{"id":5588,"date":"2023-06-12T09:21:32","date_gmt":"2023-06-12T08:21:32","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5588"},"modified":"2023-06-12T09:21:45","modified_gmt":"2023-06-12T08:21:45","slug":"debora-silverman-the-art-of-darkness-ou-les-tenebres-comme-esthetique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5588","title":{"rendered":"DEBORA SILVERMAN\u00a0: THE ART OF DARKNESS OU LES T\u00c9N\u00c8BRES COMME ESTH\u00c9TIQUE"},"content":{"rendered":"<p><i class=\"fa fa-user fa-fw\" aria-hidden=\"true\"><\/i>\u00a0par\u00a0V\u00e9ronique Clette-Gakuba<\/p>\n<div class=\"chapo is-size-5 my-5\">\n<p>En mobilisant Debora Silverman et d\u2019autres travaux de la litt\u00e9rature anglo-saxonne, cet article nous aide \u00e0 comprendre comment nous sommes profond\u00e9ment affect\u00e9s par une \u00ab\u00a0esth\u00e9tique de la Noirceur\u00a0\u00bb produisant un amalgame fantasmagorique entre les corps noirs et les r\u00e9gions suppos\u00e9es sauvages du monde. Une esth\u00e9tique qui influen\u00e7a profond\u00e9ment l\u2019Art nouveau, mais \u00e9galement le rapport racialis\u00e9 aux populations noires.<\/p>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<div class=\"image is-fullwidth block\">\n<p><a class=\"lity-enabled hasbox\" href=\"https:\/\/ieb.be\/IMG\/jpg\/2_vitrine.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/ieb.be\/IMG\/jpg\/2_vitrine.jpg\" \/><\/a><\/p>\n<div class=\"hero-foot mx-1 has-text-right has-text-grey-lighter is-size-8\">\u00a9 Andreas Stathopoulos &#8211; 2023<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"block content\">\n<p>Contrairement aux milieux anglosaxons, les sciences sociales francophones, en Europe, n\u2019ont pas ou tr\u00e8s peu trait\u00e9 les liens entre race et esth\u00e9tique. Le plus courant est de s\u2019en remettre aux si\u00e8cles de formalisation de la race par les sciences modernes que sont la biologie et l\u2019anthropologie physique (craniom\u00e9trie, anthropom\u00e9trie, etc.) comme v\u00e9ritable tournant ayant men\u00e9 aux doctrines raciales g\u00e9nocidaires. Or, la th\u00e9orisation de la race se fonde pr\u00e9alablement et surtout se constitue d\u2019abord \u00e0 partir des cat\u00e9gories de l\u2019esth\u00e9tique moderne (fin XVIIIe si\u00e8cle)<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2-1\" class=\"spip_note\" title=\"Voir entre autres les travaux des auteurs anglo-saxons tels que David\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Debora-Silverman-the-art-of-darkness-ou-les-tenebres-comme-esthetique#nb2-1\" rel=\"appendix\">1<\/a>]<\/span>. Prendre en compte ce lien constitutif entre esth\u00e9tique et race am\u00e8ne \u00e0 consid\u00e9rer le fait que les affects raciaux, notamment anti-Noir\u00b7es, sont intimement li\u00e9s aux jugements sur le beau et le laid et \u00e0 toutes sortes de dispositions sensorielles. Ainsi en est-il de la Noirceur ou de la\u00a0<i>Darkness<\/i>.<\/p>\n<h2 id=\"La-noirceur-comme-esthetique-au-coeur-de-l-Europe\" class=\"spip\">La noirceur comme esth\u00e9tique au c\u0153ur de l\u2019Europe<\/h2>\n<p>Traduit en anglais, le terme \u00ab\u00a0Noirceur\u00a0\u00bb (Blackness) renvoie fortement \u00e0 la culture afro-am\u00e9ricaine et aux gestes de r\u00e9appropriation positive d\u2019une identit\u00e9 noire par les Afro-Am\u00e9ricains et par les personnes noires de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale. Si ce geste de r\u00e9appropriation correspond bien \u00e0 la \u00ab\u00a0Blackness\u00a0\u00bb ou \u00e0 la \u00ab\u00a0N\u00e9gritude\u00a0\u00bb, il nous faut aussi regarder le versant n\u00e9gatif de ce terme, chose que le monde francophone n\u2019a pas l\u2019habitude de faire. Ce dernier pr\u00e9f\u00e8re conserver un