{"id":6662,"date":"2023-02-22T13:03:57","date_gmt":"2023-02-22T12:03:57","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=6662"},"modified":"2026-04-01T13:17:58","modified_gmt":"2026-04-01T12:17:58","slug":"livre-examen-une-theorie-contractualiste-de-la-domination-raciale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=6662","title":{"rendered":"LIVRE-EXAMEN : UNE TH\u00c9ORIE CONTRACTUALISTE DE LA DOMINATION RACIALE"},"content":{"rendered":"<p>Par G\u00e0bor TVERDOTA<\/p>\n<p>Compte-rendu de l\u2019ouvrage de Charles W. Mills,\u00a0Le contrat racial, traduit de l\u2019anglais (\u00c9tats-Unis) par Aly Ndiaye alias Webster, Montr\u00e9al (Qu\u00e9bec), 2023, 204 pp.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui explique la persistance et l\u2019ubiquit\u00e9 du racisme dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales contemporaines, r\u00e9put\u00e9es libres et d\u00e9mocratiques ? Comment se fait-il que des \u00c9tats qui se veulent fond\u00e9s sur des principes universels de justice tol\u00e8rent, voire organisent l\u2019oppression des minorit\u00e9s ethniques et raciales ? Pourquoi ces derni\u00e8res se trouvent-elles syst\u00e9matiquement d\u00e9savantag\u00e9es en termes de distribution des richesses, des opportunit\u00e9s et de qualit\u00e9 de vie ? Dans son ouvrage classique\u00a0Le contrat racial\u00a0(1998), le philosophe jama\u00efcain et \u00e9tats-unien Charles W. Mills (1951-2021) r\u00e9pond \u00e0 ces questions en s\u2019emparant de la notion centrale de la philosophie politique lib\u00e9rale moderne : le contrat social, dont il d\u00e9montre le caract\u00e8re implicite de contrat de domination \u2013 en l\u2019esp\u00e8ce, d\u2019un contrat racial tacite visant \u00e0 \u00e9tablir la sup\u00e9riorit\u00e9 des Europ\u00e9ens et de leurs descendants sur les peuples colonis\u00e9s, esclavagis\u00e9s ou domin\u00e9s.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<div class=\"et_pb_module et_pb_post_content et_pb_post_content_0_tb_body\">\n<p><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/screenshot_20230711_191021_facebook.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-6664 size-full aligncenter\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/screenshot_20230711_191021_facebook.jpg\" alt=\"\" width=\"1079\" height=\"614\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/screenshot_20230711_191021_facebook.jpg 1079w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/screenshot_20230711_191021_facebook-300x171.jpg 300w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/screenshot_20230711_191021_facebook-1024x583.jpg 1024w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/screenshot_20230711_191021_facebook-768x437.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1079px) 100vw, 1079px\" \/><\/a><\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Londres, le philosophe Charles W. Mills a grandi en Jama\u00efque et a fait une carri\u00e8re universitaire aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 il a enseign\u00e9 dans l\u2019Oklahoma, l\u2019Illinois et \u00e0 l\u2019\u00e9cole doctorale de l\u2019Universit\u00e9 de New York (CUNY). Il est aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des philosophes politiques marquants des derni\u00e8res d\u00e9cennies et, via l\u2019ouvrage ici examin\u00e9, comme l\u2019un des introducteurs en philosophie de la\u00a0<em>th\u00e9orie critique de la race<\/em>.\u00a0<em>Le contrat racial<\/em>\u00a0\u2013 d\u00e9sormais accessible au public francophone gr\u00e2ce \u00e0 la traduction d\u2019Aly Ndiaye parue \u00e0 la maison d\u2019\u00e9dition M\u00e9moire d\u2019encrier \u2013 est en effet de prime abord une intervention intellectuelle dans une discipline acad\u00e9mique \u2013 la philosophie \u2013 o\u00f9 les Noirs (et plus g\u00e9n\u00e9ralement les non-Blancs) sont particuli\u00e8rement sous-repr\u00e9sent\u00e9s et au sein de laquelle les r\u00e9alit\u00e9s raciales sont encore aujourd\u2019hui trop peu prises en compte. La cl\u00e9 du succ\u00e8s de cet ouvrage de Mills, publi\u00e9 initialement il y a un quart de si\u00e8cle, c\u2019est d\u2019avoir introduit et formul\u00e9 certains grands questionnements historiques de la tradition radicale noire \u00e9tats-unienne, et plus largement des pens\u00e9es antiracistes et anticoloniales des si\u00e8cles pass\u00e9s, dans le langage alors dominant de la th\u00e9orie et philosophie politiques acad\u00e9miques\u00a0<em>mainstream<\/em>\u00a0: celui du contrat social.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie du contrat social a une longue et prestigieuse histoire des deux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019Atlantique. Si l\u2019<em>id\u00e9e<\/em>\u00a0apparait d\u00e9j\u00e0 chez Platon et est invoqu\u00e9e par certains auteurs m\u00e9di\u00e9vaux, la\u00a0<em>th\u00e9orie<\/em>\u00a0proprement dite na\u00eet avec les Temps modernes. Sa vis\u00e9e est double\u00a0: d\u2019une part\u00a0<em>expliquer<\/em>, d\u2019autre part\u00a0<em>justifier<\/em>\u00a0(ou \u00e0 l\u2019inverse\u00a0<em>d\u00e9l\u00e9gitimer<\/em>) l\u2019institution et le fonctionnement de l\u2019autorit\u00e9 politique publique, en particulier de l\u2019\u00c9tat et de ses appareils, et cela \u00e0 partir du pr\u00e9suppos\u00e9 selon lequel les \u00eatres humains sont par nature\u00a0<em>libres<\/em>\u00a0et\u00a0<em>\u00e9gaux<\/em>. Le probl\u00e8me de d\u00e9part des diverses th\u00e9ories du contrat social peut donc \u00eatre r\u00e9sum\u00e9 sous la forme de la question suivante\u00a0: comment peut-on \u00eatre libres et \u00e9gaux tout en vivant sous l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et de ses agents\u00a0? Comment \u00e9viter que l\u2019\u00c9tat ne devienne l\u2019instrument de la domination d\u2019une partie de la soci\u00e9t\u00e9 sur