tshombe) au roi Baudouin \u00e9voquant le projet d&rsquo;assassinat du leader congolais. Ce document comporte une annotation du roi disant en substance: \u00ab<em>on ne va pas laisser une oeuvre de 80 ans [ ndlr: l&rsquo;oeuvre coloniale] \u00eatre d\u00e9truite par la politique haineuse d&rsquo;un homme<\/em>\u00bb<a id=\"footnoteref26_16829ok\" class=\"see_footnote\" title=\"Le Soir, 23\/10\/2001, p. 8.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote26_16829ok\">26<\/a>. En outre, rien ne prouve que cette information ait \u00e9t\u00e9 port\u00e9e par le monarque \u00e0 la connaissance du gouvernement! Le roi \u00e9tait donc au courant des projets de suppression de Lumumba: les commentaires qu&rsquo;il faisait \u00e0 propos de ce dernier et le fait qu&rsquo;il n&rsquo;ait rien fait pour emp\u00eacher les Katangais de passer aux actes font penser que le cours des \u00e9v\u00e9nements correspondait \u00e0 son souhait.<strong>Recherche historique,\u00a0travail de m\u00e9moire\u00a0et conclusions politiques<\/strong><\/p>\n<p>Le livre de Ludo De Witte est un \u00e9v\u00e9nement au plan intellectuel parce qu&rsquo;il constitue une rupture dans l&rsquo;interpr\u00e9tation du pass\u00e9 (post) colonial de la Belgique. \u00c0 ce titre, ce livre d\u00e9range et d&rsquo;aucuns s&rsquo;interrogent sur sa pertinence: n&rsquo;est-ce pas du \u00ab<em>masochisme intellectuel<\/em>\u00bb, ne risque-t-on pas de fixer d\u00e9finitivement les ranc\u0153urs des uns et des autres, voire de casser toute possibilit\u00e9 de r\u00e9conciliation entre les Belges et les Congolais<a id=\"footnoteref27_t9yuwke\" class=\"see_footnote\" title=\"\u00c9loquente et illustrative de ce point de vue, la tribune libre de Pascal de Roubaix dans\u00a0Le courrier de la Bourse et de la Banque\u00a0du 16 mai 2000.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote27_t9yuwke\">27<\/a>? Une r\u00e9flexion plus nuanc\u00e9e sur ses enjeux historiques, m\u00e9moriels et politiques d\u00e9montre toutefois que ce travail de relecture peut, au contraire, se r\u00e9v\u00e9ler salutaire.C&rsquo;est devenu un truisme, mais il convient de rappeler que la m\u00e9moire humaine ne se r\u00e9f\u00e8re pas au pass\u00e9 de fa\u00e7on strictement \u00ab<em>objective<\/em>\u00bb. Ne pouvant retenir l&rsquo;ensemble des faits d&rsquo;une p\u00e9riode, elle proc\u00e8de par s\u00e9lection. C&rsquo;est le cas tant au plan individuel qu&rsquo;au plan social. De mani\u00e8re peut-\u00eatre trop vague, certains historiens appellent \u00ab<em>m\u00e9moire collective<\/em>\u00bb ce que des groupes humains ont fait du pass\u00e9 qui les concerne. Ce concept recouvre ainsi tous les souvenirs v\u00e9cus mais \u00e9galement les reconstructions mythiques propres \u00e0 une communaut\u00e9<a id=\"footnoteref28_3kzy67n\" class=\"see_footnote\" title=\"P. NORA,\u00a0M\u00e9moire collective, dans J. LE GOFF, R. CHARLIER &amp; J. REVEL (dir.),\u00a0La nouvelle histoire, Paris, C.E.P.L., 1978, pp. 398-401.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote28_3kzy67n\">28<\/a>. Les faits qui trament \u00abl&rsquo;assassinat de Lumumba\u00bb participent de cette dynamique. Pendant quarante ans, dans la m\u00e9moire collective des Belges, ces \u00e9v\u00e9nements ont \u00e9t\u00e9 recompos\u00e9s dans la \u00abl\u00e9gende noire\u00bb d&rsquo;un agitateur nuisible, ingrat, manipul\u00e9 par Moscou et finalement rattrap\u00e9 par la haine tribale. Compte tenu du contexte de sa gen\u00e8se, il n&rsquo;est pas \u00e9tonnant de voir mobilis\u00e9s dans cette construction les st\u00e9r\u00e9otypes coloniaux les plus grossiers: la sauvagerie des Africains, leur incapacit\u00e9 \u00e0 se prendre en charge, ou encore leur cruaut\u00e9. Bien s\u00fbr, de leur c\u00f4t\u00e9, les Congolais ont \u00e9galement r\u00e9organis\u00e9 ce segment de leur histoire<a id=\"footnoteref29_cdeby9s\" class=\"see_footnote\" title=\"Sur la Toile, on lira par exemple le dossier du site Afrique pluriel (sic!) sign\u00e9 Marcel P\u00e9ju (http:\/\/www.afriquepluriel.ch\/rdc-lumumba.htm) et la page de Congo 2000 (http:\/\/www.congo2000.com\/rupture.html) qui lui sont consacr\u00e9s.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote29_cdeby9s\">29<\/a>. Au contraire de celle des Belges, leur version campe Lumumba en combattant de la libert\u00e9 et d\u00e9fenseur de son peuple opprim\u00e9, sacrifi\u00e9 pour avoir voulu s&rsquo;opposer au colonialisme. Alors que les Belges ont manifestement proc\u00e9d\u00e9 par omissions en proposant une version \u00e9dulcor\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9, les Congolais ont cr\u00e9\u00e9 un sc\u00e9nario plus martyrologique de la mort de Lumumba en amplifiant ses qualit\u00e9s de r\u00e9sistant et de victime.Ces interpr\u00e9tations officielles du pass\u00e9, qu&rsquo;elles soient congolaises ou belges, r\u00e9pondent en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 des objectifs politiques pr\u00e9sents. Cet usage de l&rsquo;histoire d\u00e9pend des int\u00e9r\u00eats propres \u00e0 chaque collectivit\u00e9. Ainsi, les Belges ont-ils pass\u00e9 sous silence tout ce qui ne servait pas \u00e0 l\u00e9gitimer leur politique africaine. De m\u00eame, les Congolais ont mobilis\u00e9 la figure de Lumumba pour appuyer la contestation du r\u00e9gime de Mobutu. Ceci ne va pas sans poser des probl\u00e8mes au plan des relations internationales. Car &#8211; des recherches r\u00e9centes l&rsquo;ont montr\u00e9<a id=\"footnoteref30_bib3d9s\" class=\"see_footnote\" title=\"V. ROSOUX,\u00a0M\u00e9moire et r\u00e9solution des conflits: la n\u00e9cessaire reconnaissance des victimes\u00a0(in\u00a0Bulletin trimestriel de la Fondation Auschwitz, n\u00b0 69, octobre-d\u00e9cembre 2000, pp. 15-41).\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote30_bib3d9s\">30<\/a>\u00a0&#8211; la divergence entre les repr\u00e9sentations que deux communaut\u00e9s se font d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement qui les a oppos\u00e9es &#8211; en l&rsquo;occurrence, la colonisation dont la mort de Lumumba est un \u00e9pisode ultime &#8211; rend difficile toute r\u00e9conciliation entre ces deux communaut\u00e9s. En fait, seul un travail de m\u00e9moire parvient \u00e0 r\u00e9soudre un conflit d&rsquo;interpr\u00e9tations et \u00e0 d\u00e9passer \u00ables logiques de l&rsquo;oubli et de la revanche\u00bb<a id=\"footnoteref31_cm4wkqg\" class=\"see_footnote\" title=\"ID., Ibidem, p. 28.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote31_cm4wkqg\">31<\/a>.C&rsquo;est ici qu&rsquo;il convient de souligner le caract\u00e8re salutaire de l&rsquo;enqu\u00eate de Ludo De Witte. En effet, en reconstituant la chronologie des \u00e9v\u00e9nements de mani\u00e8re minutieuse et en tissant entre les faits d&rsquo;autres liens de causalit\u00e9, elle ouvre le pass\u00e9 \u00e0 de nouvelles lectures.Sur cette base, Belges et Congolais peuvent un jour esp\u00e9rer \u00e9tablir un r\u00e9cit commun et susceptible de les rapprocher.Cette d\u00e9marche-l\u00e0 ne regarde toutefois plus l&rsquo;histoire<a id=\"footnoteref32_83k1dan\" class=\"see_footnote\" title=\"Puisque il ne s'agit plus de se demander ce qui s'est pass\u00e9 mais ce qu'il faut faire avec le pass\u00e9.\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnote32_83k1dan\">32<\/a>. Par contre, elle comporte des enjeux politiques. Car pour \u00eatre efficace, le travail de m\u00e9moire implique que chaque soci\u00e9t\u00e9 qui l&rsquo;entreprend r\u00e9fl\u00e9chisse de mani\u00e8re critique \u00e0 son propre mode de fonctionnement. Au plan de l&rsquo;exp\u00e9rience individuelle, il conviendrait par exemple que l&rsquo;on s&rsquo;interroge en Belgique sur les discours que les manuels scolaires ou les c\u00e9r\u00e9monies comm\u00e9moratives donneront \u00e0 int\u00e9rioriser aux g\u00e9n\u00e9rations futures. De m\u00eame, au plan des relations int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures, certaines pratiques m\u00e9riteraient, elles aussi, d&rsquo;alimenter un d\u00e9bat. Concr\u00e8tement, cela signifie qu&rsquo;\u00e0 propos des liens entre la monarchie et certains milieux politico-financiers, \u00e0 propos du pouvoir d&rsquo;initiative du roi mis en exergue par De Witte et par les experts de la commission parlementaire, \u00e0 propos aussi de l&rsquo;ing\u00e9rence de la Belgique dans les affaires int\u00e9rieures du Congo, on ose se demander: aujourd&rsquo;hui, qu&rsquo;est-ce qui a vraiment chang\u00e9?<\/p>\n<ol class=\"footnotes\">\n<li><a id=\"footnote1_4ba3zeb\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref1_4ba3zeb\">1.<\/a>Le livre a d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 publie en n\u00e9erlandais sous le titre:\u00a0<strong>De moord op Lumumba<\/strong>, Louvain, Uitgeverij van Halewyck, 1999. Ludo De Witte a notamment pu consulter les archives des Nations Unies (New York) ainsi que celles du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res (Bruxelles).<\/li>\n<li><a id=\"footnote2_ag2nk8j\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref2_ag2nk8j\">2.<\/a>La publication de ce document jettera un pav\u00e9 dans la mare de la politique congolaise: d&rsquo;une part, il suscitera la r\u00e9probation des Europ\u00e9ens du Congo qui voyaient en son auteur un utopiste et, d&rsquo;autre part, il contribuera \u00e0 \u00e9veiller l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des milieux dits \u00ab\u00e9volu\u00e9s\u00bb congolais, tel le groupe\u00a0<strong>Conscience africaine<\/strong>\u00a0qui r\u00e9digera un manifeste r\u00e9clamant l&rsquo;ind\u00e9pendance de la colonie.