{"id":5459,"date":"2023-01-27T11:04:44","date_gmt":"2023-01-27T10:04:44","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5459"},"modified":"2023-01-27T11:04:53","modified_gmt":"2023-01-27T10:04:53","slug":"amilcar-cabral-lanticolonialisme-comme-patrimoine-commun-a-lhumanite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5459","title":{"rendered":"AMILCAR CABRAL : L\u2019ANTICOLONIALISME COMME \u00ab PATRIMOINE COMMUN \u00c0 L\u2019HUMANIT\u00c9 \u00bb"},"content":{"rendered":"<div class=\"crayon article-chapo-6090 \">\n<div>\n<p>Il y a 50 ans \u00e9tait assassin\u00e9 Amilcar Cabral. Figure originale des luttes anticolonialistes, injustement oubli\u00e9e, son exemple et ses \u00e9crits n\u2019en demeurent pas moins des armes th\u00e9oriques et pratiques pour lutter aujourd\u2019hui.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Il y a 50 ans, le 20 janvier 1973, sous l\u2019instigation de la dictature portugaise, \u00e9tait assassin\u00e9 Amilcar Cabral (1924-1973), l\u2019une des principales figures des luttes anticolonialistes. Il mourrait quelques mois seulement avant l\u2019ind\u00e9pendance de la Guin\u00e9e-Bissau et du Cap-Vert, pour laquelle il avait combattu, et la r\u00e9volution des \u0153illets au Portugal, qui allait consacrer la fin de la dictature et de ses colonies.<!--more--><\/p>\n<div class=\"crayon article-texte-6090 \">\n<div>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/arton6090.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-5460 size-full\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/arton6090.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"566\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/arton6090.jpg 850w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/arton6090-300x200.jpg 300w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/arton6090-768x511.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019encontre de la plupart des autres leaders ind\u00e9pendantistes africains des ann\u00e9es 1950-1960, le plus souvent citadins, m\u00e9connaissant, voire se d\u00e9fiant de la paysannerie, Amilcar Cabral, agronome de formation, va sillonner la Guin\u00e9e Bissau et l\u2019Angola, lui permettant une connaissance plus fine et plus complexe du monde rural\u00a0; de ses traditions et de ses divisions. Qui plus est son ouverture d\u2019esprit, son exigence th\u00e9orique et son attachement \u00e0 \u00ab\u00a0la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te\u00a0\u00bb le pr\u00e9servent quelque peu du dogmatisme du marxiste-l\u00e9niniste auquel il a adh\u00e9r\u00e9<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Il fut surnomm\u00e9 \u00ab le L\u00e9nine africain \u00bb. Sur le lien entre sa th\u00e9orie et sa\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>]<\/span>. D\u2019o\u00f9 la pertinence et l\u2019originalit\u00e9 de certaines de ses analyses, qui gardent, un demi-si\u00e8cle plus tard, leur int\u00e9r\u00eat et leur charge radicale.<\/p>\n<p>En 1956, Cabral est l\u2019un des fondateurs du Parti africain pour l\u2019ind\u00e9pendance de la Guin\u00e9e Bissau et du Cap-Vert (PAIG), qui \u00e9taient alors, comme l\u2019Angola et le Mozambique, sous la tutelle coloniale du Portugal. La cr\u00e9ation d\u2019une organisation binationale traduit la volont\u00e9 d\u2019ancrer la lutte de lib\u00e9ration nationale dans le cadre r\u00e9gional et, plus largement, de l\u2019unit\u00e9 africaine. D\u2019abord essentiellement urbain et pacifique, en butte \u00e0 la r\u00e9pression, le PAIG se r\u00e9oriente peu \u00e0 peu vers la lutte arm\u00e9e en milieu rural. D\u00e8s la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1960, la majeure partie du territoire de la Guin\u00e9e Bissau est lib\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">TH\u00c9ORISER LES LUTTES ANTICOLONIALES<\/h3>\n<p>La pens\u00e9e d\u2019Am\u00edlcar Cabral a \u00e9t\u00e9 rapproch\u00e9e \u00e0 juste titre de celle de Frantz Fanon (1925-1961), notamment pour leur triple focalisation sur la paysannerie, la culture et le panafricanisme, ainsi que leur critique (d\u00e9j\u00e0) du n\u00e9ocolonialisme<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Sa\u00efd Bouamama, \u00ab Am\u00edlcar Cabral, le militant arm\u00e9 \u00bb, Afrique XXI, 16 