{"id":921,"date":"2012-08-07T21:37:21","date_gmt":"2012-08-07T20:37:21","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=921"},"modified":"2013-11-11T21:38:59","modified_gmt":"2013-11-11T20:38:59","slug":"medias-et-l-insecurite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=921","title":{"rendered":"M\u00e9dias et l\u2019 \u00ab ins\u00e9curit\u00e9 \u00bb"},"content":{"rendered":"<div class=\"entry-content\">\n<div>\n<div>\n<h3>Les m\u00e9dias et l\u2019 \u00ab\u00a0ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb (1)\u00a0: Une irr\u00e9sistible ascension\u00a0? (extraits de <em>La France a peur<\/em>)<\/h3>\n<p>par <a href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/auteur3423.html\">Laurent Bonelli<\/a>, <abbr title=\"2012-08-02T04:30:00Z\">le\u00a02 ao\u00fbt 2012<\/abbr><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment un certain traitement de la s\u00e9curit\u00e9 s\u2019est-il impos\u00e9\u00a0? Quelles ont-\u00e9t\u00e9 les modalit\u00e9s de ce traitement \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, en particulier dans les magazines t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s\u00a0? \u00c0 ces deux questions, l\u2019ouvrage de Laurent Bonelli \u2013 <em>La France a peur<\/em>\u00a0[<a id=\"nh1\" title=\"Laurent Bonelli, La France a peur. Une histoire sociale de l\u2019&quot;ins\u00e9curit\u00e9&quot;, La\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>] \u2013 apporte des r\u00e9ponses. Si l\u2019enqu\u00eate qu\u2019il propose s\u2019arr\u00eate en 2005, il ne fait aucun doute que, pour l\u2019essentiel, elles valent pour les ann\u00e9es qui ont suivi. Nous publions donc, avec l\u2019accord de l\u2019auteur, deux articles extraits de son livre. Voici le premier (Acrimed)<!--more--><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.acrimed.org\/local\/cache-vignettes\/L320xH486\/La_France_a_peur_Bonelli-cbaf0.jpg\" width=\"320\" height=\"486\" \/><\/p>\n<p><center><strong>I. Une irr\u00e9sistible ascension\u00a0?<\/strong><\/center><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans faire une g\u00e9n\u00e9alogie de l\u2019apparition du crime dans les m\u00e9dias, force est de constater que ce dernier a depuis longtemps \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme une mani\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9e d\u2019attirer l\u2019attention du public et de susciter son int\u00e9r\u00eat. Dans les ann\u00e9es 1820, aux \u00c9tats-Unis, le <em>Morning Herald<\/em> r\u00e9agissait \u00e0 la baisse de son audience en diminuant les comptes rendus des d\u00e9bats parlementaires, et en leur substituant le r\u00e9cit de cas policiers. Il multiplia ses ventes par cinq en huit ans\u00a0[<a id=\"nh2\" title=\"R.V Ericson, P. M. Baranek et J.B.L. Chan, Visualizing Deviance. A Study of\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nb2\" rel=\"footnote\">2<\/a>]. En France, c\u2019est \u00e0 partir du second Empire que les faits divers se diffusent dans la presse. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, des journaux populaires comme <em>Le Petit parisien <\/em>ou <em>Le Petit journal<\/em>, consacrent plus de 12\u00a0% de leurs publications aux agressions, aux cambriolages et aux crimes. L\u2019ouvrier, puis le rebelle au travail, le vagabond, le gr\u00e9viste, l\u2019\u00e9tranger, la femme deviennent, dans leurs colonnes, les principales figures mena\u00e7antes pour l\u2019ordre social\u00a0[<a id=\"nh3\" title=\"Voir M. Lever, Canards sanglants, Fayard, Paris, 1993 et D. Kalifa, L\u2019encre\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nb3\" rel=\"footnote\">3<\/a>]. L\u2019existence d\u2019une presse consacrant une grande part de son activit\u00e9 aux faits divers les plus sordides ou les plus crapuleux n\u2019est donc pas nouvelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En revanche, leur traitement par les m\u00e9dias d\u2019information g\u00e9n\u00e9rale et politique s\u2019adressant \u00e0 des publics les mieux pourvus en capitaux culturels et \u00e9conomiques (et donc situ\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 du p\u00f4le le plus valoris\u00e9 de la profession) est plus nouvelle et surprenante. C\u2019est sous le triple effet de la part croissante de la t\u00e9l\u00e9vision dans la d\u00e9finition des modes de traitement de l\u2019information\u00a0; de la recherche vitale de \u00ab\u00a0l\u2019audience\u00a0\u00bb dans un contexte de d\u00e9pendance accrue des principaux m\u00e9dias \u00e0 l\u2019\u00e9gard des financements publicitaires\u00a0; et de constitution de \u00ab\u00a0l\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb comme objet et enjeu de d\u00e9bat politique que ce secteur des m\u00e9dias s\u2019en est saisi, participant en retour \u00e0 la reformulation et \u00e0 la diffusion de ce th\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De la d\u00e9signation des quartiers \u00ab\u00a0chauds\u00a0\u00bb aux d\u00e9clinaisons multiformes des violences concernant les jeunesses populaires (\u00ab\u00a0chiens dangereux\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0tournantes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0bandes de filles\u00a0\u00bb), de la mise en accusation des hommes politiques, des magistrats ou des travailleurs sociaux \u00e0 l\u2019\u00e9lection \u00ab\u00a0d\u2019experts\u00a0\u00bb, mobilis\u00e9s pour donner \u00ab\u00a0de la profondeur\u00a0\u00bb au reportage, les journalistes jou\u00e8rent ainsi un r\u00f4le central dans la mise en sc\u00e8ne publique de certains comportements, territoires et groupes sociaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Annie Collovald a montr\u00e9 que depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, on assistait \u00e0 une homog\u00e9n\u00e9isation progressive des points de vue adopt\u00e9s, en m\u00eame temps qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une cat\u00e9gorie commune de perception\u00a0: la \u00ab\u00a0violence urbaine\u00a0\u00bb\u00a0[<a id=\"nh4\" title=\"A. Collovald, Violence et d\u00e9linquance dans la presse. Politisation d\u2019un\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nb4\" rel=\"footnote\">4<\/a>]. Pour nombre de journalistes, les flamb\u00e9es de violence de l\u2019automne 1990 et du printemps 1991 \u00e0 Vaulx-en-Velin, \u00e0 Sartrouville, \u00e0 Mantes-la-Jolie et \u00e0 Meaux marquent un renversement de perspective\u00a0: si les mesures sociales adopt\u00e9es durant dix ans de politiques de la Ville n\u2019ont pas emp\u00each\u00e9 l\u2019irruption de la violence, c\u2019est que celle-ci aurait une autre nature. La violence devient alors dans les m\u00e9dias la caract\u00e9ristique et le mode d\u2019existence essentiel d\u2019une jeunesse d\u00e9favoris\u00e9e, notamment immigr\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet angle de vue est confort\u00e9 par le virage politique du parti socialiste, qui gagne les \u00e9lections de juin 1997. L\u2019inscription de la lutte contre la violence urbaine dans l\u2019agenda gouvernemental ouvre la porte \u00e0 la banalisation du th\u00e8me dans la presse. La \u00ab\u00a0violence\u00a0\u00bb sort de la cat\u00e9gorie des faits divers, pour devenir un \u00ab\u00a0probl\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb dont se saisissent notamment les journalistes g\u00e9n\u00e9ralistes et les \u00e9ditorialistes. Les initiatives et les querelles gouvernementales sont abondamment comment\u00e9es (\u00e0 partir de 1998) et constituent autant d\u2019occasions pour ces journalistes de mettre en accusation l\u2019action de l\u2019\u00c9tat. Les violences urbaines dans leurs diff\u00e9rentes modalit\u00e9s seraient ainsi l\u2019expression d\u2019un d\u00e9sordre, lui-m\u00eame explicable par l\u2019insuffisante capacit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 assurer l\u2019exercice de l\u2019ordre. Les deux principaux sch\u00e8mes interpr\u00e9tatifs qui traversent l\u2019ensemble de la presse \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 sont ainsi le bin\u00f4me ordre <em>versus<\/em> d\u00e9sordre et celui d\u2019une rupture interne \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise entre ceux qui \u00ab\u00a0jouent le jeu\u00a0\u00bb de l\u2019int\u00e9gration et ceux qui la refusent\u00a0[<a id=\"nh5\" title=\"A. Peralva et E. Mac\u00e9, M\u00e9dias et violences urbaines. \u00c9tude exploratoire sur le\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nb5\" rel=\"footnote\">5<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On aurait tort de sous-estimer l\u2019effet d\u2019amplification de ces cadres interpr\u00e9tatifs\u00a0: \u00ab\u00a0par leur capacit\u00e9 \u00e0 choisir ce qu\u2019ils vont transmettre et les \u00e9normes audiences auxquelles ils vont le transmettre, les journalistes ont probablement plus d\u2019influence dans la construction de la d\u00e9viance et participent davantage \u00e0 son contr\u00f4le que ne le font quelques-uns des agents les plus \u00e9vidents du contr\u00f4le. [\u2026] Les journalistes ne rendent pas seulement compte des efforts de ces derniers pour d\u00e9finir et contr\u00f4ler la d\u00e9viance, mais sont directement impliqu\u00e9s comme agents du contr\u00f4le social. En effet, les journalistes jouent un r\u00f4le cl\u00e9 dans la constitution des visions de l\u2019ordre, de la stabilit\u00e9 et du changement, et