{"id":6814,"date":"2026-06-13T11:25:35","date_gmt":"2026-06-13T10:25:35","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=6814"},"modified":"2026-06-13T13:53:34","modified_gmt":"2026-06-13T12:53:34","slug":"bruxelles-la-coupe-du-monde-et-la-hierarchie-des-joies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=6814","title":{"rendered":"Bruxelles, la Coupe du monde et la hi\u00e9rarchie des joies"},"content":{"rendered":"<p>En ce d\u00e9but de Coupe du monde, les images r\u00e9centes des c\u00e9l\u00e9brations de la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des Champions viennent rappeler quelque chose de tr\u00e8s simple et de tr\u00e8s politique \u00e0 la fois : tout le monde n\u2019a pas le droit \u00e0 la f\u00eate.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/certaines-rues-de-bruxelles-etaient-sans-dessus-dessous-ce-dimanche-soir-apres-les-heurts-de-l-apres-midi-photo-sipa-geert-vanden-wijngaert-1669582886.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-6816 size-full\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/certaines-rues-de-bruxelles-etaient-sans-dessus-dessous-ce-dimanche-soir-apres-les-heurts-de-l-apres-midi-photo-sipa-geert-vanden-wijngaert-1669582886.jpg\" alt=\"\" width=\"1600\" height=\"1067\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/certaines-rues-de-bruxelles-etaient-sans-dessus-dessous-ce-dimanche-soir-apres-les-heurts-de-l-apres-midi-photo-sipa-geert-vanden-wijngaert-1669582886.jpg 1600w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/certaines-rues-de-bruxelles-etaient-sans-dessus-dessous-ce-dimanche-soir-apres-les-heurts-de-l-apres-midi-photo-sipa-geert-vanden-wijngaert-1669582886-300x200.jpg 300w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/certaines-rues-de-bruxelles-etaient-sans-dessus-dessous-ce-dimanche-soir-apres-les-heurts-de-l-apres-midi-photo-sipa-geert-vanden-wijngaert-1669582886-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/certaines-rues-de-bruxelles-etaient-sans-dessus-dessous-ce-dimanche-soir-apres-les-heurts-de-l-apres-midi-photo-sipa-geert-vanden-wijngaert-1669582886-768x512.jpg 768w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/certaines-rues-de-bruxelles-etaient-sans-dessus-dessous-ce-dimanche-soir-apres-les-heurts-de-l-apres-midi-photo-sipa-geert-vanden-wijngaert-1669582886-1536x1024.jpg 1536w\" sizes=\"(max-width: 1600px) 100vw, 1600px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>M\u00e9caniques narratives\u00a0: le probl\u00e8me marocain.<\/strong><\/p>\n<p>Les rues de Bruxelles, comme celles de Paris, deviennent des espaces disput\u00e9s. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, une population diverse, compos\u00e9e de jeunes issus des diasporas marocaines, congolaises, s\u00e9n\u00e9galaises, turques, etc., qui investissent la rue comme espace d\u2019expression joyeuse. De l\u2019autre, un appareil institutionnel qui oscille entre tol\u00e9rance encadr\u00e9e pour les blancs et r\u00e9flexe de fermeture : stations de m\u00e9tro bloqu\u00e9es, pr\u00e9sence polici\u00e8re massive, zones interdites, dispositifs pr\u00e9ventifs qui transforment la c\u00e9l\u00e9bration en suspicion pour les Noirs et les Arabes.<\/p>\n<p>En ce d\u00e9but de Coupe du monde, et dans le prolongement des c\u00e9l\u00e9brations r\u00e9centes autour des grandes comp\u00e9titions europ\u00e9ennes, une sc\u00e8ne se r\u00e9p\u00e8te d\u00e9j\u00e0 dans les esprits des autorit\u00e9s : drapeaux rouges, klaxons, regroupements dans les quartiers populaires, joie collective d\u00e9bordante. Et, sc\u00e9nario automatis\u00e9, imm\u00e9diatement derri\u00e8re cette image, une autre sc\u00e8ne est anticip\u00e9e : police, fermeture de stations, encadrement massif, discours sur les \u201crisques de d\u00e9bordement \u00bb. La f\u00eate doit se transformer en probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Dans ce climat, chaque incident devient imm\u00e9diatement interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 