{"id":900,"date":"2012-08-13T21:13:15","date_gmt":"2012-08-13T20:13:15","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=900"},"modified":"2013-11-11T21:15:53","modified_gmt":"2013-11-11T20:15:53","slug":"dolores-ibarruri-pasionaria-pour-toujours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=900","title":{"rendered":"Dolores Ibarruri : Pasionaria pour toujours"},"content":{"rendered":"<article id=\"post-3781\">\n<header><\/header>\n<div>\n<h3><img decoding=\"async\" class=\"alignright\" alt=\"http:\/\/www.mosaique.levillage.org\/miroirs\/espariete.jpg\" src=\"http:\/\/www.mosaique.levillage.org\/miroirs\/espariete.jpg\" \/><\/h3>\n<h3>Dolores Ibarruri\u00a0: Pasionaria pour toujours<\/h3>\n<div>\n<div><img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.legrandsoir.info\/local\/cache-vignettes\/L250xH250\/arton8974-1d474.jpg\" width=\"250\" height=\"250\" align=\"left\" \/><\/div>\n<div>Jos\u00e9 FORT<\/div>\n<div>\n<p>J\u2019enrage. Pasionaria est mise \u00e0 toutes les sauces. La \u00ab\u00a0pasionara du gouvernement\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0pasionaria des stades\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la pasionaria\u2026 Voici l\u2019histoire de Dolores Ibarruri, la v\u00e9ritable, la seule Pasionaria.<img decoding=\"async\" alt=\"http:\/\/lh5.ggpht.com\/_5XvBYfxU_dM\/TERhFvU6a3I\/AAAAAAAAMcI\/359EaQ1QQMc\/Dolores%20Ibarruri%5B12%5D.png\" src=\"http:\/\/lh5.ggpht.com\/_5XvBYfxU_dM\/TERhFvU6a3I\/AAAAAAAAMcI\/359EaQ1QQMc\/Dolores%20Ibarruri%5B12%5D.png\" \/><!--more--><\/p>\n<header><img decoding=\"async\" class=\"alignright\" alt=\"pasionaria\" src=\"http:\/\/www.egalite.be\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/pasionaria.jpg\" width=\"600\" height=\"414\" \/><\/header>\n<\/div>\n<div id=\"font-variable\">\n<p>Huiti\u00e8me d\u2019une famille de onze enfants, fille et petite- fille de mineurs, n\u00e9e cinq ann\u00e9es avant le d\u00e9but du si\u00e8cle dernier \u00e0 Gallarta, ville de la province basque de Biscaye, Dolores Ibarruri, d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, r\u00eave de devenir institutrice. Dans la petite \u00e9cole situ\u00e9e au-dessus de la prison, elle d\u00e9vore les livres que lui pr\u00eate son institutrice, Antonia Izar.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Comment penses-tu pouvoir devenir institutrice alors que tes fr\u00e8res sont ouvriers\u00a0?\u00a0\u00bb lui r\u00e9p\u00e8te sa m\u00e8re. Mis\u00e8re et ignorance. Dolores ne d\u00e9passe pas le cours pr\u00e9paratoire \u00e0 l\u2019\u00e9cole normale. Elle abandonne les cahiers pour les ateliers de couture puis pour les cuisines des maisons bourgeoises. \u00ab\u00a0La seule issue, l\u2019unique aspiration pour une femme dans mon village, c\u2019\u00e9tait le mariage\u00a0\u00bb, disait-elle, avant d\u2019ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0Une vie grise, une vie d\u2019esclave.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour obtenir la main de la jeune et belle Dolores, les pr\u00e9tendants ne manquent pas. C\u2019est Julian Ruiz Gabina qu\u2019elle choisit. Un militant socialiste qui \u00ab\u00a0ne savait pas danser\u00a0\u00bb, mais lui offrait ses premiers livres. Elle se marie \u00e0 l\u2019\u00e9glise de Gallarta et quitte pour la premi\u00e8re fois son village pour Santander\u00a0: un bref voyage de noces dans la famille de son \u00e9poux avant de s\u2019installer, non loin de l\u00e0, \u00e0 Somorrostro. Elle va vite v\u00e9rifier la dure v\u00e9rit\u00e9 du proverbe espagnol\u00a0: \u00ab\u00a0M\u00e8re\u00a0? Qu\u2019est-ce que se marier\u00a0? Fille, c\u2019est coudre, faire des enfants et pleurer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pleurer\u00a0? Dolores Ibarruri en aura trop souvent l\u2019occasion\u00a0: la mort de deux de ses enfants en Espagne, la disparition de son fils Ruben \u00e0 Stalingrad pendant la Seconde guerre mondiale, l\u2019incompr\u00e9hension de sa famille, son mari en prison pour id\u00e9es subversives. \u00ab\u00a0Je suis devenue socialiste \u00e0 force de c\u00f4toyer l\u2019injustice, la mis\u00e8re, et je n\u2019avais pas besoin de me regarder dans un miroir pour voir combien souffraient les autres femmes\u00a0\u00bb, soulignait-elle.