{"id":6994,"date":"2026-10-11T16:44:15","date_gmt":"2026-10-11T15:44:15","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=6994"},"modified":"2026-10-24T16:53:48","modified_gmt":"2026-10-24T15:53:48","slug":"le-privilege-de-douter-le-prix-de-mourir-joel-kotek-et-la-bataille-politique-autour-du-genocide-a-gaza","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=6994","title":{"rendered":"Le privil\u00e8ge de douter, le prix de mourir : Jo\u00ebl Kotek et la bataille politique autour du g\u00e9nocide \u00e0 Gaza"},"content":{"rendered":"<p>Jo\u00ebl Kotek vient une nouvelle fois nous expliquer que Gaza ne serait pas un g\u00e9nocide.<\/p>\n<p>Il faut prendre son argument au s\u00e9rieux.<\/p>\n<p>Pas parce qu\u2019il serait juridiquement convaincant.<\/p>\n<p>Mais parce qu\u2019il est politiquement r\u00e9v\u00e9lateur.<\/p>\n<p>R\u00e9v\u00e9lateur de la mani\u00e8re dont une partie de l\u2019espace intellectuel europ\u00e9en continue \u00e0 regarder la violence coloniale depuis le point de vue du pouvoir qui la produit, et non depuis celui des populations qui la subissent.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<div class=\"x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a\">\n<div dir=\"auto\">\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/latuff.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5992\" src=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/latuff.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/latuff.jpg 1200w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/latuff-300x200.jpg 300w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/latuff-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/latuff-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Et surtout, il y a un probl\u00e8me assez embarrassant pour quelqu\u2019un qui se pr\u00e9sente comme sp\u00e9cialiste des g\u00e9nocides : sa d\u00e9finition du g\u00e9nocide a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 frontalement contest\u00e9e par trois chercheurs du Centre de droit international de l\u2019ULB.<\/p>\n<p>Pas par trois militants anonymes sur Facebook.<\/p>\n<p>Pas par \u00ab des propalestiniens \u00bb.<\/p>\n<p>Pas par une quelconque organisation politique.<\/p>\n<p>Par Mona Aviat, Stefano D\u2019Aloia et Kheda Djanaralieva, chercheurs du Centre de droit international de l\u2019Universit\u00e9 libre de Bruxelles.<\/p>\n<p>Le 2 ao\u00fbt 2024, ils publiaient dans La Libre une carte blanche intitul\u00e9e :<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 chacun sa d\u00e9finition de \u201cg\u00e9nocide\u201d ? \u00bb<\/p>\n<p>Et leur texte r\u00e9pondait directement \u00e0 Jo\u00ebl Kotek et Viviane Teitelbaum. Le Centre de droit international de l\u2019ULB archive lui-m\u00eame cette publication dans ses archives scientifiques et journalistiques.<\/p>\n<p>Leur critique est particuli\u00e8rement importante.<\/p>\n<p>Parce qu\u2019elle touche au c\u0153ur de l\u2019argumentation de Kotek.<\/p>\n<p>Kotek et Teitelbaum pr\u00e9tendaient notamment qu\u2019il n\u2019y avait pas suffisamment de morts \u00e0 Gaza pour parler de g\u00e9nocide et \u00e9voquaient, pour comparer avec les g\u00e9nocides du XXe si\u00e8cle, des destructions de l\u2019ordre de 80 ou 90 %.<\/p>\n<p>Les trois chercheurs de l\u2019ULB r\u00e9pondent :<\/p>\n<p>ce seuil n\u2019existe pas dans le droit international.<\/p>\n<p>Il n\u2019existe aucun bouton juridique :<\/p>\n<p>20 % : massacre.<\/p>\n<p>50 % : crime contre l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>80 % : g\u00e9nocide.<\/p>\n<p>90 % : g\u00e9nocide incontestable.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas comme cela que fonctionne la Convention de 1948.<\/p>\n<p>L\u2019article II parle d\u2019actes commis avec \u00ab l\u2019intention de d\u00e9truire, en tout ou en partie \u00bb un groupe national, ethnique, racial ou religieux.<\/p>\n<p>Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que le raisonnement de Kotek devient probl\u00e9matique.<\/p>\n<p>Les trois chercheurs expliquent que la jurisprudence internationale ne fixe aucun pourcentage de population qu\u2019il faudrait exterminer.<\/p>\n<p>Elle parle notamment d\u2019une partie \u00ab substantielle \u00bb du groupe vis\u00e9.<\/p>\n<p>Et ils donnent un exemple que Kotek, en tant que sp\u00e9cialiste des g\u00e9nocides, conna\u00eet \u00e9videmment :<\/p>\n<p>Srebrenica.