travers un r\u00e9cit pr\u00e9-\u00e9crit. Chaque incident abondamment relay\u00e9 par presse et r\u00e9seaux sociaux fait office de d\u00e9clencheur\u00a0: affrontements ponctuels en marges du suport\u00e9risme marocain, d\u00e9gradations ou interventions polici\u00e8res font l\u2019objet de signalement de port\u00e9e nationale si ils \u00e9manent de quartiers de Molenbeek ou du centre-ville de Bruxelles. Et \u00e0 ce jeu, les sc\u00e8nes internationales sont mobilis\u00e9es. Les c\u00e9l\u00e9brations de la victoire du PSG en Ligue des Champions ont rappel\u00e9 une sc\u00e8ne d\u00e9sormais famili\u00e8re : euphorie populaire, circulation massive dans les rues depuis les quartiers populaires vers le centre, puis intervention polici\u00e8re, brutale, disproportionn\u00e9e. Le club Paris Saint-Germain, en tant qu\u2019objet globalis\u00e9, produit lui aussi des affects locaux extr\u00eamement intenses, extr\u00eamement reli\u00e9s \u00e0 des pr\u00e9sences noires et arabes dans l\u2019\u00e9quipe comme dans le Grand Paris.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, une narration globale s\u2019enclenche, celle du \u201cprobl\u00e8me marocain\u201d dans l\u2019espace public bruxellois. Et les r\u00e9ponses sont d\u00e9j\u00e0-l\u00e0, toutes pr\u00eates. Le r\u00e9cit pr\u00e9c\u00e9dait les incidents\u00a0; les solutions pr\u00e9c\u00e9daient le r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Ce qui est sociologiquement int\u00e9ressant, c\u2019est moins l\u2019incident isol\u00e9 que sa traduction imm\u00e9diate en cat\u00e9gorie : \u201csupporters marocains = risque=&gt;dispositif\u201d ou plut\u00f4t dispositif puisque risque, la preuve\u00a0: incident.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs dans cette logique, n\u2019importent pas les contextes pr\u00e9cis des dits incidents, leur h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse de f\u00eates, de provocations d\u2019autres groupes, de pr\u00e9sence de hooligans ext\u00e9rieurs, de tensions inter-supporters, encore moins les questions de classes et de racisme, tous finissent par \u00eatre rabattus sur une seule identit\u00e9 collective.<\/p>\n<p>Cette construction n\u2019est possible, ne devient logique que si elle s\u2019inscrit dans une mani\u00e8re de gouverner les quartiers populaires comme des zones de pr\u00e9vention permanente. Dans cette logique, la jeunesse marocaine de Bruxelles n\u2019est pas seulement per\u00e7ue comme une population festive, mais comme une population \u00e0 encadrer. Ce qui est en jeu ici n\u2019est pas la f\u00eate en elle-m\u00eame. C\u2019est la mani\u00e8re dont une partie de la jeunesse marocaine de Bruxelles est construite comme probl\u00e8me public d\u00e8s qu\u2019elle devient visible en collectif.<\/p>\n<p>\u00c0 Bruxelles, la pr\u00e9sence marocaine n\u2019est pas une simple donn\u00e9e d\u00e9mographique. Elle s\u2019inscrit dans une histoire sociale longue, dans les trajectoires migratoires, les quartiers ouvriers, les mines, les chantiers, les services urbains, et aujourd\u2019hui dans les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations n\u00e9es ici.<\/p>\n<p>Mais cette pr\u00e9sence reste souvent trait\u00e9e comme une alt\u00e9rit\u00e9 permanente. M\u00eame quand elle c\u00e9l\u00e8bre, m\u00eame quand elle gagne, m\u00eame quand elle exprime de la joie, elle est renvoy\u00e9e \u00e0 une suspicion structurelle.<\/p>\n<p><strong>Les politiques de la joie\u00a0: doubles standards d\u2019une ville-monde.<\/strong><\/p>\n<p>La participation du Maroc \u00e0 la Coupe du monde agit comme un r\u00e9v\u00e9lateur. Elle transforme des quartiers entiers de Bruxelles en espaces de projection affective et politique. Molenbeek, Anderlecht, Schaerbeek deviennent des prolongements symboliques du Maroc, non pas dans une logique d\u2019exclusion, mais dans une logique diasporique de fiert\u00e9 et de continuit\u00e9.