Les manifestations antiracistes à la suite de la mort de George Floyd, tué fin mai 2020 par des policiers blancs aux États-Unis, ont apporté un souffle nouveau à la lutte contre le racisme et contre l’exclusion que subissent encore les Noirs à travers le monde.
En Belgique, si les premières actions ont consisté à prendre pour cible, à vandaliser ou encore à déboulonner les statues de Léopold II, ancien roi des Belges, c’est parce que, pour les manifestants, la question noire dans ce pays nécessite à la fois un retour sur l’histoire coloniale belge en Afrique des Grands Lacs et ses divers héritages contemporains.
« Il fait semblant d’être mort » a dit un agent de police
Ce texte est une reconstruction des deniers instants de Lamine Bangoura (Samira Atillah et Douglas De Coninck) – De Morgen, 31/10/2020
Lamine Bangoura jeune d’origine guinéenne, 27 ans, fait une carrière professionnelle de footballeur au club Brugge. C’est lui et Shannon Eeckhout qui font les buts du club de Brugge, ce qui fait de Lamine une star locale du football. Il vit à Roelers, une petite ville flamande qui est longtemps restée très fermée sur elle-même. L’installation à Roelers, ces dernières années, de familles et de personnes d’origine étrangère correspond à une percée fulgurante de l’extrême droite (le Vlaams Belang, en 2019, y est représenté à 23,9% et la N-VA à 21,8%). Du côté de Lamine, son statut de petite star s’accompagne d’épisodes de discrimination : il semblerait d’ailleurs que l’un des policiers présents au domicile de Lamine le jour où on lui ôte la vie est un policer avec lequel Lamine avait déjà rencontré des ennuis dans le passé ; des ennuis survenus à la suite d’une altercation causée par le refus de laisser entrer Lamine dans une discothèque. Le 07 mai 2018, Lamine Bangoura reçoit une visite domiciliaire destinée à l’expulser de son appartement en raison d’un retard de paiement (1.600 euros). La brutalité exercée par les policiers, ce jour-là, l’entraineront jusqu’à la mort.
Nordine Saidi est poursuivi devant le Tribunal correctionnel pour avoir envoyé deux mails aux mandataires politiques de Lessines, demandant l’annulation du cortège qu’ils appellent « la grande sortie des nègres ». Le militant anti-raciste est poursuivi pour menaces et harcèlement.
Comment une telle violation de la liberté d’expression a-t-elle été rendue possible ?
Communiqué de presse de Bruxelles Panthères en vue de la comparution judiciaire de Nordine Saïdi, le 16 octobre prochain : « Bruxelles Panthères – organisation antiraciste qui travaille depuis des années sur le racisme systémique qui gangrène nos sociétés – est confrontée à une plainte du Bourgmestre socialiste de Lessines dont le but est clairement de … Lire la suite
Par Aymar N. Bisoka, Prof. d’anthropologie décoloniale, Université de Mons.
L’absence et ses masques. Les commissions parlementaires belges sur la colonisation et le problème de dignité.
« Les masques ne sont pas les pièces les plus emblématiques de ce musée. Les belges les ont presque tous pillés durant la colonisation pour orner leurs musées. Voilà pourquoi nos musées sont presque vides […]. Ce qui nous reste de grandiose se trouve dehors dans le jardin. Il s’agit de gigantesques fresques qui représentent des esclaves noirs en train de construire une voie ferrée sous la surveillance des colons blancs. On y voit aussi d’imposantes statues de bronze de Stanley et de Léopold II, ces deux blancs par lesquels le malheur a commencé ».
Voilà comment Justin introduit souvent, de manière quasi-machinale mais toujours solennellement, la visite du minuscule musée du Mont Ngaliema à Kinshasa. Au fur et à mesure qu’on avance pour admirer la cinquantaine d’œuvres d’art reparties dans les deux pièces exiguës qui composent le musée, on se heurte effectivement à un contraste. D’abord l’absence et le vide créés par la violence coloniale. Il n’y a pas grand-chose dans le musée. Selon Justin, il faut aller au musée de Tervuren à Bruxelles pour avoir accès aux masques. Ensuite, la violence qu’expriment ces fresques et ces statuts qui surplombent le jardin. Elles sont si impressionnantes qu’on pourrait croire qu’elles avaient été conçues pour cacher l’absence de masques congolais que déplore Justin.
Les révélations de faits de viol qui auraient été commis par Adama Traoré en prison, faits qualifiés d’« avérés » par une décision de la Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (Civi), sans toutefois que la culpabilité de l’auteur n’ait été déclarée par un juge, risquent de jeter le discrédit sur la lutte contre les violences policières. En effet, depuis que le journal Le Point a rendu publique cette information le 21 juillet 2020, toute la fachosphère s’active pour réduire la lutte du Comité Adama au simple soutien à un violeur.
Dans une lettre ouverte au Ministre de la Justice, plusieurs intellectuels, militants politique, artistes et organisations anti-raciste soutiennent l’action symbolique menée par la Brigade Anti Négrophobie sur la statue de Colbert. « Réparer, c’est d’abord et avant tout rétablir la dignité bafouée des victimes du Code Noir, restaurer leur mémoire, restituer leur histoire volée… »
Le 17 juillet 2020, j’ai été officiellement invité à devenir membre du groupe d’experts qui doit assister la Commission spéciale du Parlement belge chargée de : ′′ het onderzoek over Congo-Vrijstaat (1885) en het Belgech koloniaal verleden au Congo (1908-1960), Rwanda au Burundi (1919-1962), de l’impact hiérarchique sur le gevolgen d’un mot ′′ (recherche du Congo Free State (1885-1908) et du passé colonial belge au Congo (1908-1960), au Rwanda et au Burundi (1919-1962), et l’impact et les implications qui doivent être tirées de cela)
Ci-dessous la lettre que j’ai rédigée (en néerlandais) et envoyée en réponse expliquant pourquoi je ne peux pas participer au groupe d’experts. (à un moment donné je trouverai l’énergie pour traduire cela dans un langage moins obscur 🙂)
Johannesburg, 21 juillet 2020
On July 17th 2020 I was officially invited to become a member of the expert group that is to assist the Special Commission of the Belgian Parliament tasked with: “het onderzoek over Congo-Vrijstaat (1885 – 1908) en het Belgisch koloniaal verleden in Congo (1908-1960), Rwanda en Burundi (1919-1962), de impact hiervan en de gevolgen die hieraan dienen gegeven te worden” (researching Congo Free state (1885-1908) and Belgian colonial past in Congo (1908-1960), Rwanda and Burundi (1919-1962), and the impact and implications that need to be drawn from this)
Below is the letter I drafted (in Dutch) and sent in response, explaining why I cannot partake in the expert group. (at some point I’ll find the energy to translate this in a less obscure language 🙂 )
Qu’il Vous plaise de considérer, qu’en de si pénibles circonstances, les mots sont de peu de poids, et demeurent impuissants à donner l’exact relief d’une douleur vieille de quasi 60 ans.
Pour dire à Votre Majesté ô combien nos cœurs ploient sous le poids d’indicibles afflictions, nous rappelons à Votre Auguste Mémoire que depuis le 17 janvier 1960, nous n’avons aucune information qui détermine avec exactitude les circonstances de la mort tragique de notre Père, ni de ce qu’il est advenu de sa dépouille.
En vue de préparer la commission parlementaire « vérité et réconciliation », une note a été demandée au Musée de Tervuren. Cette note pose un nombre important de problèmes éthiques, politiques, épistémologiques et est marquée par un certain nombre de manquements.