L’année 2026 marque le soixantième anniversaire de l’apparition de l’expression « Black Power », forgée par Kwame Ture, né Stokely Carmichael (1941-1998), ainsi que de la fondation du Black Panther Party à Oakland (Californie) en octobre 1966. Six décennies plus tard, la vision antiraciste et anticapitaliste, antifasciste et internationaliste des Black Panthers continue d’éclairer les luttes contemporaines contre la violence policière, le racisme structurel et l’ordre capitaliste. Tel était déjà l’argument de l’universitaire Robert Greene II dans ce texte paru il y a dix ans, à l’occasion du jubilé du mouvement.
Résister à la frénésie militariste
La contribution de l’Afrique à l’économie et aux croyances de l’Europe du capitalisme primitif
Nous publions ici un extrait, issu du chapitre 3, de la traduction française du livre de Walter Rodney, Comment l’Europe sous-développa l’Afrique, qui vient de paraître aux éditions B42. Dans cet ouvrage de référence dans le monde anglophone, paru originellement en 1972 (Verso a fait paraître une réédition en 2018, avec une préface d’Angela Davis reprise dans cette édition française), l’auteur, historien et militant guyanien, développe une analyse marxiste visant à démontrer que l’appauvrissement de l’Afrique est le résultat direct de l’exploitation et de la domination de ce continent par les puissances coloniales européennes.
En retour, il montre comment l’Afrique a contribué, dans des proportions largement sous-estimées, au développement de l’Europe. Fort de cette démonstration, W. Rodney évoque certains modèles politiques qui permettraient une justice sociale sur le continent africain. Cet extrait porte plus spécifiquement sur l’esclavage et les rapports entre capitalisme et racisme, enjeux à nouveau très discutés dans la sphère francophone.
Les pentes glissantes de la guerre
Par Déborah Brosteaux
Le constat n’est pas récent, mais le 24 février 2022 lui a donné une tournure nouvelle : nous ne vivons pas la guerre, mais nous ne sommes pas en paix. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a déclenché, ici à l’Ouest de l’Europe, un intense enchevêtrement d’affects : choc et sidération face à une guerre qui éclate sur le continent européen ; peur devant la possibilité d’une escalade ; sentiments de solidarité envers les Ukrainiens ; angoisse sourde suscitée par la réapparition de la menace d’une guerre nucléaire sur notre scène géopolitique. Aux premières semaines de la guerre, une grande excitation était également palpable, une atmosphère de survoltage, rythmée par l’emballement médiatique et les appels politiques à la mobilisation. Dans le même temps, nous n’en demeurons pas moins à une certaine distance de la guerre, physiquement et affectivement, à l’abri de ses violences, et priant pour le rester.
Les États-Unis de Daniel Guérin
Syndicalisme, sexualités et antiracisme au pays de l’Oncle Sam.
Les États-Unis de Daniel Guérin
par Selim Nadi
Quoique laissent penser certains discours encore trop répandus dans la gauche radicale, la question des rapports politiques à nouer entre les luttes contre le capitalisme, contre le racisme et contre l’hétéronormativité n’est pas neuve. En France, elle a notamment été posée dès les années 1950 par Daniel Guérin – figure majeure du mouvement ouvrier comme du combat homosexuel et anticolonial – dans l’ouvrage qu’il rédigea suite à son séjour étatsunien : Où va le peuple américain. Revenant sur cet ouvrage, Selim Nadi fait apparaître ici les grandes lignes d’une politique d’émancipation unitaire qui, parce qu’elle n’abstrait jamais la question raciale et la question sexuelle des rapports sociaux de classe, s’avère constituer une « source d’inspiration inépuisable pour la gauche anticapitaliste ».