{"id":786,"date":"2012-10-09T17:56:12","date_gmt":"2012-10-09T16:56:12","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=786"},"modified":"2013-11-11T17:58:15","modified_gmt":"2013-11-11T16:58:15","slug":"ce-que-peut-une-minorite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=786","title":{"rendered":"CE QUE PEUT UNE MINORIT\u00c9"},"content":{"rendered":"<div>\n<p><strong>CE QUE PEUT UNE MINORIT\u00c9<\/strong><a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p><strong>Le texte ci-dessous a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 dans les locaux du mouvement \u00c9galit\u00e9 par F\u00e9lix Boggio \u00c9wanj\u00e9-\u00c9p\u00e9e et Stella Magliani-Belkacem lors de la pr\u00e9sentation d\u2019un ouvrage qu\u2019il et elle ont coordonn\u00e9, <em>Race et capitalisme <\/em>(Syllepse, 2012).<!--more--><\/strong><\/p>\n<p>Nous avons l\u2019honneur d\u2019\u00eatre parmi vous au titre de notre coordination de l\u2019ouvrage r\u00e9cemment publi\u00e9 chez Syllepse\u00a0: <em>Race et capitalisme<\/em>. Pour \u00eatre sinc\u00e8res avec vous, on peut dire que la chose la plus accessible dans ce livre, c\u2019est peut-\u00eatre son prix\u00a0: 7 euros. C\u2019est un peu une blague, tout \u00e7a n\u2019est pas si vrai.<\/p>\n<p>Autant vous dire, en premier lieu, ce qui rend les textes r\u00e9unis accessibles\u00a0: \u00e0 notre avis, chaque article r\u00e9pond \u00e0 des questions d\u2019ordre politique, ce qui les rapproche de l\u2019exp\u00e9rience commune. Ce que l\u2019on veut dire par l\u00e0, c\u2019est qu\u2019ils s\u2019inscrivent dans des d\u00e9bats pr\u00e9cis et contemporains, notamment celui qui a \u00e9t\u00e9 par exemple remis au go\u00fbt du jour avec la publication en fran\u00e7ais de l\u2019ouvrage de Walter Benn Michaels\u00a0<em>: La diversit\u00e9 contre l\u2019\u00e9galit\u00e9<\/em>. Ce livre pr\u00e9tendait \u2013 \u00e0 partir d\u2019un point de vue \u00e9tatsunien \u2013 que les politiques publiques et l\u2019activisme avaient abandonn\u00e9 les travailleurs et les plus pauvres, au profit d\u2019une valorisation des \u00ab\u00a0minorit\u00e9s\u00a0ethniques\u00a0et sexuelles\u00a0\u00bb ou des femmes. Dans cette m\u00eame veine, en France, un courant politique se d\u00e9veloppe au sein du Parti socialiste, la \u00ab\u00a0gauche populaire\u00a0\u00bb. Ce courant pr\u00e9tend que la gauche a largement abandonn\u00e9 les classes populaires \u2013 ils entendent \u00e9videmment par l\u00e0 les classes populaires <em>blanches<\/em> \u2013 au profit des classes moyennes, des femmes et des \u00ab\u00a0minorit\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Au travers de diff\u00e9rents articles contenus dans <em>Race et capitalisme<\/em> \u2013 celui de David Roediger et celui d\u2019Himani Bannerji \u2013, il s\u2019agissait pour nous de montrer au moins deux choses. La premi\u00e8re consiste \u00e0 dire quelque chose d\u2019assez banal, mais que beaucoup de camarades \u00e0 gauche feignent d\u2019oublier\u00a0: non, les classes populaires ne sont pas d\u00e9nu\u00e9es d\u2019identit\u00e9s. Ces identit\u00e9s sont le produit d\u2019une multiplicit\u00e9 d\u2019aspects\u00a0: la fracture entre nations domin\u00e9es et nations dominantes depuis l\u2019\u00e8re coloniale, la fracture raciale entre Blancs et non-Blancs, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 homme-femme, etc. Les classes populaires sont fa\u00e7onn\u00e9es par ces fractures et par d\u2019autres appartenances sociales comme la religion. Ces identit\u00e9s interagissent entre elles historiquement, elles sont le produit de l\u2019action humaine et en particulier de rapports de domination et de pouvoir\u00a0: la colonisation, l\u2019esclavage en plantation, etc.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019on a voulu montrer \u00e0 travers ces articles, c\u2019est qu\u2019une politique de gauche digne de ce nom ne peut pas faire abstraction de ces identit\u00e9s. Ce ne sont pas des \u00e9l\u00e9ments accessoires. Ces identit\u00e9s ont une influence cruciale sur le niveau de vie, les in\u00e9galit\u00e9s sociales, la reconnaissance symbolique et \u2013 par cons\u00e9quent \u2013 ces identit\u00e9s ont aussi une influence sur les mobilisations et les revendications de celles et ceux qui les portent ou qui se les voient imposer. Parler des classes populaires en \u00e9vacuant cette dimension, c\u2019est non seulement avoir une vision totalement \u00e9th\u00e9r\u00e9e, abstraite de l\u2019histoire des exploit\u00e9s, mais c\u2019est aussi adopter syst\u00e9matiquement le point de vue des dominants parmi les classes populaires\u00a0: les travailleurs hommes blancs, int\u00e9gr\u00e9s au march\u00e9 du travail.