influencent les pratiques de contr\u00f4le qui concordent avec ces visions. En r\u00e9sum\u00e9, les journalistes sont des agents centraux dans la reproduction de l\u2019ordre\u00a0[<a id=\"nh6\" title=\"R.V  Ericson, P. M. Baranek et J.B.L. Chan, Visualizing Deviance\u2026, op. cit.,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nb6\" rel=\"footnote\">6<\/a>]\u00a0\u00bb. Il faut donc \u00e9tudier leurs repr\u00e9sentations, leur mani\u00e8re de travailler et les contraintes encadrant leur activit\u00e9, autant que celles des agents les plus visibles des institutions de contr\u00f4le, comme les policiers, les procureurs, les juges ou les personnels p\u00e9nitentiaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019existe bien entendu pas de \u00ab\u00a0vision m\u00e9diatique\u00a0\u00bb unifi\u00e9e du monde social. Le mode de traitement de l\u2019information varie non seulement selon le type de support (audiovisuel, presse \u00e9crite, radio), mais aussi en leur sein. Un journaliste de presse quotidienne r\u00e9gionale n\u2019\u00e9crit pas de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019un de ses confr\u00e8res de la presse nationale\u00a0; celui travaillant pour un quotidien est soumis \u00e0 des contraintes diff\u00e9rentes que son homologue de la presse hebdomadaire et le journaliste sp\u00e9cialis\u00e9 diff\u00e8re du journaliste \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9raliste\u00a0\u00bb. Pour autant, ces diverses visions journalistiques ne sont pas des points de vue ind\u00e9pendants\u00a0: elles font syst\u00e8me. L\u2019espace m\u00e9diatique est en effet un <em>champ<\/em>\u00a0[<a id=\"nh7\" title=\"P. Bourdieu, \u00ab L\u2019emprise du journalisme \u00bb, Actes de la recherche en sciences\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nb7\" rel=\"footnote\">7<\/a>]. En d\u2019autres termes, ce dont vont parler les journalistes et la mani\u00e8re dont ils vont le faire peut s\u2019analyser au travers des positions que chacun d\u2019eux occupe dans le champ. Les r\u00e8gles dominantes (mont\u00e9e de la publicit\u00e9, de l\u2019information spectacle) autant que les strat\u00e9gies de distinction (presse \u00ab\u00a0populaire\u00a0\u00bb contre journaux \u00ab\u00a0parisiens\u00a0\u00bb, t\u00e9l\u00e9vision \u00ab\u00a0culturelle\u00a0\u00bb contre t\u00e9l\u00e9vision \u00ab\u00a0de masse\u00a0\u00bb par exemple) ne prennent sens qu\u2019en regard de l\u2019ensemble de cet espace, structur\u00e9 par des r\u00e8gles du jeu sp\u00e9cifiques. Ainsi, quel que soit le type de m\u00e9dia dans lequel ils travaillent, les journalistes se lisent, s\u2019\u00e9coutent ou se regardent beaucoup entre eux. Au point que deux des r\u00e8gles principales de cet univers professionnel soient <em>l\u2019autor\u00e9f\u00e9rence dans la concurrence<\/em>. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il est tr\u00e8s difficile pour un journaliste de ne pas parler de ce dont parlent ses coll\u00e8gues (et notamment ceux qui occupent une position dominante), mais qu\u2019il doit essayer en permanence de trouver un petit plus par rapport \u00e0 eux (le <em>scoop<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De ce point de vue, l\u2019int\u00e9r\u00eat croissant des m\u00e9dias g\u00e9n\u00e9ralistes pour les questions de \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb est ins\u00e9parable des transformations contemporaines du champ journalistique et notamment de la mont\u00e9e en puissance de la t\u00e9l\u00e9vision dans la d\u00e9finition des normes professionnelles dominantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Retenons d\u2019abord que l\u2019univers journalistique s\u2019est profond\u00e9ment transform\u00e9 durant ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es\u00a0[<a id=\"nh8\" title=\"Notamment D. Marchetti, Contribution \u00e0 une sociologie des transformations du\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nb8\" rel=\"footnote\">8<\/a>]. La t\u00e9l\u00e9vision y a conquis une position pr\u00e9pond\u00e9rante pour ce qui est de fixer ce que les anglo-saxons appellent <em>l\u2019agenda<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire ce dont il faut parler, les sujets importants. Dans les ann\u00e9es 1950, les journalistes de t\u00e9l\u00e9vision \u00e9taient doublement domin\u00e9s tant du point de vue du prestige qu\u2019\u00e9conomiquement. Suspects d\u2019\u00eatre d\u00e9pendants du pouvoir politique, leur travail \u00e9tait li\u00e9 \u00e9galement \u00e0 des subventions de l\u2019\u00c9tat. Entre des journaux \u00e0 grand tirage, comme <em>France soir<\/em> et des journaux \u00e0 tirage plus restreint, mais dot\u00e9s d\u2019une autorit\u00e9 semi officielle, des organes de \u00ab\u00a0r\u00e9flexion\u00a0\u00bb, comme <em>Le Monde<\/em>, cumulaient les deux facteurs de pouvoir dans le champ journalistique (tirage et capital symbolique) et en repr\u00e9sentaient le p\u00f4le dominant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9veloppement massif de la t\u00e9l\u00e9vision (qui s\u2019installe dans presque tous les foyers), de m\u00eame que le d\u00e9litement de l\u2019influence politique qui s\u2019exer\u00e7ait sur elle jusqu\u2019en 1981, ainsi que la baisse du tirage des quotidiens changent profond\u00e9ment la donne. Dans l\u2019\u00e9volution des rapports entre les diff\u00e9rents organes de presse la t\u00e9l\u00e9vision s\u2019impose comme le m\u00e9dia pr\u00e9pond\u00e9rant, dictant de plus en plus son tempo et ses mani\u00e8res de traiter l\u2019information aux autres m\u00e9dias\u00a0[<a id=\"nh9\" title=\"P. Champagne et D. Marchetti, \u00ab L\u2019information m\u00e9dicale sous contrainte. \u00c0\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nb9\" rel=\"footnote\">9<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019une des cons\u00e9quences de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de la t\u00e9l\u00e9vision est l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation et la d\u00e9politisation (notamment au sens partisan du terme) de l\u2019information. En effet, plus un m\u00e9dia \u00e9tend sa diffusion (et plus il est contraint par des logiques commerciales, c\u2019est-\u00e0-dire la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9aliser une forte audience), plus il doit pr\u00e9senter une information omnibus, sans asp\u00e9rit\u00e9s et surtout non conflictuelle. Autrement dit, une information destin\u00e9e au plus grand nombre exclut tout ce qui peut diviser et ne soul\u00e8ve jamais de probl\u00e8mes ou seulement des probl\u00e8mes sans histoire. Comme le signalait Pierre Bourdieu, \u00ab\u00a0\u00e0 travers l\u2019accroissement du poids symbolique de la t\u00e9l\u00e9vision et, parmi les t\u00e9l\u00e9visions concurrentes, de celles qui sacrifient avec le plus de cynisme et de succ\u00e8s \u00e0 la recherche du sensationnel, du spectaculaire, de l\u2019extraordinaire, c\u2019est une certaine vision de l\u2019information, jusque l\u00e0 rel\u00e9gu\u00e9e dans les journaux dits \u00e0 sensation, vou\u00e9s aux sports et aux faits divers, qui tend \u00e0 s\u2019imposer \u00e0 l\u2019ensemble du champ journalistique. [\u2026] Les faits divers ont pour effet de faire le vide politique, de d\u00e9politiser et de r\u00e9duire la vie du monde \u00e0 l\u2019anecdote et au ragot [\u2026], en fixant et en retenant l\u2019attention sur des \u00e9v\u00e9nements sans cons\u00e9quences politiques, que l\u2019on dramatise pour \u201cen tirer les le\u00e7ons\u201d ou pour les transformer en \u201cprobl\u00e8mes de soci\u00e9t\u00e9\u201d\u00a0\u00bb\u00a0[<a id=\"nh10\" title=\"P. Bourdieu, Sur la t\u00e9l\u00e9vision, Seuil-Raisons d\u2019agir, Paris, 1996, pp.\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nb10\" rel=\"footnote\">10<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les faits spectaculaires et proches vont progressivement supplanter d\u2019autres th\u00e8mes, comme en t\u00e9moignent la diminution des sujets \u00ab\u00a0\u00e9tranger\u00a0\u00bb et la mont\u00e9e des faits divers\u00a0[<a id=\"nh11\" title=\"Pour les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, voir Les Nouveaux Dossiers de l\u2019Audiovisuel, n\u00b010\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nb11\" rel=\"footnote\">11<\/a>]. La concomitance entre ce mouvement et le d\u00e9veloppement du traitement m\u00e9diatique de l\u2019\u00ab\u00a0ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb semble indiquer qu\u2019elle constitue l\u2019un des th\u00e8mes parfaitement adapt\u00e9s \u00e0 ces nouvelles contraintes journalistiques, particuli\u00e8rement \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. La place d\u00e9sormais conquise par cette derni\u00e8re dans le traitement de l\u2019actualit\u00e9 rendait l\u00e9gitime d\u2019en faire un terrain d\u2019enqu\u00eate privil\u00e9gi\u00e9 pour \u00e9tudier la mani\u00e8re dont l\u2019\u00ab\u00a0ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb est mise en r\u00e9cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0L\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De mani\u00e8re acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, des s\u00e9ries de faits divers, souvent dramatiques, mais ind\u00e9pendants les uns des autres quant \u00e0 leurs motivations et leur d\u00e9roulement vont \u00eatre constitu\u00e9s dans les discours