A propos de Bashir Abu-Manneh, The Palestinian Novel. From 1948 to the Present, Cambridge University Press, Cambridge, 2016.
« Consciemment ou inconsciemment, j’ai considéré le moi et le milieu où il évolue comme deux éléments interchangeables, l’un étant le reflet de l’autre, voire sa matérialisation symbolique. C’est que le temps a effectué son lent travail de sape : ce milieu où j’ai vécu, je ne veux pas le perdre complètement, et, pour ce faire, je tente de l’emprisonner dans le filet des mots. »
Jabra Ibrahim Jabra, Le Premier Puits.
C’est par la destruction de la maison de l’écrivain palestinien Jabra Ibrahim Jabra que Bashir Abu-Manneh débute son exploration de la littérature palestinienne post-1948. En 2010, dans le quartier Mansour de Bagdad, la maison où a vécu Jabra jusqu’à sa mort, en 1994, a été soufflée par une explosion. Comme l’écrit Abu-Manneh, la famille de Jabra avait pris soin de conserver cette maison dans l’espoir que son contenu soit, un jour, rendu accessible au public. Avec cette destruction, ce sont des centaines de lettres d’écrivains et artistes majeurs du monde arabe, des peintures d’artistes irakiens tels Jewad Salim ou encore Shâker Hasan, des milliers de livres et de manuscrits ainsi que des travaux de Jabra non publiés, tout comme des enregistrements de ses cours et conférences, qui ont été perdus. Bashir Abu-Manneh va même jusqu’à parler de la perte du répertoire culturel d’une seconde renaissance arabe.
Ce texte a été prononcé par le professeur Ramón Grosfoguel lors du cycle international « Notre Amérique dans les plans de l’impérialisme », lors de la réunion « Regards depuis l’Amérique du Nord » le 25 août 2020. Sociologue formé à l’Université de Puerto Rico et à la Temple University de Pennsylvanie (avec un Post-Doctorat, à la Maison des Sciences de l‘Homme, Centre Fernand Braudel, Paris) Ramon Grosfoguel est internationalement reconnu pour son travail sur la décolonisation du savoir et du pouvoir ainsi que pour son travail sur les migrations internationales et la politico-économie du système mondial. Il a été chercheur associé à la Maison des Sciences de l’Homme à Paris pendant de nombreuses années et enseigne actuellement à l’Université de Berkeley, où il travaille au sein de l’équipe de chercheurs « Modernité/colonialité ».

Statue de Léopold II (CC – Wikimedia)