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me chose qu\u2019on a voulu montrer \u00e0 travers ces articles \u2013 et qui d\u00e9coule un peu de la premi\u00e8re id\u00e9e \u2013 c\u2019est que la classe et la race ne sont pas des questions substituables. Autrement dit, il n\u2019est pas vrai que privil\u00e9gier la question raciale revient \u00e0 reculer sur l\u2019analyse de classe. En r\u00e9alit\u00e9, si on prend en compte ce que nous venons de dire, ne pas parler de la question raciale revient \u00e0 tronquer l\u2019analyse de classe d\u2019une part essentielle\u00a0: comment expliquer que des parties des classes populaires soient syst\u00e9matiquement exploit\u00e9es, ou subissent avec bien plus d\u2019ampleur le ch\u00f4mage et la pr\u00e9carit\u00e9 structurelles\u00a0? que ces fractions des classes populaires soient plus durement r\u00e9prim\u00e9es que les autres \u00e0 travers les violences polici\u00e8res et l\u2019acharnement judiciaire\u00a0? que ces fractions se mobilisent plus massivement contre les attaques sur Gaza et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, en solidarit\u00e9 avec la Palestine\u00a0? Faire abstraction des identit\u00e9s des classes populaires, c\u2019est vider de son contenu l\u2019analyse de classe et c\u2019est amputer toute strat\u00e9gie politique de gauche de coordonn\u00e9es essentielles.<\/p>\n<p>Ces questions politiques sont les plus \u00e9videntes \u00e0 saisir dans le livre, parce qu\u2019on les rencontre tout au long du parcours politique des militant et militantes antiracistes. Qui n\u2019a pas entendu des militants de gauche dire que le plus essentiel, c\u2019est quand m\u00eame la question de \u00ab\u00a0classe\u00a0\u00bb ou la question \u00ab\u00a0sociale\u00a0\u00bb par opposition aux \u00ab\u00a0discriminations\u00a0\u00bb\u00a0? ou encore ceux qui demandent comment vous \u00ab\u00a0articulez\u00a0\u00bb la race et la classe<a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0?<\/p>\n<p>En introduction, nous soulignions notamment que vous trouveriez aussi dans ce livre des articles pas forc\u00e9ment accessibles. Il y a notamment un article qui traite d\u2019\u00e9conomie politique dans le prisme de la question raciale. C\u2019est un champ qui porte avec lui un vocabulaire malgr\u00e9 tout sp\u00e9cifique, des raisonnements et des m\u00e9canismes qui ne sont pas toujours intuitifs. Bref, l\u2019article en question, \u00e9crit par Patrick Mason, est par exemple un peu raide. Mais il y avait l\u00e0 aussi un enjeu pour nous. Alors que l\u2019espace francophone \u2013 universitaire ou militant \u2013 sous-traite la question raciale, il s\u2019agissait pour nous de montrer combien la race peut supporter un traitement scientifique et \u00eatre port\u00e9e par de nombreux champs. C\u2019est ainsi que ce petit recueil a mobilis\u00e9 des intervenants et des intervenantes souvent non francophones, de l\u2019\u00e9conomie politique \u00e0 la g\u00e9ographie critique jusqu\u2019aux \u00e9tudes culturelles.<\/p>\n<p>La sollicitation des \u00e9ditions Syllepse a donc \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion pour nous de montrer que oui, on peut avoir de la pr\u00e9tention th\u00e9orique \u00e0 partir de la question raciale. Il ne s\u2019agit pas l\u00e0 de faire une d\u00e9monstration de force intellectuelle pour moucher les larges franges de la gauche qui consid\u00e8rent la race comme une question p\u00e9riph\u00e9rique ou, pire encore, une simple diversion qui d\u00e9tournerait des <em>vrais <\/em>enjeux. Mais, \u00e0 nos yeux, l\u2019apport th\u00e9orique a des implications politiques et strat\u00e9giques cruciales\u00a0\u2013 comme nous avons pu bri\u00e8vement le souligner en commen\u00e7ant notre intervention. C\u2019est pour cette raison que nous avons d\u2019ailleurs choisi de conclure ce recueil par une contribution de Sadri Khiari, membre fondateur du Mouvement puis du Parti des indig\u00e8nes de la r\u00e9publique, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Il nous faut une strat\u00e9gie d\u00e9coloniale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour en revenir \u00e0 ce pourquoi nous sommes ici, notre tr\u00e8s pr\u00e9cieux camarade Nordine Sa\u00efdi nous a convi\u00e9 \u00e0 discuter avec vous \u00e0 partir du titre de notre introduction\u00a0: \u00ab\u00a0Ce que pourrait \u00eatre une gauche antiraciste\u00a0? \u00bb La chose est un peu ironique puisque, pr\u00e9cis\u00e9ment, le mouvement \u00c9galit\u00e9 constitue une gauche antiraciste. Nous n\u2019avons donc pas grand-chose et s\u00fbrement rien \u00e0 vous apprendre \u00e0 ce sujet et, plus encore, vous avez tous et toutes ici plus de choses \u00e0 nous en dire. Quand nous disons <em>nous<\/em>, nous voulons dire F\u00e9lix et Stella bien s\u00fbr, mais aussi dire <em>nous, camarades fran\u00e7ais<\/em>. En effet, en regard du champ antiraciste fran\u00e7ais, le mouvement \u00c9galit\u00e9 fait un peu figure de prouesse. En gros, tout ce qui ne marche pas chez nous, chez vous \u00e7a roule, et plut\u00f4t tr\u00e8s bien. Nous pensons en premier lieu \u00e0 votre inscription dans les \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales.<\/p>\n<p>Ce qui a r\u00e9ussi avec \u00c9galit\u00e9 ne fonctionne pas forc\u00e9ment dans les mouvements de l\u2019immigration en France. S\u2019il y a des tentatives pour faire \u00e9merger des listes locales issues des quartiers populaires, on ne voit pas appara\u00eetre de force r\u00e9gionale voire nationale \u00e0 m\u00eame de porter un projet politique. Il y a eu r\u00e9cemment des d\u00e9marches en ce sens, \u00e0 travers les Troisi\u00e8mes rencontres de l\u2019immigration, qui ont donn\u00e9 lieu \u00e0 un Front uni de l\u2019immigration et des quartiers populaires, dans lequel une organisation nationale comme le Parti des indig\u00e8nes de la r\u00e9publique est partie prenante. Pour le moment, ces mouvements ne semblent pas avoir su r\u00e9unir la force militante n\u00e9cessaire pour aboutir \u00e0 des campagnes nationales, ou pour travailler dans le sens d\u2019une force \u00e9lectorale qui se pr\u00e9senterait sur une grande partie du territoire. Une formation politique cr\u00e9\u00e9e r\u00e9cemment est cependant d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sente nationalement aux prochaines municipales, en 2014\u00a0: il s\u2019agit de la Force citoyenne populaire. Les initiateurs de la FCP sont le Forum social des quartiers populaires (FSQP), associ\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9quipes militantes des quartiers populaires dont certaines se sont pr\u00e9sent\u00e9es aux \u00e9lections ces derni\u00e8res ann\u00e9es (essentiellement, les listes \u00c9mergences), et quelques personnalit\u00e9s politiques, m\u00e9diatiques ou universitaires. Cette force politique est encore balbutiante. Il est difficile d\u2019en d\u00e9gager un projet politique \u00e0 partir de la diversit\u00e9 des positions qui s\u2019expriment en son sein.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, le Parti des indig\u00e8nes de la r\u00e9publique travaille depuis ses premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019existence \u00e0 formuler des bases politiques pour un projet de transformation \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale. D\u00e8s janvier 2007, anticipant les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles du mois de mai, un article<a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftn3\">[3]<\/a> du journal <em>L\u2019Indig\u00e8ne<\/em> pr\u00e9sentait un ensemble de revendications et d\u2019exigences politiques qu\u2019une large palette des mouvements de l\u2019immigration pourrait reprendre \u00e0 son compte encore aujourd\u2019hui. Malheureusement, de nombreux obstacles se dressent face \u00e0 cette perspective. D\u2019une part, les mouvements en question, s\u2019ils partagent de nombreuses pr\u00e9occupations, sont encore trop fragment\u00e9s pour former une plateforme \u00e9lectorale coh\u00e9sive \u00e0 un niveau national.<\/p>\n<p>Parmi ces obstacles, il nous faut aussi prendre en compte le sentiment d\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 des non-Blancs en politique\u00a0 \u2013 et, d\u00e8s lors, la capacit\u00e9 \u00e0 penser politiquement l\u2019organisation. \u00ab\u00a0L\u2019une des forces du syst\u00e8me national-racial fran\u00e7ais, c\u2019est qu\u2019il est parvenu \u00e0 convaincre une majorit\u00e9 des populations issues de l\u2019immigration coloniale que ses droits sont \u00ab\u00a0naturellement\u00a0\u00bb limit\u00e9s. Quand nous parlons de droits, nous pensons plus particuli\u00e8rement aux droits politiques<a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftn4\">[4]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il en r\u00e9sulte plusieurs choses. En premier lieu, cela affecte la mani\u00e8re dont les militant\u2022e\u2022s de l\u2019immigration (post)coloniale envisagent l\u2019\u00c9tat. Les non-Blancs et non-Blanches, dans le cadre d\u2019organisations constitu\u00e9es, ne s\u2019envisagent pas toujours comme en mesure de transformer les institutions politiques. En France par exemple, ils et elles n\u2019envisagent que trop rarement de changer la r\u00e9publique ou de changer de r\u00e9publique. S\u2019il faut changer ou r\u00e9former l\u2019\u00c9tat, c\u2019est souvent par le biais de partis institutionnels, de gauche et dans certains cas, d\u2019extr\u00eame gauche, qu\u2019ils et elles imaginent le faire. Les mouvements de l\u2019immigration ne se pensent pas forc\u00e9ment comme porteurs, par leurs propres forces, d\u2019un changement institutionnel, politique et syst\u00e9mique.<\/p>\n<p>Il est particuli\u00e8rement difficile de briser ce complexe d\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 politique. C\u2019est pourtant une n\u00e9cessit\u00e9 pour que les mouvements de l\u2019immigration trouvent une plateforme politique commune et gagnent un poids politique plus important dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Depuis la France, ce qu\u2019a r\u00e9ussi \u00e0 faire \u00c9galit\u00e9 est donc toujours devant nous.