« L’assassinat de Semira Adamu au prisme de l’intersectionnalité ».

Bonsoir à toutes et tous,

Je remercie les organisateurs pour cette invitation.

Je vais tenter de replacer la question de l’assassinat de Semira Adamu et plus globalement la question des politiques migratoires dans une perspective décoloniale. Il ne s’agit bien évidemment pas de livrer ici une réflexion exhaustive et aboutie, chose qui me serait impossible étant donné le temps qui m’est imparti. Il est plutôt question pour moi d’esquisser un cadre de réflexion et de lutte qui inscrit les politiques migratoires et leur dimension répressive dans le temps long des rapports globaux de domination et d’exploitation du Nord à l’égard du Sud ainsi que des processus de déshumanisation qui sous-tendent ces rapports.

Ces questions prennent place dans le contexte d’une société post-coloniale qui est toujours en prise avec le système-monde. Dans cette perspective, il est certains événements qui jettent une lumière crue sur nos sociétés modernes libérales qui, à première vue, ont l’air d’être pacifiées mais en réalité sont profondément violentes. Le drame de l’assassinat de Semira Adamu fait assurément partie de ces événements tant cette mort et le procès qui s’en est suivi ont mis à nu la froide mécanique du pouvoir, la force et la brutalité dont il est capable pour justifier et perpétuer une situation d’injustice et de domination, ainsi que la discordance manifeste qui existe entre les valeurs humanistes censées régir nos sociétés et l’épreuve de la réalité qui est une négation de ces principes.

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« Nouveaux dispositifs de contrôle, répressions et résistances »

Cette intervention a eu lieu durant une conférence de « Tribute to Semira Adamu »(1), dans le panel : « Nouveaux dispositifs de contrôle, répressions et résistances »

 

Je Remercie les organisateurs pour leur immense travail et pour leur invitation. Et j’ai une pensée pour Semira, Ali et toutes les autres victimes du racisme.

Je vais commencer par vous exposer l’analyse qui fondent l’existence et les actions de Bruxelles Panthères. J’évoquerai ensuite les formes de luttes que nous utilisons.

Ce que je vais dire ici – qu’est-ce que l’antiracisme politique ? –  est issu de notre expérience propre, de celle de notre réseau et dans ce cas-ci, de l’étude de trois auteurs en particulier. Je vais donc brièvement les citer, leurs pensées étant à la base de cette analyse :

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Semira Adamu : « Ils ont tué une femme, pas son combat ! »

Semira Adamu était une jeune femme nigériane ; elle militait depuis l’intérieur d’un centre fermé en Belgique, où sont retenues les personnes « sans-papiers ». Ce 22 septembre 2018 marque les 20 ans, jour pour jour, de sa mort, tuée par l’escorte de gendarmes en charge de son expulsion. Il y a peu, une autre réfugiée décédait des mains des forces de l’ordre belges : Mawda, une fille de 2 ans tombée d’une balle dans la tête. Le gouvernement belge vient à nouveau d’autoriser l’enfermement d’enfants et la Coordination Semira Adamu 2018 clame dans la capitale de l’Union européenne : « Ils ont tué une femme, pas son combat ! » Nous rencontrons Cataline, anciennement membre du Collectif contre les expulsions ; elle nous fait le récit du combat et de la mort de Semira Adamu qui bouleversa la Belgique.


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Bruxelles : « Un policier a tiré à trois reprises sur un SDF »

Lundi 17 septembre 2018, tôt le matin, A.E., un SDF belge, est agressé par des policiers chargés de le réveiller et de le faire bouger de l’endroit où il dormait près des tours WTC, face à la gare du Nord.

Ce SDF de 43 ans qui dormait sur des cartons a été aspergé de gaz lacrymogène, il s’est défendu, aurait blessé légèrement un policier (qui n’a aucune séquelle semble-t-il) et un autre policier a fait usage de son arme, à trois reprises. Les jours de cet homme sont en danger, il est hospitalisé avec deux balles dans le corps, une au niveau de la jambe, l’autre au niveau du thorax.

Ce sont les seuls faits pertinents.

Tout le reste de ce qui a été dit, tant par le Parquet, que par les policiers et tout ce qui a été relayé par les médias ne sont que mensonges et tergiversations pour échapper à la seule vérité : un policier a tiré sur un SDF.