<\/p>\n<p>Dolores partage les id\u00e9es de son mari. 1917 va \u00eatre pour elle une date d\u00e9cisive. Lorsqu\u2019elle apprend la victoire de la r\u00e9volution russe, Julian se trouve \u2013 encore \u2013 en prison. \u00ab\u00a0Je ne me sentais pas seule. Cette r\u00e9volution lointaine, inaccessible \u00e9tait r\u00e9alit\u00e9 dans une partie du monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les responsables syndicalistes \u00e0 la recherche de r\u00e9dacteurs lui proposent d\u2019\u00e9crire des articles dans leur journal \u00ab\u00a0Le Mineur de Biscaye\u00a0\u00bb. Dolores accepte et publie son premier \u00ab\u00a0papier\u00a0\u00bb pendant la semaine sainte, dite semaine de la Passion. Elle ne peut signer de son vrai nom et choisit un pseudonyme, celui qui va devenir c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: Pasionaria.<\/p>\n<p>Dolores Ibarruri devient une collaboratrice r\u00e9guli\u00e8re des publications ouvri\u00e8res. Elle s\u2019engage pleinement dans le combat politique en 1920, lors de la cr\u00e9ation du Parti communiste d\u2019Espagne (PCE). Elue membre du comit\u00e9 provincial de Biscaye, elle participe au premier congr\u00e8s du PCE.<\/p>\n<p>A Somorrostro, les dames de la bonne soci\u00e9t\u00e9 sont constern\u00e9es. On rappelle que, quelques ann\u00e9es auparavant, Mme\u00a0Ibarruri m\u00e8re entra\u00eenait sa fille \u00e0 l\u2019\u00e9glise San Felicismo pour l\u2019exorciser et demandait au cur\u00e9 de prier en ce sens. D\u00e9j\u00e0, la jeune Dolores contestait les r\u00e8gles archa\u00efques\u2026 La voil\u00e0 devenue communiste. Les dames de Somorrostro veulent sauver Dolores de l\u2019enfer. La pr\u00e9pos\u00e9e au sauvetage, \u00e9pouse d\u2019un propri\u00e9taire de mines, Mme\u00a0Sebastiana Ugarte, anime la tr\u00e8s pieuse organisation de charit\u00e9 \u00ab\u00a0Les femmes de Saint Paul\u00a0\u00bb. Or, Dolores persiste dans son engagement. Mme\u00a0Ugarte conna\u00eet les ficelles\u00a0: elle propose \u00e0 Dolores une maison \u00ab\u00a0confortable avec jardin\u00a0\u00bb, et aussi \u00ab\u00a0un bon emploi\u00a0\u00bb pour Julian. Peine perdue.<\/p>\n<p>La vie est dure pour les Ruiz-Ibarruri. Comme pour tous les militants ouvriers pers\u00e9cut\u00e9s par la dictature du g\u00e9n\u00e9ral Primo de Rivera dont le fils, Jos\u00e9 Antonio, va fonder la Phalange, avant d\u2019avoir son avenue dans toutes les villes d\u2019Espagne comme \u00ab\u00a0martyr\u00a0\u00bb sans cesse c\u00e9l\u00e9br\u00e9 du franquisme. Julian subit la prison presque en permanence. S\u2019il en sort, c\u2019est pour enterrer dans un carton deux de ses trois filles. Heureusement, la solidarit\u00e9 entoure la famille.<\/p>\n<p>En 1930, Dolores devient membre du Comit\u00e9 central du PCE. L\u2019ann\u00e9e suivante, au cours de la campagne \u00e9lectorale qui pr\u00e9c\u00e8de la proclamation de la R\u00e9publique, elle prononce son premier discours \u00e0 Bilbao. Lorsqu\u2019elle monte \u00e0 la tribune, Dolores tremble de peur. Tout au long de sa vie, avant chaque allocution, le trac ne l\u2019abandonnera jamais. D\u00e9j\u00e0, dans la rue, on reconna\u00eet Dolores Ibarruri, cette femme qui lie l\u2019action d\u2019avant-garde au respect m\u00e9ticuleux des traditions. Elle s\u2019habille toujours de la m\u00eame mani\u00e8re combinant le noir et le blanc et n\u2019utilise les v\u00eatements de couleur que pour confondre les polices \u00e0 ses trousses. En 1931, \u00e0 la demande de la direction du PCE, elle quitte Somorrostro pour Madrid. Le couple Ruiz-Ibarruri se s\u00e9pare. Une rupture qui n\u2019emp\u00eachera pas Dolores et Julian de rester pour toujours d\u2019excellents amis.