rapport s\u00e9mantique minimaliste \u00e0 ce terme, faisant comme si, sans amalgame, la Noirceur renvoyait tant\u00f4t \u00e0 un \u00e9tat physiologique (la p\u00e9nombre), tant\u00f4t \u00e0 un \u00e9tat psychologique (la frayeur), tant\u00f4t encore \u00e0 certains ph\u00e9notypes (des corps noirs), une couleur en somme. Ce qu\u2019il nous faut penser, comme geste pr\u00e9alable \u00e0 ces r\u00e9appropriations positives, c\u2019est la production occidentale de la Noirceur, laquelle ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une id\u00e9ologie (racisme anti-Noir\u00b7e) mais prend la forme plus substantielle d\u2019une esth\u00e9tique. Par esth\u00e9tique de la Noirceur, il faut entendre cet amalgame fantasmagorique (entre les corps noirs et les r\u00e9gions suppos\u00e9es sauvages du monde) repr\u00e9sentant l\u2019envers des valeurs vertueuses de la modernit\u00e9\u00a0; un envers racialis\u00e9 que cette modernit\u00e9 tente contin\u00fbment de dompter.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Cet amalgame fantasmagorique repr\u00e9sentant l\u2019envers des valeurs vertueuses de la modernit\u00e9\u00a0; un envers racialis\u00e9 que cette modernit\u00e9 tente contin\u00fbment de dompter.<\/p><\/blockquote>\n<h2 id=\"Art-nouveau-darkness-et-culture-imperiale-belge\" class=\"spip\">Art nouveau, darkness et culture imp\u00e9riale belge<\/h2>\n<p>L\u2019historienne de l\u2019art Debora Silverman, sp\u00e9cialiste de l\u2019Art nouveau, a qualifi\u00e9 celui-ci de la mani\u00e8re suivante\u00a0: the Art of the Darkness<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2-2\" class=\"spip_note\" title=\"Cet article se r\u00e9f\u00e8re aux analyses de D. SILVERMAN au d\u00e9part de son\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Debora-Silverman-the-art-of-darkness-ou-les-tenebres-comme-esthetique#nb2-2\" rel=\"appendix\">2<\/a>]<\/span>. Comme d\u2019autres auteurs<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2-3\" class=\"spip_note\" title=\"Voir entre autres, P. GILROY, 1998, \u00ab Art of Darkness : Black Art and the\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Debora-Silverman-the-art-of-darkness-ou-les-tenebres-comme-esthetique#nb2-3\" rel=\"appendix\">3<\/a>]<\/span>, Debora Silverman postule que la Blackness ou la Darkness existe sur le mode d\u2019une esth\u00e9tique et que cette esth\u00e9tique impr\u00e8gne nos villes, en tout cas Bruxelles, certainement. Pour cette raison, il me semble tr\u00e8s int\u00e9ressant de rendre compte d\u2019une partie de son travail. Contre une \u00ab\u00a0culture du beau\u00a0\u00bb universelle et innocente, son travail nous montre comment les signes raciaux, anti-Noir\u00b7es, sont inscrits au c\u0153ur de l\u2019art et de la culture modernes belges. Les identifier, r\u00e9ussir \u00e0 les lire, est une mani\u00e8re de saisir comment une m\u00e9taphysique de la Noirceur se perp\u00e9tue malgr\u00e9 nous.<\/p>\n<p>Le travail de Debora Silverman analyse le d\u00e9ploiement de l\u2019Art nouveau \u00e0 Bruxelles \u00e0 la fin du XIXe dans ses liens avec la violence du syst\u00e8me colonial. Bien s\u00fbr, Debora Silverman commence par en \u00e9tablir le lien avec les formes d\u2019accumulation primitive qu\u2019a repr\u00e9sent\u00e9es le r\u00e9gime de L\u00e9opold II. En termes de gouvernance, Debora Silverman souligne qu\u2019avec l\u2019\u00c9tat Ind\u00e9pendant du Congo (EIC), il s\u2019agit d\u2019une structure imp\u00e9riale tout \u00e0 fait inhabituelle\u00a0: \u00ab\u00a0une colonie anormale sans m\u00e9tropole\u00a0\u00bb. Elle ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une structure, l\u2019EIC, qui, m\u00e9ticuleusement, \u00e9vite le terme \u201ccolonie\u201d\u00a0\u00bb. Compte tenu