{"id":5614,"date":"2023-08-02T14:21:46","date_gmt":"2023-08-02T13:21:46","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5614"},"modified":"2023-06-22T14:29:09","modified_gmt":"2023-06-22T13:29:09","slug":"reflexions-sur-le-hip-hop","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5614","title":{"rendered":"R\u00e9flexions sur le hip-hop"},"content":{"rendered":"<p class=\"selectionShareable\"><strong>A propos de\u00a0: Michael Eric Dyson,\u00a0<em>Know What I Mean?\u00a0<\/em><em>R\u00e9flexions sur le Hip-Hop<\/em>, \u00e9ditions BPM, Paris, 2022.<\/strong><\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Les jeunes \u00e9ditions BPM ont publi\u00e9, en 2022, la premi\u00e8re traduction fran\u00e7aise d\u2019un classique de la litt\u00e9rature sur le rap am\u00e9ricain\u00a0:\u00a0<em>Know What I Mean\u00a0? R\u00e9flexions sur le hip-hop<\/em>\u00a0de l\u2019immense Michael Eric Dyson. Initialement publi\u00e9 en 2007, pr\u00e9fac\u00e9 par Jay-Z et postfac\u00e9 par Nas, il est certain que cet ouvrage m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre r\u00e9actualis\u00e9 en prenant en compte les \u00e9volutions r\u00e9centes du rap outre-Atlantique. Pour avoir une meilleure id\u00e9e du paysage rapophonique de 2007, c\u2019est l\u2019ann\u00e9e ou sont sortis des albums comme\u00a0<em>The Offering<\/em>\u00a0de Killah Priest (\u00e0 \u00e9couter d\u2019urgence pour ceux qui ne connaissent pas),\u00a0<em>Graduation<\/em>\u00a0de Kanye West ou encore\u00a0<em>8 Diagrams<\/em>\u00a0du Wu-Tang Clan (pas leur meilleur album, mais \u00e7a se laisse \u00e9couter). En France sortaient\u00a0<em>Autopsie. Vol. 2<\/em>\u00a0de Booba et\u00a0<em>Jusqu\u2019\u00e0 la mort<\/em>\u00a0de la Mafia K\u20191 Fry. La parution \u00e9tatsunienne de ce livre remonte donc \u00e0 une autre \u00e9poque du hip-hop, que ce soit en France ou aux Etats-Unis. Toutefois, la traduction de cet ouvrage n\u2019est pas sans int\u00e9r\u00eat, loin de l\u00e0. Dyson part de la non-l\u00e9gitimit\u00e9 du hip-hop dans la sph\u00e8re artistique\u00a0:<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<div class=\"featured-image\"><img decoding=\"async\" class=\"attachment-pixelwars_theme_image_size_2 size-pixelwars_theme_image_size_2 wp-post-image aligncenter\" title=\"\" src=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/BPM_Know-what-i-mean.jpg\" sizes=\"(max-width: 579px) 100vw, 579px\" srcset=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/BPM_Know-what-i-mean.jpg 579w, https:\/\/qgdecolonial.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/BPM_Know-what-i-mean-200x300.jpg 200w, https:\/\/qgdecolonial.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/BPM_Know-what-i-mean-500x750.jpg 500w\" alt=\"R\u00e9flexions sur le hip-hop\" width=\"579\" height=\"868\" \/><\/div>\n<div class=\"entry-content\">\n<p class=\"selectionShareable\">\n<p class=\"selectionShareable\">\u00ab\u00a0En niant sa complexit\u00e9 musicale et artistique, les critiques anti-hip-hop arrivent \u00e0 jouer sur deux tableaux\u00a0: ils peuvent d\u2019une part nier le statut artistique l\u00e9gitime du rap, tout en profitant d\u2019autre part de son omnipr\u00e9sence pour prouver \u00e0 quel point il a un effet terrible sur la jeunesse.