<\/li>\n<li><a id=\"footnote3_mxs11om\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref3_mxs11om\">3.<\/a>Aujourd&rsquo;hui Kinshasa.<\/li>\n<li><a id=\"footnote4_ahw0m6h\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref4_ahw0m6h\">4.<\/a>43 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s congolais participent \u00e0 la conf\u00e9rence de la Table Ronde, repr\u00e9sentant 14 partis politiques.<\/li>\n<li><a id=\"footnote5_3zhu1hm\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref5_3zhu1hm\">5.<\/a>Patrice Lumumba (dont le parti \u00e9tait le MNC) et Joseph Kasavubu (ABAKO) \u00e9taient politiquement rivaux. Les \u00e9lections destin\u00e9es \u00e0 constituer le premier gouvernement congolais n&rsquo;ayant pas permis de d\u00e9gager de majorit\u00e9 incontestable au plan national, une solution de compromis donnera la pr\u00e9sidence \u00e0 Kasavubu et le pouvoir politique (comme Premier Ministre et chef du gouvernement) \u00e0 Lumumba.<\/li>\n<li><a id=\"footnote6_ploqsf5\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref6_ploqsf5\">6.<\/a>H\u00e9rit\u00e9e du Congo de L\u00e9opold II, la Force publique compte 25.000 hommes au moment de l&rsquo;ind\u00e9pendance. Elle est consid\u00e9r\u00e9e comme un instrument essentiel du futur Congo mais reste dirig\u00e9e par des Europ\u00e9ens. Les Congolais ne peuvent esp\u00e9rer d&rsquo;avancement au-del\u00e0 du grade de sous-officier!<\/li>\n<li><a id=\"footnote7_5ddg2x8\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref7_5ddg2x8\">7.<\/a>Mbanza-Ngungu, au sud de Kinshasa.<\/li>\n<li><a id=\"footnote8_rbjrj6r\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref8_rbjrj6r\">8.<\/a>L&rsquo;actuelle province du Shaba.<\/li>\n<li><a id=\"footnote9_x2zop8a\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref9_x2zop8a\">9.<\/a>L&rsquo;actuelle Kisangani.<\/li>\n<li><a id=\"footnote10_genwq3c\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref10_genwq3c\">10.<\/a>Alors capitale du Katanga. La ville se nomme aujourd&rsquo;hui Lubumbashi.<\/li>\n<li><a id=\"footnote11_a985cab\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref11_a985cab\">11.<\/a>L. DE WITTE,<strong>\u00a0L&rsquo;assassinat de Lumumba<\/strong>, p.14.<\/li>\n<li><a id=\"footnote12_5x9lzh4\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref12_5x9lzh4\">12.<\/a>Par exemple Manu RUYS dans\u00a0<strong>Achter de maskerade. Over macht, schijnmacht en onmacht<\/strong>, Kapellen, Uitg. Pelckmans, 1996.<\/li>\n<li><a id=\"footnote13_0dlw5aa\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref13_0dlw5aa\">13.<\/a><strong>La Libre Belgique<\/strong>\u00a0\u00e9crit dans son \u00e9dition du 14\/02\/1961 que \u00ab<em>ce qui survient d\u00e9montre, h\u00e9las! qu&rsquo;en Afrique et dans certains pays ayant connu une \u00e9volution comparable, l&rsquo;accession \u00e0 la d\u00e9mocratie demeure une affaire de meurtres<\/em>\u00bb.<\/li>\n<li><a id=\"footnote14_k8bqcod\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref14_k8bqcod\">14.<\/a>\u00c0 l&rsquo;appui du constat de Ludo De Witte, on fera remarquer que cette version officielle est reprise en Belgique par les manuels d&rsquo;histoire. \u00c0 propos de la p\u00e9riode allant de 1960 \u00e0 1965, la plupart d\u00e9gagent totalement la responsabilit\u00e9 de Bruxelles dans la crise congolaise. Lire \u00e0 ce sujet Beno\u00eet VERHAEGEN,\u00a0<strong>La colonisation et la d\u00e9colonisation dans les manuels d&rsquo;histoire en Belgique<\/strong>, dans QUAGHEBEUR (M.) &amp; VAN BALBERGHE (E.) (\u00e9d.),\u00a0<strong>Papier blanc, encre noire. Cent ans de culture francophone en Afrique centrale<\/strong>\u00a0(Za\u00efre, Rwanda et Burundi), t.2, Bruxelles, Labor, 1992, pp. 333 \u00f1 379.<\/li>\n<li><a id=\"footnote15_tggtedn\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref15_tggtedn\">15.<\/a>L. DE WITTE, op. cit., p. 20.<\/li>\n<li><a id=\"footnote16_hdob2mm\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref16_hdob2mm\">16.<\/a>Sur ordre d&rsquo;Eisenhower et par la main d&rsquo;un certain Dr Gottlieb, charg\u00e9 de s&rsquo;infiltrer aupr\u00e8s de Lumumba afin de lui inoculer un virus.<\/li>\n<li><a id=\"footnote17_qufpyrb\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref17_qufpyrb\">17.<\/a>La veille de l&rsquo;ind\u00e9pendance, le 29 juin 1960, l&rsquo;U.M.H.K., en m\u00eame temps que d&rsquo;autres soci\u00e9t\u00e9s congolaises, avait d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e en \u00absoci\u00e9t\u00e9 de droit belge\u00bb, son si\u00e8ge social \u00e9tant du m\u00eame coup transf\u00e9r\u00e9 d&rsquo;\u00c9lisabethville \u00e0 Bruxelles. Lire \u00e0 ce propos M. CORNEVIN,\u00a0<strong>Histoire de l&rsquo;Afrique contemporaine.\u00a0De la deuxi\u00e8me guerre mondiale \u00e0 nos jours<\/strong>, troisi\u00e8me \u00e9dition, Paris, Payot PBP, 1978, pp. 228-229.<\/li>\n<li><a id=\"footnote18_src4pdj\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref18_src4pdj\">18.<\/a>Dans le courant du mois d&rsquo;octobre 1960, les propos du prince Albert, actuel roi des Belges, illustrent parfaitement la \u00ablumumbophobie\u00bb belge: \u00ab<em>La crise du Congo incombe \u00e0 un seul homme, Patrice Lumumba.<\/em>\u00bb Cit\u00e9 par L. DE WITTE, op.cit., p. 123.<\/li>\n<li><a id=\"footnote19_rrnbztw\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref19_rrnbztw\">19.<\/a>Le r\u00e9seau s&rsquo;organise comme suit: Gobert d&rsquo;Aspremont Lynden, Grand Mar\u00e9chal de la Cour, est commissaire de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale de Belgique et administrateur de la Compagnie Maritime Belge et de la Compagnie du Katanga. En outre, il repr\u00e9sente la maison royale, avec le Grand Mar\u00e9chal honoraire prince Amaury de M\u00e9rode, au sein du coll\u00e8ge des douze commissaires, organe supr\u00eame de la\u00a0Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale de Belgique. Le neveu de Gobert n&rsquo;est autre que Harold d&rsquo;Aspremont Lynden, ancien directeur de la Mission technique belge au Katanga (Mistebel) devenu ministre des Affaires africaines. Le comte Robert Capelle, ancien secr\u00e9taire de L\u00e9opold III, et Jean-Pierre Paulus, ancien chef de cabinet adjoint du roi Baudouin, cumulent des mandats d&rsquo;administrateur de l&rsquo;Union mini\u00e8re et de diverses autres soci\u00e9t\u00e9s coloniales. Lilar, le vice-Premier ministre de Gaston Eyskens, est quant \u00e0 lui un ancien pr\u00e9sident du Titan anversois et des Ateliers de L\u00e9opoldville. Le pr\u00e9sident de la Chambre belge, le baron Kronacker, et les ministres Scheyven, Wigny et De Vleeschauwer sont administrateurs de toute une s\u00e9rie d&rsquo;entreprises coloniales. Dans L. DE WITTE, op.cit., pp. 90-91.<\/li>\n<li><a id=\"footnote20_5x0b2oc\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref20_5x0b2oc\">20.<\/a>ID., Ibidem.<\/li>\n<li><a id=\"footnote21_s3p0mwp\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref21_s3p0mwp\">21.<\/a>ID.,\u00a0<strong>Pour le roi et la patrie<\/strong>\u00a0(in\u00a0<strong>Le Vif \/ L&rsquo;Express<\/strong>, 20\/10\/2000, p.34).<\/li>\n<li><a id=\"footnote22_bdqtutm\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref22_bdqtutm\">22.<\/a>Munongo, ministre de Tshombe, avait d\u00e9clar\u00e9 au journal<strong>\u00a0La Cit\u00e9<\/strong>\u00a0le 12 septembre 1960: \u00ab<em>S&rsquo;il\u00a0[Lumumba]\u00a0vient chez nous, nous ferons ce que les Belges n&rsquo;ont pas su faire, nous le tuerons.<\/em>\u00bb En outre, un document du r\u00e9gime katangais relatif au sort que subirait Lumumba s&rsquo;il d\u00e9barquait dans la province du cuivre a \u00e9t\u00e9 comment\u00e9 au d\u00e9but du mois de janvier 1961 dans la commission des Affaires \u00e9trang\u00e8res de la Chambre, en pr\u00e9sence des ministres Wigny et d&rsquo;Aspremont Lynden. Voir L. DE WITTE,\u00a0<strong>L&rsquo;assassinat de Lumumba<\/strong>, p. 206.<\/li>\n<li><a id=\"footnote23_byxsfau\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref23_byxsfau\">23.<\/a>ID., Ibidem, p.217.<\/li>\n<li><a id=\"footnote24_6tgzhg2\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref24_6tgzhg2\">24.<\/a>Geert Versnick (VLD) a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 comme pr\u00e9sident, les vice-pr\u00e9sidences revenant \u00e0 Claude Eerdekens (PS) et Herman van Rompuy (CVP). Ferdy Willems (VU), Daniel Bacquelaine (PRL) et Marie-Th\u00e9r\u00e8se Coenen (Ecolo) ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9s comme rapporteurs.<\/li>\n<li><a id=\"footnote25_0u5rmjr\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref25_0u5rmjr\">25.<\/a>Colette Braeckman en fait une synth\u00e8se dans le journal\u00a0Le Soir\u00a0des 20 et 21 octobre 2001.<\/li>\n<li><a id=\"footnote26_16829ok\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref26_16829ok\">26.<\/a><strong>Le Soir<\/strong>, 23\/10\/2001, p. 8.<\/li>\n<li><a id=\"footnote27_t9yuwke\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref27_t9yuwke\">27.<\/a>\u00c9loquente et illustrative de ce point de vue, la tribune libre de Pascal de Roubaix dans\u00a0<strong>Le courrier de la Bourse et de la Banque<\/strong>\u00a0du 16 mai 2000.<\/li>\n<li><a id=\"footnote28_3kzy67n\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref28_3kzy67n\">28.<\/a>P. NORA,<strong>\u00a0M\u00e9moire collective<\/strong>, dans J. LE GOFF, R. CHARLIER &amp; J. REVEL (dir.),\u00a0<strong>La nouvelle histoire<\/strong>, Paris, C.E.P.L., 1978, pp. 398-401.