m\u00e9diatiques comme \u00ab\u00a0violences urbaines\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0probl\u00e8me des banlieues\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0mont\u00e9e de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb. Les approches li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0int\u00e9gration\u00a0\u00bb ou \u00e0 la \u00ab\u00a0d\u00e9gradation sociale\u00a0\u00bb laissent la place \u00e0 la focalisation sur les <em>minorit\u00e9s des pires<\/em> et leurs actions violentes\u00a0[<a id=\"nh12\" title=\"A. Collovald, \u00ab Des d\u00e9sordres sociaux \u00e0 la violence urbaine \u00bb, Actes de la\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nb12\" rel=\"footnote\">12<\/a>]. Les dossiers sp\u00e9ciaux, les reportages \u00e0 sensation se multiplient, pour culminer au printemps 2002, lors de la campagne pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<blockquote><p><strong>Entre le 1er janvier et le 5 mai 2002, les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s n\u2019ont pas consacr\u00e9 moins de 18 766 sujets aux crimes, agressions sexuelles, braquages, ou aux interventions des forces de police et de gendarmerie, soient 987 sujets par semaine<\/strong>\u00a0[<a id=\"nh13\" title=\"J. Terral, L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. La campagne pr\u00e9sidentielle de 2002,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nb13\" rel=\"footnote\">13<\/a>].<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019influence du traitement des faits divers criminels par la presse fut abondamment invoqu\u00e9e pour d\u00e9noncer son r\u00f4le dans l\u2019accession au deuxi\u00e8me tour de Jean-Marie Le Pen. Le d\u00e9put\u00e9 socialiste europ\u00e9en Olivier Duhamel expliquait ainsi que \u00ab\u00a0l\u2019hypertrophie s\u00e9curitaire a \u00e9t\u00e9 orchestr\u00e9e par le tandem \u00c9lys\u00e9e-TF1\u00a0\u00bb, alors que Julien Dray, pourtant grand habitu\u00e9 des plateaux s\u2019emportait\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9 qui porte une part particuli\u00e8re de responsabilit\u00e9, elle s\u2019appelle TF1, et je pourrais d\u2019ailleurs l\u2019appeler TF-Haine\u00a0[<a id=\"nh14\" title=\"Cit\u00e9 par J. Terral, L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9\u2026 op. cit., pp.\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nb14\" rel=\"footnote\">14<\/a>]\u00a0\u00bb. Bien qu\u2019\u00e9pargn\u00e9es par la pol\u00e9mique, la presse quotidienne, la presse quotidienne r\u00e9gionale et la presse magazine n\u2019avaient pourtant pas \u00e9t\u00e9 en reste. L\u2019institut TNS Media Intelligence a de la sorte \u00e9valu\u00e9 que \u00ab\u00a0l\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb avait \u00e9t\u00e9 le th\u00e8me le plus m\u00e9diatis\u00e9 \u00e0 partir de mars 2001, et que la presse \u00e9crite avait y avait contribu\u00e9 \u00e0 hauteur de 25,6\u00a0%\u00a0[<a id=\"nh15\" title=\"Cit\u00e9 par Le Monde du 24 avril 2002.\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nb15\" rel=\"footnote\">15<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet int\u00e9r\u00eat m\u00e9diatique se prolonge dans les magazines t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, pourtant pr\u00e9sent\u00e9s par leur promoteurs comme des \u00e9missions permettant de donner de la \u00ab\u00a0profondeur\u00a0\u00bb, de prendre le \u00ab\u00a0temps de l\u2019analyse\u00a0\u00bb, par rapport aux journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Laurent Bonelli<\/strong><\/p>\n<p>La suite\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html\">M\u00e9dias et\u00ab\u00a0ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb (2)\u00a0: Les magazines t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: right;\">\n<h4>Notes<\/h4>\n<p style=\"text-align: left;\">[<a id=\"nb1\" title=\"Notes 1\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>] Laurent Bonelli, <em>La France a peur. Une histoire sociale de l\u2019\u00a0\u00bbins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, La D\u00e9couverte, coll. \u00ab\u00a0cahiers libres\u00a0\u00bb, 2008.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[<a id=\"nb2\" title=\"Notes 2\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nh2\" rev=\"footnote\">2<\/a>] R.V Ericson, P. M.\u00a0Baranek et J.B.L. Chan, <em>Visualizing Deviance. A Study of News Organization<\/em>, University of Toronto Press, Toronto, 1987, pp. 50-51.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[<a id=\"nb3\" title=\"Notes 3\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nh3\" rev=\"footnote\">3<\/a>] Voir M.\u00a0Lever, Canards sanglants, Fayard, Paris, 1993 et D. Kalifa, L\u2019encre et le sang. R\u00e9cits de crimes et soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la Belle \u00c9poque, Fayard, Paris, 1995.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[<a id=\"nb4\" title=\"Notes 4\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nh4\" rev=\"footnote\">4<\/a>] A. Collovald, Violence et d\u00e9linquance dans la presse. Politisation d\u2019un malaise social et technicisation de son traitement, Rapport pour la DIV, septembre 1999, dactylographi\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[<a id=\"nb5\" title=\"Notes 5\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nh5\" rev=\"footnote\">5<\/a>] A. Peralva et E. Mac\u00e9, <em>M\u00e9dias et violences urbaines. \u00c9tude exploratoire sur le travail des journalistes<\/em>, rapport pour l\u2019IHESI, avril 1999, pp. 4-5.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[<a id=\"nb6\" title=\"Notes 6\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nh6\" rev=\"footnote\">6<\/a>] R.V Ericson, P. M.\u00a0Baranek et J.B.L. Chan, <em>Visualizing Deviance\u2026, op. cit.<\/em>, p. 3.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[<a id=\"nb7\" title=\"Notes 7\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nh7\" rev=\"footnote\">7<\/a>] P. Bourdieu, \u00ab\u00a0L\u2019emprise du journalisme\u00a0\u00bb, <em>Actes de la recherche en sciences sociales<\/em> n\u00b0\u00a0101-102, mars 1994, pp. 3-9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[<a id=\"nb8\" title=\"Notes 8\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nh8\" rev=\"footnote\">8<\/a>] Notamment D. Marchetti, Contribution \u00e0 une sociologie des transformations du champ journalistique dans les ann\u00e9es 80 et 90. \u00c0 propos d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements sida\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0scandale du sang contamin\u00e9\u00a0\u00bb, Th\u00e8se de sociologie, EHESS, Paris, 1997\u00a0; J. Duval, Critique de la raison journalistique. Les transformations de la presse \u00e9conomique en France, Seuil, Paris, 2004, et E. Neveu, Sociologie du journalisme, La D\u00e9couverte, Paris, 2001.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[<a id=\"nb9\" title=\"Notes 9\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nh9\" rev=\"footnote\">9<\/a>] P. Champagne et D. Marchetti, \u00ab\u00a0L\u2019information m\u00e9dicale sous contrainte. \u00c0 propos du \u2018scandale du sang contamin\u00e9\u2019\u00a0\u00bb, <em>Actes de la recherche en sciences sociales<\/em> n\u00b0\u00a0101-102, mars 1994, pp. 40-62.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[<a id=\"nb10\" title=\"Notes 10\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nh10\" rev=\"footnote\">10<\/a>] P. Bourdieu, <em>Sur la t\u00e9l\u00e9vision<\/em>, Seuil-Raisons d\u2019agir, Paris, 1996, pp. 58-59.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[<a id=\"nb11\" title=\"Notes 11\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nh11\" rev=\"footnote\">11<\/a>] Pour les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, voir <em>Les Nouveaux Dossiers de l\u2019Audiovisuel<\/em>, n\u00b010 mai-juin 2006.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[<a id=\"nb12\" title=\"Notes 12\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nh12\" rev=\"footnote\">12<\/a>] A. Collovald, \u00ab\u00a0Des d\u00e9sordres sociaux \u00e0 la violence urbaine\u00a0\u00bb,<em> Actes de la recherche en sciences sociales<\/em>, n\u00b0136-137, mars 2001, pp. 108 et suiv. Voir \u00e9galement S. Bonnafous, <em>L\u2019immigration prise aux mots. Les immigr\u00e9s dans la presse au tournant des ann\u00e9es 80<\/em>, \u00e9ditions Kim\u00e9, Paris, 1991.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[<a id=\"nb13\" title=\"Notes 13\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nh13\" rev=\"footnote\">13<\/a>] J. Terral, L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. La campagne pr\u00e9sidentielle de 2002, L\u2019Harmattan, Paris, 2004, pp. 35 et suiv.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[<a id=\"nb14\" title=\"Notes 14\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nh14\" rev=\"footnote\">14<\/a>] Cit\u00e9 par J. Terral, L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9\u2026 op. cit., pp. 9-10.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[<a id=\"nb15\" title=\"Notes 15\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html#nh15\" rev=\"footnote\">15<\/a>] Cit\u00e9 par <em>Le Monde<\/em> du 24 avril 2002.