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence du Maroc \u00e0 la Coupe du monde r\u00e9active une dimension profond\u00e9ment diasporique du football. Le soutien \u00e0 l\u2019\u00e9quipe nationale marocaine d\u00e9passe largement les fronti\u00e8res du territoire marocain. Il traverse les quartiers de Molenbeek, Anderlecht, Schaerbeek, mais aussi les centres-villes et les p\u00e9riph\u00e9ries sociales. Le foot fait sentir ces d\u00e9placements de centralis\u00e9e, les territoires transnational d\u2019une ville.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, l\u2019\u00e9quipe nationale marocaine de football devient bien plus qu\u2019une \u00e9quipe sportive : elle fonctionne comme un support d\u2019affirmation transnationale, un espace symbolique o\u00f9 se rejouent des appartenances multiples, parfois contradictoires, mais profond\u00e9ment ancr\u00e9es dans l\u2019histoire coloniale et postcoloniale europ\u00e9enne. Les comp\u00e9titions internationales sont des moments o\u00f9 les identit\u00e9s migrantes deviennent visibles, non pas comme probl\u00e8mes sociaux, mais comme forces culturelles et comme corps actifs dans la fabrique urbaine.<\/p>\n<p>Mais cette continuit\u00e9 est constamment mal lue par les institutions. A Bruxelles, la joie marocaine, c&rsquo;est avant tout un risque. Quand des supporters belges f\u00eatent une victoire dans des quartiers centraux, cela devient \u201cambiance festive\u201d. Quand des jeunes marocains f\u00eatent une victoire internationale, cela devient \u201ctensions\u201d, \u201cd\u00e9bordements\u201d, \u201cintervention n\u00e9cessaire\u201d.<\/p>\n<p>Ce double standard n\u2019est pas un accident. Il est structurel. Il est le produit d\u2019une longue histoire coloniale o\u00f9 les populations issues des anciennes migrations coloniales sont encore per\u00e7ues \u00e0 travers un prisme de contr\u00f4le.<\/p>\n<p>La gestion des foules dans les quartiers populaires s\u2019appuie sur une logique pr\u00e9ventive de suspicion : on ne r\u00e9agit pas \u00e0 des actes, on anticipe des comportements suppos\u00e9s. Il y a, mais sans le nommer comme tel \u00ab\u00c9tat d\u2019urgence\u00a0\u00bb. C\u2019est que cette jeunesse est \u00e0 la fois visible dans l\u2019espace public et, conditions\u00a0 immigr\u00e9e (Sayad) jamais pleinement l\u00e9gitime dans ses usages. Il faut la surencadrer comme menace potentielle \u00e0 un Nous civilis\u00e9. Ainsi \u00e0 chaque grand \u00e9v\u00e9nement sportif \u2013 Coupe du monde \u2013 la m\u00eame question revient : la ville autorise-t-elle la f\u00eate, la tol\u00e8re-t-elle sous surveillance ou sera-t-elle r\u00e9prim\u00e9e (gazage, autopompe, \u2026) ?<\/p>\n<p>Et cette question s\u2019accompagne de dispositifs porteurs de tensions, de charges polici\u00e8res, auxquels r\u00e9pondent des jets de projectiles , le tout d\u00e9bouchant sur une \u00ab\u00a0 dispersion \u00bb des foules et donc des corps et de leurs affirmations.<\/p>\n<p>La ville de Bruxelles, en tant que Brussels, est souvent d\u00e9crite comme \u00ab multiculturelle \u00bb comme il se doit d&rsquo;une cit\u00e9 qui se veut m\u00e9tropole. Mais ce multiculturalisme n\u2019est que rarement pens\u00e9 comme un droit \u00e0 la pr\u00e9sence \u00e9galitaire dans l\u2019espace public. Il est plut\u00f4t g\u00e9r\u00e9 comme une cohabitation fragile, n\u00e9cessitant encadrement, pr\u00e9vention et filtrage.<\/p>\n<p>Or, la Coupe du monde \u2013 et particuli\u00e8rement la participation du Maroc, mais \u00e9galement cette ann\u00e9e, celle du Congo \u00e0 la FIFA World Cup \u2013 transforme cette cohabitation en visibilit\u00e9 massive. Elle rend soudainement audible et visible une jeunesse issue des migrations postcoloniales, qui occupe les rues non pas dans une revendication politique classique, mais dans une forme d\u2019une pr\u00e9sence insistante, manifest\u00e9e par une joie collective difficilement contr\u00f4lable.