{"id":915,"date":"2012-08-09T21:29:45","date_gmt":"2012-08-09T20:29:45","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=915"},"modified":"2013-11-11T21:33:05","modified_gmt":"2013-11-11T20:33:05","slug":"hommage-a-mahmoud-darwich-grand-poete-palestinien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=915","title":{"rendered":"Hommage \u00e0 Mahmoud Darwich, grand po\u00e8te palestinien"},"content":{"rendered":"<p>Mahmoud Darwich (en arabe : \u0645\u062d\u0645\u0648\u062f \u062f\u0631\u0648\u064a\u0634), n\u00e9 le 13 mars 1941 \u00e0 Al-Birwah en Galil\u00e9e (Palestine sous mandat britannique) et mort le 9 ao\u00fbt 2008 \u00e0 Houston (Texas, \u00c9tats-Unis), est une des figures de proue de la po\u00e9sie palestinienne.<\/p>\n<p>Avec Ramzi Aburedwan et les musiciens de Dal\u2019Ouna, le jeune chanteur palestinien Oday Khatib, des musiciens angevins, l\u2019intervention de Kwal pour le Slam \u2026<\/p>\n<p><!--more--><iframe src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/a-JLzs3qjMc\" height=\"315\" width=\"420\" allowfullscreen=\"\" frameborder=\"0\"><\/iframe><\/p>\n<div align=\"center\"><strong>Pourquoi il faut lire Mahmoud Darwich.<\/strong><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A la mort de Darwich j\u2019ai \u00e9crit un petit truc, la nuit m\u00eame, je n\u2019ai pas voulu dormir cette nuit-l\u00e0. Comme l\u2019enfant veille de f\u00eate qui s\u2019applique \u00e0 crever la surprise. Je comptais partir de \u00e7a pour faire quelque chose de plus long. Sauf que la \u00e9ni\u00e8me barbarie est venue et je n\u2019ai plus r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9crire <em>pourquoi il faut lire Darwich<\/em>, alors que Gaza\u2026<br \/>\nJ\u2019aurais voulu dire la fascination qui a transperc\u00e9 mon enfance, pour les titres des livres de Darwich ; livres que, pendant longtemps, je n\u2019ouvrais jamais, les titres suffisaient, les titres \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 trop beaux, bien trop : <em>Au Dernier soir sur cette terre<\/em>, <em>Une M\u00e9moire pour l\u2019oubli<\/em>, <em>Et la terre se transmet comme la langue<\/em>, <em>La Terre nous est \u00e9troite<\/em>. J\u2019aurais voulu dire mes \u00e9paules le soir o\u00f9 je d\u00e9couvrais de sa bouche le po\u00e8me en hommage \u00e0 Edward Said, o\u00f9 je plongeais mon regard dans cette tendre citadelle interdite qu\u2019est la langue arabe pour moi, transmise et pourtant jamais d\u00e9li\u00e9e. Ce moment, ces pleurs \u00e9chang\u00e9s et la philosophie qui me rattrape, heureusement, par la main d\u2019Etienne Balibar sur mon \u00e9paule, ce soir-l\u00e0 au Reid Hall \u00e0 Paris. J\u2019aurais voulu dire l\u2019Humanit\u00e9 et la puissance du <em>Discours de l\u2019homme rouge<\/em>. L\u2019inqui\u00e8tude de le savoir dans le lit de l\u2019\u00e9trang\u00e8re et la lib\u00e9ration de me savoir autoris\u00e9e \u00e0 go\u00fbter l\u2019\u00e9tranger.<br \/>\nLe bonheur de le lire dire les amandiers et l\u2019\u00e9merveillement de d\u00e9couvrir que les mots existent, par del\u00e0 les langues, honneur de la traduction, honneur d\u2019Elias Sanbar.<br \/>\nJ\u2019aurais voulu que ceux qui ont aim\u00e9 <a class=\"liennav\" href=\"http:\/\/www.acontresens.com\/musique\/disques\/90.html\">Identit\u00e9 en crescendo<\/a> r\u00e9alisent l\u2019oeuvre de Mahmoud Darwich et la dette, m\u00eame pour ceux, ici, aujourd\u2019hui en France. Et la beaut\u00e9. Et l\u2019horreur de la po\u00e9sie, de la libert\u00e9. Mais la chair et le fer rendent l\u2019entreprise ridicule, comme d\u2019argumenter la beaut\u00e9 de Nina Simone un soir de lynchage ou apr\u00e8s l\u2019acquittement des bourreaux de Rodney King.<br \/>\nGaza est br\u00fbl\u00e9 et appeler \u00e0 lire est d\u00e9risoire : chaque fois que je ferme les yeux je ne r\u00eave que de missiles sol air pour lac\u00e9rer leurs ciels, leurs chiens de fer, humilier leurs sourires carnassiers.<br \/>\nIl n\u2019y a de pourquoi qui puisse trouver une r\u00e9ponse, qui, \u00e0 la po\u00e9sie, m\u00ealera la raison.<br \/>\nImmanquablement, la nuit du deuil, se sont impos\u00e9s \u00e0 moi des qui, des comment, qui d\u00e9lient la poitrine du poids qui la creuse et d\u00e9voile, d\u00e9couvre finalement une compagnie qui me laisse encore orpheline, apr\u00e8s Edward Sa\u00efd. Apr\u00e8s <a class=\"liennav\" href=\"http:\/\/www.acontresens.com\/contrepoints\/histoire\/32.html\">Frantz Fanon<\/a>. Encore. Pour tous ces fr\u00e9missements du beau et pour tout ce que je ne sais pas \u00e9crire, j\u2019aurais voulu dire pourquoi il faut lire Mahmoud Darwich. Il reste mon r\u00eave de Palestine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div align=\"center\">*<\/div>\n<p>Qui portera l\u2019impossible ?<br \/>\nPlus ni larme ni encre<br \/>\nNos p\u00e8res ne peuvent-ils survivre \u00e0 67 ?<br \/>\nQui portera l\u2019impossible ?<br \/>\nCette n\u00e9gritude flasque avachie dans l\u2019informe ?<br \/>\nCette arabit\u00e9 flasque avachie dans l\u2019informe ?<br \/>\nQui se souvient de l\u2019homme-rouge ?<br \/>\nQui lib\u00e8rera la Palestine ?<br \/>\nQui fera de moi une femme libre ?<br \/>\nQui illuminera ma route ?<br \/>\nQui portera l\u2019impossible ?<br \/>\nQui bercera mes r\u00eaves d\u2019enfance ?