<\/p>\n<p>On peut mentionner plusieurs propensions des mouvements de l\u2019immigration qui marquent l\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 des non-Blancs et des non-Blanches sur le plan politique. Port\u00e9es par l\u2019id\u00e9e que \u00ab\u00a0les minorit\u00e9s doivent se d\u00e9fendre\u00a0\u00bb, les organisations de l\u2019immigration et des quartiers populaires s\u2019envisagent trop souvent comme des outils de pression, et la tentation de s\u2019envisager comme un \u00ab\u00a0lobby\u00a0\u00bb, n\u2019est jamais tr\u00e8s loin. Pour exemple, en France, le CCIF (Collectif contre l\u2019islamophobie en France) a produit une vid\u00e9o<a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftn5\">[5]<\/a> tr\u00e8s \u00e9vocatrice pendant la campagne des derni\u00e8res pr\u00e9sidentielles. Il s\u2019agit d\u2019un montage d\u2019extraits d\u2019une \u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de laquelle un politologue compare les chiffres de participation \u00e9lectorale des juifs et des musulmans\u00a0: il souligne que la communaut\u00e9 musulmane est caract\u00e9ris\u00e9e par un tr\u00e8s fort taux d\u2019abstention. La vid\u00e9o du CCIF op\u00e8re ensuite un parall\u00e8le entre les communaut\u00e9s juive, arm\u00e9nienne, musulmane et homosexuelle en regard des lois qui seraient vot\u00e9es en leur faveur ou en leur d\u00e9faveur. Les juifs, les Arm\u00e9niens et les homosexuels qui sont cens\u00e9s plus voter b\u00e9n\u00e9ficieraient de ce seul fait de lois qui leur sont favorables. L\u2019id\u00e9e que porte cette vid\u00e9o consiste \u00e0 voir les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s comme des minorit\u00e9s qui feraient plus ou moins, mieux ou moins bien, pression sur des agendas politiques d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9s. Le probl\u00e8me qu\u2019on aimerait ici souligner tient \u00e0 l\u2019illusion sur laquelle repose un tel parall\u00e8le. Oui, les multinationales ont leurs lobbies aupr\u00e8s de l\u2019Union europ\u00e9enne, des gouvernements \u00e9tatsunien ou europ\u00e9en\u00a0; oui Isra\u00ebl a par exemple ses lobbies dans les pays europ\u00e9ens, mais il ne faut pas imaginer que les juifs auraient des lobbies puissants parce qu\u2019en tant que juifs, ils seraient plus organis\u00e9s que les musulmans. C\u2019est en s\u2019adossant \u00e0 la puissance de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl que les sionistes juifs peuvent avoir des lobbies puissants. Les musulmans sont des populations domin\u00e9es en Occident, elles ne peuvent pas peser comme des lobbies. Il ne faut donc pas s\u2019imaginer que l\u2019organisation communautaire suffirait pour faire poids et obtenir des gages de reconnaissance l\u00e9gislatifs en faisant fi des rapports de force internationaux.<\/p>\n<p>Il ne faut pas non plus imaginer que l\u2019occupation d\u2019un terrain m\u00e9diatique, l\u2019interpellation de repr\u00e9sentants politiques ou de candidats, suffit \u00e0 faire valoir des int\u00e9r\u00eats. \u00c7a peut marcher pour obtenir des subventions associatives, pour b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une infrastructure convenable pour la prochaine rencontre de foot de l\u2019\u00e9quipe du quartier\u00a0; peut-\u00eatre pour reloger une ou deux familles en p\u00e9ril\u00a0; mais pas pour obtenir des concessions significatives face au racisme d\u2019\u00c9tat. Il faut un rapport de force plus cons\u00e9quent pour cela, et non pas seulement appara\u00eetre comme une force politique d\u2019appoint, ou un r\u00e9servoir de voix, mais comme un projet politique concurrent.<\/p>\n<p>Pour comparer avec l\u2019axe droite-gauche, on a vu un ph\u00e9nom\u00e8ne assez saisissant au cours de la derni\u00e8re campagne pr\u00e9sidentielle fran\u00e7aise. Alors que M\u00e9lenchon, le candidat du Front de gauche, montait en fl\u00e8che dans les sondages, celui-ci a formul\u00e9 une proposition \u00e0 l\u2019\u00e9gard des exil\u00e9s fiscaux\u00a0: ceux-ci devraient rembourser \u00e0 l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais le manque \u00e0 gagner fiscal. On a vu \u00e0 quelques jours d\u2019intervalle Hollande reprendre cette m\u00eame proposition. Plus \u00e9tonnant, on a ensuite vu Nicolas Sarkozy accul\u00e9 \u00e0 reprendre \u00e0 son compte cette m\u00eame proposition. Si cela s\u2019est av\u00e9r\u00e9 possible, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que la candidature M\u00e9lenchon sortait de la marginalit\u00e9 traditionnelle des partis \u00e0 gauche du Parti socialiste\u00a0: \u00e0 ce moment-l\u00e0 de la campagne, ce n\u2019\u00e9tait plus une candidature symbolique, tribunicienne, de propagande, comme l\u2019\u00e9taient les candidats et candidates d\u2019extr\u00eame gauche, mais elle repr\u00e9sentait un projet politique <em>\u00e9ligible<\/em>, en mesure de conqu\u00e9rir le pouvoir. Il faut croire que c\u2019est dans ces conditions, ou encore quand les luttes sociales et politiques mobilisent suffisamment, que des concessions sont possibles.