<\/p>\n<div>\n<div>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Les m\u00e9dias et l\u2019\u00ab\u00a0ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb (2)\u00a0: Les magazines t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s (extraits de <em>La France a peur<\/em>)<\/h3>\n<p style=\"text-align: left;\">par <a href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/auteur3423.html\">Laurent Bonelli<\/a>, <abbr title=\"2012-08-05T23:05:50Z\">le\u00a06 ao\u00fbt 2012<\/abbr><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment un certain traitement de la s\u00e9curit\u00e9 s\u2019est-il impos\u00e9\u00a0? Quelles ont-\u00e9t\u00e9 les modalit\u00e9s de ce traitement \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, en particulier dans les magazines t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s\u00a0? \u00c0 ces deux questions, l\u2019ouvrage de Laurent Bonelli \u2013 <em>La France a peur<\/em>\u00a0[<a id=\"nh1\" title=\"Laurent Bonelli, La France a peur. Une histoire sociale de l\u2019&quot;ins\u00e9curit\u00e9&quot;, La\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>] \u2013 apporte des r\u00e9ponses. Si l\u2019enqu\u00eate qu\u2019il propose s\u2019arr\u00eate en 2005, il ne fait aucun doute que, pour l\u2019essentiel, elles valent pour les ann\u00e9es qui ont suivi. Nous publions donc, avec l\u2019accord de l\u2019auteur, deux articles extraits de son livre.<\/p>\n<p>Le premier \u2013 <a href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3869.html\">\u00ab\u00a0Les m\u00e9dias et l\u2019 \u00ab\u00a0ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb (1)\u00a0: Une irr\u00e9sistible ascension\u00a0?\u00a0\u00bb<\/a> \u2013 s\u2019ach\u00e8ve sur le r\u00f4le jou\u00e9 par la t\u00e9l\u00e9vision. Voici le second consacr\u00e9 aux magazines t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s (de 1995 \u00e0 2002),<em> \u00ab\u00a0pourtant pr\u00e9sent\u00e9s par leurs promoteurs,<\/em> souligne Laurent Bonelli, <em>comme des \u00e9missions permettant de donner de la \u00ab\u00a0profondeur\u00a0\u00bb, de prendre le \u00ab\u00a0temps de l\u2019analyse\u00a0\u00bb, par rapport aux journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/em> (Acrimed)<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.acrimed.org\/local\/cache-vignettes\/L192xH292\/La_France_a_peur_Bonelli_2_-995b7.jpg\" width=\"192\" height=\"292\" \/><\/p>\n<p><center><strong>II. Les magazines t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s de 1995 \u00e0 2002<\/strong><\/center>Par les invit\u00e9s qu\u2019ils ont convi\u00e9s et les reportages qu\u2019ils ont diffus\u00e9s, ces magazines ont largement particip\u00e9 \u00e0 la construction d\u2019images publiques de l\u2019\u00ab\u00a0ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb et \u00e0 la diffusion de points de vue particuliers.<strong>Que sont les magazines t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s consacr\u00e9s \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons recherch\u00e9 dans les archives de l\u2019Institut national audiovisuel (INA) les magazines diffus\u00e9s sur les t\u00e9l\u00e9visions hertziennes (TF1, France 2, France 3, la Cinqui\u00e8me, ARTE, M6 et Canal +) et consacr\u00e9s pour tout ou partie aux sujets \u00ab\u00a0d\u00e9linquance\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0violences urbaines\u00a0\u00bb. Entre le 1er janvier 1995 et le 17 juin 2002\u00a0[<a id=\"nh2\" title=\"Date du second tour des \u00e9lections l\u00e9gislatives, remport\u00e9es par l\u2019UMP et qui\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb2\" rel=\"footnote\">2<\/a>], 53 \u00e9missions r\u00e9pondaient \u00e0 ces crit\u00e8res\u00a0[<a id=\"nh3\" title=\"Les reportages strictement consacr\u00e9s \u00e0 la police ont \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9s, pour \u00e9viter\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb3\" rel=\"footnote\">3<\/a>]. France 2 arrive en t\u00eate quant au nombre d\u2019\u00e9missions consacr\u00e9es \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb (15), juste devant France 5\/la Cinqui\u00e8me (14). Mais cette derni\u00e8re a diffus\u00e9 la moiti\u00e9 de ses \u00e9missions (7) durant l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 une heure de moindre \u00e9coute. Inversement, la totalit\u00e9 des \u00e9missions diffus\u00e9es en soir\u00e9e (apr\u00e8s 22h) l\u2019ont \u00e9t\u00e9 sur les trois grandes cha\u00eenes g\u00e9n\u00e9ralistes\u00a0: TF1, France 2 et France 3.<\/p>\n<p>La fr\u00e9quence des magazines consacr\u00e9s \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb suit assez fid\u00e8lement les priorit\u00e9s de l\u2019agenda politique [\u2026]<\/p>\n<p>Bien qu\u2019elle ne soit que bimensuelle, l\u2019\u00e9mission anim\u00e9e par Arlette Chabot (en compagnie parfois de Alain Duhamel), <em>Mots crois\u00e9s<\/em>, figure en t\u00eate, revenant six fois sur le sujet durant la p\u00e9riode\u00a0[<a id=\"nh4\" title=\"\u00ab Quel rem\u00e8de \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ? \u00bb, 25 janvier 1999 ; \u00e9mission du 11 d\u00e9cembre 2000 ;\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb4\" rel=\"footnote\">4<\/a>]. L\u2019\u00e9mission quotidienne d\u2019Yves Calvi, <em>C dans l\u2019air<\/em> vient ensuite, avec quatre occurrences, puis les programmes hebdomadaires amen\u00e9s par Christine Ockrent (<em>France Europe Express<\/em>), Mich\u00e8le Cotta (<em>Pol\u00e9miques<\/em>) et Philippe Gildas (<em>Le grand forum<\/em>)\u00a0: trois \u00e9missions. [\u2026] Les plus fortes r\u00e9currences de ce th\u00e8me concernent l\u2019\u00e9lite du journalisme politique\u00a0: Arlette Chabot est devenue directrice de l\u2019information de France 2\u00a0; Mich\u00e8le Cotta fut directrice de l\u2019information \u00e0 TF1 de 1987 \u00e0 1992 et directrice g\u00e9n\u00e9rale de France 2 de 1999 \u00e0 2002\u00a0; Christine Ockrent fut directrice adjointe de TF1 et Philippe Gildas est un ancien directeur de l\u2019information de RTL. Si Yves Calvi ne peut se pr\u00e9valoir de la carri\u00e8re de ses a\u00een\u00e9s, son \u00e9mission fut l\u2019un des programmes phare de France 5, ce qui lui permit d\u2019ailleurs de remplacer en septembre 2005 Arlette Chabot, comme pr\u00e9sentateur de <em>Mots crois\u00e9s<\/em>. Cette pr\u00e9pond\u00e9rance des magazines politiques se refl\u00e8te \u00e9galement dans le statut des invit\u00e9s, qui proviennent majoritairement du champ politique.<\/p>\n<p><strong>Qui sont les invit\u00e9s sur les plateaux de t\u00e9l\u00e9vision\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>190 personnes ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9es dont 179 (94,2\u00a0%) \u00e9taient identifiables par leur profession ou leur statut\u00a0[<a id=\"nh5\" title=\"Il est probable que ceux dont les professions restent inconnues soient\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb5\" rel=\"footnote\">5<\/a>]. Si l\u2019on op\u00e8re quelques regroupements, on s\u2019aper\u00e7oit que 33\u00a0% des invit\u00e9s sont des professionnels de la politique (\u00e9lus, membres du gouvernement), 27\u00a0% appartiennent aux institutions coercitives (police, gendarmerie et justice) et 16% interviennent comme \u00ab\u00a0experts\u00a0\u00bb (universitaires et consultants). C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils repr\u00e9sentent plus de 75\u00a0% des invit\u00e9s, contre 7\u00a0% pour les institutions sociales, culturelles ou m\u00e9dicales, 2\u00a0% pour l\u2019\u00e9cole ou 2\u00a0% pour ceux qui ont eu affaire \u00e0 la police et \u00e0 la justice.<\/p>\n<p>Cette tr\u00e8s in\u00e9gale r\u00e9partition enregistre le cr\u00e9dit qu\u2019accordent les journalistes \u00e0 ces diff\u00e9rents agents sociaux pour agir contre \u00ab\u00a0l\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb. En effet, ces magazines ne se contentent pas de d\u00e9crire des situations, mais entendent \u00e9galement prescrire des solutions (\u00ab\u00a0mais alors, vous proposez quoi\u00a0?\u00a0\u00bb est l\u2019une des phrases r\u00e9currentes de ce type de d\u00e9bats). C\u2019est sans surprise que le personnel politique est surrepr\u00e9sent\u00e9. Journalistes et hommes politiques partagent en effet les m\u00eames principes de vision et de division du monde (au premier rang desquels la croyance fondamentale en l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019action politique pour faire ou d\u00e9faire le social et peser sur le quotidien des individus\u00a0[<a id=\"nh6\" title=\"E. Neveu, \u00ab Les \u00e9missions politiques \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision : l\u2019impossible\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb6\" rel=\"footnote\">6<\/a>]) et le m\u00eame accord sur les r\u00e8gles du jeu (le d\u00e9bat d\u00e9mocratique). Ces croyances communes sont facilit\u00e9es par le fait qu\u2019\u00e9lites journalistiques et politiques sont souvent pass\u00e9es par les m\u00eames fili\u00e8res de formation (Sciences Po), et \u00e9voluent dans les m\u00eames milieux sociaux\u00a0[<a id=\"nh7\" title=\"Nombre de journalistes de premier plan, parmi lesquels certains\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb7\" rel=\"footnote\">7<\/a>]. Ceci favorise une circulation circulaire des id\u00e9es et des probl\u00e9matiques, qui fonctionnent sur le mode de l\u2019\u00e9vidence et ne font plus d\u00e9bat.