janvier\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nb2\" rel=\"footnote\">2<\/a>]<\/span>. Si le premier n\u2019a pas la puissance lyrique du second, il d\u00e9veloppe en revanche une analyse complexe et fouill\u00e9e des relations et des classes sociales en Guin\u00e9e Bissau et au Cap-Vert\u00a0; analyse qui d\u00e9passe le cadre de ces pays et se pr\u00eate en grande partie \u00e0 nombre de pays africains et m\u00eame du Sud plus globalement. G\u00e9rard Chaliand n\u2019h\u00e9site d\u2019ailleurs pas \u00e0 voir en Cabral \u00ab\u00a0l\u2019analyste politique le plus lucide de l\u2019Afrique subsaharienne coloniale et postcoloniale\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"G\u00e9rard Chaliand, \u00ab Frantz Fanon \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du temps \u00bb, pr\u00e9sentation de Frantz\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nb3\" rel=\"footnote\">3<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>La d\u00e9nonciation par Cabral de la colonisation est doublement radicale, en ce qu\u2019elle constitue un rejet global, d\u00e9finitif et d\u00e9taill\u00e9, et qu\u2019elle affirme (et s\u2019appuie sur) la r\u00e9sistance originelle des peuples d\u2019Afrique. Ainsi, le leader ind\u00e9pendantiste le dit sans ambages, \u00ab\u00a0le colonialisme, c\u2019est l\u2019enfer\u00a0\u00bb, et les peuples de Guin\u00e9e Bissau et des \u00eeles du Cap Vert \u00ab\u00a0se trouvent soumis \u00e0 la plus violente exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme, sont l\u2019objet de la plus monstrueuse oppression nationale, sociale et culturelle, et victimes d\u2019une barbare r\u00e9pression militaire et polici\u00e8re\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Amilcar Cabral, \u00ab La Guin\u00e9e et les Iles du Cap Vert face au colonialisme\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nb4\" rel=\"footnote\">4<\/a>]<\/span>. Or, la d\u00e9nonciation du crime colonial a d\u2019abord et surtout \u00e9t\u00e9 l\u2019\u0153uvre des peuples colonis\u00e9s eux-m\u00eames, qui \u00ab\u00a0n\u2019ont jamais cess\u00e9 de lutter jusqu\u2019au bout de leurs forces contre la domination \u00e9trang\u00e8re\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"Amilcar Cabral, \u00ab La r\u00e9volution africaine \u00bb (juillet 1961), Op. cit., page\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nb5\" rel=\"footnote\">5<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>Pour aussi radical et farouche que soit le rejet du colonialisme et du n\u00e9ocolonialisme \u2013 \u00ab\u00a0continuation de la domination \u00e9conomique imp\u00e9rialiste d\u00e9guis\u00e9e par une direction politique autochtone\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh6\" class=\"spip_note\" title=\"Amilcar Cabral, \u00ab Le r\u00f4le de la culture dans la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance \u00bb\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nb6\" rel=\"footnote\">6<\/a>]<\/span>\u00a0\u2013, Cabral n\u2019entendait pas mettre tous les crimes de l\u2019imp\u00e9rialisme \u00ab\u00a0sur son large dos\u00a0\u00bb. Rappelant le proverbe africain, \u00ab\u00a0le riz ne cuit qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la marmite\u00a0\u00bb, il analysait les d\u00e9senchantements, \u00e9checs et trahisons des lendemains de la d\u00e9colonisation en fonction aussi des dynamiques internes propres aux soci\u00e9t\u00e9s africaines \u2013 \u00ab\u00a0probl\u00e8mes de la lutte de classes, (\u2026) contradictions dans la structure sociale\u00a0\u00bb \u2013 et aux luttes de lib\u00e9ration nationale \u2013 \u00ab\u00a0r\u00f4le du Parti et d\u2019autres institutions, y compris des forces arm\u00e9es, dans le cadre d\u2019un nouvel \u00c9tat ind\u00e9pendant\u00a0\u00bb, ainsi que de \u00ab\u00a0la d\u00e9finition correcte\u00a0\u00bb du r\u00f4le et de la place du peuple dans la lutte<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh7\" class=\"spip_note\" title=\"Amilcar Cabral, \u00ab Hommage \u00e0 Kwame Nkrumah \u00bb (13 mai 1972), Op. cit., page\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nb7\" rel=\"footnote\">7<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>La mise en avant du peuple par Amilcar Cabral \u00e9tait contrebalanc\u00e9e par une analyse critique de la stratification sociale\u00a0; une analyse attentive aux ethnies, aux diff\u00e9rences entre villes et campagnes, aux tensions et contradictions entre bourgeoisie, petite-bourgeoisie, \u00ab\u00a0hauts fonctionnaires et intellectuels de profession lib\u00e9rale\u00a0\u00bb, classe laborieuse et paysannerie.