<\/li>\n<li><a id=\"footnote29_cdeby9s\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref29_cdeby9s\">29.<\/a>Sur la Toile, on lira par exemple le dossier du site Afrique pluriel (sic!) sign\u00e9 Marcel P\u00e9ju (<a title=\"http:\/\/www.afriquepluriel.ch\/rdc-lumumba.htm\" href=\"http:\/\/www.afriquepluriel.ch\/rdc-lumumba.htm\">http:\/\/www.afriquepluriel.ch\/rdc-lumumba.htm<\/a>) et la page de Congo 2000 (<a title=\"http:\/\/www.congo2000.com\/rupture.html\" href=\"http:\/\/www.congo2000.com\/rupture.html\">http:\/\/www.congo2000.com\/rupture.html<\/a>) qui lui sont consacr\u00e9s.<\/li>\n<li><a id=\"footnote30_bib3d9s\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref30_bib3d9s\">30.<\/a>V. ROSOUX,\u00a0<strong>M\u00e9moire et r\u00e9solution des conflits: la n\u00e9cessaire reconnaissance des victimes<\/strong>\u00a0(in\u00a0<strong>Bulletin trimestriel de la Fondation Auschwitz<\/strong>, n\u00b0 69, octobre-d\u00e9cembre 2000, pp. 15-41).<\/li>\n<li><a id=\"footnote31_cm4wkqg\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref31_cm4wkqg\">31.<\/a>ID., Ibidem, p. 28.<\/li>\n<li><a id=\"footnote32_83k1dan\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba#footnoteref32_83k1dan\">32.<\/a>Puisque il ne s&rsquo;agit plus de se demander ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 mais ce qu&rsquo;il faut faire avec le pass\u00e9.<\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"footer\">\n<div id=\"footer-inner\" class=\"region region-footer\">\n<div id=\"footer-message\"><a href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/lassassinat-de-lumumba\">Une publication du Centre d&rsquo;\u00e9tudes wallonnes et de R\u00e9publique<\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div id=\"main\">\n<div id=\"main-inner\" class=\"clear-block with-navbar\">\n<div id=\"content\">\n<div id=\"content-inner\">\n<div id=\"content-header\">\n<h2 class=\"title\" style=\"text-align: center;\">Les secrets de l&rsquo;affaire Lumumba<\/h2>\n<\/div>\n<div id=\"content-area\">\n<div id=\"node-187\" class=\"node node-type-story\">\n<div class=\"node-inner\">\n<div class=\"content clear-block\">\n<div class=\"field field-type-text field-field-subtitle\">\n<div class=\"field-items\">\n<div class=\"field-item odd\">Analyse critique du livre<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"field field-type-nodereference field-field-source\">\n<div class=\"field-items\">\n<div class=\"field-item odd\">DANIEL OLIVIER<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"field field-type-text field-field-parution\">\n<div class=\"field-items\">\n<div class=\"field-item odd\">Toudi mensuel n\u00b071, mai-juillet 2006<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><strong>La raison du plus fort est toujours la meilleure.<br \/>\nNous l&rsquo;allons montrer tout \u00e0 l&rsquo;heure&#8230;<br \/>\nJean de La Fontaine Le loup et l&rsquo;Agneau.<\/strong><\/p>\n<p>Quatre historiens &#8211; Luc De Vos, Emmanuel G\u00e9rard, Jules G\u00e9rard-Libois, Philippe Raxhon &#8211; ont d\u00fb se mettre en quatre (!) pour nous annoncer que l&rsquo;assassinat de Patrice Lumumba est devenu&#8230;une affaire Lumumba:\u00a0<strong>Les secrets de l&rsquo;affaire Lumumba,\u00a0<\/strong>Racine, Bruxelles 2005.. N&rsquo;oublions pas que l&rsquo;Enqu\u00eate Parlementaire qui est le guide de cet ouvrage s&rsquo;intitule\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Enqu\u00eate Parlementaire visant \u00e0 d\u00e9terminer les circonstances exactes de l&rsquo;assassinat de Patrice Lumumba et implication \u00e9ventuelle des responsables politiques belges dans celui-ci\u00a0<\/em>\u00bb (Doc 50\u00a0031\/2\/007). Ainsi dans le titre du livre, non seulement Patrice a disparu &#8211; et comment (\u00a0!) &#8211; mais l&rsquo;assassinat est devenu une affaire&#8230;\u00e0 suivre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les auteurs oublient que Patrice Lumumba n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 seul. Il \u00e9tait accompagn\u00e9 de Maurice Mpolo et Joseph Okit.Le premier est n\u00e9 en 1928 et est membre du M.N.C. (Mouvement National Congolais fond\u00e9 par P. Lumumba en 1958), Ministre de la Jeunesse et des Sports dans le gouvernement Lumumba, r\u00e9voqu\u00e9 le 12 septembre 1960 par Kasavubu, et nomm\u00e9 chef d&rsquo;\u00e9tat-major par Lumumba le 15 septembre. Il ne pourra exercer ses fonctions: il est arr\u00eat\u00e9 et emprisonn\u00e9 \u00e0 Thysville avec Lumumba, puis livr\u00e9 au Katanga et ex\u00e9cut\u00e9 le 17 janvier 1961.Joseph Okito\u00a0 est n\u00e9 en 1910. S\u00e9nateur du Kasa\u00ef, puis vice-pr\u00e9sident du S\u00e9nat en juin 1960, pr\u00e9sident en septembre 1960. Il est arr\u00eat\u00e9 le 30 novembre 1960 \u00e0 Kikivit, emprisonn\u00e9 \u00e0 Thysville avec Lumumba, livr\u00e9 avec lui et Mpolo au Katanga et ex\u00e9cut\u00e9 le 17 janvier 1961.Maurice Mpolo et Joseph Okito sont des dirigeants du Mouvement National Congolais qui avec Patrice Lumumba tent\u00e8rent de rejoindre Stanleyville pour regrouper les forces nationalistes et entreprendre une reconqu\u00eate du pouvoir.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quant aux secrets, annonc\u00e9s par le titre du livre, \u00e0 l&rsquo;exception de quelques nouvelles archives, nous ne lirons que des secrets de polichinelle. L&rsquo;assassinat de Patrice Lumumba n&rsquo;\u00e9tait pas inconnu. Des dizaines de livres ont paru sur le sujet ainsi que des centaines d&rsquo;articles, des \u00e9missions radio et t\u00e9l\u00e9vision, des films. Le choix de ce titre n&rsquo;est donc pas appropri\u00e9, il est incomplet\u00a0; Lumumba n&rsquo;a plus de pr\u00e9nom ni de compagnons, l&rsquo;assassinat est \u00e9dulcor\u00e9\u00a0; il est devenu une \u00ab\u00a0affaire\u00a0\u00bb. Le titre est donc pr\u00e9tentieux\u00a0: les secrets sont inexistants.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans la bibliographie, nous regrettons l&rsquo;absence de trois auteurs\u00a0:<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211;<strong>Lumumba, un crime d&rsquo;\u00c9tat<\/strong>, Colette Brackman, \u00e9ditions Aden, Bruxelles 2002,<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211;<strong>Un insoumis<\/strong>, Jean Van Lierde, Labor, Bruxelles 1998,<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211;<strong>Patrice Lumumba, jeunesse et apprentissage politique 1925-1956<\/strong>, J. Omasombo Tshonda et B. Verhaegen, \u00e9ditions Institut Africain &#8211; Cedaf &#8211; L&rsquo;Harmattan Paris, 1998,<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ces trois livres livrent des \u00e9l\u00e9ments indispensables quand l&rsquo;on veut savoir que d\u00e8s 1956, Patrice Lumumba est la cible du pouvoir politique et \u00e9conomique belge, de l&rsquo;\u00c9glise catholique et de certains Congolais alors, que d&rsquo;apr\u00e8s les auteurs, tout commence en juillet et ao\u00fbt 1960 (chapitre I, p.25).\u00a0<strong>\u00a0Les secrets de l&rsquo;affaire Lumumba<\/strong>\u00a0Quant au livre de Ludo De Witte\u00a0<strong>L&rsquo;assassinat de Lumumba<\/strong>, \u00e9ditions Karthala 2000, il est tout autant pris pour cible que Lumumba par les auteurs. Parmi la dizaine d&rsquo;acteurs importants cit\u00e9s par ceux-ci\u00a0: Harold d&rsquo;Aspremont Lynden, Joseph Kasa-Vubu, Pierre Wigny, Louis Marli\u00e8re, Guy Weber, le Roi Baudouin, Jacques Brassinne, Fr\u00e9d\u00e9ric Vandewalle etc&#8230;, Ludo De Witte, auteur de\u00a0<strong>L&rsquo;assassinat de Lumumba<\/strong>, appara\u00eet \u00e0 longueur de pages et ce, dans des termes peu am\u00e8nes. Son livre a provoqu\u00e9 la mise sur pied d&rsquo;une commission d&rsquo;Enqu\u00eate Parlementaire qui a publi\u00e9 ses conclusions en deux volumes le 16 septembre 2001.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pourquoi ce livre\u00a0<strong>\u00a0Les secrets de l&rsquo;affaire Lumumba\u00a0?<\/strong>\u00a0\u00c0 notre avis, d&rsquo;une part pour att\u00e9nuer une des conclusions de la commission d&rsquo;enqu\u00eate parlementaire qui confirme que \u00ab\u00a0<em>les autorit\u00e9s\u00a0gouvernementales belges portaient une responsabilit\u00e9 morale dans les circonstances ayant conduit \u00e0 la mort de Lumumba\u00a0<\/em>\u00bb, et d&rsquo;autre part pour discr\u00e9diter le livre de L.De Witte. On noirci&#8230; De Witte (\u00a0!) pour rendre le blanc plus blanc\u00a0! Voyons les, un par un ces acteurs importants, puis nous verrons dans quels termes L. De Witte est trait\u00e9 par les acteurs.<\/p>\n<h3>Les grands acteurs belges de l&rsquo;assassinat de Lumumba<\/h3>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Harold d&rsquo;Aspremont Lynden<\/strong>, comte, P.S.C. ancien chef de cabinet-adjoint du Premier Ministre G. Eyskens nomm\u00e9 Ministre des Affaires Africaines le 2 septembre 1960. Il fait partie, avec Eyskens et Wigny, Ministre des Affaires Etrang\u00e8res du Comit\u00e9 Congo -\u00ab\u00a0<em>Comit\u00e9 Minist\u00e9riel restreint des affaires Africaines<\/em>\u00a0\u00bb. \u00c0 ce jour, dans les archives du d\u00e9partement des Affaires \u00e9trang\u00e8res, on ne retrouve aucune trace du Comit\u00e9 Congo. Rappelons que L\u00e9opold II avait br\u00fbl\u00e9 ses archives sur le Congo\u00a0! De L\u00e9opold Ii au Comit\u00e9 Congo, m\u00eame disparition\u00a0!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le neveu d&rsquo;Harold d&rsquo;Aspremont Lynden est le Grand Mar\u00e9chal de la cour. On est en famille \u00e0 la Cour de Baudouin. Le 9 septembre 1960, le\u00a0<strong>\u00a0Pourquoi -Pas<\/strong>\u00a0\u00e9crivait\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il devenait tout naturel d\u00e8s lors de penser qu&rsquo;en misant sur M. d&rsquo;Aspremont Lynden, on misait contre Lumumba.