<\/p>\n<p>Les articles de Pasionaria dans \u00ab\u00a0Le Mineur de Biscaye\u00a0\u00bb ne passent pas inaper\u00e7us. Dolores Ibarruri rejoint la r\u00e9daction de \u00ab\u00a0Mundo Obrero\u00a0\u00bb, organe central du PCE. Un soir, en sortant du journal, elle est arr\u00eat\u00e9e et conduite \u00e0 la prison pour femmes de Quinones. Premier emprisonnement. Premier choc avec la r\u00e9alit\u00e9 p\u00e9nitentiaire. Dans sa cellule, les droits communs font la loi. Elle conquiert l\u2019amiti\u00e9 de la plupart de \u00ab\u00a0ces victimes de la mis\u00e8re\u00a0\u00bb et leur fait chanter \u00ab\u00a0l\u2019Internationale\u00a0\u00bb, le 1er mai 1932. Bient\u00f4t libre, Dolores n\u2019en vit pas moins un drame\u00a0: celui de la s\u00e9paration. Ses enfants rest\u00e9s \u00e0 Somorrostro lui manquent douloureusement. \u00ab\u00a0La vie m\u2019a montr\u00e9, indiquait-elle, combien il est difficile pour une femme, pour une m\u00e8re, de mener la lutte r\u00e9volutionnaire. La vie, la libert\u00e9, rien ne m\u2019importait. Mais les enfants\u00a0! Avais-je le droit de les sacrifier\u00a0? Cet aspect a \u00e9t\u00e9 le plus dur. Mes enfants ont souffert avec moi des cons\u00e9quences des activit\u00e9s de leur m\u00e8re mais, sans eux, la vie m\u2019aurait \u00e9t\u00e9 impossible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ruben et Amaya ne seront jamais seuls. Leur m\u00e8re se d\u00e9place beaucoup. Elle prend toujours le soin de trouver un bon toit pour ses enfants. Les retours de voyage se transforment en f\u00eate, notamment en 1933 lorsque Dolores revient de Moscou apr\u00e8s avoir particip\u00e9, pour la premi\u00e8re fois, \u00e0 une r\u00e9union de l\u2019Internationale communiste. Avec quelques amies, elle organise le Comit\u00e9 national des femmes contre la guerre et le fascisme. Au lendemain de la f\u00e9roce r\u00e9pression contre l\u2019insurrection asturienne, en octobre 1934, le comit\u00e9 se reconverti en une commission pour l\u2019enfance ouvri\u00e8re.<\/p>\n<p>Quatre mille Asturiens fauch\u00e9s par les balles laissent des milliers d\u2019orphelins. Dolores part pour Oviedo et met au point un plan d\u2019\u00e9vacuation des enfants vers Madrid o\u00f9 les accueillent des familles. Une action qui a d\u2019importantes r\u00e9percussions en Europe. Et la presse publie la photo de la \u00ab\u00a0Dame en noir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dolores continue sa dangereuse vie de militante en franchissant clandestinement et \u00e0 pied la fronti\u00e8re des Pyr\u00e9n\u00e9es. Chaque passage exige une pr\u00e9paration minutieuse, des guides, des relais. En 1935, elle participe en France \u00e0 un congr\u00e8s de solidarit\u00e9 avec les Asturies. Un de ses camarades, Manuel Collinos, l\u2019accompagne lors d\u2019une marche de nuit. \u00ab\u00a0En franchissant des torrents, ironisait-elle, il n\u2019avait qu\u2019une seule pr\u00e9occupation\u00a0: maintenir le pli du pantalon du costume qu\u2019on lui avait pr\u00eat\u00e9 pour assister au congr\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tout va tr\u00e8s vite pour Dolores et la vie devient impossible pour les enfants qu\u2019elle ne peut m\u00eame pas inscrire dans une \u00e9cole. Aussi doit-elle se r\u00e9signer \u00e0 ce que Ruben et Amaya partent pour l\u2019URSS. Peu de temps apr\u00e8s, Dolores retourne en prison. Le directeur du centre p\u00e9nitentiaire pour femmes de Ventas s\u2019appelle Manuel Machado, po\u00e8te comme son fr\u00e8re Antonio. Le premier \u00e9crira les louanges de Franco, le second d\u00e9noncera les crimes du dictateur. Dolores pr\u00e9f\u00e9rait Antonio.<\/p>\n<p>Le Front populaire, en 1936, remporte les \u00e9lections. Dolores Ibarruri devient d\u00e9put\u00e9e des Asturies. D\u00e8s l\u2019annonce de son \u00e9lection, elle part pour Oviedo et se pr\u00e9sente \u00e0 la porte de la prison o\u00f9 sont parqu\u00e9s des centaines de militants politiques socialistes, communistes, r\u00e9publicains. Dans un premier temps, le directeur refuse de la recevoir et fait installer une mitrailleuse face \u00e0 la foule rassembl\u00e9e devant l\u2019entr\u00e9e. Les n\u00e9gociations se prolongent durant plusieurs heures avant que Pasionaria n\u2019obtienne gain de cause. Tous les prisonniers sont lib\u00e9r\u00e9s. La liesse populaire emporte Dolores dans les rues d\u2019Oviedo. Le cidre coule \u00e0 flots.<\/p>\n<p>La relation avec les \u00e9lecteurs ne pose aucun probl\u00e8me \u00e0 la nouvelle d\u00e9put\u00e9e. Au parlement, les vieux renards de la politique pensent faire une seule bouch\u00e9e de \u00ab\u00a0l\u2019ancienne domestique\u00a0\u00bb. Dans les couloirs des Cortes, les conversations portent sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u00a0: une femme, communiste de surcro\u00eet, va prononcer une allocution devant ces messieurs les d\u00e9put\u00e9s. On sourit, on murmure, on attend le spectacle. Lorsque Dolores monte \u00e0 la tribune, des galeries fusent des ricanements. Pourtant, d\u00e8s la deuxi\u00e8me phrase, silence. Pasionaria \u00e9voque les insurg\u00e9s asturiens, d\u00e9nonce la r\u00e9pression, la mis\u00e8re, l\u2019intol\u00e9rance, avec une fougue qui d\u00e9sarme ses contradicteurs. Le lendemain, le journal de Bilbao, \u00ab\u00a0El Liberal\u00a0\u00bb titre\u00a0: \u00ab\u00a0Une femme est entr\u00e9e au Parlement\u00a0\u00bb, tandis que la presse madril\u00e8ne s\u2019exclame\u00a0: \u00ab\u00a0Quelle femme\u00a0!