\u00a0\u00bb (p. 21)<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Cette non l\u00e9gitimit\u00e9 du hip-hop est bien moins vraie aujourd\u2019hui \u2013 sauf pour des caricaturistes \u00e0 la Zemmour \u2013 celui-ci semble, au contraire, s\u2019\u00eatre davantage institutionnalis\u00e9. Cette institutionnalisation pousse par ailleurs les puristes (\u00ab\u00a0Le rap c\u2019\u00e9tait mieux avant\u00a0\u00bb) \u00e0 fouiller les combles de l\u2019underground afin de d\u00e9nicher tel ou tel rappeur totalement inconnu et en refusant de reconna\u00eetre la pertinence musicale de certains rappeurs \u00ab\u00a0install\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">En s\u2019appuyant sur des intellectuels \u00e9tatsuniens de premier plan, Dyson se propose d\u2019\u00e9tudier le hip-hop sans pour autant le \u00ab\u00a0lisser\u00a0\u00bb. En effet, si des rappeurs comme Lupe Fiasco, aux Etats-Unis, ou M\u00e9dine en France, par exemple, n\u2019ont aucun mal \u00e0 \u00eatre discut\u00e9s dans les universit\u00e9s (Lupe Fiasco au M.I.T et M\u00e9dine \u00e0 l\u2019ENS), ces discussions laissent souvent de c\u00f4t\u00e9 les rappeurs mainstream ou de ce que Jean Messiah nomme le \u00ab\u00a0rap haineux<a href=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/2023\/06\/22\/reflexions-sur-le-hip-hop\/#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>\u00a0\u00bb. Le risque d\u2019un tel livre \u00e9tait donc que l\u2019intellectualisation du rap laisse de c\u00f4t\u00e9 les rappeurs qui sont souvent cit\u00e9s par ceux-l\u00e0 m\u00eame qui veulent d\u00e9l\u00e9gitimer ce style musical.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">L\u2019objet de ce livre n\u2019est, pour l\u2019auteur, pas en premier lieu de s\u2019opposer aux conservateurs blancs pour qui le hip-hop a toujours \u00e9t\u00e9 une cible. Il tente, bien plut\u00f4t, de r\u00e9pondre aux critiques d\u2019une certaine intelligentsia noire \u00e9tatsunienne qui accuse le hip-hop d\u2019aller \u00e0 l\u2019encontre du mouvement post-droits civiques, d\u2019une certaine tradition artistique noire qui serait, elle, respectable, etc. En effet, comment rattacher un mouvement artistique qui puise all\u00e9grement dans les st\u00e9r\u00e9otypes et le sexisme \u00e0 la longue tradition de luttes des noirs aux Etats-Unis\u00a0?<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, Dyson s\u2019interroge, entre autres, donc sur la notion d\u2019authenticit\u00e9 dans le hip-hop (par exemple \u00e0 travers le fameux clich\u00e9 de l\u2019affrontement entre le \u00ab\u00a0hip-hop underground et le hip-hop commercial\u00a0\u00bb), la misogynie dans le rap, les influences de \u00ab\u00a0l\u2019Atlantique noire\u00a0\u00bb sur le rap, la place du pouvoir blanc sur les moyens de production au sein de l\u2019industrie musicale, le rap dit \u00ab\u00a0conscient\u00a0\u00bb, etc. \u2026 Pour les passionn\u00e9s de rap \u2013 ou de musique en g\u00e9n\u00e9rale \u2013 cet ouvrage est donc une vraie mine d\u2019or intellectuelle.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Un point particuli\u00e8rement pertinent pour le lecteur francophone est le chapitre 3 \u00ab\u00a0It\u2019s Trendy to be the Conscious MC\u00a0\u00bb, dans lequel Dyson dialogue avec le r\u00e9alisateur Thomas Gibson. Dyson \u00e9crit ainsi\u00a0:<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">\u00ab\u00a0Premi\u00e8rement, la jeunesse noire est constamment accus\u00e9e d\u2019\u00eatre d\u00e9politis\u00e9e et victime d\u2019apathie sociale. En arri\u00e8re-plan de ce refrain, c\u2019est l\u2019ensemble des Noirs am\u00e9ricains qui sont montr\u00e9s du doigt comme une population politiquement morne. Mais nous devons nous m\u00e9fier de la tentation de romancer les ann\u00e9es 1960. En effet, m\u00eame \u00e0 la grande \u00e9poque du mouvement des droits civiques et de lib\u00e9ration noire, les activistes n\u2019\u00e9taient qu\u2019une minorit\u00e9 et tout le monde ne descendait pas dans la rue. Deuxi\u00e8mement, nous devons admettre que ce n\u2019est pas forc\u00e9ment le hip-hop qui doit \u00eatre tenu pour responsable du manque de rap politis\u00e9, c\u2019est un probl\u00e8me plus profond. C\u2019est l\u2019\u00e9chec de notre imagination politique et de celle des \u00e9lites et militants noirs qui pr\u00e9tendent pouvoir d\u00e9clencher et diriger nos mouvements sociaux.