<\/em>\u00a0\u00bb Cela va se v\u00e9rifier. Ajoutons que la famille d&rsquo;Aspremont Lynden a d&rsquo;importants int\u00e9r\u00eats dans des soci\u00e9t\u00e9s congolaises.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Kasa-Vubu<\/strong>\u00a0:\u00a0Joseph, n\u00e9 en 1917, pr\u00e9sident de l&rsquo;Abako (Alliance des Bakongo) en 1955, bourgmestre de Dendale en 1958. Arr\u00eat\u00e9 apr\u00e8s le soul\u00e8vement de janvier 1959 \u00e0 L\u00e9opoldville, lib\u00e9r\u00e9 en mars. D\u00e9put\u00e9 en 1960, \u00e9lu Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique le 24 juin. R\u00e9voque Lumumba en septembre. Chass\u00e9 de la pr\u00e9sidence en 1965 par le coup d&rsquo;\u00c9tat de Mobutu. Quelques temps en r\u00e9sidence surveill\u00e9e. Meurt dans une sorte de retraite en avril 1969.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>P. Wigny<\/strong>\u00a0:\u00a0P.S.C. ministre des Affaires Etrang\u00e8res, bien qu&rsquo;oppos\u00e9 \u00e0 la politique de confrontation du ministre de la d\u00e9fense nationale Arthur Gilson, en ce qui concerne Lumumba, le 10 septembre, il \u00e9crit\u00a0\u00ab\u00a0<em>Les autorit\u00e9s constitu\u00e9es ont le devoir de mettre Lumumba hors d&rsquo;\u00e9tat de nuire\u00a0<\/em>\u00bb. Il est administrateur de soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res au Congo.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>L. Marli\u00e8re<\/strong>\u00a0: Lieutenant &#8211; Colonel de l&rsquo;arm\u00e9e belge, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque il n&rsquo;\u00e9tait\u00a0\u00ab\u00a0<em>que<\/em>\u00a0\u00bb colonel, homme-cl\u00e9 du gouvernement dans l&rsquo;op\u00e9ration Barracuda (le nom de code de l&rsquo;action belge d&rsquo;\u00e9limination de Lumumba). C&rsquo;est lui qui re\u00e7oit les fonds (500 millions F.B.) pour payer les soldats et organiser \u00ab\u00a0<em>la neutralisation effective de Lumumba<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>G. Weber<\/strong>\u00a0: Major de l&rsquo;arm\u00e9e belge, il voudrait \u00eatre le Massu du Congo (Lettre du 15\u00a0\/ 6 \/ 60) Conseiller militaire de Tshomb\u00e9. Lors de la s\u00e9cession du Katanga en juillet 1960, c&rsquo;est lui qui interdit l&rsquo;atterrissage de l&rsquo;avion de Kasa-Vubu et Lumumba. Il accepte le transfert de Lumumba au Katanga sachant que cela \u00e9quivaut \u00e0 sa liquidation.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Baudouin Ier<\/strong>\u00a0: roi des Belges. Dans son allocution du 21 juillet 1960, le roi Baudouin condamne le gouvernement Lumumba. \u00ab<em>\u00a0Notre devoir est de r\u00e9pondre \u00e0 tous ceux qui nous demanderont loyalement notre collaboration\u00a0<\/em>\u00bb Tshomb\u00e9 est le seul \u00e0 le faire. Un mois apr\u00e8s la nouvelle officielle de l&rsquo;assassinat de Lumumba au Katanga, Baudouin \u00e9crit \u00e0 Tshombe \u00ab\u00a0&#8230;<em>soyez convaincu que j&rsquo;appr\u00e9cie hautement la sagesse avec laquelle vous avez dirig\u00e9 le Katanga dans des circonstances infiniment difficiles et d\u00e9licates&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb (Lettre \u00e0 Tshomb\u00e9 du 13\/ 3\/ 61.Par l&rsquo;entremise de la soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale, la famille royale a d&rsquo;importants int\u00e9r\u00eats au Katanga. Dans les mois et les ann\u00e9es suivantes, les protagonistes de l&rsquo;assassinat de Lumumba sont royalement (\u00a0!) r\u00e9compens\u00e9s\u00a0: Tshomb\u00e9 est d\u00e9cor\u00e9 de la grande croix de l&rsquo;Ordre de la Couronne, G. Eyskens sera nomm\u00e9 vicomte et ministre d&rsquo;\u00c9tat. Pierre Wigny est devenu baron, G. Weber devient aide de camp de L\u00e9opold III.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>J. Brassinne<\/strong>\u00a0: a v\u00e9cu de tr\u00e8s pr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance du Congo et la s\u00e9cession du Katanga en tant que charg\u00e9 de Mission du Gouvernement belge. Il \u00e9tait un des collaborateurs du\u00a0<em>Bureau &#8211; Conseil<\/em>\u00a0du Katanga, c&rsquo;est-\u00e0-dire du centre du pouvoir belge au Katanga. En 1991, il soutient avec succ\u00e8s sa th\u00e8se de doctorat \u00e0 la facult\u00e9 des sciences politiques et sociales de l&rsquo;U.L.B. qui a pour titre \u00a0<strong>Enqu\u00eate sur la mort de Patrice Lumumba<\/strong>. Ses conclusions sont tr\u00e8s claires\u00a0: les Belges sont innocent\u00e9s, les Katangais ont subi une force majeure, instruments de \u00ab\u00a0<em>la tradition bantoue<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0! C&rsquo;est l&rsquo;histoire&#8230;officielle\u00a0! Dans la cha\u00eene de d\u00e9cision de l&rsquo;assassinat de Lumumba\u00a0: Brassisnne est un rouage important car il assiste activement par le\u00a0<em>Bureau &#8211; Conseil<\/em>, le gouvernement Katangais. Il sera fait chevalier par le roi Baudouin.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>F. Vandewalle<\/strong>\u00a0: colonel de l&rsquo;arm\u00e9e belge, chef de la s\u00fbret\u00e9 congolaise, \u00ab\u00a0<em>diaboliquement intelligent<\/em>\u00a0\u00bb d&rsquo;apr\u00e8s G. Weber\u00a0! Au moment de la s\u00e9cession katangaise, il est le \u00ab<em>\u00a0chef occulte\u00a0<\/em>\u00bb des forces arm\u00e9es Katangaises. C&rsquo;est lui qui coordonne le transfert, l&rsquo;arriv\u00e9e et la livraison de Lumumba, Mpolo et Okito aux gendarmes Katangais, sachant tr\u00e8s bien qu&rsquo;ils vont les ex\u00e9cuter. Cette huitaine de personnage, haut plac\u00e9s, vont faire ex\u00e9cuter une basse besogne par des subalternes et puisqu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas de sang sur les mains mais dans leur t\u00eate, ils vont se d\u00e9douaner de ce triple crime d&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<h3>Les chicaneries subies par De Witte<\/h3>\n<p align=\"JUSTIFY\">Passons maintenant \u00e0 l&rsquo;auteur du livre\u00a0:\u00a0<strong>L&rsquo;assassinat de Lumumb<\/strong>, Luc De Witte, qui va subir de la part de ces quatre auteurs -L. De Vos, E. Gerard, J. Gerard-Libois et Ph. Raxhon- une d\u00e9valorisation syst\u00e9matique de son travail. Voyons plut\u00f4t.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Ils parlent des \u00ab<em>\u00a0conclusion abruptes de l&rsquo;auteu<\/em>r\u00a0\u00bb (p. 10, dont ils disent qu&rsquo;il \u00ab\u00a0<em>accusait sans d\u00e9toiur le gouvernement de l&rsquo;\u00e9poque<\/em>\u00a0\u00bb (ibidem).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Ils \u00e9crivent\u00ab\u00a0<em>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au dernier stade de leur travail que les experts seraient \u00e0 m\u00eame de dire dans quelle mesure la d\u00e9monstration de l&rsquo;auteur (L. De Witte) reposait sur des bases solides, \u00e9tait coh\u00e9rente, et si les documents et les t\u00e9moignages cit\u00e9s \u00e9taient dignes de confiance<\/em>\u00a0\u00bb (p 12). Ces experts sont ceux de l&rsquo;enqu\u00eate parlementaire\u00a0; les quatre historiens utilisent le conditionnel pourles experts de la commission d&rsquo;enqu\u00eate parlementaier, pourquoi? Il aurait \u00e9t\u00e9 possible de dire \u00ab\u00a0<em>seront<\/em>\u00a0\u00bb? Il y a quelque chose de pervers dans ce \u00ab\u00a0<em>seraient<\/em>\u00a0\u00bb utilis\u00e9 au lieu de \u00ab\u00a0<em>seront<\/em>\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Ils \u00e9crivent aussi de De Witte: \u00ab\u00a0<em>Ce dernier \u00a0se pr\u00e9sente d&rsquo;ailleurs explicitement comme un procureur<\/em>\u00a0\u00bb (p.13). Mais De Witte n&rsquo;est-il pas pr\u00e9sent\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme un procureur parce qu&rsquo;il est&#8230;explicite en posant ses arguments?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Plus loin, on lit \u00ab\u00a0<em>De Witte parle quelque peu provocant de la mort de quelques dizaines de civils \u00a0<\/em>\u00bb (p 68). Il s&rsquo;agit de la guerre du Kasa\u00ef. La th\u00e8se officielle est \u00ab\u00a0\u00a0<em>l&rsquo;\u00e9closion d&rsquo;un g\u00e9nocid<\/em>e\u00a0\u00bb, d&rsquo;apr\u00e8s Hammarskj\u00f6ld, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;O.N.U. dans son rapport au conseil de s\u00e9curit\u00e9. L&rsquo;A.N.C. (l&rsquo;arm\u00e9e nationale congolaise) avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e par P. Lumumba, Premier ministre pour r\u00e9primer la s\u00e9cession de Kalonji. Le chef d&rsquo;\u00e9tat major qui a dirig\u00e9 l&rsquo;op\u00e9ration \u00e9tait J. D. Mobutu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Ils signalent que De Witte fait la\u00ab\u00a0<em>R\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;un plan\u00a0<\/em>\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0Baracuda\u00a0\u00bb [nom de code de l&rsquo;action belge de l&rsquo;\u00e9limination de Lumumba],\u00a0<em>qui n&rsquo;a plus d&rsquo;objet apr\u00e8s la prise du pouvoir par Mobutu\u00a0<\/em>\u00bb (p 212), dans le cadre de cette d\u00e9nomination (\u00ab\u00a0<em>Barracuda<\/em>\u00a0\u00bb). Ici, on &#8211; c&rsquo;est vraiment le cas &#8211; joue sur les mots, car le plan qui n&rsquo;avait \u00ab\u00a0<em>plus d&rsquo;objet<\/em>\u00a0\u00bb apr\u00e8s la prise du pouvoir par Mobutu, a tout de m\u00eame \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9, m\u00eame si c&rsquo;est dans le cadre d&rsquo;une autre d\u00e9nomination!