<\/p>\n<p>Mais, peut-\u00eatre l\u2019apport th\u00e9orique le plus important d\u2019Amical Cabral r\u00e9side-t-il dans son \u00e9tude de la culture, qui n\u2019est jamais \u00ab\u00a0un tout parfait et achev\u00e9\u00a0\u00bb, et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, de la \u00ab\u00a0liaison intime, de d\u00e9pendance et de r\u00e9ciprocit\u00e9, existant entre le\u00a0<i>fait culturel<\/i>\u00a0et le\u00a0<i>fait \u00e9conomique\u00a0<\/i>(et politique)\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh8\" class=\"spip_note\" title=\"Amilcar Cabral, \u00ab Lib\u00e9ration nationale et culture \u00bb (f\u00e9vrier 1970), Op. cit.,\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nb8\" rel=\"footnote\">8<\/a>]<\/span>. Lors d\u2019une conf\u00e9rence prononc\u00e9e le 20 f\u00e9vrier 1970, il s\u2019attarda longuement sur le lien entre lib\u00e9ration nationale et culture.<\/p>\n<p>Ind\u00e9pendamment de \u00ab\u00a0l\u2019existence de traits communs et sp\u00e9cifiques dans les cultures des peuples africains\u00a0\u00bb, remarque Cabral, cela \u00ab\u00a0n\u2019implique pas n\u00e9cessairement qu\u2019il existe une et une seule culture sur le continent\u00a0\u00bb. Au contraire, \u00ab\u00a0de la m\u00eame fa\u00e7on que, du point de vue \u00e9conomique et politique, on constate l\u2019existence de plusieurs Afrique, il y a aussi plusieurs cultures africaines\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sans aucun doute, affirmait-il, la sous-estimation des valeurs culturelles des peuples africains, prenant appui sur des sentiments racistes et sur l\u2019intention de perp\u00e9tuer leur exploitation par l\u2019\u00e9tranger, a fait beaucoup de mal \u00e0 l\u2019Afrique\u00a0\u00bb. Pour autant, il estimait \u00ab\u00a0nuisibles\u00a0\u00bb les r\u00e9actions r\u00e9flexes d\u2019affirmations homog\u00e8nes et positives des valeurs et de la culture africaines\u00a0: \u00ab\u00a0les \u00e9loges non s\u00e9lectifs, l\u2019exaltation syst\u00e9matique des vertus sans condamner les d\u00e9fauts\u00a0; l\u2019acceptation aveugle des valeurs de la culture sans consid\u00e9rer ce qu\u2019elle a ou peut avoir de n\u00e9gatif, de r\u00e9actionnaire ou de r\u00e9pressif (\u2026)\u00a0; la liaison absurde des cr\u00e9ations artistiques, qu\u2019elles soient valables ou non, \u00e0 de pr\u00e9tendues caract\u00e9ristiques d\u2019une race\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Et Cabral de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0aussi, ce qui importe, ce n\u2019est pas de perdre son temps dans des discussions plus ou moins byzantines sur la sp\u00e9cificit\u00e9 ou la non-sp\u00e9cificit\u00e9 des valeurs culturelles africaines, mais d\u2019envisager ces valeurs comme une conqu\u00eate d\u2019une partie de l\u2019humanit\u00e9 pour le patrimoine commun \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, r\u00e9alis\u00e9e dans une ou plusieurs phases de son \u00e9volution\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La lutte anticoloniale elle-m\u00eame participait de ce \u00ab\u00a0patrimoine commun \u00e0 l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb. Amilcar Cabral n\u2019a eu de cesse d\u2019affirmer son alliance et sa solidarit\u00e9 avec le peuple portugais, qu\u2019il se refusait de confondre avec le r\u00e9gime fasciste du Portugal. \u00ab\u00a0Notre lutte de lib\u00e9ration nationale, \u00e9crivait-il en 1961, ne sert pas seulement nos peuples\u00a0: elle sert \u00e9galement les int\u00e9r\u00eats fondamentaux de tous les peuples africains, le progr\u00e8s de tous les peuples du monde, et est au service de la paix mondiale et du bonheur de tous les \u00eatres humains\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh9\" class=\"spip_note\" title=\"Amilcar Cabral, \u00ab La Guin\u00e9e et les Iles du Cap Vert face au colonialisme\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nb9\" rel=\"footnote\">9<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">UNE FIGURE OUBLI\u00c9E<\/h3>\n<p>On mesure la distance avec les