\u00a0\u00bb (p. 88).<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Si ce livre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en 2007, la question de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un rap politis\u00e9, ou du moins \u00ab\u00a0conscient\u00a0\u00bb, reste assez actuelle \u2013 que ce soit dans le rap US ou fran\u00e7ais. Tout au long de son livre, Michael Eric Dyson n\u2019a de cesse de reconna\u00eetre la validit\u00e9 de certaines critiques (sur la superficialit\u00e9 de certains textes, ou leur misogynie), tout en insistant sur le fait que la sc\u00e8ne hip-hop ne saurait se r\u00e9duire \u00e0 ces clich\u00e9s de rappeurs. Tout cela soul\u00e8ve une question, le rap non-conscient (voire \u00ab\u00a0inconscient\u00a0\u00bb) n\u2019aurait-il pas une port\u00e9e esth\u00e9tique \u2013 donc, dans une certaine mesure, politique \u2013 plus importante que le rap conscient\u00a0? Le fait qu\u2019il soit \u00ab\u00a0injuste d\u2019accuser le hip-hop d\u2019\u00eatre responsable d\u2019un \u00e9chec politique avec lequel il n\u2019a rien \u00e0 voir\u00a0\u00bb (p. 89) est tout \u00e0 fait exact. Mais pourquoi rejeter le rap ordurier \u2013 y compris lorsqu\u2019il v\u00e9hicule des clich\u00e9s misogynes \u2013 en bloc, sans se pencher sur sa valeur esth\u00e9tique\u00a0? De ce point de vue,\u00a0<em>Rester barbare<\/em>, de Louisa Yousfi est une merveille d\u2019analyse du rap fran\u00e7ais. Lorsqu\u2019elle analyse le cas de Booba, par exemple, elle \u00e9crit que celui-ci veut \u00ab\u00a0[r]\u00e9ussir en barbare, r\u00e9ussir en pirate<a href=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/2023\/06\/22\/reflexions-sur-le-hip-hop\/#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">\u00ab\u00a0Booba se veut le cauchemar de l\u2019Occident\u00a0: \u00e0 la fois la r\u00e9alisation de ses fantasmes racistes et leur conjuration. Le corps sculpt\u00e9 comme une armure, il sera voyou, dealer, tueur, animal. Il sera une figure du Mal qu\u2019ils ont fait et qui vient r\u00e9gler la note, boucler la boucle<a href=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/2023\/06\/22\/reflexions-sur-le-hip-hop\/#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Sur PNL, elle \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">\u00ab\u00a0PNL, c\u2019est la banlieue qui tourne en vase clos, la banlieue-zoo v\u00e9cue comme un prolongement de la prison. En son c\u0153ur, un \u00e9cosyst\u00e8me est n\u00e9, avec ses propres codes, sa propre langue. (\u2026) La banlieue de PNL ne fait pas de rap \u2018\u2019conscient\u2019\u2019, n\u2019interpelle aucune institution, ne sensibilise aucune conscience. Elle n\u2019attend plus rien de l\u2018ext\u00e9rieur, ne veut plus rien avoir \u00e0 lui dire. Quelque chose s\u2019est bris\u00e9, mais il est trop tard pour en parler<a href=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/2023\/06\/22\/reflexions-sur-le-hip-hop\/#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Si l\u2019univers du rap US est fort diff\u00e9rent du rap fran\u00e7ais \u00e0 bien des \u00e9gards, on pourrait tout de m\u00eame \u00e9crire des choses similaires \u00e0 propos du groupe d\u2019Atlanta, Migos. Si les paroles oscillent entre une apologie de l\u2019argent (surtout du fait de devenir riche avant de devenir c\u00e9l\u00e8bre), de femmes d\u00e9v\u00eatues ou encore de drogues, leur \u00e9volution \u2013 jusqu\u2019\u00e0 leur s\u00e9paration et la mort de Takeoff \u2013 marque \u00e9galement une certaine prise de distance d\u2019avec l\u2019ext\u00e9rieur. Cela est particuli\u00e8rement explicite dans leur mixtape, au titre parlant,\u00a0<em>Back to the Bando Vol. 2<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">\u00ab\u00a0Fuck the mansion, go back to the bando, we don\u2019t want no company nigga, no company<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">No more interviews, no more discussions, I\u2019m closing door on these niggas<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">I don\u2019t even wanna talk to these niggas.