<\/p>\n<p>Le grand truc de M\u00e9lenchon, \u00e7a a quand m\u00eame consist\u00e9 \u00e0 sortir d\u2019une certaine marginalit\u00e9 politique. \u00c0 l\u2019inverse, une grande part des voix des mouvements de l\u2019immigration et des quartiers populaires en appelle souvent \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019autorepr\u00e9sentativit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0se repr\u00e9senter soi-m\u00eame\u00a0\u00bb. C\u2019est une d\u00e9marche dont il faut distinguer deux aspects\u00a0: d\u2019une part, il est en effet majeur que les non-Blancs et non-Blanches, que les habitants des quartiers populaires, soient au c\u0153ur d\u2019un projet politique qui porte leurs exigences. Mais, d\u2019autre part, cette id\u00e9e d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0le repr\u00e9sentant de sa propre voix\u00a0\u00bb consiste aussi \u00e0 ne r\u00e9clamer que sa pleine part dans la participation citoyenne. Les populations non blanches ont tellement \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9es d\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 politique qu\u2019elles en sont r\u00e9duites \u00e0 <em>penser petit\u00a0<\/em>: c\u2019est un peu comme si l\u2019essentiel \u00e9tait encore de participer. Ce discours citoyenniste contraint \u00e0 s\u2019en tenir \u00e0 un \u00ab\u00a0je veux que ma voix soit entendue\u00a0\u00bb plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 un \u00ab\u00a0je veux gouverner\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les d\u00e9mocraties ne sont pas des chambres d\u2019enregistrement de tous les points de vue. Ce sont les terrains d\u2019une lutte entre des forces sociales \u2013 et c\u2019est en particulier une lutte dans laquelle les opprim\u00e9\u2022e\u2022s entendent bien renverser leurs oppresseurs. Se contenter de r\u00e9clamer que sa propre voix soit entendue, c\u2019est leur laisser le pouvoir. Le pouvoir n\u2019est pas une quantit\u00e9 qui se distribue ou se partage entre dominants et domin\u00e9\u2022e\u2022s. Il n\u2019y a pas des dominants qui auraient quantitativement \u00ab\u00a0plus\u00a0\u00bb de pouvoir que des domin\u00e9\u2022e\u2022s qui en auraient \u00ab\u00a0moins\u00a0\u00bb. Le pouvoir, c\u2019est toute un \u00e9difice d\u2019institutions, de lois, de pratiques polici\u00e8res et judiciaires, qui permettent de reproduire ou d\u2019\u00e9tendre la domination.<\/p>\n<p>Le pouvoir est donc un terrain strat\u00e9gique\u00a0: avant toute chose, toute lutte politique a pour effet de perturber les \u00e9quilibres institu\u00e9s par le pouvoir. C\u2019est ce qui fait que, par exemple, les luttes dans les quartiers populaires conduisent la police \u00e0 se doter de nouvelles armes non l\u00e9tales\u00a0; c\u2019est ce qui fait que de nouvelles lois, plus r\u00e9pressives, sont vot\u00e9es par la gauche comme par la droite\u00a0; mais c\u2019est ce qui pousse aussi les pouvoirs publics \u00e0 chercher \u00e0 \u00ab\u00a0endiguer\u00a0\u00bb les luttes des quartiers populaires, en cr\u00e9ant SOS Racisme ou en cherchant \u00e0 rallier telle ou telle mosqu\u00e9e, etc.<\/p>\n<p>Ce sont les r\u00e9voltes, les tentatives d\u2019organisation de l\u2019immigration, qui perturbent ici la domination blanche, et qui demandent sans cesse au bloc au pouvoir de nouvelles strat\u00e9gies pour r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre qui leur convient.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, \u00eatre une force politique, pour les mouvements de l\u2019immigration, c\u2019est penser leur propre action comme une action qui p\u00e8se sur le pouvoir politique. Se contenter de dire\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019entre dans la lutte politique parce que je suis le seul ou la seule \u00e0 m\u00eame de me repr\u00e9senter\u00a0\u00bb, c\u2019est aussi limiter l\u2019enjeu de la lutte \u00e0 la question de la repr\u00e9sentation et c\u2019est, surtout, ne pas prendre en charge la question de la strat\u00e9gie et la question du programme.<\/p>\n<p>\u00c0 partir du moment o\u00f9 on a d\u00e9fini la lutte politique comme se situant sur le terrain du pouvoir \u2013 comme quelque chose qui perturbe ses \u00e9quilibres, qui renverse ses priorit\u00e9s \u2013, alors la strat\u00e9gie consiste \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la mani\u00e8re de frapper le plus efficacement possible, et ce en fonction des donn\u00e9es de la conjoncture, en fonction des forces en pr\u00e9sence, en fonction d\u2019un horizon.<\/p>\n<p>Cet horizon strat\u00e9gique, il se construit aussi au creux d\u2019un programme. Un programme sert \u00e0 deux choses. Un programme politique, ce n\u2019est pas seulement des mesures d\u2019urgence. Un programme doit commencer \u00e0 esquisser la soci\u00e9t\u00e9 telle qu\u2019on la voudrait. Par ailleurs, il sert de socle pour, certes, attirer \u00e0 soi, et en effet, pour construire une majorit\u00e9 mais une majorit\u00e9 au sens o\u00f9 <em>les id\u00e9es<\/em> deviennent <em>majoritaires<\/em>\u00a0; au sens o\u00f9 les id\u00e9es p\u00e9n\u00e8trent des alli\u00e9s potentiels, y compris dans le champ politique blanc.