<br \/>\nQui m\u2019endormira au son des canons ?<br \/>\nQui d\u2019Irlande me r\u00e9veillera \u00e0 Beyrouth ?<br \/>\nQui me consolera de la mort d\u2019Edward ?<br \/>\nQui ne trahira ni les mots ni les miroirs ?<br \/>\nNi les visions ni les m\u00e9moires ?<br \/>\nQui me consolera donc si mon oncle est mort ? O\u00f9 seront les mots ?<br \/>\nSous quel ciel ? En quelle selle ?<br \/>\nQui portera l\u2019impossible ?<br \/>\nQui me souviendra le pays aux lettres ?<br \/>\nQui me murmurera les honneurs lointains ?<br \/>\nQui m\u2019attendrira au seuil de la porte ?<br \/>\nQui accueillera ma haine de la force ?<br \/>\nQui portera l\u2019impossible ?<br \/>\nQui me consolera de la mort d\u2019Edward ?<\/p>\n<p>Qui reste-t-il ?<br \/>\nMalik m\u2019a r\u00e9pondu \u00ab\u00a0il reste nous\u00a0\u00bb.<br \/>\nAvec qui veillerai-je et boirai-je ?<br \/>\nDjamal m\u2019a r\u00e9pondu \u00ab\u00a0je pense \u00e0 toi\u00a0\u00bb.<br \/>\nDans chaque nuage une solitude, et le vent boussole du migr\u00e9 vers le nord.<br \/>\nParis sommeille et mon coeur tendre r\u00e9colte chaque miette de douceur pour ne pas hurler.<br \/>\nDe rage et de tristesse, l\u2019alcool br\u00fble la gorge, il suffit.<br \/>\nQue je ne range plus la plume, sans rel\u00e2che que j\u2019exerce mon glaive,<br \/>\nChaque seconde de cette nuit de veill\u00e9e me portera \u00e0 l\u2019aube digne.<\/p>\n<p>Je veux voir le ciel s\u2019\u00e9clairer du soleil,<br \/>\nJe veux voir la lumi\u00e8re d\u00e9voiler la journ\u00e9e<br \/>\nJe ne veux pas dormir<br \/>\nJe veux payer de ma fatigue ma vie<br \/>\nJe veux peiner de ma jeunesse<br \/>\nJe veux soigner ma t\u00eate des yeux ouverts<br \/>\nJe veux promettre et m\u2019y tenir<br \/>\nJe veux veiller jusqu\u2019\u00e0 vomir<br \/>\nMa rage et ma tristesse<br \/>\nMon \u00e2ge et mes faiblesses<br \/>\nEt que s\u2019offre la d\u00e9termination d\u2019une puissance de l\u2019\u00e9crit<br \/>\nQui mod\u00e8le le r\u00e9el, le figure en chaque esprit<br \/>\nJe veux prendre de l\u2019avance<br \/>\nEn atteignant les nimbes<br \/>\nJe veux p\u00e9n\u00e9trer le silence<br \/>\nD\u2019une ville qui crache sur les humbles<br \/>\nJe veux pr\u00e9c\u00e9der le clocher<br \/>\nEt surprendre le temps<br \/>\nFaucher sa trajectoire<br \/>\nParce qu\u2019il m\u2019a vol\u00e9 mon oncle<br \/>\nQui n\u2019a pas fini d\u2019\u00e9crire<br \/>\nQui avec peine eu le temps de se dresser.<br \/>\nJ\u2019aurai le temps.<\/p>\n<p>Les traductions sont toutes d\u2019Elias Sanbar, \u00e0 l\u2019exception de Chronique de la tristesse ordinaire traduit par Olivier Carr\u00e9 et de Une M\u00e9moire pour l\u2019oubli traduit par Yves Gonzalez-Quijano et Farouk Mardam-Bey.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div align=\"center\">*<\/div>\n<p><strong>Chronique de la tristesse ordinaire<\/strong><\/p>\n<p><em>Carte d\u2019identit\u00e9<\/em><\/p>\n<p>Inscris !<br \/>\nJe suis Arabe<br \/>\nLe num\u00e9ro de ma carte : cinquante mille<br \/>\nNombre d\u2019enfants : huit<br \/>\nEt le neuvi\u00e8me\u2026 arrivera apr\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9 !<br \/>\nEt te voil\u00e0 furieux !<\/p>\n<p>Inscris !<br \/>\nJe suis Arabe<br \/>\nJe travaille \u00e0 la carri\u00e8re avec mes compagnons de peine<br \/>\nEt j\u2019ai huit bambins<br \/>\nLeur galette de pain<br \/>\nLes v\u00eatements, leur cahier d\u2019\u00e9colier<br \/>\nJe les tire des rochers\u2026<br \/>\nOh ! je n\u2019irai pas qu\u00e9mander l\u2019aum\u00f4ne \u00e0 ta porte<br \/>\nJe ne me fais pas tout petit au porche de ton palais<br \/>\nEt te voil\u00e0 furieux !<\/p>\n<p>Inscris !<br \/>\nJe suis Arabe<br \/>\nSans nom de famille \u2013 je suis mon pr\u00e9nom<br \/>\n\u00ab Patient infiniment \u00bb dans un pays o\u00f9 tous<br \/>\nVivent sur les braises de la Col\u00e8re<br \/>\nMes racines\u2026<br \/>\nAvant la naissance du temps elles prirent pied<br \/>\nAvant l\u2019effusion de la dur\u00e9e<br \/>\nAvant le cypr\u00e8s et l\u2019olivier<br \/>\n\u2026avant l\u2019\u00e9closion de l\u2019herbe<br \/>\nMon p\u00e8re\u2026 est d\u2019une famille de laboureurs<br \/>\nN\u2019a rien avec messieurs les notables<br \/>\nMon grand-p\u00e8re \u00e9tait paysan \u2013 \u00eatre<br \/>\nSans valeur \u2013 ni ascendance.<br \/>\nMa maison, une hutte de gardien<br \/>\nEn troncs et en roseaux<br \/>\nVoil\u00e0 qui je suis \u2013 cela te pla\u00eet-il ?<br \/>\nSans nom de famille, je ne suis que mon pr\u00e9nom.<\/p>\n<p>Inscris !<br \/>\nJe suis Arabe<br \/>\nMes cheveux\u2026 couleur du charbon<br \/>\nMes yeux\u2026 couleur de caf\u00e9<br \/>\nSignes particuliers :<br \/>\nSur la t\u00eate un kefiyy\u00e9 avec son cordon bien serr\u00e9<br \/>\nEt ma paume est dure comme une pierre<br \/>\n\u2026elle \u00e9corche celui qui la serre<br \/>\nLa nourriture que je pr\u00e9f\u00e8re c\u2019est<br \/>\nL\u2019huile d\u2019olive et le thym<\/p>\n<p>Mon adresse :<br \/>\nJe suis d\u2019un village isol\u00e9\u2026<br \/>\nO\u00f9 les rues n\u2019ont plus de noms<br \/>\nEt tous les hommes\u2026 \u00e0 la carri\u00e8re comme au champ<br \/>\nAiment bien le communisme<br \/>\nInscris !<br \/>\nJe suis Arabe<br \/>\nEt te voil\u00e0 furieux !