pens\u00e9es d\u00e9coloniales actuelles qui, dans leur grande majorit\u00e9, ignorent superbement les luttes anticolonialistes du pass\u00e9. Et ce au m\u00e9pris du combat et de la dignit\u00e9 d\u2019hommes et de femmes qui se sont soulev\u00e9s pour combattre l\u2019oppression. L\u2019ancrage dans le nationalisme et le mouvement ouvrier de l\u2019anti-imp\u00e9rialisme des d\u00e9cennies 1950-1970, est d\u00e9sormais rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 un marqueur de \u00ab\u00a0blanchit\u00e9\u00a0\u00bb, dont le d\u00e9colonial se serait affranchi. Ce pr\u00e9tendu \u00ab\u00a0d\u00e9passement\u00a0\u00bb ne revient-il pas \u00e0 \u00e9vacuer l\u2019analyse sociale critique pour lui substituer des affirmations aussi \u00ab\u00a0d\u00e9territorialis\u00e9es\u00a0\u00bb qu\u2019homog\u00e9n\u00e9isantes\u00a0?<\/p>\n<p>Certes, les lendemains d\u00e9senchant\u00e9s des lib\u00e9rations nationales, d\u2019une part, le recours aux concepts de \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0sens de l\u2019histoire\u00a0\u00bb, la reprise (fut-elle critique) de la th\u00e9orie communiste, d\u2019autre part, constituent autant de limites \u00e0 la pens\u00e9e de Cabral et d\u2019entraves \u00e0 sa (re)lecture et \u00e0 sa (re)d\u00e9couverte aujourd\u2019hui. Il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019elle offre des analyses concr\u00e8tes et des r\u00e9flexions stimulantes dont on aurait tort de se priver pour appr\u00e9hender l\u2019histoire et l\u2019actualit\u00e9 des luttes.<\/p>\n<p>Terminons ce trop rapide survol par une derni\u00e8re citation d\u2019Amilcar Cabral o\u00f9 se v\u00e9rifient la radicalit\u00e9 et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 \u2013 les deux allaient de pair pour lui \u2013 de son combat\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous voulons que dans nos pays martyris\u00e9s pendant des si\u00e8cles, bafou\u00e9s, insult\u00e9s, que dans nos pays jamais l\u2019insulte ne puisse r\u00e9gner, et que plus jamais nos peuples ne soient exploit\u00e9s, pas seulement par des imp\u00e9rialistes, pas seulement par les Europ\u00e9ens, pas seulement par les gens de peau blanche, parce que nous ne confondons pas l\u2019exploitation ou les facteurs d\u2019exploitation avec la couleur de peau des hommes\u00a0; nous ne voulons plus d\u2019exploitation chez nous, m\u00eame pas par des Noirs\u00a0\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh10\" class=\"spip_note\" title=\"Amilcar Cabral, \u00ab L\u2019Afrique et la lutte de lib\u00e9ration nationale dans les\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nb10\" rel=\"footnote\">10<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span class=\"vcard author\">Par <a class=\"url fn spip_in\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/_Frederic-Thomas_\">Fr\u00e9d\u00e9ric Thomas <\/a><\/span>\u00a020 janvier 2023<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme\">Source\u00a0<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 class=\"spip\">NOTES<\/h3>\n<div id=\"nb1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Il fut surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le L\u00e9nine africain\u00a0\u00bb. Sur le lien entre sa th\u00e9orie et sa pratique de la lutte arm\u00e9e, lire notamment Mamadou Kabirou Gano, \u00ab\u00a0Am\u00edlcar Cabral, anthropologue de la tension\u00a0\u00bb,\u00a0<i>Lusotopie<\/i>, XIX (1), 2020,\u00a0<a class=\"spip_url spip_out auto\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/lusotopie\/4569\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/journals.openedition.org\/lusotopie\/4569<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nh2\" rev=\"footnote\">2<\/a>]\u00a0<\/span>Sa\u00efd Bouamama, \u00ab\u00a0Am\u00edlcar Cabral, le militant arm\u00e9\u00a0\u00bb,\u00a0<i>Afrique XXI<\/i>, 16 janvier 2023,\u00a0<a class=\"spip_url spip_out auto\" href=\"https:\/\/afriquexxi.info\/Amilcar-Cabral-le-militant-arme\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/afriquexxi.info\/Amilcar-Cabral-le-militant-arme<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nh3\" rev=\"footnote\">3<\/a>]\u00a0<\/span>G\u00e9rard Chaliand, \u00ab\u00a0Frantz Fanon \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du temps\u00a0\u00bb, pr\u00e9sentation de Frantz Fanon,\u00a0<i>Les damn\u00e9s de la terre<\/i>, Paris, Gallimard, 1991, page 29.