<\/p>\n<p>Bien entendu, ce travail pour rendre majoritaire des id\u00e9es, pour peser sur des rapports de force, implique aussi des tensions et des conflits avec d\u2019autres forces politiques. On a pu le voir r\u00e9cemment entre \u00c9galit\u00e9 et le PTB. En effet, Nadine Rosa-Rosso, membre \u00e9minente d\u2019\u00c9galit\u00e9, a \u00e9crit un texte<a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftn6\">[6]<\/a> \u00e0 propos de d\u00e9clarations r\u00e9centes des repr\u00e9sentant\u2022e\u2022s du PTB \u00e0 Molenbeek. Le texte expliquait comment le PTB consid\u00e9rait le racisme comme une question secondaire. Les r\u00e9actions \u00e0 ce texte\u00a0ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s vives\u00a0: on ne sait pas tr\u00e8s bien ce qui s\u2019est pass\u00e9 ici mais on a au moins pu avoir un \u00e9cho de ce d\u00e9bat via facebook : cela nous a donn\u00e9 l\u2019impression que la r\u00e9action \u00e0 ce texte chez les militant\u2022e\u2022s du PTB consistait \u00e0 dire que Nadine Rosa-Rosso <em>mentait<\/em>\u00a0; qu\u2019elle d\u00e9formait les propos des repr\u00e9sentant\u2022e\u2022s du PTB-Molenbeek, qu\u2019elle minimisait le travail du PTB sur les questions de discrimination au travail ou dans son travail avec les sans-papiers, etc.<\/p>\n<p>Avant d\u2019entrer en d\u00e9tails dans les r\u00e9actions aux textes de Nadine Rosa-Rosso, nous aimerions d\u2019abord revenir sur une m\u00e9thode qui nous a un peu surpris. Le PTB \u00e0 Molenbeek appuie apparemment son argumentaire sur une enqu\u00eate men\u00e9e aupr\u00e8s de la population\u00a0: il s\u2019agissait \u00e0 la fois d\u2019une discussion ouverte avec des habitant\u2022e\u2022s et d\u2019une sorte de sondage sur les priorit\u00e9s des habitant\u2022e\u2022s par rapport au programme du PTB. Or il y a un premier probl\u00e8me dans ce type d\u2019approche. Le questionnaire cr\u00e9e quelque que chose comme une \u00ab\u00a0opinion publique\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftn7\">[7]<\/a> de Molenbeek. On ne dit pas que le PTB a fabriqu\u00e9 les r\u00e9ponses des habitant\u2022e\u2022s. Mais simplement, le r\u00e9sultat des r\u00e9ponses agr\u00e9g\u00e9es fait exister une statistique sur les priorit\u00e9s des habitant\u2022e\u2022s, qui est une cr\u00e9ation de ce questionnaire. Les habitant\u2022e\u2022s ne se sont jamais r\u00e9unis pour d\u00e9cider de leurs priorit\u00e9s en tant que <em>communaut\u00e9 politique<\/em>. C\u2019est le PTB qui fait exister, \u00e0 la mani\u00e8re des sondages, cette communaut\u00e9 politique \u00e0 travers une statistique, dont les crit\u00e8res sont d\u00e9finis pr\u00e9alablement par le programme du PTB. Mais une statistique n\u2019a pas \u00e0 elle seule une incidence politique. L\u2019opinion recens\u00e9e par le PTB n\u2019a pas de poids politique <em>mis \u00e0 part <\/em>l\u2019usage politique qu\u2019en fait le PTB. D\u2019autre part, la m\u00e9thodologie pose le probl\u00e8me de d\u00e9finir sa campagne sur la base de priorit\u00e9s que les habitants et habitantes \u00e9noncent individuellement. Mais quand on est une force politique, et qui plus est une force politique alternative, on ne peut pas s\u2019en tenir \u00e0 repr\u00e9senter ce que les gens pensent individuellement. Ce n\u2019est pas parce que les gens vous disent \u00ab\u00a0notre probl\u00e8me, c\u2019est la s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb, qu\u2019il faut \u00e0 ce titre orienter sa campagne sur les questions s\u00e9curitaires. Quand on est une force politique d\u2019alternative, on est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 pour changer les priorit\u00e9s impos\u00e9es par les m\u00e9dias et les partis politiques traditionnels. Une campagne, c\u2019est l\u00e0 aussi pour poser les questions autrement, pour proposer des angles d\u2019attaque qui font partie des pr\u00e9occupations de la population mais qui sont trop \u00e9cras\u00e9s par les id\u00e9es dominantes pour \u00eatre formul\u00e9es par les citoyens et citoyennes inorganis\u00e9es. Enfin, il y a un autre probl\u00e8me dans la mani\u00e8re dont cette enqu\u00eate a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e. Ce probl\u00e8me touche les pr\u00e9suppos\u00e9s de cette consultation.<\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019interpellation de Nadine Rosa-Rosso, certain\u2022e\u2022s \u00ab\u00a0camarades facebookien\u2022ne\u2022s\u00a0\u00bb ont r\u00e9torqu\u00e9 des choses du genre\u00a0: \u00ab\u00a0eh bien, non, les habitants et habitantes de Molenbeek n\u2019ont pas consid\u00e9r\u00e9 le racisme comme une question prioritaire\u00a0; ce qui leur tient \u00e0 c\u0153ur, c\u2019est le logement, l\u2019emploi, l\u2019\u00e9ducation, etc.