<\/p>\n<p>Plus de 8 000 Bosniaques musulmans y ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s.<\/p>\n<p>Les Bosniaques musulmans pr\u00e9sents dans la zone et vis\u00e9s par les attaques \u00e9taient environ 40 000.<\/p>\n<p>Cela repr\u00e9sente environ 20 %.<\/p>\n<p>Et pourtant, Srebrenica a \u00e9t\u00e9 juridiquement qualifi\u00e9e de g\u00e9nocide par le Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie et par la Cour internationale de Justice.<\/p>\n<p>Donc non :<\/p>\n<p>il n\u2019existe pas de seuil magique de 80 ou 90 %.<\/p>\n<p>Et surtout, le droit ne demande pas que l\u2019ensemble du groupe soit physiquement d\u00e9truit.<\/p>\n<p>Il parle de la destruction \u00ab en tout ou en partie \u00bb.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 le premier probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Mais il y en a un deuxi\u00e8me, encore plus r\u00e9v\u00e9lateur politiquement.<\/p>\n<p>Dans leur carte blanche, Aviat, D\u2019Aloia et Djanaralieva montrent que le raisonnement de Kotek et Teitelbaum tend \u00e9galement \u00e0 construire une opposition entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, un \u00c9tat suppos\u00e9ment soumis au droit et, de l\u2019autre, une population qui devrait \u00eatre suffisamment innocente, d\u00e9sarm\u00e9e et \u00ab respectueuse des lois \u00bb pour b\u00e9n\u00e9ficier de la protection du droit international.<\/p>\n<p>Et l\u00e0, il faut rappeler une \u00e9vidence fondamentale :<\/p>\n<p>le droit international humanitaire ne fonctionne pas selon le principe : \u00ab vous \u00eates innocents, donc nous vous prot\u00e9geons \u00bb.<\/p>\n<p>Les civils ne perdent pas leur protection parce qu&rsquo;un membre du groupe auquel ils appartiennent est arm\u00e9.<\/p>\n<p>Un enfant palestinien ne devient pas une cible l\u00e9gitime parce que le Hamas existe.<\/p>\n<p>Une famille palestinienne ne perd pas ses droits fondamentaux parce qu\u2019un combattant palestinien a commis un crime.<\/p>\n<p>Un peuple sous occupation ne perd pas son statut de population prot\u00e9g\u00e9e parce qu\u2019une organisation arm\u00e9e combat l\u2019occupant.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela que le droit international humanitaire existe.<\/p>\n<p>Sinon, il suffirait \u00e0 tout \u00c9tat engag\u00e9 dans une guerre de d\u00e9signer toute une population comme complice de son ennemi pour transformer les civils en populations juridiquement suspectes.<\/p>\n<p>Et cette logique a une histoire.<\/p>\n<p>Elle s&rsquo;appelle la racialisation de l&rsquo;ennemi.<\/p>\n<p>Elle consiste \u00e0 transformer une population en probl\u00e8me collectif : les Palestiniens deviennent \u00ab le Hamas \u00bb, les musulmans deviennent \u00ab l&rsquo;islamisme \u00bb, les migrants deviennent \u00ab l&rsquo;immigration \u00bb, les quartiers populaires deviennent \u00ab le narcotrafic \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;individu dispara\u00eet.<\/p>\n<p>Le groupe devient suspect.<\/p>\n<p>Et une fois que le groupe entier devient suspect, la violence exerc\u00e9e contre lui devient plus facilement pr\u00e9sent\u00e9e comme n\u00e9cessaire, d\u00e9fensive ou proportionn\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 qu\u2019une lecture d\u00e9coloniale du droit international devient indispensable.<\/p>\n<p>Parce que le probl\u00e8me n&rsquo;est pas seulement ce que dit le droit.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me est aussi de savoir qui est autoris\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir les cat\u00e9gories juridiques, qui est consid\u00e9r\u00e9 comme sujet de droit, qui est consid\u00e9r\u00e9 comme menace, et depuis quel rapport de pouvoir on interpr\u00e8te la violence.<\/p>\n<p>Pendant des d\u00e9cennies, le vocabulaire colonial a permis de parler de \u00ab pacification \u00bb, de \u00ab maintien de l&rsquo;ordre \u00bb, de \u00ab lutte contre les indig\u00e8nes \u00bb, de \u00ab repr\u00e9sailles \u00bb, de \u00ab s\u00e9curit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Le vocabulaire change.<\/p>\n<p>La structure du pouvoir, elle, peut rester.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, on parle de \u00ab s\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;Isra\u00ebl \u00bb, de \u00ab guerre contre le Hamas \u00bb, de \u00ab boucliers humains \u00bb, de \u00ab dommages collat\u00e9raux \u00bb.