<\/p>\n<p>Inscris<br \/>\nQue je suis Arabe<br \/>\nQue tu as raffl\u00e9 les vignes de mes p\u00e8res<br \/>\nEt la terre que je cultivais<br \/>\nMoi et mes enfants ensemble<br \/>\nTu nous as tout pris hormis<br \/>\nPour la survie de mes petits-fils<br \/>\nLes rochers que voici<br \/>\nMais votre gouvernement va les saisir aussi<br \/>\n\u2026 \u00e0 ce que l\u2019on dit !<\/p>\n<p>DONC<\/p>\n<p>Inscris !<br \/>\nEn t\u00eate du premier feuillet<br \/>\nQue je n\u2019ai pas de haine pour les hommes<br \/>\nQue je n\u2019assaille personne mais que<br \/>\nSi j\u2019ai faim<br \/>\nJe mange la chair de mon Usurpateur<br \/>\nGare ! Gare ! Gare<br \/>\n\u00c0 ma fureur !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div align=\"center\">*<\/div>\n<p><strong>Une m\u00e9moire pour l\u2019oubli<\/strong><\/p>\n<p>Arrive cet Am\u00e9ricain qui a le don d\u2019\u00eatre l\u00e0 quand il ne le faut pas, cet Am\u00e9ricain heureux d\u2019assister au spectacle, d\u2019\u00eatre le t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019une exp\u00e9rience tellement unique. Une guerre est un si\u00e8ge! Quoi de plus excitant que toute cette mort pour un Am\u00e9ricain traquant les drames avec sa cam\u00e9ra, son carnet et son \u00e9pouse? Je l\u2019ai appel\u00e9 le Cause-man, parce qu\u2019il adore les situations br\u00fblantes. Sa fascination pour une guerre qui lui offre une telle moisson m\u00e9diatique n\u2019est pas sans m\u2019inqui\u00e8ter. Il faudrait que nous mourrions davantage pour qu\u2019il travaille mieux, pour qu\u2019il profite davantage de la compagnie des victimes. Il est venu de New York, tout expr\u00e8s, pour nous observer. Ce n\u2019est pas son m\u00e9tier que de courir \u00e0 la recherche de l\u2019information, il ne le fait pas par obligation professionnelle. Non, c\u2019est un amateur qui enregistre le drame sur vid\u00e9o et sur cassettes.<br \/>\nQu\u2019est ce que vous ressentez ? Me demande-t-il.<br \/>\nLe contraire de ce que vous pouvez ressentir<br \/>\nQu\u2019est ce que vous voulez dire ?<br \/>\nQu\u2019est ce que vous ne voulez pas dire ?<br \/>\nEst-ce que vous reconna\u00eetrez Israel ?<br \/>\nNon.<\/p>\n<p>Le professeur avait \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 au QG pour participer \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une vague formule juridique o\u00f9 il serait fait allusion, plus ou moins clairement, \u00e0 cette question qui s\u2019ajoutait au pilonnage que nous subissions. De vagues d\u00e9clarations au sujet des d\u00e9cisions du Conseil de s\u00e9curit\u00e9. On demandait \u00e0 la victime de reconna\u00eetre \u00e0 son bourreau le droit de la tuer, \u00e0 ceux qui p\u00e9rissaient sous les d\u00e9combres de proclamer la l\u00e9gitimit\u00e9 de leurs assassins. Les circonstances favorisaient sans doute cette sorte de viol politique, mais plus encore le sadisme de cette horde d\u2019avions. Pour la premi\u00e8re fois, on demandait \u00e0 notre absence de devenir une pr\u00e9sence \u00e0 part enti\u00e8re, une pr\u00e9sence pour d\u00e9nier notre existence, pour nous excuser d\u2019avoir cru en la libert\u00e9, pour qu\u2019il soit possible d\u2019affirmer qu\u2019il \u00e9tait juste que nous n\u2019existions pas afin de donner \u00e0 l\u2019autre le droit de d\u00e9cider de notre propre destin. Et cet autre, affirmant sa pr\u00e9sence de tout son arsenal de mort, nous demandait d\u2019exister, un peu, pour qu\u2019il ait le droit de nous renvoyer \u00e0 une absence perp\u00e9tuelle.<br \/>\nPourquoi nous demande-t-on maintenant de reconna\u00eetre Israel ?<br \/>\nPour votre salut, pour le salut du monde.<br \/>\nQuand on se noie, on n\u2019a pas envie que le courant soit plus fort. Quand on se br\u00fble, on ne d\u00e9sire pas que les flammes soient attis\u00e9es. Quand on est pendu, on ne souhaite pas que la corde soit solide\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div align=\"center\">*<\/div>\n<p><strong>Au dernier soir sur cette terre<\/strong><\/p>\n<p><em>Le discours de l\u2019homme rouge<\/em><\/p>\n<p>I<\/p>\n<p>Ainsi, nous sommes qui nous sommes dans le Mississippi. Et les reliques d\u2019hier nous \u00e9choient. Mais la couleur du ciel a chang\u00e9 et la mer \u00e0 l\u2019Est a chang\u00e9. O ma\u00eetre des Blancs, seigneur des chevaux, que requiers-tu de ceux qui partent aux arbres de la nuit? Elev\u00e9e est notre \u00e2me et sacr\u00e9s sont les p\u00e2turages. Et les \u00e9toiles sont mots qui illuminent\u2026Scrute les, et tu liras notre histoire enti\u00e8re : ici nous naqu\u00eemes entre feu et eau, et sous peu nous rena\u00eetrons dans les nuages au bord du littoral azur\u00e9. Ne meurtris pas davantage l\u2019herbe, elle poss\u00e8de une \u00e2me qui d\u00e9fend en nous l\u2019\u00e2me de la terre. O seigneur des chevaux, dresse ta monture qu\u2019elle dise \u00e0 l\u2019\u00e2me de la nature son regret de ce que tu fis \u00e0 nos arbres. Arbre mon fr\u00e8re. Ils t\u2019ont fait souffrir tout comme moi. Ne demande pas mis\u00e9ricorde pour le b\u00fbcheron de ma m\u00e8re et de la tienne.