\u00a0\u00bb (extrait de\u00a0<em>Came from Nothing<\/em>)<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">La trap et la drill de Chicago ou de Grande-Bretagne ont \u00e9galement apport\u00e9 un v\u00e9ritable renouveau au hip-hop \u2013 y compris en France.\u00a0Au-del\u00e0 des insultes d\u2019un Stormzy (surtout connu en France pour un featuring avec Aya Nakamura) envers l\u2019ancien Premier Ministre britannique Boris Johnson, la trap\u2014qui traite surtout de drogues et de deal \u2013 et la drill \u2013 qui parle surtout de violence et de gang \u2013 sont surtout discut\u00e9es pour leur aspect violent et sale. En 2018, le\u00a0<em>Guardian<\/em>\u00a0qualifiait ainsi la drill de tendance mena\u00e7ante du hip-hop et le Sunday Times liait directement la drill (qualifi\u00e9e de musique d\u00e9moniaque) aux meurtres d\u00e9cimant la jeunesse populaire de Londres et d\u2019autres villes anglaises \u2013 insistant \u00e9galement sur le fait qu\u2019Outre-Atlantique, Chicago serait devenue une ville ultra-violente en m\u00eame temps que la drill faisait son apparition.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">Pour revenir \u00e0 Dyson, celui-ci \u00e9crit \u2013 en r\u00e9ponse \u00e0 une question de Gibson \u2013 que si la jeunesse disposait d\u2019une connaissance claire des origines du rap, cela pourrait stimuler \u00ab\u00a0sa conscience des usages et des significations politiques du hip-hop\u00a0\u00bb (p. 92). Si le livre de Dyson est brillant \u00e0 bien des \u00e9gards, pourquoi faudrait-il que le hip-hop soit \u00ab\u00a0conscient\u00a0\u00bb\u00a0? Au contraire, on pourrait arguer que le hip-hop est bien plus parlant et esth\u00e9tiquement pertinent lorsqu\u2019il ne se fait pas le simple relais d\u2019une prise de position sur telle ou telle sujet. Il est, par ailleurs, essentiel de ne pas r\u00e9duire le hip-hop aux paroles, mais de prendre en compte son esth\u00e9tique de mani\u00e8re totale. Car si la drill et la trap, pour reprendre cet exemple pr\u00e9cis, font grincer des dents, ce n\u2019est pas qu\u2019\u00e0 cause des paroles (sinon, pourquoi ne pas condamner tel roman ou tel film mettant en sc\u00e8ne une certaine violence \u2013 Tarantino est, par exemple, largement c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par la bourgeoisie blanche malgr\u00e9 la violence de ses films). En effet, la mise en accusation g\u00e9n\u00e9rale du rap provient, notamment du fait que cette \u00ab\u00a0barbarie\u00a0\u00bb est assum\u00e9e esth\u00e9tiquement par des noirs ou des arabes, pour la plupart issus de quartiers populaires. Le Wu Tang Clan, par exemple, collectif sans doute le plus remarquable de la sc\u00e8ne rap US et faisant assez largement consensus chez les auditeurs de rap des ann\u00e9es 1990 et 2000, a marqu\u00e9 une rupture nette au niveau des sons. Si le Wu Tang avait \u00e9galement des paroles assez violentes (parlant de crimes et de drogues \u2013 de la fin des ann\u00e9es 1990 jusqu\u2019\u00e0 la mort d\u2019ODB en 2004, le FBI a d\u2019ailleurs assez largement enqu\u00eat\u00e9 sur le groupe), c\u2019est pour le son si particulier de ses titres qu\u2019il s\u2019est fait conna\u00eetre. Dans sa magistrale biographie du groupe \u2013 qui est \u00e9galement un livre majeur sur l\u2019histoire sociale du hip-hop US \u2013 S.H. Fernando