<\/p>\n<p>Et pendant ce temps, on demande aux Palestiniens de prouver qu&rsquo;ils sont suffisamment innocents pour m\u00e9riter le statut de victimes.<\/p>\n<p>C&rsquo;est exactement cette inversion qu&rsquo;il faut combattre.<\/p>\n<p>La victime palestinienne ne doit pas passer un examen de respectabilit\u00e9 avant d&rsquo;avoir droit au droit.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est l\u00e0 que la rh\u00e9torique de Kotek devient politiquement int\u00e9ressante.<\/p>\n<p>Parce qu&rsquo;il ne se contente pas de dire :<\/p>\n<p>\u00ab Je ne suis pas convaincu que l&rsquo;intention g\u00e9nocidaire soit d\u00e9montr\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Cette position-l\u00e0 peut \u00eatre discut\u00e9e s\u00e9rieusement.<\/p>\n<p>Il construit une d\u00e9monstration beaucoup plus ambitieuse : il pr\u00e9tend \u00e9tablir que le cas de Gaza ne pourrait pas correspondre \u00e0 la cat\u00e9gorie du g\u00e9nocide.<\/p>\n<p>Et pour y parvenir, il mobilise une d\u00e9finition restrictive que trois chercheurs de son propre environnement universitaire ont contest\u00e9e.<\/p>\n<p>C&rsquo;est cela qu&rsquo;il faut mettre au centre du d\u00e9bat.<\/p>\n<p>Pas simplement : \u00ab Kotek est pro-Isra\u00ebl \u00bb.<\/p>\n<p>Pas simplement : \u00ab Kotek est sioniste \u00bb.<\/p>\n<p>Pas simplement : \u00ab Kotek nie Gaza \u00bb.<\/p>\n<p>Ces formules permettent trop facilement de d\u00e9placer la discussion vers les intentions suppos\u00e9es de l&rsquo;auteur.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me est plus pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>Sa d\u00e9finition du g\u00e9nocide doit \u00eatre confront\u00e9e au droit international.<\/p>\n<p>Et cette confrontation ne lui est pas favorable sur le point du fameux seuil num\u00e9rique.<\/p>\n<p>Les trois chercheurs de l&rsquo;ULB l&rsquo;ont \u00e9crit d\u00e8s ao\u00fbt 2024.<\/p>\n<p>Le document est toujours disponible dans les archives de l&rsquo;ULB.<\/p>\n<p>C&rsquo;est donc assez savoureux de voir aujourd&rsquo;hui Kotek publier un nouveau livre consacr\u00e9 au \u00ab g\u00e9nocide \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de Gaza \u00bb et pr\u00e9senter son entreprise comme une clarification historique et juridique du concept. Les \u00e9ditions Hermann annoncent explicitement que sa th\u00e8se est que les violences commises \u00e0 Gaza ne rel\u00e8vent pas de la cat\u00e9gorie du g\u00e9nocide.<\/p>\n<p>Autrement dit :<\/p>\n<p>le d\u00e9bat n&rsquo;est pas nouveau.<\/p>\n<p>Et sa propre universit\u00e9 a d\u00e9j\u00e0 produit une r\u00e9ponse argument\u00e9e \u00e0 certains des fondements de son raisonnement.<\/p>\n<p>Il faut donc poser la question simplement :<\/p>\n<p>Qui est en train de d\u00e9voyer la notion de g\u00e9nocide ?<\/p>\n<p>Celui qui rappelle la d\u00e9finition de la Convention de 1948 ?<\/p>\n<p>Ou celui qui lui ajoute des conditions \u2014 notamment un niveau de destruction d\u00e9mographique \u2014 qui ne figurent pas dans cette Convention ?<\/p>\n<p>Parce que le droit international ne dit pas :<\/p>\n<p>\u00ab Un g\u00e9nocide commence quand suffisamment de personnes sont mortes. \u00bb<\/p>\n<p>Il dit qu&rsquo;il faut examiner les actes constitutifs et l&rsquo;intention sp\u00e9cifique de d\u00e9truire, en tout ou en partie, un groupe prot\u00e9g\u00e9.<\/p>\n<p>Et cette intention ne se mesure pas uniquement au nombre de cadavres.<\/p>\n<p>Elle peut \u00eatre \u00e9tablie \u00e0 partir d&rsquo;un ensemble de faits : discours, ordres, politiques, comportements, conditions impos\u00e9es \u00e0 une population, destruction des moyens de survie, d\u00e9placements, privations, atteintes physiques et mentales, etc.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela que le d\u00e9bat juridique est complexe.<\/p>\n<p>Mais la complexit\u00e9 juridique ne doit pas devenir une machine \u00e0 invisibiliser la violence.<\/p>\n<p>Et surtout, la Shoah ne peut pas devenir une propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle permettant de disqualifier toute comparaison avec d&rsquo;autres crimes de masse.<\/p>\n<p>La m\u00e9moire de la Shoah appartient \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Elle ne constitue pas un permis de tuer.