<\/p>\n<p>Ah si seulement ils pouvaient ne s\u2019exprimer que dans le cadre des lieux et des horaires pr\u00e9vus, dans les dispositifs d\u2019autopromotion de la diversit\u00e9 belge, dans le festival ad hoc ou la comm\u00e9moration encadr\u00e9e. Et peu importe d\u2019ailleurs si ces espaces aussi, ils ont d\u00fb les arracher. Non, pas de joyeux impr\u00e9vus ici qui ne soit a priori suspect.<\/p>\n<p>Na\u00efvement nous pourrions nous demander : mais o\u00f9 sont les dispositions facilitant ces moments de f\u00eate et d\u2019expressions\u00a0? O\u00f9 sont les d\u00e9cors dont les autorit\u00e9s sont capables pour tel ou tel \u00e9v\u00e9nement culturel\u00a0? Comment prolonger la pr\u00e9sence dans l\u2019espace public, faciliter les \u00e9changes, permettre la vivacit\u00e9 des espaces publics dont d\u2019aucun, parfois les m\u00eames, se lamentent du d\u00e9clin.<\/p>\n<p>Mais non, les espaces publics de la ville-monde se vivent avant tout sous condition de contr\u00f4le racial.<\/p>\n<p><strong>Pour une politique de la joie \u00e9galitaire<\/strong><\/p>\n<p>Mais si les narrations et leurs dispositifs se r\u00e9p\u00e8tent, l\u2019histoire ne recommence jamais \u00e0 z\u00e9ro du point de vue de qui la subit. Les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes ont laiss\u00e9 des traces, celles accumul\u00e9es par les strat\u00e9gies de confinement urbain (fermeture des stations de m\u00e9tro, interdiction des rassemblements, massification polici\u00e8re) au rythme de matchs internationaux. Ces \u00e9v\u00e9nements ont \u00e9t\u00e9 v\u00e9cus par une partie de la jeunesse comme ce qu\u2019ils sont, une forme de mise \u00e0 distance symbolique. Et avec elle cette question qui tourne et retourne n\u00e9cessairement dans les t\u00eates\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0Qui a le droit de f\u00eater dans la rue sans \u00eatre suspect\u00e9 ? Qui peut occuper l\u2019espace public sans \u00eatre imm\u00e9diatement associ\u00e9 au d\u00e9sordre ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La question centrale pos\u00e9e \u00e0 Bruxelles aujourd\u2019hui est simple : va-t-on r\u00e9p\u00e9ter le sc\u00e9nario de la gestion par crise ou construire une politique anticip\u00e9e de la f\u00eate ?<\/p>\n<p>Anticiper ne signifie pas contr\u00f4ler davantage. Cela signifie reconna\u00eetre en amont les besoins sociaux et culturels de c\u00e9l\u00e9bration. Cela implique de penser des espaces d\u00e9di\u00e9s, ouverts, s\u00e9curis\u00e9s non pas par la r\u00e9pression mais par l\u2019organisation collective.<\/p>\n<p>Des lieux comme des zones publiques am\u00e9nag\u00e9es, des places ouvertes ou des espaces p\u00e9riph\u00e9riques adapt\u00e9s pourraient \u00eatre pens\u00e9s comme des \u00ab zones de f\u00eate l\u00e9gitime \u00bb, o\u00f9 la concentration de personnes ne serait pas imm\u00e9diatement assimil\u00e9e \u00e0 un danger.<\/p>\n<p>La reconnaissance de la fonction sociale de la rue comme espace d\u2019expression collective r\u00e9duit significativement les tensions polici\u00e8res et les incidents li\u00e9s aux foules.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019il s\u2019agit de saisir, c\u2019est l\u2019occasion que donne le football. Bruxelles est d\u00e9j\u00e0 une ville-monde. Mais elle reste une ville o\u00f9 la multiculturalit\u00e9 est accept\u00e9e tant qu\u2019elle reste discr\u00e8te, distribu\u00e9e, non excessive. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que le football mondial vient briser car, les jours de Coupe du monde, les corps deviennent visibles, les drapeaux ornent les fa\u00e7ades, les klaxons transforment la circulation urbaine en langage collectif. Cette transformation temporaire r\u00e9v\u00e8le une v\u00e9rit\u00e9 politique : la ville appartient aussi \u00e0 celles et ceux qu\u2019on voit rarement dans les dispositifs de repr\u00e9sentation institutionnelle.<\/p>\n<p>La question n\u2019est donc pas seulement celle de la s\u00e9curit\u00e9, mais celle de l\u2019\u00e9galit\u00e9 urbaine. Une ville qui accepte la diversit\u00e9 culturelle doit aussi accepter ses formes d\u2019expression les plus bruyantes, les plus spontan\u00e9es, les plus impr\u00e9visibles.