Jr. \u00e9crit\u00a0qu\u2019\u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019industrie musicale\u00a0<em>corporate<\/em>\u00a0contr\u00f4lait le rap, poussant les ventes de pop ou de la G-funk lisse pour la consommation de masse, le Wu Tang Clan a ramen\u00e9 le rap \u00e0 la rue \u2013 pas seulement par leurs paroles, mais \u00e9galement par leurs sons<a href=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/2023\/06\/22\/reflexions-sur-le-hip-hop\/#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Par ailleurs, il importe de ne pas oublier que certains genres musicaux \u00e9taient \u00e9galement largement marginalis\u00e9s avant de s\u2019institutionnaliser par la suite. Ainsi, si le Jazz semble aujourd\u2019hui \u00eatre une musique que les blancs \u00e9coutent en sirotant un verre de vin dans leurs beaux costumes, l\u2019histoire de ce genre musical n\u2019est pas non plus d\u00e9nu\u00e9e d\u2019attaques envers un genre musical consid\u00e9r\u00e9 comme proche de la p\u00e8gre et v\u00e9hiculant une certaine forme de violence. Dans les ann\u00e9es 1960, par exemple, le propri\u00e9taire de l\u2019un des\u00a0<em>jazz club<\/em>\u00a0les plus r\u00e9put\u00e9s de Los Angeles, John McClain \u00e9tait \u00e9galement l\u2019un des plus importants vendeurs de drogues de la ville. Il est \u00e9galement c\u00e9l\u00e8bre pour avoir servi de mentor au promoteur Dick Griffey qui fonda \u00e9galement le label Solar Records \u2013 qui permis \u00e0 Suge Knight de mettre un pied dans l\u2019industrie musicale. Si l\u2019on remonte plus loin encore, alors que le jazz commen\u00e7ait \u00e0 appara\u00eetre dans la Nouvelle Orl\u00e9ans de la fin du XIXe si\u00e8cle \u2013 via des influences mexicains, cubaines et africaines \u2013 cette musique se d\u00e9veloppera concomitamment avec l\u2019\u00e9closion de bordels, fr\u00e9quent\u00e9s par les plus basses couches sociales<a href=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/2023\/06\/22\/reflexions-sur-le-hip-hop\/#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Mais ce qui d\u00e9rangera \u00e9galement les observateurs sera la rupture entre le jazz et la musique \u00e9tablie (certains jazzmen assumaient d\u2019ailleurs le fait de ne pas savoir lire la musique).<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">En bref, si la violence se manifeste \u00e0 travers les paroles (ce qui est parfaitement analys\u00e9 et discut\u00e9 par Dyson), l\u2019histoire sociale et les rythmes m\u00eames du rap expliquent \u00e9galement les attaques qui s\u2019acharnent contre cette musique. L\u2019importance qu\u2019accorde Dyson au rap conscient (sans jamais caricaturer le rap dans son ensemble) s\u2019explique sans aucun doute par son ancrage g\u00e9n\u00e9rationnel ainsi que le contexte d\u2019\u00e9criture du livre. Son livre, traduit pour la premi\u00e8re fois en fran\u00e7ais par les \u00e9ditions BPM, dont nous n\u2019avons \u00e9voqu\u00e9 qu\u2019une infime partie, est un ouvrage important pour les militants, les artistes et les m\u00e9lomanes. Aujourd\u2019hui, toutefois, les musiciens et artistes auraient tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 se pencher s\u00e9rieusement \u2013 et sans\u00a0<em>a priori<\/em>\u00a0\u2013 sur le rap ordurier \u2013 dont la drill et la trap sont d\u2019excellents exemples. Au lieu de chercher \u00e0 donner des lettres de noblesse au rap, autant assumer son caract\u00e8re \u00ab sale \u00bb et violent, qui n\u2019ob\u00e9it pas \u00e0 l\u2019id\u00e9al politique des militants de gauche \u2013 y compris lorsque cette musique est r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par l\u2019industrie musicale.