l\u2019autre ? La r\u00e9ponse de ces th\u00e9ories r\u00e9side dans la notion de\u00a0<em>consentement<\/em>\u00a0: en assurant que la suj\u00e9tion de tous \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 politique publique (et l\u2019acceptation morale de la place de chacun dans la soci\u00e9t\u00e9) soit le r\u00e9sultat de l\u2019exercice de la libert\u00e9 naturelle de chaque membre de la communaut\u00e9, libert\u00e9 et \u00e9galit\u00e9 peuvent \u00eatre maintenues dans la soci\u00e9t\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9ponse d\u2019aspect \u00e0 premi\u00e8re vue sp\u00e9culatif rec\u00e8le de fait un crit\u00e8re tout \u00e0 fait\u00a0<em>pratique<\/em>\u00a0pour juger de la\u00a0<em>l\u00e9gitimit\u00e9<\/em>\u00a0d\u2019un r\u00e9gime politique donn\u00e9. Par-del\u00e0 leur aspect explicatif, les th\u00e9ories du contrat social ont ainsi une\u00a0<em>fonction id\u00e9ologico-politique<\/em>\u00a0de justification\u00a0<em>ou<\/em>\u00a0de remise en question de l\u2019ordre social et politique en place. Pour prendre quelques exemples\u00a0: en 1651 dans son\u00a0<em>L\u00e9viathan<\/em>, Hobbes en avait fait usage pour justifier l\u2019absolutisme\u00a0; trente-sept ans plus tard, dans son\u00a0<em>Second trait\u00e9 sur le gouvernement<\/em>, Locke la mettait en \u0153uvre pour l\u00e9gitimer la r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019absolutisme et promouvait le lib\u00e9ralisme politique. \u00a0Au si\u00e8cle suivant, dans son\u00a0<em>Discours sur le fondement et les origines de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes\u00a0<\/em>(connu aussi sous le titre de\u00a0<em>Deuxi\u00e8me discours<\/em>), paru en 1755, Rousseau introduisait l\u2019id\u00e9e d\u2019apr\u00e8s laquelle le contrat social n\u2019est autre qu\u2019un dispositif rus\u00e9 de l\u00e9galisation d\u2019une situation fonci\u00e8rement injuste de domination d\u2019une minorit\u00e9 sur une majorit\u00e9. Il inventait ainsi la figure du contrat social<em>\u00a0non-id\u00e9al<\/em>, un op\u00e9rateur d\u2019une acerbe critique sociale, de d\u00e9voilement des v\u00e9ritables rouages des rapports sociaux de son \u00e9poque. En adoptant une strat\u00e9gie toute diff\u00e9rente, sept ans plus tard, dans son fameux\u00a0<em>Du contrat social<\/em>, Rousseau recourait cette fois \u00e0 la figure du contrat social\u00a0<em>id\u00e9al<\/em>\u00a0qui r\u00e9sume les conditions dans lesquelles l\u2019existence de l\u2019\u00c9tat\u00a0<em>serait<\/em>\u00a0compatible avec les principes fondamentaux de justice sociale.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une longue p\u00e9riode de marginalisation, la th\u00e9orie du contrat social r\u00e9apparait en force dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 20<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle au travers de la\u00a0<em>Th\u00e9orie de la justice<\/em>\u00a0du philosophe lib\u00e9ral \u00e9tats-unien John Rawls, consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des penseurs politiques les plus influents des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es. Chez lui l\u2019accent est moins sur l\u2019origine et la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019autorit\u00e9 politique en tant que telles que sur des questions de justice sociale, plus particuli\u00e8rement sur la juste distribution des richesses sociales. Cependant, comme des philosophes f\u00e9ministes l\u2019ont mis en \u00e9vidence, en exigeant de faire abstraction de tous les d\u00e9terminants sociaux actuels des individus r\u00e9ellement existants, la th\u00e9orie de Rawls implique un concept de justice sociale qui n\u00e9glige compl\u00e8tement la dimension du genre, de la race, et d\u2019autres facteurs cr\u00e9ant des situations d\u2019injustice irr\u00e9ductibles \u00e0 la question de la redistribution des richesses.<a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/domination-raciale\/#_edn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p>Ces objections n\u2019ont toutefois pas conduit \u00e0 l\u2019abandon du paradigme du contrat chez les critiques radicales de la philosophie rawlsienne. Ainsi, contrairement \u00e0 Rawls puisant implicitement dans\u00a0<em>Du contrat social<\/em>, la philosophe f\u00e9ministe \u00e9tats-unienne Carole Pateman a inscrit sa d\u00e9marche critique dans le sillage du\u00a0<em>Deuxi\u00e8me discours<\/em>\u00a0de Rousseau. Relisant les travaux des penseurs contractualistes, son ouvrage\u00a0<em>Le contrat sexuel<\/em>\u00a0(paru en 1988) montre ainsi que l\u2019autorit\u00e9 politique publique moderne est implicitement fond\u00e9e sur le passage d\u2019une domination des femmes par une forme de pouvoir masculin\u00a0<em>paternel<\/em>\u00a0(pr\u00e9moderne) \u00e0 une forme de patriarcat\u00a0<em>fraternel<\/em>.<a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/domination-raciale\/#_edn2\">[2]<\/a><\/p>\n<p>C\u2019est dans le sillon trac\u00e9 par l\u2019ouvrage de Pateman que se situe\u00a0<em>Le contrat racial<\/em>\u00a0de Mills. Sa d\u00e9marche consiste en effet \u00e0 d\u00e9voiler le sous-texte racial des th\u00e9ories du contrat social en les mettant en perspective \u00e0 partir des connaissances actuelles que nous avons des soci\u00e9t\u00e9s et des \u00e9poques dans lesquelles ces th\u00e9ories ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es \u2013 tout en adoptant le trope du contrat social non-id\u00e9al du Rousseau du\u00a0<em>Deuxi\u00e8me discours<\/em>\u00a0comme grille d\u2019analyse des logiques de la domination raciale.