\u00a0\u00bb. Dolores a quarante et un ans. Peu avant de f\u00eater son quarante-deuxi\u00e8me anniversaire, elle est d\u00e9sign\u00e9e vice-pr\u00e9sidente des Cortes.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but, le Front populaire affronte le sabotage \u00e9conomique men\u00e9 par le patronat et les grands propri\u00e9taires terriens. Les phalangistes assassinent des militants de gauche et des militaires r\u00e9publicains. Le soul\u00e8vement fasciste se pr\u00e9pare avec la complicit\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s de droite. Le 18 juillet 1936, le g\u00e9n\u00e9ral Franco prend la t\u00eate de la r\u00e9bellion. \u00ab\u00a0Des armes pour le peuple\u00a0!\u00a0\u00bb, crie-t-on dans les rues de Madrid. Le lendemain, en pronon\u00e7ant son c\u00e9l\u00e8bre discours \u00ab\u00a0No pasaran\u00a0\u00bb (Ils \u2013 les fascistes \u2013 ne passeront pas) Dolores Ibarruri devient pour les Espagnols et le monde entier Pasionaria.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ici Radio-Union, depuis Madrid, au si\u00e8ge du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur. Dolores Ibarruri vous parle.\u00a0\u00bb Le speaker ajuste le micro. Dolores, tr\u00e8s p\u00e2le, d\u00e9clare\u00a0: \u00ab\u00a0Ouvriers\u00a0! Paysans\u00a0! Antifascistes\u00a0! Espagnols\u00a0! Patriotes\u00a0! Face au soul\u00e8vement militaire fasciste, tous debout pour d\u00e9fendre la R\u00e9publique, pour d\u00e9fendre les libert\u00e9s populaires et les conqu\u00eates d\u00e9mocratiques. Tout le pays vibre d\u2019indignation devant ceux qui veulent engloutir l\u2019Espagne dans un enfer de terreur et de mort. Les fascistes ne passeront pas. No pasaran.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019elle quitte le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, des groupes se forment pr\u00e8s de la Puerta del Sol et crient\u00a0: \u00ab\u00a0No pasaran\u00a0!\u00a0\u00bb. Le mot d\u2019ordre de la guerre d\u2019Espagne est n\u00e9. Pasionaria harangue les soldats dans les casernes de la capitale, mobilise les travailleurs dans les usines, organise les femmes dans les quartiers. Des milliers de personnes viennent \u00e9couter dans les meetings celle qui, entre deux r\u00e9unions, deux d\u00e9bats, deux articles, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 consacrer du temps \u00e0 une famille en d\u00e9tresse. La m\u00eame femme aussi infatigable qu\u2019indomptable qui lance un appel aux peuples du monde\u00a0: \u00ab\u00a0Aidez-nous \u00e0 emp\u00eacher que la d\u00e9mocratie soit \u00e9cras\u00e9e en Espagne. Si cela devait arriver, cela entra\u00eenerait in\u00e9vitablement la guerre.\u00a0\u00bb Un appel qui compte, en ces d\u00e9cisives semaines du d\u00e9but de la guerre, o\u00f9 le gouvernement r\u00e9publicain tente par tous les moyens d\u2019acheter des armes. Les armes qu\u2019ont \u00e0 profusion les fascistes et qui vont bient\u00f4t si cruellement manquer aux d\u00e9fenseurs de la libert\u00e9.<\/p>\n<p>O\u00f9 trouver ces armes\u00a0? Une d\u00e9l\u00e9gation officielle espagnole compos\u00e9e de personnalit\u00e9s d\u2019horizons divers se rend \u00e0 Paris. Les Croix-de-feu menacent de dynamiter l\u2019h\u00f4tel o\u00f9 descend la mission. Quant au Pr\u00e9sident de Conseil fran\u00e7ais, le socialiste L\u00e9o Blum, il annonce aux parlementaires espagnols que \u00ab\u00a0la France ne peut pas intervenir\u00a0\u00bb, alors que ce qui lui est demand\u00e9 se limite au respect des contrats sign\u00e9s avec Madrid. \u00ab\u00a0Blum, indiquait Dolor\u00e8s, parlait comme s\u2019il lui \u00e9tait difficile d\u2019articuler. Il se d\u00e9clarait pacifiste, affirmait souffrir \u00e9norm\u00e9ment, mais confirmait la politique de non-intervention de la France. Un moment, derri\u00e8re ses longues mains fines, il se cacha les yeux. Pleurait-il\u00a0? De sa poche gauche, il tira un \u00e9l\u00e9gant mouchoir de soie et essuya une larme qu\u2019il n\u2019avait pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour Pasionaria, la France ne se r\u00e9sume pas \u00e0 L\u00e9on Blum. Le 8 septembre 1936, le Parti Communiste Fran\u00e7ais organise un grand rassemblement au Vel\u2019d\u2019Hiv \u00e0 Paris. Elle y prononce une phrase c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: \u00ab\u00a0Mieux vaut vivre debout que vivre \u00e0 genoux.