\u00a0\u00bb. Il para\u00eet pourtant tr\u00e8s difficile de dissocier la question du logement, celle de l\u2019emploi, celle de l\u2019\u00e9cole, etc., de la question du racisme. On sait bien que le racisme a un impact sur tous les aspects \u00e9voqu\u00e9s ici. Le racisme a un impact sur le taux de ch\u00f4mage des non-Blanc\u2022he\u2022s, radicalement sup\u00e9rieur \u00e0 celui des Blanc\u2022he\u2022s, toutes classes confondues. Le racisme a une influence sur l\u2019\u00e9ducation \u2013 les classes surcharg\u00e9es dans certaines quartiers, un enseignement qui ne tient pas compte des pr\u00e9occupations des descendants et descendantes de colonis\u00e9s, etc.<\/p>\n<p>Nous voudrions maintenant nous interroger sur ce dont est r\u00e9v\u00e9lateur cet \u00e9pisode r\u00e9cent. En effet, pourquoi a-t-on dit que Nadine affabulait dans son article\u00a0? Parce que du point de vue du PTB, <em>parler<\/em> des discriminations, <em>faire des communiqu\u00e9s<\/em>, des <em>articles<\/em><a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftn8\">[8]<\/a>, c\u2019est t\u00e9moigner d\u2019un int\u00e9r\u00eat pour les questions li\u00e9es au racisme. Dans ce prisme, on ne peut assur\u00e9ment pas dire\u00a0: \u00ab\u00a0pour le PTB, le racisme n\u2019existe pas\u00a0\u00bb. Sauf que c\u2019est au niveau des priorit\u00e9s que les projets politiques se distinguent. Pour ce faire il suffit de comparer les programmes d\u2019\u00c9galit\u00e9 et du PTB pour voir ce qui est central pour l\u2019un et p\u00e9riph\u00e9rique pour l\u2019autre. En l\u2019occurrence, le PTB pr\u00e9sente des <em>priorit\u00e9s<\/em> qui ne tiennent pas compte des pr\u00e9occupations des mouvements de l\u2019immigration et des quartiers populaires. C\u2019est bien sur ce plan \u2013 celui des priorit\u00e9s \u2013 que porte la discussion.<\/p>\n<p>De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, on peut dire que la gauche radicale blanche pr\u00e9sente toujours des priorit\u00e9s qui mettent au centre les mouvements sociaux classiques\u00a0: aujourd\u2019hui, la lutte contre l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 en Europe nous est par exemple pr\u00e9sent\u00e9e comme la priorit\u00e9 absolue, qui rassemblerait toutes les autres. En effet, il est clair que les non-Blanc\u2022he\u2022s sont particuli\u00e8rement touch\u00e9s par le ch\u00f4mage, les fermetures de services publics de proximit\u00e9, le d\u00e9mant\u00e8lement de la s\u00e9curit\u00e9 sociale\u2026 Mais les non-Blanc\u2022he\u2022s ne sont pas seulement touch\u00e9s \u00e0 un degr\u00e9 plus important sur toutes ces questions. C\u2019est toute leur vie quotidienne qui est inform\u00e9e par le racisme. Croire que c\u2019est en s\u2019attaquant \u00e0 des questions dites \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9rales\u00a0\u00bb qui toucheraient l\u2019ensemble de la population, qu\u2019on prend en compte automatiquement <em>aussi<\/em> les probl\u00e8mes des non-Blancs, c\u2019est se fourvoyer<a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftn9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>Il y a donc bien deux espaces-temps<a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftn10\">[10]<\/a>, des priorit\u00e9s, des histoires et des m\u00e9moires diff\u00e9rentes entre la gauche de la gauche blanche et les mouvements de l\u2019immigration. Nous disions tout \u00e0 l\u2019heure que la strat\u00e9gie consistait \u00e0 faire gagner ses id\u00e9es, \u00e0 devenir majoritaire. L\u2019\u00e9quation difficile qui est pos\u00e9e aux mouvements de l\u2019immigration, c\u2019est de gagner des alli\u00e9s potentiels sans sacrifier son ind\u00e9pendance. Et pour cela, les \u00e9lections et les mobilisations sont des outils pour gagner un rapport de force. C\u2019est \u00e0 notre avis ce que les listes \u00c9galit\u00e9 sont en mesure d\u2019accomplir\u00a0: rendre des priorit\u00e9s, des d\u00e9bats, incontournables dans les communes du \u00ab\u00a0croissant pauvre\u00a0\u00bb de Bruxelles. Quand ces priorit\u00e9s deviennent incontournables, mais aussi, quand les forces \u00e0 m\u00eames de les porter comme \u00c9galit\u00e9 sont de plus en plus ancr\u00e9es, les forces du champ politique blanc sont contraintes \u00e0 s\u2019adapter, \u00e0 n\u00e9gocier. Elles peuvent aussi se diviser, scissionner face aux enjeux soulev\u00e9s par les mouvements de l\u2019immigration.<\/p>\n<p>C\u2019est sur la base d\u2019une telle strat\u00e9gie qu\u2019il est possible pour une minorit\u00e9 de ne plus \u00eatre simplement une minorit\u00e9, en divisant le groupe majoritaire. C\u2019est le propre d\u2019une strat\u00e9gie d\u00e9coloniale<a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftn11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftnref1\">[1]<\/a> Ce titre est une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un discours de George Breitman, qui a inspir\u00e9 \u00e0 bien des \u00e9gards la d\u00e9marche de l\u2019auteur et de l\u2019autrice, notamment dans leur introduction \u00e0 <em>Race et capitalisme<\/em>, \u00ab\u00a0Ce que pourrait \u00eatre une gauche antiraciste\u00a0\u00bb. George Breitman a \u00e9t\u00e9 une