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nh4\" rev=\"footnote\">4<\/a>]\u00a0<\/span>Amilcar Cabral, \u00ab\u00a0La Guin\u00e9e et les Iles du Cap Vert face au colonialisme portugais\u00a0\u00bb (juillet 1961),\u00a0<i>Unit\u00e9 et lutte I. L\u2019arme de la th\u00e9orie<\/i>, Paris, Fran\u00e7ois Maspero, 1975, page 89.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nh5\" rev=\"footnote\">5<\/a>]\u00a0<\/span>Amilcar Cabral, \u00ab\u00a0La r\u00e9volution africaine\u00a0\u00bb (juillet 1961),\u00a0<i>Op. cit<\/i>., page 271.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb6\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 6\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nh6\" rev=\"footnote\">6<\/a>]\u00a0<\/span>Amilcar Cabral, \u00ab\u00a0Le r\u00f4le de la culture dans la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance\u00a0\u00bb (juillet 1972),\u00a0<i>Op. cit<\/i>., page 355.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb7\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 7\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nh7\" rev=\"footnote\">7<\/a>]\u00a0<\/span>Amilcar Cabral, \u00ab\u00a0Hommage \u00e0 Kwame Nkrumah\u00a0\u00bb (13 mai 1972),\u00a0<i>Op. cit<\/i>., page 279.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb8\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 8\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nh8\" rev=\"footnote\">8<\/a>]\u00a0<\/span>Amilcar Cabral, \u00ab\u00a0Lib\u00e9ration nationale et culture\u00a0\u00bb (f\u00e9vrier 1970),\u00a0<i>Op. cit.<\/i>, pages 319 et suivantes. Sauf mentions contraires, toutes les citations proviennent de ce texte.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb9\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 9\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nh9\" rev=\"footnote\">9<\/a>]\u00a0<\/span>Amilcar Cabral, \u00ab\u00a0La Guin\u00e9e et les Iles du Cap Vert face au colonialisme portugais\u00a0\u00bb (juillet 1961),\u00a0<i>Unit\u00e9 et lutte I. L\u2019arme de la th\u00e9orie<\/i>, Paris, Fran\u00e7ois Maspero, 1975, page 104.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb10\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 10\" href=\"https:\/\/www.cetri.be\/Amilcar-Cabral-l-anticolonialisme#nh10\" rev=\"footnote\">10<\/a>]\u00a0<\/span>Amilcar Cabral, \u00ab\u00a0L\u2019Afrique et la lutte de lib\u00e9ration nationale dans les colonies portugaises\u00a0\u00bb (1965),\u00a0<i>Unit\u00e9 et lutte II. La pratique r\u00e9volutionnaire<\/i>, Paris, Fran\u00e7ois Maspero, 1975, page 227.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a 50 ans \u00e9tait assassin\u00e9 Amilcar Cabral. Figure originale des luttes anticolonialistes, injustement oubli\u00e9e, son exemple et ses \u00e9crits n\u2019en demeurent pas moins des armes th\u00e9oriques et pratiques pour lutter aujourd\u2019hui. Il y a 50 ans, le 20 janvier 1973, sous l\u2019instigation de la dictature portugaise, \u00e9tait assassin\u00e9 Amilcar Cabral (1924-1973), l\u2019une des &#8230; <a title=\"AMILCAR CABRAL : L\u2019ANTICOLONIALISME COMME \u00ab PATRIMOINE COMMUN \u00c0 L\u2019HUMANIT\u00c9 \u00bb\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5459\" aria-label=\"En savoir plus sur AMILCAR CABRAL : L\u2019ANTICOLONIALISME COMME \u00ab PATRIMOINE COMMUN \u00c0 L\u2019HUMANIT\u00c9 \u00bb\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5461,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,21],"tags":[109,74],"class_list":["post-5459","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-anti-imperialisme","tag-amilcar-cabral","tag-frantz-fanon"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5459","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5459"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5459\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5462,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5459\/revisions\/5462"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5461"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5459"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5459"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5459"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}