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">-Les auteurs d\u00e9nigrent la source d&rsquo;information Vandewalle que Ludo De Witte cite comme \u00ab\u00a0<em>valeur incommensurable<\/em>\u00a0\u00bb.Vandewalle a \u00e9crit \u00a0<strong>Mille et quatre jours. Contes du Za\u00efre et du Shaba<\/strong>\u00a0Bruxelles, 13 fascicules. Il y d\u00e9crit toutes les op\u00e9rations de l&rsquo;\u00e9limination de Lumumba, Mpolo et Okito.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Ils disent que De Witte \u00ab\u00a0<em>aurait d\u00fb pr\u00e9ciser<\/em>\u00a0\u00a0\u00bb (p 300), que c&rsquo;est\u00a0<em>d&rsquo;apr\u00e8s Tshomb\u00e9<\/em>\u00a0que l&rsquo;on peut dire qu&rsquo;Adoula (s\u00e9nateur congolais en 1960 qui deviendra plus tard Premier Ministre) et Delvaux (ministre congolais en 1960) discutent, entre autres \u00ab<em>\u00a0au Katanga\u00a0<\/em>\u00bb, du transfert de Lumumba Mais nous dirions qu&rsquo;au lieu d&rsquo;\u00ab<em>au Katanga<\/em>\u00a0\u00bb, De Witte aurait d\u00fb \u00e9crire \u00ab\u00a0<em>chez Tshomb\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0! Pr\u00e9cision quand tu nous tiens\u00a0!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Une discussion byzantine s&rsquo;amorce alors o\u00f9 il est question d&rsquo;un De Witte \u00ab\u00a0<em>qui tombe dans le pi\u00e8ge<\/em>\u00a0\u00bb (p. 301) en citant Vandewallle sans guillemets. Le \u00ab\u00a0<em>pi\u00e8ge<\/em>\u00a0\u00bb serait en effet tendu par Vandewalle parce qu&rsquo;il utilise parfois des guillemets, parfois pas (comme si Vandewalle \u00e9crivait pour tendre des pi\u00e8ges\u00a0!), dans un passage parlant de l&rsquo;hypoth\u00e8se du transfert vers Boma (les guillemets renvoient \u00e0 un ouvrage de Brassine et J.G\u00e9rard-Libois), mais ces guillemets manquent dans un autre extrait de ce passage de Vandewalle, celui-ci s&rsquo;arrogeant (selon nos quatre historiens) par l\u00e0 une \u00ab\u00a0<em>autorit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb qu&rsquo;il n&rsquo;a pas dans le compte rendu des faits&#8230; Vandewalle n&rsquo;est pas guilleret avec les guillemets\u00a0!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Les quatre auteurs estiment que\u00ab\u00a0<em>L&rsquo;historiographie belge consacr\u00e9e \u00e0 Lumumba s&rsquo;\u00e9labore en circuit ferm\u00e9.<\/em>\u00a0\u00bb parce que \u00ab\u00a0<em>L. De Witte puise abondamment dans les \u00e9crits de Vandewalle et Brassinne.<\/em>\u00a0\u00bb (p.310).Mais si L. De Witte n&rsquo;avait fait aucune r\u00e9f\u00e9rence aux travaux de Vandewalle et Brassinne, c&rsquo;est alors que les quatre auteurs l&rsquo;aurait \u00ab\u00a0<em>abondamment<\/em>\u00a0\u00bb critiqu\u00e9. La bibliographie jointe aux ouvrages de L. De Witte et Brassinne d\u00e9montre qu&rsquo;ils ne sont pas en circuit ferm\u00e9, mais en rallye ouvert.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Ils \u00e9crivent encore: \u00ab\u00a0<em>Des auteurs se sont inspir\u00e9s de lui (Vandewalle), sans v\u00e9rification. Ainsi L. De Witte&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb (p. 311).Ou: \u00ab\u00a0<em>Aussi bien Brassinne que De Witte continueront de se fonder sur les affirmations peu fiables de Vandewalle&#8230;Cette affirmation s&rsquo;appuie sur des sables mouvants.\u00a0<\/em>\u00bb (p. 313). Ces deux commentaires sont affligeants. Rappelons que Vandewalle est le chef de la s\u00fbret\u00e9 congolaise et de ce fait coordonne toute \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;affaire Lumumba\u00a0<\/em>\u00bb. Si s&rsquo;appuyer sur les affirmations de Vandewalle, c&rsquo;est s&rsquo;appuyer sur des sables mouvants, que dire des affirmations des quatre auteurs qui s&rsquo;\u00e9vertuent \u00e0 rejeter ce qui ne convient pas \u00e0 leur th\u00e8se?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; \u00c0 propos d&rsquo;un message radio que l&rsquo;ambassade belge \u00e0 Brazzaville relaie vers le consulat belge d&rsquo;\u00c9lisabethville, que les auteurs de\u00a0<strong>Les secrets de l&rsquo;afaire Lumumba<\/strong>\u00a0jugent important, ceux-ci \u00e9crivent: \u00ab\u00a0<em>De Witte se contente&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb (note 2) p. 315), d&rsquo;en parler de mani\u00e8re impr\u00e9cise (le message part de l&rsquo;ambassade mais d&rsquo;un service ind\u00e9pendant de l&rsquo;ambassade, bon&#8230;). Tous les messages radios sont importants dans cette affaire, les plus et les moins sont secondaires.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Toujours en note (note 2), p. 320), les auteurs de l&rsquo;ouvrage \u00e9crivent: \u00ab\u00a0<em>Tant Brassinne que De Witte consacrent \u00e0<\/em>\u00a0Brazzaville 53 [le message num\u00e9rot\u00e9 qui autorise le transfert de Lumumba, le 14 janvier 1961 du camp Hardy de Thysville \u00e0 Elisabethville],\u00a0<em>\u00e0 peine quelques phrase.<\/em>\u00a0\u00bb. Suffisamment \u00e0 notre avis pour une information \u00e9quitable!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">.- Pour le microfilm des t\u00e9lexs qui arrivent et partent du cabinet du ministre d&rsquo;Aspremont Lynden, les auteurs soutiennent qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;un brouillon et donc n&rsquo;est pas valable\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le microfilm sur lequel De Witte a travaill\u00e9 ne permet pas de faire les m\u00eames constatations.\u00a0<\/em>\u00bb. (p. 323) Mais il s&rsquo;agit que de quelques heuresde d\u00e9cmlages avec le net. Et si le brouillon \u00e9tait le vestibule du net\u00a0?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; \u00c0 propos des codes diff\u00e9rents pour transmettre les messages entre le cabinet du Ministre et le Bureau Conseil des Belges au Katanga, toujours en note, on lit dans\u00a0<strong>Les secrets de l&rsquo;affaire Lumumba<\/strong>: \u00ab\u00a0<em>De Witte confond plusieurs choses<\/em>\u00a0\u00bb (note 1) p.328), soit des codes diff\u00e9rents utilis\u00e9s. Mais l&rsquo;utilisation de codes diff\u00e9rents n&rsquo;am\u00e8ne pas n\u00e9cessairement a confusion. Il suffit de r\u00e9pertorier convenablement les messages.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">-\u00ab\u00a0<em>De Witte s&rsquo;interroge&#8230;l&rsquo;auteur ne donne pas de r\u00e9ponse\u00a0\u00bb,\u00a0<\/em>lit-on encore (p.329). En fait, De Witte s&rsquo;interroge sur le contenu d&rsquo;un message qui fausserait la destination o\u00f9 l&rsquo;on envoie Lumumba. Il s&rsquo;interroge sur le point de savoir si c&rsquo;est voulu o\u00f9 non. Quand De Witte donne des r\u00e9ponses, c&rsquo;est peu fiable et quand il n&rsquo;en donne pas, c&rsquo;est dommageable\u00a0!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">-\u00ab\u00a0<em>Tant Brassinne que De Witte font \u00e9tat d&rsquo;un entretien t\u00e9l\u00e9phonique que Tshombe et Kasa-Vubu auraient eu.<\/em>\u00bb, lit-on p.351. Mais ce n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0<em>auraient<\/em>\u00a0\u00bb, selon\u00a0<strong>Les secrets de l&rsquo;affaire Lumumba<\/strong>, car l&rsquo;entretien est confirm\u00e9 par un t\u00e9moin\u00a0: A.Delvaux (p. 353). Les auteurs de\u00a0<strong>Les secrets&#8230;<\/strong>\u00a0disent alors que \u00ab\u00a0\u00a0<em>Ni Brassinne, ni De Witte n&rsquo;y attachent somme toute beaucoup d&rsquo;attention.<\/em>\u00a0\u00bb (p.352). Mais il s&rsquo;agit d&rsquo;un entretien t\u00e9l\u00e9phonique entre Kasa-Vubu et Tshombe dont Brassinne et De Witte ignorent le contenu. En ignorant ce qui s&rsquo;est dit, on ignore \u00e9videmment son importance\u00a0! \u00c9l\u00e9mentaire, mon cher Watson\u00a0!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Selon les auteurs, \u00ab\u00a0<em>Quoi qu&rsquo;il en soit, il ne reste pas grand-chose des versions formul\u00e9es avec beaucoup d&rsquo;aplomb par Brassinne et De Witte en ce qui concerne le transfert de Lumumba.\u00a0<\/em>\u00bb (p. 357).Il faut encore plus d&rsquo;aplomb, nourri de mauvaise foi, pour \u00e9crire cela. Brassinne et De Witte suivent jour apr\u00e8s jour l&rsquo;itin\u00e9raire de Lumumba. S&rsquo;ils se trompent, il faut le prouver\u00a0!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; \u00c0 propos de la mutinerie du 12 janvier 1961 \u00e0 Thysville, on lit dans\u00a0<strong>Les secrets de l&rsquo;affaire Lumumba<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>De Witte met en avant des motifs surtout politiques, \u00e0 savoir la sympathie d&rsquo;une partie des soldats pour Lumumba, ce qui n&rsquo;est pas attest\u00e9.<\/em>\u00a0!\u00a0\u00bb(note 4) p.361) L&rsquo;antipathie l&rsquo;est encore moins. Les soldats n&rsquo;\u00e9taient pas tous anti-umumbistes. La peur du pouvoir central \u00e9tait qu&rsquo;une partie de l&rsquo;arm\u00e9e ne se retourne contre lui.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">-\u00ab\u00a0<em>Pour la relation des faits du 14 janvier 1961, il faut faire table rase des<\/em><em>\u00a0versions<\/em><em>\u00a0de Brassinne et de De Witte.\u00a0<\/em>\u00bb (p. 362). Pourquoi s&rsquo;arr\u00eater au 14 janvier? Pourquoi ne pas faire table rase de toutes les\u00a0<em>versions<\/em>\u00a0de Brassinne et De Witte? On ne \u00ab\u00a0<em>versionnerait<\/em>\u00a0\u00bb qu&rsquo;en compagnie de la bande des quatre\u00a0! Le Bonheur\u00a0! L&rsquo;Extase\u00a0!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; L&rsquo;\u00e9vocation la plus ancienne d&rsquo;un transfert au Katanga date du 26 octobre 1960, \u00ab\u00a0<em>Et non du 14 octobre 1960, comme De Witte l&rsquo;affirme \u00e0 la suite d&rsquo;une lecture erron\u00e9e.