<\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p>VII<\/p>\n<p>Il y a des morts qui sommeillent dans des chambres que vous b\u00e2tirez. Des morts qui visitent leur pass\u00e9 dans les lieux que vous d\u00e9molissez. Des morts qui passent sur les ponts que vous construirez. Et il y a des morts qui \u00e9clairent la nuit des papillons, qui arrivent \u00e0 l\u2019aube pour prendre le th\u00e9 avec vous, calmes tels que vos fusils les abandonn\u00e8rent. Laissez donc, \u00f4 invit\u00e9s du lieu, quelques si\u00e8ges libres pour les h\u00f4tes, qu\u2019ils vous donnent lecture des conditions de la paix avec les d\u00e9funts.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div align=\"center\">*<\/div>\n<p><strong>Comme des fleurs d\u2019amandier ou plus loin<\/strong><\/p>\n<p><em>EXIL (4)<\/em><br \/>\nContrepoint<\/p>\n<div align=\"right\"><em>Pour Edward Said<\/em><\/div>\n<p>New York. Novembre. Cinqui\u00e8me Avenue.<br \/>\nLe soleil est une soucoupe \u00e9clat\u00e9e.<br \/>\nA l\u2019ombre, j\u2019ai dit \u00e0 mon \u00e2me \u00e9trang\u00e8re :<br \/>\nCette ville est-elle Babylone ou Sodome ?<\/p>\n<p>L\u00e0-bas, il y a trente ans, j\u2019ai rencontr\u00e9 Edward<br \/>\nAu seuil d\u2019un ab\u00eeme \u00e9lectrique haut comme le ciel.<br \/>\nLes temps \u00e9taient moins contraires.<br \/>\nL\u2019un et l\u2019autre nous avons dit :<br \/>\nSi ton pass\u00e9 est exp\u00e9rience,<br \/>\nque le lendemain soit sens et vision !<br \/>\nPartons,<br \/>\nallons \u00e0 notre lendemain, assur\u00e9s<br \/>\nde la sinc\u00e9rit\u00e9 de l\u2019imagination<br \/>\net du miracle de l\u2019herbe.<\/p>\n<p>Ce soir-l\u00e0, je ne sais plus si nous avons \u00e9t\u00e9<br \/>\nau cin\u00e9ma<br \/>\nmais j\u2019ai entendu des Indiens<br \/>\nanciens m\u2019interpeller :<br \/>\nNe fais confiance ni au cheval ni \u00e0 la modernit\u00e9.<\/p>\n<p>Non. Aucune victime n\u2019interroge son bourreau :<br \/>\nSuis-je toi ? Si mon glaive<br \/>\navait \u00e9t\u00e9 plus grand que ma rose\u2026<br \/>\nte demanderais-tu<br \/>\nsi j\u2019agirais comme toi ?<\/p>\n<p>Pareille question attise la curiosit\u00e9 du romancier<br \/>\ndans un bureau de verre ouvert sur les lys du jardin\u2026 L\u00e0 o\u00f9<br \/>\nl\u2019hypoth\u00e8se est blanche comme la conscience<br \/>\nde l\u2019\u00e9crivain s\u2019il r\u00e8gle ses comptes<br \/>\navec la nature humaine : nul lendemain<br \/>\ndans la veille, avan\u00e7ons donc !<\/p>\n<p>Le progr\u00e8s pourrait \u00eatre le pont du retour<br \/>\n\u00e0 la barbarie\u2026<\/p>\n<p>New York. Edward se r\u00e9veille sur la paresse<br \/>\nde l\u2019aube. Il joue un air de Mozart. Dispute<br \/>\nune partie de tennis sur le court de l\u2019universit\u00e9.<br \/>\nM\u00e9dite sur la migration de l\u2019oiseau<br \/>\npar-del\u00e0 gronti\u00e8res et barri\u00e8res.<br \/>\nParcourt le <em>New York Times<\/em>. R\u00e9dige<br \/>\nsa chronique nerveuse. Maudit un orientaliste<br \/>\nqui guide un g\u00e9n\u00e9ral au point faible<br \/>\nd\u2019une Orientale.<br \/>\nSe douche. Choisit un costume<br \/>\navec l\u2019\u00e9l\u00e9gance d\u2019un coq.<br \/>\nBoit son caf\u00e9 au lait et crie<br \/>\n\u00e0 l\u2019aube : Ne tra\u00eene pas !<\/p>\n<p>Sur le vent, il marche. Dans le vent,<br \/>\nil sait qui il est. Nul toit au vent.<br \/>\nNi demeure. Et le vent est une boussole<br \/>\npour le nord de l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>Il dit : Je suis de l\u00e0-bas . Je suis d\u2019ici<br \/>\net je ne suis pas l\u00e0-bas ni ici.<br \/>\nJ\u2019ai deux noms qui se rencontrent et se s\u00e9parent,<br \/>\ndeux langues, mais j\u2019ai oubli\u00e9 laquelle \u00e9tait<br \/>\ncelle de mes r\u00eaves.<br \/>\nJ\u2019ai, pour \u00e9crire, une langue au vocabulaire docile,<br \/>\nanglaise<br \/>\net j\u2019ai une autre, venue des conversations du ciel avec J\u00e9rusalem. Son timbre est argent\u00e9, mais elle est r\u00e9tive \u00e0 mon imagination !<\/p>\n<p>Et l\u2019identit\u00e9 ? je dis.<br \/>\nIl r\u00e9pond : Autod\u00e9fense\u2026<br \/>\nL\u2019identit\u00e9 est la fille de la naissance. Mais<br \/>\nelle est en fin de compte l\u2019oeuvre de celui<br \/>\nqui la porte, non<br \/>\nle legs d\u2019un pass\u00e9. Je suis le multiple\u2026 en moi,<br \/>\nmon dehors renouvel\u00e9\u2026 Mais<br \/>\nj\u2019appartiens \u00e0 l\u2019interrogation de la victime. N\u2019\u00e9tais-je<br \/>\nde l\u00e0-bas, j\u2019aurais entra\u00een\u00e9 mon coeur<br \/>\n\u00e0 y \u00e9lever la gazelle de la m\u00e9tonymie\u2026<br \/>\nPorte donc ta terre natale o\u00f9 que tu sois\u2026<br \/>\net sois narcissique s\u2019il le faut.<\/p>\n<p>&#8211; Exil, l\u2019univers ext\u00e9rieur,<br \/>\nexil, l\u2019univers int\u00e9rieur.<br \/>\nQui es-tu donc entre eux ?<br \/>\n&#8211; Je ne me d\u00e9finis pas vraiment<br \/>\nde peur de me perdre. Je suis ce que je suis<br \/>\net je suis mon autre dans une dualit\u00e9<br \/>\nharmonieuse entre parole et signe.<br \/>\nSi j\u2019\u00e9tais po\u00e8te, j\u2019\u00e9crirais :<\/p>\n<p><em>Je suis deux en un,<br \/>\nTelles les ailes d\u2019une hirondelle<br \/>\nSi le printemps vient \u00e0 tarder<br \/>\nJe me contente de porter la bonne nouvelle.<\/em><\/p>\n<p>Il aime des pays et les quitte<br \/>\n(L\u2019impossible est-il lointain ?)<br \/>\nIl aime migrer vers toute chose,<br \/>\ncar dans le libre p\u00e9riple entre les cultures,<br \/>\nil y a place pour quiconque<br \/>\ncherche l\u2019essence de l\u2019homme.