<\/p>\n<p>La th\u00e8se centrale de l\u2019ouvrage de Mills est que le racisme doit \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 non comme une question de psychologie, de pr\u00e9jug\u00e9s, ou m\u00eame de moralit\u00e9, mais comme relevant d\u2019un\u00a0<em>rapport social et politique de domination<\/em>\u00a0scindant l\u2019esp\u00e8ce humaine en\u00a0<em>deux groupes antagoniques\u00a0<\/em>: les personnes humaines consid\u00e9r\u00e9es dignes (les Blancs) et les sous-personnes d\u2019aspect humano\u00efde consid\u00e9r\u00e9es indignes (les non-Blancs). Cette domination et cet antagonisme sont au fondement d\u2019un\u00a0<em>syst\u00e8me social et politique<\/em>, d\u00e9sormais global, portant le nom de\u00a0<em>supr\u00e9matie blanche<\/em>, \u00ab\u00a0<em>une structure particuli\u00e8re de pouvoir aux r\u00e8gles formelles ou informelles, de privil\u00e8ge socio-\u00e9conomique, de normes orientant la distribution diff\u00e9renci\u00e9e de la richesse mat\u00e9rielle et des possibilit\u00e9s, des b\u00e9n\u00e9fices et des charges, des droits et des devoirs<\/em>\u00a0\u00bb (p. 33), de sorte \u00e0 avantager les Blancs et d\u00e9savantager et opprimer les non-Blancs.<\/p>\n<p>Le geste intellectuel propre \u00e0 Mills consiste \u00e0 analyser ce syst\u00e8me de domination raciale en tant que r\u00e9sultant d\u2019un\u00a0<em>contrat racial<\/em>, qu\u2019il d\u00e9finit comme un \u00ab\u00a0<em>ensemble d\u2019accords, formels ou informels (\u2026) entre les membres d\u2019un sous-ensemble d\u2019\u00eatres humains d\u00e9sormais d\u00e9sign\u00e9s par des crit\u00e8res (ph\u00e9notypiques\/g\u00e9n\u00e9alogiques\/culturels) \u2018\u2018raciaux\u2019\u2019 (\u2026) en tant que \u2018\u2018Blancs\u2019\u2019. Ces crit\u00e8res, changeants, sont coextensifs \u00e0 la classe des personnes \u00e0 part enti\u00e8re (en tenant d\u00fbment compte de la diff\u00e9renciation de genre). Le sous-ensemble des \u00eatres humains restant est cat\u00e9goris\u00e9 en tant que \u2018\u2018non-Blancs\u2019\u2019 et lui est attribu\u00e9 un statut moral diff\u00e9rent et inf\u00e9rieur, des sous-personnes dont la position civile est celle de subordonn\u00e9es dans le syst\u00e8me politique blanc ou r\u00e9gi par les Blancs<\/em>\u00a0\u00bb (p. 43).<\/p>\n<p>Dans l\u2019analyse de Mills, l\u2019existence du contrat racial est la cons\u00e9quence directe des conqu\u00eates coloniales europ\u00e9ennes et de l\u2019essor du capitalisme. Aussi rappelle-t-il opportun\u00e9ment que l\u2019apog\u00e9e des th\u00e9ories du contrat social (1650 \u00e0 1800) et du \u00ab\u00a0<em>lib\u00e9ralisme des Lumi\u00e8res antipatriarcal, avec ses proclamations d\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, d\u2019autonomie et de libert\u00e9 pour tous les hommes, a eu lieu en m\u00eame temps que le massacre, l\u2019expropriation et l\u2019assujettissement \u00e0 l\u2019esclavage h\u00e9r\u00e9ditaire d\u2019hommes qui, au moins en apparence, sont humains<\/em>\u00a0\u00bb (p. 111). D\u2019apr\u00e8s Mills, la fonction du contrat racial a \u00e9t\u00e9 de concilier cette contradiction en niant l\u2019humanit\u00e9 des peuples non-Europ\u00e9ens et en restreignant les termes du contrat social aux seuls Blancs. Le contrat racial est ainsi l\u2019envers de la m\u00e9daille dont le contrat social est l\u2019endroit.<\/p>\n<p>Cette duplicit\u00e9 se manifeste au niveau des trois dimensions du contrat social-racial identifi\u00e9es par Mills\u00a0: politique, moral et \u00e9pist\u00e9mologique. Au premier niveau, politique, le contrat social explique les raisons de la cr\u00e9ation de la soci\u00e9t\u00e9 politique (l\u2019\u00c9tat), les avantages que cela apporte aux signataires, ainsi que les obligations qui leur incombent en retour. Cependant, l\u00e0 o\u00f9 le contrat social d\u00e9peint un \u00c9tat neutre et une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle tout un chacun poss\u00e8de les m\u00eames droits et obligations, \u00ab\u00a0<em>le contrat racial\u00a0<\/em><em>\u00e9tablit une entit\u00e9 politique raciale, un \u00c9tat racial et un syst\u00e8me juridique racial o\u00f9 le statut des Blancs et des non-Blancs est clairement d\u00e9limit\u00e9, que \u00e7a soit par la loi ou par coutume. Et l\u2019objectif de cet \u00c9tat, par opposition \u00e0 l\u2019\u00c9tat neutre du contractualisme classique, est, entre autres choses, de sp\u00e9cifiquement maintenir et reproduire cet ordre racial, de garantir les privil\u00e8ges et avantages des citoyens blancs \u00e0 part enti\u00e8re et de maintenir la subordination des non-Blancs<\/em>\u202f\u00bb (p. 47).<\/p>\n<p>Au second niveau, moral, le contrat social rend compte des transformations des rapports des individus aux autres et \u00e0 eux-m\u00eames n\u00e9cessaires au passage d\u2019un \u00ab\u00a0\u00e9tat de nature\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une coexistence pr\u00e9-politique instable et pr\u00e9caire, \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 politique stable et s\u00e9curis\u00e9e (dans le cadre d\u2019une coexistence m\u00e9di\u00e9e par l\u2019\u00c9tat). Dans les versions\u00a0<em>mainstream<\/em>\u00a0du contractualisme, ce passage se fonde sur et en m\u00eame temps institutionnalise la\u00a0<em>moralit\u00e9 naturelle<\/em>\u00a0suppos\u00e9e inh\u00e9rente aux humains et permettant de contrecarrer la propension, \u00e9galement naturelle, \u00e0 suivre ses int\u00e9r\u00eats personnels au lieu du bien commun. \u00c0 ce niveau aussi, le contractualisme affirme l\u2019\u00e9galit\u00e9 morale de tous les \u00eatres humains \u2013 leur capacit\u00e9 \u00e0 suivre la loi naturelle et coexister dans une soci\u00e9t\u00e9 politique \u2013 et pose l\u2019exigence que tous doivent avoir les m\u00eames droits dans la soci\u00e9t\u00e9 politique. Le contrat racial, en revanche, sous pr\u00e9texte de l\u2019incapacit\u00e9 des non-Blancs \u00e0 reconna\u00eetre ou \u00e0 mettre en \u0153uvre la moralit\u00e9 naturelle dans leur conduite individuelle et collective (\u00e9quivalant \u00e0 leur incapacit\u00e9 \u00e0 se sortir de l\u2019\u00e9tat de nature que les Europ\u00e9ens ont depuis longtemps laiss\u00e9 derri\u00e8re eux), m\u00e8ne \u00e0 l\u2019introduction d\u2019un \u00ab\u00a0code de couleur\u00a0\u00bb dans le syst\u00e8me moral en consid\u00e9rant les non-Blancs comme non libres et in\u00e9gaux.