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\">\n<p class=\"selectionShareable\">\n<p class=\"selectionShareable\">\n<p class=\"selectionShareable\"><a href=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/2023\/06\/22\/reflexions-sur-le-hip-hop\/#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0<a href=\"https:\/\/www.valeursactuelles.com\/societe\/pour-sauver-la-jeunesse-vidons-la-fosse-septique-du-rap-haineux-anti-francais\">https:\/\/www.valeursactuelles.com\/societe\/pour-sauver-la-jeunesse-vidons-la-fosse-septique-du-rap-haineux-anti-francais<\/a><\/p>\n<p class=\"selectionShareable\"><a href=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/2023\/06\/22\/reflexions-sur-le-hip-hop\/#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0Louisa Yousfi,\u00a0<em>Rester barbare<\/em>, \u00e9ditions La Fabrique, Paris, 2022, p. 72.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\"><a href=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/2023\/06\/22\/reflexions-sur-le-hip-hop\/#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0Ibid., p. 75.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\"><a href=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/2023\/06\/22\/reflexions-sur-le-hip-hop\/#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0Ibid., p. 92.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\"><a href=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/2023\/06\/22\/reflexions-sur-le-hip-hop\/#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0S.H. Fernando Jr.,\u00a0<em>From The Streets to Shaolin. The Wu-Tang Saga<\/em>, Hachette books, New-York, 2021, p. 8.<\/p>\n<p class=\"selectionShareable\"><a href=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/2023\/06\/22\/reflexions-sur-le-hip-hop\/#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0Sur l\u2019histoire du jazz, il importe de lire le magnifique livre de Gerald Horne,\u00a0<em>Jazz and Justice.\u00a0<\/em><em>Racism and the Political Economy of the Music<\/em>, Monthly Review Press, New-York, 2019.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/qgdecolonial.fr\/2023\/06\/22\/reflexions-sur-le-hip-hop\/\">SOURCE<\/a><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/qgdecolonial.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/LOGO-QG-300x60.jpg\" alt=\"QG Decolonial\" \/><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A propos de\u00a0: Michael Eric Dyson,\u00a0Know What I Mean?\u00a0R\u00e9flexions sur le Hip-Hop, \u00e9ditions BPM, Paris, 2022. Les jeunes \u00e9ditions BPM ont publi\u00e9, en 2022, la premi\u00e8re traduction fran\u00e7aise d\u2019un classique de la litt\u00e9rature sur le rap am\u00e9ricain\u00a0:\u00a0Know What I Mean\u00a0? R\u00e9flexions sur le hip-hop\u00a0de l\u2019immense Michael Eric Dyson. Initialement publi\u00e9 en 2007, pr\u00e9fac\u00e9 par Jay-Z &#8230; <a title=\"R\u00e9flexions sur le hip-hop\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=5614\" aria-label=\"En savoir plus sur R\u00e9flexions sur le hip-hop\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2577,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21],"tags":[340,150],"class_list":["post-5614","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-anti-imperialisme","tag-louisa-yousfi","tag-selim-nadi"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5614","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5614"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5614\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5615,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5614\/revisions\/5615"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2577"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5614"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5614"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5614"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}