<br \/>\nVoici qu\u2019une marge avance, qu\u2019un centre recule.<br \/>\nL\u2019Orient n\u2019est pas absolument Orient,<br \/>\nni l\u2019Occident, Occident.<br \/>\nCar l\u2019identit\u00e9 est plurielle,<br \/>\nelle n\u2019est pas citadelle ou tranch\u00e9es.<\/p>\n<p>La m\u00e9taphore dormait sur l\u2019une des rives du fleuve,<br \/>\nelle aurait enlac\u00e9 l\u2019autre,<br \/>\nn\u2019\u00e9tait la pollution.<br \/>\n&#8211; As-tu \u00e9crit ton roman ?<br \/>\n&#8211; J\u2019ai essay\u00e9\u2026 Tent\u00e9 \u00e0 travers lui de retrouver<br \/>\nmon image dans les miroirs<br \/>\ndes femmes lointaines,<br \/>\nmais elles ont disparu dans leur nuit fortifi\u00e9e.<br \/>\nElles ont dit : Notre univers est ind\u00e9pendant<br \/>\ndu texte.<br \/>\nAucun homme n\u2019\u00e9crira la femme, \u00e9nigme et r\u00eave.<br \/>\nAucune femme, l\u2019homme, symbole et star.<br \/>\nNul amour ne ressemble \u00e0 un autre,<br \/>\nnulle nuit \u00e0 une autre nuit.<br \/>\nAlors \u00e9num\u00e9rons les vertus des hommes et rions !<\/p>\n<p>&#8211; Qu\u2019as tu alors fait ?<br \/>\n&#8211; J\u2019ai ri de mon absurdit\u00e9<br \/>\net mis mon roman au panier !<\/p>\n<p><em>Le penseur bride le r\u00e9cit du romancier et<br \/>\nle philosophe diss\u00e8que les roses du chanteur.<\/em><br \/>\nIl aime des pays et les quitte :<br \/>\nJe suis ce que je serai et deviendrai.<br \/>\nJe me construirai moi-m\u00eame<br \/>\net choisirai mon exil.<br \/>\nMon exil, coulisses de la sc\u00e8ne \u00e9pique.<br \/>\nJe d\u00e9fends le besoin des po\u00e8tes<br \/>\nde lendemains et de souvenirs,<br \/>\nd\u00e9fends des arbres qui habillent les oiseaux<br \/>\nde pays et d\u2019exil<br \/>\net d\u00e9fends une lune encore digne<br \/>\navec un po\u00e8me d\u2019amour,<br \/>\nune id\u00e9e bris\u00e9e par la fragilit\u00e9 de ses d\u00e9fenseurs<br \/>\net un pays enlev\u00e9 par les l\u00e9gendes.<\/p>\n<p>&#8211; Pourrais-tu revenir \u00e0 quoi que ce soit ?<br \/>\n&#8211; Ce qui me pr\u00e9c\u00e8de tire ce qui me suit<br \/>\net se presse\u2026<br \/>\nPas le temps \u00e0 mon horloge pour tracer des traits<br \/>\nSur le sable. Mais je peux visiter la veille<br \/>\ncomme le font les \u00e9trangers<br \/>\ns\u2019ils \u00e9coutent au soir<br \/>\nle po\u00e8te pastoral :<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0A la fontaine, une jeune fille emplit sa jarre<br \/>\nde lait des nuages<br \/>\net elle pleure et se rit d\u2019une abeille<br \/>\nqui a piqu\u00e9 son coeur du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019absence.<br \/>\nL\u2019amour est-il douleur de l\u2019eau<br \/>\nOu maladie dans la brume\u2026\u00a0\u00bb<br \/>\n(Et ainsi de suite jusqu\u2019\u00e0 la fin de la chanson.)<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Tu pourrais donc \u00eatre atteint du mal<br \/>\nde la nostalgie ?<br \/>\n&#8211; Une nostalgie du lendemain.<br \/>\nPlus lointaine, plus \u00e9lev\u00e9e<br \/>\net encore plus lointaine. Mon r\u00eave guide mes pas<br \/>\net ma vision pose mon r\u00eave sur mes genoux,<br \/>\nchat familier.<br \/>\nC\u2019est le r\u00e9alisme imaginaire, le fils de la volont\u00e9 :<\/p>\n<p>Nous pouvons<br \/>\ninverser<br \/>\nla fatalit\u00e9 du gouffre !<\/p>\n<p>&#8211; Et la nostalgie d\u2019un hier ?<br \/>\n&#8211; Le penseur ne s\u2019y int\u00e9resse<br \/>\nque pour comprendre<br \/>\nl\u2019attrait de l\u2019\u00e9tranger pour les outils de l\u2019absence.<br \/>\nQuant \u00e0 moi, ma nostalgie est un conflit<br \/>\nsur un pr\u00e9sent<br \/>\nqui saisit le lendemain par les couilles.<\/p>\n<p>&#8211; T\u2019es tu infiltr\u00e9 dans hier, le jour o\u00f9<br \/>\ntu t\u2019es rendu \u00e0 la maison, ta maison<br \/>\ndans le quartier de T\u00e2lib\u00eeya ?<br \/>\n&#8211; Je me suis pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 m\u2019\u00e9tendre dans<br \/>\nle lit de ma m\u00e8re tel l\u2019enfant quand il a peur<br \/>\nde son p\u00e8re. J\u2019ai essay\u00e9 de revivre ma naissance,<br \/>\nde suivre le chemin du lait<br \/>\nsur le toit de ma vieille maison, essay\u00e9 de<br \/>\npalper la peau de l\u2019absence et le parfum de l\u2019\u00e9t\u00e9<br \/>\ndans le jasmin du jardin. Mais le monstre<br \/>\nde la v\u00e9rit\u00e9<br \/>\nm\u2019a \u00e9loign\u00e9 d\u2019une nostalgie alerte derri\u00e8re moi,<br \/>\ntelle une voleuse.<br \/>\n&#8211; As-tu peur et de quoi ?<br \/>\n&#8211; Je ne peux rencontrer la perte de face.<br \/>\nTel le mendiant, je me suis tenu \u00e0 la porte.<br \/>\nDemanderai-je \u00e0 des inconnus qui dorment<br \/>\ndans mon lit\u2026 la permission d\u2019une visite<br \/>\nde cinq minutes \u00e0 moi-m\u00eame ?<br \/>\nMe courberai-je avec respect devant les habitants de mon r\u00eave d\u2019enfant ?<br \/>\nDemanderont-ils : Qui est ce visiteur \u00e9tranger<br \/>\nindiscret ? Pourrai-je parler<br \/>\nde paix et de guerre entre victimes et victimes<br \/>\ndes victimes, sans une seule incise ?<br \/>\nMe diront-ils : Pas de place pour deux r\u00eaves<br \/>\ndans la m\u00eame alc\u00f4ve ?<\/p>\n<p><em>Ni lui, ni moi.<br \/>\nMais lui est un lecteur qui s\u2019interroge sur ce que<br \/>\nNous dit la po\u00e9sie au temps du d\u00e9sastre.