<\/p>\n<p>Mills qualifie le troisi\u00e8me niveau du contrat social d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9pist\u00e9mologique\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une innovation conceptuelle d\u2019une grande port\u00e9e propre \u00e0 l\u2019analyse millsienne du contractualisme. En effet, comme il le remarque \u00e0 juste titre, la rationalit\u00e9 des individus constituant la soci\u00e9t\u00e9 politique suppose non seulement la capacit\u00e9 morale \u00e0 suivre un code de conduite et s\u2019associer pour fonder l\u2019\u00c9tat, mais plus g\u00e9n\u00e9ralement la facult\u00e9 de conna\u00eetre, \u00e9valuer et interpr\u00e9ter de fa\u00e7on objective les divers aspects tant factuels qu\u2019axiologiques de la r\u00e9alit\u00e9. L\u2019usage de cette facult\u00e9 se trouve cependant profond\u00e9ment alt\u00e9r\u00e9 par l\u2019action du contrat racial. En effet, ce dernier prescrit, en particulier pour les questions li\u00e9es \u00e0 la race, ce que Mills appelle \u00ab\u00a0<em>une \u00e9pist\u00e9mologie de l\u2019ignorance, un sch\u00e9ma particulier de dysfonctions cognitives locales et mondiales (\u2026), un mod\u00e8le cognitif qui emp\u00eache la transparence vis-\u00e0-vis de soi-m\u00eame et une v\u00e9ritable compr\u00e9hension des r\u00e9alit\u00e9s sociales<\/em>\u00a0\u00bb (p. 52). L\u2019id\u00e9e cruciale de Mills est que ce qu\u2019il appelle dans un article ult\u00e9rieur l\u2019\u00ab\u00a0ignorance blanche\u00a0\u00bb<a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/domination-raciale\/#_edn3\">[3]<\/a>\u00a0n\u2019est pas un d\u00e9faut de savoir, mais un\u00a0<em>pouvoir social positif de modulation et de distorsion de la conscience de la r\u00e9alit\u00e9<\/em>\u00a0des agents sociaux. La raison d\u2019\u00eatre d\u2019une telle \u00e9pist\u00e9mologie de l\u2019ignorance r\u00e9side dans la n\u00e9cessit\u00e9 de\u00a0<em>pr\u00e9venir une crise de l\u00e9gitimit\u00e9<\/em>\u00a0syst\u00e9mique qui point dans le sentiment d\u2019inconsistance entre la situation r\u00e9elle de d\u00e9shumanisation v\u00e9cue par les peuples domin\u00e9s et les principes \u00e9galitaristes et humanistes qui trouvent expression dans le contractualisme, mais dont l\u2019application est, de fait, r\u00e9serv\u00e9e aux seuls Europ\u00e9ens et leurs descendants.<\/p>\n<p>Une proposition particuli\u00e8rement suggestive de l\u2019ouvrage de Mills est qu\u2019\u00e0 la diff\u00e9rence du contrat social, qui n\u2019est au fond qu\u2019une fiction philosophique permettant de mod\u00e9liser et critiquer le fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 moderne, le contrat racial, lui, poss\u00e8de une mat\u00e9rialit\u00e9 historique empiriquement attestable, l\u2019\u00e9tablissement de la sup\u00e9riorit\u00e9 des Blancs et l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 des non-Blancs ayant \u00e9t\u00e9 act\u00e9s dans un grand nombre de textes juridiques et th\u00e9oriques (l\u00e9gislatives, th\u00e9ologiques, philosophiques, scientifiques, etc.). \u00c0 travers ces discours et juridictions encadrant les pratiques d\u2019inf\u00e9riorisation quotidiennes, \u00ab\u00a0<em>le contrat racial \u00e9tablit un somatotype particulier comme la norme, par rapport \u00e0 laquelle toute d\u00e9viation disqualifie l\u2019individu du statut de personne \u00e0 part enti\u00e8re et de la pleine appartenance \u00e0 la communaut\u00e9 politique\u202f<\/em>\u00bb (p. 100). L\u2019action consistant \u00e0 exclure certains groupes de la famille humaine sur base de leur \u00ab\u00a0somatotype\u00a0\u00bb, que l\u2019on peut aussi nommer\u00a0<em>d\u00e9shumanisation<\/em>, est centrale au fonctionnement de la supr\u00e9matie blanche, et partant du racisme. Selon Mills, l\u2019existence, la persistance et la centralit\u00e9 de cette action prouvent que le contrat racial, loin d\u2019\u00eatre une anomalie ou une d\u00e9viation inexplicable de l\u2019humanisme europ\u00e9en (et plus sp\u00e9cifiquement des id\u00e9aux contractualistes), est, de fait, l\u2019id\u00e9al et la v\u00e9ritable norme directrice des rapports sociaux dans le monde moderne.<\/p>\n<p>Ce jugement s\u00e9v\u00e8re peut-il s\u2019appliquer \u00e0 la p\u00e9riode pr\u00e9sente dans laquelle la supr\u00e9matie blanche, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale du moins, n\u2019est plus inscrite dans les instruments juridiques\u00a0? La r\u00e9ponse de Mills est affirmative\u00a0: l\u2019\u00e9poque actuelle est pr\u00e9cis\u00e9ment caract\u00e9ris\u00e9e par la tension entre la conservation des privil\u00e8ges sociaux, politiques, culturels et \u00e9conomiques des Blancs fond\u00e9s sur l\u2019h\u00e9ritage du colonialisme d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et l\u2019extension des droits civiques aux non-Blancs, leur r\u00e9inscription (th\u00e9orique) dans la famille humaine, de l\u2019autre. \u00c0 l\u2019antipode de la p\u00e9riode de la supr\u00e9matie\u00a0<em>de jure<\/em>\u00a0et de l\u2019auto-identification ouverte des Blancs en tant que sup\u00e9rieurs aux non-Blancs, on tend aujourd\u2019hui \u00e0 promouvoir l\u2019id\u00e9e de l\u2019inexistence pure et simple des races, position qui se justifie souvent en \u00e9voquant le discr\u00e9dit frappant les th\u00e9ories racistes biologisantes. Eu \u00e9gard \u00e0 cette question, Mills occupe une position remarquable. Pour lui, la d\u00e9biologisation de la race n\u2019implique nullement l\u2019inexistence de cette derni\u00e8re, mais montre plut\u00f4t que\u00a0<em>la race<\/em>, en tant que la condensation d\u2019un rapport de forces scindant notre esp\u00e8ce en \u00ab\u00a0humains\u00a0\u00bb et en \u00ab\u00a0sous-humains\u00a0\u00bb en vue de l\u2019exploitation des forces vitales de ces derniers par les premiers, a toujours \u00e9t\u00e9 une\u00a0<em>cat\u00e9gorie sociopolitique corr\u00e9l\u00e9e au syst\u00e8me de la supr\u00e9matie blanche<\/em>, et en ce sens une r\u00e9alit\u00e9 sociohistorique des plus massives.