<\/p>\n<p>Elle ne constitue pas un permis d&rsquo;occuper.<\/p>\n<p>Elle ne constitue pas un permis de coloniser.<\/p>\n<p>Elle ne constitue pas un permis de bombarder.<\/p>\n<p>Elle ne constitue pas un permis de d\u00e9shumaniser.<\/p>\n<p>Et elle ne constitue certainement pas un permis de demander aux Palestiniens de d\u00e9montrer qu&rsquo;ils sont suffisamment innocents pour b\u00e9n\u00e9ficier de la protection du droit international.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que l&rsquo;antiracisme politique doit intervenir.<\/p>\n<p>Parce que le racisme n&rsquo;est pas seulement l&rsquo;insulte individuelle.<\/p>\n<p>Le racisme est aussi une structure de distribution in\u00e9gale de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Certains morts deviennent des individus.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres deviennent des statistiques.<\/p>\n<p>Certains enfants sont nomm\u00e9s.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres sont compt\u00e9s.<\/p>\n<p>Certains parents sont photographi\u00e9s comme des victimes.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres sont pr\u00e9sent\u00e9s comme les cons\u00e9quences regrettables d&rsquo;une op\u00e9ration militaire.<\/p>\n<p>Certains peuples sont spontan\u00e9ment consid\u00e9r\u00e9s comme des sujets politiques.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres doivent constamment d\u00e9montrer qu&rsquo;ils m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre entendus.<\/p>\n<p>C&rsquo;est cette hi\u00e9rarchie implicite de la vie humaine que le mouvement antiraciste et d\u00e9colonial doit rendre visible.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est aussi pourquoi la Palestine n&rsquo;est pas une question \u00ab communautaire \u00bb.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas une affaire qui concernerait uniquement les Arabes, les musulmans ou les Palestiniens.<\/p>\n<p>La Palestine pose une question universelle :<\/p>\n<p>le droit international est-il r\u00e9ellement universel lorsqu&rsquo;il s&rsquo;applique \u00e0 un \u00c9tat alli\u00e9 des puissances occidentales ?<\/p>\n<p>C&rsquo;est la question politique fondamentale.<\/p>\n<p>Parce que si le droit international est universel, il doit l&rsquo;\u00eatre aussi pour les Palestiniens.<\/p>\n<p>Et si les mots \u00ab crimes de guerre \u00bb, \u00ab crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9 \u00bb, \u00ab apartheid \u00bb, \u00ab occupation \u00bb, \u00ab d\u00e9placement forc\u00e9 \u00bb ou \u00ab g\u00e9nocide \u00bb doivent \u00eatre r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 certains peuples et interdits lorsqu&rsquo;ils concernent un alli\u00e9 occidental, alors ce n&rsquo;est plus du droit universel.<\/p>\n<p>C&rsquo;est une g\u00e9opolitique du droit.<\/p>\n<p>Une justice \u00e0 deux vitesses.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette histoire coloniale du droit qu&rsquo;une lecture d\u00e9coloniale doit interroger.<\/p>\n<p>Alors non, personne n&rsquo;a besoin de transformer Jo\u00ebl Kotek en caricature.<\/p>\n<p>Il suffit de le laisser face \u00e0 ses propres contradictions.<\/p>\n<p>Il nous explique ce qu&rsquo;est un g\u00e9nocide.<\/p>\n<p>Trois chercheurs du Centre de droit international de l&rsquo;ULB expliquent que sa d\u00e9finition est trop restrictive.<\/p>\n<p>Il invoque implicitement une logique de seuil.<\/p>\n<p>Le droit international n&rsquo;en pr\u00e9voit aucun.<\/p>\n<p>Il compare Gaza aux g\u00e9nocides pr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n<p>Les trois chercheurs lui rappellent Srebrenica : environ 20 % des Bosniaques musulmans pr\u00e9sents dans la zone ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, et pourtant le massacre a \u00e9t\u00e9 reconnu comme g\u00e9nocide.<\/p>\n<p>Il pr\u00e9tend d\u00e9fendre la pr\u00e9cision du concept.<\/p>\n<p>Mais il lui faut alors expliquer pourquoi il ajoute au concept des conditions que la Convention de 1948 ne contient pas.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 le vrai d\u00e9bat.<\/p>\n<p>Et il est beaucoup plus int\u00e9ressant que les petites pol\u00e9miques identitaires dans lesquelles on voudrait enfermer la discussion.<\/p>\n<p>Le g\u00e9nocide n&rsquo;est pas une comp\u00e9tition de cadavres.