<\/em><\/p>\n<p>Sang<br \/>\net sang<br \/>\net sang<br \/>\ndans ta patrie<\/p>\n<p>dans mon nom et le tien, dans la fleur<br \/>\nd\u2019amande, la peau de la banane, le lait<br \/>\nde l\u2019enfant, la lumi\u00e8re et l\u2019ombre,<br \/>\nle grain de bl\u00e9, la bo\u00eete \u00e0 sel.<br \/>\nDes snipers habiles font mouche,<br \/>\nsang<br \/>\nsang<br \/>\net sang<\/p>\n<p>cette terre est plus petite que le sang<br \/>\nde ses enfants,<br \/>\ndebout, telles les offrandes, aux seuils<br \/>\nde la r\u00e9surrection.<br \/>\nCette terre est-elle vraiment<br \/>\nb\u00e9nie ou baptis\u00e9e<br \/>\navec du sang<br \/>\ndu sang<br \/>\net du sang<br \/>\nque n\u2019ass\u00e8chent ni les pri\u00e8res ni le sable ?<br \/>\nPas de justice suffisante dans les pages<br \/>\nDu Livre saint<br \/>\npour prodiguer aux martyrs la joie<br \/>\nde marcher librement sur les nuages.<br \/>\nSang, le jour.<br \/>\nSang, dans l\u2019obscurit\u00e9. Sang dans les mots !<\/p>\n<p>Il dit : Le po\u00e8me pourrait accueillir la perte,<br \/>\nfilet de lumi\u00e8re luisant au coeur d\u2019une guitare,<br \/>\nou messie mont\u00e9 sur une jument<br \/>\nensanglant\u00e9e de belles<br \/>\nm\u00e9taphores. Qu\u2019est le beau, sinon la pr\u00e9sence<br \/>\ndu v\u00e9ridique dans la forme ?<\/p>\n<p>Dans un monde sans ciel, la terre se change<br \/>\nEn gouffre. Et le po\u00e8me est un pr\u00e9sent de la consolation,<br \/>\nUne qualit\u00e9 des vents, qu\u2019ils soient de sud<br \/>\nOu de nord.<br \/>\nNe d\u00e9cris pas ce que la cam\u00e9ra discerne de tes blessures.<br \/>\nCrie pour t\u2019entendre et crie pour savoir<br \/>\nque tu es encore vivant et vivant, que la vie<br \/>\nsur cette tette est encore possible.<br \/>\nInvente un espoir<br \/>\npour les mots, cr\u00e9e un point cardinal<br \/>\nou un mirage<br \/>\nqui prolonge l\u2019esp\u00e9rance<br \/>\net chante, car le beau est libert\u00e9.<\/p>\n<p>Je dis : la vie d\u00e9finie comme<br \/>\nle contraire de la mort\u2026 n\u2019est pas une vie !<br \/>\nIl dit : Nous vivrons, m\u00eame si la vie<br \/>\nnous abandonnait<br \/>\n\u00e0 nous-m\u00eames. Soyons les seigneurs des mots<br \/>\nqui rendront leurs lecteurs \u00e9ternels,<br \/>\npour parler comme ton g\u00e9nial ami Ritsos\u2026<\/p>\n<p><em>Et il dit : Si je mourais avant toi,<br \/>\nJe te confie l\u2019impossible !<br \/>\nJe demande : Est-il lointain ?<br \/>\nIl r\u00e9pond : A port\u00e9e d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration.<br \/>\nJe dis : Et si je mourais avant toi ?<br \/>\nIl r\u00e9pond : Je consolerais les monts de Galil\u00e9e<br \/>\net j\u2019\u00e9crirais : \u00ab\u00a0Le beau, c\u2019est parvenir<br \/>\n\u00e0 l\u2019ad\u00e9quat.\u00a0\u00bb<br \/>\nBon ! N\u2019oublie pas :<br \/>\nSi je meurs avant toi, je te confie l\u2019impossible !<\/em><\/p>\n<p>Je lui ai rendu visite \u00e0 la nouvelle Sodome<br \/>\nen l\u2019an deux mille deux.<br \/>\nIl r\u00e9sistait \u00e0 la guerre de Sodome<br \/>\ncontre les gens de Babylone<br \/>\net au cancer.<br \/>\nTel le dernier h\u00e9ros \u00e9pique,<br \/>\nil d\u00e9fendait le droit de Troie<br \/>\n\u00e0 sa part du r\u00e9cit.<\/p>\n<p><em>Aigle faisant ses adieux \u00e0 sa cime l\u00e0-haut,<br \/>\ntout l\u00e0-haut,<br \/>\ncar la r\u00e9sidence au-dessus de l\u2019Olympe<br \/>\net sur les sommets<br \/>\npeut g\u00e9n\u00e9rer l\u2019ennui.<\/em><\/p>\n<p>Adieu<br \/>\nAdieu, po\u00e9sie de la douleur !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div align=\"center\">*<\/div>\n<p><strong>Au dernier soir sur cette terre<\/strong><\/p>\n<p><em>Onze astres sur l\u2019\u00e9pilogue andalou.<\/em><\/p>\n<p>II<\/p>\n<p>Comment \u00e9crire<br \/>\nAu-dessus des nuages ?<\/p>\n<p>Comment \u00e9crire au-dessus des nuages le legs des miens ?<br \/>\nEt les miens<\/p>\n<p>Quittent le temps ainsi qu\u2019ils abandonnent leurs manteaux dans les maisons, et les miens<\/p>\n<p>Chaque fois qu\u2019ils \u00e9difient une citadelle, l\u2019abattent pour dresser<\/p>\n<p>Une tente qui abrite leur nostalgie du premier palmier.<br \/>\nLes miens trahissent les miens<\/p>\n<p>Dans les guerres de la d\u00e9fense du sel. Mais Grenade est d\u2019or<\/p>\n<p>De la soie des mots brod\u00e9s d\u2019amandes, de l\u2019argent des larmes dans<\/p>\n<p>La corde du luth. Grenade est toute \u00e0 la grande ascension vers elle-m\u00eame<\/p>\n<p>Et il lui revient d\u2019\u00eatre telle qu\u2019elle le d\u00e9sire : la nostalgie pour<\/p>\n<p>Toute chose pass\u00e9e oui qui passera. L\u2019aile d\u2019une hirondelle effleure<\/p>\n<p>Le sein d\u2019une femme dans son lit, et elle crie : Grenade est mon corps<\/p>\n<p>Un homme \u00e9gare sa gazelle dans les prairies, et il crie :<br \/>\nGrenade est mon pays<\/p>\n<p>Et je suis de l\u00e0-bas, alors chante, que les chardonnerets construisent de mes c\u00f4tes<\/p>\n<p>Une escalier au ciel proche. Chante la geste de ceux qui montent vers<\/p>\n<p>Leur fin, lune apr\u00e8s lune dans la ruelle de l\u2019aim\u00e9e. Chante les oiseaux du jardin<\/p>\n<p>Pierre apr\u00e8s pierre. Que je t\u2019aime toi qui m\u2019as d\u00e9pec\u00e9<\/p>\n<p>Corde apr\u00e8s corde sur le chemin vers sa nuit chaude.