<\/p>\n<p>[\u2026] Il va de soi que l\u2019origine et la trajectoire des principaux journalistes politiques fran\u00e7ais les pr\u00e9dispose assez peu \u00e0 conna\u00eetre directement la situation des milieux et des quartiers populaires. Leurs interpr\u00e9tations vont de la sorte s\u2019int\u00e9grer dans leurs grandes cat\u00e9gories d\u2019analyse du monde comme la \u00ab\u00a0crise du mod\u00e8le fran\u00e7ais d\u2019int\u00e9gration\u00a0\u00bb, ou la \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire r\u00e9forme de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb. Au-del\u00e0 des diff\u00e9rences observables d\u2019une \u00e9mission \u00e0 l\u2019autre, les interventions de ces journalistes vedettes de t\u00e9l\u00e9vision font ressortir des m\u00eames types d\u2019impens\u00e9s, dont on peut construire la structure logique comme un id\u00e9al type.<\/p>\n<p>D\u2019abord, tous concordent sur l\u2019inexorable mont\u00e9e de la d\u00e9linquance et de la violence, dont il faudrait rechercher des responsables. De mani\u00e8re \u00e9tonnante, les auteurs de d\u00e9lits ne sont presque jamais mentionn\u00e9s par les journalistes, pas plus qu\u2019une quelconque cause sociale. Les coupables sont sans h\u00e9siter les services de l\u2019\u00c9tat. Les juges, d\u2019abord, accus\u00e9s de rel\u00e2cher les criminels que la police arr\u00eaterait p\u00e9niblement. L\u2019ind\u00e9pendance de la Justice (et notamment des magistrats du si\u00e8ge) est ainsi r\u00e9guli\u00e8rement fustig\u00e9e, au nom de la d\u00e9fense de l\u2019ordre public. Les policiers ensuite, pr\u00e9sent\u00e9s alternativement comme d\u00e9sabus\u00e9s, en sous-effectif ou comme corporatistes, repli\u00e9s sur leurs privil\u00e8ges et refusant de travailler. On retrouve ici les st\u00e9r\u00e9otypes les plus fr\u00e9quents de la critique lib\u00e9rale de l\u2019\u00c9tat qui habite nombre d\u2019\u00e9lites politico-m\u00e9diatiques. Contre cet \u00ab\u00a0immobilisme\u00a0\u00bb, ces \u00ab\u00a0lourdeurs\u00a0\u00bb, les journalistes invitent \u00e0 r\u00e9agir. C\u2019est le troisi\u00e8me axe. Ils vont alors \u00e9num\u00e9rer toutes les solutions qui sont dans \u00ab\u00a0l\u2019air du temps\u00a0\u00bb, sans bien s\u00fbr les \u00e9valuer ou s\u2019interroger sur leurs possibilit\u00e9s et leurs effets. Couvre-feux, centres renforc\u00e9s, sanction des parents, ou r\u00e9forme de l\u2019ordonnance de 1945 sont ainsi propos\u00e9s aux invit\u00e9s, qui doivent se prononcer. Dans un contexte marqu\u00e9 par le discr\u00e9dit des politiques \u00e9ducatives ou de pr\u00e9vention, aucune solution allant dans ce sens ne vint \u00e0 l\u2019esprit de ces journalistes.<\/p>\n<p>On ne mesure sans doute pas compl\u00e8tement la force que ces pr\u00e9jug\u00e9s, ces id\u00e9es re\u00e7ues exercent sur les hommes politiques. Non seulement, ils les partagent parfois pleinement, mais surtout les relations d\u2019interd\u00e9pendance qu\u2019ils entretiennent avec les journalistes les rendent en effet plus attentifs aux critiques que ces derniers peuvent leur adresser. La crainte de la \u00ab\u00a0mauvaise prestation\u00a0\u00bb aussit\u00f4t d\u00e9cortiqu\u00e9e par leurs conseillers en communication, les am\u00e8ne sans doute \u00e0 refuser d\u2019argumenter sur des sujets \u00ab\u00a0difficiles\u00a0\u00bb. Le temps de parole, l\u2019agressivit\u00e9 des interlocuteurs et le sentiment d\u2019\u00e9vidence rendent en effet difficile de prendre le contre-pied de la <em>doxa<\/em> s\u00e9curitaire, sauf \u00e0 chercher l\u2019affrontement.<\/p>\n<p>Aux c\u00f4t\u00e9s des professionnels de la politique, policiers et magistrats (27\u00a0% du total) viennent confirmer que pour les journalistes politiques, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est d\u2019abord une question de police et de justice. Le contraste saisissant entre la place des institutions sociales, m\u00e9dicales et socioculturelles dans la r\u00e9gulation des d\u00e9sordres juv\u00e9niles et leur repr\u00e9sentation parmi les invit\u00e9s (7\u00a0%) est sans doute la manifestation la plus claire de l\u2019opinion des journalistes sur ces institutions. Alors que leur travail quotidien ne peut \u00eatre ignor\u00e9 (on verra ensuite que les reportages leur font une plus large place), elles sont tenues \u00e0 l\u2019\u00e9cart des plateaux.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e9galement le cas des habitants des quartiers populaires. Qu\u2019ils soient victimes, auteurs ou simplement qu\u2019ils y r\u00e9sident, ils doivent laisser d\u2019autres s\u2019exprimer \u00e0 leur place. La d\u00e9sorganisation des organes de repr\u00e9sentation collective des classes populaires tend \u00e0 faire de celles-ci un <em>groupe social parl\u00e9 et non parlant<\/em>. Leur exclusion est une constante des plateaux de t\u00e9l\u00e9vision. En 1989-1990, ces derniers ne comptaient que 10\u00a0% d\u2019ouvriers et d\u2019employ\u00e9s invit\u00e9s \u00e0 s\u2019exprimer, alors que ces deux groupes repr\u00e9sentaient pr\u00e8s de 60\u00a0% de la population active. \u00c0 l\u2019inverse, 53\u00a0% des invit\u00e9s appartenaient aux cadres et professions intellectuelles sup\u00e9rieures, un groupe qui ne totalisait alors que 10\u00a0% de la population active\u00a0[<a id=\"nh8\" title=\"S. Rouquette, L\u2019impopulaire t\u00e9l\u00e9vision populaire. Logiques sociales,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb8\" rel=\"footnote\">8<\/a>]. Ceci permet aux professionnels de la politique, aux journalistes et \u00ab\u00a0experts\u00a0\u00bb de se poser en porte-parole autoris\u00e9s des \u00ab\u00a0habitants des cit\u00e9s\u00a0\u00bb, une entit\u00e9 dont on aurait bien du mal \u00e0 tracer les fronti\u00e8res sociales.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0experts\u00a0\u00bb sont d\u2019ailleurs le troisi\u00e8me groupe (16\u00a0% du total) en nombre d\u2019invit\u00e9s. Qu\u2019ils soient universitaires ou consultants, ils viendront dire les \u00ab\u00a0demandes\u00a0\u00bb des habitants des quartiers, donner de la profondeur historique ou sociologique aux propos, \u00e0 condition bien s\u00fbr de le faire dans des formats adapt\u00e9s. [\u2026] Les \u00ab\u00a0bons\u00a0\u00bb invit\u00e9s doivent en effet \u00eatre un peu plus qu\u2019un \u00ab\u00a0expert\u00a0\u00bb, qu\u2019un homme politique, qu\u2019un chef de police ou qu\u2019un magistrat en ajustant leurs propos et leurs attitudes aux r\u00e8gles non \u00e9crites du fonctionnement de ce type de dispositif m\u00e9diatique. En d\u2019autres termes, ce ne sont pas leurs propri\u00e9t\u00e9s prises en elles-m\u00eames et pour elles-m\u00eames qui importent mais la mani\u00e8re dont elles trouvent \u00e0 se d\u00e9ployer dans les logiques du champ m\u00e9diatique.<\/p>\n<p>Sebastian Roch\u00e9, qui cumule six invitations\u00a0[<a id=\"nh9\" title=\"Auxquelles il faudrait ajouter une interview pr\u00e9sent\u00e9e comme un reportage\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb9\" rel=\"footnote\">9<\/a>] durant la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e est de ce point de vue embl\u00e9matique. N\u00e9 en 1961 et dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes politiques de Grenoble, il est recrut\u00e9 au CNRS en 1991, imm\u00e9diatement apr\u00e8s une th\u00e8se portant sur le \u00ab\u00a0sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0[<a id=\"nh10\" title=\"Elle sera publi\u00e9e sous le titre Le Sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, Presses\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb10\" rel=\"footnote\">10<\/a>]\u00a0\u00bb. Il devient directeur de recherche au CNRS et est l\u2019auteur de nombreux ouvrages et articles sur la d\u00e9linquance et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0[<a id=\"nh11\" title=\"Citons notamment Ins\u00e9curit\u00e9 et Libert\u00e9s, le Seuil, Paris, 1994, La Soci\u00e9t\u00e9\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb11\" rel=\"footnote\">11<\/a>]. Enseignant \u00e0 l\u2019IEP de Grenoble, il intervient \u00e9galement dans des formations sp\u00e9cialis\u00e9es comme le DESS \u00ab\u00a0m\u00e9tiers de la s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb de l\u2019universit\u00e9 Paris-5, ou celui de l\u2019\u00c9cole nationale sup\u00e9rieure de la Police, de Saint-Cyr-au-Mont-d\u2019Or (Lyon). Ses titres acad\u00e9miques, de m\u00eame que l\u2019abondance de ses publications lui conf\u00e8rent une l\u00e9gitimit\u00e9 pour intervenir sur ces sujets dans les m\u00e9dias. Et ce \u00e0 plus forte raison qu\u2019il accepte volontiers de collaborer avec la presse, qu\u2019elle soit \u00e9crite, radio ou t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e. Persuad\u00e9 que \u00ab\u00a0ce qui est important en France, c\u2019est la visibilit\u00e9, plus que l\u2019investissement \u00e0 caract\u00e8re scientifique\u00a0[<a id=\"nh12\" title=\"Le chercheur et les m\u00e9dias. Entretien avec Sebastian Roch\u00e9, in A-C. Douillet\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb12\" rel=\"footnote\">12<\/a>]\u00a0\u00bb, il r\u00e9pond aux sollicitations, qui \u00e9tant donn\u00e9 les logiques d\u2019autor\u00e9f\u00e9rence des m\u00e9dias, tendent \u00e0 se multiplier. Mais son omnipr\u00e9sence est \u00e9galement due \u00e0 la nature de ses analyses. Th\u00e9oricien du \u00ab\u00a0sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb et du r\u00f4le des \u00ab\u00a0incivilit\u00e9s\u00a0\u00bb dans son d\u00e9veloppement, il offre aux journalistes un renouvellement des cat\u00e9gories de pens\u00e9e sur un sujet qui risquait d\u2019\u00eatre limit\u00e9 aux affrontements police\/justice\u00a0[<a id=\"nh13\" title=\"Les arguments de Sebastian Roch\u00e9 seront d\u00e9velopp\u00e9s au chapitre\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb13\" rel=\"footnote\">13<\/a>].