Fanon, Malcolm X et la révolte de la jeunesse bruxelloise

Par tous les moyens nécessaires

Fanon, Malcolm X et la révolte de la jeunesse bruxelloise

Nordine Saïdi — Octobre 2026

« Le monde colonial est un monde manichéiste. Il ne suffit pas au colon de limiter physiquement, c’est-à-dire à l’aide de sa police et de sa gendarmerie, l’espace du colonisé. Comme pour illustrer le caractère totalitaire de l’exploitation coloniale, le colon fait du colonisé une sorte de quintessence du mal. »¹

Frantz Fanon

Nous ne condamnerons pas

On connaît le rituel. À chaque révolte de la jeunesse des quartiers, on nous tend le micro et on attend la phrase : « Nous condamnons toutes les violences. » Le ministre la prononce, le bourgmestre aussi, et même certains de nos responsables associatifs, pressés de prouver qu’ils sont fréquentables. La phrase sert de laissez-passer. Qui refuse de la dire est aussitôt suspect.

Nous ne la dirons pas.

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Comment Tintin échappa à l’épuration

Lors du dernier Festival de Cannes, le réalisateur Peter Jackson a annoncé être à pied d’œuvre pour écrire une nouvelle adaptation cinématographique des aventures de Tintin. Quinze ans après l’interprétation par Steven Spielberg du « Secret de la Licorne » qui avait proposé au public une trépidante et régressive cavalcade pimpée par la technologie 3D, le reporter globe-trotter dessiné par Hergé continue de fasciner foules et réalisateurs. On peut lui préférer le passionnant ouvrage du journaliste Sébastien Bourdon, « Tintin au pays des fascistes », qui livre un remarquable travail de clarification critique, en retraçant le parcours du dessinateur dans l’Occupation, mais surtout le rôle de ses accointances et influences fascistes dans la genèse des albums. Norman Ajari en propose ici une recension.

Arts 

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Adèle, « Moi aussi j’ai pris une décision : je vais parler. »

Avant de publier l’appel qui suit, Bruxelles Panthères a pris le temps de le soumettre à plusieurs médias bruxellois et nationaux — Le Soir, La Libre, Le Vif, ainsi qu’à d’autres rédactions et interlocuteurs de la presse. À ce stade, ces démarches sont restées sans réponse.

Nous ne voulons pas tirer de conclusion hâtive de ces silences. Mais nous considérons néanmoins qu’ils méritent d’être constatés, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une affaire qui touche à la fois aux libertés publiques, au monde culturel, au débat démocratique et à la question du traitement médiatique de certaines voix.

C’est précisément parce que l’espace médiatique semble, pour l’instant, ne pas s’être saisi de cette affaire que Bruxelles Panthères choisit de rendre public l’appel ci-dessous concernant Adèle Hanaele.

Cet appel rassemble déjà plus d’une cinquantaine de premières signatures issues de milieux artistiques, culturels, universitaires et militants, et continue à recueillir de nouveaux soutiens.

Parmi les premières personnes signataires figurent notamment Isabelle Stengers (philosophe), Riccardo Petrella (professeur émérite de l’Université de Louvain), Marco Martiniello (sociologue), Jacinthe Mazzocchetti (anthropologue et autrice), Saïd Bouamama (sociologue et militant du FUIQP), Eyal Sivan (cinéaste et essayiste), David Murgia (comédien, auteur et metteur en scène), Joëlle Sambi (autrice, poétesse, slameuse et réalisatrice), Rokia Bamba (DJ, compositrice et animatrice radio) et Mohamed Ouachen (artiste interprète et réalisateur).

La diversité de ces premières signatures est significative : elle montre que cet appel ne relève pas d’un seul milieu professionnel, d’un seul courant politique ou d’un cercle militant restreint. Il fait d’ores et déjà écho auprès de personnes issues de la culture, de la recherche, du monde artistique et de différents espaces de mobilisation.

Bruxelles Panthères considère donc qu’il est temps que cette parole puisse circuler publiquement. Non pas pour demander aux médias de penser à notre place, mais pour leur rappeler qu’il existe, derrière cette affaire, des questions qui concernent l’ensemble de la société : qui est entendu, qui est rendu visible, quelles paroles trouvent une place dans l’espace public et lesquelles restent confinées au silence.

Voici donc l’appel.

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Les deux racismes qui ont assassiné Jason Arday

Le chercheur en sociologie de l’éducation Jason Arday s’est donné la mort le 14 aout 2026, quelques jours après sa démission de son poste de professeur à l’université de Cambridge. Cette tragédie fait suite à des semaines de harcèlement médiatique motivé par le racisme. Il y a deux coupables. Le premier est un puissant réseau économique, politique et académique qui cherche à réhabiliter une négrophobie scientifique. Le second est le cynisme des universitaires progressistes qui instrumentalisent les personnalités noires.

