Alors que les États-Unis et Israël ont lancé, à partir du 28 février 2026, une nouvelle agression militaire de très grande envergure contre l’Iran et le Liban tout en poursuivant le génocide à Gaza contre le peuple palestinien et l’annexion de la Cisjordanie, il est important d’analyser dans une perspective historique la politique des États-Unis dans les Amériques. C’est ce que nous propose Eric Toussaint dans l’article : « Hémisphère occidental : une histoire des États-Unis écrite par la guerre ». Cette étude historique s’inscrit dans une série d’articles consacrés par l’auteur à l’analyse de la politique internationale de l’administration de Trump et des gouvernements qui l’ont précédé.
L’histoire officielle des États-Unis est souvent présentée comme le récit exemplaire d’une nation forgée par la lutte pour la liberté et l’élargissement progressif des droits démocratiques. Cependant, un regard critique révèle une autre continuité moins célébrée : la guerre comme instrument constitutif du pouvoir américain. Des campagnes coloniales contre les nations amérindiennes à l’esclavage et à la ségrégation raciale, en passant par les interventions militaires et les coups d’État en Amérique latine et dans les Caraïbes, l’expansion territoriale, économique et politique des États-Unis a été profondément liée à la violence organisée. Cet article propose de retracer cette trajectoire historique pour montrer qu’il ne s’agit pas d’épisodes isolés ni de déviations accidentelles, mais d’une logique structurelle qui a accompagné la formation et le rayonnement des États-Unis depuis les origines jusqu’à nos jours.
Le 1er janvier 1994, dans le sud-est mexicain, un groupe d’indigènes, le visage recouvert d’un passe-montagne et armés de fusils rustiques, défiait le gouvernement et l’armée du Mexique. Ils réclamaient la terre, du travail, un toit, de la nourriture, la santé, l’éducation, la liberté, l’indépendance, la démocratie et la justice pour les 56 ethnies de la République. La nouvelle d’un soulèvement populaire dans le coin le plus pauvre du pays faisait l’effet d’une douche froide autant sur la classe politique que sur les élites patronales, car à cette époque, l’information qui faisait la une des principaux média était la si fameuse entrée du Mexique dans la « modernité » à travers la signature du Traité de Libre Echange. En plus de souligner une relation asymétrique entre deux pays faisant partie du G8 et leur homologue mexicain, ce traité avait pour objectif la consolidation du modèle néolibéral. C’est pour cette raison que le mouvement néo-zapatiste faisait irruption sur la scène politique afin de dénoncer la comédie néfaste et abjecte préparée par le président de l’époque : Carlos Salinas (du Parti Révolutionnaire Institutionnel, PRI).