<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e9galement le cas pour les invit\u00e9s qui proviennent de ces deux univers, comme le magistrat Georges Fenech, ou la commissaire de police Lucienne Bui-Trong, convi\u00e9s \u00e0 trois reprises. Ce sont des professionnels qui sont capables de tenir un discours s\u2019affranchissant des manifestations les plus visibles du corporatisme (ce qui ne les emp\u00eache pas d\u2019\u00eatre profond\u00e9ment corporatistes) et d\u2019op\u00e9rer des mont\u00e9es en g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 au-del\u00e0 de leur profession, en formulant des opinions sur \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tat de la violence\u00a0\u00bb ou les \u00e9volutions de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Quant aux hommes politiques, ils se divisent entre responsables gouvernementaux en charge de questions touchant \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 et \u00ab\u00a0sp\u00e9cialistes\u00a0\u00bb du sujet. Aux c\u00f4t\u00e9s des ministres de l\u2019Int\u00e9rieur, de la Justice ou de la Ville, on retrouve des gens comme Julien Dray, d\u00e9put\u00e9 de l\u2019Essonne, Pierre B\u00e9dier, maire de Mantes-la-Jolie de 1995 \u00e0 2005 et d\u00e9put\u00e9 des Yvelines, (quatre invitations)\u00a0; Jean-Fran\u00e7ois Cop\u00e9, qui fut le maire de Meaux et prit de nombreuses positions sur le sujet, par exemple au sein de l\u2019association des maires d\u2019\u00cele de France (trois invitations) ou encore Bruno Le Roux, d\u00e9put\u00e9-maire d\u2019\u00c9pinay-sur-Seine (deux invitations). Le fait que ces professionnels de la politique soient individuellement moins pr\u00e9sents sur les plateaux que les \u00ab\u00a0experts\u00a0\u00bb, alors m\u00eame qu\u2019ils sont num\u00e9riquement les plus importants parmi les invit\u00e9s s\u2019explique peut-\u00eatre par le fait qu\u2019ils sont moins \u00ab\u00a0rares\u00a0\u00bb. Les maires de communes dites \u00ab\u00a0sensibles\u00a0\u00bb, les d\u00e9put\u00e9s auteurs de rapports ou d\u2019ouvrages touchant \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 sont en effet plus nombreux que les \u00ab\u00a0experts\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Les reportages <\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019analyse des propri\u00e9t\u00e9s des invit\u00e9s, les 107 reportages qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s lors de ces \u00e9missions ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9s. L\u2019\u00e9quilibre entre reportages et d\u00e9bats varie largement selon les \u00e9missions. Chaque programme repose de la sorte sur des formules et des \u00e9quilibres diff\u00e9rents, valorisant selon les cas l\u2019un ou l\u2019autre des points de vue, bien que la l\u00e9gitimit\u00e9 (politique, professionnelle ou intellectuelle) des invit\u00e9s leur permette bien souvent d\u2019avoir le dernier mot en mati\u00e8re d\u2019interpr\u00e9tation des reportages.<\/p>\n<p><center><em>La structure des reportages<\/em><\/center>159 personnes ont \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9es dans ces reportages, dont 147 (92,5\u00a0%) ont pu \u00eatre identifi\u00e9es par leur profession ou leur statut. Les institutions coercitives (police, gendarmerie, arm\u00e9e et justice) arrivent largement en t\u00eate (37\u00a0% du total), alors que le personnel politique et les \u00ab\u00a0experts\u00a0\u00bb sont tr\u00e8s peu repr\u00e9sent\u00e9s (respectivement 3\u00a0% et 2\u00a0%). Les d\u00e9linquants ou leurs familles apparaissent \u00e9galement de mani\u00e8re beaucoup plus fr\u00e9quente que parmi les invit\u00e9s (16\u00a0% contre 3\u00a0%), notamment \u00e0 travers des \u00ab\u00a0portraits\u00a0\u00bb plus ou moins spectaculaires. De la m\u00eame mani\u00e8re, les institutions sociales, culturelles et m\u00e9dicales, sur lesquelles repose l\u2019essentiel de la prise en charge quotidienne des \u00ab\u00a0jeunes \u00e0 probl\u00e8mes\u00a0\u00bb recouvrent un peu d\u2019importance au travers des reportages.Mais cette impression d\u2019une \u00ab\u00a0revalorisation\u00a0\u00bb de ces institutions doit \u00eatre replac\u00e9e dans les dynamiques de construction des reportages. D\u2019abord, pr\u00e8s de 60\u00a0% des reportages mettent en sc\u00e8ne les forces de l\u2019ordre, des d\u00e9linquants ou des victimes. Ensuite, il faut voir sous quel angle sont abord\u00e9es les institutions sociales et de r\u00e9habilitation. En effet, si le nombre de reportages est un indicateur d\u2019importance, il doit \u00eatre rapport\u00e9 au contenu de ces derniers. Un reportage sur la police n\u2019a pas la m\u00eame signification lorsqu\u2019il met en sc\u00e8ne l\u2019intervention polici\u00e8re, ou s\u2019il enqu\u00eate sur la corruption d\u2019un service.<\/p>\n<p><center><em>La teneur des reportages<\/em><\/center>Une grille de mesure de la teneur de ces reportages a donc \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9e qui les distribue en cinq cat\u00e9goriesLes r\u00e9sultats de l\u2019enqu\u00eate montrent que pr\u00e8s de 80\u00a0% des reportages valorisent l\u2019approche coercitive ou spectaculaire et alarmiste. La pr\u00e9vention, la r\u00e9habilitation ou la critique repr\u00e9sentent moins de 10\u00a0% des reportages.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.acrimed.org\/local\/cache-vignettes\/L442xH106\/Medias_et_insecurite_Tableau_Magazines-91794.jpg\" width=\"442\" height=\"106\" \/><\/p>\n<p>Faut-il dire que les magazines t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s consacr\u00e9s \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb pr\u00e9sentent des reportages largement orient\u00e9s\u00a0?<\/p>\n<p>Plusieurs s\u00e9ries de raisons expliquent cette distribution, les reportages t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s amplifiant les logiques journalistiques ordinaires dans le traitement de l\u2019information. D\u2019abord, le travail journalistique favorise des modes de pr\u00e9sentation, dont les vell\u00e9it\u00e9s p\u00e9dagogiques induisent un travail de simplification, d\u2019explicitation projet\u00e9 sur les capacit\u00e9s de compr\u00e9hension pr\u00e9sum\u00e9es du public. Tout \u00e9v\u00e9nement complexe doit pouvoir \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une explication simple. Ceci est d\u2019autant plus vrai que les journalistes ont peu de temps pour enqu\u00eater et peu de place pour rendre compte des faits. De ce point de vue, un article du journal <em>Le Monde<\/em> est g\u00e9n\u00e9ralement moins r\u00e9ducteur que quelques minutes de reportage. Mais m\u00eame en tenant compte de ces diff\u00e9rences, le principe demeure. Le cadrage d\u2019une question aussi vaste que celle des \u00ab\u00a0banlieues\u00a0\u00bb, qui renvoie \u00e0 des causes comme le ch\u00f4mage, les politiques urbaines, de transport, d\u2019\u00e9ducation, de s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 l\u2019immigration, \u00e0 la d\u00e9composition de l\u2019identit\u00e9 ouvri\u00e8re est r\u00e9duit dans les m\u00e9dias \u00e0 quelques st\u00e9r\u00e9otypes pr\u00e9\u00e9tablis comme la d\u00e9rive vers les ghettos \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, par exemple\u00a0[<a id=\"nh14\" title=\"L. Wacquant, Parias urbains. Ghetto, banlieues, \u00c9tat, La D\u00e9couverte, Paris,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb14\" rel=\"footnote\">14<\/a>], le rajeunissement ou le durcissement de la violence. Cette volont\u00e9 de simplification explique l\u2019engouement pour les cat\u00e9gories explicatives sommaires (ou manich\u00e9ennes), permettant d\u2019attribuer bons et mauvais points, de d\u00e9signer les \u00ab\u00a0victimes\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0coupables\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La simplification s\u2019accompagne \u00e9galement d\u2019une tendance \u00e0 la personnalisation des protagonistes. Que la focale soit mise sur une victime, sur un d\u00e9linquant, sur un policier ou sur un juge, l\u2019individu incarne le tout. Il symbolise l\u2019ensemble des victimes, des d\u00e9linquants des policiers ou des juges. Sa souffrance, sa m\u00e9chancet\u00e9, ou son courage, sa r\u00e9signation sont celles de tous ses homologues. Cette \u00ab\u00a0\u00e9criture\u00a0\u00bb renforce ainsi la proximit\u00e9 des faits et les rend bien plus r\u00e9els qu\u2019une explication abstraite. Elle fait primer l\u2019\u00e9motion qui ressort du propos sur la froideur d\u2019une analyse plus distanci\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019affaire de \u00ab\u00a0Papy Voise\u00a0\u00bb illustre de mani\u00e8re parfaitement caricaturale ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Trois jours avant le premier tour de la pr\u00e9sidentielle, le 18 avril 2002, un septuag\u00e9naire est agress\u00e9 \u00e0 Orl\u00e9ans. Selon son r\u00e9cit, deux \u00ab\u00a0jeunes\u00a0\u00bb auraient