<\/p>\n<p>Exprim\u00e9 en langage contractualiste, cela signifie que \u00ab\u00a0<em>le contrat racial cr\u00e9\u00e9 la race<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0<em>[l]es \u2018\u2018Blancs\u2019\u2019 ne pr\u00e9existent pas, mais sont amen\u00e9s \u00e0 exister en tant que \u2018\u2018Blancs\u2019\u2019 par le contrat racial<\/em>\u00a0\u00bb (p. 111), ce qui vaut bien entendu \u00e9galement pour les autres groupes raciaux. Si, toutefois, le contrat racial, tant qu\u2019il est en vigueur, assigne in\u00e9vitablement tout un chacun \u00e0 l\u2019un ou l\u2019autre groupe racial sur base de son \u00ab\u00a0somatotype\u00a0\u00bb (et possiblement d\u2019autres marqueurs, par exemple \u00ab\u00a0culturels\u00a0\u00bb), cela ne revient-il pas malgr\u00e9 tout \u00e0\u00a0<em>essentialiser<\/em>\u00a0la race\u00a0? La r\u00e9ponse de Mills est que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la logique contractualiste qui permet d\u2019\u00e9viter un tel \u00e9cueil\u00a0: dans la mesure o\u00f9, sur le mod\u00e8le du contrat social, le contrat racial est fondateur d\u2019un\u00a0<em>syst\u00e8me politique<\/em>\u00a0(la supr\u00e9matie blanche), la racialisation poss\u00e8de un\u00a0<em>aspect volontaire<\/em>\u00a0\u00ab\u00a0permettant la r\u00e9pudiation du contrat par les Blancs eux-m\u00eames\u00a0\u00bb. C\u2019est cette consid\u00e9ration qui am\u00e8ne Mills \u00e0 distinguer entre \u00ab\u00a0blancheur\u00a0\u00bb comme fait ph\u00e9notypique\/g\u00e9n\u00e9alogique et \u00ab\u00a0blanchit\u00e9\u00a0\u00bb en tant qu\u2019engagement politique et social en faveur de la supr\u00e9matie blanche. Comme l\u2019\u00e9crit Mills en reprenant le slogan de la revue\u00a0<em>Race Traitor<\/em>, \u00ab\u00a0il existe un vrai choix pour les Blancs\u00a0\u00bb\u00a0: celui de \u00ab\u00a0<em>trahir la blanchit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb pour ainsi \u00ab\u00a0<em>\u00eatre loyal \u00e0 l\u2019humanit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb (p. 168).<\/p>\n<p>Cependant, Mills souligne que la question du racisme blanc n\u2019\u00e9puise pas la probl\u00e9matique de la blanchit\u00e9 en tant qu\u2019ensemble de relations de pouvoir et de pratiques de d\u00e9shumanisation et d\u2019exploitation. Bien que le contrat racial \u00ab\u00a0blanc\u00a0\u00bb soit fondateur de cette structure de pouvoir et qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 historiquement le plus destructeur, il peut se transposer aux relations entre non-Blancs et demeurer, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la supr\u00e9matie des Blancs aurait \u00e9t\u00e9 abolie, un op\u00e9rateur de concentration de pouvoir, d\u2019exploitation et de d\u00e9shumanisation. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une intuition f\u00e9conde, mais c\u2019est aussi un point qui pose question dans la th\u00e9orisation d\u2019ensemble de la domination raciale par Mills. En effet, si ce d\u00e9tachement et cette persistance de la blanchit\u00e9 sont possibles, il faut se demander ce qui les conditionne. Le probl\u00e8me concerne en v\u00e9rit\u00e9 le\u00a0<em>degr\u00e9 d\u2019autonomie<\/em>\u00a0de la blanchit\u00e9 comme syst\u00e8me politique, notamment vis-\u00e0-vis des rapports capitalistes au d\u00e9veloppement desquels elle semble intimement li\u00e9e (d\u2019apr\u00e8s Mills lui-m\u00eame). Si\u00a0<em>Le contrat racial<\/em>\u00a0laisse cette question en suspens, la fid\u00e9lit\u00e9 de son auteur au lib\u00e9ralisme politique et son scepticisme grandissant quant \u00e0 la possibilit\u00e9 (voire m\u00eame la d\u00e9sirabilit\u00e9) d\u2019un monde non-capitaliste l\u2019auront port\u00e9 par la suite \u00e0 explorer la possibilit\u00e9 d\u2019un\u00a0<em>capitalisme non-racial<\/em><a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/domination-raciale\/#_edn4\">[4]<\/a>, le mettant en porte-\u00e0-faux avec des tendances philosophiques contemporaines plus radicales pour qui l\u2019\u00e9mancipation des non-Blancs est incompatible avec l\u2019existence de la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9.<a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/domination-raciale\/#_edn5\">[5]<\/a><\/p>\n<p>Quelle que soit la position que l\u2019on adopte dans ce d\u00e9bat,\u00a0<em>Le contrat racial<\/em>\u00a0de Mills demeure une lecture indispensable pour toute personne s\u2019int\u00e9ressant aux th\u00e9ories contemporaines sur le racisme. Plus concr\u00e8tement,\u00a0<em>Le contrat racial<\/em>\u00a0donne l\u2019occasion de se confronter \u00e0 un usage rigoureux et argument\u00e9 de cat\u00e9gories, th\u00e9or\u00e8mes et hypoth\u00e8ses de pens\u00e9e souvent consid\u00e9r\u00e9s comme ill\u00e9gitimes de ce c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique. En effet, pour celles et ceux qui luttent contre le racisme dans un contexte id\u00e9ologico-politique europ\u00e9en o\u00f9 la revendication d\u2019une identit\u00e9 raciale et ethnique est souvent per\u00e7ue comme un probl\u00e8me en soi, o\u00f9 le rapport entre cette revendication et l\u2019oppression s\u00e9culaire subie par ces groupes est pass\u00e9 sous silence, et o\u00f9 par cons\u00e9quent la r\u00e9flexion sur ces questions est d\u00e9courag\u00e9e, l\u2019ouvrage fournit un arsenal th\u00e9orique et conceptuel consid\u00e9rable contribuant \u00e0 l\u2019ouverture d\u2019un espace de d\u00e9bat rationnel sur le sujet.