<br \/>\nChante<\/p>\n<p>Et le parfum du caf\u00e9 apr\u00e8s toi a perdu son matin. Chante mon d\u00e9part<\/p>\n<p>Du roucoulement des palombes sur tes genoux et du g\u00eete de mon \u00e2me<\/p>\n<p>Dans les lettres de ton nom simple. Grenade est destin\u00e9e au chant, alors chante !<\/p>\n<p><em>Et la terre se transmet comme la langue.<\/em><\/p>\n<p>Ils sont rentr\u00e9s<\/p>\n<p>Au terme du long tunnel \u00e0 leurs miroirs, et rentr\u00e9s<\/p>\n<p>Quand solitaires ou rassembl\u00e9s, ont retrouv\u00e9 le sel de leurs fr\u00e8res et d\u00e9laiss\u00e9<\/p>\n<p>Les l\u00e9gendes de la d\u00e9fense des places pour l\u2019ordinaire des mots<\/p>\n<p>Ils ne l\u00e8veront plus s\u2019ils veulent, mains ou banni\u00e8res aux miracles<\/p>\n<p>Ils sont rentr\u00e9s c\u00e9l\u00e9brer l\u2019eau de leur existence, et ordonner cet \u00e9ther<\/p>\n<p>Marier leurs fils \u00e0 leurs filles, faire danser un corps dans le marbre estomp\u00e9<\/p>\n<p>Suspendre \u00e0 leurs plafonds tresses d\u2019oignons, cornes grecques et ail pour l\u2019hiver<\/p>\n<p>Traire les pis de leurs ch\u00e8vres et nuages qui ont coul\u00e9 des livr\u00e9es des colombes<\/p>\n<p>Ils sont rentr\u00e9s aux confins de leur obsession, \u00e0 la g\u00e9ographie de la magie divine<\/p>\n<p>Au tapis de feuilles de bananier dans la terre des trac\u00e9s anciens<\/p>\n<p>Une montagne sur la mer<br \/>\nDerri\u00e8re les souvenirs deux lacs<br \/>\nUn littoral pour les proph\u00e8tes<br \/>\nEt une rue pour les parfums de l\u2019oranger.<br \/>\n(\u2026)<br \/>\nIls sont rentr\u00e9s car ainsi ils l\u2019entendaient et ont retrouv\u00e9 la flamme dans leurs fl\u00fbtes, alors le lointain<\/p>\n<p>S\u2019avan\u00e7a du lointain, ensanglant\u00e9 de leurs v\u00eatements et de la fragilit\u00e9 du verre. Le chante s\u2019\u00e9leva<\/p>\n<p>Sur la distance et l\u2019absence. Avec quelles armes brise-t-on le plein vol de l\u2019\u00e2me ?<\/p>\n<p>Dans chacun de leurs exils des pays qu\u2019aucun mal n\u2019a atteints<\/p>\n<p>Ils accomplissaient leur l\u00e9gende selon leur volont\u00e9 et pour les cailloux composaient l\u2019\u00e9clat des oiseaux. Chaque fois<\/p>\n<p>Qu\u2019ils passaient par un fleuve, le d\u00e9chiraient et le consumaient de nostalgie, et chaque fois<\/p>\n<p>Qu\u2019ils rencontraient un iris, pleuraient et s\u2019interrogeaient.<br \/>\nSommes-nous un peuple ou le vin des nouvelles offrandes ?<\/p>\n<p>O chant. Rassemble les \u00e9l\u00e9ments<br \/>\nEt porte-nous<br \/>\nFlanc apr\u00e8s flanc<br \/>\nEt descends les vall\u00e9es<br \/>\nVa le chant<br \/>\nTu es au meilleur fait du lieu<br \/>\nEt du temps<br \/>\nEt de la force des choses en nous<\/p>\n<p>Jamais partis, jamais arriv\u00e9s. Leurs coeurs sont des amandes dans les rues. Les places \u00e9taient plus vastes qu\u2019un ciel qui ne les recouvrait point. Et la mer les oubliait.<\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p>Cet enfer est l\u2019enfer. Ils ont appris \u00e0 faire pousser la menthe dans leurs chemises<\/p>\n<p>A planter le liseron autour de leurs tentes, se sont habitu\u00e9s<\/p>\n<p>A garder le lilas dans leurs chansons et dans les bacs de leurs morts, et aucun<\/p>\n<p>Mal n\u2019a atteint la flore, aucun, lorsque la nostalgie lui donna corps<\/p>\n<p>Mais ils sont rentr\u00e9s \u00e0 l\u2019or\u00e9e de leur cr\u00e9puscule, revenus \u00e0 leurs noms<\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p>Et toi le chant, rassemble les sens<br \/>\nEt porte-nous plaie apr\u00e8s plaie<br \/>\nPanse l\u2019oubli<br \/>\nEt porte-nous autant que peut jusqu\u2019\u00e0 l\u2019homme<br \/>\nAutour de ses tentes premi\u00e8res<br \/>\nQui polit la coupole de l\u2019horizon de cuivre recouvert<br \/>\nPour voir<br \/>\nCe qu\u2019il ne voit<br \/>\nDe son coeur<br \/>\nEt laisse-nous en direction du lieu<br \/>\nTu es au meilleur fait du lieu<br \/>\nEt du temps<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9fil\u00e9s ils se sont pr\u00e9par\u00e9s au si\u00e8ge. Leurs chammelles ont soif et ils ont trait les mirages<\/p>\n<p>Trait les mirages pour boire \u00e0 l\u2019imaginaire du sud le lait de la proph\u00e9tie<\/p>\n<p>Dans chaque exil une citadelle aux portes bris\u00e9es pour leurs si\u00e8ge et \u00e0 toute porte<\/p>\n<p>Un d\u00e9sert qui ach\u00e8ve le r\u00e9cit du long voyage des guerres aux guerres<\/p>\n<p>(\u2026)<br \/>\nJamais nos exils ne furent vains, jamais en vain nous n\u2019y f\u00fbmes envoy\u00e9s. Leurs morts s\u2019\u00e9teindront sans contrition. Aux vivants de pleurer l\u2019accalmie du vent, d\u2019apprendre \u00e0 ouvrir les fen\u00eatres, de voir ce que le pass\u00e9 fait de leur pr\u00e9sent et de pleurer doucement et doucement que l\u2019adversaire n\u2019entende ce qu\u2019il y a en eux de poterie bris\u00e9e. Martyrs vous aviez raison. La maison est plus belle que le chemin de la maison. En d\u00e9pit de la trahison des fleurs. Mais les fen\u00eatres ne s\u2019ouvrent point sur le ciel du coeur et l\u2019exil est l\u2019exil. Ici et l\u00e0-bas. Jamais en vain nous ne f\u00fbmes exil\u00e9s et nos exils ne sont pass\u00e9s en vain.