tent\u00e9 de le ran\u00e7onner avant de mettre le feu \u00e0 son pavillon. Dans une campagne domin\u00e9e par le th\u00e8me de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, ce fait divers est collectivement transform\u00e9 en symbole. Comme l\u2019indique ce journaliste\u00a0: \u00ab\u00a0le visage tum\u00e9fi\u00e9 du gentil vieillard tombait \u00e0 pic. Comme si la fresque apocalyptique bross\u00e9e toute l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, sur les \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9vision, avait besoin de l\u2019image de la victime absolue, faible d\u2019entre les faibles, un vieillard sans ressources, et naturellement d\u00e9pourvu de toute m\u00e9fiance, triplement faible, triplement victime, victime id\u00e9ale\u00a0[<a id=\"nh15\" title=\"D. Schneidermann, Le cauchemar m\u00e9diatique, Deno\u00ebl, Paris, 2003, pp. 63 et\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb15\" rel=\"footnote\">15<\/a>]\u00a0\u00bb. L\u2019auteur suppos\u00e9 de cette agression (\u00ab\u00a0un jeune maghr\u00e9bin bien connu des services de police\u00a0\u00bb selon la presse) a \u00e9t\u00e9 ensuite innocent\u00e9 par la justice et on apprit plus tard que \u00ab\u00a0Papy Voise\u00a0\u00bb fut condamn\u00e9 pour des faits qui entreraient directement dans la cat\u00e9gorie m\u00e9diatique de \u00ab\u00a0p\u00e9dophilie\u00a0\u00bb). Et les <em>mea culpa<\/em> post\u00e9rieurs (renforc\u00e9s par le traumatisme de l\u2019accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle) n\u2019emp\u00each\u00e8rent pas la r\u00e9p\u00e9tition <em>\u00e0 l\u2019identique<\/em> de ce qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une tendance lourde du traitement de l\u2019information.<\/p>\n<p>Ensuite, cette dramatisation est aussi l\u2019un des proc\u00e9d\u00e9s utilis\u00e9s pour \u00e9viter le d\u00e9crochage des publics. Titres, manchettes, photos, infographies en presse \u00e9crite, succession rapide des s\u00e9quences et images choc \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision apparaissent comme autant de technologies visant \u00e0 maintenir l\u2019attention et, dans la logique de concurrence commerciale entre m\u00e9dias, \u00e0 conqu\u00e9rir des publics. Or, certaines unit\u00e9s de police (comme les BAC) sont potentiellement pourvoyeuses d\u2019images \u00ab\u00a0choc\u00a0\u00bb. Il suffit d\u2019une course poursuite, d\u2019une intervention un peu muscl\u00e9e, d\u2019un jet de pierre, pour ramener des images, qui, mont\u00e9es et coupl\u00e9es avec une voix <em>off<\/em> auront l\u2019effet recherch\u00e9 (ou du moins ceux qui se livrent \u00e0 ce travail le croient-ils). L\u2019exemple le plus abouti est sans doute l\u2019\u00e9mission <em>Cops<\/em>, diffus\u00e9e aux \u00c9tats-Unis sur la cha\u00eene <em>Fox<\/em>, dans laquelle des cam\u00e9ramans embarquent dans les voitures de police et suivent, cam\u00e9ra \u00e0 l\u2019\u00e9paule leurs interventions. S\u2019ils sont moins \u00ab\u00a0bruts\u00a0\u00bb en France, ces reportages spectaculaires constituent une grande part de ceux qui sont pr\u00e9sent\u00e9s dans les magazines t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s \u00e9tudi\u00e9s. Faciles \u00e0 r\u00e9aliser, ils ont l\u2019avantage de concilier temporalit\u00e9 courte, images d\u2019action et explication simple. Exactement le contraire de ce que pourrait \u00eatre le traitement du travail d\u2019un juge des enfants, d\u2019un \u00e9ducateur sp\u00e9cialis\u00e9 ou d\u2019un travailleur social, qui travaillent dans la dur\u00e9e, souvent sans r\u00e9sultats visibles et font co\u00efncider causes sociales, familiales et personnelles.<\/p>\n<p>Aux c\u00f4t\u00e9s de ces contraintes strictement professionnelles (ou du moins de ce qui est v\u00e9cu comme tel), il ne faut sans doute pas sous-estimer la part d\u2019attraction personnelle pour les actions spectaculaires des forces de l\u2019ordre, que l\u2019on observe chez certains journalistes (et notamment des journalistes d\u2019image). Le sentiment que l\u2019ordre ordinaire des choses est suspendu lors d\u2019une \u00ab\u00a0chasse\u00a0\u00bb aux d\u00e9linquants participe d\u2019une forme de fascination dont certains chercheurs ne sont pas toujours exempts.<\/p>\n<p>Et ceci d\u2019autant plus que les institutions coercitives se pr\u00eatent assez facilement au jeu, allant parfois jusqu\u2019\u00e0 devancer les demandes. En mettant en sc\u00e8ne leur lutte contre les formes de d\u00e9linquance les plus visibles, ces reportages constituent en effet autant d\u2019attestations publiques de l\u2019action \u00e9nergique de l\u2019\u00c9tat (et de justification de l\u2019utilit\u00e9 des forces de s\u00e9curit\u00e9).<\/p>\n<p><strong>Laurent Bonelli<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Un bon client\u00a0: Alain Bauer<\/strong><\/p>\n<p>Alain Bauer incarne une sorte de figure-type de l\u2019expert en s\u00e9curit\u00e9. Outre le cumul de ces positions d\u2019autorit\u00e9, il poss\u00e8de trois atouts majeurs pour plaire aux m\u00e9dias\u00a0: le sens de la formule, la mise en cause de \u00ab\u00a0l\u2019immobilisme\u00a0\u00bb des administrations publiques et la disponibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Le discours du consultant repose d\u2019abord tant sur des \u00ab\u00a0coups m\u00e9diatiques\u00a0\u00bb que sur des formules br\u00e8ves et travaill\u00e9es. \u00ab\u00a0La France est plus criminog\u00e8ne que les \u00c9tats-Unis\u00a0\u00bb, ass\u00e8ne-t-il contre toute vraisemblance dans <em>Le Figaro<\/em> (18 juin 2001) et sur les ondes de <em>France Inter<\/em>. <em>\u00ab\u00a0Nous vivons sous le r\u00e8gne des trois A\u00a0: Aveuglement \u2013 Ang\u00e9lisme \u2013 Amateurisme (refus de voir un probl\u00e8me, exportation du probl\u00e8me et mauvais diagnostic du probl\u00e8me)\u00a0\u00bb<\/em> explique-t-il de conf\u00e9rence en plateau de t\u00e9l\u00e9vision, de tribune de presse en \u00e9mission de radio. Outre le caract\u00e8re bref et percutant de ces formules (<em>i.e.<\/em> adapt\u00e9es aux formats m\u00e9diatiques), elles cadrent parfaitement sur le fond avec la mise en cause par les journalistes du traitement de \u00ab\u00a0l\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb par les pouvoirs publics. La c\u00e9cit\u00e9, les lourdeurs \u00ab\u00a0bureaucratiques\u00a0\u00bb, les revendications \u00ab\u00a0corporatistes\u00a0\u00bb ne manquent en effet jamais d\u2019\u00eatre oppos\u00e9es aux \u00ab\u00a0vraies\u00a0\u00bb souffrances des gens. L\u2019invocation de \u00ab\u00a0l\u2019expert ind\u00e9pendant\u00a0\u00bb donne \u00e0 voir l\u2019expression de leurs pr\u00e9jug\u00e9s, en les pla\u00e7ant sous la protection de son \u00ab\u00a0autorit\u00e9\u00a0\u00bb. De cette mani\u00e8re, le rapport qu\u2019il r\u00e9alisa de sa propre initiative sur le temps de travail des policiers ne doit pas tant son succ\u00e8s \u00e0 sa justesse (ses failles furent rapidement mises en lumi\u00e8re), \u00e0 son \u00ab\u00a0courage\u00a0\u00bb (il fut fait avec l\u2019aval du cabinet du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur) qu\u2019\u00e0 l\u2019image qui en fut donn\u00e9e. En raison de dissensions internes au minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, la pol\u00e9mique qui \u00e9clata conf\u00e9ra en effet \u00e0 son auteur le statut de pourfendeur de la gabegie de l\u2019institution polici\u00e8re. Cat\u00e9gorie m\u00e9diatique dont certaines \u00e9missions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es (<em>Combien \u00e7a co\u00fbte<\/em> sur TF1) ou certains journalistes (Fran\u00e7ois de Closets par exemple) se sont depuis longtemps fait les h\u00e9rauts. Ajust\u00e9s dans le fond et dans la forme, ces discours sont d\u2019autant plus attractifs pour des journalistes qu\u2019Alain Bauer n\u2019est pas avare de ses interventions dans les m\u00e9dias. Comme il indiquait en entretien\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je refuse deux interviews sur trois parce qu\u2019\u00e0 force, \u00e7a n\u2019a aucun sens et j\u2019ai l\u2019impression de rab\u00e2cher toujours la m\u00eame chose. Ce que j\u2019aime le plus, c\u2019est plut\u00f4t la radio, des \u00e9missions o\u00f9 on a du temps. <\/em>[\u2026] <em>Sur l\u2019affaire lilloise<\/em>\u00a0[<a id=\"nh16\" title=\"Affrontements dans le quartier de Lille-sud suite \u00e0 la mort de Riad\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb16\" rel=\"footnote\">16<\/a>]<em>, l\u00e0, j\u2019ai fait deux t\u00e9l\u00e9s, sept radios plus la BBC dans la m\u00eame journ\u00e9e. Je le fais parce que je consid\u00e8re que c\u2019est l\u00e9gitime, parce qu\u2019on r\u00e9pond \u00e0 la sollicitation, parce que le vide n\u2019est pas une chose intelligente.<\/em> [\u2026] <em>De toute fa\u00e7on, une fois qu\u2019ils r\u00e9cup\u00e8rent un expert, les journalistes se le refilent. Ils sont tr\u00e8s gentils\u00a0; ils sont tr\u00e8s partageurs. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il y en a beaucoup qui viennent par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019autres, qui disent\u00a0: <\/em>\u00ab\u00a0Ah, ben Machin m\u2019a parl\u00e9 de vous\u00a0\u00bb<em>. Et puis voil\u00e0.