\u00a0<\/em>\u00bb (note 1) p.368). La lecture erron\u00e9e n&rsquo;est pas du c\u00f4t\u00e9 de De Witte. En effet, \u00e0 la page 126 de son livre on lit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>T\u00e9l\u00e9gramme 14\/10\/60<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Les auteurs de\u00a0<strong>Les secrets&#8230;<\/strong>\u00a0\u00e9crivent \u00e0 propos du souhait de Bomboko de voir Lumumba transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 \u00c9lisabethville: \u00ab\u00a0<em>La demande de Bomboko n&rsquo;est pas r\u00e9dig\u00e9e, ni envoy\u00e9e par l&rsquo;ambassadeur Dupret comme l&rsquo;\u00e9crit De Witte.<\/em>\u00a0\u00bb. (note 6) p.369). Pourtant \u00e0 la page 183 de son livre, De Witte \u00e9crit\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>Le texte contient la demande de Bomboko sur le transfert de Lumumba au Katanga et l&rsquo;adresse au quartier g\u00e9n\u00e9ral de la gendarmerie.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Ils \u00e9crivent encore : \u00ab\u00a0<em>Dans la version De Witte, le\u00a0<\/em>Bureau Conseil<em>\u00a0se voit attribuer un r\u00f4le important, on ne sait pas grand-chose \u00e0 ce sujet.<\/em>\u00a0\u00bb (p. 379). Le\u00a0<em>Bureau Conseil<\/em>\u00a0est le centre du pouvoir Belge au Katanga. Il r\u00e9unit des militaires et des civils qui assistent Tshombe et sont en contact permanent avec le cabinet du ministre H. d&rsquo;Aspremont Lynden. On sait tout \u00e0 ce sujet par les contacts t\u00e9lex et t\u00e9l\u00e9grammes. Toujours dans le m\u00eame domaine, on lit dans\u00a0<strong>Les secrets&#8230;<\/strong>\u00a0\u00ab\u00a0<em>Sur ce point nous ne sommes pas d&rsquo;accord avec De Witte qui confond transmission d&rsquo;informations et implication dans une action.\u00a0<\/em>\u00bb (note 2) p.380). Le Bureau Conseil \u00e0 \u00c9lisabethville donne des informations pour l&rsquo;action, sinon \u00e0 quoi sert-il\u00a0?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; \u00c0 propos d&rsquo;un t\u00e9lex du ministre d&rsquo;Aspremont Lynden \u00e0 l&rsquo;ambassade belge \u00e0 Brazzaville le 4 janvier 1961[\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>Attire toute sp\u00e9ciale attention sur cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses lib\u00e9ration Lumumba.<\/em>\u00a0\u00bb], on lit dans\u00a0<strong>Les secrets&#8230;<\/strong>\u00a0que \u00ab\u00a0<em>De Witte &#8230; va trop loin\u00a0<\/em>\u00bb, (p.381), dans l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une ing\u00e9rence belge. Ce n&rsquo;est pas De Witte qui va trop loin, mais bien d&rsquo;Aspremont Lynden qui intervient d&rsquo;une fa\u00e7on insupportable dans une affaire concernant un pays ind\u00e9pendant.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; \u00c0 propos des t\u00e9moignages de deux t\u00e9moins de l&rsquo;arriv\u00e9e des trois prisonniers \u00e0 \u00c9lisabethville, on lit que ces t\u00e9moignages ne concordent pas\u00a0; l&rsquo;un a vu sortir de l&rsquo;avion d&rsquo;abord deux commissaires, l&rsquo;autre d&rsquo;abord les prisonniers. Et on juge \u00ab\u00a0\u00a0<em>t\u00e9m\u00e9raire&#8230;comme l&rsquo;ont fait Brassinne et apr\u00e8s lui De Witte<\/em>\u00a0\u00bb (p.388), d&rsquo;avoir choisi l&rsquo;une des versions. Dans ce cas \u00e9minemment capital pour l&rsquo;histoire (\u00a0!) quels sont ceux qui sont sortis les premiers de l&rsquo;avion? La t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 s&rsquo;impose\u00a0!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; \u00c0 propos maintenant du t\u00e9moignage d&rsquo;un Belge qui a assist\u00e9 au mitraillage des prisonniers, on lit dans\u00a0<strong>Les secrets&#8230;<\/strong>\u00a0\u00ab\u00a0<em>Ce document de De Witte sur la base d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s contestables&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb (p. 393). Personne ne conteste la pr\u00e9sence de ce t\u00e9moin, mais quand il t\u00e9moigne, les auteurs le&#8230;mitraillent\u00a0! Il y a encore les t\u00e9moins indirects: \u00ab\u00a0&#8230;<em>De Witte accorde \u00e0 ces t\u00e9moignages indirects la m\u00eame cr\u00e9dibilit\u00e9 qu&rsquo;a un t\u00e9moignage direct\u00a0<\/em>\u00bb (p.394). Il s&rsquo;agit d&rsquo;abord des t\u00e9moignages des t\u00e9moins directs que les auteurs r\u00e9cusent comme on l&rsquo;a vu. Et ensuite des t\u00e9moignages indirects d&rsquo;informateurs renseign\u00e9s par les t\u00e9moins directs. Aucun des deux n&rsquo;est bon pour s&rsquo;y appuyer\u00a0!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Sur le texte du commissaire Verscheure \u00e0 propos de l&rsquo;assassinat des trois prisonniers compar\u00e9 \u00e0 un article du\u00a0<strong>Pourquoi-Pas\u00a0?,<\/strong>\u00a0nous lisons dans\u00a0<strong>Les secrets&#8230;<\/strong>\u00a0que Brassinne et De Witte sont \u00ab\u00a0<em>manifestement aveugl\u00e9s par ce texte<\/em>\u00a0\u00bb (p. 410), par rapport \u00e0 un autre plus fiable. Il y a quelques diff\u00e9rences entre les deux, mais de la \u00e0 parler d&rsquo;aveuglement, on ne voit pas&#8230; le rapport.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Vandewalle est en place \u00e0 \u00c9lisabethville pour diriger la S\u00fbret\u00e9 Katangaise. De Witte cite sa source\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>Tome IV J. Brassinne Enqu\u00eate&#8230;t\u00e9moignage 14.1.de Vandewalle\u00a0<\/em>\u00bb. Mais les auteurs \u00e9crivent: \u00ab\u00a0<em>L. De Witte se met litt\u00e9ralement \u00e0 la place de Vandewalle&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb(p. 414). En quoi citer sa source est-ce\u00a0<em>se mettre \u00e0 la place de l&rsquo;auteur<\/em>\u00a0?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Sur l&rsquo;agenda de Verscheure qui relate les \u00e9v\u00e9nements au jour le jour et heure par heure, nos censeurs-auteurs disent \u00ab\u00a0&#8230;<em>Caduque toute la chronologie post\u00e9rieure \u00e0 21H43 \u00e9tablie par Brassinne et de Witte\u00a0<\/em>\u00bb (p. 424). Mais quelques lignes plus loin, les m\u00eames \u00e9crivent\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>l&rsquo;agenda de Verscheure contient encore d&rsquo;autres notes qui rendent cr\u00e9dible son t\u00e9moignage<\/em>\u00a0\u00bb (p. 424). C&rsquo;est caduque \u00e7a\u00a0?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Brassinne et De Witte font usage du t\u00e9moignage de Ren\u00e9 Rougefort, adjudant mercenaire engag\u00e9 dans la 2e Cie PM qui participe \u00e0 la garde des prisonniers avant leur ex\u00e9cution puis v\u00e9hicule les corps apr\u00e8s leur ex\u00e9cution. Mais dans\u00a0<strong>Les secrets&#8230;<\/strong>\u00a0on lit que s&rsquo;appuyer sur ce t\u00e9moignage \u00ab\u00a0&#8230;<em>comme Brassinne et De Witte le font, sans esprit critique<\/em>\u00a0\u00bb (p. 428), est une erreur car ce t\u00e9moignage est sujet \u00e0 caution parce qu&rsquo;il est fait neuf ans apr\u00e8s les faits\u00a0! Aux \u00e2mes bien n\u00e9es la valeur s&rsquo;\u00e9panouit aux nombres des ann\u00e9es\u00a0!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">&#8211; Une anomalie est relev\u00e9e par les auteurs sur une r\u00e9union du\u00a0<em>Bureau Conseil<\/em>\u00a0que les uns situent le 18 janvier et les autres le 19 janvier: \u00ab\u00a0<em>De Witte ne rel\u00e8ve pas l&rsquo;anomalie<\/em>\u00a0\u00bb (note 3) p.460), \u00e9crivent-ils. La pr\u00e9cision de la date reste \u00e0 faire, en attendant il n&rsquo;y a pas de quoi traiter De Witte&#8230;d&rsquo;\u00e2ne&#8230;au&#8230;Mali\u00a0!! (Anomalie)<\/p>\n<h3>Pourquoi chicaner De Witte?<\/h3>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00c0 lire cette avalanche de reproches et de d\u00e9nigrements, ne nous trouvons-nous pas devant un deuxi\u00e8me assassinat de Patrice Lumumba\u00a0? Ces quatre historiens r\u00e8glent des comptes commandit\u00e9s, j\u00e9suitiques, indigestes et faussement r\u00e9v\u00e9lateurs. Veulent-ils \u00eatre un nouvel \u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur comme le fut le livre de Ludo De Witte en septembre 1999\u00a0? Rivons le clou \u00e0 ce Ludo De Witte qui \u00ab\u00a0<em>accusait sans d\u00e9tour le gouvernement de l&rsquo;\u00e9poque d&rsquo;avoir organis\u00e9 un complot ayant conduit \u00e0 l&rsquo;assassinat de Lumumba\u00a0<\/em>\u00bb (p10)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour ce faire, ils vont tricoter des habits neufs sur l&rsquo;assassinat de Patrice Lumumba\u00a0! La premi\u00e8re maille est dans le dernier alin\u00e9a de leurs conclusions qu&rsquo;ils pr\u00e9sentent page 16\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>On peut affirmer avec certitude que les instances gouvernementales belges ont aid\u00e9 \u00e0 chasser Lumumba du pouvoir, se sont ensuite oppos\u00e9es \u00e0 toute r\u00e9conciliation avec ce dernier et ont tent\u00e9 d&#8217;emp\u00eacher son retour au pouvoir. Elles ont appuy\u00e9 le transfert de Lumumba au Katanga sans exclure, par des mesures appropri\u00e9es, la possibilit\u00e9 qu&rsquo;il soit mis \u00e0 mort.\u00a0<\/em>\u00bb C&rsquo;est vague et impersonnel, on ne d\u00e9signe pas les coupables et \u00ab<em>\u00a0mis \u00e0 mort<\/em>\u00a0\u00bb n&rsquo;a pas la m\u00eame r\u00e9sonnance qu&rsquo; \u00ab\u00a0<em>assassinat<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La commission d&rsquo;enqu\u00eate parlementaire dirig\u00e9e par G. Versnick \u00e9tait plus pr\u00e9cise\u00a0:\u00a0\u00ab<em>\u00a0Le chef de l&rsquo;\u00c9tat a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 au moins une fois par le biais d&rsquo;une lettre du major Weber adress\u00e9e \u00e0 son chef de cabinet, que la vie de Lumumba \u00e9tait menac\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0(Doc 500312\/007-p. 837-Enqu\u00eate Parlementaire)\u00a0. Pour financer la politique men\u00e9e contre le gouvernement Lumumba, le gouvernement belge recourt aux \u00ab\u00a0<em>fonds secrets dont certains ont \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9s par le parlement et d&rsquo;autres pas.