\u00a0\u00bb Sur les murs des villes et des villages de France fleurit le mot d\u2019ordre\u00a0: \u00ab\u00a0Des canons et des avions pour l\u2019Espagne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De retour \u00e0 Madrid, Pasionaria et ses camarades acc\u00e9l\u00e8rent le dispositif de d\u00e9fense de la capitale. Elle soutient l\u2019id\u00e9e selon laquelle il faut cr\u00e9er une arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re de la R\u00e9publique dot\u00e9e d\u2019un seul drapeau et d\u2019un commandement unique. Le Pr\u00e9sident du gouvernement, Largo Caballero, les anarchistes et les trotskistes estiment, eux, que de simples milices suffiront. Quand Dolor\u00e8s et les communistes soulignent la n\u00e9cessit\u00e9 de creuser des tranch\u00e9es pour d\u00e9fendre Madrid, Largo Caballero tergiversent, allant jusqu\u2019\u00e0 clamer\u00a0: \u00ab\u00a0Les miliciens ne peuvent se transformer en taupes.\u00a0\u00bb On voit Dolores aux quatre coins de la capitale. Ici, creusant une tranch\u00e9e avec les habitants d\u2019un quartier\u00a0; l\u00e0, accompagnant Nehru et sa fille Indira Gandhi, des \u00e9crivains, des po\u00e8tes tels qu\u2019Ilia Ehrenbourg, Pablo Neruda, des vedettes comme le chanteur noir am\u00e9ricain Paul Robeson.<\/p>\n<p>Le 7 novembre 1936, elle accueille les Brigades internationales, \u00ab\u00a0des fr\u00e8res venus du monde entier d\u00e9fendre la libert\u00e9\u00a0\u00bb. Bref moment de joie dans la trag\u00e9die, car d\u00e9j\u00e0 l\u2019artillerie et l\u2019aviation fasciste pilonnent Madrid. Les mercenaires de Franco, les Junkers de Hitler et les forces motoris\u00e9es de Mussolini font pression sur tous les fronts. Une situation si pr\u00e9caire que le gouvernement et le Parlement espagnols d\u00e9cident de transf\u00e9rer leurs services \u00e0 Valence.<\/p>\n<p>Durant ces ann\u00e9es de guerre, aux c\u00f4t\u00e9s de Jos\u00e9 Diaz, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Parti communiste d\u2019Espagne, Dolores se d\u00e9pense sans compter. La \u00ab\u00a0Dame en noir\u00a0\u00bb devient l\u2019ennemi num\u00e9ro un des franquistes et de leurs amis europ\u00e9ens. Une campagne se d\u00e9cha\u00eene pour tenter de salir son image aux yeux de l\u2019opinion. En France, le journal fasciste \u00ab\u00a0Gringoire\u00a0\u00bb \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Pasionaria, quoique de race espagnole, est un personnage trouble. Ancienne religieuse, elle s\u2019est mari\u00e9e \u00e0 un d\u00e9froqu\u00e9, d\u2019o\u00f9 sa haine pour la religion. Elle s\u2019est rendue c\u00e9l\u00e8bre un jour en se jetant sur un pauvre cur\u00e9 et en lui sectionnant la veine jugulaire \u00e0 coups de dents.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La propagande franquiste ne se diff\u00e9rencie gu\u00e8re. Les soldats rebelles prisonniers des r\u00e9publicains parlent de Pasionaria avec horreur. A un groupe d\u2019entre eux, Dolores demande comment ils imaginent Pasionaria. \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas une femme, c\u2019est un fauve\u00a0\u00bb, r\u00e9pondent-ils. \u00ab\u00a0Un peu comme moi\u00a0\u00bb, interroge-t-elle. \u00ab\u00a0Quelle id\u00e9e, r\u00e9torquent les prisonniers. Vous, vous \u00eates une femme espagnole, une vraie\u2026\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les forces arm\u00e9es de la R\u00e9publique ne peuvent contenir les troupes franquistes de plus en plus aid\u00e9es par leurs parrains de Berlin et de Rome. Devant la gravit\u00e9 de la situation, Dolores retourne \u00e0 Paris et s\u2019adresse au monde\u00a0: \u00ab\u00a0En Espagne se livrent les premi\u00e8res batailles entre la d\u00e9mocratie et le