de cette gouvernance inhabituelle, la \u00ab\u00a0p\u00e9riph\u00e9rie\u00a0\u00bb, dans le syst\u00e8me l\u00e9opoldien, n\u2019est pas \u00e0 comprendre au sens de marginalit\u00e9 ou minorit\u00e9 \u2013 ce qui signifierait qu\u2019une existence \u00ab\u00a0autre\u00a0\u00bb soit reconnue. La p\u00e9riph\u00e9rie de l\u2019empire belge naissant, telle qu\u2019elle s\u2019oppose au centre, ce sont, tout entier, les T\u00e9n\u00e8bres, le lieu de l\u2019extraction illimit\u00e9e (entre autres d\u2019ivoire, de bois et de caoutchouc). Les mat\u00e9riaux qui permettent \u00e0 l\u2019Art nouveau de se distinguer proviennent en majeure partie de ce syst\u00e8me d\u2019extraction. Debora Silverman d\u00e9crit les extractions et les d\u00e9placements de ces mat\u00e9riaux de nature v\u00e9g\u00e9tale et animale qui vont se retrouver stock\u00e9s en abondance dans des hangars \u00e0 Anvers et \u00e0 Bruxelles.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>Debora Silverman rend compte des accointances entre des gestes architecturaux pr\u00e9cis de l\u2019Art nouveau \u2013 notamment le style du coup de fouet \u2013 et les politiques d\u2019asservissement de la population congolaise par le lynchage (les coups de chicotte).<\/p><\/blockquote>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 cette profusion de mat\u00e9riaux, Debora Silverman soul\u00e8ve de mani\u00e8re plus originale que ces d\u00e9placements sont accompagn\u00e9s des \u00ab\u00a0r\u00e9cits de voyages\u00a0\u00bb des coloniaux, des r\u00e9cits exalt\u00e9s faisant \u00e9tat d\u2019une nature africaine hors norme et totalement sauvage. Ces r\u00e9cits vont profond\u00e9ment inspirer le travail des architectes tels que Victor Horta et Henry Van de Velde. Le contenu de ces \u00ab\u00a0r\u00e9cits\u00a0\u00bb oriente le geste architectural de l\u2019Art nouveau, notamment \u00e0 travers la r\u00e9alisation de lignes esth\u00e9tiques nouvelles renvoyant \u00e0 l\u2019image des lianes de caoutchouc entrem\u00eal\u00e9es. N\u00e9anmoins l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019analyse de Debora Silverman r\u00e9side ailleurs. Bien s\u00fbr, son travail montre que les cr\u00e9ations de ces architectes reposent sur un id\u00e9al esth\u00e9tique repr\u00e9sent\u00e9 par les formes structurelles d\u2019une nature luxuriante (notamment la tige \u00e9paisse de la plante de caoutchouc). Mais, plus important, ce que Debora Silverman souligne avant tout, c\u2019est combien l\u2019Art nouveau, dans ses formes expressives, traduit un modernisme imp\u00e9rial, combien il refl\u00e8te un id\u00e9al et un d\u00e9sir d\u2019empire.<\/p>\n<p>Les analyses de Debora Silverman indiquent que ce qui inspire ces artistes, ce n\u2019est pas uniquement \u00ab\u00a0un paysage\u00a0\u00bb qui impressionne, loin de l\u00e0. Avec un regard tr\u00e8s fin qui analyse la manipulation des mat\u00e9riaux, Debora Silverman montre que ces artistes composent avec des \u00ab\u00a0objets bless\u00e9s\u00a0\u00bb, des entit\u00e9s mat\u00e9rielles qui portent la trace de la violence originelle (notamment des morceaux d\u2019ivoire portant des marques de dents d\u2019\u00e9l\u00e9phant t\u00e9moignant que ceux-ci, violemment agress\u00e9s, ont d\u00fb se d\u00e9fendre). Les formes de l\u2019Art nouveau et ses objets incarnent la posture combattante, la violence et son d\u00e9guisement. En outre, Debora Silverman rend compte des accointances entre des gestes architecturaux pr\u00e9cis de l\u2019Art nouveau \u2013 notamment le style du coup de fouet \u2013 et les politiques d\u2019asservissement de la population congolaise par le lynchage (les coups de chicotte), des pratiques pr\u00e9conis\u00e9es aussi bien par le roi L\u00e9opold II que par le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat de l\u2019EIC Edmond Van Eetvelde, tous deux commanditaires aupr\u00e8s des artistes de l\u2019Art nouveau.