<\/em> [\u2026]<em> Comment vous voulez qu\u2019un journaliste qui s\u2019occupe de faits divers passe ses journ\u00e9es \u00e0 d\u00e9piauter les statistiques. C\u2019est pas son m\u00e9tier. Je le reconnais parfaitement. Notre m\u00e9tier \u00e0 nous, c\u2019est de lui dire\u00a0: <\/em>\u00ab\u00a0Voil\u00e0 ce qui se passe\u00a0\u00bb<em>. Soit c\u2019est un journaliste qui fait bien son travail et il dit\u00a0: <\/em>\u00ab\u00a0Tiens, j\u2019ai au moins un interlocuteur qui le jour n\u00e9cessaire pourra mettre en perspective des choses\u00a0\u00bb<em> et il vient vous voir, soit il continue \u00e0 raconter n\u2019importe quoi gentiment\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0[<a id=\"nh17\" title=\"Entretien, 24 avril 2000. Cit\u00e9 dans P. Rimbert, \u00ab Les managers de\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nb17\" rel=\"footnote\">17<\/a>].<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<h4>Notes<\/h4>\n<p>[<a id=\"nb1\" title=\"Notes 1\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>] Laurent Bonelli, <em>La France a peur. Une histoire sociale de l\u2019\u00a0\u00bbins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, La D\u00e9couverte, coll. \u00ab\u00a0cahiers libres\u00a0\u00bb, 2008.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb2\" title=\"Notes 2\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh2\" rev=\"footnote\">2<\/a>] Date du second tour des \u00e9lections l\u00e9gislatives, remport\u00e9es par l\u2019UMP et qui borne ce travail.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb3\" title=\"Notes 3\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh3\" rev=\"footnote\">3<\/a>] Les reportages strictement consacr\u00e9s \u00e0 la police ont \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9s, pour \u00e9viter la surrepr\u00e9sentation logique des policiers parmi les invit\u00e9s qui en d\u00e9coulerait.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb4\" title=\"Notes 4\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh4\" rev=\"footnote\">4<\/a>] \u00ab\u00a0Quel rem\u00e8de \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb, 25 janvier 1999\u00a0; \u00e9mission du 11 d\u00e9cembre 2000\u00a0; \u00ab\u00a0La mont\u00e9e de la d\u00e9linquance\u00a0\u00bb, le 12 f\u00e9vrier 2001\u00a0; \u00ab\u00a0Que faire des mineurs d\u00e9linquants\u00a0?\u00a0\u00bb, le 11 juin 2001\u00a0; \u00ab\u00a0La violence des mineurs\u00a0\u00bb, le 3 d\u00e9cembre 2001 et \u00ab\u00a0L\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb, le 13 mai 2002. \u00c9missions auxquelles il faudrait rajouter celle du 5 novembre 2001 portant sur \u00ab\u00a0Le malaise de la police fran\u00e7aise\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb5\" title=\"Notes 5\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh5\" rev=\"footnote\">5<\/a>] Il est probable que ceux dont les professions restent inconnues soient davantage li\u00e9s au travail social ou \u00e0 la vie des quartiers.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb6\" title=\"Notes 6\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh6\" rev=\"footnote\">6<\/a>] E. Neveu, \u00ab\u00a0Les \u00e9missions politiques \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision\u00a0: l\u2019impossible vulgarisation\u00a0?\u00a0\u00bb, <em>Quaderni<\/em> n\u00b016, hiver 1991-1992, pp. 86 et suiv.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb7\" title=\"Notes 7\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh7\" rev=\"footnote\">7<\/a>] Nombre de journalistes de premier plan, parmi lesquels certains pr\u00e9sentateurs des \u00e9missions \u00e9tudi\u00e9es, ont ainsi pour partenaire des hommes politiques de premier rang. Sur les relations entre \u00e9lites politiques, m\u00e9diatiques et intellectuelles, voir S. Halimi, <em>Les Nouveaux Chiens de garde<\/em>, Liber-Raisons d\u2019agir, Paris, 2005.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb8\" title=\"Notes 8\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh8\" rev=\"footnote\">8<\/a>] S. Rouquette, <em>L\u2019impopulaire t\u00e9l\u00e9vision populaire. Logiques sociales, professionnelles et normatives des palabres t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es (1958-2000)<\/em>, L\u2019Harmattan, Paris, 2001.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb9\" title=\"Notes 9\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh9\" rev=\"footnote\">9<\/a>] Auxquelles il faudrait ajouter une interview pr\u00e9sent\u00e9e comme un reportage dans l\u2019\u00e9mission <em>France Europe Express<\/em> du 5 novembre 1997, anim\u00e9e par Christine Ockrent et consacr\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans la ville\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb10\" title=\"Notes 10\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh10\" rev=\"footnote\">10<\/a>] Elle sera publi\u00e9e sous le titre <em>Le Sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9<\/em>, Presses universitaires de France, Paris, 1993.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb11\" title=\"Notes 11\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh11\" rev=\"footnote\">11<\/a>] Citons notamment <em>Ins\u00e9curit\u00e9 et Libert\u00e9s<\/em>, le Seuil, Paris, 1994, <em>La Soci\u00e9t\u00e9 incivile<\/em>, le Seuil, Paris, 1996, <em>Sociologie politique de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9<\/em>, Presses universitaires de France, Paris, 1998, <em>La Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019hospitalit\u00e9<\/em>, le Seuil, Paris, 2000, <em>La D\u00e9linquance des jeunes. Les 13-19 ans racontent leurs d\u00e9lits<\/em>, le Seuil, Paris, 2001, <em>Tol\u00e9rance z\u00e9ro\u00a0? Incivilit\u00e9s et ins\u00e9curit\u00e9<\/em>, Odile Jacob, Paris, 2002.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb12\" title=\"Notes 12\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh12\" rev=\"footnote\">12<\/a>] Le chercheur et les m\u00e9dias. Entretien avec Sebastian Roch\u00e9, in A-C. Douillet et J-P. Zuanon,<em> Quarante ans de recherche en sciences sociales. Regards sur le CERAT 1963-2003<\/em>, Presses universitaires de Grenoble, 2004, pp. 167-177.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb13\" title=\"Notes 13\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh13\" rev=\"footnote\">13<\/a>] Les arguments de Sebastian Roch\u00e9 seront d\u00e9velopp\u00e9s au chapitre 11.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb14\" title=\"Notes 14\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh14\" rev=\"footnote\">14<\/a>] L. Wacquant, <em>Parias urbains. Ghetto, banlieues, \u00c9tat<\/em>, La D\u00e9couverte, Paris, 2006.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb15\" title=\"Notes 15\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh15\" rev=\"footnote\">15<\/a>] D. Schneidermann, <em>Le cauchemar m\u00e9diatique<\/em>, Deno\u00ebl, Paris, 2003, pp. 63 et suiv.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb16\" title=\"Notes 16\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh16\" rev=\"footnote\">16<\/a>] Affrontements dans le quartier de Lille-sud suite \u00e0 la mort de Riad Hamlaoui, tu\u00e9 par un policier dans la nuit du 15 au 16 avril 2000.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb17\" title=\"Notes 17\" href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html#nh17\" rev=\"footnote\">17<\/a>] Entretien, 24 avril 2000. Cit\u00e9 dans P. Rimbert, \u00ab\u00a0Les managers de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb\u2026, <em>op. cit<\/em>, pp. 272-273.<\/p>\n<\/div>\n<p><a href=\"http:\/\/www.acrimed.org\/article3870.html\">SOURCE <\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les m\u00e9dias et l\u2019 \u00ab\u00a0ins\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb (1)\u00a0: Une irr\u00e9sistible ascension\u00a0? (extraits de La France a peur) par Laurent Bonelli, le\u00a02 ao\u00fbt 2012 Comment un certain traitement de la s\u00e9curit\u00e9 s\u2019est-il impos\u00e9\u00a0? Quelles ont-\u00e9t\u00e9 les modalit\u00e9s de ce traitement \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, en particulier dans les magazines t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s\u00a0? \u00c0 ces deux questions, l\u2019ouvrage de Laurent Bonelli \u2013 &#8230; <a title=\"M\u00e9dias et l\u2019 \u00ab ins\u00e9curit\u00e9 \u00bb\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/?p=921\" aria-label=\"En savoir plus sur M\u00e9dias et l\u2019 \u00ab ins\u00e9curit\u00e9 \u00bb\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":922,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,18,28,39,5],"tags":[],"class_list":["post-921","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-prisons","category-resistance-bruxelles","category-racismes","category-sans-papier","category-violence-policiere"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/921","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=921"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/921\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":923,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/921\/revisions\/923"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/922"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=921"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=921"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-pantheres.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=921"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}