fascisme qui veut \u00e9tendre ses pouvoirs tentaculaires sur le monde pour \u00e9touffer la libert\u00e9 et le progr\u00e8s. Notre peuple accepte avec orgueil et pleine responsabilit\u00e9 la t\u00e2che que l\u2019Histoire lui a r\u00e9serv\u00e9e. Mais il exige qu\u2019on ne l\u2019abandonne pas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les accords de Munich, la capitulation devant Hitler, acc\u00e9l\u00e8rent l\u2019isolement de la R\u00e9publique. L\u2019URSS est seule \u00e0 fournir une aide en avions, en armements divers, en combattants et conseillers exp\u00e9riment\u00e9s. Les pressions s\u2019exercent de toutes parts sur le gouvernement Negrin qui, craignant la reconnaissance de Franco par les pays voisins, d\u00e9cide le retrait des Brigades internationales. Le 28 octobre 1938, Barcelone dit adieu aux volontaires. C\u2019est alors que Pasionaria lance ces mots inoubliables\u00a0: \u00ab\u00a0Drapeaux d\u2019Espagne, saluez ces h\u00e9ros, inclinez-vous devant ces martyrs. M\u00e8res\u00a0! Femmes\u00a0! Quand les blessures de la guerre seront cicatris\u00e9es, quand le souvenir des jours douloureux et sanglants laisseront place \u00e0 un pr\u00e9sent de libert\u00e9, de paix et de bien-\u00eatre, quand les ranc\u0153urs seront att\u00e9nu\u00e9es, parlez \u00e0 vos enfants, parlez des hommes des Brigades internationales.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tandis que Berlin aide Franco \u00e0 \u00e9craser la R\u00e9publique espagnole, l\u2019arm\u00e9e allemande se pr\u00e9pare \u00e0 d\u00e9ferler sur le reste de l\u2019Europe. Pour Hitler, Madrid, Brunete, Guernica, Jarama constituent aussi un test militaire. Quant aux volontaires des Brigades internationales, ils seront de tous les combats \u2013 souvent les premiers \u2013 pour r\u00e9sister au fascisme.<\/p>\n<p>Le 6 mars 1939, la direction du PCE d\u00e9cide le d\u00e9part de Pasionaria. La chasse aux communistes est lanc\u00e9e dans tout le pays. Le 8 mars, sur un a\u00e9rodrome proche d\u2019Alicante, un groupe de gu\u00e9rilleros pr\u00e9sente une derni\u00e8re fois les armes \u00e0 Dolores accompagn\u00e9e de Jean Catela, d\u00e9put\u00e9 communiste fran\u00e7ais et futur martyr de la R\u00e9sistance que les P\u00e9tainistes guillotineront le 24 septembre 1941 \u00e0 la prison de la Sant\u00e9 \u00e0 Paris. Pasionaria \u00e9treint longuement les derniers soldats de la R\u00e9publique puis monte dans un petit avion. Il lui faudra attendre pr\u00e8s de quarante ans avant de revenir sur sa terre natale.<\/p>\n<p>Oran, Marseille, Paris, Moscou. Dolores s\u2019installe dans la capitale sovi\u00e9tique. Seule femme membre du Comit\u00e9 ex\u00e9cutif du Komintern, elle jouit d\u2019une grande autorit\u00e9. Sa fille \u00e9tudie dans un institut technique, son fils Ruben dans une \u00e9cole militaire. Plusieurs milliers d\u2019Espagnols vivent r\u00e9fugi\u00e9s en URSS lorsqu\u2019Hitler d\u00e9clenche l\u2019op\u00e9ration \u00ab\u00a0Barbarossa\u00a0\u00bb. Objectif\u00a0: Moscou. Les populations de l\u2019URSS vont devoir affronter un conflit terrible au cours duquel vingt millions de femmes, d\u2019enfants, d\u2019hommes p\u00e9riront. Les exil\u00e9s espagnols multiplient les d\u00e9marches afin d\u2019\u00eatre int\u00e9gr\u00e9s aux forces arm\u00e9es de l\u2019URSS. Les autorit\u00e9s de Moscou h\u00e9sitent un moment, puis donnent le feu vert \u00e0 la formation de la 4 \u00e8me compagnie de volontaires.<\/p>\n<p>Le 18 juillet 1941, pr\u00e8s de deux cents combattants espagnols se rassemblent dans la cour d\u2019une caserne de Moscou. Pasionaria leur dit\u00a0: \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui comme hier, vous vous trouvez les armes \u00e0 la main contre le fascisme. Je suis persuad\u00e9e que vous vous battrez avec honneur aux c\u00f4t\u00e9s du peuple sovi\u00e9tique dans la lutte contre l\u2019hitl\u00e9risme et pour l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Espagne.\u00a0\u00bb A ce moment, une voix lance\u00a0: \u00ab\u00a0No pasaran\u00a0\u00bb. Cette fois, en effet, les fascistes ne passeront pas. Environ mille volontaires espagnols s\u2019enr\u00f4lent dans l\u2019arm\u00e9e rouge. Ils sont particuli\u00e8rement efficaces derri\u00e8re les lignes allemandes pour des missions sp\u00e9ciales.