<\/p>\n<p>Depuis ces agencements entre monde de l\u2019art, esth\u00e9tique et colonialisme, tout le travail de Debora Silverman consiste \u00e0 analyser le langage visuel de l\u2019Art nouveau. Lignes, courbes, cavit\u00e9s, crochets caract\u00e9ristiques de l\u2019Art nouveau traduisent sur un plan esth\u00e9tique le geste colonial principal de la conqu\u00eate territoriale, celui du domptage d\u2019un environnement suppos\u00e9 sauvage (les T\u00e9n\u00e8bres). Le geste innovant de l\u2019Art nouveau, qui conf\u00e8re \u00e0 Bruxelles le titre de \u00ab\u00a0capitale de l\u2019Art nouveau\u00a0\u00bb, est directement en prise avec la m\u00e9taphysique de la Noirceur. \u00c0 l\u2019aide de Debora Silverman, ce geste de domptage, nous pourrions le qualifier ainsi\u00a0: un geste qui p\u00e9n\u00e8tre le c\u0153ur des T\u00e9n\u00e8bres, le monde obscur, insondable et insoumis de l\u2019environnement congolais, pour en ressortir une architecture moderne aux formes et aux courbes victorieuses.<\/p>\n<p>Parmi les illustrations mobilis\u00e9es par Debora Silverman, dont le style \u00ab\u00a0coup de fouet\u00a0\u00bb, citons en une autre qui fait particuli\u00e8rement ressortir le lien entre Art nouveau et d\u00e9sir d\u2019empire. Il s\u2019agit d\u2019un projet con\u00e7u par Victor Horta pour le pavillon du Congo pr\u00e9vu dans le cadre de l\u2019exposition universelle \u00e0 Paris en 1900 (projet qui ne sera jamais concr\u00e9tis\u00e9). Les plans montrent que la pi\u00e8ce principale de ce pavillon correspond \u00e0 la cavit\u00e9 int\u00e9rieure d\u2019un \u00e9l\u00e9phant. Selon Silverman, cette pi\u00e8ce forme \u00e0 elle seule la r\u00e9plique de l\u2019\u00c9tat Ind\u00e9pendant du Congo. Ainsi, l\u2019auteure souligne\u00a0: \u00ab\u00a0The elephant here was not in the room\u00a0; it was the room, and it gave a fitting spatial form to the fictional state and empire at a distance that swelled Belgium and sustained its Art nouveau.\u00a0\u00bb L\u2019\u00e9l\u00e9phant en tant que th\u00e8me qui, par de multiples variantes, inspire les cr\u00e9ations d\u2019Art nouveau est ici le pivot de cette architecture. L\u2019\u00e9l\u00e9phant n\u2019est pas dans la pi\u00e8ce, il est la pi\u00e8ce, souligne Debora Silverman.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\"><p>L\u2019imaginaire racialis\u00e9 qui impr\u00e8gne l\u2019Art nouveau, en tant que production belge, peut continuer \u00e0 produire ses effets d\u2019\u00e9clat esth\u00e9tique tout en demeurant dans un \u00e9tat de conscience refoul\u00e9e.<\/p><\/blockquote>\n<h2 id=\"Penser-le-role-de-l-art-dans-la-production-de-la-negrophobie-qui-sevit-en-nbsp\" class=\"spip\">Penser le r\u00f4le de l\u2019art dans la production de la n\u00e9grophobie qui s\u00e9vit en belgique\u00a0: partir de l\u2019art nouveau<\/h2>\n<p>L\u2019art de la\u00a0<i>Darkness<\/i>\u00a0ou de la\u00a0<i>Blackness<\/i>, comme on le voit, ne correspond pas \u00e0 des images directement n\u00e9grophobes comme pourraient l\u2019\u00eatre, par exemple, les repr\u00e9sentations de \u00ab\u00a0sauvages\u00a0\u00bb via le Blackface dans le folklore belge. L\u2019art de Darkness ou de la Blackness ne donne pas directement \u00e0 voir cette Darkness ou cette Blackness. Il s\u2019agit d\u2019une esth\u00e9tique refoul\u00e9e, une esth\u00e9tique qui fixe sur un plan architectural des affects blancs d\u2019opposition existentielle \u00e0 une nature sauvage (les T\u00e9n\u00e8bres). C\u2019est une architecture qui signe la victoire sur les T\u00e9n\u00e8bres. Autrement dit, il nous faut conclure que l\u2019Art nouveau, tout autant que la pratique du Blackface, v\u00e9hicule une esth\u00e9tique empreinte du geste colonial de domptage et de domestication des Africains et de leur environnement.