figure du mouvement trotskiste am\u00e9ricain. Il a contribu\u00e9 \u00e0 mettre la question noire au centre de l\u2019activit\u00e9 du Socialist Workers Party aux \u00c9tats-Unis dans les ann\u00e9es 1960. Bien que largement oubli\u00e9, il est celui qui a r\u00e9uni et introduit les textes qui constituent l\u2019une des anthologies les plus connues de Malcolm X, <em>Le Pouvoir noir<\/em>. Voir\u00a0: http:\/\/www.marxists.org\/history\/etol\/writers\/breitman\/1964\/xx\/minority.htm<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftnref2\">[2]<\/a> Lire Sadri Khiari, \u00ab\u00a0Les myst\u00e8res de l\u2019\u00a0\u00bbarticulation races-classes\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb in <em>Nous sommes les indig\u00e8nes de la r\u00e9publique<\/em>, Amsterdam, 2012, p. 324.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftnref3\">[3]<\/a> Mouvement des indig\u00e8nes de la r\u00e9publique, \u00ab\u00a0Ni pour les droites, ni pour le PS\u00a0\u00bb, [janvier 2007],\u00a0<em>Nous sommes les indig\u00e8nes de la <\/em>r\u00e9publiques, <em>op. cit.<\/em>, p.137.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftnref4\">[4]<\/a> Parti des indig\u00e8nes de la r\u00e9publique, \u00ab\u00a0L\u2019objectif politique du PIR\u00a0: un gouvernement d\u00e9colonial\u00a0\u00bb [avril 2010], in <em>Nous sommes les indig\u00e8nes de la R\u00e9publique<\/em>, Amsterdam, 2012, p.319.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=6bNN39Ptpxc<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftnref6\">[6]<\/a> \u00ab\u00a0Racisme, discriminations, islamophobie : un faux probl\u00e8me pour le PTB\u00a0\u00bb,\u00a0http:\/\/www.egalite.be\/?p=4390.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftnref7\">[7]<\/a> Voir Pierre Bourdieu, \u00ab\u00a0L\u2019Opinion publique n\u2019existe pas\u00a0\u00bb, in <em>Questions de sociologie<\/em>, Paris, Les \u00c9ditions de Minuit, 1984, p.\u00a0222-235.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftnref8\">[8]<\/a> Voir par exemple, David Pestieau, \u00ab\u00a0D\u00e9sint\u00e9gration sociale et divisions identitaires\u00a0\u00bb, juin 2012. En ligne\u00a0: http:\/\/www.ptb.be\/nieuws\/artikel\/desintegration-sociale-et-divisions-identitaires.html<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftnref9\">[9]<\/a> F\u00e9lix Boggio \u00c9wanj\u00e9-\u00c9p\u00e9e et Stella Magliani-Belkacem, \u00ab\u00a0Ce que pourrait \u00eatre une gauche antiraciste\u00a0\u00bb in <em>Race et capitalisme<\/em>, Syllepse, 2012.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftnref10\">[10]<\/a> Cette id\u00e9e d\u2019espaces-temps discordants est emprunt\u00e9e \u00e0 Sadri Khiari, \u00ab\u00a0L\u2019Indig\u00e8ne discordant\u00a0\u00bb [mai 2005], <em>Nous sommes les indig\u00e8nes de la <\/em>r\u00e9publiques, Amsterdam, 2012, p. 59.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/?paged=35#_ftnref11\">[11]<\/a> Pour plus de d\u00e9tails, voir Sadri Khiari, \u00ab\u00a0Il nous faut une strat\u00e9gie d\u00e9coloniale\u00a0\u00bb, in <em>Race et capitalisme<\/em>, Syllepse, 2012.<\/p>\n<header><img decoding=\"async\" class=\"alignright\" alt=\"exist-resist-20121\" src=\"http:\/\/www.egalite.be\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/exist-resist-20121.jpg\" width=\"421\" height=\"209\" \/><\/header>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CE QUE PEUT UNE MINORIT\u00c9[1] Le texte ci-dessous a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 dans les locaux du mouvement \u00c9galit\u00e9 par F\u00e9lix Boggio \u00c9wanj\u00e9-\u00c9p\u00e9e et Stella Magliani-Belkacem lors de la pr\u00e9sentation d\u2019un ouvrage qu\u2019il et elle ont coordonn\u00e9, Race et capitalisme (Syllepse, 2012).<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":28,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,22,25,36,42,4,20,7,6,8,18,28,37,39,5],"tags":[31,14,23,13],"class_list":["post-786","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-anti-imperialisme","category-emploi","category-enseignement","category-europe","category-homophobie","category-islamophobie","category-logement","category-negrophobie","category-palestine-moyen-orient","category-prisons","category-resistance-bruxelles","category-racismes","category-romophobie","category-sans-papier","category-violence-policiere","tag-belgique","tag-bruxelles","tag-discrimination","tag-nordine-saidi"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/786","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=786"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/786\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":787,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/786\/revisions\/787"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/28"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=786"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=786"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=786"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}