<\/p>\n<p>En septembre 1942, Dolores repli\u00e9e avec l\u2019\u00e9quipe de Radio-Espagne ind\u00e9pendante \u00e0 Oufa, la capitale de la R\u00e9publique autonome de Bachkirie, s\u2019adresse chaque jour \u00e0 son pays. Elle s\u2019attache particuli\u00e8rement \u00e0 d\u00e9noncer la division Azul mise \u00e0 la disposition d\u2019Hitler par Franco. Elle appelle les jeunes Espagnols \u00e0 refuser de devenir \u00ab\u00a0la chair \u00e0 canon de l\u2019Allemagne nazie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un soir du d\u00e9but de l\u2019automne 1942, le t\u00e9l\u00e9phone sonne chez Dolores. Une voix grave demande \u00e0 lui parler et se pr\u00e9sente\u00a0: Nikita Khroutchev, commissaire politique d\u2019un des fronts. Celui qui deviendra chef de l\u2019Etat sovi\u00e9tique annonce \u00e0 Dolores la mort du lieutenant Ruben Ibarruri \u00e0 Stalingrad. Quelques mois auparavant, Jos\u00e9 Diaz, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PCE, condamn\u00e9 par un cancer, s\u2019\u00e9tait suicid\u00e9 \u00e0 Tbilissi. D\u00e9sormais, la direction du PCE repose sur Pasionaria.<\/p>\n<p>La d\u00e9route des troupes hitl\u00e9riennes redonne espoir aux r\u00e9publicains espagnols. Franco n\u2019est-il pas un des plus fid\u00e8les alli\u00e9s des nazis\u00a0? N\u2019a-t-on pas promis de faire payer au dictateur ses crimes contre la R\u00e9publique et ses complicit\u00e9s durant la guerre mondiale\u00a0? Sans attendre la fin du conflit, Pasionaria prend la route de Paris. Les autorit\u00e9s britanniques lui refusent une place dans un avion sous le pr\u00e9texte que les appareils militaires ne peuvent accueillir une femme. Peu importe. Avec sa fid\u00e8le secr\u00e9taire Ir\u00e8ne Falcon et le dirigeant communiste Ignacio Gallego, Dolores commence un long p\u00e9riple qui les conduit en Iran, en Egypte avant de d\u00e9barquer \u00e0 Boulogne. Le 8 mai 1945, c\u2019est \u00e0 Paris que Pasionaria f\u00eate la victoire sur le fascisme.<\/p>\n<p>Son plus cher d\u00e9sir est alors de se rapprocher de l\u2019Espagne. Elle s\u2019installe \u00e0 Toulouse. Pas pour longtemps. En 1950, le gouvernement fran\u00e7ais interdit les activit\u00e9s du PCE. Ses dirigeants avec l\u2019aide pr\u00e9cieuse et jamais d\u00e9mentie du Parti communiste fran\u00e7ais (PCF), rentrent dans la clandestinit\u00e9. Pasionaria, elle, ne peut pas passer inaper\u00e7ue. Elle regagne Moscou d\u2019o\u00f9 elle dirige le parti jusqu\u2019en 1960. Santiago Carrillo la remplace au poste de secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PCE. Elle devient pr\u00e9sidente du parti.<\/p>\n<p>Pendant ces longues ann\u00e9es, Dolores Ibarruri suit quotidiennement les \u00e9v\u00e9nements dont son pays est le th\u00e9\u00e2tre. Au micro de Radio-Espagne ind\u00e9pendante, elle commente la moindre gr\u00e8ve. Sa voix est \u00e9cout\u00e9e du Pays basque \u00e0 l\u2019Andalousie, dans les villes et les villages. D\u00e8s 1956, elle avance l\u2019id\u00e9e de la \u00ab\u00a0r\u00e9conciliation nationale\u00a0\u00bb. Elle m\u00e8ne campagne pour sauver les d\u00e9mocrates espagnols condamn\u00e9s par la dictature, de Julian Grimau aux cinq jeunes basques fusill\u00e9s en 1975.<\/p>\n<p>A Moscou, elle re\u00e7oit des personnalit\u00e9s de passage mais surtout des Espagnols qui lui racontent dans les moindres d\u00e9tails la vie quotidienne \u00e0 Madrid et \u00e0 Malaga, dans son cher Pays basque et en Catalogne. Dolores veut s\u2019impr\u00e9gner de tous les changements, de toutes les transformations. Au centre espagnol de la rue Jdanov \u00e0 Moscou, elle redonne l\u2019espoir. Et, bravant les interdictions, elle participe \u00e0 des r\u00e9unions dans des pays europ\u00e9ens, \u00e0 Paris notamment. Son exil prendra-t-il fin\u00a0?<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la mort de Franco, le centre espagnol de la rue Jdanov se vide progressivement. La fronti\u00e8re des Pyr\u00e9n\u00e9es s\u2019est ouverte pour la plupart, pas pour Pasionaria. Un ancien ministre du dictateur, Manuel Fraga Iribarne, d\u00e9clare au journal \u00ab\u00a0Sud-Ouest\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Il est pr\u00e9f\u00e9rable que certains exil\u00e9s restent hors du pays. Par exemple, Pasionaria.