<\/p>\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n<p><a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/domination-raciale\/#_ednref1\">[1]<\/a>\u00a0Voir par exemple Iris Marion Young,\u00a0<em>Justice and the Politics of Difference<\/em>, Princeton\/New Jersey, Princeton University Press, 1990.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/domination-raciale\/#_ednref2\">[2]<\/a>\u00a0Carole Pateman,\u00a0<em>Le contrat sexuel<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, 2010.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/domination-raciale\/#_ednref3\">[3]<\/a>\u00a0Charles W. Mills, \u00ab\u00a0Ignorance blanche\u00a0\u00bb, tr. fr. Sol\u00e8ne Brun et Claire Cosquer,\u00a0<em>Marronnages<\/em>, Vol. 1, N\u00b01, 2022, pp. 96-116.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/domination-raciale\/#_ednref4\">[4]<\/a>\u00a0Charles W. Mills, \u00ab\u00a0Racial Exploitation\u00a0\u00bb, In\u00a0:\u00a0<em>Id<\/em>,\u00a0<em>Black Rights, White Wrongs<\/em>, New York, Oxford University Press, 2017.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/domination-raciale\/#_ednref5\">[5]<\/a>\u00a0Voir entre autres Norman Ajari,\u00a0<em>Noirceur. Race, genre, classe et pessimisme dans la pens\u00e9e africaine-am\u00e9ricaine au XXIe si\u00e8cle<\/em>, Paris, Divergences, 2022. Cedric J. Robinson,\u00a0<em>Marxisme noir. La gen\u00e8se de la tradition radicale noire<\/em>, tr. fr. Selim Nadi et Sophie Coudray, Entremondes, 2023.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/domination-raciale\/\">SOURCE<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"wrapHeader\">\n<h1>Pourquoi il faut lire \u201cLe Contrat racial\u201d\u00a0de Mills, par Norman Ajari<\/h1>\n<div class=\"wrap\"><span class=\"author\"><a href=\"https:\/\/www.philomag.com\/philosophes\/norman-ajari\">Norman Ajari<\/a>,\u00a0<\/span><span class=\"date blue\">publi\u00e9 le\u00a0<time class=\"datetime\" datetime=\"2023-02-21T12:00:00Z\">21 f\u00e9vrier 2023<\/time>\u00a0<\/span><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"intro\"><\/div>\n<div class=\"description\">\n<div class=\"clearfix text-formatted field field--name-field-content field--type-text-long field--label-hidden field__item\">\n<p><b>Et si, derri\u00e8re la philosophie contractualiste<\/b>\u00a0invent\u00e9e par\u00a0<b>Hobbes<\/b>\u00a0et\u00a0<b>Rousseau,\u00a0<\/b>se cachait un contrat racial tacite\u00a0? Paru en 1997,\u00a0<a href=\"http:\/\/memoiredencrier.com\/le-contrat-racial\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><i>Le Contrat racial<\/i><\/a>\u00a0du philosophe\u00a0<strong>Charles W. Mills<\/strong>\u00a0est un texte essentiel de la pens\u00e9e post-coloniale enfin accessible au public fran\u00e7ais.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.philomag.com\/philosophes\/norman-ajari\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong>Norman Ajari<\/strong><\/a>\u00a0nous le pr\u00e9sente et en analyse la grande pertinence aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><strong>Il \u00e9tait l\u2019un des philosophes politiques d\u2019expression anglaise les plus influents des derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/strong>\u00a0<strong>Charles W. Mills<\/strong>\u00a0a succomb\u00e9 \u00e0 une longue maladie le 20 septembre 2021, dans l\u2019Illinois, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 70 ans. Un an et demi plus tard, l\u2019admirable maison d\u2019\u00e9dition montr\u00e9alaise M\u00e9moire d\u2019encrier fait para\u00eetre\u00a0<a href=\"http:\/\/memoiredencrier.com\/le-contrat-racial\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">la traduction de son \u0153uvre majeure<\/a>\u00a0originellement publi\u00e9e en 1997\u00a0:\u00a0<i>Le Contrat Racial<\/i>. Gr\u00e2ce au travail d\u2019<strong>Aly Ndiaye<\/strong>, rappeur et chercheur plus connu sous son pseudonyme de\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Webster_(rappeur)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong>Webster<\/strong><\/a>, le lectorat francophone peut d\u00e9sormais s\u2019approprier, discuter et questionner la pens\u00e9e d\u2019un philosophe noir de premier plan.<\/p>\n<h2>Un parcours marqu\u00e9 par le marxisme<\/h2>\n<p><strong>Mills est n\u00e9 en janvier 1951 \u00e0 Londres de parents jama\u00efcains.<\/strong>\u00a0Alors qu\u2019il n\u2019est \u00e2g\u00e9 que d\u2019un an, la famille retourne dans les Cara\u00efbes. C\u2019est en Jama\u00efque que grandit le jeune Charles, dans un milieu culturellement et \u00e9conomiquement favoris\u00e9. Dipl\u00f4m\u00e9 en physique de l\u2019<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Universit%C3%A9_des_Indes_occidentales\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">universit\u00e9 des Indes occidentales<\/a>, il se r\u00e9oriente vers la philosophie \u00e0 la faveur d\u2019une opportunit\u00e9 d\u2019\u00e9tudier au Canada. Il obtient en 1985 un doctorat de l\u2019universit\u00e9 de Toronto, avec une th\u00e8se sur\u00a0<strong>Marx<\/strong>\u00a0et\u00a0<strong>Engels<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Si les int\u00e9r\u00eats de Mills\u00a0<\/strong>portent alors avant tout sur la th\u00e9orie socialiste et la situation du tiers-monde, ses \u00e9tudes doctorales le familiarisent avec les doctrines \u00e0 la mode dans le champ de la philosophie politique, en \u00e9bullition depuis la parution en 1971 de la\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9orie_de_la_justice\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><i>Th\u00e9orie de la Justice<\/i><\/a>\u00a0de\u00a0<strong>John Rawls<\/strong>. Cet ouvrage, qui r\u00e9invente le style et la m\u00e9thode de la discipline au sein de la pens\u00e9e anglo-am\u00e9ricaine, donne un nouveau souffle \u00e0 la pens\u00e9e lib\u00e9rale et ressuscite l\u2019int\u00e9r\u00eat des universitaires pour la philosophie politique normative. Au cours de sa carri\u00e8re, Mills a enseign\u00e9 dans l\u2019Oklahoma, dans l\u2019Illinois, avant d\u2019achever une carri\u00e8re marqu\u00e9e de quelques d\u00e9sillusions et discriminations au sein de l\u2019\u00e9cole doctorale de l\u2019universit\u00e9 de la ville de New York (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/CUNY_Graduate_Center\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">CUNY Graduate Center<\/a>).