<\/p>\n<p>Un imaginaire racialis\u00e9 impr\u00e8gne donc l\u2019Art nouveau. Tout comme l\u2019analyse Paul Gilroy pour la culture moderne britannique<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2-4\" class=\"spip_note\" title=\"Ibid.\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Debora-Silverman-the-art-of-darkness-ou-les-tenebres-comme-esthetique#nb2-4\" rel=\"appendix\">4<\/a>]<\/span>, confondu dans l\u2019id\u00e9e d\u2019une nature sauvage (les lianes de caoutchouc, l\u2019\u00e9l\u00e9phant, etc.), cet imaginaire racial, en tant que production belge, peut continuer \u00e0 produire ses effets d\u2019\u00e9clat esth\u00e9tique tout en demeurant dans un \u00e9tat de conscience refoul\u00e9e. De fait, les critiques d\u2019art sur l\u2019Art nouveau honorent le plus souvent une tradition artistique et culturelle sur un mode ethnocentr\u00e9 niant toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la domination raciale de m\u00eame que niant toute influence venant de la culture congolaise<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2-5\" class=\"spip_note\" title=\"Debora Silverman \u00e9voque notamment l\u2019influence des architectures\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Debora-Silverman-the-art-of-darkness-ou-les-tenebres-comme-esthetique#nb2-5\" rel=\"appendix\">5<\/a>]<\/span>. Ainsi en guise de proposition d\u00e9coloniale, l\u2019on pourrait sugg\u00e9rer que cette ann\u00e9e 2023 d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l\u2019Art nouveau serve \u00e0 amorcerune r\u00e9flexion sur la n\u00e9grophobie au d\u00e9part du colonialisme belge comme lieu fort de la production de cette id\u00e9ologie moderne de la noirceur. Ceci consisterait \u00e0 prendre au s\u00e9rieux la responsabilit\u00e9 de l\u2019Art nouveau, ainsi que d\u2019autres productions culturelles, dans la production et la perp\u00e9tuation d\u2019une n\u00e9grophobie bien belge.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"block has-text-right\">par\u00a0<a class=\"has-text-black-bis is-size-5 has-text-weight-bold\" href=\"https:\/\/ieb.be\/_Veronique-Clette-Gakuba_\">V\u00e9ronique Clette-Gakuba<\/a><\/div>\n<div class=\"block notes surlignable\">\n<hr \/>\n<div id=\"nb2-1\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2-1\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Debora-Silverman-the-art-of-darkness-ou-les-tenebres-comme-esthetique#nh2-1\" rev=\"appendix\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Voir entre autres les travaux des auteurs anglo-saxons tels que David Bindman, Paul Gilroy, Simon Gikandy et Sander Gilman. C\u00f4t\u00e9 francophone, voir les travaux d\u00b4Anne Lafont.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2-2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2-2\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Debora-Silverman-the-art-of-darkness-ou-les-tenebres-comme-esthetique#nh2-2\" rev=\"appendix\">2<\/a>]\u00a0<\/span>Cet article se r\u00e9f\u00e8re aux analyses de D. SILVERMAN au d\u00e9part de son article \u00ab\u00a0<i>Art Nouveau, Art of Darkness\u00a0: African Lineages of Belgian modernism, Part I<\/i>\u00a0\u00bb in West 86th, vol. 18, no 2, pp. 139-181.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2-3\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2-3\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Debora-Silverman-the-art-of-darkness-ou-les-tenebres-comme-esthetique#nh2-3\" rev=\"appendix\">3<\/a>]\u00a0<\/span>Voir entre autres, P. GILROY, 1998, \u00ab\u00a0<i>Art of Darkness\u00a0: Black Art and the problem of belonging to England<\/i>\u00a0\u00bb In N. Mirzoeff (dir.), Visual Culture Reader, Londres, Routledge, pp. 331-337.