Politique 

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Ceuta : les frontières militarisées de l’Europe tuent

Le CADTM international suit avec une profonde indignation et une immense tristesse la tragédie qui s’est déroulée fin juillet et début août 2026 à la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta. En quelques jours, des dizaines de milliers de personnes — les estimations vont de 60 000 à 80 000 selon les sources — ont tenté de franchir la frontière, dans le mouvement de traversée le plus massif jamais enregistré en ce lieu. Le bilan humain est lourd et continue de s’aggraver : les autorités espagnoles ont fait état d’au moins 72 morts confirmés au 2 août, un chiffre porté à 88 selon la morgue de Ceuta, tandis que le ministère marocain de l’Intérieur n’en reconnaissait officiellement que 11. Selon l’Association marocaine des droits humains (AMDH), le bilan de la tragédie dépasse 140 morts, atteignant 141 victimes selon son dernier décompte. Les autorités marocaines n’en reconnaissaient officiellement que 11, principalement décédées par noyade, un écart considérable qui alimente les demandes d’enquête indépendante et de transparence sur le nombre réel des victimes. Cet écart vertigineux entre les bilans dit à lui seul le mépris dans lequel sont tenues ces vies humaines par les appareils d’État des deux rives.

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Vingt ans de combat contre la politique migratoire de l’Union européenne

Claire Rodier - Gisti, Migreurop
Voici vingt ans, en 2006, le réseau Migreurop – qui existait de façon informelle depuis 2002 – est devenu officiellement une association. Revenir sur son histoire, c’est poser un regard rétrospectif sur l’évolution des politiques d’immigration et d’asile de l’Union européenne (UE) depuis le début du siècle, même si les deux processus ne coïncident pas parfaitement : l’européanisation des questions migratoires a été formalisée en 1999, avec l’entrée en vigueur du traité d’Amsterdam [1] qui les a fait rentrer dans le champ des politiques communes.

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La mort d’Yves Sakila : Anatomie des gestes assassins

Sociologue

Alors que l’Assemblée nationale vient d’entériner la présomption de légitime défense des forces de l’ordre, la question du danger perçu devient centrale. La mort d’Yves Sakila à Dublin, plaqué au sol pour un vol mineur, en offre un contrepoint saisissant : comment un corps gémissant, à bout de souffle, reste-t-il perçu comme menaçant ? La réponse est moins dans la force exercée que dans les affects qui, en amont, orientent le regard.

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VIOLENCES RACISTES : LA POLICE D’ASSE EN ACCUSATION

Le 5 août, une intervention policière dans la commune flamande d’Asse (à 17 km de Bruxelles) a fait cinq blessés. Deux membres d’une même famille belgo-congolaise et trois agents de police. Dans une vidéo Instagram, on peut voir « Maman Sylvie », le visage ensanglanté, menottée, se faire violemment jetée dans un combi aux pieds de son fils, déjà arrêté et menotté. La mère, son fils, Jonathan, et sa fille, Dettyne, dénoncent des violences policières à caractère négrophobe. Leur avocat, Me Jolan Goutier, a déposé une plainte auprès du Parquet de Halle-Vilvorde. De son côté, le Parquet réfute tout racisme et fait peser sur la famille afro-descendante un comportement «agressif» envers les policiers…

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La rupture suicidaire d’Israël avec les États-Unis

Israël se retourne contre son dernier allié important dans un élan d’orgueil suicidaire.

Israël sabote les négociations avec l’Iran et s’aliène son dernier allié important en refusant de mettre fin à ses attaques contre le Liban et de se retirer du sud du pays qu’il occupe. Il est déterminé à raviver un brasier régional qui pourrait conduire l’Iran à fermer définitivement le détroit d’Ormuz et plonger l’économie mondiale dans une dépression planétaire. Et il poursuit son génocide à Gaza.

Israël est gangrené par le racisme et la violence génocidaire. Il est aveuglé par une supériorité morale répugnante. Il est corrompu par une classe de milliardaires sionistes aux États-Unis qui utilisent leur fortune pour orienter la politique étrangère au service des intérêts israéliens. Il dispose d’un arsenal nucléaire que les responsables israéliens ont menacé à plusieurs reprises d’utiliser.

C’est une menace pour la région. C’est une menace pour lui-même. Et c’est une menace pour nous.

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Terroristes par essence

Par Edward W. Said

En 1986, Edward Said rend compte d’un ouvrage sur le terrorisme que vient de faire paraître un certain Benjamin Netanyahou, ambassadeur d’Israël aux Nations unies. L’intellectuel palestinien constate que cette notion fait perdre la tête à la classe politique, aux journalistes et aux universitaires, qui, dès qu’il en est question, abandonnent les principes rationnels les plus élémentaires pour s’ébattre gaiement dans les eaux boueuses du racisme. Déjà, le terroriste, c’est l’Arabe, c’est le musulman… Moyen commode d’escamoter les crimes commis par Israël et les États-Unis, et qui, quarante ans après la rédaction de cet article, semble, hélas, plus inusable que jamais.

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