<\/p>\n<p>La victime n&rsquo;a pas \u00e0 \u00eatre parfaite pour \u00eatre prot\u00e9g\u00e9e.<\/p>\n<p>Le Palestinien n&rsquo;a pas \u00e0 \u00eatre d\u00e9sarm\u00e9 pour \u00eatre humain.<\/p>\n<p>Le droit international n&rsquo;est pas un droit r\u00e9serv\u00e9 aux populations qui plaisent aux puissances occidentales.<\/p>\n<p>Et surtout :<\/p>\n<p>la Palestine n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;\u00eatre blanchie pour que sa destruction puisse \u00eatre regard\u00e9e en face.<\/p>\n<p>Il faut regarder Gaza avec le m\u00eame droit, la m\u00eame rigueur et la m\u00eame exigence que partout ailleurs.<\/p>\n<p>Pas avec une d\u00e9finition adapt\u00e9e au passeport de celui qui bombarde.<\/p>\n<p>Pas avec une d\u00e9finition adapt\u00e9e \u00e0 l&rsquo;alliance g\u00e9opolitique.<\/p>\n<p>Pas avec une d\u00e9finition adapt\u00e9e \u00e0 la couleur de peau ou \u00e0 la religion de ceux qui meurent.<\/p>\n<p>Un droit international r\u00e9ellement universel commence pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 : lorsque la vie palestinienne cesse d&rsquo;\u00eatre une exception.<\/p>\n<p>Saidi Nordine &#8211; Bruxelles Panth\u00e8res<\/p>\n<p>Source :\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/societe\/le-conflit-a-gaza-ne-remplit-aucun-des-criteres-qui-definissent-un-genocide-WGX6B7GFSRFSJD3W3XYS2UCKJE\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/www.lepoint.fr\/societe\/le-conflit-a-gaza-ne-remplit-aucun-des-criteres-qui-definissent-un-genocide-WGX6B7GFSRFSJD3W3XYS2UCKJE\/&amp;source=gmail&amp;ust=1792671086639000&amp;usg=AOvVaw2I3cVOUso-Df-lfGsGXbkR\">\u00ab Le conflit \u00e0 Gaza ne remplit aucun des crit\u00e8res qui d\u00e9finissent un g\u00e9nocide \u00bb<\/a><\/p>\n<div><\/div>\n<div id=\"m_-8429222874954121489ydp16101fcenhancr_card_2824693196\">\n<table border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"400\">\n<table border=\"0\" width=\"100%\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" bgcolor=\"#000000\" height=\"175\">\n<table border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" bgcolor=\"transparent\">\n<table border=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<td>\n<div><\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\n<table border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\" align=\"center\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<td>\n<h2>\u00ab Le conflit \u00e0 Gaza ne remplit aucun des crit\u00e8res qui d\u00e9finissent un g\u00e9n&#8230;<\/h2>\n<p>ENTRETIEN. Alors que la population de Gaza ne s\u2019est pas effondr\u00e9e, le discours sur le g\u00e9nocide a prosp\u00e9r\u00e9. Comme&#8230;<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jo\u00ebl Kotek vient une nouvelle fois nous expliquer que Gaza ne serait pas un g\u00e9nocide. Il faut prendre son argument au s\u00e9rieux. Pas parce qu\u2019il serait juridiquement convaincant. Mais parce qu\u2019il est politiquement r\u00e9v\u00e9lateur. R\u00e9v\u00e9lateur de la mani\u00e8re dont une partie de l\u2019espace intellectuel europ\u00e9en continue \u00e0 regarder la violence coloniale depuis le point de &#8230; <a title=\"Le privil\u00e8ge de douter, le prix de mourir : Jo\u00ebl Kotek et la bataille politique autour du g\u00e9nocide \u00e0 Gaza\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=6994\" aria-label=\"En savoir plus sur Le privil\u00e8ge de douter, le prix de mourir : Jo\u00ebl Kotek et la bataille politique autour du g\u00e9nocide \u00e0 Gaza\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6995,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[197,12,13],"class_list":["post-6994","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","tag-genocide","tag-gaza","tag-nordine-saidi"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6994","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6994"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6994\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6996,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6994\/revisions\/6996"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6995"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6994"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6994"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6994"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}