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2-4\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2-4\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Debora-Silverman-the-art-of-darkness-ou-les-tenebres-comme-esthetique#nh2-4\" rev=\"appendix\">4<\/a>]\u00a0<\/span>Ibid.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2-5\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2-5\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Debora-Silverman-the-art-of-darkness-ou-les-tenebres-comme-esthetique#nh2-5\" rev=\"appendix\">5<\/a>]\u00a0<\/span>Debora Silverman \u00e9voque notamment l\u2019influence des architectures congolaises promues par le roi Munza (fin du XIXe) sur l\u2019Art nouveau.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"section has-background-white-bis mt-6\">\n<div class=\"columns\">\n<div class=\"column is-narrow\"><a href=\"https:\/\/ieb.be\/-Art-nouveau-Art-Congo-\"><img decoding=\"async\" class=\"is-bordered\" src=\"https:\/\/ieb.be\/local\/cache-gd2\/f0\/1de6e26ec01757849a660f848c2114.jpg?1681303166\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" \/><\/a><\/div>\n<div class=\"column\">\n<p class=\"menu-label\">BRUXELLES EN MOUVEMENTS, AVRIL 2023<\/p>\n<h3 class=\"title is-3\"><a href=\"https:\/\/ieb.be\/-Art-nouveau-Art-Congo-\">Art nouveau &#8211; Art Congo<\/a><\/h3>\n<div class=\"content block\">\n<ul class=\"mt-0 mb-1\">\n<li>\u00ab\u00a0<a class=\"is-italic on is-underlined\" href=\"https:\/\/ieb.be\/Debora-Silverman-the-art-of-darkness-ou-les-tenebres-comme-esthetique\">Debora Silverman\u00a0: the art of darkness ou les t\u00e9n\u00e8bres comme esth\u00e9tique<\/a>\u00a0\u00bb,\u00a0<span class=\"subtitle is-6 has-text-grey\">par\u00a0<a class=\"has-text-grey\" href=\"https:\/\/ieb.be\/_Veronique-Clette-Gakuba_\">V\u00e9ronique Clette-Gakuba<\/a>\u00a0\u2013 12.04.23<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0par\u00a0V\u00e9ronique Clette-Gakuba En mobilisant Debora Silverman et d\u2019autres travaux de la litt\u00e9rature anglo-saxonne, cet article nous aide \u00e0 comprendre comment nous sommes profond\u00e9ment affect\u00e9s par une \u00ab\u00a0esth\u00e9tique de la Noirceur\u00a0\u00bb produisant un amalgame fantasmagorique entre les corps noirs et les r\u00e9gions suppos\u00e9es sauvages du monde. Une esth\u00e9tique qui influen\u00e7a profond\u00e9ment l\u2019Art nouveau, mais \u00e9galement le &#8230; <a title=\"DEBORA SILVERMAN\u00a0: THE ART OF DARKNESS OU LES T\u00c9N\u00c8BRES COMME ESTH\u00c9TIQUE\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5588\" aria-label=\"En savoir plus sur DEBORA SILVERMAN\u00a0: THE ART OF DARKNESS OU LES T\u00c9N\u00c8BRES COMME ESTH\u00c9TIQUE\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5583,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,21,36],"tags":[102,424],"class_list":["post-5588","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-anti-imperialisme","category-europe","tag-decolonial","tag-veronique-clette-gakuba"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5588","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5588"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5588\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5590,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5588\/revisions\/5590"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5583"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5588"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5588"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5588"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}