<\/p>\n<h2>Un texte poursuivant la r\u00e9flexion anticoloniale<\/h2>\n<p><strong>S\u2019il porte la trace des d\u00e9bats de la philosophie politique de la fin du XX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle,<\/strong>\u00a0<i>Le Contrat Racial<\/i>\u00a0est un texte critique bien davantage qu\u2019un texte normatif. De ses influences marxistes, Mills conserve l\u2019id\u00e9e que l\u2019histoire et les coordonn\u00e9es qu\u2019elle nous impose m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre pens\u00e9es avant les principes abstraits ou les v\u00e9rit\u00e9s qu\u2019on voudrait \u00e9ternelles. En ce sens, l\u2019histoire se manifeste sous la forme de rapports de force, o\u00f9 pouvoir, richesse et influence sont in\u00e9galement r\u00e9partis.<\/p>\n<p><strong>Une longue lign\u00e9e de penseurs anticoloniaux noirs<\/strong>\u00a0dans les Am\u00e9riques a soulev\u00e9 la question du pouvoir et des m\u00e9canismes de la domination. L\u2019un de ses principaux initiateurs est certainement le\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pomp%C3%A9e_Valentin_Vastey\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong>baron de Vastey<\/strong><\/a>\u00a0qui, dans le royaume d\u2019Ha\u00efti du d\u00e9but du XIX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle, analysait le colonialisme comme une\u00a0<em>\u00ab\u00a0supr\u00e9matie de l\u2019esp\u00e8ce blanche\u00a0\u00bb<\/em>. Cette tradition radicale noire se poursuit avec, au XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, des figures comme\u00a0<strong>Malcolm X<\/strong>,\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Assata_Shakur\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong>Assata Shakur<\/strong><\/a>\u00a0ou encore\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Frantz_Fanon\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong>Frantz Fanon<\/strong><\/a>. L\u2019un des principaux m\u00e9rites du travail de Mills est d\u2019avoir ouvert la porte de la conversation acad\u00e9mique \u00e0 ces r\u00e9flexions strat\u00e9giques et ces analyses politiques g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9es avec d\u00e9dain par les philosophes professionnels.<\/p>\n<h2>L\u2019impens\u00e9 du contrat social<\/h2>\n<p><strong><i>Le Contrat Racial<\/i>\u00a0est un effort pour comprendre l\u2019omnipr\u00e9sence et l\u2019influence du racisme,\u00a0<\/strong>qu\u2019il qualifie aussi de supr\u00e9matie blanche globale, comme un syst\u00e8me politique hi\u00e9rarchique aux multiples facettes, influant sur la distribution des richesses, des opportunit\u00e9s, de la qualit\u00e9 de vie et d\u2019autres aspects de l\u2019existence. Afin de traduire ces id\u00e9es \u00e0 l\u2019usage d\u2019un auditoire hostile (aux \u00c9tats-Unis, la philosophie est l\u2019une des disciplines o\u00f9 les Noirs sont les plus sous-repr\u00e9sent\u00e9s), Mills d\u00e9tourne la notion bien connue de \u00ab\u00a0contrat social\u00a0\u00bb. Cette notion d\u00e9signe, depuis\u00a0<strong>Jean-Jacques Rousseau<\/strong>, un accord primordial fictif, fondateur de la soci\u00e9t\u00e9, au moyen duquel chacun\u00a0<em>\u00ab\u00a0met en commun sa personne et toute sa puissance sous la supr\u00eame direction de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale\u00a0; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout\u00a0\u00bb<\/em>. Par-l\u00e0, en somme, chaque personne reconna\u00eet l\u2019existence de la soci\u00e9t\u00e9 et consent \u00e0 vivre en soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Pour Mills,<\/strong>\u00a0au regard de l\u2019histoire, un tel contrat doit \u00e9galement \u00eatre compris comme un contrat racial o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 en question est une soci\u00e9t\u00e9 blanche. Il est impossible d\u2019abstraire la th\u00e9orie du contexte esclavagiste, colonialiste ou raciste o\u00f9 elle est formul\u00e9e et o\u00f9 nous la recevons. La notion de contrat racial vise \u00e0 d\u00e9crire l\u2019envers ou plus exactement la logique sous-jacente au contrat social \u00e0 laquelle les philosophes europ\u00e9ens sont demeur\u00e9s aveugles.<\/p>\n<p><strong>Pour Mills,<\/strong>\u00a0les philosophies du contrat social sont fond\u00e9es sur le pr\u00e9suppos\u00e9 que ses b\u00e9n\u00e9ficiaires sont blancs\u00a0; les autres n\u2019entrent pas en ligne de compte. Au moment o\u00f9 Rousseau \u00e9labore sa philosophie politique, le\u00a0<i>Code Noir\u00a0<\/i>qui r\u00e9git l\u2019esclavagisme n\u00e9grier est en vigueur depuis trois quarts de si\u00e8cle. Pourtant, le seul esclavage dont parlent ses \u00e9crits est celui, tout m\u00e9taphorique, qui soumet les sujets europ\u00e9ens \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019un monarque. La philosophie de l\u2019\u00e9mancipation n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e pour la lib\u00e9ration des esclaves et des colonis\u00e9s\u00a0; elle envisage des Blancs pour seuls b\u00e9n\u00e9ficiaires possibles.