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Justice pour Moad? 5 ans de lutte après violences policières

APPEL AU RASSEMBLEMENT JUSTICE POUR MOAD

Ce vendredi 4 mai a eu lieu le procès en appel du seul policier sur cinq, condamné le 19 décembre 2016 pour les violences commises sur Moad en 2013.
Le flic condamné a fait appel de la décision du juge.
Le prononcé du jugement sera donné ce vendredi 21/09/18 à la séance du matin.
Ce n’est pas fini pour Moad et sa famille, soyons donc nombreux à continuer à les soutenir!

Rappel des faits:

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Nouveaux dispositifs de contrôle, répressions et résistances. SAM/ZAT 22.09 > 10:00 – 16:00 : SEMINAIRE 2 &3 @ CFS-Université populaire

1998-2018 : résistances actives et collectives contre le durcissement des politiques migratoires

 

Quand :
22 septembre 2018 @ 10 h 00 min – 16 h 00 min
Où :
Université populaire de Bruxelles – CFS
rue de la Victoire 26 Overwinningstraat
1060 Saint-Gilles
Coût :
Gratuit

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Agenda des Commémoration SemiraAdamu2018 (A diffuser largement)

Ce mois sera consacré aux commémorations des 20 ans du meurtre de Semira Adamu. Expo, débats, concerts, rencontres, théâtre, projections, manifestations, séminaires, actions …

A l’heure où la Belgique enferme des familles, où s’annonce l’évacuation forcée du Parc Maximilien, la création au 127 bis d’un « centre administratif national pour la transmigration, la transformation du Petit Château en « centre d’enregistrement » ( l’Echo, 5 sept), où les personnes sans-papiers désespèrent d’obtenir une régularisation et où les morts s’accumulent devant et dans nos frontières, nous sommes persuadés que les revendications de l’appel « Semira Adamu 2018 » sont
plus que nécessaires.

Pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, n’hésitez pas à signer cet appel
via le site internet www.semiraadamu2018.be

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Binationaux : Danger ! La Belgique ne vous protégera pas à l’étranger

par Luk Vervaet

Une nouvelle de l’Agence Belga nous apprend que début août, Saïd El Amraoui, un Belgo-Marocain de 32 ans, né à Merksplas (Anvers), parti en vacances au Maroc, a été arrêté par la police marocaine à la frontière et enfermé en prison. Les raisons de son arrestation sont inconnues. Dans le passé, Saïd avait été accusé d’être un recruteur des jeunes pour partir en Syrie. Ce qu’il a toujours nié. Par la suite, la justice belge l’a acquitté de cette accusation. Comme dans nombre d’autres affaires concernant des citoyens Belgo-Marocains, le Maroc s’est-il octroyé le droit de faire sa propre justice ? Quoi qu’il en soit, notre service public fédéral des Affaires étrangères a déclaré à l’agence Belga « qu’ils ne sont pas au courant qu’un présumé terroriste belgo-marocain a été appréhendé au Maroc ce mois-ci ».

Deux mois plus tôt, en juin 2018, un autre jeune Belgo-Marocain, Wafi Kajoua, qui lui est en Belgique depuis ses trois ans, est arrêté à la frontière de Melilla et le Maroc, quand il voulait se diriger à Nador. Activiste sur les réseaux sociaux pour le mouvement Hirak au Maroc, il sera poursuivi « pour atteinte à la sureté de l’État, incitation à la rébellion et atteinte à l’intégrité territoriale du royaume », rien que ça, et incarcéré à la prison de Nador. Fin juin, il a été condamné à un an de prison. Quant à la réponse des Affaires étrangères belges, le site Rifonline écrit : « Le ministre des Affaires étrangères belge n’a pas souhaité réagir à l’arrestation de l’activiste belgo-marocain Wafi Kajoua à Nador, au Maroc. En réponse à un mail adressé par Rifonline au ministère des Affaires étrangères belge sur les conditions de détention de Wafi Kajoua, le porte-parole adjoint Matthieu Brander a répondu que son département ne pouvait pas se prononcer sur des cas individuels : « Nous ne pouvons pas, par principe, communiquer sur des cas individuels ».