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de 1977, Dolores parle pour la derni\u00e8re fois sur les ondes de Radio-Espagne ind\u00e9pendante. Ses camarades ont repris le combat sur le sol national. Pasionaria ne le peut toujours pas. A Madrid, les proches du dictateur disparu ont peur de la \u00ab\u00a0Dame en noir\u00a0\u00bb. Le mot d\u2019ordre \u00ab\u00a0Dolores \u00e0 Madrid\u00a0\u00bb s\u2019inscrit sur les murs de la capitale. Le 11 mai 1977, le charg\u00e9 d\u2019affaires de l\u2019ambassade d\u2019Espagne \u00e0 Moscou annonce \u00e0 Pasionaria qu\u2019elle peut \u2013 enfin \u2013 retirer son passeport.<\/p>\n<p>Deux jours apr\u00e8s, le vol r\u00e9gulier Moscou-Madrid est retard\u00e9. Les passagers ont leurs ceintures attach\u00e9es et les r\u00e9acteurs commencent \u00e0 tourner. Des dirigeants sovi\u00e9tiques s\u2019avancent lentement vers l\u2019appareil entourant une dame en noir, les cheveux blancs ramass\u00e9s en chignon. \u00ab\u00a0Chers camarades, leur dit-elle, notre peuple affirme que partir c\u2019est mourir un peu. Je ne crois pas que cela soit vrai car dans ce cas, partir signifie pour moi m\u2019incorporer de nouveaux dans la lutte active qui va d\u00e9cider du destin de ma patrie.\u00a0\u00bb Avant de s\u2019engouffrer dans l\u2019avion, elle se retourne une derni\u00e8re fois pour dire au revoir \u00e0 cette terre o\u00f9 elle laisse tant de souvenirs et o\u00f9 son fils Ruben repose \u00e0 jamais.<\/p>\n<p>Quelques heures plus tard, depuis le hublot de l\u2019avion, Dolores red\u00e9couvre Madrid. Jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re minute, l\u2019arriv\u00e9e de Pasionaria est tenue secr\u00e8te. Les dirigeants du PCE craignent une provocation, le gouvernement une trop grande publicit\u00e9. Mais \u00e0 peine est-elle install\u00e9e dans son appartement qu\u2019il faut contenir les milliers d\u2019amis, de camarades venus la saluer. Combien d\u2019embrassades, combien de larmes de joie\u00a0? C\u2019est dans son Pays basque qu\u2019auront lieu les plus \u00e9mouvantes des retrouvailles d\u2019un peuple et de celle qui a si bien su en incarner le courage et l\u2019espoir.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si, si, si, Dolores est avec nous\u00a0\u00bb, scandent des dizaines de milliers d\u2019hommes et de femmes dans le palais des Foires de Bilbao. Pr\u00e8s d\u2019ici, en 1931, elle avait prononc\u00e9 son premier discours. Un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s, elle fait toujours vibrer la foule. \u00ab\u00a0Il y a plus de quarante ans que physiquement j\u2019ai d\u00fb quitter l\u2019Espagne, d\u00e9clare-t-elle, mais pas \u00e0 un seul moment de ma vie, pendant les heures de joie et de tristesse, l\u2019Euzkadi ne s\u2019est \u00e9loign\u00e9 de moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au si\u00e8ge du Comit\u00e9 central du PCE, en ce jour de 1981, la porte du bureau de Pasionaria s\u2019entreb\u00e2illait pour la seconde fois. Ir\u00e8ne Falcon, la secr\u00e9taire de Dolores m\u2019adressait un regard courrouc\u00e9. En quittant, la veille, le Cason del Buen Retiro et le \u00ab\u00a0Guernica\u00a0\u00bb de Picasso d\u00e9finitivement install\u00e9 \u00e0 Madrid, je lui avais promis que l\u2019entretien ne durerait pas plus d\u2019une heure. Fallait-il tenir ma promesse alors que Pasionaria parlait sans laisser poindre un signe de fatigue\u00a0? Et qui, sinon elle, pouvait mettre fin \u00e0 la rencontre\u00a0?<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 sa mort, Dolores Ibarruri est rest\u00e9e fid\u00e8le au combat r\u00e9volutionnaire, \u00e0 l\u2019id\u00e9al communiste. La veille \u00ab\u00a0Dame en noir\u00a0\u00bb, pour toujours, demeurera Pasionaria.<\/p>\n<p>Jos\u00e9 Fort<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.legrandsoir.info\/Dolores-Ibarruri-Pasionaria-pour-toujours.html\">Source<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/article>\n<p><iframe src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/4QXSYJPTiwc\" height=\"315\" width=\"420\" allowfullscreen=\"\" frameborder=\"0\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dolores Ibarruri\u00a0: Pasionaria pour toujours Jos\u00e9 FORT J\u2019enrage. Pasionaria est mise \u00e0 toutes les sauces. 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