<\/p>\n<h2>Le fonctionnement du \u201ccontrat racial\u201d<\/h2>\n<p><strong>L\u2019exemple du\u00a0<i>Code Noir<\/i>,<\/strong>\u00a0mais il y en aurait d\u2019autres, montre que si la notion de contrat social rel\u00e8ve de la fiction th\u00e9orique et ne se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 aucun acte l\u00e9gislatif \u00e9tabli dans l\u2019histoire, les manifestations du contrat racial sont pour leur part tout \u00e0 fait concr\u00e8tes, r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et explicites. Dans de nombreux contextes, de nombreuses disciplines, savants et politiques, religieux et juristes, se sont rassembl\u00e9s pour \u00e9tablir la diff\u00e9rence fondamentale entre les Europ\u00e9ens et les autres \u2013 entre les Blancs et le reste. Le droit des \u00e9trangers que les citoyens europ\u00e9ens ont appris \u00e0 tenir pour allant de soi n\u2019est qu\u2019un avatar contemporain du contrat racial.<\/p>\n<p><strong>Pour Mills, il se d\u00e9ploie \u00e0 trois niveaux compl\u00e9mentaires et entrelac\u00e9s.\u00a0<\/strong>Le premier niveau est\u00a0<strong><i>politique<\/i><\/strong>\u00a0et d\u00e9signe un accord sur les origines de l\u2019\u00c9tat qui implique toujours une fondation coloniale. Elle peut prendre la forme d\u2019un colonialisme de peuplement (comme les \u00c9tats des Am\u00e9riques, l\u2019Australie ou la Nouvelle-Z\u00e9lande par exemple) ou d\u2019une domination et d\u2019une exploitation coloniale de type imp\u00e9rial justifi\u00e9e par une mission civilisatrice (comme en France, au Royaume-Uni, en Belgique, etc.).<\/p>\n<p><strong>Le second niveau\u00a0<\/strong>est\u00a0<strong><i>moral<\/i><\/strong>\u00a0et concerne un accord sur les principes \u00e9thiques fondamentaux de la soci\u00e9t\u00e9. Sa logique sous-jacente repose sur une distinction entre les Blancs, consid\u00e9r\u00e9es comme des personnes, et les autres, rel\u00e9gu\u00e9s au statut de non-personnes. Si les principes g\u00e9n\u00e9reux inscrits dans la D\u00e9claration d\u2019Ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine ou les constitutions des \u00c9tats modernes semblent incarner des principes universels de justice, c\u2019est qu\u2019ils laissent dans l\u2019ombre qu\u2019ils visent \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier aux seules \u00ab\u00a0personnes\u00a0\u00bb pleinement reconnues comme telles.<\/p>\n<p><strong>Le dernier niveau<\/strong>\u00a0est\u00a0<strong><i>\u00e9pist\u00e9mologique<\/i><\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire li\u00e9 \u00e0 la connaissance, et d\u00e9signe un accord tacite pour garantir la m\u00e9compr\u00e9hension des questions raciales dans la soci\u00e9t\u00e9. Les non-personnes exclues des b\u00e9n\u00e9fices du contrat racial sont ainsi caricatur\u00e9es, tenues pour irrationnelles et assimil\u00e9es \u00e0 des images fantasmatiques, ce qui l\u00e9gitime leur position subordonn\u00e9e. Le contrat racial implique ainsi une\u00a0<i>ignorance blanche<\/i>, qui maquille un ordre injuste en n\u00e9cessit\u00e9 due aux incapacit\u00e9s des sujets non blancs.<\/p>\n<h2>Vers une nouvelle tradition politique\u00a0?<\/h2>\n<p><strong>Malgr\u00e9 la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de ses critiques de la tradition politique occidentale,<\/strong>\u00a0Mills a toujours cherch\u00e9 un terrain d\u2019entente entre la tradition radicale noire et la modernit\u00e9 lib\u00e9rale europ\u00e9enne.\u00a0<i>Le Contrat Racial<\/i>\u00a0se conclut comme un plaidoyer pour un renouveau des Lumi\u00e8res et son dernier ouvrage paru,\u00a0<i>Black Rights\/White Wrongs\u00a0<\/i>(2017) ambitionnait de reformuler le projet du lib\u00e9ralisme politique sur des bases plus \u00e9galitaires. Mills est un auteur complexe qui nous enseigne que la question raciale n\u2019est pas un probl\u00e8me marginal mais un n\u0153ud \u00e0 partir duquel l\u2019ensemble de la tradition philosophique peut lue \u00e0 nouveaux frais. Souhaitons que la traduction de son ouvrage phare rencontre en France l\u2019accueil qu\u2019elle m\u00e9rite et irrigue des d\u00e9bats th\u00e9oriques sur la supr\u00e9matie blanche trop souvent h\u00e2tifs et mal inform\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"alt\"><em>Le Contrat racial<\/em>, de Charles W. Mills, traduit par A. Ndiaye, vient de para\u00eetre aux \u00c9ditions M\u00e9moire d\u2019encrier.\u00a0<a href=\"http:\/\/memoiredencrier.com\/le-contrat-racial\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">204 p., 20\u20ac, disponible ici.<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par G\u00e0bor TVERDOTA Compte-rendu de l\u2019ouvrage de Charles W. Mills,\u00a0Le contrat racial, traduit de l\u2019anglais (\u00c9tats-Unis) par Aly Ndiaye alias Webster, Montr\u00e9al (Qu\u00e9bec), 2023, 204 pp. Qu\u2019est-ce qui explique la persistance et l\u2019ubiquit\u00e9 du racisme dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales contemporaines, r\u00e9put\u00e9es libres et d\u00e9mocratiques ? Comment se fait-il que des \u00c9tats qui se veulent fond\u00e9s &#8230; <a title=\"LIVRE-EXAMEN : UNE TH\u00c9ORIE CONTRACTUALISTE DE LA DOMINATION RACIALE\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=6662\" aria-label=\"En savoir plus sur LIVRE-EXAMEN : UNE TH\u00c9ORIE CONTRACTUALISTE DE LA DOMINATION RACIALE\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[36,7,18,28],"tags":[],"class_list":["post-6662","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-europe","category-negrophobie","category-resistance-bruxelles","category-racismes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6662","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6662"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6662\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6666,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6662\/revisions\/6666"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6662"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6662"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6662"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}