Dans un article paru dans le magazine Knack du 17 juin, on peut lire que des Comités de soutien ont essayé de faire intervenir le ministère des Affaires belge pour mettre la pression sur le Maroc pour libérer Wafi Kajoua : « Des comités de soutien pour le Hirak, tels que Mohcine Fikri Belgique et ANZUF, ont mis la Belgique au courant et le premier s’est assis autour de la table avec des responsables du Ministère. Ces derniers auraient déclaré avoir pris des mesures pour aider Kajoua. Les affaires étrangères ont dit aussi qu’ils ne peuvent pas intervenir dans la souveraineté du Maroc. « Mais je pense que si la Belgique met la pression sur la question, le Maroc écoutera », déclare Mustafa Ouarghi de l’ANZUF. « En janvier déjà, j’avais envoyé une lettre au Premier ministre, au ministère de la Justice et des Affaires étrangères au sujet de mon souhait de voyager au Maroc et de ma crainte que j’y sois arrêté. Je n’ai pas reçu de réponse. Je trouve que ça ne va pas. Nous sommes des citoyens belges, nous payons des impôts, nous avons le droit d’obtenir des réponses. » Maintenant, il attend encore une réponse à sa dernière lettre à propos de Kajoua. « Si la Belgique respecte ses citoyens, elle doit essayer de le libérer ».

Qu’est-ce qui se cache vraiment derrière le silence de nos autorités ? Derrière leurs déclarations sur « la souveraineté du Maroc » ou derrière des déclarations telles que « nous ne sommes pas au courant », « nous ne pouvons pas nous prononcer sur des cas individuels » ?  

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La lutte contre le terrorisme et la fabrique de populations indéfendables.

 par Chedia Leroij

Dans Se défendre. Une Philosophie de la violence, Elsa Dorlin ouvre son histoire des éthiques martiales avec le récit du passage à tabac de Rodney King par des policiers en mars 1991. Rodney King, jeune chauffeur de taxi afro-américain est arrêté sur une autoroute de Los Angeles pour excès de vitesse. Il est « tasé » par les policiers alors qu’il est à terre, frappé à coup de matraque lorsqu’il essaie de se relever pour se protéger, laissé inconscient, ligoté au sol, crâne et mâchoire fracturées en plusieurs endroits, visage en partie lacéré, cheville cassée…  une vidéo amateur de la scène provoque un scandale dans le monde entier. Un an plus tard,  l’acquittement des policiers déclenche six jours d’émeutes à Los Angeles.

Par ce prologue Dorlin nous invite à une réflexion sur les conditions qui ont rendu possible pour les policiers de plaider, avec succès, la légitime défense. Par quels processus historiques et sociaux le champ de visibilité nord-américain, ce que les américains perçoivent de la réalité, en est arrivé à être « racialement saturé » ? Comment s’est construite cette « paranoïa blanche” vis-à-vis du corps des Africains Américains perçus spontanément comme un corps agresseur? Et surtout, si cette perception de la violence policière qui inverse les responsabilités entre agresseurs et agressé s’ancre dans un cadre d’intelligibilité produit de l’histoire, quelles sont aujourd’hui les  techniques de pouvoir  matérielles et discursives qui actualisent ce cadre?[1]

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Les pouvoirs publics ne peuvent pas continuer à nous exclure alors que nous vivons ici depuis des lustres

–> Dans le cadre de la mobilisation internationale pour la régularisation des sans-papiers et contre les politiques migratoires de l’Union européenne et de ses États membres, la Coordination des sans-papiers de Belgique manifestera le dimanche 10 juin 2018. Rendez-vous à 14 h Gare du Nord à Bruxelles.

Une opinion de Serge Bagamboula pour la Coordination des sans-papiers de Belgique.

Les pouvoirs publics ne peuvent pas continuer à nous exclure alors que nous vivons ici depuis des lustres.

Depuis 2014, la Coordination des sans-papiers de Belgique tente de vaincre l’absurdité de la politique d’asile et de migration qui s’est installée dans ce pays. Aujourd’hui, il est clair pour tous que les choix qui ont été adoptés par le gouvernement dans ce domaine s’éloignent des droits humains et ont produit des effets désastreux : les arrestations au parc Maximilien, l’expulsion de sans-papiers vers le Soudan (en violation de l’article 3 de la Convention européenne des droits humains qui interdit l’expulsion d’une personne vers un État où elle risque d’être soumise à la torture), le projet de loi permettant les perquisitions à domicile chez des personnes sans papiers et des citoyens solidaires, et enfin le ciblage d’interventions policières pour traquer les sans-papiers dans le monde associatif, social et culturel. Sans oublier l’ouverture prochaine d’un centre fermé pour enfants et le tragique décès de la petite Mawda, tuée d’une balle policière.

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