<\/em>\u00a0\u00bb 270 millions de francs. (p.832. Enqu\u00eate Parlementaire)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0<em>Apr\u00e8s avoir pris connaissance des \u00e9v\u00e9nements du 17 janvier (assassinat de Lumumba), le gouvernement, du moins certains de ses membres, a adopt\u00e9 une attitude irresponsable en optant pour la propagation de mensonges \u00e0 l&rsquo;intention de l&rsquo;opinion publique et de ses alli\u00e9s.\u00a0<\/em>\u00bb(p. 839-Enqu\u00eate Parlementaire).Apr\u00e8s lecture du livre de L. De Witte et les conclusions de l&rsquo;enqu\u00eate parlementaire, on doit \u00e9crire que\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>Sans d\u00e9tours, il y a eu complot.<\/em>\u00a0\u00bb Si on ne le fait pas, \u00e0 ce compte-l\u00e0, Lumumba n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0assassin\u00e9\u00a0\u00bb mais mis \u00e0 mort\u00a0! Ces historiens refusent le mot \u00ab\u00a0<em>complot<\/em>\u00a0\u00bb et pr\u00e9f\u00e8rent les mots \u00ab\u00a0<em>aides\u00a0\u00bb<\/em>, \u00ab\u00a0<em>tent\u00e9s d&#8217;emp\u00eacher\u00a0\u00bb<\/em>, \u00ab\u00a0a<em>ppuy\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>possibilit\u00e9<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans le chapitre II de la quatri\u00e8me partie\u00a0:\u00a0\u00a0<strong>Le transfert de Lumumba au Katanga\u00a0: critique des sources<\/strong>\u00a0(p.293), au sujet du t\u00e9lex du ministre d&rsquo;Aspremont du 16 janvier dans lequel \u00ab\u00a0<em>il insiste personnellement aupr\u00e8s de Tshombe pour que Lumumba soit transf\u00e9r\u00e9 au Katanga dans les d\u00e9lais les plus brefs<\/em>\u00a0\u00bb (p.320), ces m\u00eames historiens vont prendre une loupe historique pour distinguer ce qui est un brouillon de ce qui est \u00e9crit \u00e0 l&rsquo;encre ou au crayon, ce qui est griffonn\u00e9 ou imprim\u00e9 et apr\u00e8s cette autopsie digne de m\u00e9decins l\u00e9gistes, ils vont d\u00e9cr\u00e9ter la minute et l&rsquo;heure du t\u00e9lex en question.S&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 le 16 janvier au matin, d&rsquo;Aspremont est innocent\u00a0! Peu importe le texte pourvu que sonne la bonne heure&#8230;peu importe le flacon pourvu qu&rsquo;on ait l&rsquo;ivresse\u00a0! S&rsquo;il n&rsquo;y avait que ce t\u00e9lex, on pourrait \u00e9ventuellement h\u00e9siter sur la responsabilit\u00e9 du Ministre d&rsquo;Aspremont Lynden, mais d\u00e9s qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 Ministre, le 2 septembre 1960, il s&rsquo;est \u00ab\u00a0<em>occup\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb de Lumumba\u00a0:-22 septembre 1960, t\u00e9lex 59922- Blocage compte bancaire au nom de Lumumba et M.N.C. (p.177) (<strong>Les secrets de l&rsquo;affaire Lumumba<\/strong>). Mais il y en a d&rsquo;autres, beaucoup d&rsquo;autres\u00a0! Tous les extraits ci-dessous sont tir\u00e9s de\u00a0<strong>Les secrets de l&rsquo;affaire Lumumba<\/strong>\u00a0Enum\u00e9r\u00e9s les uns \u00e0 la suite des autres, ils \u00e9clairent mieux \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;affaire<\/em>\u00a0\u00bb, en tous cas, plus qu&rsquo;\u00e9parpill\u00e9s dans ce livre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">[<em>MINAF<\/em>\u00a0est la r\u00e9duction de\u00a0<em>Ministre des Affaires Africaines<\/em>.]<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">-T\u00e9lex 6 octobre: \u00ab\u00a0<em>Nous ne pouvons tol\u00e9rer que Lumumba revienne au pouvoir.\u00a0\u00bb.<\/em>\u00a0(p.179)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>&#8211; \u00ab\u00a0Objectif principal \u00e0 poursuivre dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du Congo, du Katanga et de la Belgique est \u00e9videmment l&rsquo;\u00e9limination d\u00e9finitive de Lumumba.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>(p.181)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">-T\u00e9lex 28 septembre 1960 \u00e0 Tshombe\u00a0: \u00ab\u00a0Il<em>\u00a0me parait \u00e9vident que le moyen le plus efficace d&rsquo;agir contre Lumumba est d&rsquo;aider, dans la limite du possible et du raisonnable, les autorit\u00e9s actuelles de L\u00e9o qui s&rsquo;efforcent d&rsquo;obtenir son \u00e9limination de la vie publique congolaise.<\/em>\u00a0\u00bb (p.246)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>MINAF<\/em>\u00a063901, 1er octobre 1960- \u00ab\u00a0<em>Lumbala beaucoup plus cat\u00e9gorique proclame sa volont\u00e9 de voire dispara\u00eetre Lumumba physiquement et d&rsquo;\u00e9liminer Kasa-Vubu.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>(p.247)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">-5 et 11 octobre, Bruxelles re\u00e7oit des avis, respectivement de Marli\u00e8re et de Lahaye, dans lesquels il est question de la\u00a0<em>mise hors jeu de Lumumba<\/em>. (p.220)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">-4 janvier 1961-\u00a0<em>MINAF<\/em>\u00a001404\/cab- \u00ab\u00a0<em>attire toute sp\u00e9ciale attention sur cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses, lib\u00e9ration Lumumba.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>(p.280)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">-Dans une lettre au roi Baudouin dat\u00e9e du 12 janvier 1961, Tshombe sollicite de celui-ci (&#8230;) \u00ab\u00a0<em>un appui belge au Katanga\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0(p.288)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">-14 janvier 1961\u00a0: message radio de Brazza \u00e0 \u00c9&rsquo;ville: \u00ab\u00a0C<em>e message radio est important non seulement par son contenu, mais aussi parce qu&rsquo;il montre que les autorit\u00e9s congolaises et leurs conseillers belges collaborent au transfert de Lumumba au Katanga.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0(p.314)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">-Le m\u00eame jour, l&rsquo;ambassadeur Dupret t\u00e9lexe \u00e0 \u00c9&rsquo;Ville \u00ab\u00a0<em>pour appuyer le transfert de Lumumba au Katanga.\u00a0<\/em>\u00bb (p.316)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">-Nous arrivons au t\u00e9lex du 16 janvier 1960: \u00ab\u00a0<em>Minaf Aspremont insiste personnellement aupr\u00e8s Pr\u00e9sident Tshombe pour que Lumumba soit transf\u00e9r\u00e9 Katanga dans les d\u00e9lais les plus brefs.<\/em>\u00a0\u00bb (p.320) Avec en plus un\u00a0<em>\u00a0t<\/em>\u00e9lex de Minaf \u00e0 l&rsquo;Ambassade de Brazzaville:<em>\u00a0\u00ab\u00a0D\u00e9marche pressante est faite par Minaf aupr\u00e8s Pr\u00e9sident Katanga<\/em>.\u00a0\u00bb (p.321)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Si les auteurs \u00e9crivent avec perspicacit\u00e9 (\u00a0!) (p.370) que\u00a0\u00ab\u00a0<em>Lumumba est livr\u00e9 \u00e0 ses ennemis par le r\u00e9gime de L\u00e9opoldville<\/em>\u00a0\u00bb, ils auraient d\u00fb ajouter sous la pression constante, et c&rsquo;est un euph\u00e9misme, de leurs amis belges\u00a0!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Apr\u00e8s cette succession de pressions qui durent comme on l&rsquo;a vu depuis septembre 1960, poser la question p. 372 \u00ab\u00a0<em>Les dirigeants congolais ont-ils agi de leur propre initiative ou y ont ils \u00e9t\u00e9 incit\u00e9s par leurs conseillers belges\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb, c&rsquo;est pire que prendre des vessies pour des lanternes, c&rsquo;est confirmer qu&rsquo;au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Comme nous ne somme ni aveugle, ni borgne, nous ouvrons un \u0153il \u00e0 la page 374 et nous lisons \u00ab\u00a0\u00a0<em>L&rsquo;examen de cette p\u00e9riode d&rsquo;environ quatre jours, des n\u00e9gociations, des destinations alternatives ne permet pas de conclure que le transfert de Lumumba au Katanga doive\u00a0<\/em>a priori<em>\u00a0\u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 un meurtre avec pr\u00e9m\u00e9ditation.<\/em>\u00a0\u00bb L&rsquo;autre \u0153il est rest\u00e9 ouvert \u00e0 la page 140 o\u00f9 nous lisons\u00a0: \u00ab\u00a0\u00a0<em>Ordre du Ministre Munongo aux chefs de peloton de la Gendarmerie 13 ao\u00fbt 1960&#8230;s&rsquo;il (Lumumba) arrivait \u00e0 entrer au Katanga d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre, IL DOIT, en ce cas, DISPARAITRE.<\/em>\u00a0\u00bb Et qui ordonne \u00e0 Gat de liquider les prisonniers\u00a0?&#8230; Munongo (p.427). Julien Gat est capitaine de l&rsquo;arm\u00e9e belge, mercenaire. Il est pr\u00e9sent lors de l&rsquo;ex\u00e9cution des prisonniers, assurant le commandement de l&rsquo;unit\u00e9. Peu apr\u00e8s, il monte en grade et devient commandant. Il change de nom\u00a0: Gatry pour \u00e9chapper aux demandes d&rsquo;interview de la presse africaine sur son r\u00f4le dans l&rsquo;assassinat de Lumumba, Mpolo et Okito. Gouvernement, militaires, Union Mini\u00e8re, etc., l&rsquo;unanimit\u00e9 s&rsquo;est faite pour se d\u00e9barrasser de Lumumba jusqu&rsquo;au Roi Baudouin ainsi qu&rsquo;Albert \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque prince, plus fid\u00e8le \u00e0 son fr\u00e8re qu&rsquo;\u00e0 son \u00e9pouse qui d\u00e9clare\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>la crise du Congo incombe \u00e0 un seul homme\u00a0: P. Lumumba.