<\/p>\n<p>Refuser cela, ou le conditionner \u00e0 des dispositifs de contr\u00f4le syst\u00e9matique, revient \u00e0 maintenir une hi\u00e9rarchie implicite entre les types de populations et les types de joies autoris\u00e9es.<\/p>\n<p>La Coupe du monde \u00e0 venir sera donc un test politique pour Bruxelles : une ville capable de penser la f\u00eate comme droit collectif, ou une ville qui continue \u00e0 g\u00e9rer la joie populaire comme un probl\u00e8me d\u2019ordre public. La r\u00e9alit\u00e9 est simple et exigeante : la ville est d\u00e9j\u00e0 travers\u00e9e par des appartenances multiples, et ces appartenances ne disparaissent pas dans la c\u00e9l\u00e9bration footballistique, elles s\u2019y expriment pleinement.<\/p>\n<p>La vraie question n\u2019est donc pas de savoir si la jeunesse marocaine de Bruxelles va c\u00e9l\u00e9brer.<\/p>\n<p>Elle le fera.<\/p>\n<p>La vraie question est de savoir si cette c\u00e9l\u00e9bration sera enfin reconnue comme une forme l\u00e9gitime d\u2019occupation de la ville, ou si elle continuera \u00e0 \u00eatre trait\u00e9e comme une anomalie \u00e0 contr\u00f4ler.<\/p>\n<p>Et c\u2019est l\u00e0, pr\u00e9cis\u00e9ment, que se joue une partie silencieuse mais d\u00e9cisive de la d\u00e9mocratie urbaine bruxelloise.<\/p>\n<p>Une politique urbaine antiraciste de la f\u00eate devrait partir d\u2019un principe simple : la c\u00e9l\u00e9bration collective n\u2019est pas un risque en soi.<\/p>\n<p>Elle n\u00e9cessite de l\u2019organisation, pas de la suspicion.<\/p>\n<p>Que cela devienne un entra\u00eenement non raciste, une mani\u00e8re d\u2019enclencher un changement de regard sur les jeunesses issues des migrations marocaines, et par extension sur les jeunesses issues d\u2019autres migrations postcoloniales en particulier africaines: non pas comme probl\u00e8me r\u00e9current, mais comme partie constitutive de la ville. Et en cette urgente mati\u00e8re, chaque occasion doit \u00eatre saisie.<\/p>\n<p><span class=\"gmail_signature_prefix\">&#8212;<\/span><\/p>\n<div class=\"gmail_signature\" dir=\"ltr\">\n<div dir=\"ltr\">\n<div>\n<div dir=\"ltr\"><b>Nordine Sa\u00efdi<br \/>\n<a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Bruxelles Panth\u00e8res<\/a><\/b><br \/>\n<i>\u00ab\u00a0La libert\u00e9, la justice et l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, par tous les moyens n\u00e9cessaires !\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Malcolm X<a href=\"http:\/\/mcpalestine.canalblog.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Mouvement Citoyen Palestine<\/a><i>\u00ab L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 ou rien \u00bb\u00a0<\/i>Edward Said<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En ce d\u00e9but de Coupe du monde, les images r\u00e9centes des c\u00e9l\u00e9brations de la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des Champions viennent rappeler quelque chose de tr\u00e8s simple et de tr\u00e8s politique \u00e0 la fois : tout le monde n\u2019a pas le droit \u00e0 la f\u00eate.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4626,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[539,24],"tags":[31,726,30],"class_list":["post-6814","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-belgique","category-belgique-maroc","tag-belgique","tag-foot","tag-maroc"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6814","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6814"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6814\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6822,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6814\/revisions\/6822"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4626"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6814"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6814"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6814"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}