<\/p>\n<p>Et la terre<br \/>\nSe transmet<br \/>\nComme la langue<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div align=\"center\">*<\/div>\n<p><strong>La Palestine comme m\u00e9taphore<\/strong><\/p>\n<p>(\u2026) J\u2019ai trouv\u00e9 que la terre \u00e9tait fragile, et la mer, l\u00e9g\u00e8re ; j\u2019ai appris que la langue et la m\u00e9taphore ne suffisent point pour fournir un lieu au lieu. (\u2026) N\u2019ayant pu trouver ma place sur la terre, j\u2019ai tent\u00e9 de la trouver dans l\u2019Histoire. Et l\u2019Histoire ne peut se r\u00e9duire \u00e0 une compensation de la g\u00e9ographie perdue. C\u2019est \u00e9galement un point d\u2019observation des ombres, de soi et de l\u2019Autre, saisis dans un cheminement humain plus complexe. (\u2026) Est-ce l\u00e0 simple ruse artistique, simple emprunt ? Est-ce, au contraire, le d\u00e9sespoir qui prend corps ? La r\u00e9ponse n\u2019a aucune importance. L\u2019essentiel est que j\u2019ai trouv\u00e9 ainsi une plus grande capacit\u00e9 lyrique, et un passage du relatif vers l\u2019absolu. Une ouverture, pour que j\u2019inscrive le national dans l\u2019universel, pour que la Palestine ne se limite pas \u00e0 la Palestine, mais qu\u2019elle fonde sa l\u00e9gitimit\u00e9 esth\u00e9tique dans un espace humain plus vaste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div align=\"center\">*<\/div>\n<p><strong>Pourquoi as-tu laiss\u00e9 le cheval \u00e0 sa solitude<\/strong><\/p>\n<p><em>L\u2019\u00e9ternit\u00e9 du figuier de barbarie<\/em><\/p>\n<p>&#8211; O\u00f9 me m\u00e8nes-tu p\u00e8re ?<br \/>\n&#8211; En direction du vent, mon enfant<\/p>\n<p>A la sortie de la plaine o\u00f9 les soldats de Bonaparte \u00e9difi\u00e8rent une butte<br \/>\nPour \u00e9pier les ombres sur les vieux remparts de Saint-Jean-D\u2019Acre<br \/>\nUn p\u00e8re dit \u00e0 son fils : N\u2019aie pas peur<br \/>\nN\u2019aie pas peur du sifflement des balles<br \/>\nAdh\u00e8re \u00e0 la tourbe et tu seras sauf. Nous survivrons<br \/>\nGravirons une montagne au nord, et rentrerons<br \/>\nLorsque les soldats reviendront \u00e0 leurs parents au lointain<\/p>\n<p>&#8211; Qui habitera notre maison apr\u00e8s nous, p\u00e8re ?<br \/>\n&#8211; Elle restera telle que nous l\u2019avons laiss\u00e9e mon enfant<\/p>\n<p>Il palpa sa cl\u00e9 comme s\u2019il palpait ses membres et s\u2019apaisa<br \/>\nFranchissant une barri\u00e8re de ronces, il dit<br \/>\nSouviens-toi mon fils. Ici, les Anglais crucifi\u00e8rent ton p\u00e8re deux nuits durant sur les \u00e9pines d\u2019un figuier de Barbarie<br \/>\nMais jamais ton p\u00e8re n\u2019avoua. Tu grandiras<br \/>\nEt raconteras \u00e0 ceux qui h\u00e9riteront des fusils<br \/>\nLe dit du sang vers\u00e9 sur le fer<\/p>\n<p>&#8211; Pourquoi as-tu laiss\u00e9 le cheval \u00e0 sa solitude ?<br \/>\n&#8211; Que la maison reste anim\u00e9e, mon enfant. Car les maisons meurent quand partent leurs habitants<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ternit\u00e9 ouvre ses portes de loin aux passants de la nuit<br \/>\nLes loups des landes aboient \u00e0 une lune apeur\u00e9e<br \/>\nEt un p\u00e8re dit \u00e0 son fils<br \/>\nSois fort comme ton grand-p\u00e8re<br \/>\nGrimpe \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s la derni\u00e8re colline des ch\u00eanes<br \/>\nEt souviens-toi. Ici le janissaire est tomb\u00e9 de sa mule de guerre<br \/>\nTiens bon avec moi et nous reviendrons chez nous<\/p>\n<p>&#8211; Quand donc, mon p\u00e8re ?<br \/>\n&#8211; Dans un jour ou deux, mon fils<\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p>Djohar Sidhoum-Rahal<\/p>\n<h3>Voir aussi<\/h3>\n<h6><a title=\"\" href=\"http:\/\/mcpalestine.canalblog.com\/archives\/2011\/10\/10\/22289383.html\" rel=\"bookmark\">\u00a0\u00bb Une m\u00e9moire pour l\u2019oubli\u00a0\u00bb de Mahmoud Darwish par Fran\u00e7ois Abou Salem (sous-titr\u00e9 en fran\u00e7ais) <\/a><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mahmoud Darwich (en arabe : \u0645\u062d\u0645\u0648\u062f \u062f\u0631\u0648\u064a\u0634), n\u00e9 le 13 mars 1941 \u00e0 Al-Birwah en Galil\u00e9e (Palestine sous mandat britannique) et mort le 9 ao\u00fbt 2008 \u00e0 Houston (Texas, \u00c9tats-Unis), est une des figures de proue de la po\u00e9sie palestinienne. Avec Ramzi Aburedwan et les musiciens de Dal\u2019Ouna, le jeune chanteur palestinien Oday Khatib, des &#8230; <a title=\"Hommage \u00e0 Mahmoud Darwich, grand po\u00e8te palestinien\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=915\" aria-label=\"En savoir plus sur Hommage \u00e0 Mahmoud Darwich, grand po\u00e8te palestinien\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":916,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,6,17],"tags":[32,58],"class_list":["post-915","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-anti-imperialisme","category-palestine-moyen-orient","category-video","tag-culture","tag-mahmoud-darwich"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/915","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=915"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/915\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":917,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/915\/revisions\/917"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/916"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=915"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=915"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=915"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}