<\/em>\u00a0\u00bb (LLB 3\/10\/61). Les auteurs \u00e9crivent p 549\u00a0: \u00ab\u00a0<em>la correspondance entre Weber et le Palais, mais surtout la r\u00e9action du Roi, sont soit na\u00efves, soit calcul\u00e9es, mais en tout cas accablantes.<\/em>\u00bb Cet adjectif corrosif r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 Baudouin est symptomatique des dissensions, lors de la crise congolaise, entre le Palais et le gouvernement.<\/p>\n<h3><strong>Q<\/strong>uand Baudouin Ier joue \u00e0 L\u00e9opold III<\/h3>\n<p align=\"JUSTIFY\">En ao\u00fbt 1960, le Roi Baudouin demande le remplacement du gouvernement Eyskens affaibli par la crise congolaise\u00a0; Il souhaite un cabinet d&rsquo;affaires avec Van Zeeland Spaak, Dubuisson recteur de l&rsquo;Universit\u00e9 de Li\u00e8ge, Naessens, pr\u00e9sident de la banque de Paris et des Pays-Bas, etc. Eyskens refuse de d\u00e9missionner mais accepte un remaniement qui am\u00e8ne l&rsquo;homme du Roi dans le gouvernement, Harold d&rsquo;Aspremont Lynden. La dissension pass\u00e9e, le roi et le gouvernement s&rsquo;entendront pour soutenir le Katanga et \u00e9liminer Lumumba. Le cabinet d&rsquo;affaire, l&rsquo;appui \u00e0 la s\u00e9cession katangaise, la politique parall\u00e8le du palais obligent le gouvernement \u00e0 une bataille sur deux fronts. Du c\u00f4t\u00e9 du Roi, il faut sauver la civilisation occidentale du p\u00e9ril communiste et du c\u00f4t\u00e9 du gouvernement, il faut sauver les meubles\u00a0!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Comme son p\u00e8re, L\u00e9opold III, conseill\u00e9 principalement par le G\u00e9n\u00e9ral Van Overstraeten, Baudouin se laisse conseiller au sujet du Congo et de Lumumba par la Major Weber qui fournit \u00ab\u00a0<em>au Palais des informations de premi\u00e8re main sur la situation au Katanga\u00a0: documents confidentiels du gouvernement, proc\u00e8s-verbaux des r\u00e9unions de l&rsquo;ONG, publications katangaises, etc.\u00a0<\/em>\u00bb (p.556) On sait o\u00f9 cela a men\u00e9 L\u00e9opold III, Baudouin s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 la porte d&rsquo;une nouvelle \u00ab<em>\u00a0Question Royale<\/em>\u00a0\u00bb, porte ferm\u00e9e \u00e0 clef par Th\u00e9o Lef\u00e8vre, Pr\u00e9sident du P.S.C. (p.531). D\u00e9but ao\u00fbt 1960, Th\u00e9o Lef\u00e8vre envoie une lettre au roi Baudouin dans laquelle il rappelle 1950, les tentatives de L\u00e9opold III pour constituer un cabinet d&rsquo;affaires et comment cela s&rsquo;est termin\u00e9\u00a0! Il adjure le Roi d&rsquo;arr\u00eater sa politique personnelle. T&rsquo;es haut (Th\u00e9o) Lef\u00e8vre\u00a0(\u00a0!) pour arr\u00eater la\u00a0fi\u00e8vre\u00a0royale\u00a0!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les conclusions des auteurs sont assez stup\u00e9fiantes (pp. 595-596)\u00a0: \u00ab<em>\u00a0S&rsquo;il existe une communaut\u00e9 d&rsquo;int\u00e9r\u00eats dans un sens g\u00e9n\u00e9ral (mettre un terme \u00e0 ce qui se pr\u00e9sentait \u00e0 eux\u00a0<\/em>[instances gouvernementales belges, katangaises et congolaises]\u00a0<em>comme la menace lumumbiste), il n&rsquo;y a pas pour autant identit\u00e9 de motivation.\u00a0<\/em>\u00bb. Si non e vero, \u00e8 ben trovato\u00a0! On aimerait conna\u00eetre l&rsquo;\u00e9paisseur de la distance entre \u00ab\u00a0<em>communaut\u00e9 d&rsquo;int\u00e9r\u00eats\u00a0<\/em>\u00bb et \u00ab\u00a0<em>identit\u00e9 de motivation<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0! D&rsquo;apr\u00e8s un grand math\u00e9maticien de nos connaissances, il s&rsquo;agirait de celle d&rsquo;une feuille de cigarette.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La derni\u00e8re phrase soul\u00e8ve un probl\u00e8me grave. (p.596) Il est \u00e9crit\u00a0: \u00ab<em>\u00a0On ne peut que qualifier d&rsquo;assassinat pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 le crime organis\u00e9 de fa\u00e7on m\u00e9thodique.<\/em>\u00a0\u00bb Mais \u00e0 la page 374\u00a0: \u00ab<em>\u00a0L&rsquo;examen de cette p\u00e9riode d&rsquo;environ quarante jours de n\u00e9gociations, des destinations ne permet pas de conclure que le transfet de Lumumba au Katanga doive \u00eatre a priori \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 un meurtre avec pr\u00e9m\u00e9ditation.\u00a0<\/em>\u00bb A la page 374, les auteurs sont au stade de l&rsquo;<em>a priori<\/em>, l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;y a pas de meurtre avec pr\u00e9m\u00e9ditation, et \u00e0 la page 596, ils sont au stade de l&rsquo;<em>a posteriori<\/em>, l\u00e0 o\u00f9 il y a meurtre avec pr\u00e9m\u00e9ditation\u00a0! \u00c0 chaque stade, son \u00e9clairage particulier. Tous n&rsquo;ont pas le m\u00eame \u00e9clairage\u00a0!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Apr\u00e8s l&rsquo;assassinat survient le mensonge assum\u00e9 par le Tr\u00f4ne, par l&rsquo;autel, ce que les auteurs ne soulignent pas, et le gouvernement est tax\u00e9, lui, d&rsquo;irresponsabilit\u00e9. (p. 596)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les assassins normaux (\u00a0!) finissent toujours par avouer, les assassins d&rsquo;\u00c9tat font rarement \u00e9tat de leur assassinat. Assassinat, activement implicite suivi d&rsquo;un mensonge lumineusement explicite. Pas une indignation, pas une demande de justice, pas une condamnation. On a r\u00e9duit &#8211; c&rsquo;est le cas de l&rsquo;\u00e9crire &#8211; trois hommes au silence et on est r\u00e9duit \u00e0 se taire par peur sur ce silence, cadenass\u00e9 par J. Brassinne.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Alors L. De Witte vint et brisa la loi du silence et botta dans la fourmili\u00e8re\u00a0: C.I.A, militaro, \u00e9conomico, royalo, gouvernementale. Ayant pris conseil aupr\u00e8s d&rsquo;un \u00e9minent Pr\u00e9sident de Tribunal, celui-ci nous a confirm\u00e9 que s&rsquo;il y avait eu proc\u00e8s, la quinzaine de personnes, complices de l&rsquo;assassinat de Lumumba aussi bien belges que congolaises, auraient \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e\u00a0; pour les moins impliqu\u00e9s, \u00e0 un minimum de quinze ans de prison et pour les autres \u00e0 plus de 20 ans de prison. De plus, suite \u00e0 la nouvelle juridiction, dite de comp\u00e9tence universelle, un proc\u00e8s est encore possible.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans des notes personnelles, un ancien Ministre de la Justice \u00e9crit \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, apr\u00e8s la mort de Lumumba\u00a0: \u00ab<em>\u00a0Moment de bonheur<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0! il refl\u00e8te l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit du pouvoir royal, politique, \u00e9conomique et religieux de l&rsquo;\u00e9poque. Ils hurlaient \u00e0 la fausse dictature communiste de Lumumba, ils eurent la vraie dictature royaliste de Mobutu\u00a0! Les auteurs se sont efforc\u00e9s de diluer les responsabilit\u00e9s, ils lancent des banderilles et au moment de toucher, ils font un \u00e9cart. Au plus, il y a banderilles, au plus les \u00e9carts augmentent et le flou s&rsquo;installe dans un grand ensemble. Au lecteur de ne pas se laisser&#8230;flouer\u00a0!<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">P.S. \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;affaire Lumumba\u00a0<\/em>\u00bb s&rsquo;inscrit en lettre de sang dans\u00a0: \u00a0<strong>Histoire G\u00e9n\u00e9rale du Congo<\/strong>\u00a0, grandiosement \u00e9crite par Isidore N.Daywell \u00e8 Nziem parue aux Editions Duculot-C.G.R.I.-Paris-Bruxelles 1998<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"footer\">\n<div id=\"footer-inner\" class=\"region region-footer\">\n<div id=\"footer-message\"><a href=\"https:\/\/www.larevuetoudi.org\/fr\/story\/les-secrets-de-laffaire-lumumba\">Une publication du Centre d&rsquo;\u00e9tudes wallonnes et de R\u00e9publique<\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LUDO DE WITTE 29 juin, 2010 [Sociologue et historien flamand, Ludo De Witte est n\u00e9 en 1956. Il est sp\u00e9cialiste de l&rsquo;histoire de la d\u00e9colonisation du Congo belge. Il est, notamment, l&rsquo;auteur de L&rsquo;assassinat de Lumumba (Karthala, Paris, 2000). Cet article est paru sous le forme d&rsquo;une \u00ab\u00a0carte blanche\u00a0\u00bb dans\u00a0Le Soir\u00a0du 23 juin 2010 et &#8230; <a title=\"Lumumba et le p\u00e9ch\u00e9 originel du roi Baudouin\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5342\" aria-label=\"En savoir plus sur Lumumba et le p\u00e9ch\u00e9 originel du roi Baudouin\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,21,36,7,18,28],"tags":[508,145,72],"class_list":["post-5342","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","category-anti-imperialisme","category-europe","category-negrophobie","category-resistance-bruxelles","category-racismes","tag-baudouin","tag-ludo-de-witte","tag-patrice-lumumba"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5342","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5342"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5342\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5343,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5342\/revisions\/5343"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5342"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5342"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5342"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}